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23 janvier 2019 3 23 /01 /janvier /2019 05:15

Giova Selly ! Elle se lit même très bien !

Giova SELLY : L’amour sans trucage.

Ils se connaissent depuis la cinquième, c’est-à-dire une éternité, puisque maintenant ils sont en classe de troisième.

Mais voilà, il faut qu’une petite peste, Karine, s’infiltre entre Romain et Emilie. Cela n’empêche pas Romain de découvrir que l’amitié qui le porte vers Emilie s’est transformée en un sentiment plus affectueux, plus complice, plus amoureux.

Les jeunes adolescents, afin de participer au concours lancé par le principal, décident de filmer la construction de la salle des fêtes de la petite ville. Muni du caméscope de son père, Romain filme la grue en train d’évoluer dans le ciel avec ses charges de parpaings, les ouvriers montant aux échafaudages, les diverses manipulations permettant d’ériger les murs. Les ouvriers du bâtiment les ont adoptés et cela leur facilite l’entrée du chantier.

Parfois la tension monte entre Karine et Romain, et Emilie compte les points, les sujets de fâcheries, les altercations. Cela ne va pas bien loin, il faut que chacun y mette du sien.

Les parents d’Emilie ont décidé deux ans auparavant de devenir famille d’accueil, et ce soir-là, quand elle rentre à la maison, elle découvre qu’un nouveau pensionnaire est installé. Youric, un exilé, un expatrié d’origine yougoslave, de son âge environ, qui parle français mais ne s’exprime pas. Il est mutique, tout au moins très réservé dans ses propos.

Toutefois il s’intéresse aux travaux d’Emilie et de Romain, lors du montage d’une partie du petit film qu’ils viennent de tourner sur le chantier. Il s’intéresse également au caméscope de Romain, posant des questions qui ne sont pas dénuées d’intérêt. D’autant qu’un groupe concurrent d’une autre classe de troisième a décidé de réaliser un reportage sur le même thème, dans le même décor.

Mais Youric devient la pierre dans le jardin amoureux de Romain, quant à Emilie elle tombe sous le charme du jeune réfugié. Mais la pierre peut faire trébucher : le caméscope disparait et naturellement ils ne sont pas loin de penser que Youric l’a volé.

 

Les adultes qui n’ont jamais été jeunes, qui sont passés brutalement du statut de bébé à celui de majeur plus ou moins responsable n’apprécieront pas forcément ce court roman “ romantique ″ à sa juste valeur. Mais ceux qui au contraire ont connu lors de leur adolescence ce genre d’amourette ne pourront que revisiter cet émoi non sans nostalgie, et se demander peut-être ce qu’est devenue la petite amie qui les faisait tant transpirer du cœur.

Alors ce ne pourrait n’être qu’une histoire banale d’amours juvéniles entachées de jalousie, justifiée ou non, car aimer c’est bien mais la réciproque n’est pas toujours rendez-vous.

Non cette histoire va plus loin, car elle s’insère dans la grande Histoire par la petite porte. Celle qui met en scène la guerre entre ethnies qui composaient la Yougoslavie, pays il est vrai construit de bric et de broc, et les soubresauts qui ont amené à son démantèlement non sans ravages. Le petit plus qui apporte la touche d’humanisme indispensable dans une romance.

 

Giova SELLY : L’amour sans trucage. Collection Toi+Moi = Cœur N°16. Collection Pocket Junior N°780. Editions Pocket Jeunesse. Parution le 7 février 2002. 120 pages.

ISBN : 978-2266115193

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21 janvier 2019 1 21 /01 /janvier /2019 05:05

Faut-il compter sur la Providence

pour nous éclairer ?

Hervé PICART : La lampe de Providence.

Non loin de l’échoppe de Franz Bogaert, stationne en plein milieu du canal une barque faiblement éclairée d’une lanterne dont la lumière bleuâtre perce difficilement les ténèbres.

Lauren, la belle et énigmatique assistante de l’antiquaire Bogaert, qui rentre des Etats-Unis avec dans ses bagages une lampe mystérieuse, est intriguée sans plus par cette lueur. Bogaert est attiré par ce présent inopiné remis la veille de Noël, lui qui a en horreur ce genre de célébration. Il évalue la fabrication en 1846, date à laquelle l’Iowa a été rattaché aux Etats-Unis, devenant le vingt-neuvième état. Sur le fond du falot de la lampe figure un œil, symbole franc-maçon. Cette lampe, conçue de façon particulière avec des ailettes réfléchissant la lumière produite par la combustion de pétrole, l’un des premiers modèles mis en service, possède un pouvoir hypnotisant. Or lorsque Bogaert se réveille de son assoupissement, il se remémore ce qu’il a vu, ce qu’il a vécu, comme s’il était présent physiquement dans cette scène à laquelle il a assisté. La scène se passe à Providence, dans Rhode Island, ville qui plus tard sera indissociable d’un enfant du pays, Lovecraft, lui-même influencé par Edgar Allan Poe.

Maître Ridgeway vient de décéder, selon toute vraisemblance d’une crise cardiaque. Près de lui un toubib et un étudiant en médecine qui est aussi l’assistant de Ridgeway. Sur la poitrine du défunt, une marque, comme s’il s’agissait d’une perforation avec un poignard. Mais cette cicatrice n’est que superficielle. D’autres séances d’hypnotisme près de cette lampe vont permettre à Bogaert d’affiner cette première séquence. Les autres scènes auxquelles Bogaert assiste permettent de comprendre que Ridgeway était lui-même magnétiseur-hypnotiseur, que son assistant était très épris de la fille du mort mais allait butiner ailleurs, et qu’un illuminé qui s’appelle Nathaniel Cross, surnommé le Christ de Pawtucket et portant des stigmates, possédait des accointances avec le magnétiseur. Mais un autre personnage s’immisce dans ce petit théâtre : Edgar Allan Poe qui batifole dans un cimetière en compagnie de la femme de lettres Sarah Helen Whitman. A cause de son intempérance, il verra son mariage avec Sarah annulé le jour de la cérémonie et deviendra une loque.

