Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
24 février 2021 3 24 /02 /février /2021 05:39

L’Ardennais pratique l’art des niais !

Franz BARTELT : Les bottes rouges.

Correspondant local du quotidien L’Est pluvieux, le narrateur vit tranquillement sa petite vie tranquille. Sa philosophie se résume en ces quelques mots : pas d’ambition, pas d’effort, pas de soucis ! Et pour évacuer un stress toujours possible, il épluche des pommes de terre, essayant d’obtenir des pluches de plus en plus fines.

Cela fait dix ans qu’il est installé dans cette petite ville du nord-est de la France et son emploi de localier est une véritable sinécure. Il a tout compris. Il suffit de brosser dans le sens du poil le rédacteur en chef, les édiles, les lecteurs. Et il utilise, réutilise lors de la rédaction de ses articles, d’anciennes notules parues les années précédentes. Il lui suffit de changer la date, le lieu, le nom des protagonistes, et ce qui a plu une fois plaira l’année d’après. Il lui faut également aller sur les lieux des diverses manifestations qui rythment la vie d’une petite commune, assemblées générales des associations par exemple, mais pour ne pas encombrer les salles, il ne se présente qu’au moment du vin d’honneur.

Il est ami avec Basile, son voisin, et vide consciencieusement avec lui quelques chopes de bière, mais pas tout le temps. Chacun a ses obligations, le localier à repomper ses articles et à se déplacer pour faire acte de présence, Basile exerçant fièrement sa fonction de magasinier dans une fabrique de jouets en matière plastique. Il prend son travail à cœur, et lorsqu’une stagiaire lui est confiée, il lui montre toutes les ficelles du métier afin qu’elle puisse obtenir un contrat à durée indéterminée.

Il s’accomplit si bien de sa mission, et Marise, une jeunette de vingt ans, est si réceptive, si déterminée à se glisser dans l’organigramme de la société, qu’ils en arrivent à batifoler. Basile trompe Rose, sa femme dépressive, au grand dam de celle-ci car elle s’aperçoit tout se suite de sa situation d’épouse trompée.

Il n’aurait pas dû Basile, mais c’est une fois qu’on a mis le doigt, et le reste, dans l’engrenage et ailleurs, que les remords viennent tenailler un homme. Bref Basile est fort marri de cette situation et veut reconquérir sa femme en appelant le docteur, en allant chercher les médicaments, en se mettant en quatre pour satisfaire les moindres désirs de Rose, et il s’aperçoit alors que les Rose ont des épines. Il est malheureux Basile. Et il se confie à notre localier qui ne trouve pas matière à écrire un article à cet événement.

Reconquérir une femme trompée n’est guère aisé, et Rose se montre agressive tout en soignant sa dépression en se rendant en ville à de mystérieux rendez-vous. Elle va même jusqu’à se montrer langue habile auprès du narrateur. Le scandale éclate lorsque Marise est retrouvée noyée.

 

Dans ce roman humoristique, Franz Bartelt se montre parfois cynique, voire caustique dans ses nombreuses digressions qui sont le sel de cette histoire. Quant aux bottes rouges du titre, le lecteur ne comprendra leur signification qu’à la fin du roman.

Contrairement à certains romans, ici les digressions sont jouissives, et l’auteur égratigne ici et là. Les localiers et leur implantation dans une communauté villageoise sont décrits avec verve. Ils n’apportent guère d’informations mais pourtant les lecteurs des quotidiens ou hebdomadaires aiment leurs chroniques, puisque l’on parle d’eux et qu’ils figurent souvent en bonne place dans les colonnes consacrées au canton. Les photographies remplacent souvent les textes qui se répètent tous les ans. Ce que l’on appelle des marronniers. D’ailleurs la définition du marronnier est assez explicite pour que je ne m’étende pas davantage sur le sujet :

Un marronnier en journalisme est un article ou un reportage d'information de faible importance meublant une période creuse, consacré à un événement récurrent et prévisible. Les sujets « débattus » dans un marronnier sont souvent simplistes, parfois mièvres.

Bien d’autres thèmes sont développés comme le théâtre municipal, les poètes locaux, ou encore l’infidélité qui génère le trou de la Sécurité Sociale.

 

Florilège :

 

Quand on n’a envie de rien, on met la télé.

 

Le meilleur moyen d’être tranquille, c’est de ne pas dire ce qu’on pense, surtout aux femmes.

 

Les flics brandissaient leur arme en direction de la fenêtre. Ils étaient une demi-douzaine, pas très héroïque, des pères de famille, un peu soiffards et qui s’étaient engagés dans la police non par vocation mais pour la sécurité de l’emploi. Je les connaissais tous. J’ai vidé, en leur compagnie, sans procès-verbal, et pour des motifs professionnels, d’ébahissantes quantités  de produits fermentés, j’admets qu’ils m’imposent leur respect : il n’est de bonne descente qu’une descente de police.

