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16 août 2020 7 16 /08 /août /2020 12:54

Non, non, rien n’a changé, tout, tout a continué…

Christopher STORK : Les enfants du soleil.

Tout comme le roman noir, le roman de science-fiction est l’un des vecteurs de thèmes empruntant à l’actualité, dénonçant certaines dérives, les exploitant dans une extrapolation d’avenir.

Cette chronique écrite en décembre 1987 n’est pas tombée dans l’obsolescence, au contraire. D’ailleurs certains savants poussent depuis des décennies des cris d’alarme.

Comment subsister si la couche d’ozone, qui sert d’écran, est vitale en ce sens qu’elle nous protège des agressions du soleil.

Christopher Stork, pseudonyme commun à Stéphane Jourat et José-André Lacour, nous décrit ce qui pourrait arriver après, et une nouvelle race d’êtres humains se substituer à celles existantes, à cause des impératifs vitaux.

Eternel problème de ceux qui savent mieux que d’autres s’adapter aux exigences de la nature.

Christopher STORK : Les enfants du soleil. Collection Anticipation N°1588. Editions Fleuve Noir. Parution novembre 1987. 192 pages.

ISBN : 2-265-03717-6

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15 août 2020 6 15 /08 /août /2020 08:27

Un Sou, c’est un Sou !

Jean LAUNE : Torpédos en Java.

Grâce à son ami Lu qui émarge au Koung An Pou, le Service de contre-espionnage chinois, Sou espère pouvoir échapper aux remous de la Révolution Culturelle qui agite l’Empire du Milieu sous la domination de Mao. Lui-même responsable d’une section des Affaires Etrangères, Sou n’accepte plus les conditions sociologiques et politiques dans lesquelles il se retrouve. D’autant que Lu se montre convaincant dans ses propos.

Sou espère rejoindre Hong-Kong puis un pays où la démocratie n’est pas un vain mot. Muni de microfilms récupérés lors d’un voyage en Albanie, il attend que Lu lui facilite le passage, la traversée de la Rivière des Perles pour rejoindre Kowloon. Dans la nuit il distingue les miradors. Une salve est tirée, mais pas dans la direction prévue. Sou comprend que son ami Lu l’a trahi. Il le tue d’un coup de couteau, lui prend ses papiers et s’enfonce dans la rizière.

Il parvient, après quelques périples, à rejoindre Djakarta, la capitale de l’Indonésie dans l’île de Java. Il s’installe dans un hôtel miteux tenu par Ping un Chinois borgne (comme l’hôtel ?) puis il se rend à l’ambassade du Portugal où il rencontre le capitaine Moreira de Andrada. Les discussions sont assez difficiles, d’autant que la somme exigée est conséquente. 400 000 dollars qui lui permettront de s’exiler dans un autre pays, loin de la Chine. En contrepartie l’attaché d’ambassade demande un échantillon des documents. Une lettre adressée à Tchou, son nouveau nom d’emprunt, lui est remise par l’hôtelier et comme la suscription est en anglais, Ping la lui traduit. Un certain King lui donne rendez-vous au Musée, dans la salle des porcelaines. Il est abordé par un individu qui l’appelle par son véritable nom. Il réagit immédiatement, bouscule son agresseur potentiel et s’évanouit dans la nature.

Le Portugal ne peut débourser une telle somme et le capitaine Andrada fait appel aux services spéciaux australiens. Hank Turnbull, le directeur du service, envoie sur place deux de ses Torpédos. Roy Gilroy, appelé familièrement Gil, et Chess qui doit lui servir de couverture. Gil embauche un jeune conducteur de betjack débrouillard pour le mener en différents endroits de la ville, puis il va lui confier la mission de retrouver Sou en lui fournissant une photographie.

Si Sou se doute qu’il est suivi depuis son départ de Chine par agents des services secrets chinois, Gil lui l’ignore. Et c’est ainsi qu’il se retrouve par hasard dans le même taxi que Yung-mei, une charmante jeune femme qui se produit comme chanteuse dans un cabaret qui lui a été enseigné. Yung-mei ne ménage pas ses charmes auprès de l’Australien mais Chess veille au grain. Et lorsque son compatriote est en mauvaise posture Chess la doublure l’extraie des ennuis dans lesquels il s’est fourvoyé.

Un véritable jeu de piste entraîne les divers protagonistes dans une course effrénée, avec morts d’hommes à la clé.

