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14 novembre 2018 3 14 /11 /novembre /2018 05:50

Bob Morane n’hésite pas à se mouiller !

Henri VERNES : Les spectres d’Atlantis.

Afin de rallier les Bahamas en partant des Bermudes, Bob Morane a acheté un voilier mais il ne pensait qu’arrivé dans la mer des Sargasses il serait en plein dans la pétole. Son ami Bill Ballantine déplore le manque de vent et il suggère d’utiliser le moteur auxiliaire mais Bob refuse, préférant se prélasser au soleil.

Le lendemain, après une nuit réparatrice, les deux hommes sont stupéfaits de découvrir sur la mer d’huile encombrée d’algues une flotte de vieux gréements, des derelicts, remontés à la surface par l’opération de Saint-Esprit ou de son aide. Le cimetière marin a refait surface. Et quelle n’est pas leur stupéfaction de lire sur l’un d’eux, SS Fulmar. Le navire de Tiger Jack, un tramp lorsqu’il bourlinguait et effectuait de la contrebande avant de rentrer chez lui à Gand afin d’écrire des histoires fantastiques.

Aussitôt ils mettent le youyou sur cette mer d’algues, de salades marines en tout genre, et forçant sur les rames rejoignent le navire désert. A bord il n’y a que des cadavres, comme si les membres d’équipage s’étaient entretués. Une voix s’élève, envoûtante, et lorsqu’ils veulent repartir une barrière invisible est dressée contre les rambardes. Ils sont pris au piège. Puis une bulle entoure le rafiot qui est entraîné au fond de la mer des Sargasses.

Des hommes-spectres, des zombies, réceptionnent les deux aventuriers sans prononcer une seule parole et ils sont emmenés dans une grotte sous-marine puis doivent parcourir un dédale de couloirs, de précipices à traverser sur des ponts de bois, et enfin arriver dans une caverne éclairée par une lumière indéfinissable. Sur une grande place s’élève comme une cathédrale, imposante, mais de facture assez futuriste. Le Grand Dagon, le maître des Abysses à gueule de raie ou de requin, les retient en otage et ils essaient de s’enfuir. Ils y parviennent à la faveur d’un tremblement de terre sous-marin et ils arrivent dans une autre partie de ce monde sous-marin dirigé par Anktina, un monde beaucoup plus calme que celui qu’ils viennent de quitter.

 

Ce roman, véritable hommage à Jean Ray, et qui comporte de nombreuses références à l’auteur belge, est un pur roman d’aventures mâtiné de science-fiction et de fantastique.

On y retrouve tous les ingrédients chers à Henri Vernes, avec des séquences très cinématographiques, apocalyptiques, et les épisodes mouvementés ne manquent pas s’enchainant les uns aux autres sans réels temps morts. Une revisitation du mythe de l’Atlantide qui ne laisse aucun romancier de littérature populaire indifférent et a été à plusieurs reprises mis en scène. L’Atlantide de Pierre Benoît étant peut-être le plus célèbre et dernièrement dans la série Lasser Mystère en Atlantide du duo Philippe Ward et Sylvie Miller.

Les deux amis ne manquent pas de se chamailler et Bob Morane pousse parfois le bouchon un peu loin. De nos jours on parlerait de harcèlement alors que dans l’esprit de l’auteur et des protagonistes il s’agit surtout de taquineries et de réparties humoristiques.

Ainsi lorsque Bob Morane se moque de la corpulence de son ami, il ajoute : Cent kilos et des poussières de muscles… et dix grammes de cervelle.

Ballantine est bon enfant et laisse dire, et même parfois il se montre plus fin et habile que le Commandant dans ses réflexions et ses analyses. Parfois.

 

Vous savez très bien, commandant, que les démons ça ne meurt pas, tout comme les dieux…

Du moins tant que l’on croit en eux.

 

Pour en savoir un peu plus sur Bob Morane et ses aventures :

Première édition : Marabout Pocket Morane N°103. Editions Gérard. Parution 1972. 160 pages.

Première édition : Marabout Pocket Morane N°103. Editions Gérard. Parution 1972. 160 pages.

Henri VERNES : Les spectres d’Atlantis. Collection Bob Morane N°16. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution 2e trimestre 1979. 190 pages.

ISBN : 2-7024-0854-0  

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7 novembre 2018 3 07 /11 /novembre /2018 06:25

A consommer sans modération !

Renaud MARHIC : Korrigans et Grosse Galette.

La BRO, Brigade de Répression de l’Onirisme, a encore fait des siennes sous l’impulsion de son chef, le Supérieur Inconnu. L’assaut a été déclenché à l’université d’Onirie et les Lutins Urbains font tout ce qu’ils peuvent pour annihiler l’attaque. Mais les moyens employés sont énormes. A l’intérieur du bâtiment, le Professeur B. et la petite et charmante mais versatile Loligoth se demandent comment cela va se terminer. Heureusement le Professeur possède une porte de sortie grâce à un roman intitulé Le Passe-muraille.

Prié d’aller se reposer les neurones après l’épisode où il a subi quelques conséquences psychiques et donc a été placé en congé maladie, avec obligation de se reposer, Gustave Flicman, le jeune policier de la Grosse Cité passe ses vacances au vert, c’est-à-dire plutôt au bleu puisqu’il est installé chez sa Tantine à Restick, près de Carnac. Vit également dans cette maison, Philomène, la grand-tante, qui se réfère à Noëlick l’ancêtre, l’oncle qui d’après la photo trônant sur la cheminée laisse à supposer qu’il a rejoint le pays des morts depuis belle lurette.

Gustave se promenant dans la contrée, croise un barbu à lunettes sur le bord de la falaise semblant guetter et appeler quelqu’un les mains en porte-voix. D’après Tantine, il s’agit de René Le Brac, mycologue et connu dans la région comme écrivain. D’après la grand-tante Philomène, l’homme aurait même été l’ami de l’oncle Noëlick.

Alors qu’il doit aller chercher du pain à la boulangerie locale, qui est éloignée de la maison de Tantine, Gustave se met à suivre Le Brac. Une décision qui va l’entraîner dans moult péripéties car cet homme qui cumule les fonctions est également lutinologue. Or le Professeur B. et Loligoth viennent d’arriver sur place, accompagnés des Lutins Urbains, le Pizz’Raptor, Bug le Gnome, et les autres afin justement de rencontrer Le Brac et lui demander de les aider avec le soutien de leurs cousins bretons, le Crassou, Gabino, Boléguean, Mourioche et autres Korrigans tout aussi farceurs que les Lutins Urbains, chacun d’eux possédant une fonction particulière. Et ils recherchent le talisman, la Grosse galette, susceptible de les débarrasser de leurs adversaires.