 

Mais d’abord un journal est fait pour être vendu. Lu c’est l’important. Vendu, c’est l’essentiel. Informer, c’est le prétexte. La priorité des priorités, c’est la survie de l’entreprise. Tout le reste est secondaire. Quant à l’information, elle n’est que la cerise sur le gâteau.

Franz BARTELT : Les bottes rouges. Editions Gallimard. Parution 25 août 2000. 208 pages. 18,50€.

ISBN : 978-2070759132

Réédition Collection Piment. Editions France Loisirs. Parution février 2001. 224 pages.

Prix de l’Humour noir 2001.

Partager cet article
Repost0
23 février 2021 2 23 /02 /février /2021 04:26

Le monde de l’éducation épinglé…

Michel RENOUARD : Requiem sur le campus.

Dans la capitale du crachin existe une université du nom de Boris Vian. Bel hommage pour cet homme éclectique qui, aujourd’hui reconnu comme un touche à tout de génie, ne connut véritablement son heure de gloire qu’à sa mort ou lorsqu’il écrivait sous le pseudonyme de Vernon Sullivan.

Donc dans ce campus est retrouvé un jour le cadavre du professeur Norbert Alacoque. Seulement pour les indices, il faudra repasser car la femme de ménage a tout nettoyé, essuyé, avant de déclarer sa macabre découverte à la police. Le commissaire Gabacho, flanqué de Futagokoro, un adjoint franco nippon qui ne voit que par les ordinateurs, est chargé de l’enquête.

Qui pouvait ressentir une haine meurtrière envers le docte professeur qui enseignait les langues orientales et plus particulièrement le bhojpouri, dialecte de l’Inde ? Ce pourrait être le président Henry ou encore son épouse d’origine corse ; le concierge Mathurin Régnier, connût pour sa propension à vérifier tous les soirs le principe des vases communicants en absorbant moult bouteilles de pinard ; Barthélémy Dorange le préposé aux réformes, qui à chaque fois qu’il pense être au bout de sa mission se voit confronté à des nouveaux changements ministériels ; à moins qu’il ne s’agisse de Baptistine Cramouille de Perrichon-Blanzac, ancienne étudiante de Alacoque et dont le souhait avoué était de prendre sa place.

 

Enquête classique dans un monde feutré vivant des bruits de couloirs, et roman à l’humour auquel on ne peut rester insensible, comme en écrivait jadis Charles Exbrayat.

Michel Renouard, lui-même professeur de littérature et civilisations indiennes, originaire de Dinan et vivant à Rennes, égratigne non seulement le monde de l’éducation, tout au moins une frange, et édicte des anathèmes à l’encontre des empêcheurs de fumer en rond ou des adeptes à tout crin des ordinateurs.

 

Mieux vaut un chef-d’œuvre écrit à la main qu’un navet engendré sur un ordinateur. Jusqu’à preuve du contraire, tous les chefs-d’œuvre ont été écrits à la main. L’informatique, pas plus que l’imprimerie, n’a rendu quelqu’un intelligent.

 

Michel RENOUARD : Requiem sur le campus. Collection Enquête et suspense. Editions Alain Bargain. Parution 3e trimestre 1998. 192 pages.

ISBN : 9782910373566

Partager cet article
Repost0
6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 05:50

La grande course autour du monde…

Paul D’IVOI : La course au radium.

Nonchalamment étendu dans un fauteuil de son appartement parisien, Dick Fann, détective privé anglais, se repose béatement. Il n’a rien d’autre à faire. Sauf que Jean Brot, son serviteur engagé de la veille, un gamin d’une quinzaine d’années, s’introduit dans la pièce en précisant qu’une jeune fille désire lui parler. C’est une question de vie ou de mort, selon elle.

Aussitôt le détective redevient l’homme d’action et reçoit Fleuriane Defrance, Canadienne. Son père, Catulle Defrance, est le syndic de l’Association mondiale du commerce des pierres précieuses. Or quelques mois auparavant, un vol simultané a été perpétré en divers pays, et les individus malhonnêtes se sont emparés de quelques vingt-trois grammes de radium.

Des expériences ont démontré que l’exposition de corindons ordinaires au radium transformait ces pierres de peu de valeur en pierres précieuses tandis que l’exposition des gemmes dans un four électrique amenait une décoloration et une dépréciation de ces mêmes gemmes. Des manipulations préjudiciables dans certaines circonstances mais destinées également pour éloigner des individus peu scrupuleux.

