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26 septembre 2019 4 26 /09 /septembre /2019 03:59

Elle atteint toujours son but…

Robert-Louis STEVENSON : La Flèche noire

Entre 1455, soit peu après la fin de la guerre de Cent ans, et 1485, deux clans royaux, le duc d’York et le duc de Lancastre, revendiquent la succession au trône et s’affrontent pour s’emparer de la couronne royale anglaise.

C’est dans ce contexte que nous faisons la connaissance du personnage principal de ce roman historique, Richard Shelton dit Dick. Âgé d’à peine dix-huit ans, il vit à Tunstall, et est le pupille de Sir Daniel Brackley. Ce jour là l’effervescence règne, les hommes d’arme sont sur les dents et leurs chevaux.

Une attaque se prépare et sir Daniel est momentanément absent. Or personne n’est capable de dire pour qui se bat sir Daniel. Pour Lancastre ou pour York ? Une véritable girouette qui tourne dans le sens du vent. Mais des outlaws, des hors-la-loi, se manifestent en envoyant des flèches et tuant les principaux proches de Sir Daniel. Les carreaux sont noirs et portent en suscription de la part de Jean Punit-Tout. Certains pensent qu’il s’agit d’une bande commandée par Ellis Duckworth, même si le déclare Benny Hatch :

La révolte ne vient jamais d’en bas, croyez-moi. Derrière le vilain qui brandit la hache, il y a toujours le noble qui le dirige.

 

Selon les rumeurs Sir Daniel et ses affidés, Sir Olivier, un ancien moine et quelques autres, seraient à l’origine de la mort par assassinat du père de Dick qui s’est donc retrouvé orphelin. Car sir Daniel désirait faire main basse sur l’héritage de Dick et il projette un mariage arrangé.

Pour l’heure, Dick est chargé d’une mission et il part en compagnie de quelques hommes d’arme munis d’arbalètes, d’arc et de haches. On n’est jamais trop armé. Il remet une lettre émanant de sir Olivier à Sir Daniel qui vitupère car une jeune fille Joanna ou un jeune garçon répondant au prénom de John, vient de s’enfuir à cheval.

Les embûches se dressent sur le chemin de Dick qui va faire la connaissance d’un jeune garçon, Jack Matcham âgé probablement de douze ans. Peut-être un peu plus, il est incapable de le définir. Ils vont toutefois pérégriner ensemble et leurs relations connait des hauts et des bas. Souvent Jack se rebiffe, à moins que ce soit Dick.

Leurs chemins se séparent puis vont se retrouver au hasard des événements, jusqu’au moment où Dick se rend compte que Jack est une jeune fille, qu’elle se prénomme Joanna, qu’elle était promise à un mariage fomenté par sir Daniel. Dick en tombe amoureux.

 

Il est dommage, même si ce roman est destiné aux jeunes de onze à quatorze ans, que le texte soit amputé, le rendant parfois incompréhensible. Les manques obèrent l’intrigue et le lecteur passe parfois d’un épisode à un autre avec le sentiment d’être frustré car une partie de l’histoire est occultée.

Ainsi alors que quelques mois se sont déroulés depuis le début de l’histoire, que Dick se trouve à Shoreby, un port non loin de Tunstall, mais en ce temps là la distance n’était pas ressentie de la même façon, à cause du temps mis à voyager, il doit échapper à des hommes en armes. Des partisans de Lancastre. Il parvient à embarquer à bord de La Bonne espérance, puis au chapitre suivant le navire subit un naufrage. Que s’est-il passé entre temps ? Le capitaine est souvent sous l’emprise de la boisson, mais tout n’est pas clair d’autant que le voici affublé d’un chien qui le suit partout alors qu’auparavant il n’était accompagné que d’un seul matelot, Tom.

Ceci n’est que l’une des nombreuses ellipses qui dénaturent quelque peu ce roman dont les épisodes s’enchainent comme les grains d’un chapelet. Toutefois, il est étonnant dans ce contexte que les scènes violentes, les pendaisons par exemple, subsistent alors qu’elles auraient pu être édulcorées.

L’édition de 1901, traduction de E. La Chesnais, à la Société du Mercure de France, comporte 384 pages.

Pour ceux qui désireraient lire cet ouvrage en entier, il leur est possible de le télécharger gratuitement et légalement sur le site Ebooks libres et gratuits dont l’adresse figure ci-dessous :

De Robert-Louis Stevenson, on peut également lire :

Robert-Louis STEVENSON : La Flèche noire (The Black Arrow: A Tale of the Two Roses – 1888. Traduction de H. Rouillard). Collection Bibliothèque Juventa. Editions Delagrave. Parution 24 novembre 1965. 160 pages.

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25 septembre 2019 3 25 /09 /septembre /2019 04:37

Elle est à cheval sur les principes…

Georges BAYARD : Cécile prend le mors aux dents.

En stage d’équitation chez le maître de manège Max Lonzac, Cécile et ses amies Juliette dite Juju et Laure, ainsi qu’avec sa grand-mère Herminie, se familiarisent avec les équidés durant les vacances. Des chevaux dociles leurs sont réservés, mais Lonzac en possède d’autres qui participent à des concours de sauts.

Les séances, ou reprises, se font le matin et l’après-midi, dans une bonne ambiance. Seule Laure ne participe pas, préférant s’occuper du standard. Elle est gourmande, manchonnant sans cesse des bonbons, ce qui lui occasionne une surcharge pondérale préjudiciable.

Si Cécile a été amenée à effectuer ce stage, c’est grâce à Herminie qui, ancienne enseignante, avait gardé d’excellentes relations avec bon nombre de ses élèves, dont Geneviève la sœur de Max Lonzac.

Lors d’une reprise, au cours de laquelle participent d’autres élèves, dont monsieur Daronval, un notable de la ville voisine, Cécile est quelque peu intriguée par deux spectateurs qui se tiennent dans les tribunes en compagnies de mères de stagiaires. Un jeune garçon aux cheveux longs et bruns, qui auparavant portait une casquette en sortant de la sellerie. Et surtout Jef Sicar, le conseiller technique d’un autre manège, le club hippique Centaurus situé à l’autre extrémité de la ville. Suite à un accident, Jef Sicar ne peut plus monter à cheval, ce qui ne l’empêche nullement de prodiguer ses conseils.