 

Pendant ce temps, la mystérieuse barque est arraisonnée par des policiers, mais quelques nuits plus tard, elle revient avec toujours son falot bleu pour seul occupant. Bogaert prélève un liquide contenu dans un bourrelet situé autour de la lampe et selon un spécialiste, il ne s’agirait que d’eau. Une eau toutefois particulièrement riche en fer et en magnésium, appelée aussi Metal water, qui posséderait la particularité de garder en mémoire des événements. Bogaert demande des renseignements auprès du département d’histoire locale de la Brown University. Le contact est pris lors d’une visioconférence et son interlocutrice se révélera posséder des charmes mammaires assez conséquents. Ce qui vaudra à Lauren de placer cette répartie humoristique et cinglante : Avant de se faire poser ses implants, s’est-elle demandé ce que la silicone valait ?

 

Les scènes issues du XIXème siècle laissent parfois la place à d’autres visions dont le personnage principal, évoqué ou présent est Laura, la femme de Bogaert, disparue depuis cinq ans et recherchée activement par le beau-père de l’antiquaire. Proche et insaisissable, tel est le paradoxe émanant de cette femme que Bogaert continue à aimer malgré les approches de Lauren.

Le lecteur est invité à voyager spirituellement entre Bruges, où réside Bogaert, et Rhode Island, le théâtre de cette affaire qui se déroule approximativement entre 1848 et 1849.

Une histoire de meurtres résolue à distance spatio-temporelle, Bogaert devenant le nouveau génie de la lampe, histoire qui ne doit rien à la providence mais à une forme de déduction par images virtuelles.

Du grand art avec l’ombre de Poe planant sur cette intrigue qui mêle fantastique et littérature, le tout saupoudré d’un humour subtil et délicat. Et l’énigmatique Lauren, qui vit au dessus de l’échoppe, s’exprime en semant ses aphorismes, maximes et autres sentences, empruntées à la culture du Pays du Soleil Levant, vraies ou fausses.

Il en est des sentiments les plus exquis comme vos porcelaines les plus fines : tout se fendille, tout se fêle.

Hervé PICART : La lampe de Providence.

Hervé PICART : La lampe de Providence. L’Arcamonde 5. Editions du Castor Astral. Parution le 19 mai 2011. 242 pages. 15,20€.

ISBN : 978-2859208363

Réédition version numérique le 17 mars 2017 : 9,99€.

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16 janvier 2019 3 16 /01 /janvier /2019 05:48

Entre Daniel Defoe et Jules Verne,

une autre robinsonnade…

André LAURIE : L’héritier de Robinson.

Tel père, tel fils, affirme un dicton populaire. Cela ne se vérifie pas toujours. Alors que Benjamin Gloaguen est un admirateur passionné d’antiquités grecque et romaine et fervent archéologue, son fils Paul-Louis vient d’obtenir son diplôme d’ingénieur civil et s’intéresse à tout ce qui se rapporte aux nouvelles technologies. Et leurs conversations tournent autour de ces deux sujets, sans pour cela que leurs propos s’enveniment. Alors qu’ils discutent dans l’appartement parisien de Gloaguen père, leur valet de chambre leur remet une lettre en provenance de Calcutta.

La lecture de cette missive est édifiante. Le correspondant, un cabinet de solicitors, leur apprend le décès du colonel George Plantagenet Crusoë Robinson, commandant un régiment de fusiliers de sa Majesté Britannique en poste dans cette ville indienne. Y est joint le testament de ce brave militaire qui est, fut, le beau-frère de Gloaguen.

Il demande à l’archéologue de servir de tuteur à ses deux enfants, Florence et Chandos, leur mère étant décédée, décompose sa succession et avoue qu’il possède des motifs sérieux de croire que sa vie est en danger. La lettre est datée du 14 juin 1882, le testament du 19 mars de la même année. Selon toute vraisemblance, le colonel craignait pour sa vie et ce qu’il redoutait est arrivé.

L’archéologue est stupéfait et fort intéressé par la description de la succession, surtout des manuscrits, des notes sur l’architecture khmer et des dessins et photographies ramenées d’une exploration au Cambodge. Gloaguen est dans son élément et immédiatement il décide de partir, en compagnie de Paul-Louis pour Calcutta. Le voyage maritime se déroule normalement mais arrivés dans le port de Calcutta, ils assistent à un incident qui aurait pu être tragique.

En effet, un gamin d’une quinzaine d’années, qui s’avère être Chandos, rejoint le bateau en instance d’accostage à bord d’un canot. Seulement il est percuté par une embarcation qui s’enfuit sans s’occuper des dommages. Chandos est récupéré et c’est le début d’une succession d’incidents divers, toujours perpétrés par ce qui s’avèrera être le même personnage malfaisant.

Les deux adolescents, Florence, dix-huit ans, et Chandos, sont recueillis en attendant par la femme du major O’Molloy, le commandant par intérim du régiment de fusiliers, un alcoolique qui ne comprend pas pourquoi il est malade du foie. Khasji, l’ancien serviteur du colonel veille sur les enfants tout comme il veillait sur leur père, couchant sur le sol à l’entrée de leur chambre. En compagnie des solicitors, Gloaguen fouille dans le bureau du défunt, afin de récupérer les papiers et notes du colonel. Il découvre même une petite plaquette en or sur laquelle sont gravés des mots en Chaldéen qu’il ne lui reste plus qu’à déchiffrer.