Fleuriane sent que les voleurs de radium la surveillent pour l’amener à la cachette de pierres précieuses transformées en vils corindons, et elle a peur pour son père resté au Canada. Aussi elle se propose d’organiser une course automobile, et elle demande à Dick Fann d’être son mécanicien. Ce qui lui permettrait de rejoindre l’autre côté de l’Atlantique en compagnie d’autres concurrents.

C’est à ce moment que Jean Brot introduit un policier émérite en la personne de monsieur Ginat. Celui-ci demande d’enquêter sur un vol de pierres précieuses en la boutique d’un joailler installé rue de la Paix, le sieur Larmette. Dick Fann se rend au lieu indiqué et s’aperçoit que le célèbre joailler a pipé les dés et que le vol est du pipeau.

Bientôt c’est le grand jour du départ de la course automobile, qui part de Paris, traverse l’Atlantique, se rend de New-York à San-Francisco, remonte à Valdez en Alaska, traverse le détroit de Béring, puis parcourant la Sibérie, revient à Paris via Moscou. Parmi les concurrents, Dick Fann qui sert de mécanicien, c’est-à-dire de chauffeur à Fleuriane, le jeune Jean Brot ainsi que dame Patorne, la dame de compagnie de Fleuriane. Ils voyagent à bord d’une De Dion de 30 CV. Mais Larmette, le joailler prétendument spolié, participe également à cette course en compagnie de Botero, l’ingénieur qui a mis au point leur véhicule de 100 CV, sorte de tout terrain. Larmette s’attache aux pas, ou plutôt aux roues de Fleuriane, dans l’espoir que celle-ci l’amènera à son père et aux corindons trafiqués. La vie de Catulle Defrance, de sa fille Fleuriane, et bien entendu des accompagnateurs de la jeune fille, est menacée. Ils s’en rendront rapidement compte.

Car voyage ne s’avère pas être de tout repos. De nombreux incidents, voire accidents, ponctuent ce périple. Dick Fann est obligé de se grimer à afin de pouvoir mieux surveiller les agissements de Larmette et consorts. De plus il se trouve embarqué dans une enquête à la demande de Gregson, chef de la police new-yorkaise, à l’initiative de Larmette qui a présenté les deux hommes l’un à l’autre. Pendant ce temps Fleuriane, Jean Brot et madame Patorne continuent leur périple à travers les Etats-Unis, conduits par un nouveau mécanicien, un homme à la solde de Larmette. Larmette lui-même se trouve parfois devant, parfois derrière Fleuriane qui sera rejointe par Dick Fann en cours de route. Jean Brot, qui tient un carnet de voyage, transcrit leurs péripéties, nombreuses et mouvementées, lorsque Dick Fann est occupé par ailleurs.

 

Il existe une similitude entre Dick Fann, détective privé britannique, et Sherlock Holmes. C’est un adepte de la déduction par l’observation. Il pourra démontrer ses talents à moult reprises au cours de ce voyage qui s’inspire de The Great Race, un événement médiatisé durant les années 1907 et 1908 en France et aux États-Unis. Et qui n’est pas sans rappeler le film de Blake Edwards, La grande course autour du monde, sorti en 1965, avec Tony Curtis, Jack Lemmon et Nathalie Wood dans les rôles principaux. Fatalitas !

Des autres concurrents, il n’est est pas question, l’auteur s’attachant à décrire les aventures partagées par Dick Fann et ses compagnons d’une part, et dans un moindre nombre d’épisodes, à Larmette et consorts.

Les personnages mis en scène ne manquent pas d’originalité apportant au récit des touches d’humour, dans une intrigue débridée.

Le radium a été découvert par Marie Curie et son mari Pierre en 1898 et de nombreux romanciers se sont emparés de cette donnée scientifique pour l’imposer dans des romans de science-fiction. Tout naturellement Paul d’Ivoi y a trouvé un emploi dans ce roman d’aventures fantaisistes et policières, teintées de fiction scientifique, et lui offrant quelques débouchés originaux, le tout combiné à cette fameuse course évoquée ci-dessus.

Le point de départ semble un peu faible, tiré par les cheveux comme disait le chauve, mais il est rapidement gommé par l’accumulation d’épisodes, reliés ou non, qui constituent l’intrigue, un peu dans l’esprit, mais par anticipation, de la série télévisée animée composée de 34 épisodes et qui s’intitulait Satanas et Diabolo et les fous du volant.

 

Paul D’IVOI : La course au radium. Illustrations intérieures de Louis Blomfeld. Les voyages excentriques N°16. Editions J’ai Lu N°1544. Parution 10 octobre 1983. 512 pages.

ISBN : 9782277215448

Partager cet article
Repost0
9 novembre 2020 1 09 /11 /novembre /2020 05:44

Mais pas sans cervelle ?