Cette reprise est assez particulière car un incident rare se produit. Herminie est éjectée de son cheval. La selle avait été mal sanglée selon les premières estimations. Mais Cécile, en examinant la courroie, s’aperçoit qu’il s’agit d’un sabotage. Herminie s’en sort avec une clavicule en vrac, et son stage se termine bêtement. Et par un fait exprès, ou n’est-ce qu’une coïncidence, un agent immobilier signale à Lonzac qu’un acheteur potentiel est prêt à acquérir L’étrier d’argent, son manège dont il n’est possesseur que depuis trois mois. Il est vrai que l’emplacement du manège est intéressant pour un promoteur, mais quand même il ne faut pas abuser de la situation. Et le journaliste localier s’enquiert de cet accident malheureux, ce qui met encore plus en colère Lonzac.

Mais les incidents provoqués sciemment se répètent. Un inconnu se réclamant des Compagnons de l’Avenir, un groupuscule inconnu, lui ordonne de « renvoyer ses bougnoules dans leur pays ». Insistant sur le fait qu’il y a assez de chômeurs en France pour ne pas employer des étrangers, des Algériens qui plus est.

En effet, Lonzac possède à son service un couple d’Algériens et leur fils de quinze ans. Auparavant ils travaillaient pour son concurrent, mais étaient payés au compte-gouttes. Tandis que Lonzac les rétribuent selon les tarifs en vigueur, et leur a promis de régulariser leur situation en effectuant une demande de papiers.

Les événements s’enchaînent et Cécile se réveille une nuit, incommodée par la fumée. Elle et ses amies dorment au dessus d’une grange, et celle-ci est en feu. Elles parviennent à s’extirper des flammes sans dommage mais pendant ce temps Gerda, le cheval de Lonzac avec lequel il devait participer à un concours d’équitation dans le but de se qualifier pour les Jeux Olympiques, a disparu. Les gendarmes sont prévenus mais Cécile et ses amies enquêtent de leur côté, bientôt aidées par un jeune cyclomotoriste qu’elles ont sorti d’un buisson épineux dans lequel il s’était empêtré à cause d’une chute malencontreuse.

 

Ce ne pourrait être qu’un aimable roman pour adolescents, avec le thème porteur du cheval et du monde de l’équitation. Mais le passage sur l’intimidation effectuée par un inconnu à l’encontre de trois pauvres réfugiés algériens, dont le travail donne toute satisfaction à l’écuyer, n’est pas innocent. Et cette déclaration est répétée deux ou trois fois, mais ne se décline que sur quelques paragraphes. Priorité à l’intrigue, mais le message est énoncé clairement.

Pour autant Lonzac ne croit guère à cette menace. Il sent que derrière cet effet d’annonce, c’est son manège qui est en jeu, et surtout le rachat par une tierce personne. Il gêne.

Ce roman date, déjà, de 1984. L’on se rend compte de l’engagement social de l’auteur, mais dans le même temps, que depuis, non seulement rien n’a changé, mais que cela a empiré.

Un message destiné aux jeunes, et peut-être aux adultes qui suivaient depuis des années l’autre série de Georges Bayard, Michel, mais comme souvent, ce ne fut qu’un coup d’épée dans l’eau. Pourtant, et peut-être peu le savent, Georges Bayard fut enseignant et je suppose que dans ses classes, la morale n’était pas aux abonnés absents et qu’il luttait contre le racisme et la ségrégation raciale.

Georges BAYARD : Cécile prend le mors aux dents. Bibliothèque Verte. Editions Hachette. Parution octobre 1984. 160 pages.

ISBN : 9782010102523

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 03:09

Les Ecossais ne sont pas avares… de sentiments.

Hélène VALLEE : Le cavalier inconnu.

Sur l’île de South Uist, dans l’archipel des Hébrides, le vent souffle sur la lande de bruyères et empêche Morag Mac Linnen de s’endormir. Morag est une jeune fille de seize ans qui dort dans la même pièce que ses jeunes frères, les jumeaux Archie et Donald. Soudain un grand bruit se produit et le père entre dans la pièce, annonçant le naufrage d’un navire en perdition. Il s’est fracassé sur des récifs que n’ont pu éviter le capitaine.

Aussitôt tous les habitants du petit village se retrouvent sur la plage et aident les marins à gagner la terre ferme. L’un des marins est blessé, pour les autres, cela pourrait aller. Le capitaine est furieux, comme à son habitude, car son petit-fils Ewen n’a pas le pied marin. Il a peur et ressent les affres du mal de mer. Lui qui rêve de chevaux et aimerait travailler dans le haras de son oncle, est servi.

Il faut penser à réparer le navire et cela va prendre plusieurs semaines. Et le retour pour les marins et le capitaine en Irlande en est d’autant différé. Ewen se lie d’amitié avec les jumeaux, surtout avec Archis avec lequel il partage de nombreux point communs, ainsi qu’avec Murdoch, un voisin des Mac Linnen, principalement éleveur de volailles et secrètement amoureux de Modrag. Si les Mac Linnen possèdent un important troupeau de moutons, ils ont également des chevaux et des poneys. Les chevaux, la passion d’Ewen qu’il peut assouvir en montant Kirby, un magnifique hunter.

Archie raconte que sur la lande parfois un Leprechaum se balade. Ce génie est considéré comme bienfaisant, connaissant les lieux ont sont enfouis des trésors. Mais certains mots sont tabous, comme sorcière ou revenant.

Alors qu’il se promène sur la lande, en attendant que Wood-Pecker procède aux réparations du navire, le Capitaine subit un évanouissement et un jeune homme qui passait providentiellement à cheval le tire d’un mauvais pas. Ce jeune homme n’est autre que le fils de lord Farth, un Ecossais qui avait de bonnes relations avec les insulaires, et revient est revenu au pays. Bien des mystères sont résolus, notamment celui de ce Leprechaum déambulant la nuit sur Irish, un des chevaux qu’apprécie Ewen, qu’il emprunte pour ses promenades nocturnes.

Bientôt un riche propriétaire, qui possède notamment les parcelles de terre des Mac Linnen pour leur élevage de moutons, arrive en compagnie de quelques amis car la chasse à la grouse, un lagopède apparenté au coq de bruyère et à la gélinotte, est ouverte.

 

South Uist Beinn Mohr

South Uist Beinn Mohr

Ce roman pourrait se décliner en deux parties : le naufrage du navire irlandais et les épisodes qui y sont liés, puis la chasse à la grouse, avec entre temps l’apparition d’Antony Farth.

L’intrigue est concentrée sur peu de personnages, comme dans un vase clos, et c’est l’aversion de la mer par Ewen, qui démoralise son grand-père capitaine, qui prédomine. Et l’amitié qui en découle entre Ewen et Archie, avec le reste de la famille à un moindre degré, grâce à l’amour des chevaux. La chasse est un passe-temps mais pour les habitants de l’île, dont la famille Mac Linnen et leur voisin Murdoch, il faut savoir respecter certaines règles non écrites mais qui relèvent du bon sens.

Un roman charmant, qui plaira aux adolescents et tout public en général, par son ton champêtre, bucolique, avec la passion des chevaux, la mer en toile de fond, et qui offre une morale animalière point trop appuyée mais sincère.

L’on notera que l’Archipel des Hébrides, situé entre Irlande et Ecosse, se considère, ou plutôt les habitants se considèrent comme à part et pourtant partie intégrante d’une même fraternité. Mais la sauvagerie du lieu n’offre pas une grande tentation au tourisme, ce qui désole Agnès Mac Linnen, la mère des jumeaux et de Modrag.

 

Notre pays n’attire que les chasseurs. Ils admirent nos pauvres maisons si pittoresques, nos landes si sauvages, nos hommes si courageux, mais pas un de ces touristes ne passerait seulement une semaine sur notre île ! L’ennui le prendrait vite…

Hélène VALLEE : Le cavalier inconnu. Collection Spirale N°121. Société Nouvelle des éditions G.P. Parution le 02/01/1969. 188 pages.

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11 septembre 2019 3 11 /09 /septembre /2019 04:26

A deux, c’est mieux !

Francis DIDELOT : Le Club des Bis.

Être au mauvais endroit au mauvais moment, cela peut entraîner des désagréments, voire plus.

C’est ce que peuvent constater Jean-Marc et Jean-Pierre, surnommés Marco et Pétrus, les jumeaux de quatorze ans, qui passent leurs vacances sur l’île d’Oléron dans la villa familiale La Flibuste. Leur mère malade est restée à Paris pour se soigner, et leur père, architecte, est en voyage en Belgique.

Ce jour là, alors qu’ils se promènent à Saint-Trojan, ils aperçoivent une camionnette boueuse, arrêtée, moteur au ralenti. Soudain deux hommes les bras chargés de sacs déboulent d’une banque et s’engouffrent dans le véhicule, au volant duquel un individu les attend. Les jumeaux sont les témoins d’un hold-up et Jean-Pierre tente de se saisir de l’un des cambrioleurs. Mais un quatrième survient, armé d’une arme à feu, et Jean-Pierre est bousculé, happé, enlevé, engouffré dans la camionnette. Jean-Marc ne peut rien faire sauf demander à Jack, leur chien boxer de les suivre. Peine perdue.

Les témoins sont naturellement divergents dans leurs déclarations effectuées au policier arrivé sur place. Jean-Marc est fort marri et confie à leurs amies suédoises, Helga et Brigitta les jumelles de dix-sept ans, passant elles aussi leurs vacances sur l’île, ce qu’il vient de leur arriver. De même il raconte ce fait-divers à leurs autres amis, qui constituent la bande des Bis. Les Martinot, Maurice et André, dix-sept ans, et les Chasseneuil, Philippe et Gérard, douze ans, sont de caractère différent ainsi que d’aspect physique. Ce dernier point nous importe peu mais ce sont leurs réactions qui nous intéressent.

Jean-Marc ne veut pas prévenir la police de l’enlèvement de son frère Jean-Pierre, afin que ceci ne soit pas diffusé dans les journaux, ce qui pourrait être nuisible à la santé de leur mère. Il préfère rechercher l’endroit où est séquestré son frère Pétrus et le délivrer. Les Chasseneuil, de fougueux gamins, sont prêts à se jeter à l’aventure, tandis que les Martinot, plus réservés, plus réservés, peut-être plus réfléchis à cause de leur âge, préfèreraient que les policiers soient informés et participent aux recherches.

Un compromis est trouvé et Jean-Marc est persuadé que Pétrus parviendra à leur envoyer un message indiquant son lieu de détention. Et Jack, le boxer, n’est-il pas là lui aussi pour participer à cette chasse aux indices, à délivrer l’un de ses deux maîtres ?

 

Pendant ce temps, Jean-Pierre est enfermé et ligoté. Si ses membres sont liés, ses oreilles et ses yeux ne sont pas bouchés et il enregistre les conversations entre les ravisseurs. Il les baptise le Chef, Gros-Bébé, Quenelle et Hareng-saur, en référence à leur statut ou apparence physique. Il va jusqu’à leur conseiller de demander une rançon, son père étant très riche argue-t-il, car il cogite sa petite idée.

La bande des Bis parvient à localiser l’endroit où est retenu Pétrus, un moulin désaffecté, mais à cause d’un contretemps, si Jean-Pierre parvient à s’échapper, c’est Jean-Marc qui devient à son tour prisonnier. Entre temps Pétrus a réussi à fournir quelques éléments à son frère et les bandits ne font pas la différence entre les deux garçons qui ont échangés, malgré eux, leur rôle.

 

Francis Didelot, un romancier aguerri et reconnu dans l’écriture d’énigme pour adultes, avec des ouvrages mettant en scène entre autres le commissaire Bignon, n’a écrit que peu de romans pour les juvéniles, et sur le tard.

Et l’on sent bien que cette intrigue est fouillée, travaillée, avec de nombreux rebondissements, et il en faudrait peu pour que ceci soit adressé à des adultes. Comme il s’agit d’un roman destiné à de jeunes adolescents, point de violence, de cadavres inutiles, mais une véritable intrigue toute en suspense. Que ce soit dans le moulin, puis plus tard à bord d’un voilier, les actions sont complexes et nombreuses. Naturellement l’auteur joue sur la gémellité afin de perturber les cambrioleurs mais pas que.

Sur la psychologie des personnages également, Jean-Pierre puis Jean-Marc s’ingéniant à monter les uns contre les autres les voleurs afin de les déstabiliser. Le rôle de la police est réduit à la portion congrue, et encore, sauf dans l’épilogue presque prépondérant. Presque car tout le travail de sape et l’ingéniosité des jumeaux, quels qu’ils soient, est déterminant malgré les réticences primaires des jumeaux Martinot qui au fur et à mesure que l’histoire avance prennent de l’ampleur.

Ce sont les réactions des différents protagonistes qui donnent du corps à cette histoire qui ne connaitra pas de suite, comme les séries habituelles de cette collection, le Club des Cinq, le Clan des Sept, les Six compagnons, Michel, Alice et tous les autres qui vivent des aventures mémorables et ne vieillissent pas, ou peu.

 

Francis DIDELOT : Le Club des Bis. Collection Bibliothèque Verte N°258. Editions Hachette. Parution Septembre 1964. 252 pages.

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3 septembre 2019 2 03 /09 /septembre /2019 04:02

Des gamins débrouillards sans téléphone portable, si c’est possible !

Comte Henry de la VAUX et Arnould GALOPIN : Le vapeur mystérieux.

Même si, comme moi, vous n’avez pas lu les épisodes précédents des aventures de Jack Witkins, de Francinet le Parisien, et de leurs compagnons et amis, Bafoulos, le Noir (le nègre dans le texte), d’Atar l’Hindou, de Gonzalès le détective, de Margaret Carpenter, la cousine de Jack et sa gouvernante miss Monkey, ce n’est pas grave, car grâce au prologue vous saurez tout ou presque des précédentes, trépidantes et périlleuses aventures subies par les deux gosses au court de leurs voyages mouvementés.

Pour l’heure ils sont sur l’Oviedor, un navire commandé par le capitaine Pickles, en direction de San Francisco. Or Francinet pense reconnaître, sous la casquette galonnée du second du capitaine, leur ennemi Grégor. L’infâme Grégor qui a assassiné le père de Jack, le millionnaire américain Richard Witkins, enlevé sa mère détenue depuis au Mexique, et tenté de s’emparer de la fortune familiale. Il a tout d’abord emmené en Europe le jeune Jack avec pour but de le supprimer en machinant un accident avec la complicité d’un directeur de cirque.

Mais ses plans ont été contrecarrés par mademoiselle Berthe, la fille du saltimbanque, qui a confié le garçonnet à Francinet, un jeune acrobate d’une quinzaine d’années. Francinet est débrouillard et courageux qui n’a jamais connu ses parents. Depuis, Francinet et Jack parcourent le monde fuyant Grégor et trouvant des alliés en les personnes décrites ci-dessus au cours de leurs pérégrinations. Ces points précisés, et qui éclairent notre lanterne, revenons à Francinet et compagnie.

Donc Francinet pense avoir reconnu sous les habits d’un officier marin Grégor, et il en fait part à Gonzalès. Mais lorsqu’ils revoient le second, celui-ci n’a plus la même allure. Ils soupçonnent alors, avec raison, que le capitaine Pickles le cache dans sa cabine. Gonzalès parvient à s’infiltrer mais Grégor vient de sauter à l’eau, regagnant à la nage la côte californienne toute proche.

Tout ce petit monde s’installe dans un hôtel de San Francisco mais ils attirent le malheur sur leur tête comme la confiture attire les guêpes. S’enchaînent alors les péripéties dont le vol de leur argent et de leurs papiers dans leur chambre d’hôtel. Gonzalès les dépanne, mais cela ne peut qu’être provisoire car le blé ne pousse pas dans ses poches. Et il leur faut se rendre à Vancouver afin de pouvoir se faire remettre auprès de la banque un nouveau chéquier avant de partir pour le Mexique. Quant à Margaret Carpenter, elle doit se rendre à Los Angeles où est actuellement son oncle.

Entre autres aventures dont Francinet est le héros, le sauvetage d’une jeune bouquetière des rues cernée par les flammes dans un immeuble sis face à leur hôtel. Francinet démontre son courage mais également son agilité en tant qu’ancien acrobate.

Enfin, ils échappent, Francinet et Jack à l’effondrement d’une pile de bois alors qu’ils recherchent une place sur un navire se dirigeant vers Vancouver. Et comme ils n’ont guère d’argent pour payer leur place, les solutions sont restreintes. Ils vont quand même trouver un embarquement à bord d’un rafiot qui ne paie guère de mine.

 

Aventures en tout genre, se succédant à un rythme infernal, telle était la clé de l’intrigue qui passionnait les jeunes lecteurs et les moins jeunes, faut bien l’avouer, pour cette histoire feuilletonnesque. Le titre de ce roman est justifié à la fin de l’intrigue qui naturellement attend une suite.

La description de San Francisco de l’époque prête à sourire, mais était peut-être réaliste alors, Henry de la Vaulx étant un aéronaute et explorateur, décédé près de Jersey City aux Etats-Unis en 1930.

Mais ce qui est plus remarquable,c’est la vision des deux auteurs concernant la police de San Francisco. Des incapables surtout attirés par des pots de vin, préférant pénaliser les petits délits, plus faciles à appréhender, que les grosses affaires de crimes.

Par malheur, si la police de San Francisco se montrait indifférente à l’égard des affaires importantes, elle était intraitable, du moins, en ce qui concernait certaines peccadilles.

Plus amusant, quoique, cette comparaison entre la France et les Etats-Unis dans certains domaines. Comparaison qui n’est pas caduque de nos jours, à cause ou grâce aux nouvelles technologies, mais n’est plus à notre avantage.

Ces pays, en effet, ne ressemblent en rien à nos régions. En France, la solitude des campagnes est peuplée d’une foule de hameaux, de bourgs et de communes, que les postes mettent constamment en rapports les uns avec les autres, et où les nouvelles parviennent relativement vite.

Aujourd’hui, l’on parlerait plutôt de la désertification de nos campagnes avec l’abandon de nombreux services publics et le passage du public au privé. Mais ceci est une autre histoire.

Comte Henry de la VAUX et Arnould GALOPIN : Le vapeur mystérieux. Le tour du monde de deux gosses. Volume 10. Collection Grandes aventures et Voyages excentriques. Editions Jules Tallandier. Parution septembre 1931. 128 pages.

Première édition en 44 fascicules chez Tallandier en 1911.

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31 août 2019 6 31 /08 /août /2019 03:14

Quand Max-André Dazergues recyclait ses romans…

Ernest ANDOLLY : Un drame au Labrador.

Ce phénomène courant dans la première moitié du XXe siècle, voire plus tard peut-être, on ne sait jamais, était la réédition d’un roman, réécrit, amélioré, revu et corrigé, éventuellement, sous un titre et un pseudonyme différents est difficilement traçable et décelable.

Il suffit parfois d’un peu de chance, de curiosité, d’un hasard heureux pour trouver deux romans identiques publiés chez deux éditeurs, sous des titres et des pseudonymes d’auteurs différents.

Ainsi ce Drame au Labrador dont dès la première page il me semblait déjà avoir lu un roman similaire. Et bingo, la notion de Maison du Caribou, le nom d’un bar à Fort Hamilton, provoqua le déclic en mon esprit enfiévré. N’ayons pas peur de la grandiloquence, style propre à bon nombre d’écrivains à cette époque.

Or donc, cette Maison du Caribou déclencha en moi la réminiscence d’un roman de Max-André Dazergues, lu il y a à peine cinq mois, titré L’homme du Grand Nord et signé André Mad, paru en 1947 dans la collection Globe-trotter aux éditions du Puits-Pelu devenue par la suite éditions Jacquier.

Un drame au Labrador n’est donc pas un roman recyclé mais recyclable, et peut-être y en a-t-il eu d’autres dans la production foisonnante de Max-André Dazergues, André Compère de son véritable patronyme. Et des Compères il en a eu : André Mad, André Star, André Madandre, Paul Madandre, voire quelques autres.

 

Il faut de la chance, la provoquer aussi parfois, pour dénicher ces recyclages dont l’importance n’intéresse personne sauf les amateurs des rayons populaires, les traqueurs de pseudonymes, de textes oubliés, les rats de bibliothèques.

Juste un petit plaisir personnel !

 

Ernest ANDOLLY : Un drame au Labrador.
Quatrième de couverture de Un drame au Labrador.

Quatrième de couverture de Un drame au Labrador.

Ernest ANDOLLY : Un drame au Labrador. Collection Printemps N°238. Editions de Montsouris. Parution en 1938. 96 pages.

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28 août 2019 3 28 /08 /août /2019 05:40

Blizzard. Vous avez dit, blizzard ?

Comme c’est blizzard !

James Oliver CURWOOD : Les chasseurs de loups

Issus d’un mariage entre un Anglais et une Indienne, Wabigoon, plus familièrement appelé Wabi, du nom de son grand-père, et sa jeune sœur Minnetaki, de nom de sa mère, ont été élevés dans la factory (compagnie de commerce) de Wabinosh House dans le nord canadien.

Ils ont été élevés à la mode des enfants blancs, fréquentant l’école de Wabinosh House puis celle de Port-Arthur. Mais une rivalité existait avec les Woongas, du nom de leur chef qui dépité de n’avoir pu épouser Minnetaki mère se rebella, traquant les anciens sujets de Wabigoon l’ancêtre. A dix-sept ans, Wabi, n’ayant plus que sa mère, et sur les instances de sa sœur, est parti étudier à Détroit. Il se lie d’amitié avec Roderick qui lui aussi n’a plus de père, élevé chichement par sa mère.

Rod invite son nouvel ami chez lui où le jeune Indien est accueilli bras ouverts par sa mère. Mais les bonnes choses ont une fin. Et une faim car Rod est obligé de travailler pour assurer la pitance. Et Wabi rentre chez lui. Peu après Rod reçoit une lettre du Canada. C’est Wabi qui à son tour l’invite à découvrir le Grand Nord. Rod est impressionné, et pas seulement pas les paysages grandioses. Minnetaki est belle et bientôt il s’éprend de la jeune fille. Mais ce n’est pas pour ses beaux yeux qu’il est venu. Il va participer à une chasse aux loups en compagnie de Mukoki, le vieil Indien, le protecteur de la famille.

Débute alors une tournée à la recherche de loups afin de récupérer leurs scalps qui valent quelques dollars payés par la factory. Des élans aussi et des caribous qui assurent la subsistance et dont les bois sont achetés quelques dollars. Des renards aussi. Des roux, les plus communs, des noirs, des argentés les plus rares dont la fourrure peut être estimée jusqu’à près de mille dollars. Et des martres et autres petites bestioles à fourrure. Mais pour en trouver, c’est comme chercher de l’or.

Or de l’or, les trois hommes vont en découvrir accidentellement en arrivant dans une sorte de combe, coincée entre les crêtes. Une cabane s’élève, abandonnée depuis au moins cinquante ans. A l’intérieur, ils sont nez à nez, ou presque, à deux cadavres. Deux hommes qui se sont affrontés pour un sac contenant quelques pépites d’or. Et qui se sont tués sans pouvoir profiter de leur découverte aurifère.

Seulement, les Woongas sont à leur poursuite, les traquant. Une haine ancestrale les anime et pour leur échapper il faudra user de ruse. D’autant que trois Woongas ont réussi à s’emparer d’un de leurs fusils. Heureusement, Rod, Wabi et Munetaki en possèdent encore deux et un revolver.

Ce sont ces épisodes qui se déroulent sur plusieurs semaines dans le Grand Nord, tempête de neige en prime, et sont décrits avec réalisme. La pose des pièges, l’attente du gibier, les rencontres inopinées, les conflits avec les Woongas, l’affrontement des éléments de la nature qui veut préserver ses droits.

 

James Oliver Curwood a vécu dans le Grand Nord qu’il décrit si bien. Mais son nom a été éclipsé par Jack London, qui lui aussi a dépeint ces magnifiques mais rudes paysages, ainsi que la vie quotidienne des trappeurs et des chercheurs d’or.

Lu alors que je n’avais que dix ans, c’est-à-dire il y a longtemps et un peu plus, ce roman m’avait emballé et je me souvenais de certaines scènes. Mais la lecture récente fut un plaisir mitigé. Il est vrai que les années ont passé, et un sentiment de protection animale, moi qui ne suis pas chasseur, m’a quelque peu perturbé.

Ce que décrit James Oliver Curwood fut le quotidien des indiens du Canada, on dirait aujourd’hui Amérindiens, et des chasseurs de fourrure venus des Etats-Unis. Un scalp de loup était payé 15 dollars de l’époque. Or Rod touchait à son travail 10 dollars par semaine. Et la fourrure était fort recherchée, prisée, comme celle des renards, afin d’habiller les coquettes urbaines.

Il ne faut pas lire ce roman avec les yeux d’aujourd’hui mais se replonger dans une époque difficile, où la protection animale n’avait pas cours, où les animaux sauvages proliféraient, c’est-à-dire s’imprégner d’un contexte qui a bien évolué. Et les Amérindiens n’avaient guère de revenus sauf celui du commerce des peaux.

James Oliver CURWOOD : Les chasseurs de loups (The Wolf Hunters – 1908. Traduction Paul Gruyer et Louis Postif). Collection Idéal-Bibliothèque N°9. Editions Hachette. Parution 2e trimestre 1957. 192 pages.

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21 août 2019 3 21 /08 /août /2019 04:11

Ce n’était pas mieux avant, mais maintenant c’est pire !

May d’ALENÇON : Marie-Luce infirmière.

Orpheline très jeune, Marie-Luce a été élevée par sa grand-mère. Et toute jeune elle aimait soigner les animaux. C’est tout naturellement qu’elle aidait le bon docteur Miret dans ces déplacements, lui servant éventuellement de secrétaire. Et ayant obtenu son Bac, c’est ce toubib de campagne qui l’a incitée à s’inscrire dans une école d’infirmière à Paris.

Ce jour là, c’est la rentrée. Marie-Luce est triste de quitter sa grand-mère qui n’est plus très vaillante, son chien Basset et Minou-noir son chat, et les habitants de la petite ville de Châtaignac pour rejoindre la capitale. Elle prend le train à Brive et elle va retrouver les autres élèves infirmières à l’Hôpital Saint-Damien.

Elle entame sa seconde et dernière année d’études et espère bien réussir à devenir infirmière et aider le docteur Miret qui vieillit. Elle retrouve avec plaisir certaines de ses collègues stagiaires mais pas toutes. Elle professe à l’encontre de Dolorès une profonde inimitié car la jeune fille préfère se pomponner qu’endosser la blouse d’aide-soignante. Dolorès n’a pas vraiment la vocation et Marie-Luce la soupçonne de surtout rechercher un bon parti. Et puis Maris-Luce n’apprécie pas du tout que Dolorès la surnomme Petite Puce, même si elle n’est pas grande.

Cette année encore elles vont devoir cohabiter pour les soins dans le service d’ophtalmologie. Les Yeux selon le langage en vigueur par le corps médical. Et pour comble de malheur, elles vont être encadrées par les Cerbères, l’infirmière en chef et son adjointe, aussi peu aimables l’une que l’autre.

Il ne faut pas être en retard, la pointeuse en fait foi, et surtout ne pas s’attacher aux malades. Le professeur Laigle est d’un abord froid mais il aime son métier et essaie de soigner au mieux ses malades. Ainsi lorsqu’il s’adresse à l’un de ceux-ci en lui précisant qu’il va tenter de l’opérer à nouveau, la Cerbère en chef ne peut s’empêcher de murmurer :

Du temps de perdu ! Il serait mieux dans une maison de santé. On a déjà trop de malades, pas assez de personnel.

Mais Marie-Luce réagit autrement. C’est dans sa nature de s’apitoyer et d’aider. Et il lui arrive des mésaventures tragi-comiques qui risquent de la faire renvoyer du service et tout simplement de l’hôpital. Heureusement, l’interne qui sert d’adjoint au professeur Laigle, le docteur Roger, est souvent là pour l’aider dans ses démêlés. Pourtant au début elle n’appréciait pas vraiment ce docteur Roger, aux grosses mains, au rire tonitruant, qui l’avait appelée le premier La Petite Puce, un surnom qui rime avec son prénom. Mais peu à peu elle se rend compte que sous des dehors un peu frustre, il a bon cœur.

 

Publié en 1970, mais dont l’action se déroule au milieu des années 1960, ce roman s’avère être onirique dans certaines circonstances, et parfois un peu naïf dans son écriture. Mais ce n’est pas cela qui importe.

C’est le regard jeté sur une profession, qui est une vocation, et ceux qui l’exercent. Les surveillantes rébarbatives, les professeurs mandarins parfois un peu hautains, les élèves-infirmières qui prennent par-dessus la tête leur rôle car elles n’ont pas la vocation, les infirmières et les aides-soignantes débordées de travail… Et en plus de soigner les malades, il faut nettoyer les chambres, passer des nuits auprès des malades sans pour autant s’apitoyer, interdit de leur parler et de rigoler, il faut apprendre et rédiger leurs cours, malgré la fatigue engrangée.

Marie-Luce ne peut pas, n’accepte pas une discipline stricte et elle essaie de réconforter par des paroles, par de petits gestes, le confort des patients dont elle a la charge. Des patients qui sont entassés dans des salles d’une vingtaine de lits, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Elle reçoit de la part du docteur Roger un soutien inattendu alors qu’elle a déclenché une mini-révolution dans le service en apportant à un vieux couple, séparé naturellement car la mixité est proscrite, leur petit chat afin leur prouver qu’il n’est pas à l’abandon. Une initiative qui démontre son bon cœur mais qui s’avère malheureuse. Alors le docteur Roger lui déclare :

Tort ? Ah ça ! Non, vous n’avez pas eu tort ! Moi, du moins, je vous approuve ! Si l’on signait un peu plus le moral des malades, beaucoup guériraient plus vite ! Et c’est surtout la tâche des aides-soignantes, voyez-vous ; les médecins, aux, ont trop peu de temps et, souvent, ils ne savent pas s’y prendre. Une femme est mieux qualifiée : plus douce, plus intuitive…

 

Et je me prends à rêver que ce genre de roman, même s’il est destiné aux adolescents, filles ou garçons, devienne le livre de chevet de nombreux ministres de la Santé et de leurs technocrates de comptables déshumanisés.

May d’ALENÇON : Marie-Luce infirmière. Illustrations de Michel Gourlier. Collection Spirale 115. Société Nouvelle des Editions G.P. Parution avril 1970. 188 pages.

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12 août 2019 1 12 /08 /août /2019 04:18

Un héros qui prend de l’altitude !

Captain E.W. JOHNS : Biggles et le Masque noir

En lisant son Bulletin de l’Aviation civile internationale, Biggles, qui émarge au Quartier général de la police de l’Air, Biggles est surpris par la teneur d’un article. Pourtant, à première vue, ce qu’il vient de déchiffrer n’a rien d’extraordinaire. Un nommé Richard Canson, qui n’est pas de papier, vient d’obtenir son permis de piloter.

Or l’homme ne lui est pas inconnu. Il l’a côtoyé alors que Canson servait comme lieutenant dans la R.A.F. Canson s’était illustré par des pratiques douteuses, se montrant malhonnête, voleur, traficoteur, aussi bien envers certains de ses confrères que de l’administration aérienne militaire. Bref un individu peu recommandable mais qui jouissait pourtant au mess d’une popularité qu’il ne méritait pas.

Possédant de nombreux atouts, charme et bagou, il était en outre un bon pilote et un excellent mécanicien. Le genre de type que Biggles n’appréciait pas du tout. Puis les années ont passé mais Biggles doute que l’homme se soit amélioré comportementalement.

Canson vient de reprendre un aérodrome que les Américains ont abandonné à Millham dans le Suffolk. Il débute avec deux appareils, un Auster et un Dove et Biggles se demande avec quel argent il a pu acquérir les deux avions et quel genre d’affaires il escompte en tirer. Biggles décide se rendre sur place, en compagnie de ses deux amis et collègues, Bertie et Ginger.

Direction le petit aérodrome, en avion naturellement, et entre Biggles et Canson, ce sont des retrouvailles pas vraiment chaleureuses. Canson explique qu’il dessert deux lignes régulières, l’une vers la Suisse, l’autre sur la Côte d’Azur, et sa compagnie dépend d’une agence de voyages, Les Croisières du Soleil. La liste d’attente pour ces voyages s’allonge chaque semaine et le pilote ne se plaint pas. Petite entreprise, petits moyens, peu de personnel, mais cela lui suffit pour débuter.

En regagnant Londres, Biggles est pensif car non seulement les deux employés de Canson ne sont pas venus lui dire bonjour mais il y a une bonne raison pour cela. Ce sont d’anciens militaires qui ont participé aux resquilles organisées par Canson. De plus une Rolls était garée près d’un hangar. Le véhicule appartient-il à Canson ?

Alors Biggles demande à Ginger, qui ne s’était pas montré, de prendre une réservation auprès de l’agence de voyages, et de se rendre à Nice puis Antibes. Or ce que Ginger découvre en visitant la vieille ville de Nice n’a guère l’heur de plaire car il se fait agresser par deux individus. Il prend une chambre dans un hôtel d’Antibes et laisse un message codé écrit sur un des murs de sa chambre, message caché derrière des rideaux. Puis il demande à Canson de regagner l’Angleterre, ayant reçu un télégramme le mandant de toute urgence.

Mais Canson se méfie et Ginger est enlevé puis mené dans une maison non loin de l’aérodrome de Millham. Il est fait prisonnier d’un certain monsieur X qui porte un masque noir.

N’ayant plus de nouvelles de Ginger, Biggles s’inquiète et se rend lui aussi à Antibes en compagnie de Bertie puis remonte la trace de Ginger. Cela qui va l’amener à découvrir un étrange trafic.

 

Les adolescents qui se délectèrent, et le font encore peut-être de nos jours, des nombreuses aventures de Biggles pouvaient voyager à peu de frais à bord de petits appareils, avant puis durant la Seconde Guerre Mondiale et même après. Car la carrière de Biggles s’échelonne sur près de quarante ans et les romans qui lui ont été consacrés ont été publiés en France, pour la plus grande part aux Presses de la Cité, mais également dans la collection Spirale des éditions G.P., aux éditions Arthaud, puis chez Lefrancq et Ananké, sans oublier les adaptations en bandes dessinées. Il eut même droit à une série télévisée en 44 épisodes de 30 minutes au début des années 1960.

Et comme bien des romans d’aventures destinés au jeune public, ces ouvrages n’ont pas pris une ride car ancrés dans une période qui permet de découvrir l’aviation et son évolution. D’autant que les histoires en elles-mêmes tenaient, j’allais écrire la route, tenaient en haleine. Des histoires simples mais vivantes, prenantes, qui donnaient envie de continuer l’exploration littéraire aéronautique.

 

Captain E.W. JOHNS : Biggles et le Masque noir (Biggles and The Black Mask – 1964. Pas de nom de traducteur). Illustrations de Michel Jouin. Collection Spirale N°126. Editions Société Nouvelle des éditions G.P. Parution juin 1967. 188 pages.

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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 04:20

Dieu que la vie est cruelle
Au musicien des ruelles
Son copain son compagnon
C'est l'accordéon

(Serge Gainsbourg)

Paul BERNA : Le piano à bretelles.