 

Roman d’espionnage classique, Torpédos en Java dont on comprend mieux le titre lorsque l’on sait que les contre espions australiens sont ainsi surnommés et que l’île de Java sert de décor, utilise les clichés de l’époque. Les microfilms, un personnage désirant fuir un régime politique, l’espionne femme fatale qui boit trois whiskys sans perdre sa lucidité, l’agent spécial qui allume une cigarette au mégot de la précédente. Par exemple. Toutefois la Chine et surtout la présence d’agents australiens changent un peu des éternelles confrontations Est-Ouest.

Jean Laune, un auteur de l’Arabesque, est fort disert sur la géopolitique et décrit, peut-être grâce aux encyclopédies mises à sa disposition, avec nombre de détails la région, surtout la ville de Kowloon, les mœurs et coutumes, et emploie de nombreux mots du dialecte local dont il donne la traduction immédiatement.

Recruté par Roger Maury, qui sous le nom de Jacky Fray est chargé des relations publiques, Jean Laune est un auteur peu prolifique. Un reproche justement de Roger Maury à son encontre dans une lettre adressée à Pierre Turpin avec lequel il fut longtemps en relations épistolaires, car Jean Laune rédigeait un roman en trois ou quatre mois. Ce qui était rédhibitoire pur un auteur qui pondait un roman en huit ou dix jours.

Mais justement ce roman fourmille de détails et l’écriture est travaillée, essayant de placer le mot juste et de définir avec pertinence le profil psychologique des différents protagonistes.

Jean LAUNE : Torpédos en Java. Collection La Cible Noire N°1. Transworld Publications-Holding. Parution 2e trimestre 1972. 192 pages.

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13 août 2020 4 13 /08 /août /2020 04:29

Même en plein été !

Paul MALONE : Neige à Miami

Keegan, ex-coéquipier et ami de Jack Fowler, agent du DEA, était sur la piste de Rodriguez, un gros bonnet de la drogue en Floride. Son décès, pense Fowler, est dû à la trahison d'un flic marron, ce qui ne manque pas dans les services de la police de Floride.

Après avoir noué contact avec Kastor, un indic, Fowler échappe de peu à une agression en automobile. Il brutalise un dealer, réfugié Cubain, qui lui apprend que l'un des flics pourris est le lieutenant Steele.

Convoqué par Rodriguez, Steele est tancé pour son initiative avortée à l'encontre de Fowler. Des menaces pèsent sur Molly, la veuve de Keegan. Fowler parvient à démontrer que Steele et Rodriguez possèdent des comptes bancaires à Nassau, aux Bahamas.

Kastor est enlevé par Steele et ses hommes et parle sous la torture. Fowler échappe de justesse à un guet-apens monté par les flics pourris et se rend à Nassau. Glass, un agent de l'IDS, le met en relation avec un intermédiaire dépendant d'Ornelas, le cousin de Rodriguez, auprès de qui il se fait passer comme le représentant d'un trafiquant, et d'une employée d'une banque locale qui lui fournit des preuves comptables.

Steele faxe la photo de Fowler à Ornelas. Le dealer monte un attentat à l'encontre de l'agent fédéral mais celui-ci s'en sort pour tomber... entre les mains de policiers véreux.

Glass le délivre et les deux hommes se heurtent à Ornelas. Le cousin de Rodriguez succombe et Fowler regagne Miami. Une expédition comprenant divers services de police est organisée chez Rodriguez. Steele qui, convoqué par le Colombien, avait abattu celui-ci, décède ainsi que ses hommes sous les balles des représentants des forces de l'ordre.

 

Ce roman nous entraine hors des scénarios habituels de la série Supercops et propose une classique histoire de lutte entre membres de l'antidrogue et de dealers.

Le style de Paul Malone, sa manière d'enchainer son récit font penser à Marvin H. Albert et à certains de ses ouvrages sur la pègre. La violence et les scènes de sexe sont plus diffuses, pour ne pas dire inexistantes, que dans les autres romans de cette collection. Mais il ne faut pas s’y fier, car sous le nom de Frédéric Braun (Fredric Brown ?) se cache Stéphane Bourgoin, un spécialiste de la supercherie.

Traduit dans une autre collection, Neige à Miami aurait peut-être plus attiré l'attention des critiques et chroniqueurs et par voie de conséquence, les lecteurs.

 

Paul MALONE : Neige à Miami (Trigger pull-agent - 1991. Traduction de l'américain : Frédéric Braun). Collection Supercops N° 19, Série DEA N°1. Editions Fleuve Noir. Parution 1er mai 1995. 218 pages.

ISBN : 978-2265055711

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12 août 2020 3 12 /08 /août /2020 04:29

Perry c’est Périsset !