Gilles SCHLESSER : Mort d’un académicien sans tête.

Prénommé Oxymor, par un père farceur dont le patronyme est Baulay, on ne peut qu’aimer les mots, voire les maux. Oxy est journaliste indépendant travaillant pour plusieurs journaux et magazines, et sous l’impulsion de deux amis, Paul Mistraki qui dirige les éditions Visconti, et Lazare, qui n’est pas un saint, il décide de rédiger des articles consacrés à des membres de l’Académie Française et un ouvrage alphabétique.

Son ami Mistraki lui a fait visionner une émission télévisée, la Grande Librairie pour ne pas la nommer, au cours de laquelle Jean Mareuil, le poulain et la tête de gondole des éditions Visconti, et l’académicien Edmond de Rohan-Soubise, auteur de nombreux ouvrages de références, surtout apologiques de sa propre personne, se sont écharpés.

C’est ainsi qu’il se rend rue Bellini, le bureau de Rohan-Soubise, afin d’obtenir un entretien avec le maître. Maître et demi lorsqu’il le retrouve, adossé tenant entre ses petits bras sa tête encadrée. Il a été décapité à l’aide d’un coutelas malais de collection et la toile signée Soutine dont le cadre servait de support éparpillée en plusieurs lambeaux représentant la femme à l’écharpe blanche.

Le commandant Cathala, chargé de l’enquête en compagnie de ses adjoints qui jouent dans la catégorie deux poids deux mesures, et Oxy se connaissent bien. Cinq ans auparavant ils ont été mêlés à la résolution d’un crime, puis ils ont fraternisé, puis le temps a passé et comme à chaque fois dans ce genre de conditions, ils se sont perdus de vue.

Si Oxy est rapidement écarté des possibles coupables (le mot est adéquat dans ce cas), les prétendants à l’embastillement foisonnent. En premier lieu, Jean Mareuil, qui avait également rendez-vous avec Rohan-Soubise, désirant s’attirer ses bonnes grâces pour son élection à l’académie. Lazare, ami d’Oxy et écrivain fantôme de l’académicien décapité, mais pour lui cela signifierait un manque de rentrée d’argent. Et il ne faut pas oublier les gitons que Rohan-Soubise payait pour satisfaire sa libido. Car, quoique marié à une ravissante femme plus jeune que lui, il recherchait d’autres plaisirs.

 

C’est ainsi qu’Oxy se retrouve plongé malgré lui, quoiqu’il l’ait cherché, dans une recherche familiale. Car en effectuant ses recherches, indépendamment de Cathala, Oxy découvre des liens que sa grand-mère, fille-mère, a entretenus avec les Surréalistes d’André Breton. Notamment avec Robert Desnos.

Débute alors un retour en arrière, pour Oxy, tandis que Cathala, plus pragmatique se contente de se pencher sur une piste islamique, puis sur des proches de Rohan-Soubise. Notamment Jean Mareuil qui était l’amant de la femme de l’académicien.

Un roman qui oscille entre des pistes contradictoires, et qui s’avère jubilatoire dans sa description des personnages, dans l’ambiance qui règne, et les nombreuses balades et découvertes que l’auteur nous propose à travers d’anecdotes souvent amusantes, érudites et littéraires.

 

A partir d’une certaine somme, l’argent n’a pas d’odeur.

Gilles SCHLESSER : Mort d’un académicien sans tête. Editions City. Parution 23 août 2017. 272 pages.

ISBN : 978-2824610290

Réédition City Poche 6 mars 2019. 7,90€.

Partager cet article
Repost0
6 novembre 2020 5 06 /11 /novembre /2020 05:17

Et si Fredric Brown avait anticipé avec un envahisseur qui se nomme Covid19 ?

Fredric BROWN : L’esprit de la chose

Condamné pour un crime quelconque, L’Esprit de la chose est expulsé de sa planète originelle et envoyé dans l’espace grâce à un rayon tracteur sur une planète tirée au sort.

Le hasard désigne notre bonne vieille Terre et L’Esprit de la chose n’a qu’une hâte, bien légitime : retourner chez lui. Seulement, il est atteint d’un handicap.

S’il possède un corps, une carcasse, il ne peut le mouvoir. Toute sa force réside en sa faculté de perception et pour se déplacer il doit s’investir dans un corps étranger. Animal ou humain. Et son esprit fait le reste.

Pour passer d’un corps à un autre, un unique moyen : tuer le premier afin de s’annexer le second.

Pour retourner auprès des siens, il lui faut comme véhicule un cerveau d’électronicien capable de créer un appareil semblable à celui qui l’a projeté sur Terre. Commence alors un terrible parcours, terrible pour ses hôtes involontaires, et c’est bientôt une cascade de morts inexpliquée pour le commun des mortels.