Les gamins composant la Bande à Gaby, dont on a fait la connaissance dans Le Cheval sans tête, s’ennuient, alignés comme des moineaux ou des hirondelles sur un banc d’une place publique de la petite ville de Louvigny-Triage. Certains sont même en piteux état.

Tout ça par la faute de Tatave qui n’a pas su maîtriser son canasson de métal et de carton. Depuis le pauvre Cheval sans tête est définitivement irréparable, totalement démantibulé avec ses plus de quatre-vingt-dix morceaux éparpillés. Plus de parties de plaisir, de descentes effrénées de la rue des Petits-Pauvres.

Et les gamins se demandent à quoi ils vont pouvoir s’occuper durant leurs temps libres. Alors pourquoi ne pas observer et relever les faits bizarres qui pourraient se dérouler ? Aussitôt dit, aussitôt fait. Chacun des gamins va sillonner la ville à la recherche d’incidents ou de personnages mystérieux.

Un rien attise leur curiosité. Ainsi Fernand est intrigué par le manège d’un chauffeur de camions nommé Paul Pierce, employé, tout comme son frère, de l’entreprise de transport Bollaert. Des camions rouges affublés du sobriquet d’éléphants rouges. Bizarrement ces camions rentrent toujours à l’entrepôt à vide. Se cacherait-il là-dessous un trafic illégal de marchandises ?

Criquet, en lisant le journal l’Express de Louvigny de la semaine, a remarqué une petite annonce dont la teneur est communiquée par Gaby à tous :

Infirme, économiquement très faible, adopterait chien robuste et intelligent, bon gardien, docile, affectueux, susceptible de s’attacher rapidement à son nouveau maître. Race indifférente. Marchands s’abstenir. S’adresser à M. Théo, 58 due des Estaffiers.

Apparemment cette annonce n’a rien de véritablement mystérieux mais on ne sait jamais, elle offre peut-être un débouché sur leur soif d’enquête. Justement Marion, la fille aux chiens, possède le spécimen adéquat, malgré toutes les exigences requises, sous la main. Nanar, victime d’un accident de la circulation, mais qui, grâce aux bons soins prodigués par Marion, est totalement rétabli. Décision est donc prise de confier l’animal à ce monsieur Théo, qui habite un quartier guère reluisant.

Marion, en compagnie de Zidore et de Juan l’Espagnol, emmène donc Nanar, issu de différents croisements de canidés à poils longs, à l’adresse indiquée. Ils sont reçus par un homme, dont la corpulence est digne d’un catcheur gros modèle. Marion est quelque peu réticente à confier Nanar, à ce personnage peu engageant. Alors Monsieur Théo précise que le chien n’est pas pour lui mais pour un aveugle. Dans ce cas, Marion n’a plus de scrupules à laisser Nanar, lequel pour montrer sa reconnaissance à ce nouveau maître le lèche abondamment en lui mettant ses deux pattes de devant sur le plastron.

Gaby et ses copains se mettent en tête de suivre ce monsieur Théo intriguant mais ils sont déçus car celui qu’ils suivent entre dans le commissariat. Fin de piste et les enfants partent jouer dans un endroit nommé la Sablière, sorte de parc naturel où ils peuvent grimper, glisser, jouer sur des rails servant à hisser des wagonnets. Un endroit désaffecté. Ils auraient dû attendre quelques minutes afin de remarquer la sortie de monsieur Théo en compagnie de deux individus à l’air patibulaire.

Or, quelques jours plus tard, Marion et compagnie aperçoivent un aveugle jouant de l’accordéon, intercalant dans son répertoire toujours le même air, Pour deux sous d’amour. Un chien noir est serré contre les genoux du musicien habillé de haillons et muni de lunettes à verres bleutés. Marion reconnait en ce chien noir Nanar qui a été transformé, teinté en noir. Et lorsque Marion s’approche du couple homme-chien, l’animal geint comme s’il reconnaissait son ancienne maîtresse.

Alors Gaby et ses amis se mettent en tête de suivre le musicien dans ses déambulations, guidé par un marchand ambulant de cacahouètes. Et le musicien explore en compagnie de son piano à bretelles et de Nanar tous les coins et recoins de la ville, jouant inlassablement sa rengaine, comme s’il voulait affirmer sa présence à quelqu’un.

 

Ce second épisode des gamins de la bande à Gaby, malgré certains passages humoristiques, est nettement plus grave que Le cheval sans tête, leur précédente aventure.

Et on en apprend un peu plus sur cette petite ville de la banlieue est de Paris. Ainsi ce qui paraissait n’être qu’un petit village s’avère posséder près de vingt mille habitants, et garder encore les stigmates de la guerre.

Une plaque de marbre fleurie de quelques petits bouquets desséchés rappelait que douze francs-tireurs étaient tombés là sous les balles d’un peloton d’exécution. On voyait encore, après dix ans, le chapelet d’impacts que la rafale avait laissés dans un mur mal crépi. Ces souvenirs tragiques n’impressionnaient pas les enfants, et leur gaieté ne pouvait profaner ce champ de mort presque oublié.

Dans cette histoire, Marion tient le rôle principal avec le placement de Nanar auprès de cet aveugle qui joue peut-être l’handicapé. Et ils se posent tous la question de savoir si oui ou non l’homme est réellement atteint de cécité. Et se greffe dessus cet épisode des camions rouges, des éléphants rouges, qui ne laissent pas indifférents la bande à Gaby. Quant à l’inspecteur Sinet, qui gravite également dans ce roman, il brasse de l’air.

Une histoire sérieuse racontée aux enfants et qui avec un peu plus d’ampleur et de personnages auraient pu très bien convenir à un roman policier pour adultes. Mais justement, les adultes liront ou reliront avec plaisir ce roman qui les replongera éventuellement dans leur enfance.

 

Paul BERNA : Le piano à bretelles. Illustrations de Pierre Dehay. Collection Rouge et Or N°107. Editions G.P. Parution septembre 1956. 188 pages.

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  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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