Mais le Supérieur Inconnu est sur leurs traces et il n’hésite pas à employer les grands moyens. Gustave se trouve mêle malgré lui à cet affrontement, qui lui fera connaître l’Ankou et sa charrette, le Bag Noz ou barque de nuit, le sabot des Kerrions, et pérégrinera de l’île de Groix jusqu’à Brestopol-sur-Océan, dans le cimetière de cette cité, puis au phare d’Eckmühl, subissant diverses turbulences dont il se serait bien passé. Mais il n’est pas le seul à faire l’objet de la vindicte du Supérieur Inconnu. Loligoth elle aussi sera la cible des attaques du Supérieur Inconnu et de ses hommes casqués.

 

Un roman qui selon l’éditeur est destiné aux enfants de six à neuf ans mais l’âge du lecteur importe peu, car il s’agit bien d’une plongée dans la culture folklorique bretonne et ses Lutins farceurs, recensés au dix-neuvième siècle par des lutinologues réputés. D’ailleurs cet ouvrage est dédié à René-François Le Men, François-Marie Luzen, et à Anatole Le Braz, sûrement le plus connu et dont les ouvrages sont constamment réédités.

Mais si Renaud Marhic rend hommage à ses prestigieux prédécesseurs, il ne faut pas croire pour autant que ce roman est austère. Au contraire, il fourmille d’épisodes amusants, parfois hilarants, la bonne humeur étant privilégiée. Pour autant les adultes qui liront ce cinquième épisode des aventures de Gustave Flicman y trouveront certains propos destinés aux adultes.

 

- Et des librairies ? Nous avons encore des librairies ?

- Rassurez-vous, la dernière a brûlé hier ! C’est bien la preuve qu’il avait raison : d’après lui, il n’y pas plus dangereux que le papier. Surtout quand il est imprimé. A ce qu’il dit, cela le rendrait même explosif…

 

Une conversation enregistrée en caméra cachée et micro dissimulé par l’auteur et échangée entre le maire et la chargée de communication de la Grosse Cité. Nous n’en sommes pas encore arrivés à cette extrémité, mais si l’on n’y prend garde, il se pourrait que ceci soit une prédiction à court terme. D’autant que les auteurs sont déjà considérés comme quantité négligeable, voire nuisible par certains hommes (et femmes) politiques !

 

Renaud MARHIC : Korrigans et Grosse Galette. Les Lutins Urbains N°5. Illustrations de Godo. Couverture cartonnée. Collection Romans Jeunesse. Editions P’tit Louis. Parution le 20 septembre 2018. 262 pages. 10,00€.

ISBN : 978-2373730579

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31 octobre 2018 3 31 /10 /octobre /2018 06:12

C’était avant la guerre des étoiles !

Paul FRENCH : La bataille des astres

La nouvelle fusée Atlas, de conception ultramoderne, est prête à décoller en direction de Cérès. Prévu sans pilote et sans équipage, l’astronef est pourvu d’un robot qui le dirigera jusqu’à destination. Et cet astronef doit surveiller et enregistrer les agissements des Pirates de l’Espace qui tentent de s’approprier les planètes, satellites et astéroïdes alentour.

Sur la Lune, d’où elle doit s’élancer, les derniers préparatifs sont surveillés par les savants Hector Conway et Augustus Henree, tous deux membres du Comité directeur du Conseil des Sciences. Mais ils sont inquiets. Ils redoutent de la part de David Starr, dit Lucky pour sa capacité à se dépêtrer de tous les dangers, une initiative personnelle. Par exemple d’agir seul contre le consulat de Sirius. Normalement John Bigman Jones, surnommé ainsi à cause de sa petite taille, doit surveiller l’intrépide astronaute.

Ils ont raison, car pendant que Bigman détourne l’attention des gardes dans la Base interplanétaire, David Starr s’infiltre dans la fusée. Il sait que les Pirates de l’Espace vont tenter de s’en emparer et il attend tranquillement que ceux-ci se manifestent.

Effectivement, entre Mars et Jupiter, dans une zone où les astéroïdes pullulent, le plus grand d’entre eux étant Cérès, David Starr aperçoit par un hublot un navire de l’espace s’approcher. Bientôt des tremblements secouent la carlingue et il en déduit que les nacelles de sauvetage viennent d’être décrochées. Et au bout d’un moment un pirate s’introduit dans l’habitacle. L’homme est fort étonné de découvrir David Starr, persuadé qu’il était de s’emparer d’un astronef vide.

Débarrassé de son scaphandre, Anton, le responsable des Pirates, et quelques autres dont Dingo, un bagarreur, se demandent ce que fait Starr dans cet engin interplanétaire. Armé de son déflagrateur Starr, qui prétend se nommer Williams, invente une fable pour expliquer sa présence. Il déclare être indépendant, rechercher l’aventure et vouloir se joindre aux hommes des astéroïdes.

Anton, accompagné de ses hommes et de David Starr, inspecte la fusée qui parait inoffensive. Mais lorsqu’ils entrent dans la salle de bain, luxueuse, ils se rendent compte que l’engin est truffé d’explosifs. Starr-Williams est médusé, apparemment, et pour prouver sa bonne foi, il accepte de se battre en duel dans l’espace contre Dingo.

Il gagne et est déposé sur un petit astéroïde sur lequel vit un ermite du nom de Erm. L’homme réside sur ce bout de caillou depuis près de quinze ans, selon ses dires, et il s’est aménagé dans un souterrain un abri plutôt confortable, vivant de conserves et de produits lyophilisés. Le plus étonnant étant la bibliothèque dont les étagères sont pleines de livres-filmés.

Ce ne sont que les débuts de cette aventure périlleuse et Bigman se montrera un allié précieux dans certaines circonstances dans lesquelles David Starr jouera sa vie.

 

Dans ce roman pour la jeunesse à la Jules Verne, Paul French alias Isaac Asimov marie action et descriptions scientifiques, astrologiques et physiques. Mais avec sérieux, car il s’agit bien d’un roman de science-fiction et non de fantastique. Par exemple, les astéroïdes, les planètes, sont dénombrés, nommés, et il explique même comment se repérer dans la galaxie, à la façon des navigateurs en pleine mer, mais les points permettant de se localiser étant bien différents, et devant prendre en compte plusieurs paramètres.

L’auteur revient également sur la jeunesse de David Starr et sur l’accident qui a coûté plus de vingt ans auparavant la vie de ses parents, astronautes eux aussi et disparus dans des conditions plus ou moins mystérieuses.