Une fois de plus, Fredric Brown fait preuve de tout son talent de conteur en proposant à son lecteur une histoire totalement originale, farfelue, humoristique, mais en même temps inquiétante, pathétique, émouvante. L’habileté de jongler avec les émotions tout en dosant avec un art consommé la fantaisie rationnelle et le sérieux irrationnel, et vice-versa.

Ce roman date de 1961 dans la publication originelle. Si un auteur de nos jours avait écrit ce roman, nul doute que L’Esprit de la chose serait comparé à un certain virus qui défraye la chronique, se propage, et n’en est pas moins mortel.

Comme le définit si bien Denis Guiot dans « L’Encyclopédie de poche de la Science-fiction », Le monde de Fredric Brown, l’humoriste de la SF, est un monde délirant régi par la logique absurde du cauchemar où l’humour noir se mêle à la critique sociale.

Première édition : Collection Futurama 2e série N°14. Presses de la Cité. Parution 1er trimestre 1978.

Première édition : Collection Futurama 2e série N°14. Presses de la Cité. Parution 1er trimestre 1978.

Réédition : Collection Le Cabinet Noir N°44. Editions Les Belles Lettres. Parution mars 2000.

Réédition : Collection Le Cabinet Noir N°44. Editions Les Belles Lettres. Parution mars 2000.

Fredric BROWN : L’esprit de la chose (The Mind Thing – 1961. Traduction de Chantal Jayat). Couverture Jean-Michel Nicollet. Collection SF/Fantastique/Aventures N°211. Nouvelles éditions Oswald. Parution juillet 1988. 190 pages.

ISBN : 2-7304-0503-8

Partager cet article
Repost0
14 octobre 2020 3 14 /10 /octobre /2020 03:52

Sam sauve la mise ?

M. G. BRAUN : D’une courte tête.

Sally, la compagne de Sam Krasmer, n’y connait rien en chevaux, cela ne l’empêche pas, lorsqu’elle est sur un champ de courses, de parier sur intuition. Elle vient de miser sur Barrio Chino, et Sam est dubitatif. Il s’agit d’un tocard, mais ce que femme veut, le cheval le peut. D’ailleurs il est en tête, Sally jubile, jusqu’au moment ou Barrio Chino est terrassé, de même que son jockey.

Selon le vétérinaire qui examine immédiatement l’animal, le cheval était drogué et il en est décédé, boulant son jockey qui ne participera plus jamais à une seule course. Sam Krasmer affirme aux policiers avoir aperçu un homme s’approcher de la brave bête et lui piquer le flanc. Ce n’est qu’une affirmation au flanc car il n’a rien vu. Mais cette affaire l’intéresse car Sally a aperçu sur le champ de courses Larry Butch, un homme de main d’Al Reagan, un Américain bien connu pour ses nombreuses magouilles sportives et les loteries truquées.

Sam propose à Sabine Vandepoille, la jeune propriétaire, ses services. Elle est seule à la tête de son écurie, son père étant décédé, mais elle dirige sa petite entreprise avec foi et quelques lads. A Chantilly où elle est basée, Sam visite les stalles, se fait présenter les quelques pensionnaires et remarque que l’un d’eux, une belle bête prometteuse, ne veut pas tourner à droite. Ce qui est un handicap. Il propose de prendre Veni Vici, qui n’a aucune chance de gagner un prix, en location, ce que Sabine Vandepoille refuse au départ, mais elle se laisse convaincre par son fiancé.

Sam prend des notes mentales concernant ce cheval, notamment la particularité de ses jambes, quatre balzanes fortement herminées remontant en fanon, dont une postérieure gauche. Puis il effectue sa petite enquête, possédant de nombreuses relations en France et Outre-Atlantique. Il envoie un câblogramme à Doug, son ami qui est à la tête d’une agence de détectives privés américaine.

Sam rencontre Reagan et au cours de la conversation, il apprend que celui-ci a effectivement demandé à Ravé, le jockey de Barrio Chino, de lui injecter un produit dopant, de la caféine. Mais Ravé trop gourmand et ayant misé sur son cheval dont la côte était élevée, avait forcé la dose, d’où l’accident. Mais il sait également que Veni Vici possède un jumeau du nom de Black Bass, un cheval entraîné aux Etats-Unis.

 

Roman humoristique, D’une courte tête aborde les paris truqués, les substitutions de chevaux, et offre à la Miss France de l’époque de participer au tirage du Sweepstake, une soirée au cours de laquelle elle doit tirer les numéros gagnants, en faveur de Reagan, naturellement.