Le colonel avait subi plusieurs incidents préjudiciables à sa santé et le dernier fut le bon (si je puis dire !) mais il semble que cette plaquette attise les convoitises. Si Khasji la regarde avec répugnance et terreur, il n’en va pas de même de celui qui a introduit de nuit un cobra dans la chambre de Florence. Aux cris poussés par celle-ci en découvrant le reptile, la maisonnée intervient rapidement. La jeune fille est sauve mais il n’en va pas de même pour le petit ouistiti familier de la maison.

Alors qu’il envisageait de prolonger son voyage en visitant les pays voisins, Cambodge, Cochinchine et autres, l’archéologue décide de rentrer en France par la voie maritime, mais le seul navire disponible immédiatement à l’embarquement est un cargo dont la destination est contraire à celle qu’il désirait. Qu’importe, que ce soit dans un sens ou dans un autre, comme la Terre est ronde, et que tous les chemins mènent à Rome, il y en aura bien un pour les conduire à Paris. Et la famille Gloaguen, les enfants Robinson et le couple O’Molloy partent vers de nouvelles aventures maritimes qui ne seront pas sans danger.

La traversée n’est pas de tout repos, car le malfaisant qui est difficile à repérer à cause des nombreux déguisements dont il use, est toujours sur leurs basques. Après bien des péripéties et un accident provoqué qui conduit à un naufrage, tout ce petit monde et quelques centaines d’hommes d’équipage dont le capitaine, échouent sur une île déserte mais qui auparavant fut habitée. En témoignent les nombreuses constructions qui s’érigent encore et les diverses plantes potagères et céréalières qui prolifèrent grâce au climat favorable à une agriculture bio. Comme leur navire a chaviré, il ne leur reste plus qu’à en construire un autre et c’est sous l’impulsion de Paul-Louis, et de ses connaissances d’ingénieur, que ce travail de longue haleine va être réalisé.

 

La suite constitue ce qui peut être considéré comme une seconde partie, une prolongation des premières aventures, mais un épisode à part et complémentaire. En effet Chandos est obnubilé par une idée fixe, celle d’être le descendant de Robinson Crusoë, le véritable naufragé dont l’histoire a été narrée par Daniel Defoe. Alexandre Selkirk n’étant qu’une affabulation. D’ailleurs, il s’appelle Robinson, et possède parmi ses prénoms celui de Crusoë, tout comme son père, son grand-père et tous ses ascendants.

Ce n’est qu’un des aspects de ce roman qui aborde les thèmes chers à Jules Verne. D’ailleurs il existe un cousinage littéraire certain entre les deux romanciers. En effet André Laurie avait vendu deux romans à l’éditeur Hetzel, L’héritage de Langevol qui deviendra sous la plus de Jules Verne Les 500 millions de la Bégum, et Le diamant bleu publié sous le titre L’étoile du Sud.

Mais contrairement à Jules Verne, André Laurie ne s’attarde pas dans de laborieuses et encyclopédiques descriptions géographiques ou autres, mais s’intéresse à l’aspect sociologique et à la psychologie des personnages. Il n’hésite pas à comparer l’éducation des jeunes filles en France et en Grande-Bretagne, octroyant des bons points à l’éducation anglaise plus performante et moins machiste. Mais il ne se montre pas non plus colonialiste, dénonçant en deux ou trois phrases le mépris affiché par les militaires et leurs familles envers la population autochtone.

André LAURIE : L’héritier de Robinson. Illustrations de Henri Faivre. Collection Bibliothèque de la Jeunesse. Editions Hachette. Parution 1933. 256 pages.

Première édition : Hetzel 1884.

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9 janvier 2019 3 09 /01 /janvier /2019 05:20

Normal, à cette époque, le GPS n’existait pas…

Marc FLAMENT : L’île des boucaniers perdus.

Abordé par un marin borgne, d’où son surnom de Bâbord-amures, le capitaine François Lenormand se voit remettre un parchemin signé Jambe-de-Bouc.

Etonnant parchemin qui est le testament d’un flibustier léguant ses quelques possessions à divers compagnons, dont un couteau à double tranchant à Bâbord-amures, quoiqu’il ne l’ait jamais vraiment aimé, sa paire de pistolets au capitaine et surtout une Bible qui devrait faire leur fortune, si le destinataire parvient à déchiffrer le message glissé à l’intérieur. Un secret qui doit conduire à une cachette dans laquelle est dissimulé un trésor.

Etrange testament qui précise que les Frères de la Côte doivent enterrer leur ancien compagnon en buvant et chantant. Direction l’auberge Au Squelette ricanant, où effectivement une assemblée de marins ripaille tandis le cadavre de Jambe-de-Bouc est assis sur une chaise, trônant à la place d’honneur.

Quoiqu’encore jeune, le capitaine François Lenormand possède une réputation flatteuse mais justifiée de meneur d’hommes, de courage, de ténacité, de droiture et d’honneur. Il n’en faut pas plus pour que les anciens compagnons de Jambe-de-Bouc le désignent tout naturellement comme capitaine de l’expédition qui va être envisagée pour récupérer le fameux trésor. Petit-pape, Bâbords-amures, Pot-au-noir, la Sarcelle, d’anciens matelots de Lenormand, tous le pressent à accepter, d’autant qu’ils ont un navire, La Marie-des-Isles, à leur disposition.

Cette frégate de seize pièces, des canons moitié de fer moitié de bronze, possède un gréement encore en bon état mais la coque laisse à désirer. Mais Lenormand, avant d’accepter définitivement l’honneur qui lui est échu, désire explorer le coffre du mort. Parmi des colifichets et vêtements féminins, des armes blanches, des objets de marine et une centaine de piastres, un parchemin décrivant le contenu du trésor caché, git un ouanga, une amulette qui sert à jeter un sort ou à porter bonheur dans le culte vaudou et qui serait peut-être à l’origine de la mort de Jambe-de-bouc. Ainsi que la fameuse Bible qui est en très mauvais état.