Ce roman date de 1953 et Isaac Asimov émet des thèses et hypothèses qui sont loin d’être farfelues. Soixante-cinq ans ont passé depuis cette publication, et si effectivement l’Homme est allé sur la Lune, les progrès dans le domaine de la conquête de l’espace sont loin d’être ceux que décrits. Mais avant que la première fusée soit lancée, avec un animal à bord comme être vivant, en 1957, Isaac Asimov voyait déjà grand, mais il n’était pas le seul.

L’Opéra de l’espace, ou Space-opéra, était l’un des thèmes privilégiés en science-fiction. Mais il n’y pas de petits hommes verts sur Mars, dans ce roman. Les Martiens sont évoqués, mais vivent dans des abris souterrains, ne se mélangeant pas, et ils ont sûrement raison, aux humains qui ont colonisé la plupart des planètes solaires.

 

Paul FRENCH : La bataille des astres (Lucky Starr and the pirates of the asteroid – 1953. Traduction de Henri PACQUET). Collection Captain W.E. Johns n° 106. Editions Presses de la Cité. Parution 11 décembre 1954. 192 pages.

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24 octobre 2018 3 24 /10 /octobre /2018 04:22

Donne-moi ta main et prends la mienne, l’école est finie…

Paul-Jacques BONZON : Les six compagnons au village englouti.

Et c’est ainsi qu’en ce début du mois d’août, les six Compagnons ont décidé de voyager jusqu’au lac de Maubrac où ils ont loué un gîte rural. Ah les vacances en Auvergne ! Ils en rêvaient, ils l’ont fait.

En réalité, le lac de Maubrac est un lac artificiel car une quinzaine d’années auparavant, un barrage a été construit, engloutissant le village de Maubrac-le-vieux. Seulement, lorsque nos six compagnons, Tidou et son chien-loup Kafi qu’il transporte dans une remorque accrochée à l’avant de son vélomoteur, La Guille, Gnafron, Le Tondu ainsi surnommé à cause de son crâne tonsuré à la suite d’une maladie, Bistèque le cuistot, et j’ai gardé le meilleur pour la fin de cette recension, la belle Mady, arrivent au bord du lac, c’est pour se rendre compte qu’il ne s’agit que d’une étendue marécageuse où ne reste qu’un semblant d’eau.

Le lac est vidé afin de permettre des réparations sur le barrage, des fissures ayant été détectées. Pas de pêche, pas de baignade au programme, il ne leur reste plus qu’à visiter la région. Mais auparavant il faut procéder à leur installation dans le gîte. Ils sont reçus quasiment les bras ouverts par leurs logeurs qui tiennent également un hôtel restaurant où ils pourront, pour une somme modique, prendre leurs repas, si le cœur et surtout le ventre leur en dit. Ce qu’ils ne manquent pas de faire, et comme de plus la popote est bonne, même si elle est rustique, ils y auront souvent recours.

Il n’y a guère de clients dans l’auberge. Deux hommes qui, selon l’hôtesse, sont géologues, et sont déjà venus l’année passée. Ils effectuent des recherches et des pointages sur la baisse des eaux et l’ancien village qui a été détruit et dont il ne subsiste que des ruines.

L’hôtelier leur narre la construction du barrage, le village sous les eaux, l’implantation des habitants dans Maubrac-le-haut, et surtout leur parle de Gambadou, qui aurait perdu la raison en même temps que sa maison. Depuis il vit dans son gourbi qu’il a construit de bric et de broc. Il a été élevé par son oncle et sa tante, qui étaient très riches et ont perdu la vie dans un accident quelques jours avant l’évacuation du village.

Une semaine plus tard, les six compagnons aperçoivent un individu boîteux s’avançant vers les terres découvertes par le lac. Il trébuche dans une mare et manque se noyer. Heureusement les six camarades se portent à son secours. Il s’agit de Gambadou qui se confie à ses jeunes sauveurs. Il est à la recherche d’un trésor que ses oncles et tantes auraient caché avant de mourir. Mais il a beau chercher il ne trouve rien. Pourtant un message codé désigne l’endroit où celui-ci aurait été enfoui.

Ce trésor semble intéresser d’autres personnes, car un message incitant les six compagnons à stopper leur aide à Gambadou leur est transmis. Gambadou lui-même n’est pas à l’abri d’une agression.

 

Une nouvelle aventure pour les six adolescents qui ne manque pas de charme mais est un peu naïve dans sa construction et dans les relations entre les personnages.

En effet, Gambadou le solitaire, le boîteux qui se méfie de tout et de tous, se confie sans réserve à Mady et ses compagnons. Comme ça, parce qu’ils lui ont sauvé la vie. Il leur montre le message qu’il a recopié de mémoire, une sorte de poème qu’il leur faut déchiffrer.

Ceux qui en ont après Gambadou ne sont guère nombreux. Un campeur irascible, et d’autres pensionnaires, outre les deux géologues déjà cités, arrivent à l’hôtel, invoquant diverses raisons pour justifier leur présence. Mais Kafi est là pour les aider dans leurs recherches, sauf pour décrypter le message codé. C’est un enseignant de Saint-Flour, ville située à une trentaine de kilomètres, qui leur fournira une piste. Le seul point véritablement intéressant dans cette histoire destinée aux jeunes adolescents.

Toutefois, l’épisode du barrage et la transhumance des habitants retiennent l’attention mais ne sont guère développés, l’auteur ne devant pas dépasser probablement une pagination exigée par la maison d’édition.

Et l’on se prend à rêver devant l’attitude de ces garçons et fille, et oui Mady est la seule représentante du sexe féminin avec cinq garçons, attitude courtoise et amicale qui ne dégénère jamais. Des amis soudés, voyageant seuls, sachant se débrouiller dans toutes les situations, n’étant pas empotés. Il me semble que de nos jours, peu de gamins de leur âge se montreraient aussi soudés et bienfaisants. Mais n’est-ce qu’une impression de vieux gaulois réfractaire !

 

Paul-Jacques BONZON : Les six compagnons au village englouti. Illustrations de Robert Bressy. Collection Bibliothèque Verte. Editions Hachette. Parution 11 juillet 1977. 190 pages. Nombreuses rééditions.

ISBN : 2010024877

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17 octobre 2018 3 17 /10 /octobre /2018 05:23

Sur le parking des anges

Plus rien ne les dérange

La folie les mélange

C'est la nuit qui les change…

Jean-Pierre ANDREVON : Le parking mystérieux.

Un banal parking bitumé, entouré de tours et de barres d’immeubles, des édifices décrépits aussitôt érigés, et pourtant pour Fabien, c’est un parking bien particulier.

Fabien n’a qu’une petite douzaine d’années, et à cause de son asthme qui le perturbe trop souvent, il est malingre. Il marche la tête baissée, et ce jour-là, revenant de l’école, il découvre une griffe. Mais pas n’importe quelle griffe. Une griffe énorme, grosse comme un couteau ou une serpe. Il la range délicatement dans son sac et franchit la porte de la tour où il habite en compagnie de sa mère Christelle, shampouineuse.