Sam et Sally vont affronter de nombreux déboires, dont l’enfermement dans une cave sans ouverture sur l’extérieur, la porte fermée de lourds verrous, et des tuyaux qui diffusent du gaz toxique. Sam va devoir activer ses neurones afin qu’ils s’échappent de ce piège mortel. Mais il n’en a pas fini avec les ennuis. Sally, sous des dehors de blonde évaporée, quelque peu naïve, saura l’aider dans les moments critiques, ainsi que Doug qui les rejoint en France.

Afin de savoir s’il est sur une bonne piste, si les éléments sont favorables, Sam allume une cigarette et forme quelques ronds de fumée. En général il en réussit trois ou quatre. S’il ne parvient pas à en réussir un, c’est que ça va mal. Et lorsqu’il règle une consommation, il tend son billet formé en papillote. Un tic qui ne gêne personne et qui l’amuse. Et lorsque l’intérieur de sa main le démange, c’est signe d’argent.

Pour corser le tout, un policier du nom de Fenés se trouve souvent sur leur chemin, étant chargé de l’enquête de l’accident du champ de courses. D’autres protagonistes gravitent dans ce roman quelque peu daté, dont un Parrain accompagné de ses hommes de main, et le tout ne manque pas d’humour.

La saga de Sam et Sally comporte 77 romans publiés pour la plupart dans la collection Spécial Police du Fleuve noir et qui bénéficiera d’une collection particulière. La télévision s’emparera des personnages de Sam, sous les traits de Georges Descrières, et Sally, d’abord interprétée par Corinne Le Poulain puis par Nicole Calfan. Elle sera également déclinée en 10 bandes dessinées petit format.

M. G. BRAUN : D’une courte tête. Collection Spécial Police N°51. Editions Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1954. 224 pages.

Réédition collection Sam et Sally N°8. Editions Fleuve Noir. 1975.

Partager cet article
Repost0
9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 04:15

A tous les étages ? On n’arrête pas le progrès !

Jan JOUVERT : Eau et Gaz.

La vie dans un immeuble, la promiscuité avec des locataires venus de milieux différents, d’âge différent, de culture différente, ce n’est pas triste.

Dans celui de Jan Jouvert, ce n’est pas moins triste. Chacun des locataires du petit immeuble, dans lequel se déroule l’action en vase clos, possède ses particularités, ses phantasmes, ses envies, ses problèmes, ses besoins, ses peurs.

Cohabitent, en plus ou moins bonne intelligence, se fréquentant peu ou prou, une vieille dame, impotente, autoritaire, qui consigne dans un cahier ses affres. Un psychiatre à la clientèle dispersée et dont la femme peintre est muette. Une veuve et sa fille de quinze ans qui ne désire qu’une chose, s’affranchir. Il y a aussi deux copines vivant dans le même appartement, guère pratique pour recevoir les petits amis. Une jeune femme nymphomane qui n’arrive pas à assouvir ses désirs, un jeune étudiant qui a arrêté ses études et possède la particularité de s’endormir n’importe où, n’importe quand et dont la petite amie s’évertue à réveiller la virilité. Egalement un vieil homme, artiste en tous genres qui reçoit de temps à autre la visite de son attachée de presse, et qui ne rechigne pas sur quelques prises de cocaïne, un jeune homme, nouvellement arrivé, épris de lecture, et un célibataire aux nombreuses conquêtes et aux dents longues.

Maintenant que vous avez les ingrédients, vous brassez le tout, vous saupoudrez d’une pincée de mystère, de quelques taches de sang par ci par là, vous laissez mijoter et vous dégustez. Un roman original, subtil, tendre et inquiétant à la fois, fort bien maîtrisé dans la construction, dans le rythme, dans l’approche des personnages. En un mot un livre jubilatoire en diable.

Jan JOUVERT : Eau et Gaz. Collection Fleuve Noir Crime N°65. Editions Fleuve Noir. Parution mai 1999. 256 pages.

ISBN : 9782265067868

Partager cet article
Repost0
6 octobre 2020 2 06 /10 /octobre /2020 03:55

Où il est prouvé que la chasse peut être mortelle…

Margaret RING : Pièges mortels pour Camilla.

Le Prince Philip, qui tout comme la Reine, a peur qu'un attentat soit perpétré sur Camilla, la maîtresse de Charles, demande à l'inspecteur Buckingham d'assister à une partie de chasse organisée par Lord Moor, propriétaire du Daily Star.

Participent à cette vénerie, Lord King, propriétaire d'un journal rival, le Prince Charles, Camilla, Parker-Bowles l'ex-mari de Camilla, Rosemary, sa nouvelle maîtresse, James Hewitt, l'amant de Diana qui a défrayé la chronique en publiant un livre sur ses amours princières, et Hannibal Chesterfield.