Michel PERRY : Les feux du printemps

Lors des vacances d’été, Gilberte et Guy, le frère et la sœur, ont l’habitude de se rendre chez leur tante à la villa Mi-Ra-Sol, à Hyères. Ils sont rejoints par leurs cousins Aliette et Serge. Ils ont à peu près dix-huit ans ou vingt ans, le bel âge. Tante Adé est une jeune fille prolongée de soixante ans mais très jeune d’esprit.

Aliette est heureuse. Elle vient de recevoir au courrier une lettre émanant de son romancier fétiche François Davrey, lui proposant une rencontre à l’hôtel Stuhart. Elle lui avait écrit en espérant une réponse mais pas forcément une rencontre. Lorsqu’elle se présente elle se trouve en présence d’un jeune homme, mais bientôt celui-ci précise qu’il n’est que le frère, Thierry. Car François Davrey, ce n’est qu’un pseudonyme derrière lequel se cache une jeune femme, Françoise Davrey. Aussitôt Aliette et Françoise sympathisent et la romancière est même invitée à la villa par mademoiselle Saint-Roman alias Tante Adé.

Françoise aime marcher en réfléchissant, et inversement, mais elle est dérangée par un ballon qui se met en travers de son chemin. Jacky, un gamin de cinq ans, est malheureux et Françoise, lui renvoyant le ballon par-dessus le muret de la propriété où il vit, lui pose quelques questions. Ce n’est pas qu’elle se montre indiscrète, mais ce gamin qui est confiné dans la villa en compagnie de Nanou, s’ennuie. Il n’a pas de maman et son père n’est pas souvent présent à ses côtés.

Tante Adé retrouve par hasard à Toulon Jean-Louis, un jeune sculpteur qui entame une carrière prometteuse. Il vit à Arles, ayant quitté son Nord natal et l’entreprise familiale, préférant s’adonner à son art, laissant son frère prendre la succession. Jean-Louis promet de rendre visite à la villa où il est reçu avec joie par les neveux qui le connaissent déjà.

Françoise s’inquiète de Jacky et elle fait des pieds et des mains pour obtenir de Nanou qu’il se rende sur la plage quelques heures, à l’abri des vacanciers. Et c’est ainsi qu’elle aperçoit un jour Jean-Louis et Jacky ensemble. Le sculpteur n’est pas content mais Nanou plaide la cause du gamin. Première surprise enregistrée par Françoise qui bientôt va en encaisser une autre.

Caren Gravet, une actrice de cinéma qui vit de l’autre côté de l’Atlantique, s’installe en toute discrétion au même hôtel que Françoise et son frère Thierry. Elle ne tient pas à signaler sa présence pour des raisons qui lui sont particulières et pas uniquement pour éviter les photographes toujours avides de clichés sensationnels.

 

L'été sera chaud, l'été sera chaud, Dans les tee-shirts dans les maillots…

Chantait Eric Charden. Et oui, l’été sera chaud et pas que dans les maillots. Dans les cœurs aussi, car des histoires d’amour se profilent à l’horizon. L’été est une saison propice à forger des liaisons et couver de tendres sentiments.

Mais l’été, c’est aussi synonyme d’orages. Car les amourettes engendrent quelques crises de jalousie, et les tensions sont plus ou moins nombreuses. Et au cœur de cette histoire, Jacky le gamin qui est isolé, d’un coup se trouve tiraillé entre son père et une mère prétendument morte qui réapparait.

Ce roman, dont la première publication date de 1962, a été quelque peu remanié pour les besoins de la réédition. Ainsi Aliette apprécie les disques de Pink Floyd. Mais comme souvent la première édition n’est pas indiquée. Encore heureux le nom de l’auteur et le titre de l’ouvrage ont été respectés. Mais dans le remaniement se glissent quelques invraisemblances.

Le cinéma, thème cher à Michel Perry alias Maurice Périsset, est abordé par la présence d’une actrice, mais l’auteur est plus prolixe sur la littérature, et principalement la littérature populaire, défendant ce que l’on appelle les romans à l’eau de rose.

Alors, vous aimez les romans de Françoise Davrey ? demanda-t-il.

Ses romans ont une fraîcheur telle qu’ils m’ont souvent donné l’impression d’y retrouver un peu de mon enfance. Et puis, ils sont si différents des contes bleus que l’on a coutume de lire !

Ça c’est vrai. Ils m’ont réconcilié avec un genre de littérature dont, à tort, je médisais.

Le rire d’Aliette sonna clair dans la pièce.

Ces romans sont-ils d’ailleurs vraiment des contes bleus ? Il me semble que François Davrey a créé un genre nouveau : le roman blanc si je puis dire.

 

Un peu plus loin, l’auteur enfonce le clou dans cette discussion entre le sculpteur, Aliette et Gilberte.

Bien entendu, attaqua Aliette, vous pensez que la littérature bleue est à ce point inférieure à la littérature tout court que vous ne devez jeter qu’un coup d’œil condescendant ? Eh bien, en ce qui concerne François Davrey, laissez-moi vous dire que vous vous êtes privé d’une joie rare.

Ma petite Aliette, je ne demande qu’à réparer ! Mais vous, Gilberte, reprit Jean-Louis, en se tournant vers a jeune fille qui, muette, suivait le débat d’une oreille attentive, quelle est votre opinion ?

Elle répondit très vite et d’un ton un peu sec :

J’estime qu’on ne doit pas classer les livres en bleu, blanc ou autre couleur. Il y a de bons et de mauvais livres, c’est tout. Ceux de Françoise sont à classer parmi les bons.

 

Certains devraient réviser leurs jugements et ne pas déclarer avec pédantisme, je ne lis jamais de romans policiers, ou de thrillers, ou encore de romans sentimentaux. Bien souvent ces genres se mêlent, se mélangent, s’interfèrent. Et l’on ne peut déclarer qu’on n’aime pas, que lorsque l’on a goûté. Mais c’est tout une éducation à refaire.

Première édition : Collection Mirabelle Sélection. Editions des Remparts. 1962.

Première édition : Collection Mirabelle Sélection. Editions des Remparts. 1962.

Michel PERRY : Les feux du printemps. Collection Ambre N°2. Editions du Guépard. Parution juin 1980. 160 pages.

ISBN : 2865270025

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11 août 2020 2 11 /08 /août /2020 03:42

Par l’auteur de L’Inspecteur de la mer, devenu Flic ou voyou au cinéma.

Michel GRISOLIA : L’été rouge.

Lorsqu’on a une mère qui ne roule pas sur l’or, loin de là, et qui aurait grand besoin de repos, le meilleur moyen est de la suppléer dans l’une des tâches qu’elle effectue pour subvenir à la subsistance de ses enfants. Et c’est ainsi que Frédéric, quatorze ans, et sa sœur Adriana, de deux ans plus jeune, sont embauchés pour distribuer des échantillons dans des boîtes aux lettres.

En compagnie d’autres jeunes distributeurs de leur âge, ils sont emmenés par la patronne de leur mère à quelques dizaines de kilomètres de chez eux, en Haute-Provence. Un petit village tout en montées, et en descentes dans le sens contraire.

Munis d’une sacoche dans laquelle sont glissés les échantillons de crème solaire, Frédéric et Adriana entame leur périple, selon l’itinéraire choisi par madame Longhi. Ils doivent respecter la consigne, c’est à dire mettre un échantillon dans chaque boîte aux lettres, sans en oublier une seule, et marquer leur passage au sol par une croix inscrite dans un rond avec des craies de couleur. Comme ça, pas d’oubli ni de doublon.

Alors qu’ils grimpent une rude montée, ils aperçoivent une maison semblant abandonnée. Puis ils entendent des cris. Ils s’introduisent dans le jardin, puis dans la bâtisse. A ce moment, en plus des cris, la détonation d’une arme à feu attise leur curiosité. A l’étage ils découvrent un couple, un homme tenant un revolver et une femme ensanglantée. C’est elle qui a poussé les cris. Elle est blessée, mais l’homme ne désirait pas la meurtrir. Du moins c’est ce qu’il prétend.

Le coup de feu et les cris ont alertés les voisins qui sont sortis de leurs maisons et se sont rassemblés. Afin de pouvoir s’échapper, l’homme entraîne la femme et les deux enfants, qui sont consentants mais ne le font pas voir. Bientôt ce sera la chasse à l’homme.

 

Cet épisode se passe en 1963, à Nice et dans ses environs. Un peu plus de trente ans plus tard, Frédéric, le narrateur, revient sur cette histoire qui l’a profondément marqué.

Les relations entre le frère et la sœur sont conflictuelles à cause du caractère d’Adriana. Elle est susceptible, soupe au lait comme l’on dit dans le langage populaire. Pourtant à certains moments leurs idées se rejoignent.

Pour Frédéric, Rochester, leur ravisseur, est un homme amoureux de Marianne, son amie blessée, jaloux aussi. Mais il est emporté et c’est probablement accidentellement qu’il a tiré sur son amie.

Rochester parlait comme certains héros, ou plutôt comme certains hommes qui, dans les films, ne sont pas supposés paraître sympathiques. C’est eux que je préfère.

Frédéric est plus mâture que son âge et peut-être est-ce pour cela qu’il analyse la situation avec une certaine indifférence. Ou qu’il ressent une vive sympathie à l’égard de Rochester.

Je n’avais que quatorze ans mais je ne me fiais déjà plus beaucoup aux apparences, je n’accordais déjà plus ma confiance aux réponses toutes faites, aux réactions qui nous viennent par facilité et par paresse, aux déclarations des adultes pour nous endormir. Il ne faut pas trop prendre les enfants pour des enfants.

Ce premier roman pour enfants de Michel Grisolia ne manque pas d’humour dans certaines situations et dialogues. Et il ne se gêne pas pour égratigner au passage sa ville natale et sa région.

Un jour, Marianne et moi, on a surpris du trafic d’animaux. De la contrebande, des trucs pas nets, entre le contremaître d’une réserve et des hommes d’affaires véreux. Vous savez ce que ça veut dire, véreux, les enfants ?

Bien sûr qu’on sait, m’sieur, a dit Adriana. On habite la Côte d’Azur.

 

 

Michel GRISOLIA : L’été rouge. Collection Vertige N°809. Editions Hachette. Parution 21 mars 1997. 192 pages.

ISBN : 9782012097117

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10 août 2020 1 10 /08 /août /2020 04:14

Quelques bonnes nouvelles d’Alfred…

Alfred HITCHCOCK présente : Histoires qui virent au noir.

L’intitulé de cet ouvrage est un peu trompeur car le grand Alfred n’est juste qu’un prête-nom, un label. Car de présentation des textes ou des auteurs, point. Mais ne boudons pas notre plaisir en découvrant, ou redécouvrant des nouvellistes connus et reconnus et des méconnus.

Et parfois, les textes de ces nouvellistes méconnus, probablement parce qu’ils furent peu prolifiques, égalent, voire dépassent, en valeur ceux de leurs confrères bien installés.

Naturellement, on retrouve avec plaisir la signature de Bill Pronzini qui nous emmène à Singapour, sur les traces d’un ancien aviateur qui, après l’accident qui a coûté la vie à son associé deux ans auparavant, a décidé de se retirer des tarmacs. Mais il suffit qu’un homme l’aborde dans un bar lui demandant instamment de l’emmener quelque part, et d’une jeune femme qui se dresse sur sa route, pour déclencher un engrenage dans lequel il va devoir déployer ses ailes.

Michael Collins nous propose une nouvelle aventure, conventionnelle, de son détective privé Dan Fortune le manchot. Le problème est bien de ne pas oublier qu’il n’a qu’un bras pour effectuer certains gestes. De ma main unique, je réussis à ouvrir promptement la porte en braquant aussitôt mon arme. Tout est dans la coordination des mouvements.

Laurence Block, autre auteur qui en général ne déçoit jamais nous présente une jeune fille de dix-sept ans qui, kidnappée, ne s’affole pas et va profiter de la situation tout en manipulant ses ravisseurs.

On retrouve également les piliers des recueils de nouvelles, des romanciers et nouvellistes qui ont eu les honneurs de collections prestigieuses, comme la Série Noire ou Un Mystère, et qui ont pour noms Richard Deming, Ed Lacy, Jack Ritchie, Jonathan Craig. Moins courant la présence de W.E.D Ross, plus connu en France, sous de multiples pseudonymes, pour ce que l’on appelle des romances à l’eau de rose, mais marinées de piquants.

Les femmes sont souvent décrites comme des blondes évaporées, mais elles savent se montrer manipulatrices aussi. Le reflet d’une époque révolue, qui n’était pas sans charme, sauf pour les féministes qui ne comprennent pas, parfois, la plaisanterie. Ainsi que penser de ce dialogue :

Vous savez, dit-elle, nous ne nous sommes pratiquement pas quittés depuis deux semaines et vous n’avez même pas essayé de m’embrasser.

Je suis un homme marié, mademoiselle. Je vous l’ai déjà dit. J’ai une femme et des enfants.

Elle fit une petite moue et me lança un regard chargé de reproches.

Je n’ai pas dit que je vous aurais laissé faire, mais vous n’avez même pas essayé. Avouez que ce n’est pas très flatteur pour moi.

C’est extrait de Import-export de W. L. Heath.

 

Sommaire :

PRONZINI Bill : La statuette de jade

DEMING Richard : Ecrémage

WASYLYK Stephen : Un petit acompte

LACY Ed : La mauvaise aubaine

CAROUSSO Georges : A l'épinglé !

COLLINS Michael : Un silence de mort

ELLIS Elijah : A feu et à sang

BLOCK : Laurence : La joyeuse kidnappée

MCKIMMEY Junior James : Un coup de pompe

HEATH W.L. : Import-export

RITCHIE Jack : Demoiselles à marier

ROSS W.E. Dan : Les perles de Li Pong

CRAIG Jonathan : Appelez-moi Nick

HOLDING James : Drôle d'endroit pour se garer

HOWARD Clark : Le gardien

SANDAVAL Jaime : L'art et la manière

Alfred HITCHCOCK présente : Histoires qui virent au noir. Editions Presses Pocket N°2367. Parution février 1987. 288 pages.

ISBN : 9782266018838

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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 07:00
DPJ6 : Une collection éphémère du Fleuve Noir.

Sous ce nom de code - “ 6ème division de Police Judiciaire ”, en langage clair, - le Fleuve Noir cache une importante opération éditoriale qui lui permet de lancer sur le marché une série policière de choc dont l’auteur n’est autre que le fameux commissaire MOREAS.

MOREAS, créateur de la Brigade Anti-Gang de Nice, patron de l’Office Central pour la Répression contre le Banditisme, déjà fiché à nos services pour ses activités de journaliste et la publication chez “ Edition N°1 ” de “ Un flic de l’Intérieur ”, “ Amour solo ”, Solo meurtrier ”, a proprement été retourné par le FLEUVE NOIR.

Selon nos indics, MOREAS s’apprête à exposer régulièrement au public des affaires traitées par le chef-Inspecteur divisionnaire MORGAIN de la DPJ6. Un flic au profil inhabituel, un complice particulièrement efficace pour MOREAS...

MORGAIN, issu d’un milieu social privilégié, masque sous sa complexité une fêlure liée au drame qui a anéanti sa famille. Ce flic dont l’humour, la tendresse et la générosité ne sont pas les moindres qualités, est toujours prompt à se ranger du côté des victimes, quitte à bousculer la stricte légalité, voire sa hiérarchie. Un personnage déroutant, poussé par un impérieux besoin de justice.

Le tandem MOREAS/MORGAIN, ces “ Flics de l’Intérieur ”, possède indubitablement les moyens de révéler aux lecteurs la véritable identité de la police : hommes, méthodes, dossiers.

DPJ6 : une arme redoutable pour les noirs desseins du Fleuve.

 

Malgré ses belles paroles la collection ne dépassera pas le numéro 6. Pourtant les histoires narrées par Moréas n’étaient pas plus mauvaises que d’autres séries ayant des brigades Antigang, ou assimilées, pour héros. Pas meilleures non plus. Le rythme de parution y est peut-être pour quelque chose, la couverture n’est guère affriolante, et trop de séries nuisent à la longue.

 

1 - Flicxation [jun-88]

2 - Un homme mystérieux [jun-88]

3 - Un été de chien [sep-88]

4 - Black Money [déc-88]

5 - Boule de neige [mar-89]

6 - Le cercueil de verre [sep-89]

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8 août 2020 6 08 /08 /août /2020 04:26

Vieille France,

Cher pays de mon enfance…

Roger MARTIN Du GARD : Vieille France.

Dès potron-minet, Joigneau se lève, s’habille en vitesse puis abandonne sa femme Mélie nonchalamment allongée dans le lit conjugal. C’est qu’il a des responsabilités, Joigneau ! Il est le facteur du village de Maupeyrou et sa journée de travail débute par la réception du courrier à l’arrivée du train en gare, sise en dehors du bourg.

En traversant la place, il rencontre Féju, le cantonnier, passe devant la boulangerie tenue par les frères Merlavigne, deux vieux garçons, puis il attend l’arrivée du wagon en compagnie de Flamart, l’homme d’équipe, avec lequel il déjeune de sardines étalées sur un morceau de pain. Et Flamart a un service à lui demander.

Le courrier réceptionné, il faut rentrer à la poste, puis apposer au dos le timbre à date du jour (d’où l’expression le cachet de la poste faisant foi), classer les plis, lettres, journaux et autres, avant de partir en tournée. Mais surtout mettre de côté les lettres dont le contenu pourrait être intéressant. Car il est curieux Joigneau, et il aime s’enquérir des petits secrets de ses concitoyens. Il lui arrive aussi d’écouter les ragots, d’être le confident des uns et des autres, de jouer les entremetteurs dans des conflits délicats, de rendre de petits services. Non sans se faire rétribuer d’une façon ou d’une autre, en piécettes, en liquide ou en nature.