Trois gamins, des adolescents ou en passe de l’être, telle Chafia qui, à douze ans, est déjà bien proportionnée devant et derrière, et les deux grands qui ne manquent pas de se moquer de lui, l’interpellent lui parlant en verlan. Mais peu lui chaut, il a hâte de rentrer chez lui, et en attendant sa mère, il examine sa griffe. Ce n’est pas la première fois qu’il découvre un tel objet incongru sur ce parking, mais là il s’agit d’une pièce de choix, d’une pièce unique dont il aimerait bien connaitre l’origine.

Comme souvent depuis quelques temps, Fabien va manger seul, Cristelle ayant rendez-vous avec un ami. Elle est divorcée et le père est parti un beau ( ?) jour en claquant la porte.

La nuit Fabien entend des bruits bizarres dans l’escalier, des Vroupp, des Rrraaac, des Flaaatchhh, comme si une animal pesant descendait l’escalier. Et il aperçoit derrière les vitres de sa fenêtre une libellule immense, d’au moins un mètre d’envergure.

Un matin, grand remue-ménage sur le parking. Un homme vitupère, sa voiture a été écrasée, comme si un météorite était tombé dessus. Pourtant rien aux alentours. Et Fabien distingue sur le bitume une sorte de décaissement circulaire. Pas très profond, mais quand même, il le sent sous ses pieds.

De quoi l’asphyxier et d’ailleurs ceci ne manque pas de se produire. Il a beau utiliser son dilatateur, rien n’y fait et son professeur inquiet lui ordonne de rentrer chez lui. Sa mère inquiète demande au toubib de passer et Fabien est quelque peu soulagé, mais cela n’est que temporaire. Au bas de l’escalier un vieux monsieur en fauteuil roulant lui demande de pousser son « carrosse » dans la cage de l’ascenseur. L’homme, d’origine étrangère, ne vit dans l’immeuble que depuis quelques mois, et il occupe seul le quatorzième étage de la tour. Fabien est invité à lui rendre visite, une visite qui sera fructueuse pour ses bronches et son appétit de découvertes.

 

Ce court roman destiné aux adolescents à partir de douze ans, est plus qu’une simple fantaisie fantastique dans un univers onirique.

En effet, outre les démêlés de Fabien avec sa maladie, et sa solitude quelques soirs par semaine, sa mère préférant se rendre au restaurant avec un ami qu’il ne connait pas, un message est inclus dans l’intrigue.

Si les gamins de la cité se conduisent en petits voyous pas très méchants sauf par la parole, si une gamine est déjà une véritable bombe à retardement, ce sont les deux personnages clés qui gravitent dans cette histoire qui sont importants, outre Fabien.

D’abord l’homme à la voiture écrasée, qui se révèlera être un chasseur raciste ayant traqué, et abattu, des animaux en Afrique, et l’homme au fauteuil roulant qui prône la conservation de la nature, faune et flore africaines. Un antagonisme qui ne peut que dégénérer. Et pour bien faire passer ce message, rien de mieux que d’y intégrer une dose de fantastique dont on se demande s’il s’agit d’un élément réel ou d’images virtuelles nées dans l’esprit de Fabien. Car le lendemain de la découverte de la griffe, il ne reste plus que de la poussière dans son sac.

Fabien est un gamin solitaire, par force, timide, réservé, et dont l’imagination débordante peut lui jouer des tours. Mais est-ce seulement son imagination qui l’entraîne dans cette aventure ?

Et il faut se méfier, car Jean-Pierre Andrevon possède l’art de faire monter le suspense et de l’entretenir avec simplicité tout en laissant le champ libre à toutes les possibilités.

 

Jean-Pierre ANDREVON : Le parking mystérieux. Illustrations couverture et intérieur : Siro. Collection Les Fantastiques. Editions Magnard Jeunesse. Parution le 5 juin 1997. 112 pages.

Réédition Editions Seine. Collection Maxi Poche Jeunesse. Parution le 4 janvier 2009.

ISBN : 978-2210977488

 

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3 octobre 2018 3 03 /10 /octobre /2018 05:25

Pose les deux pieds en canard
C'est la chenille qui se prépare
En voitur' les voyageurs
La chenill' part toujours à l'heure

Giova SELLY : Gaufres, manèges et pommes d’amour.

C’est l’effervescence sur la place du village. Les forains sont arrivés et montent les attractions pour la plus grande joie des badauds. C’est dans cette ambiance laborieuse mais joyeuse que Vanessa et ses parents, qui possèdent le manège très prisé de la Chenille, vont s’installer pour quelques jours.

Vanessa, quatorze ans, est pressée de retrouver sa cousine Sandrine dont la mère tient un stand de gaufres et autres sucreries. Mais la profession de forain, c’est comme une grande famille qui se retrouve selon les pérégrinations des uns et des autres, selon les villes où ils se produisent. Tout le monde connait Vanessa, et certains n’hésitent pas à lui dire qu’elle va retrouver Christophe.

Christophe, elle l’avait oublié. Pas assez mature pour elle, trop peu hardi. D’ailleurs lorsqu’elle le retrouve, il est en train de jouer seul aux échecs au lieu de monter dans les haubans pour aider son père. Elle n’a peur de rien, n’a pas froid aux yeux, et le démontre lorsque l’occasion requiert ses services.

Le lendemain, alors qu’elle est chargée de l’approvisionnement dans une grande surface, et qu’elle stationne au rayon des disques, elle aperçoit un ado subtiliser un CD, le cachant sous ses vêtements. Elle pense lui sauver la mise en payant à sa place l’objet à la caisse, mais Emilien, tel est le nom du chapardeur, rejoint ses copains, légèrement en colère. Il devait passer un test afin d’intégrer une bande de la cité.

Le soir, cette même bande rôde auprès des manèges et Emilien saute dans une nacelle de la Chenille alors qu’elle se met en route. Vanessa n’écoutant que son courage et une grande part d’inconscience le rejoint et s’assied près de lui, réclamant l’argent du ticket. Emilien ne peut que s’exécuter mais Vanessa est troublée par ce beau jeune homme qui ose braver les dangers. Quant à Emilien, il est en colère car il vient de louper une fois de plus le test d’entrée dans la confrérie des petits voyous de la cité.

Dans cette ambiance festive, Vanessa va se trouver au cœur d’une bagarre entre deux bandes de jeunes, toujours prêts à en découdre, et contrairement à l’idée qu’elle s’en faisait Christophe va se lancer à sa rescousse, puisant son courage pour voler au secours de sa belle, même si celle-ci le dédaignait et se moquait de lui.