 

Enfin, La Marie-des-Isles est prête à appareiller et destination le trésor de Jambe-de-Bouc. Mais avant d’arriver à destination, François Lenormand doit déchiffrer l’énigme de la Bible et affronter moult dangers. Dont un combat à l’arme blanche entre le capitaine et le félon Bâbord-amures, lequel tombera à l’eau bientôt rejoint par son sac de marin, une tempête tropicale, un combat naval contre une frégate anglaise. Un combat disproportionné et il faudra toute l’énergie et l’ingéniosité de François Lenormand pour se dépêtrer d’un engagement qui tourne malgré tout en sa faveur. Enfin c’est l’arrivée en vue de l’île de Mayaguana qui leur réservera une surprise fantômatique puisqu’ils seront en présence de zombies.

 

Un roman pour adolescents qui ne prend pas justement les adolescents pour de petits enfants, L’île des boucaniers perdus est un véritable roman d’aventures maritimes qui ne connait aucun temps mort. Juste quelques cadavres en cours de route et quelques escales.

Un voyage parmi la flibuste qui rappelle quelque peu L’île au trésor de Stevenson, mais également d’autres romans maritimes épiques avec une reconstitution soigneuse mais non pesante de l’époque dans cet endroit des Caraïbes qui fait toujours rêver les petits et les grands.

Un hommage aux marins qui se montrent courageux devant l’adversité et ingénieux afin de régler des problèmes apparemment insolubles leur permettant d’affronter des situations périlleuses.

Le lecteur ressent le roulis et le tangage de ces bâtiments à voiles, balloté par le vent et la tempête, la pluie ou la chaleur, et les embruns qui fouettent les visages burinés des vieux loups de mer. Le côté fantastique apportant à l’histoire son grain de sel… marin !

Marc FLAMENT : L’île des boucaniers perdus. Collection Bibliothèque Verte. Editions Hachette. Parution le 6 juin 1981. 190 pages.

Illustrations de François Dermaut.

ISBN : 978-2010080418

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27 décembre 2018 4 27 /12 /décembre /2018 05:05

J'aime les filles qu'on voit dans "Elle"
J'aime les filles des magazines

Michel AMELIN : Personne ne m’aime, j’aime personne.

Ah si les parents savaient combien peut souffrir un enfant qui pose comme mannequin pour des catalogues !

Virginie longtemps a servi de modèle mais depuis quelques mois c’est terminé. L’acné juvénile et les dents protégées par des rails de chemin de fer disgracieux ne sont pas compatibles avec les critères de beauté exigés par les grandes marques de vêtements pour enfants. Mais sa mère reste dans sa bulle de rêve, gardant précieusement tout ce qui est en rapport avec la courte mais fructueuse carrière de sa fille.

Virginie souffre, non pas de ne plus s’exhiber dans les pages des magazines, mais de la résurgence continuelle de son passé de petite fille modèle auprès de ses condisciples au collège. La jalousie anime garçons et filles et elle se calfeutre dans son mental se croyant la cible de toutes les moqueries. Elle se recroqueville, et rechigne à se rendre à l’école. Un vrai parcours du combattant lorsqu’elle sort de chez elle, sac à dos en bandoulière.

Elle est devenue la tête de turc de Suzanna, Manuel et Robin, les inséparables, et de quelques autres aussi sans oublier quelques enseignants qui ne se privent pas de l’humilier.

Ce matin là, elle est assise à côté de Suzanna qui, mielleuse, lui demande ce qui ne va pas, lui promettant d’être une tombe. Une tombe, cela ne parle pas n’est-ce pas, aussi Virginie peut lui confier ses problèmes, ses soucis, elle ne dira rien. Mais Virginie sait qu’aussitôt qu’elle aura le dos tourné, Suzanna s’empressera de faire partager ses secrets, ses révélations, à tout le monde. Alors elle trouve une parade en avouant que Tristan, qui officiellement est le petit ami de Suzanna, l’importune, la dérange, la harcèle. Naturellement, cela tourne en eau de boudin…

Ensuite c’est la prof de français, une véritable bombe que personne n’a encore jamais réussi à désamorcer, qui lui demande, suite à la lecture d’un poème de Baudelaire de donner son avis sur cette question fondamentale : Beauté extérieure ou beauté intérieure ?

Evidemment cela renvoie Virginie à son enfance, lorsqu’elle était photogénique et à aujourd’hui où elle ressemble plus à un sapin de Noël avec ses boutons sur la figure en guise de loupiotes et son appareil dentaire en forme de guirlande buccale. Le vilain petit canard transformé en cygne ou le contraire ?

Virginie ne se laisse pas démonter, mais la journée est longue, et rentrant chez elle, elle est animée d’une soif de revanche.

 

Michel Amelin regroupe en une journée les tracas, les soucis, les harcèlements, l’état d’esprit mesquin des adolescents, les brimades auxquels Virginie est confronté à longueur de journée. Et à la maison ce n’est guère mieux.

Il analyse les réactions, la force de caractère de ce qui se passe réellement en plusieurs semaines et il en fait un condensé afin de mieux imprégner l’esprit du lecteur. Alors naturellement cela semble irréaliste mais pourtant cela existe, par petites doses quotidiennes, et il faut une force de caractère à toute épreuve pour ne pas se laisser aller à des sentiments de destruction de soi. La révolte gronde, intérieurement, mais lorsqu’elle explose l’on ne sait quels dégâts cela peut occasionner.

Un beau texte tout en finesse, une description, une dissection, une introspection de ce qui anime les adolescents entre eux, mais également de l’origine de ces rejets de l’un par les autres. Certains d’entre les condisciples de Virginie lui reprochent d’être riche, ce qui n’est pas prouvé, pour avoir été une enfant modèle, une forme de jalousie, mais ils ne savent pas les souffrances qu’elle a dû endurer tout au long de sa prime jeunesse devant les appareils photos et l’exigence de sa mère. Exigence et fierté qui a conduit son père a déserté le domicile conjugal.