Lord King est tué par un engin explosif placé sous la selle de son cheval. La bombe, composée d'un détonateur et d'un poignard, n'était pas forcément destinée au défunt. L'animal a été successivement dévolu à Lord Moor, à Sita, sa maîtresse pakistanaise et à Camilla.

Buckingham est perdu en conjectures. Tout le monde est suspect y compris les palefreniers. L'un d'eux, d'origine pakistanaise, est victime d'un accident provoqué par une voiture. Or l'auto de Sita a disparu. Selon les experts la bombe infernale est d'origine yéménite. Lord Moor est blessé par le même type de machine infernale. Buckingham se rend au Yémen afin d'en rencontrer le constructeur.

 

Trop de répétitions dans ce roman qui aurait gagné en force s'il avait été élagué et réduit. En réalité il ne s'agit que d'une longue nouvelle délayée.

Le caractère de l'inspecteur Buckingham, toujours horrifié lorsque quelqu'un ose critiquer la Souveraine et sa famille, oscille entre rouerie, snobisme et naïveté.

A part l'humour qui s'en dégage, les estocades portées contre la famille régnante par exemple ou les tribulations de Buckingham au Yémen, ce roman est plat et l'intrigue un peu faible, désuète.

Sous le pseudonyme de Margaret Ring se cache l’écrivain et journaliste Philippe de Baleine qui a également écrit quelques romans sous celui de Philip Whale.

Margaret RING : Pièges mortels pour Camilla. Collection L'inspecteur Buckingham. Editions du Rocher. Parution octobre 1995. 174 pages.

ISBN : 9782268021140

Partager cet article
Repost0
3 octobre 2020 6 03 /10 /octobre /2020 04:36

Au feu, au feu les pompiers,
V'là la maison qui brûle !
Au feu, au feu les pompiers,
V'là la maison brûlée !

Patrice DARD : Un pompier nommé Béru.

Bérurier, toujours égal à lui-même, et San-Antonio fils ont la redoutable charge de recueillir la plainte de madame Godagno, Pélagie de son prénom, charmante et jeune quadragénaire, qui vient d’être agressée chez elle par un pompier.

Pour preuve elle est en peignoir et nue dessous, ce que Béru demande à constater de visu. La procédure explique-t-il. Donc madame Godagno vient d’être agressée par un pompier, du moins par un individu casqué, brandissant une hache de pompier, mais la figure masquée par une cagoule.

Sur ce entre dans le bureau des pleurs San-Antonio père qui assiste à la fin de la déposition. Le mari de madame Godagno est parti sans crier gare en ne lui laissant que quelques bricoles intimes dont des olibos, d’ailleurs elle a amené les objets du délit qui servent au lit, tandis que l’agresseur a dérobé quelques ustensiles dont on se demande à quoi cela pourra lui servir. Fin de la récréation car une autre affaire bientôt accapare le commissaire, autrement plus sérieuse. Et c’est là qu’on voit à quoi le commis sert.

Un patient en fin de vie dans un hôpital parisien désire le rencontrer. Malade du sida, il avoue être le coupable d’un meurtre perpétré quelques années auparavant. Un aveu qui contrarie San-Antonio car il avait arrêté le présumé coupable qui depuis passe ses jours en prison. Trop de faits concrets accusent le malade et l’inculpé du nom de Carmino est libéré. Seulement, peu après l’infirmière qui s’occupait du malade est retrouvée assassinée. Carmino échappe à la surveillance des policiers qui devaient le pister.

Le pompier dont s’est plainte madame Godagno fait à nouveau parler de lui, enchaînant ses méfaits, et les crimes de sang, et le seul moyen possible pour découvrir son identité conduit à ce que Béru intègre une compagnie de pompiers. Ce qui l’amènera à circonscrire un incendie dans des conditions particulières.

 

Si l’intrigue de cette histoire est bien menée, ce sont les délires linguistiques qui prévalent. Les jeux de mot, les à-peu-près, les calembours, les situations humoristiques, décapantes, oserai-je écrire jouissives et grivoises, gauloises puisque nous sommes en France, s’enchaînent les unes derrières les autres comme des chenilles processionnaires.

Mais parfois, c’est un peu trop et l’aimerait pouvoir suivre l’histoire en toute sérénité, car l’attention est bien souvent accaparée par la logorrhée verbale au détriment du suivi de la narration. Ce n’est qu’un détail, mais qui compte pour le lecteur.

Tel père, tel fils, et l’on sent une continuité dans l’œuvre dardienne concernant les aventures du commissaire chéri de ces dames. Commissaire qui va ressentir des sueurs froides mais Salami, entre autre, est là pour rétablir bon ordre dans la maison.