 

Un regard porté sur les voyous des cités qui défient la morale, jusque dans les petites villes, et le courage d’une gamine qui tombe amoureuse, du moins elle le croit, tel est le sujet de ce court roman destiné aux adolescents et préadolescents à partir de dix ans.

Un regard porté sur la jeunesse actuelle mais sans violence par Giova Selly avec une certaine tendresse, mais sans concession. L’histoire décrite pourrait se passer chez vous, mais elle est édulcorée car souvent la violence et les dégâts en résultant sont beaucoup brutaux, s’accompagnant de dégradations.

C’est également un mini-documentaire sur le travail des forains vu de l’intérieur. Juste une approche, mais intéressante pour les gamins qui ne connaissent pas l’envers du décor.

Bref, une histoire gentillette à mettre sous tous les yeux et qui aborde des problèmes de société, sans vouloir être moralisateur, avec réalisme.

 

Giova SELLY : Gaufres, manèges et pommes d’amour. Collection Toi + Moi = Cœur N°702. Editions Pocket Junior. Parution 1er février 2001. 120 pages.

ISBN : 978-2266104289

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26 septembre 2018 3 26 /09 /septembre /2018 06:47

Une histoire, deux lectures.

Henri VERNES & Gérald FORTON : La piste de l’ivoire.

Présenté comme la cent-unième aventure de Bob Morane et paru en volume en 1970 sous le numéro 101 dans la collection Pocket Marabout, cette histoire avait bénéficié d’une publication en bande dessinée entre le mois d’août 1962 et le mois de février 1963 dans le magazine Femmes d’Aujourd’hui.

Sur un scénario d’Henri Vernes, Gérald Forton assumait la partie dessins en noir et blanc. Le nom de Gérald Forton n’est pas inconnu des amateurs de bandes dessinées, car outre le fait d’être le petit-fils de Louis Forton, le créateur des Pieds Nickelés, il a publié dans de nombreux supports pour la jeunesse dont le Journal de Spirou, réalisant soixante neuf histoires de L’Oncle Paul à partir de 1952 (il a alors vingt-deux ans) mais également pour Le Journal de Tintin, Vaillant, Pilote, Pif Gadget, il participé également à d’autres aventures, cinématographiques notamment, comme scénariste-imagier pour Toy Story 1.

 

Les deux versions sont donc réunies dans ce volume mais comme il s’agit d’une publication poche, il vaut mieux posséder de très bons yeux pour en apprécier les phylactères et les lignes du scénario. Toutefois le collectionneur pourra toujours essayer de se procurer la version album parue aux éditions Deligne en 1979.

 

Il faut toujours tenir ses promesses. C’est l’amer constat qu’effectue Bill Ballantine, l’Ecossais géant roux obligé de déguster son chapeau, après toutefois une petite préparation aux oignons et à la sauce tomate, pour avoir déclaré que si lui et ses compagnons arrivaient à attraper Zourk, il mangerait son couvre-chef. Mais pourquoi et comment en est-il arrivé à cette extrémité dommageable ?

Alors qu’ils parcourent les savanes du Tanganyika afin de prendre en photos des animaux sauvages, Bob Morane et son ami Bill Ballantine se trouvent à manquer de pellicules. Ils arrivent dans un petit village, Usongo, qui possède un magasin ancêtre des grandes surfaces, modèle réduit, qui propose aussi bien des armes, des lampes tempêtes, de l’alimentation, et heureusement des pellicules photos.

Six individus qui consomment au bar se moquent des deux aventuriers et les échanges verbaux s’enveniment. Le boutiquier prévient les deux amis que le chef de bande se nomme Tholonius Zourk et est un redoutable chasseur d’éléphants. La bagarre qui s’ensuit tourne à l’avantage de Bob Morane et Bill Ballantine qui prennent une chambre à l’hôtel local.

Le lendemain ils aperçoivent Zourk et ses camarades quitter le village à bord d’un Land-Rover. Eux-mêmes reprennent la route à bord de leur GMC et en cours de route décident de prendre quelques clichés de rhinocéros et autres animaux. Ils entendent un coup de feu tiré au loin ce qui fait fuir les rhinocéros en train de batifoler. Ils se font apostropher par un jeune homme placé dans leur dos qui leur signifie rudement que la chasse est interdite. Ils plaident leur bonne foi mais devant l’injonction de leur interlocuteur de filer en laissant leurs armes, une méprise car il ne s’agit que d’une caméra spéciale que tient Bob, Bill Ballantine se rebiffe. Le jeune homme perd son chapeau et ils se rendent compte avec stupeur qu’il s’agit d’une jeune fille. Ann Kircher démontre que celle qu’il avait inconsidérément qualifiée de minette pratique les arts martiaux avec maestria.

Ann Kircher est la fille du garde-chasse local, un conservateur de gibier chargé de préserver la faune. Le malentendu est rapidement effacé, mais à nouveau des coups de feu se font entendre au loin. Les Kasongos attaquent l’habitation paternelle pense aussitôt Ann. Tout le monde en voiture, Bob Morane au volant de leur GMC et Ann à celui de son véhicule tout terrain. Effectivement, ce qu’Ann avait prédit se produit et ils arrivent à temps, quoique, apparemment, les Kasongos n’ont guère de cœur à l’ouvrage.

Mais leur aventure n’est pas finie. Si effectivement Bob Morane et Bill Ballantine parviennent à s’emparer de Zourk qui dirige les indigènes, ce qui vaut l’épisode mémorable de dégustation de chapeau, celui-ci parvient à s’échapper. Ensuite c’est au tour des deux compères d’être enfermés dans une case par les Kasongos. Grâce à un subterfuge ils s’échappent et retrouvent Ann et son père.

Ann et ses deux compagnons sont à nouveau poursuivis par les Kasongos, Zork à leur tête. Ils suivent trois éléphants, dont un semble mal en point, qui entrent dans une caverne nichée sous une cascade. La terre tremble. C’est le Viraronga, un volcan, qui se réveille, et un feu de brousse se propage.

 

La Piste de l’ivoire est un pur roman d’action et d’aventure, et cet épisode n’intègre pas, comme c’est souvent le cas, d’éléments fantastiques. Pas d’animaux fabuleux, mais la faune sauvage de la savane. Une intrigue mouvementée au cours de laquelle Bob Morane et ses compagnons risquent à plusieurs reprises leur vie, mais leur force de caractère, leur volonté, et une bonne dose de chance leur permettent de braver les éléments et les hommes. Cette histoire est également l’occasion de pointer du doigt les chasseurs d’éléphants et de rhinocéros, des pilleurs d’épaves qui n’en veulent qu’à l’ivoire, denrée fort recherchée pour diverses raisons mercantiles.

Lors de l’écriture du scénario en 1962, le Tanganyika venait d’obtenir son indépendance, le 9 décembre 1961 exactement, et à aucun moment Henri Vernes n’émet un commentaire désobligeant envers cette toute jeune nation. Tout juste s’il se permet d’affirmer que les indigènes ne souhaitaient pas être civilisés, les Pygmées principalement. Mais il reconnait, lors de la rencontre entre Bob Morane et le chef de l’état, qui n’est pas nommé, que celui-ci est un homme affable, compréhensif, désirant aider son quémandeur, se montrant en tous points courtois et diplomate.

Henri VERNES & Gérald FORTON : La piste de l’ivoire.

L’épilogue du roman diffère légèrement de celui de la bande dessinée, mais Henri Vernes a rectifié quelques détails lors du passage de la BD en roman, sans que cela soit préjudiciable pour l’un ou l’autre version.

Henri VERNES & Gérald FORTON : La piste de l’ivoire.

Henri VERNES & Gérald FORTON : La piste de l’ivoire. Collection Bob Morane 2030/101. Editions Ananké. Parution 4 mars 2005. 202 pages.

ISBN : 978-2874181221

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20 septembre 2018 4 20 /09 /septembre /2018 05:57

Il est Hypperbone, si je puis dire !

Jules VERNE : Le testament d’un excentrique.

En ce vendredi 3 avril 1897, règne une effervescence inhabituelle dans Chicago. Un char tendu de draperies d’un rouge éclatant traverse la ville, accompagné de toutes les personnalités de la cité, hommes politiques, journalistes, riches entrepreneurs, et combien d’autres invités à défiler, précédés d’orchestres et d’orphéons, salués par une foule nombreuse estimée à plusieurs centaines de milliers d’individus, tous sexes et âges confondus.

Les applaudissements fusent, il règne une espèce de joie diffuse, dont l’origine est pourtant mortuaire. Il s’agit de se rendre après quelques heures de marche jusqu’au cimetière d’Oakswoods, la plus grande et la plus célèbre nécropole chicagoise afin de procéder à l’inhumation de William J. Hypperbone.

A peine âgé de cinquante ans, ce milliardaire qui avait bâti sa fortune en spéculant sur les terrains immobiliers, est donc conduit à sa dernière demeure, un mausolée véritable petit palais où même est prévue une salle à manger avec tout ce qu’il faut pour se sustenter, vivres y compris.

Mais le plus curieux réside dans ce fameux testament qui va être lu devant une nombreuse assemblée. Passionné du noble Jeu de l’Oie au sein de son cercle, les Club des Excentriques, il a imaginé que six concurrents désignés au sort participeraient à un immense Jeu de l’Oie organisé selon les règles du dit jeu, les différents Etats composant les Etats-Unis figurant les cases de ce jeu. Et l’Illinois, état dont Chicago est la capitale, représenterait les cases où figure l’Oie. Mais tout est expliqué en détail dans ce roman ludique. Le vainqueur recevant la coquette somme de soixante millions de dollars.

Et c’est ainsi que sortis d’un chapeau, maître Tornbrock, notaire, et George B. Higginbotham, le président du club, révèlent le nom des heureux candidats à cette course déterminée par deux dés, avec six millions de dollars de récompense à la clé pour le vainqueur.

Il s’agit de Max Réal, artiste peintre paysagiste de vingt-cinq ans qui commence à posséder une certaine renommée. Il est célibataire et adore sa mère, sentiment partagé réciproquement. Il se verra accompagné par un jeune noir, Tommy qui rêve d’être son esclave afin de ne plus avoir de problèmes financiers.

Tom Crabbe, boxeur, champion hors normes, puisqu’il peut avaler jusqu’à six repas par jour ce qui ne l’empêche pas de démolir ses adversaires. Mais la tête pensante est son entraîneur, John Milner, qui l’accompagne partout, et est son porte-parole officiel. Un couple figurant la tête et les jambes.

Herman Titbury, quarante-huit ans. Petit banquier et prêteur sur gages marié avec une maritorne, sorte de dragon femelle. Le couple s’entend bien dans l’avarice, ce pourquoi ils n’ont pas eu d’enfant.

Harris T. Kimbale, journaliste, chroniqueur en chef de La Tribune. Trente-sept ans, célibataire, et fort estimé de ses confrères, qui se promet bien de ramener des articles sensationnels.

Lissy Wag, jeune femme de vingt et un ans, est sous-caissière dans un grand magasin. Elle partage son petit appartement avec Jovita Foley, vingt-cinq ans, vendeuse dans le même magasin.

Hodge Urrican, cinquante-deux ans, célibataire, officier de la marine des USA, en retraite depuis six mois et au caractère irascible et son faire-valoir qui se montre encore plus vindicatif que son mentor.

Mais un codicille figure en fin de ce règlement. Un septième candidat est prévu pour participer à ce jeu. Il s’agit d’un inconnu dont le patronyme n’est pas dévoilé. Il s’agit d’un certain XKZ et bien malin serait celui qui pourrait le décrire. Même le notaire affirme ne pas en savoir plus sur ce concurrent inédit.

Seule une femme participe donc à ce jeu grandeur nature, mais il ne s’agit que du simple hasard voulu par l’auteur, et le profil physique et psychologique de ces six candidats est plus détaillé dans le roman donc je en m’attarderai pas plus.

Le départ de ces concurrents s’échelonnera de deux jours en deux jours à partir du 1er mai 1897. C’est Max Réal qui va débuter le parcours. Il a quinze jours pour rallier Fort Riley dans le Kansas et connaître alors quelle sera sa prochaine destination qui lui sera signifiée par télégramme.

Il en sera de même pour les autres candidats qui devront se plier à plusieurs contraintes. Les voyages seront à leur charge, de même que les pénalités éventuelles, puisque certaines cases donnent lieu à paiement de primes, ou de retour en arrière. La date d’arrivée du vainqueur ne peut donc être déterminée et ce parcours peut prendre des semaines, voire des mois.

 

Jules VERNE : Le testament d’un excentrique.

Nous suivons les différents participants lors de leurs différentes pérégrinations hasardeuses. Car tout ne tourne pas comme sur des roulettes, les impondérables s’accumulent. Ainsi tandis que l’un des candidats est malade, l’autre est confronté à des grèves de cheminots, un troisième risque de la prison pour avoir inconsidérément demandé un grog au whisky dans un état qui interdit la consommation d’alcool. Ou alors un participant arrive juste au dernier moment à son lieu de rendez-vous ayant traîné en route pour admirer le paysage et allier l’utile à l’agréable.

Si certains se retrouvent, par le lancer de dés, non loin de leur lieu de départ, l’état qui est désigné jouxtant l’Illinois, d’autres sont obligés de traverser les Etats-Unis d’Est en Ouest, puis à nouveau d’Ouest en Est, ce qui occasionne non seulement des frais mais oblige à un jonglage dans les moyens de transports. Le train, naturellement, le bateau, le fiacre, le cheval et même une triplette, trois vélos en un, vont servir de moyen de transport.

Des cartes du pays sont éditées à des millions d’exemplaires afin que le bon peuple puisse suivre les déplacements des concurrents. Une curiosité naturelle, mais comme il s’agit d’un jeu, les parieurs sont nombreux. Chaque candidat se verra donc affublé d’un dossard fictif, une sorte de petit drapeau qui personnalisera sur les états concernés leur position.

Et, le lecteur s’en doute, l’épilogue se termine un coup de théâtre final, propre au roman populaire, alliant suspense et retournement de situation. Ce roman est le soixante-quatrième publié par Hetzel, d’abord en feuilleton d’abord dans Le Magasin d’éducation et de récréation puis en deux volumes en 1899.

Il ne déroge pas à la ligne de conduite de Jules Verne qui ne se contente pas de mettre en scène des personnages participants à un jeu de hasard, mais il en profite pour alimenter ses jeunes lecteurs de détails géographiques, historiques et économiques en tous genres. Les itinéraires, les villes traversées, le nombre d’habitants et bien d’autres détails qui n’apportent pas grand-chose à l’intrigue mais au contraire la ralentissent.

S’il ne possède pas le souffle épique du Tour du monde en quatre-vingts jours, qui était un pari, réaliser un voyage en un temps déterminé, il faut quand même constater que cette intrigue est un tour de force, l’adaptation d’un jeu de salon en grandeur nature.

Pour les possesseurs de liseuse, ce roman est disponible gratuitement sur le site ci-dessous :

Jules VERNE : Le testament d’un excentrique.

Collection Les intégrales Jules Verne. Editions Hachette. Parution 1979. 474 pages.

Editions Ebooks Libres et Gratuits. 460 pages.

ISBN : 978-2010055935

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10 septembre 2018 1 10 /09 /septembre /2018 10:04

Un plaidoyer pour les artistes qui devrait être lu par les ministres successifs de la Culture, mais pas que !

Dominique PEKO : La planète des Norchats.

Afin de coloniser la planète Soloma, des enfants, garçons et filles de huit ans, sont mis en condition dans une réplique dite Soloma Minor.

Ils étaient éduqués dans des pensions, mais le nouveau traitement qui leur est infligé leur convient parfaitement. Ils mangent, non seulement à leur faim, mais découvrent des denrées nouvelles, comme du lait frais, du beurre en motte et du pain fabriqué sur place. Ils découvrent des animaux amusants, les vaches par exemple.

Après avoir été accueillis par le directeur, Victor Samp, à l’attitude plaisante, ils sont divisés en groupe de seize et seront encadrés par deux jeunes guides. Axel et sa sœur jumelle Chrysoline sont affectés dans le groupe cornaqué par Diane et Valleran. Ils savent que leur séjour ne sera pas de tout repos, qu’ils rencontreront des difficultés, voire des déboires, mais l’âge et la volonté alliés à l’enthousiasme ont raison des montagnes dressées sur leur route. Et de plus, ils se lient d’amitié avec Lonart dont ils apprécient la gentillesse, et Marge, une gamine réservée.

C’est ainsi que trois années se déroulent avec de petits incidents à la clé. Axel s’étant approché de trop près des Rouges-fleurs reçoit du pollen dans les yeux. Un peu de pommade, et tout s’arrange. Des missions leurs sont confiées. Par exemple grimper au flanc d’escarpements rocheux afin de récupérer des œufs de Volubs, de drôles d’oiseaux, qui n’apprécient pas l’intrusion. Mais il s’agit d’œuvrer pour leur survie car ces œufs ne pèsent pas moins de deux à trois kilos, ce qui constitue un excellent repas roboratif.

Et puis il existe les Norchats, des espèces de gros chats mâtinés de pumas qui n’hésitent pas à les attaquer. Axel en fait l’expérience mais il parvient à se débarrasser de l’animal, qui n’était qu’une réplique de ce qui peut exister sur Soloma, la vraie. L’entraînement sportif est assez poussé, et Axel se rend compte que peu à peu il ne parvient pas à progresser. S’il est attiré par l’aventure, il possède d’autres centres d’intérêt. Il aime jouer de la musique, dessiner, et écrire des histoires.

Ses défaillances sportives risqueraient de lui coûter sa place sur le vol vers Soloma la vraie, au bout de cinq ans de stage. Et Victor Samp, le directeur, lui propose de démontrer ses capacités artistiques et il promet d’étudier le cas d’Axel auprès du comité de sélection.

 

Outre quelques références, dans le nom de certains des personnages relatifs à des auteurs de science-fiction célèbres, il s’agit bien d’un roman, sinon de science-fiction au moins d’anticipation. La colonisation d’une planète, entamée une douzaine d’années auparavant, est le but de cette aventure.

Mais au-delà des nombreuses péripéties rencontrées par les divers protagonistes choisis pour leurs capacités d’intégration, de bravoure, de débrouillardise, d’anticipation sur les événements, de résistance, c’est la résolution du directeur de donner sa chance à Axel, malgré son manque de performances sportives qui prime.

Il explique son choix d’intégrer Axel dans le groupe de départ, et le statut d’artiste qui est confié à l’adolescent est une revanche pour le directeur. Auparavant Victor Samp lisait beaucoup mais il a été brimé, car il fallait privilégier l’utile à l’agréable. Et il ne veut pas d’une nouvelle civilisation sans artiste malgré l’avis de l’ordinateur.

Nous allons fonder une nouvelle civilisation là-bas. Une civilisation sans artistes est-elle viable ? J’ai répondu non. L’ordinateur a dit oui, mais il est l’enfant d’une civilisation technologique où l’artiste est nié. Sa réponse n’est donc pas valable.

Et il enchérit :

Vois-tu, lorsque j’étais adolescent j’ai énormément lu, et des livres que presque personne ne lisait : des romans, des poèmes, écrits il y a un siècle ou deux ; car maintenant plus personne n’écrit. On tape sur des claviers, on fait s’animer des lettres sur un écran, on emplit des fiches, mais on n’écrit plus. Plus personne n’a l’imaginaire ouvert sur l’inutile, qui est simplement beau, mais c’est énorme, c’est l’essentiel. De nos jours l’imagination doit être rentable sinon on l’étouffe.

Il s’agit bien d’un plaidoyer, publié en 1982, pour la culture, pour le statut d’artiste, pour la musique, la peinture, l’écriture. Nul doute que nos politiciens devraient s’inspirer de ce roman pour mener une politique qui ne soit pas préjudiciable à la Culture, même si beaucoup pensent que le pragmatisme prévaut sur la rêverie.

 

Dominique PEKO : La planète des Norchats. Collection Bibliothèque Verte. Editions Hachette. Parution 15 avril 1982. 156 pages.

ISBN : 9782010087899

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24 août 2018 5 24 /08 /août /2018 07:36

Un Basque chez les Sioux.

Joseph PEYRE : Cheval Piaffant.

Contrairement à ce que pourrait laisser supposer le titre de ce roman, Cheval piaffant n’est pas un étalon gambadant allègrement dans un pré ou un enclos mais le surnom qui lui a été donné par des amis Indiens.

Il s’agit de Sauveur Etchemendy, de la maison Etchemendia, né la nuit de Noël 1829 dans le petit village d’Izterbéguy sis dans la riante vallée basque de Saint-Etienne-de-Baïgorry. A douze ans, il paraît en avoir seize. C’est dire s’il est musclé, fortement charpenté et est d’humeur batailleuse. Mais sa fiancée, la blonde et tranquille Kattalin, le défend en déclarant qu’il ne se bat que pour défendre les plus faibles.

Afin de le calmer, et écoutant les conseils du curé, Kochepa, la mère de Sauveur décide de l’envoyer en haute montagne passer l’été en compagnie du troupeau familial. Une idée comme une autre car le cadet de la maison Etchemendia, voyant les béliers s’affronter, s’exerce au lancer et au lever de grosses pierres, en compagnie des autres jeunes bergers. Et il manie le bâton de berger comme d’une arme redoutable.

Et cette propension à se mêler de ce qui ne le regarde pas lui joue un mauvais tour. S’interposant dans une rixe opposant un vieux maquignon-contrebandier à des bohémiens, qui au Pays Basque ont mauvaise réputation, Sauveur laisse sur le carreau l’un des agresseurs. Mortellement blessé pense-t-il. Aussi il n’a plus qu’une échappatoire pour ne pas tomber aux mains de la maréchaussée, s’enfuir en Espagne puis gagner l’Amérique du Sud où il retrouvera quelques représentants de la communauté basque. Il réalise ainsi, plus vite qu’il pensait et dans des conditions peu avantageuses, cette idée de partir aux Amériques et gagner le pactole, ainsi que l’ont fait quelques-uns de ses ancêtres.

Il embarque comme passager clandestin sur un voilier cap-hornier, mais découvert il est obligé de gagner son voyage et sa pitance en servant d’homme toutes-mains. Toujours aussi ombrageux, il démontre sa force en boxant son voisin de hamac, exploit qui attire les compliments des autres marins et du capitaine. Toutefois Sauveur refuse la proposition de continuer le voyage sous d’autres cieux et préfère débarquer à Buenos Aires.

C’est le début des pérégrinations du Basque qui devient gaucho en Argentine, puis il fait la connaissance de compatriotes, les suivant dans leur périple jusqu’en Californie, en franchissant à dos de cheval les Andes, devenant chercheur d’or dans cet état qui vient d’adhérer à l’Union américaine (devenue les Etats-Unis), découvrant quelque pépites mais se faisant spolier à cause d’ingestion immodérée d’alcool écossais ou irlandais, lui qui n’est habitué qu’au vin rouge, devenant berger chez les Mormons, une fonction qu’il maîtrise fort bien même s’il est un peu vantard, mais le blizzard l’oblige à gagner l’Est et abandonner son emploi, puis à combattre les loups blancs, devenant le défenseur d’un vieux bison blessé. Un exercice de bravoure que peuvent observer les Sioux ébaubis et il rencontre un Cherokee, qui fait partie du campement et est né le même jour que lui, un soir de Noël. Sauveur se lie d’amitié avec quelques-uns des Indiens grâce à sa force, son courage, et son désir d’intégration mais celui de retourner au pays et de se retrouver sa fiancée Kattalin, à laquelle il pense souvent, est freiné car il n’a pas un sou vaillant en poche. Et c’est ainsi qu’il sera surnommé Cheval piaffant, à cause de sa fougue et de son courage.

 

Telle est une partie de l’histoire de Sauveur Etchemendy, vantard, hâbleur, orgueilleux, bravache, mais attachant, prompt à défendre les plus faibles contre leurs oppresseurs.

Natif du Béarn, Joseph Peyré a beaucoup écrit sur sa région et le Pays Basque, montrant les hommes et les femmes tels qu’ils sont, sans en faire l’apologie mais démontrant leur courage, leur esprit de conquête, ainsi que leur attachement au pays lorsqu’ils en sont éloignés.

L’éducation de Sauveur, c’est le curé qui la lui prodiguera, mais il ne s’agit pas de prosélytisme, seulement de lui faire connaître l’histoire de son pays et de ses ancêtres, lorsque ceux-ci parcouraient le monde et découvrant l’Amérique, Terre-Neuve, avant Christophe Colomb.

Du père de Sauveur, il n’est guère question, parce que, au Pays Basque, ce n’est pas l’homme, c’est la femme, la maîtresse de maison, qui commande réellement.

L’histoire de Sauveur, c’est celle de nombreux migrants, s’expatriant par goût de l’aventure, par obligation aussi, et sans ces migrants, bien des avancées sociales, bien des découvertes, bien des amitiés n’auraient pu n’auraient pu se réaliser. Mais en toutes circonstances, il faut raison garder, et savoir se contenter de ce que l’on possède et de ce que l’on sait faire :

Sauveur, l’or est trop cher pour nous. En Amérique comme chez nous, je m’en rends compte, notre fortune, à nous Basques, est dans la laine des brebis.

Et se méfier aussi des idées préconçues trop souvent propagées :

Les Blancs, vous êtes tous pareils. Pour vous, les Indiens sont des sauvages avides de guerre, de sang, et de supplices, alors que c’est tout le contraire. Nous ne renverserons jamais cette légende, qui nous a fait et nous fait encore tant de mal.

Une leçon donnée par le Cherokee à Sauveur qui saura en tenir compte. Malheureusement, il est, était puisque cette histoire se déroule dans les années 1850, peut-être le seul à accepter que les Indiens n’étaient pas des sauvages, des êtres non civilisés tels qu’ils furent dépeints dans bons nombres d’ouvrages et de film à la gloire du Blanc colonialiste.

 

Joseph PEYRE : Cheval Piaffant. Illustrations de Paul Durand. Collection Bibliothèque Verte N°161. Editions Hachette. Parution 2e trimestre 1960. 254 pages.

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