Michel AMELIN : Personne ne m’aime, j’aime personne. Collection Les romans de Julie N°7. Editions Milan. Parution le 24 avril 2001. 126 pages.

ISBN : 978-2745902986

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19 décembre 2018 3 19 /12 /décembre /2018 05:27

Ohé, ohé, matelot, matelot navigue sur les flots…

Jean-Marie ROBILLARD : La route des matelots.

Souvent, parce qu’ils sont destinés aux enfants, les adultes négligent les romans ou recueils de contes, de nouvelles, écrit avec amour, passion, tendresse pour la jeune génération.

C’est un peu dommage car, outre les bienfaits de se retremper l’espace de quelques heures dans une ambiance, dans une atmosphère juvénile, les adultes pourraient se rendre compte qu’il est difficile de raconter des histoires avec des mots simples tout en imprégnant les textes de poésie.

Pouvoir tenir en éveil, captiver des enfants par la magie des mots alors qu’alentour tout concourt, que tout les invite à poser le livre qu’ils tiennent en main et à aller s’amuser, regarder la télévision, jouer sur du virtuel, que sais-je encore, relève du tour de force.

Jean-Marie Robillard, qui fut instituteur dans la région de Granville, grâce à des textes fleurant bon la mer, les dunes, le terroir, les aventures maritimes, associant avec habileté quotidien et fantastique, situés souvent sur le littoral ouest du Cotentin, conte des histoires qui de prime abord paraissent gentillettes.

Et c’est là qu’intervient l’adulte, car ces histoires ne sont pas si innocentes que cela. Il se dégage de ces textes une formidable leçon d’amour pour son prochain, mais aussi du courage, de l’abnégation.

Par exemple, dans La maison sur la falaise, un jeune docteur, de retour de consultation, est invité par une vieille femme à rencontrer un vieillard qui lui fait cadeau d’une aquarelle.

Dans Brume, histoire de mer, d’apparition à la veillée, narré par Grand-Louis. Mais avec Grand-Louis, on ne sait jamais. Affabule-t-il ou raconte-t-il une histoire vraie ?

Dans Pompon, c’est un conflit de génération, conflit entre l’ancien et le moderne, entre le cheval et le tracteur, qui nous est proposé. Pompon qui ne rend plus de services et qui mange le foin réservé aux animaux de la ferme. Rentabilité avant tout ! Que devient la parcelle d’amitié, d’amour là-dedans ?

Dans Le bateau d’Emile, on assiste au sauvetage d’un canot parmi les éléments déchaînés.

Avez-vous déjà entendu le chant des baleines ? Non ? C’est dommage ! Mais saviez-vous que les baleines étaient capables de montrer leurs sentiments d’une autre façon ? Pourtant, c’est ce que Jean a vu là-bas, à l’autre bout du monde, dans l’Antarctique. Une histoire qui a pour titre L’homme aux baleines.

En lisant La route des matelots de Jean-Marie Robillard, je suis sûr que vous reviendrez sur certains préjugés qui font du tort à la littérature enfantine.

 

Jean-Marie ROBILLARD : La route des matelots. Illustrations de Claire Forgeot. Collection Zanzibar N°32. Editions Milan. Parution janvier 1988. 94 pages.

ISBN : 9782867262838

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12 décembre 2018 3 12 /12 /décembre /2018 05:18

Quand Paul Gerrard, talentueux auteur de romans noirs, écrivait pour les enfants…

Paul BERNA : Le carrefour de la pie.

Depuis l’aménagement de la déviation de la Rua, entre Tournus et Mâcon, au lieu-dit le Carrefour de la Pie, madame Paulin, outre élever ses deux filles et ses cinq vaches, s’est trouvé une autre occupation rémunératrice : elle a transformé sa ferme et les dépendances en restaurant-buvette et proposant huit chambres aux touristes désirant se reposer ou baguenauder dans la région.

Une occasion rêvée pour la SICA qui fait construire une station-service avec deux pistes d’accès, cinq pompes électriques, un stand et un bungalow pour la famille qui tient le relais. Et tout naturellement Frédéric, le garçon de quinze ans, fils du pompiste, va se lier d’amitié avec les deux fillettes, Colette et Fanny, de la petite auberge paysanne sise de l’autre côté de la route.

Seulement, Langlais, le père de Frédéric, a subi un accident quelques mois auparavant, et depuis il ne peut plus conduire de camions. Un avantage qui aurait dû profiter à Frédéric qui ne voyait son père qu’épisodiquement. Mais Langlais reste renfermé et ne sourit presque jamais, se montrant froid et réservé à l’encontre de son adolescent.

Deux événements lui révéleront en partie ce passé paternel qui lui empoisonne l’existence. D’abord, la rencontre avec deux motards de la gendarmerie, des centurions comme il les surnomme, qui lui indiqueront que quelques mois auparavant, ils étaient affectés dans la Somme et qu’un homme conduisant un camion avait percuté un cycliste. L’homme se serait rendu immédiatement aux forces de l’ordre, s’accusant d’avoir taquiné la chopine et de rouler trop vite. Ensuite, un individu, bossu, nommé Jérémie, arrive dans une camionnette brinquebalante, demandant si par hasard il n’y aurait pas de travail pour lui. Il peut transformer son véhicule délabré en dépanneuse et il affirme que la mécanique et lui ne font qu’un. Langlais se laisse influencer et Jérémie couchera dans une petite dépendance.

Frédéric sent que son père lui cache quelque chose et il se méfie de Jérémie qui prend de l’ascendant sur son père. Toutefois le gamin accepte de l’aider dans les réparations que le bossu pratique sur des véhicules en panne, principalement des conducteurs de passage. Alors il commence à épier le soir, de sa chambre, le mécanicien qui semble s’entretenir avec un individu louche, tandis que deux autres bras cassés prennent pension au Relais de la Pie, du nom du carrefour où sont installées la station-service et l’auberge.

 

Et Frédéric se trouve au cœur d’un étrange trafic de cigarettes de contrebande, que son père aurait pu convoyer.

Alors évidemment, Frédéric va mener son enquête, avec l’aide de ses deux jeunes amies, trouvant également des appuis auprès des deux centurions et du facteur local, se rendant dans un cimetière de voitures installé dans une ancienne carrière de pierre de meulière.

Avec un peu plus de virilité dans les dialogues et dans les actions, ce roman aurait pu convenir agréablement à des adultes, mais il ne faut pas oublier qu’il était destiné à un lectorat de garçons à partir de dix ans.

Si l’épilogue réserve quelques surprises, si la fin paraît être une farce, l’intrigue du roman tourne autour de Frédéric et de son besoin de se voir reconnu, affectionné par son père. Le détachement que celui-ci professe à l’encontre de son fils réside dans ses problèmes antérieurs et il ne veut pas que Frédéric en subisse les conséquences, cachant son secret par honte.

Le lecteur déjà âgé et qui comme moi lit sans vergogne ces romans pour adolescents, retrouvera une partie de son enfance, le milieu des années 1950, avec toutes ces voitures qui ont fait rêver, de la 4Cv à la Simca Aronde, dont la Châtelaine de la famille Langlais, et quelques autres que l’on peu découvrir lors de réunions des vieilles gloires automobiles. Ainsi que les pompistes qui obligeamment donnaient à boire aux véhicules déshydratés.

 

Paul BERNA : Le carrefour de la pie. Bibliothèque Rouge et Or N°115. Editions G.P. Parution mai 1957. 192 pages.

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5 décembre 2018 3 05 /12 /décembre /2018 05:40

Un auteur de la Série Noire en Bibliothèque Verte, vive le mélange des genres !

Sid FLEISCHMAN : Jack chercheur d’or

Les finances de tante Arabelle étant au plus bas, le jeune Jack, 12 ans, a décidé de se rendre en Californie, cédant à la nouvelle mode de la ruée vers l’or.

Et c’est ainsi que le 27 janvier 1849 il embarque à bord du Lady Wilma en compagnie de Pinkerton, le fidèle valet de chambre, laissant à Boston tante Arabelle et ses deux jeunes sœurs Constance et Sarah. Jack et Pinkerton sont des passagers clandestins et se sont réfugiés dans la calle, dans deux tonneaux, parmi des semences de pomme-de-terre et des plants de vigne que les heureux propriétaires comptent bien faire fructifier à leur arrivée en Californie. Mais le navire recèle également des barils de poisson fumé, du bois de charpente et des briques destinés à la construction d’habitations. A bord 186 migrants, beaucoup moins que ceux qui attendent un embarquement sur les quais de Boston.

Jack est un gamin déluré, tandis que Pinkerton est assez rigide dans son maintien, vêtu d’une redingote noire, affublé d’un chapeau rond et portant ostensiblement au creux du bras un parapluie. Mais Pinkerton est un homme affable et aussitôt le voilier à aube voguant en pleine mer, il décide d’aller présenter ses hommages au capitaine, le redoutable et redouté Taureau furieux des mers. Naturellement le capitaine est furieux mais accepte la proposition de Pinkerton de charrier le charbon dans la chaufferie. Comme il fait froid, n’oublions pas qu’ils sont partis fin janvier, au moins ils seront au chaud.

Bientôt, en descendant vers les Tropiques et l’Equateur, la chaleur commence à devenir insupportable. Pinkerton ne manque jamais de ressources mais avec tact affirme que la solution d’un problème lui a été soufflée par Jack ou un autre interlocuteur. C’est ainsi que le voyage va durer cinq mois et connaître de nombreuses péripéties amusantes ou frôlant la catastrophe. Et Jack se verra attribuer le rôle de mousse, s’exerçant à monter dans les vergues, ce qui lui permettra  de se muscler avantageusement.

Parmi les passagers, ils vont faire la connaissance d’un vétérinaire avec un pilon de bois à la place d’une jambe qui se dit possesseur d’une carte au trésor, d’un juge guère sympathique, et d’autres personnages plus ou moins intéressants. Ils vont aider les propriétaires des pieds de vigne et des semences de pomme-de-terre à ne pas perdre leur cargaison, à franchir le Cap Horn alors que la Lady Wilma fait la course avec un autre bâtiment, donner la solution pour pallier le manque de charbon, et autres épisodes marquants avant d’arriver enfin à San Francisco, dont le recueillement de chats dans un port du Pérou.

Mais leur mission ne fait que commencer. Il leur faut s’équiper en véritables prospecteurs, acquérir et maîtriser un âne qui se prend pour un mulet, apprendre à se servir d’une battée, à se rendre propriétaire d’un claim, se débarrasser de malfaisants, Pinkerton acquérant de ce fait le sobriquet de Bras-de-fer, retrouver incidemment la carte au trésor… Mais auparavant ils doivent se constituer un petit pécule pour mener à bien leur expédition. Pinkerton trouve la solution en rasant gratis un prospecteur, recueillant dans les poils de sa barbe fournie des paillettes d’or.

 

Un roman d’aventures distrayant et instructif, dans la lignée des romans de la fin du XIXe siècle, début XXe, dans lesquels les héros étaient des enfants débrouillards affrontant mille dangers. Pinkerton, le valet de chambre, ressemble quelque peu à Jeeves, le majordome créé par P.G. Wodehouse, flegmatique et toujours plein de ressources, fidèle à son jeune maître et secrètement amoureux de tante Arabelle.

La débrouillardise, la réflexion, le sens de l’analyse, le respect des autres, la volonté de réussir sont les thèmes porteurs de ce roman qui pour autant ne se noie pas dans un moralisme naïf. Et toujours un humour présent décompressant les divers épisodes tragicomiques auxquels les protagonistes sont confrontés.