Patrice Dard retrouve la verve de la première période consacrée à la saga du trio composé de San-Antonio, Béru et Pinaud, oui le vieux débris fait également partie de la distribution, et le style m’incite à penser fortement que les derniers ouvrages de Frédéric Dard sous le pseudo de San-Antonio sont peut-être de son cru. Comme le volume titré Napoléon Pommier paru le 11 mai 2000, soit quelques jours avant le décès de Frédéric Dard le 6 juin 2000.

Patrice DARD : Un pompier nommé Béru. Les nouvelles aventures de San-Antonio. Editions Fayard. Parution septembre 2002. 280 pages.

ISBN : 9782213613680

Partager cet article
Repost0
19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 03:47

Quand André-Paul Duchâteau s’adonnait à la sherlockmania !

André-Paul DUCHÂTEAU : Sherlock Holmes revient.

Surtout connu pour les scénarii de Ricochet, illustrés par son compère Tibet, André-Paul Duchâteau a également écrit de nombreux romans policiers à dominance humoristique.

Dans ce recueil, il s’attaque, gentiment et toujours avec humour, à un monument de la littérature policière en offrant quatre nouvelles, qui ne révolutionnent pas la geste de Sherlock Holmes mais contribuent à magnifier la légende du détective créé par Arthur Conan Doyle.

Quatre nouvelles sans fil conducteur mais dont certains personnages apparaissent et réapparaissent au long des récits, et je ne parle pas bien sûr de Sherlock Holmes et de son inamovible ami, secrétaire, et biographe.

 

Le Noël de Sherlock Holmes :

Une jeune actrice, Janet Fields, se présente le soir de Noël chez Sherlock Holmes. Elle est reçue par Watson qui, coïncidence heureuse, vient de lire un article concernant la pièce de théâtre dans laquelle elle joue.

Mal apparemment d’après un spectateur car elle vient de recevoir un message l’avertissant que son correspondant va la tuer ce 24 décembre, au cours de la représentation. Et c’est signé Jack l’Eventreur.

Alors Sherlock et son ami Watson se rendent au théâtre afin d’assister à la représentation et se présenter dans la loge de la jeune comédienne. Mais c’est le directeur de l’établissement qui est retrouvé assassiné.

 

Défis à Sherlock Holmes :

Raffles, le célèbre aventurier et gentleman cambrioleur, lance deux défis à Sherlock Holmes, lequel accepte galamment et s’en tirera à son avantage. Ce n’est point tant ces deux défis, bien imaginés par André-Paul Duchâteau, qui comptent, quoi que, mais bien ce personnage de Raffles, précurseur d’Arsène Lupin, créé par William Ernest Hornung, lequel n’était autre que le beau-frère d’Artur Conan Doyle. Une affaire de famille.

 

Le meurtre de Diana Bonté :

Trois sœurs, les sœurs Hawkins, se présentent chez Sherlock Holmes, requérant son aide dans une affaire de meurtre programmé. Elles sont toutes trois romancières, écrivant sous le pseudonyme commun de Diana Bonté des romans catalogués comme livres pour dames. Elles ont reçu un de leurs ouvrages avec une croix rouge tracée à côté de leur nom de plume, puis une boîte contenant une veuve noire, cet amical arachnide poilu.

A Sherlock Holmes rien d’impossible, ce qui n’empêche pas une pendaison. Suicide ou meurtre ?

On reconnaîtra aisément dans ce pseudonyme commun (mais pas commun) un clin d’œil appuyé aux sœurs Brontë.

 

Le propriétaire de Chelsea :

Etre un riche industriel, cela n’empêche de mourir d’un accident de la route. Une deux-chevaux, une voiture hippomobile, renverse le richissime Fortescue victime d’un meurtre avéré, le véhicule ayant été volé et retrouvé la nuit suivante. Pour Sherlock Holmes, l’assassin ne peut être que l’un des quatre locataires d’un immeuble dont Fortescue était le propriétaire. Des personnages étant étroite relation avec le défunt.

Le lecteur retrouve, dans cette nouvelle, Janet Fields dont il a fait la connaissance dans Le Noël de Sherlock Holmes ainsi que l’inspecteur Lestrade.

 

Quatre nouvelles empreintes d’un humour très British, ce qui ne gâte rien, et des déductions émises par Watson lequel est souvent contredit par Holmes. Ce qui ne l’empêche pas de tarabuster parfois le grand homme.

Mais il vous faut réagir et prendre un peu de distraction, Holmes. Vous ne pouvez pas continuer à rester confiné ici vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

André-Paul DUCHÂTEAU : Sherlock Holmes revient. Collection Attitudes. Claude Lefrancq éditeur. Couverture et illustrations intérieures de René Follet. Parution 1992. 160 pages.

ISBN : 9782871530862

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables