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25 février 2021 4 25 /02 /février /2021 04:24

Un auteur bicéphale

Pierre MAËL : Fille de rois.

En ce mois de janvier 1641, partie de la région de Quimperlé, la jeune Jeanne de Plonay, comtesse de Blois et de Poher, treize ans, surnommée Jeanne la Pâle à cause de son teint de porcelaine blanche, se rend à Rennes. Elle désire rencontrer les Messieurs du Parlement afin de plaider sa cause dans une affaire de spoliation d’héritage que c’est approprié un sien parent.

Elle est accompagnée de huit personnes : son cousin Hervé de La Ville-Rouault, le sire de Kerbullic son oncle maternel, le majordome Anthelme Bullic plus deux serviteurs, Hugon Bohec et Yves Kemener. Dans le fiacre qui l’emmène, siègent Anne de Plonay, une parente, et Reine Bohec la première de ses suivantes, et la petit Aloyse Kemener, sœur du serviteur.

Sa requête n’ayant pu aboutir, Jeanne de Poher décide d’en référer plus haut auprès du cardinal Mazarin mais avant de rejoindre la capitale, elle se rend à Blois où siègent quelques membres de la famille royale.

En cours de route, cet équipage s’installe pour une nuitée dans une auberge. Mais celle-ci est attaquée par des brigands de grands chemins, et Hervé de La Ville-Rouault, dix-neuf ans, et ses compagnons ainsi que l’aubergiste et ses valets, se montrent intrépides, refoulant les assauts. Une bataille bientôt couronnée de succès. Surtout pour Hervé qui est amoureux de sa jeune cousine.

Puis il aura encore l’occasion de démontrer son courage lorsque des loups affamés par la rigueur de l’hiver attaquent eux aussi le convoi. Non sans mal encore une fois, il réussira à mettre en fuite les canidés.

Arrivée à Blois, Jeanne de Poher est reçue comme il est dû à son rang, mais la jeune Anne Marie Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier, fille de Gaston d’Orléans et cousine germaine du futur Louis XIV, lui bat froid car toutes deux possèdent le titre de comtesse de Blois. Pourtant Jeanne de Poher n’usurpe pas son titre puisqu’elle est la petite fille d’Oliver de Bois, duc de Penthièvre. Une mise au point nécessaire qui attire les bonnes grâces de celle qui deviendra la Grande Mademoiselle. Les deux adolescentes sont à peu près du même âge et bientôt elles deviendront amies.

Tandis que Jeanne de Poher reste à Blois en compagnie de sa jeune compagne mademoiselle de Montpensier, Hervé de La Ville-Rouault se rend à Paris où il est présenté au cardinal de Richelieu, par l’entremise de son oncle Geoffroy de Kerbullic et d’un ancien compagnon d’armes de celui-ci attaché au service du prélat ministre.

Il est affecté au service du maréchal de La Meilleraie puis à celui de Louis de Bourbon, duc d’Enghien, un général de vingt-deux ans. Il se distingue lors de la bataille de Rocroy contre les Espagnols.

 

Ce roman se déroule de 1641 jusqu’en 1652, à la fin de cette période qui vit la révolte des Princes, déclenchée par la haine de Condé et quelques autres envers Mazarin et contre la royauté en général depuis Henri IV et Louis XIII. La fameuse Fronde ou Guerre des Lorrains qui ébranla le pouvoir royal.

Un épisode trouble au cours duquel Hervé de La Ville-Rouault saura se mettre en valeur, tandis que La Grande Mademoiselle participera activement à cette révolte, contre le jeune futur Louis XIV né en 1638.

Trempant sa plume dans l’encrier d’Alexandre Dumas, Pierre Maël, pseudonyme collectif de Charles Causse (1862-1904) et Charles Vincent (1851-1920), fait revivre cette période agitée avec verve.

Fille de rois est tout autant un roman historique, qu’un roman sentimental, malgré le jeune âge des deux principaux protagonistes. Surtout Jeanne de Poher qui n’a que treize ans au début du récit mais dont l’émoi amoureux s’intensifie au fur et à mesure de la déclinaison de cette intrigue, un élan amoureux qui toutefois reste chaste (y’en a qui ont eu peur, l’époque actuelle fustigeant les amours enfantines).

Malgré leur jeune âge, treize ans et un peu plus, Jeanne de Poher et Anne Marie Louise d’Orléans sont déjà matures. Jeanne la Pâle est déterminée, courageuse, et Anne Marie Louise est déjà rebelle, indépendante et dotée d’un fort caractère. Ce qui les a divisé au départ et a forgé leur amitié par la suite. Deux figures féminines loin des clichés de soumission de l’époque. Mais les autres protagonistes eux aussi possèdent un caractère trempé.

Les romans d’aventures, historiques et sentimentaux de Pierre Maël étaient destinés à la jeunesse et furent souvent associés comme livres d’étrennes et prix scolaires. Ils connurent le succès jusque dans les années 1950 et si leurs auteurs, tous deux d’origine bretonne, étaient catholiques fervents et légitimistes, n’en font pas étalage dans leurs écrits. A noter que Charles Causse est le père de Jean d’Agraives, lui-même auteur fort reconnu

Pierre MAËL : Fille de rois. Collection Bibliothèque de la Jeunesse. Editions Hachette. Parution 1948. 256 pages.

Première publication : Hachette. 1902.

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10 février 2021 3 10 /02 /février /2021 05:33

Et dire que cet océan se nomme Pacifique !

Henri VERNES : L’Archipel de la terreur.

Depuis quelques temps, des avions et des navires disparaissent inexplicablement dans l’Océan Pacifique du côté de la Polynésie.

Le dernier en date est un Boeing d’Air-France qui devait rejoindre Papeete, avec comme pilote le commandant de bord Jules Renaud, surnommé Julot-le-Veinard pour voir échappé à moult reprises à des incidents et accidents qui auraient pu lui coûter la vie. Parmi les passagers, Bill Ballantine et la journaliste Sophia Paramount, qui sont attendus par Bob Morane. Attendus, pas vraiment car Sophia s’est imposée comme compagne de vol de Ballantine.