C’est ainsi que nous le suivons tout au long de sa tournée, en savourant une chronique villageoise, avec pour guide touristique, pour conférencier même, ce préposé à la distribution comme l’on appelait encore les facteurs. On fait la connaissance d’Ennberg, l’instituteur marié et père de famille qui cumule la fonction obligée de secrétaire de mairie, de sa sœur qui elle aussi fait la classe, des punaises de tabernacle, du bistrotier, de la femme de Flamart qui tient un petit établissement et qui est réputée pour recevoir des clients particuliers de temps à autres, du curé et de sa sœur, et de quelques autres villageois.

Le vieux débris, officiellement monsieur de Navières, souhaite offrir à un musée ses vieux objets auxquels il attache beaucoup d’importance mais ne sont que des reliques sans valeur. Il lui remet une lettre à poster. Joigneau s’arrange une fois de plus pour récupérer un modeste gain, on n’a rien sans rien. Mais monsieur de Navières est sans le sou, et il rêve à un régime politique comme en Russie. Plus besoin d’argent, l’état pourvoie à tout.

Et puis, pour finir en beauté la journée, ou presque, les gendarmes arrivent pour régler une sombre affaire dans laquelle les Pâqueux seraient impliqués. Il est reproché au frère et à la sœur de séquestrer leur père, à moins qu’ils ne l’aient tout simplement transformé en pâture pour les vers.

 

Une journée dans la vie d’un petit village, tel est le propos de ce roman qui se décline comme des vignettes juxtaposées, le facteur rural servant de trait d’union. Une facétie qui mêle humour et ruralité mais dont le propos est plus profond qu’il y paraît.

Lorsqu’il écrivit ce roman, Roger Martin du Gard était au bord de la faillite, ce qui explique peut-être cette diatribe contre l’argent et en même tant le besoin d’en posséder.

Comme dans toutes les petites communes de France, les idées politiques sont partagées entre réactionnaires, socialistes, voire communistes, bigotes et ce mélange entraîne parfois des tensions, ou à tout le moins des jalousies et des ressentiments. Et souvent tel est pris qui croyait prendre.

 

Contraint par ses fonctions d’être secrétaire de mairie, il se tait, honteux de ce qu’il voit, dégouté de ce qu’on lui fait faire ; mais il en souffre. Ennberg a conservé, en dépit de tout, sa foi de jeune militant. Il croit, de toute son âme, à la dignité humaine, à l’égalité théorique des citoyens, au salut final, par le triomphe de la démocratie laïque, à la souveraineté du peuple, au droit qu’a l’homme de penser librement, de se gouverner, de se défendre en luttant sans répit contre un ancien régime toujours prêt à renaître sous le déguisement républicain des partis capitalistes.

Première édition : Gallimard. Parution 1933.

Première édition : Gallimard. Parution 1933.

Roger MARTIN Du GARD : Vieille France. Collection Folio N°540. Editions Gallimard. Parution 4 février 1974. 160 pages.

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6 août 2020 4 06 /08 /août /2020 04:06

Un cavalier, qui surgit hors de la nuit
Court vers l'aventure au galop…

Michael GIBSON : L’auberge du loup blanc

Ce n’est pas une nuit à sortir à cheval, et pourtant, dans la lande qui garnit la route de la corniche, un homme file au galop, au risque de se précipiter du haut de la falaise dans l’océan qui mugit en bas.

Dans ce coin de la Cornouaille anglaise, est niché le petit village de Tregavenney, entre Helston et Penzance, habité principalement par des pêcheurs. Lesquels, le soir se rendent à l’auberge du Loup Blanc, tenue par John Mitchell, le propriétaire, sa femme et ses deux garçons, David et Paul. L’établissement est situé à environ cinq cents mètres de la plus proche maison, un lieu idéal pour qui veut être à l’abri des curieux.

Les deux garçons, âgés respectivement de seize et quatorze ans, se tiennent avec leurs parents près du feu, attendant l’heure proche d’aller se coucher. Soudain, le marteau de la porte retentit. Mitchell sort de la pièce et ils l’entendent parler mais il revient peu après disant qu’il s’agissait d’un voyageur égaré.

David et Paul, qui dorment à l’étage se posent de nombreuses questions, sans pouvoir y apporter le moindre début de réponse. Toutefois ils entendent leur père parler avec quelqu’un puis peu après un individu encapuchonné s’enfuit de l’auberge. Le lendemain matin, ils sont réveillés par des bruits dans la cour. Il s’agit d’un petit groupe de gendarmes avec à leur tête le sergent Bassett.

Il est à la recherche d’un criminel qui vient de s’évader et les deux frères sont fort étonnés d’apprendre que l’homme recherché n’est autre que Kit, leur oncle, le jeune frère de leur père. Il avait été accusé de vol par un seigneur des environs qui lui-même avait hérité des biens et du domaine de son frère, décédé dans des conditions litigieuses.

David et Paul sont persuadés, à raison, que l’inconnu de la veille n’est autre que Kit qui désirait trouver refuge à l’auberge ou tout au moins un endroit où se cacher. Ils entament donc leur enquête en fouillant dans les environs du village, se rendant dans la grotte d’un ermite avec lequel ils ont lié amitié.

La nuit un mystérieux cavalier parcourt la campagne, traînant derrière lui une boule de feu, ce qui ravive la légende qui règne depuis deux cents ans sur la contrée.

Un voyageur s’installe à l’auberge du Loup blanc, un personnage mystérieux nommé Lightfoot, d’une stature imposante le faisant ressembler à un tonneau sur pattes ce qui ne l’empêche pas de démontrer une agilité incroyable et une débauche d’énergie inconcevable aux yeux de des deux gamins. Il est trop souvent sur leur chemin, les obligeant à se méfier. N’est-il point à la recherche de Kit ?

 

David et Paul vont tout faire pour aider Kit afin d’échapper aux recherches de la maréchaussée, mais ils vont devoir affronter moult dangers. Et quand David semble jeter l’éponge, c’est Paul, son jeune frère qui prend la relève, l’invectivant et l’encourageant.

Et surtout ils se mettent en tête l’idée de démontrer que leur oncle est innocent de ce qui lui est reproché. Alors il faut découvrir le véritable coupable et résoudre l’énigme du décès soi-disant accidentel du seigneur du château d’Akin-Tor, sir Brandon Chase. Son frère Barney devenant l’héritier, mais dont le caractère est totalement opposé à celui de son aîné.

 

Ce roman d’aventures historiques, l’histoire se déroule dans les années 1830 en Cornouaille, est l’exemple même du livre pour enfant qui procure découverte et plaisir de lecture.

Il fait partie de ces ouvrages qui enflamment l’imagination, et l’on pourrait le mettre aux côtés des romans de Stevenson, de Walter Scott, et autres auteurs dont certains romans furent adaptés pour les adolescents.

Un personnage mystérieux qui s’installe dans l’auberge, des apparitions nocturnes qui confinent au fantastique, un ermite dont le rôle est mal défini au départ, des grottes qui renferment des secrets, tout concourt à entretenir le suspense. Et pour les plus jeunes, une aura d’angoisse provoquant le petit frisson qui oblige le lecteur à continuer sa lecture au lieu de l’abandonner pour quelques heures.

Michael GIBSON : L’auberge du loup blanc (traduction de Thérèse Lannes). Illustrations d’Henri Dimpre. Collection Rouge et Or Souveraine N°124. Editions G.P. Parution janvier 1958. 192 pages.

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2 août 2020 7 02 /08 /août /2020 03:44

Plus dure sera la chute ?

Jean-Claude LAMART : Top niveau.

Dans les bas fonds de la ville, vivent les Loques-Traînes, les rebuts de la société, tandis qu’en haut de la tour principale siège le Maître, le Top.

Mais pour s’élever des sous-sols jusqu’au faîte de l’immeuble, il faut se battre, souvent à mort. D’ailleurs, la devise de la cité reprise par tous ceux qui veulent s’élever dans la hiérarchie, vers l’opulence et la reconnaissance de soi en tant qu’être humain, est Vaincre ou mourir.

Big Nurtling, qui se contentait volontiers de son sort, va se trouver obligé de se lancer dans la bagarre, dans la compétition, dans la course au pouvoir.

Il va même y prendre goût, lui qui au départ était un pacifiste convaincu.

 

Etres humains et clones se côtoient dans cette allégorie, dans ce roman parabole où tout nous rappelle que l’ascension d’un être humain dans la hiérarchie s’effectue dans le sang, la bagarre et la douleur.

Les miséreux en bas de l’échelle, les riches, les puissants en haut.

Et pour gravir les degrés, il faut jouer des coudes. Ceux qui parviennent ne sont pas forcément les meilleurs, mais souvent les plus rusés, les plus audacieux, les plus entreprenants, les plus magouilleurs. L’histoire de l’humanité fourmille d’exemples concrets.

Une fable moderne, actualisée et guère optimiste.

 

Jean-Claude LAMART : Top niveau. Collection Anticipation N°1708. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1989. 192 pages.

ISBN : 2-265-04189-0

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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