Le titre français est banal et la mention texte français d’Olivier Séchan me laisse dubitatif, laissant penser à une traduction édulcorée du texte original.

La Série Noire a publié d’A(lbert) S(diney) Fleischman trois titres qui sont : Gardez-vous à gauche (SN 949), Sans atouts (SN 956) et Périls au paradis (SN 976) tandis que le Fleuve Noir a publié dans sa collection Espionnage Train d’enfer (Esp. 71).

Sid FLEISCHMAN : Jack chercheur d’or

Sid FLEISCHMAN : Jack chercheur d’or (By the Great Horn Spoon – 1963. Texte français d’Olivier Séchan). Illustrations de François Batet. Collection Bibliothèque Verte N°286. Editions Hachette. Parution 4e trimestre 1965. 254 pages.

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1 décembre 2018 6 01 /12 /décembre /2018 05:19

Max et le faire ailleurs…

Jérémy BOUQUIN : Max.

Famélique, crasseux, affamé, Max, à peine seize ans, se présente à la pizzeria chez Paulo, le Sicilien. D’après une rumeur, il pourrait y avoir du boulot pour lui. Une rumeur glanée sur le marché, mais le bistrotier n’a pas l’air emballé d’embaucher ce gamin qui de plus avoue ne pas savoir lire.

Après bien des tergiversations, et fait saliver Max en mangeant goulument sa pizza quotidienne, Paulo accepte de lui confier le service et la plonge. Ce n’est pas à quoi s’attendait Max, mais comme il a faim, faut bien survivre.

La première journée se déroule normalement et il touche un petit pécule qu’il compte bien voir évoluer dans un sens ascendant. Et puis Paulo et Raoul le cuistot ne lui font pas de réflexions désagréables même s’ils se montrent bourrus. Surtout Paulo qui ne commence par démarrer sa journée après l’ingestion de ses trois cafés rituels. Et ses cigarettes papier maïs qu’il offre à Max, lequel refuse, mais se mettra un peu plus tard à cloper lui aussi, des blondes légères.

Paulo lui trouve une chambre, un studio, chez une petite vieille. C’est cradingue, ça pue, mais au moins Max est à l’abri, au chaud, ce qui le change de ses cartons dans la rue ou sous les ponts. Et ses moments de pause, il les passe à contempler les rives de Loire.

Jusqu’au jour au Paulo lui confie quelques missions qui n’ont rien à voir avec la restauration, mais l’appât de billets supplémentaires influe sur la décision de l’adolescent. D’abord porter dans un endroit pourri un carton de pizza devant la porte ou se terre Raymond, un personnage qu’il a déjà aperçu à la pizzeria. Raymond, un colosse apeuré qui quémandait une forte somme pour réaliser un truc. Un truc, c’est tout ce qu’il sait. Mais Raymond n’a pas tenu ses engagements et Paulo n’est pas content. Pas content du tout, et il réserve à Raymond une surprise à sa façon, c’est-à-dire brutale.

Puis Paulo lui confie un appareil photo pour prendre des clichés d’une femme et son gosse, dans un autre quartier tout aussi délabré, ou presque.

Et il fait la connaissance de Cloé, sans H, qui l’aborde sur un banc alors qu’il rêvassait. Il n’aime pas ça Max, il veut préserver sa tranquillité, et se faire draguer par une gamine de son âge, ce n’est pas dans ses visées. Pourtant Cloé s’incruste, le retrouvant chez le Portugais, un bar où Max a ses habitudes, dégustant des bières brunes durant ses pauses.

Max ne pense pas aux filles. Il garde son air bourru. Et puis, il s’est trouvé une passion, une vraie. Il a maîtrisé son petit appareil photo avec carte malgré qu’il ne sache pas lire, et fait ressortir sur les clichés les aspects les plus intéressants, manipulant, cadrant, mettant en valeur les décors, les visages, tout ce qui lui semble intéressant à capter avec son viseur.

 

Dans une ambiance misérabiliste, Jérémy Bouquin nous entraîne à la suite d’un gamin des rues, moderne Gavroche, transplanté dans les Mystères de Paris, même si l’action se déroule sur les bords de la Loire.

Désirant s’en sortir, par le travail, même en se servant de ses poings, au début du récit, Max est un adolescent qui ne fricote pas avec la pègre, les revendeurs de drogue et autres malfrats. Du moins consciemment. Il est renfermé, réservé, méfiant, et ses relations ne sont que des relations de travail. Il n’a pas d’ami, et lorsqu’une gamine de son âge, plus délurée que lui, l’aborde, il réagit comme un chat sauvage.

Mais la vie décide de l’avenir et ce qu’il va connaitre, subir, le dépasse. La rédemption pourrait passer par la photographie, mais encore faudrait-il qu’il ait une vision nette de ce qu’il se trame et qu’il capte les magouilles qui s’ourdissent en dehors de lui, magouilles dont il est un acteur involontaire.

La seconde partie de ce roman est axée sur Cloé et sa détresse lorsque Max disparaît pour des raisons décrites à la fin de la première partie. Et si Max pourrait être assimilé à Gavroche, Cloé serait la petite fée Clochette, aguicheuse et protectrice à la fois.

Jérémy Bouquin découpe ses phrases en lamelles comme Raoul détaille en julienne ses légumes destinés à garnir ses pizzas. C’est parfois brut, haché, lancés à la volée, compact, et surgissent quelques éclairs de couleurs dans une atmosphère où le sombre, le poisseux, le gras, règnent en une quasi uniformité dégoulinante de noirceur.

 

On s’aperçoit, en lisant la nouvelle génération d’auteurs de romans noirs, qu’au cours de notre vie on s’est peut-être engoncé dans des certitudes qui n’ont plus cours.

Ainsi, alors que depuis des décennies, je plaçais la fourchette à gauche et le couteau à droite, Max me démontre que je faisais une faute de goût puisqu’il dresse la table en sens contraire de mes habitudes. Et alors, que je fus durant de très longues années un fervent fumeur de Gitanes mais pas papier-maïs, j’apprends que les paquets sont désormais souples alors que je les ai toujours connu rigides.

On vieillit et on ne se rend pas compte que le monde évolue…

 

Pour autant, ne manquez pas la chronique de Pierre sur son blog :

Jérémy BOUQUIN : Max. Novelle numérique. Collection Noire Sœur Polarado. Editions SKA. Parution 26 octobre 2018. 190 pages environ. 2,99€.

ISBN : 9791023407402

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28 novembre 2018 3 28 /11 /novembre /2018 05:50

Un roman approuvé par Alfred mais écrit par Robert Arthur !

Alfred HITCHCOCK : Le crâne qui crânait

Attiré par un entrefilet dans un journal signalant une vente aux enchères, Hannibal Jones entraîne ses deux amis, Peter et Bob, à assister à une vente publique. Différents bagages, dont on ignore le contenu, vont être mis aux enchères, abandonnés ou oubliés par leurs propriétaires dans des hôtels. Il y a vraiment des étourdis !

Parmi les lots présentés au public, une vieille malle n’intéresse personne, sauf Hannibal qui l’acquiert pour la modique somme de un dollar. Juste après l’enchère conclue une vieille femme se présente qui en offre trente dollars, mais c’est trop tard. Un journaliste local demande alors aux trois adolescents de poser pour une photo avec leur malle sur laquelle figure la mention Le Grand Gulliver. L’article paraît le soir même et cela ne manque pas d’attiser les convoitises.

Hans, l’un des employés du Paradis de la Brocante, l’établissement tenu par l’oncle et la tante d’Hannibal, signale au cours de la soirée avoir aperçu une silhouette s’engouffrer dans le dépôt. L’oncle Titus et ses deux aides, Hans et Konrad, deux frères, n’apprécient pas cette intrusion, Mais un geste malheureux déclenchant un bruit alerte l’homme qui s’enfuit en compagnie d’un complice en voiture. Le lendemain, la malle a disparu.

Un nouveau client pour la malle se présente. Il déclare être magicien, s’appeler Le Mage Maximilien, effectue quelques tours de passe-passe avec des billets verts, raconte que Gulliver était son ami, un magicien lui-aussi, et qu’il désirerait récupérer la malle en souvenir des temps jadis. Hannibal lui ayant certifié que la malle a disparu, l’homme disparait également.

Heureusement la malle est toujours là, l’oncle Titus l’ayant mise à l’abri. Les trois amis tentent de l’ouvrir et bout d’un nombre incalculable d’essais avec les différentes et très nombreuses clés de l’oncle Titus, parviennent enfin à en découvrir le contenu. A l’intérieur, parmi un fatras d’objets hétéroclites, un crâne humain et son plateau en ivoire.

Hannibal l’installe dans sa chambre et dans la nuit il perçoit une voix. C’est Socrate, ainsi se nomme le crâne, qui lui demande de se rendre à un certain endroit à Hollywood, de se présenter en demandant Socrate, et il aura d’autres renseignements.

Et c’est ainsi qu’Hannibal et ses deux amis, vont connaître une aventure pleine de rebondissements, avec la rencontre de Gitans, d’individus qui les poursuivent, d’une enveloppe cryptée, découverte sous une doublure de la malle et bien d’autres épisodes et de personnages à la recherche de la malle et de son secret.

Car en effet, la malle contient un secret, grâce à la lettre cryptée qui fournirait l’adresse où est caché un trésor provenant d’un hold-up réalisé cinq ans auparavant. Seulement, découvrir cet endroit n’est pas une mince affaire, même si Bob, dont le père est reporter à Los Angeles, recherche dans les archives.

Le chef de la police de Rocky, la petite ville où vivent les Trois Détectives, accepte de les aider, mais au moment crucial où il devrait les protéger et les assister, il n’est pas là. Son adjoint, imbu de sa fonction les envoie sur les roses, ce qui n’est pas très délicat de sa part.

Il réagit comme la plupart des adultes, qui estiment que, parce que nous sommes des enfants, nous n’avons pas de cervelle. Et pourtant, nous observons souvent le problème sous un angle neuf.

 

Une aventure plaisante, pour le lecteur, mais pas forcément pour les trois amis qui vont connaître quelques déboires et ressentir des sentiments de frayeur, qui joue sur le fantastique sans vraiment en être. Car tout est révélé à la fin, au cours de l’unique apparition d’Alfred Hitchcock, l’ami d’Hannibal et compères, dans une jolie mise en scène. Il ne faut pas oublier que cette histoire a été écrite en 1969, et que de nombreuses technologies utilisées de nos jours n’existaient à l’époque.

Ce thème a été à maintes reprises exploité aussi bien dans des romans pour adolescents que pour des romans pour adultes, ceci avec plus ou moins de bonheur. Mais il est amusant de constater, que l’auteur via le personnage d’Alfred Hitchcock, fait référence à un écrivain écossais, né en 1849 et décédé en 1912, Robert Barr, lequel avait écrit une nouvelle policière traitant d’un sujet similaire. Non point la lettre cryptée, mais concernant l’endroit où pouvait être dissimulé l’argent provenant d’un vol.

Comme quoi, rien de nouveau sous le soleil, mais encore fallait-il connaître ce texte, qui a peut-être été publié en France grâce aux bons soins de Jean-Daniel Brèque dans sa collection Baskerville chez Rivière Blanche.

 

Alfred HITCHCOCK : Le crâne qui crânait (The Mystery of the talking skull – 1969. Traduction Claude Voilier). Collection Bibliothèque Verte. Editions Hachette. Parution janvier 1985. 192 pages.

ISBN : 9782010097126

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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