Alors que Bob Morane attend à l’aéroport, Ballantine se laisse aller mais bientôt l’inquiétude se fait sentir tout autant auprès du personnel volant que des voyageurs. L’avion est incontrôlable et bientôt se pose les flots, comme s’il s’agissait d’un hydravion. Un phénomène inexpliqué et inexplicable bientôt suivi d’autres manifestations. Ils se trouvent dans la région de l’Archipel de la terreur, qui porte bien son nom.

Morane, encouragé par un agent de la sécurité aérienne, décide alors de se porter au secours de cet avion en perdition, ayant appris que des événements similaires se sont produits auparavant. Il embarque à bord d’un navire de guerre, le Fulgur, qui se rend sur les lieux de la disparition. Mais arrivé en vue de la côte, une barrière invisible empêche le bâtiment d’aller plus loin. Morane prend place à bord d’un petit côtre dont le mât s’abat brutalement, fauché net.

Parvenu à l’îlot principal, Morane doit affronter des crabes géants et parvient à grimper jusqu’au volcan qui domine. En cours de route il remarque des sortes d’antennes érigées au dessus de la canopée et lorsqu’un orage éclate, il se rend compte qu’il s’agit de capteurs emmagasinant l’électricité de la foudre. Il descend dans le cône du volcan attiré par une lueur verdâtre et parvenu à un lacis de tunnels, il est confronté à des sortes d’insectes métalliques dont les yeux projettent des rayons. Revenu à l’air libre, des sortes de baudruches immenses le poursuivent, dégringolant la pente comme de vulgaires ballons de plage rouges. Il parvient à les éclater à l’aide d’une simple épingle de nourrice alors que toutes ses autres tentatives ont échoué. Enfin il retrouve la carlingue de l’avion ayant transporté son ami Ballantine mais ses ennuis ne sont pas terminés. Les sauterelles métalliques et des ballons similaires à ceux qu’il a crevés se manifestent à nouveau puis des hommes en haillons l’entourent. Ils sont visiblement hypnotisés et le font prisonnier.

 

Louvoyant fortement vers le fantastique lovecraftien, ce roman d’aventures est pratiquement mené tambour battant par Bob Morane, lequel porte presque à bout de bras cette aventure que l’on pourrait qualifier de rocambolesque. Ballantine et Sophia Paramount se contentant d’épisodes ponctuels, placés en début et en fin de roman principalement. Tout repose donc sur les nombreuses péripéties subies par Morane qui parfois frôle les catastrophes.

Les baudruches géantes, légères et pourtant exerçant une force incroyable, ayant un diamètre de deux mètres, bondissant et rebondissant comme des balles, me font penser à cet énorme ballon blanc dit Ballon gardien ou le Rôdeur, qui figurait dans la série télévisée Le Prisonnier de Georges Markstein et Patrick McGooham, série emblématique de la fin des années 1960, qui alliait science-fiction et espionnage sous forme de dystopie, d’allégorie et de contre-culture.

Peut-être Henri Vernes s’est-il inspiré de cette image qui a longtemps marqué les esprits des téléspectateurs, ce fameux ballon venant de la mer et repoussant impitoyablement le Numéro 6 pour l’empêcher de s’évader. L’Archipel de la terreur figurant alors Le Village.

Henri VERNES : L’Archipel de la terreur. Les aventures de Bob Morane N°108. Pocket Marabout N°99. Editions Gérard and Co. Parution juillet 1971. 160 pages.

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3 février 2021 3 03 /02 /février /2021 05:15

Allo Papa Tango Charlie…

Captain W.E. JOHNS : Worrals au dessus de la forêt vierge

Familièrement appelée Worrals, Joan Worralson survole l’Afrique à bord de son Kingfisher en compagnie de son amie Betty Lowell surnommée Frecks à cause de ses éphélides nombreux. Elles sont parties de Londres en épuisant toutes leurs économies dans l’achat de cet avion que maîtrise parfaitement Worrals. Tout comme Frecks, elle est officier d’aviation, démobilisée, et comme pour certains, l’après-guerre est synonyme d’un retour à la vie civile assez compliqué et ennuyeux.

Elles avaient fait la connaissance de Bill Ashton, lieutenant aviateur dans la R.A.F. et s’étaient liées d’amitié. Bill était même tombé amoureux de Worrals, mais la jeune fille, trop éprise de son indépendance n’était pas prête à se laisser passer la bague au doigt. Par dépit, Bill s’était envolé en Afrique du Sud afin de retrouver son oncle Dick, qu’il n’avait jamais vu. Oncle Dick, associé avec Andrew Macintosh, est l’heureux possesseur d’une concession aurifère, à Magube Drift, à la lisière du désert du Kalahari. Seulement les conditions d’exploitation ne sont guère favorables et les deux hommes végètent malgré la présence de filons prometteurs, des problèmes de logistique entravant leurs recherches.

Lorsque Bill était parti, il avait promis d’écrire tous les quinze jours à Worrals. Elle a bien reçu une lettre expédiée du Cap, au contenu quelque peu embrouillé, comme s’il l’avait rédigée sous l’emprise de la boisson, mais depuis rien. Deux mois se sont écoulés et Worrals inquiète s’est décidée à rejoindre Bill en compagnie de Frecks. Elles ont pour objectif immédiat Impala Vley, un aérodrome provisoirement abandonné, afin de se ravitailler en carburant.

Seulement, à l’atterrissage, quelle n’est pas leur déconvenue en se voyant refuser le précieux carburant par deux hommes qui se déclarent être les nouveaux propriétaires du terrain d’aviation. Ils sont armés et n’hésiteront pas à leur tirer dessus si elles ne partent pas immédiatement. Elles obtempèrent mais Worrals est bien décidée à fournir du liquide à son avion qui a soif. Elle se pose sur une piste tracée par des animaux et revient à la nuit à l’aérodrome en compagnie de Frecks. Elles s’emparent de quelques bidons dans une réserve, en cachent d’autres, et peuvent s’envoler vers Magube Drift.

L’oncle Dick est lui aussi sans nouvelles de son neveu Bill parti deux mois auparavant pour Le Cap et jamais revenu. Il leur explique la situation et les démêlés qu’il a avec les deux hommes qui se sont approprié le terrain d’aviation et les installations, lesquels sont toujours propriété de l’état. En outre, deux tribus d’indigènes se combattent, les Hereros et les Ovambos. Les Hereros ne leur posent aucun problème, surtout que l’Oncle Dick et son ami ont sauvé la vie de leur chef. Quant aux Ovambos, ils semblent avoir pactisé avec Shardwell et Gronck, les deux spoliateurs.

Worrals et ses nouveaux amis, vont tenter de contrecarrer les deux indélicats et retrouver Bill. Mais le combat va être rude, ce qui ne dérange guère la jeune fille intrépide. Seulement d’autres éléments, et non des moindres se dressent sur leur chemin. Lors d’un voyage de Worrals au Cap, celle-ci est appréhendée par un policier sous couvert qu’il a découvert qu’elle transportait un sachet de diamants. Elle retourne la situation grâce à son courage et à sa malice.

Mais des animaux sauvages rôdent dans la forêt : lions, rhinocéros, éléphants, et indigènes qui se montrent plus vindicatifs que les carnassiers quadrupèdes.

 

Délaissant son héros fétiche, Captain Johns nous offre en Worrals une héroïne courageuse, téméraire, audacieuse, qui ne se laisse pas monter sur les pieds par les êtres humains qui se montrent plus féroces que les espèces animales.

Un roman enlevé avec deux amies dissemblables mentalement, mais qui savent se surpasser dans des conditions délicates comme le prouve Frecks en de nombreuses situations. Elles tiennent tête aussi bien aux deux malfrats, qu’aux Ovambos et aux animaux ou encore au policier qui n’hésite pas à se rendre sur le terrain.

Un bon roman d’aventures qui rend hommage au courage féminin, à l’esprit d’entreprise que déploient Worrals et Frecks, et qui nous fait planer.

Captain W.E. JOHNS : Worrals au dessus de la forêt vierge (Worrals in the Wilds – 1947. Traduction S. Hot). Collection Captain W.E. Johns. Presses de la Cité. Parution le 20 janvier 1957. 192 pages.

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23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 03:24

Il ne faut pas oublier que pour anticiper certains événements, il faut savoir prendre du recul.

Emmanuelle et Benoît de SAINT CHAMAS : La 37e prophétie.

En ce mois de décembre, la Commanderie du Louvre est en effervescence. Les séides sont regroupés, venant du monde entier, ainsi que les stromillons de la Commanderie Europe. Il ne s’agit pas d’un rassemblement ordinaire et festif car l’heure est venue pour la trente-septième et dernière horloge de délivrer son secret. Le moment est grave. Les Chevaliers de l’Insolite vont découvrir la 37e et dernière prophétie de Michel de Nostredame, plus connu sous le nom de Nostradamus. Des prophéties inconnues du commun des mortels et qui n’ont pas été répertoriées. Une fois sortie du coffre-fort dans lequel elle était soigneusement mise à l’abri, cette prophétie cryptée n’augure rien de bon. En général ce sont des séides qui sont chargés de contrecarrer la prédiction et ils sont désignés par des Furolins, sorte de feu-follets. Or ces langues de feu après avoir voleter dans la salle se positionnent au dessus des têtes de Raphaël et Raphaëlle. Une première dans l’histoire de l’Organisation, car les jumeaux ne sont que stromillons, apprentis chevaliers, et théoriquement ne peuvent participer à des opérations de grande envergure qu’en compagnie et sous les ordres de séides. Mais il n’est pas question de mettre en cause la décision des Furolins, sauf si Raphaël et sa sœur refusent de réaliser la mission qui leur a été confiée, ne se sentant pas sûrs et prêts pour affronter un danger qui peut être fatal au monde.

Intrépides, les jumeaux acceptent cette responsabilité et ils s’entourent d’aides précieux tels leur parrain Tristan, leur ami Arthur et quelques autres. Le message est peu à peu déchiffré par un Alchimiste et il en appert qu’une sorte d’Apocalypse est en préparation. La date est fixée à la prochaine éclipse de lune soit dans une quinzaine de jours. Le temps tourne et pas forcément en leur faveur. Ils doivent annihiler le Margilin, un démon particulièrement vindicatif, connu depuis la nuit des temps sous les appellations de Prince Noir, voyageur des ténèbres, malestre aux mille visages, dont le but est de semer le chaos dans l’humanité, de dresser les hommes les uns contre les autres. Il existerait bien une solution, ou plutôt une arme pour le combattre et l’anéantir. Ce serait de posséder Ascalon, la lance dont s’était servi Saint-Georges pour se débarrasser du dragon, un démon. Cette lance est depuis longtemps perdue et l’idéal serait de remonter le temps pour la récupérer. L’idée est donc d’utiliser les portails d’outre-temps qui ont été découverts dans l’épisode précédent justement nommé Les Portails d’Outre-temps. Mais un nouvel inconvénient se dresse devant eux : il faut absolument arriver à la date adéquate.

Peut-être est-ce pour cela que Tristan emmène les jumeaux dans les entrailles de la Commanderie et leur montre enfin leur mère plongée dans un coma profond. Une révélation pour Raphaël et sa sœur qui croyaient depuis leur plus tendre enfance que leurs parents étaient morts dans un accident. Mais en ce qui concerne leur père, il n’y a pas eu de miracle selon Tristan. Mais un autre fait étonne nos jeunes stromillons qui accumulent des points afin d’être proclamés chevaliers. Aymeric, ami d’enfance de Raphaël a un comportement étrange. Il est devenu renfermé, inabordable, et possède une montre dont il refuse de dire la provenance.

Appartenir à l’Organisation ne délie pas les jumeaux des obligations scolaires et cela offre quelques scènes qui n’empruntent pas au fantastique. L’affectation de jeunes filles refusant tout contact avec des garçons jugés inférieurs à leur rang, de petites jalousies, ou au contraire l’intérêt porté par des groupies à quelqu’un qui a su trouver la parade. Et l’école des stromillons réserve elle aussi son lot de surprises, avec des professeurs apparemment revêches, acerbes, mais qui cachent sous des dehors austères un cœur d’or. Ou encore des recherches d’applications qui au premier abord n’offrent aucun intérêt mais se révèlent par la suite indispensables dans la réalisation de projets aventureux.

 

Ce troisième volet de Strom clôt les aventures des jumeaux et des Chevaliers de l’Insolite. Mais il est peut-être envisageable de supposer que d’autres péripéties les attendent et seront dévoilées aux lecteurs, car comme le déclare le Maëstrom, le grand-maître de l’organisation qui n’apparait qu’en hologramme et dissimulé dans un brouillard, Je ne crois pas aux fins définitives, car ce que l’on appelle fin n’est souvent que le début d’autre chose.

Comme dans les épisodes précédents de petits énigmes sont proposées aux apprentis chevaliers et donc à la sagacité des lecteurs, énigmes qui paraissent évidentes lorsque la solution est dévoilée. Et des aphorismes dignes de Lao Tseu s’adressent tout autant aux adolescents qu’aux adultes : Il faut deux ans pour apprendre à parler et toute une vie pour apprendre à se taire.

 

Emmanuelle et Benoît de SAINT CHAMAS : La 37e prophétie. Collection Strom N°3. Réédition Pocket Jeunesse. Parution 7 mai 2015. 336 pages. 6,95€.

ISBN : 978-2266258111

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28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 04:07

Entre le rêve et la réalité, il n’y a que l’épaisseur d’une paupière…

Sylvie HUGUET : Rêve de Licorne.

Depuis quelques temps, la jeune Louise n’est plus assidue dans son travail scolaire, pour des raisons qui échappent à madame Dorgueil, son enseignante. Mais lorsque celle-ci fait remarquer à son élève, qu’elle a prise en affection, les erreurs disséminées dans ses rédactions aussitôt Louise les corrige sans difficulté.

Madame Dorgueil a effectué sa petite enquête mais à première vue, rien dans sa vie familiale ou autre n’a pu conduire la jeune Louise à ce comportement inhabituel et bizarre. Alors, elle lui propose de relire un manuscrit qu’elle vient d’achever, car elle écrit des livres pour adolescents, et de lui donner ses impressions. Une occupation que Louise accepte avec plaisir. Et c’est ainsi que nous découvrons en même temps que l’adolescente cette histoire intitulée Rêve de Licorne.

Diane est une gamine qui vit dans un élevage de chevaux et elle s’épanouit dans ce paradis de vallons et de bocages, au domaine de la Châtaigneraie. Mais c’est bien connu, les châtaignes sont enfermées dans des bogues protégées par des piquants. Et les piquants sont ce que l’on pourrait appeler les réactions de sa mère lorsqu’elle a ses nerfs. Pourtant le père est prévenant, mais la mère est une forte femme qui sait s’y prendre pour que ses envies ou ses refus soient satisfaits sans barguigner de la part de sa fille ou de son mari.

Diane a appris à monter sur un poney toute jeune puis elle a eu droit de posséder un magnifique poulain qu’elle nomme Brume de Neige à cause de sa robe. Elle a assisté à l’accouchement de la jument, qui en est décédée, a élevé le poulain au biberon, couchant même dans le box la nuit, au grand dam de sa mère. Entre Brume de Neige et Diane, c’est une entente parfaite, presque ou autant qu’avec le père. Quant à la mère elle a toujours ses nerfs, et cela va se compliquer le jour où le père décède dans un accident.

Près d’un an après, la mère se remarie avec Alex le palefrenier embauché du vivant du père. Et Alex ne trouve rien de mieux que de complimenter Diane sur sa féminité naissante, de l’importuner par des propos inconvenants et d’effectuer des gestes déplacés trop bien placés. Diane veut en parler à sa mère qui réfute ses allégations, et les confidences avortent dans des crises de nerfs maternelles. Il ne faut pas dire du mal d’Alex en qui elle a trouvé un bel étalon. Alors Diane se réfugie dans ses rêves, dans un pays qu’elle découvre peu à peu, l’Outre-Monde.

Elle est subjuguée par un animal magnifique qui ressemble un peu à Brume de Neige mais portant au front un rostre en ivoire : une Licorne. Cet animal fabuleux est accompagné de Vif-Argent, un cheval qui mène une harde, ainsi que d’autres animaux qui vivent, malgré leur antagonisme ancestral, en bonne intelligence. Il y a Vent-d’Orage, le loup, et sa meute, Lame de Saphir, le tigre, Œil-de-Silex, l’aigle, et surtout Vieux Cerf, le vieux sage qui explique à Diane qu’ils sont toutefois sous la menace des Ténébriens, vivant de l’autre côté et les pourchassant impitoyablement. Mais bientôt cette douceur va connaître des heures sombres. Car le rêve devient cauchemar à cause d’un épisode réel vécu avec peine par l’adolescente.

 

Cette histoire, Rêve de Licorne, est enchâssée entre le prologue et l’épilogue, ce qui est normal me direz-vous avec juste raison, et seule elle aurait pu constituer un aimable conte bucolique rédigé sur le thème de la Fantasy.

Seulement, les deux barrières qui l’entourent donnent toute la saveur à ce court roman, une saveur amère et très actuelle. L’auteur retombe ainsi sur ses pieds tout en fournissant une histoire familiale qui se tient, trop bien, et le lecteur navigue entre rêve et cauchemar, dans ce que l’on pourrait définir comme une réalité virtuelle.

De beaux moments de poésie, une ode à la nature, et une dégringolade dans un concept dont malheureusement il est question tous les jours depuis la nuit des temps. Et la présence des loups et des chevaux n’est pas dénuée d’innocence, car ces animaux alimentent l’actualité malgré eux. Une coïncidence ?

Sylvie HUGUET : Rêve de Licorne. Editions Assyelle. Parution 15 septembre 2020. 140 pages. 12,00€.

ISBN : 9782378550219

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25 août 2020 2 25 /08 /août /2020 04:48

Si tu ne vas pas à l’aventure, l’aventure viendra à toi…

Henri VERNES : Trafic aux Caraïbes.

En villégiature à Port-au-Prince, Bob Morane et son ami Bill Ballantine ont loué une villa située sur les hauteurs de la ville. Mais l’aventure guette nos héros. Elle vient à eux sous la forme d’une silhouette s’introduisant nuitamment dans le garage.

Il s’agit d’un individu du nom de Phil Jourdan, qui désirait se venger de l’actuel propriétaire, un certain Mathias Van Horn, qui l’a fait inculper pour un meurtre qu’il n’a pas commis. Aussi s’était-il mis en tête de bricoler le véhicule de location de Bob Morane, qu’il pensait appartenir à Van Horn, afin de provoquer un accident.

Il narre aux deux amis ses déboires. Jourdan habitait à La Havane et était à la tête d’une petite entreprise de pêche au gros. Il possédait une petite vedette à moteur et emmenait les touristes désireux de sacrifier à leur passion, la pêche au thon, au tarpon ou encore à l’espadon. Sa femme malade devait subir une opération, mais il n’avait pas assez d’argent et était au désespoir. Mathias Van Horn, connu dans les Caraïbes sous le nom de Requin de La Havane, surnom qui lui a été donné à cause de son implication dans divers trafics, lui demande de conduire sur la côte américaine, une personnalité cubaine du nom de Ramon Ramirez. Pressé par le besoin d’argent, Jourdan accepta non sans réticence.

Le jour dit, Ramon Ramirez, à la main une serviette à laquelle il semble tenir beaucoup, embarque sur le bateau de Jourdan en compagnie de Van Horn. Les deux hommes s’enferment dans la cabine, puis Van Horn en ressort, la fermant à clé, arguant que Ramirez désire se reposer. Puis Jourdan fait cap sur la Floride où il est arraisonné par la police maritime américaine. Le cadavre de Ramirez gît dans la cabine et le contenu de la serviette a disparu. Jourdan est accusé de meurtre et emprisonné. Il parvient à s’échapper de longs mois plus tard. Cependant sa femme est morte et Van Horn s’est réfugié à Port-au-Prince, d’où sa présence dans la villa.

Bob Morane promet de faire la lumière sur cette affaire et il se rend en priorité chez Forceville, l’agent immobilier qui a procédé à la location. Celui-ci se retranche derrière le secret professionnel et ne peut donner aucun renseignement concernant Van Horn. Dépité, Morane ressort mais un employé de l’agence lui glisse dans l’oreille, dans la rue, le nom de Basil Cortés qui vivrait au Cap Haïtien. Un appel téléphonique anonyme confirme le renseignement, un dédommagement financier à la clé.

C’est ainsi que Morane et Ballantine se rendent au Cap Haïtien, après avoir mis Jourdan en sécurité. Localiser Cortès n’est guère aisé mais ils parviennent enfin à le trouver dans un bouge à Port-de-Paix où il officie derrière le comptoir. Cortès, prévenu de leur visite, déclare ne pas aimer les curieux et bientôt les clients présents, ses copains, se lancent dans une rixe destinée à réduire les deux amis comme appâts à requins. Heureusement, l’un des clients, qui était de passage, se joint à eux et ils peuvent s’extraire de cette souricière.

Leur sauveur providentiel s’appelle Tiger Jack et il déclare avoir bourlingué durant des années dans cette région des Caraïbes, ayant participé au Boulevard du Rhum durant la Prohibition. Il leur indique un éventuel individu, à qui il a rendu service un jour, pouvant leur fournir des éléments de recherches. Et c’est ainsi qu’ils rencontrent Hiéronimus Li lequel affirme ne pas pouvoir leur être de grand secours.

De Haïti aux Bahamas, près d’un petit îlot où gît une épave, en passant par La Havane, Bob Morane et Bill Ballantine vont affronter moult dangers et Tiger Jack sera toujours là à point nommé pour les tirer des griffes de leurs adversaires.

 

Roman d’aventures de facture classique, Trafic aux Caraïbes vaut surtout par la présence de Tiger Jack, sobriquet sous lequel se cache Jean Ray. Même si celui-ci n’est jamais nommé, le lecteur reconnaitra aisément ce fantastiqueur belge.

Né en Belgique à Gand sur Escaut, la merveilleuse cité flamande qui mire ses vieux pignons, les façades précieuses de ses anciens hôtels et son château moyenâgeux, compact comme un œuf de pierre, dans les eaux béates et glauques de ses canaux, Tiger Jack était le fils d’une famille de marins et c’était à sa grand-mère, une authentique indienne Dakota, qu’il devait son profil courbe de Sioux.

Après avoir décrit ses aventures maritimes de trafiquant d’alcool, ce sexagénaire et plus a raccroché un jour et s’est installé chez lui dans sa bonne ville de Gand.

Un beau jour il en avait eu assez de la flibuste, avait vendu au plus offrant bateau et arsenal pour aller chercher le calme à l’ombre des pignons espagnols de sa bonne ville de Gand, où il s’était mis à écrire de merveilleuses histoires pleines d’aventures, de sel, de brume et d’angoisse, où les spectres du passé se pressaient en fantastiques sarabandes. Ces histoires, traduites dans le monde entier, avaient valu la célébrité à leur auteur qui, après avoir été l’un des derniers pirates, était devenu l’un des plus prodigieux conteurs de son temps, sinon de tous les temps.

Un magnifique hommage d’Henri Vernes à Jean Ray.

Mais on n’aurait garde d’oublier le contexte de ce roman, l’aspect politique, avec des personnages qui pourraient ressembler à Batista et Fidel Castro.

L’illustration de couverture est signée Pierre Joubert et les illustrations intérieures de Forton.

Henri VERNES : Trafic aux Caraïbes. Bob Morane N°49. Collection Junior Marabout N°206. Editions Gérard & C°. Parution 1961. 160 pages.

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11 août 2020 2 11 /08 /août /2020 03:42

Par l’auteur de L’Inspecteur de la mer, devenu Flic ou voyou au cinéma.

Michel GRISOLIA : L’été rouge.

Lorsqu’on a une mère qui ne roule pas sur l’or, loin de là, et qui aurait grand besoin de repos, le meilleur moyen est de la suppléer dans l’une des tâches qu’elle effectue pour subvenir à la subsistance de ses enfants. Et c’est ainsi que Frédéric, quatorze ans, et sa sœur Adriana, de deux ans plus jeune, sont embauchés pour distribuer des échantillons dans des boîtes aux lettres.

En compagnie d’autres jeunes distributeurs de leur âge, ils sont emmenés par la patronne de leur mère à quelques dizaines de kilomètres de chez eux, en Haute-Provence. Un petit village tout en montées, et en descentes dans le sens contraire.

Munis d’une sacoche dans laquelle sont glissés les échantillons de crème solaire, Frédéric et Adriana entame leur périple, selon l’itinéraire choisi par madame Longhi. Ils doivent respecter la consigne, c’est à dire mettre un échantillon dans chaque boîte aux lettres, sans en oublier une seule, et marquer leur passage au sol par une croix inscrite dans un rond avec des craies de couleur. Comme ça, pas d’oubli ni de doublon.

Alors qu’ils grimpent une rude montée, ils aperçoivent une maison semblant abandonnée. Puis ils entendent des cris. Ils s’introduisent dans le jardin, puis dans la bâtisse. A ce moment, en plus des cris, la détonation d’une arme à feu attise leur curiosité. A l’étage ils découvrent un couple, un homme tenant un revolver et une femme ensanglantée. C’est elle qui a poussé les cris. Elle est blessée, mais l’homme ne désirait pas la meurtrir. Du moins c’est ce qu’il prétend.

Le coup de feu et les cris ont alertés les voisins qui sont sortis de leurs maisons et se sont rassemblés. Afin de pouvoir s’échapper, l’homme entraîne la femme et les deux enfants, qui sont consentants mais ne le font pas voir. Bientôt ce sera la chasse à l’homme.

 

Cet épisode se passe en 1963, à Nice et dans ses environs. Un peu plus de trente ans plus tard, Frédéric, le narrateur, revient sur cette histoire qui l’a profondément marqué.

Les relations entre le frère et la sœur sont conflictuelles à cause du caractère d’Adriana. Elle est susceptible, soupe au lait comme l’on dit dans le langage populaire. Pourtant à certains moments leurs idées se rejoignent.

Pour Frédéric, Rochester, leur ravisseur, est un homme amoureux de Marianne, son amie blessée, jaloux aussi. Mais il est emporté et c’est probablement accidentellement qu’il a tiré sur son amie.

Rochester parlait comme certains héros, ou plutôt comme certains hommes qui, dans les films, ne sont pas supposés paraître sympathiques. C’est eux que je préfère.

Frédéric est plus mâture que son âge et peut-être est-ce pour cela qu’il analyse la situation avec une certaine indifférence. Ou qu’il ressent une vive sympathie à l’égard de Rochester.

Je n’avais que quatorze ans mais je ne me fiais déjà plus beaucoup aux apparences, je n’accordais déjà plus ma confiance aux réponses toutes faites, aux réactions qui nous viennent par facilité et par paresse, aux déclarations des adultes pour nous endormir. Il ne faut pas trop prendre les enfants pour des enfants.

Ce premier roman pour enfants de Michel Grisolia ne manque pas d’humour dans certaines situations et dialogues. Et il ne se gêne pas pour égratigner au passage sa ville natale et sa région.

Un jour, Marianne et moi, on a surpris du trafic d’animaux. De la contrebande, des trucs pas nets, entre le contremaître d’une réserve et des hommes d’affaires véreux. Vous savez ce que ça veut dire, véreux, les enfants ?

Bien sûr qu’on sait, m’sieur, a dit Adriana. On habite la Côte d’Azur.

 

 

Michel GRISOLIA : L’été rouge. Collection Vertige N°809. Editions Hachette. Parution 21 mars 1997. 192 pages.

ISBN : 9782012097117

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6 août 2020 4 06 /08 /août /2020 04:06

Un cavalier, qui surgit hors de la nuit
Court vers l'aventure au galop…

Michael GIBSON : L’auberge du loup blanc

Ce n’est pas une nuit à sortir à cheval, et pourtant, dans la lande qui garnit la route de la corniche, un homme file au galop, au risque de se précipiter du haut de la falaise dans l’océan qui mugit en bas.

Dans ce coin de la Cornouaille anglaise, est niché le petit village de Tregavenney, entre Helston et Penzance, habité principalement par des pêcheurs. Lesquels, le soir se rendent à l’auberge du Loup Blanc, tenue par John Mitchell, le propriétaire, sa femme et ses deux garçons, David et Paul. L’établissement est situé à environ cinq cents mètres de la plus proche maison, un lieu idéal pour qui veut être à l’abri des curieux.

Les deux garçons, âgés respectivement de seize et quatorze ans, se tiennent avec leurs parents près du feu, attendant l’heure proche d’aller se coucher. Soudain, le marteau de la porte retentit. Mitchell sort de la pièce et ils l’entendent parler mais il revient peu après disant qu’il s’agissait d’un voyageur égaré.

David et Paul, qui dorment à l’étage se posent de nombreuses questions, sans pouvoir y apporter le moindre début de réponse. Toutefois ils entendent leur père parler avec quelqu’un puis peu après un individu encapuchonné s’enfuit de l’auberge. Le lendemain matin, ils sont réveillés par des bruits dans la cour. Il s’agit d’un petit groupe de gendarmes avec à leur tête le sergent Bassett.

Il est à la recherche d’un criminel qui vient de s’évader et les deux frères sont fort étonnés d’apprendre que l’homme recherché n’est autre que Kit, leur oncle, le jeune frère de leur père. Il avait été accusé de vol par un seigneur des environs qui lui-même avait hérité des biens et du domaine de son frère, décédé dans des conditions litigieuses.

David et Paul sont persuadés, à raison, que l’inconnu de la veille n’est autre que Kit qui désirait trouver refuge à l’auberge ou tout au moins un endroit où se cacher. Ils entament donc leur enquête en fouillant dans les environs du village, se rendant dans la grotte d’un ermite avec lequel ils ont lié amitié.

La nuit un mystérieux cavalier parcourt la campagne, traînant derrière lui une boule de feu, ce qui ravive la légende qui règne depuis deux cents ans sur la contrée.

Un voyageur s’installe à l’auberge du Loup blanc, un personnage mystérieux nommé Lightfoot, d’une stature imposante le faisant ressembler à un tonneau sur pattes ce qui ne l’empêche pas de démontrer une agilité incroyable et une débauche d’énergie inconcevable aux yeux de des deux gamins. Il est trop souvent sur leur chemin, les obligeant à se méfier. N’est-il point à la recherche de Kit ?

 

David et Paul vont tout faire pour aider Kit afin d’échapper aux recherches de la maréchaussée, mais ils vont devoir affronter moult dangers. Et quand David semble jeter l’éponge, c’est Paul, son jeune frère qui prend la relève, l’invectivant et l’encourageant.

Et surtout ils se mettent en tête l’idée de démontrer que leur oncle est innocent de ce qui lui est reproché. Alors il faut découvrir le véritable coupable et résoudre l’énigme du décès soi-disant accidentel du seigneur du château d’Akin-Tor, sir Brandon Chase. Son frère Barney devenant l’héritier, mais dont le caractère est totalement opposé à celui de son aîné.

 

Ce roman d’aventures historiques, l’histoire se déroule dans les années 1830 en Cornouaille, est l’exemple même du livre pour enfant qui procure découverte et plaisir de lecture.

Il fait partie de ces ouvrages qui enflamment l’imagination, et l’on pourrait le mettre aux côtés des romans de Stevenson, de Walter Scott, et autres auteurs dont certains romans furent adaptés pour les adolescents.

Un personnage mystérieux qui s’installe dans l’auberge, des apparitions nocturnes qui confinent au fantastique, un ermite dont le rôle est mal défini au départ, des grottes qui renferment des secrets, tout concourt à entretenir le suspense. Et pour les plus jeunes, une aura d’angoisse provoquant le petit frisson qui oblige le lecteur à continuer sa lecture au lieu de l’abandonner pour quelques heures.

Michael GIBSON : L’auberge du loup blanc (traduction de Thérèse Lannes). Illustrations d’Henri Dimpre. Collection Rouge et Or Souveraine N°124. Editions G.P. Parution janvier 1958. 192 pages.

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28 juillet 2020 2 28 /07 /juillet /2020 04:03

Perry en la demeure !

Félix SALTEN : Perri l’écureuil

Un roman animalier prisé par Walt Disney, tout comme le grand succès de Félix Salten : Bambi !

Aussitôt réveillée, la petite Annette, trois ans, s’habille et s’installe sur son petit banc à l’extérieur de la maison. Elle parle, elle discute, elle converse, elle bavarde avec ses amis les animaux. Elle s’inquiète des uns et des autres et les réconforte.

Ainsi ce matin-là, elle est en compagnie de la pie et du geai et d’une nouvelle invitée, une maman écureuil. L’écureuille (orthographe selon Colette qui dans La paix chez les bêtes fait ainsi la distinction entre mâle et femelle) se plaint. Elle avait cinq enfants et il ne lui en reste plus qu’un. Sa petite Perri. Les autres ont été enlevés par la martre, la chouette et l’épervier. Mais le pinson la rassure, Perri vit.

Lorsque son père, garde-chasse, et son propriétaire reviennent, Annette veut leur raconter sa matinée et ses conversations avec ses petits amis, mais ils ne comprennent rien à ce qu’elle dit. Ce sont des hommes et elle n’est encore qu’une enfant au babillage confus.

Faisons maintenant la connaissance de Perri, la jeune écureuille qui découvre son environnement. Elle sait qu’elle doit se méfier de la martre, toujours à rôder, des corneilles et du renard, son amie la pie l’a mise en garde.

On va la suivre dans ses différentes pérégrinations dans la forêt au cours de la fin d’un printemps jusqu’au début du printemps suivant. Ses retrouvailles avec sa mère, la connaissance de Porro qui devient son ami et avec lequel elle joue dans les arbres, ramassant noisettes et faînes, les cachant puis oubliant où ils ont déposés leurs provisions.

La peur alors que la martre, le renard, les corneilles les surveillent et essaient de s’emparer d’eux, les mises en garde de la pie et du geai, du pivert et du pinson. L’orage qui les surprend et leur fait peur, les feuilles d’automne qui tombent mettant à découvert leurs cachettes sur les branches, les battues des chasseurs, leur surprise en découvrant d’autres animaux tels que lièvres et chevreuils ou encore les fiers cerfs, le contact visuel avec l’Homme, les visites à Annette de temps à autres, la séparation avec la mère, et bien d’autres péripéties comme la neige et la froidure qui font de Perri un animal presqu’adulte.

Et Porro qui s’éclipse parfois, la rencontre d’un écureuil noir, puis les aventures narrées par un écureuil inconnu qui a connu l’enfermement dans une cage grillagée (c’est quoi un grillage ?) et l’obligation qu’il avait pour se défouler et entretenir sa forme de se glisser dans une espèce de rouleau qui fait avancer tout en restant sur place. Des balivernes, des mensonges pour certains des animaux qui écoutent les divagations de cet écureuil qui a vécu bien des avatars qui ressemblent à des inventions de l’esprit, des mensonges, mais qu’il aura pourtant connus. Il a subi les méfaits de l’Homme, mais tous ne savent pas ce dont il veut parler.

Un univers vu et décrit par des animaux en liberté devant affronter moult dangers mais sachant en même temps profiter de la nature, quelle que soit la saison, avec ses bienfaits et ses inconvénients.

C’est également le roman du courage de l’animal, considéré comme sauvage, face à l’Homme supposé civilisé.

Un roman destiné aux filles et aux garçons jusqu’à 14 ans selon l’éditeur. Mais un grand nombre d’adultes devraient lire ou relire ce conte charmant, s’en imprégner et partager les multiples aventures de Perri et vibrer avec elle. Peut-être l’adulte portera-t-il un autre regard sur la Nature après cette lecture.

 

Félix SALTEN : Perri l’écureuil (Die Jugend Des Eichhörnchens Perri – 1938). Texte français de Jacqueline Des Gouttes. Illustrations d’Henri Blanc. Collection Idéal Bibliothèque N°158. Parution 1958. 192 pages.

Première édition : Delachaux & Niestlé à Neufchâtel. 1943. 182 p.

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22 juillet 2020 3 22 /07 /juillet /2020 04:04

Urbanisme contre vestiges !

Jerry WEST : Les Jolivet et l’or des pionniers.

L’arrivée d’engins de chantier à Shoreham signifie le début d’une nouvelle aventure et d’une épopée dangereuse pour les cinq enfants Jolivet.

Bob, 12 ans, et Ricky, 7 ans, et leurs sœurs, Patty, 10 ans, Jenny, 6 ans, et Susie, la petite dernière de 4 ans mais qui ne donnerait pour rien au monde sa place dans les tribulations de cette fratrie, composent cette famille dont le père est un homme aimable, toujours souriant, pour ne pas dire rieur, et d’une mère jolie, mince et toujours prête à confectionner des gâteaux. Bref une famille américaine comme l’on aimerait en voir plus souvent.

Ce jour-là, alors que débutent les vacances de Pâques, les enfants sont abordés par l’un des conducteurs qui leur demande son chemin, pensant s’être perdu. Il conduit un énorme tracteur remorquant un plateau sur lequel est placé un énorme engin de terrassement, une pelle mécanique. Il se nomme Buster et est accompagné de Stan, et invite les enfants à monter dans la cabine ou sur la remorque afin qu’ils leur montrent le chemin jusqu’à l’entrée du chantier de la nouvelle route.

Ce chantier avait été retardé à cause de l’emplacement d’un vieux fort historique, le fort de la Liberté, mais la décision vient d’être prise. Et si durant les travaux les ruines de ce vieux fort sont mises au jour, le tracé de la nouvelle route sera dévié afin de les contourner. En cours de route, l’engin manque écraser un jeune cycliste. Il s’agit de Jo Brill, le mauvais garnement, la teigne, le tourmenteur des Jolivet. Plus de peur que de mal, heureusement.

Rentrés chez eux, les enfants Jolivet trouvent leur mère en train de lire Le phare de Shoreham, la gazette locale. Un article retient son attention : la municipalité offre 10 000$ au propriétaire du terrain sur lequel se trouvent les vestiges du Fort de la Liberté, et 500$ à la personne qui découvrira le fort.

Il n’en faut pas plus pour que les Jolivet construisent des châteaux en Espagne, même s’ils vivent aux Etats-Unis, probablement dans l’état du Vermont. Patty et Jenny décident de se rendre au musée municipal, la bibliothèque regorgeant de vieux papiers, vieux livres et journaux d’autrefois tandis que les garçons retournent sur le chantier.

Dans un ancien magazine, mis aimablement à leur disposition par le bibliothécaire, Patty et Jenny lisent un article dans lequel il est question d’un vieux monsieur de quatre-vingt-quinze ans. Il avait écrit au conseil municipal et dans sa missive il avait joint un parchemin indiquant l’emplacement du fort de la Liberté. Or cette lettre n’était jamais parvenue à destination. Un individu au long nez, appendice pratique pour fouiller dans les affaires des autres, s’intéresse à leur lecture. Elles ne le connaissent pas et s’en méfient.

Les travaux de démolition avancent et les ouvriers s’attaquent à l’ancienne gare, où justement était placée la boîte aux lettres. Les enfants Jolivet parviennent à découvrir le fameux pli avant la démolition complète. Il ne leur reste plus qu’à continuer leurs recherches, recherches qui sont entravées par le fouineur et la teigne toujours placée dans leurs jambes au mauvais moment.

Mais un autre fait se dresse sur leur chemin. La maison d’une famille est située non loin et doit être rasée. Ils vont tout faire pour empêcher un drame familial et social avec cette nouvelle démolition programmée. Mais ils n’ont guère de temps pour réaliser leur projet. Le relogement ou plutôt le transport de cette maison sur un nouveau terrain, lequel est à définir.

 

Une charmante histoire avec les bons éléments, les enfants Jolivet, leurs parents et la famille qui doit être expulsée, et les mauvais éléments, Jo Brill et l’homme au long nez. Avec pour conclusion la découverte de l’emplacement de cet ancien fort, et de ses ruines, ainsi que d’un trésor signalé dans le titre fort explicite.

Le point intéressant dans cette intrigue réside dans le fait du transport d’une maison à l’aide d’un plateau avec des madriers et des poutres de soutènement. Une technique hasardeuse qui demande un savoir-faire sans précédent, mais qui date de plus d’un siècle. A ce propos voir l’intéressant article paru dans Sciences et Voyages N°272 du 13 novembre 1924 ici.

Une raison de plus pour les adultes de se pencher sur les romans publiés à l’attention des juvéniles et qui se révèlent être source d’informations tout en restant un plaisir de lecture.

L’auteur, qui se cache sous le pseudonyme de Jerry West, se nomme en réalité Andrew E. Svenson, et a également écrit sous l’alias d’Alan Stone. Il est l’auteur de plus de soixante-dix romans pour enfants, sous divers pseudonymes dont certains sont partagés avec d’autres romanciers.

Sur les trente-trois romans consacrés à la série Les Joyeux Jolivet, seuls dix-huit titres ont été traduits en France. Quant aux personnages, l’auteur n’a pas eu besoin de chercher loin puisqu’il s’est inspiré de ses propres enfants, et de son entourage. Même celui de Jo Brill évoluait près de chez eux. Ainsi que le chien Zip et le chat Nez-blanc de la famille Jolivet ne sont que des projections des propres animaux de Jerry West.

Toutefois on peut se demander par quelle aberration le patronyme de cette famille américaine a été modifié dans la version française en Joyeux Jolivet. Mais ce n’était pas une première car d’autres séries traduites ont subies le même sort dont Alice de Caroline Quine, ou encore Le Club des Cinq d’Enid Blyton. Bizarre et inconvenant, pour ma part.

Jerry WEST : Les Jolivet et l’or des pionniers. Série Les Joyeux Jolivet (The Happy Hollisters and The Secret Fort – 1955. Texte français de Suzanne Pairault). Illustrations de Maurice Paulin. Nouvelle Bibliothèque Rose N°340. Editions Hachette. Parution 30 janvier 1970. 190 pages.

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