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10 juillet 2019 3 10 /07 /juillet /2019 04:55

Ce doit être humide dedans !

Paul VIALAR : La maison sous la mer.

A Dielette au début des années 1930, dans la falaise, existait une mine sous-marine d’extraction de minerai. Et toutes les fins d’après-midi, Flora accompagne son mari jusqu’à la mer, non loin du wharf où accostent les cargos qui embarquent le minerai amené à place par un système de bennes va-et-vient accrochées à un filin d’acier.

Flora et Lucien sont jeunes, guère plus de vingt ans et leur vie est réglée sur le travail à la mine. Ils habitent non loin, à Flamanville, et c’est le même rituel tous les soirs. Lucien rentre dans la nuit et selon la fatigue il s’occupe de Flora puis il s’endort. Flora dans la journée a toujours quelque travail à effectuer tandis que Lucien se repose béatement.

Parfois elle se promène sur la falaise, longeant le précipice, regardant vers le bas, du côté de la mer. Quant à regarder vers l’horizon, elle peut toujours même si elle sait que l’avenir est bouché, qu’ils sont condamnés à végéter. Seulement sa vie si bien rangée bascule le jour où se promenant elle est face à un bouc hargneux qui s’est mis en tête de la précipiter en bas de la falaise.

Heureusement, un homme est là, un inconnu providentiel, qui lui sauve la vie. Constant est un quadragénaire qui roule sa bosse en travaillant de ci de là, donnant un coup de main, se faisant embaucher durant quelques jours, quelques semaines. Il est libre Constant, et tient à sa liberté.

Il était vraiment libre, sans autres liens et sans autres attaches que ce qui était devenu inconsciemment devenu la règle de sa vie.

Flora tombe immédiatement amoureuse de cet homme fort, protecteur, prévenant, expérimenté, mature, sans attaches. Et ce sentiment est réciproquement partagé. Il travaille à la mine et même s’il peut coucher à l’auberge, il a découvert au cours de ses pérégrinations dans la région, une chambre à ciel ouvert. Et il l’emmène dans ce petit nid d’amour caché dans un petit îlot qu’ils peuvent gagner à marée basse. Une aiguille rocheuse semblable à l’aiguille creuse chère à Maurice Leblanc.

 

Mais Constant est depuis quelque temps l’équipier de Lucien à la mine. Ils travaillent en couple, s’entendant parfaitement. Le contremaître, afin de pallier l’absence d’ouvriers, leur confie le transport à bord des bennes. Et à cause d’un incident technique, l’un va sauver la vie à l’autre. Ils ont lié une solide amitié ignorant que l’un couche avec la femme de l’autre. Jusqu’au moment où, en discutant, Lucien apprend son infortune, Constant étant tout autant stupéfait que son équipier du forfait dont il est à moitié responsable. Flora ne lui ayant jamais avoué qu’elle était mariée.

 

Si jamais vous vous rendez à Flamanville, non loin des Pieux dans la Manche, vous ne reconnaitrez pas cet endroit aujourd’hui défiguré par la centrale nucléaire qui est édifiée sur le site, sans parler du réacteur de l’EPR deuxième génération qui connait déboires sur déboires (et coute cher aux contribuables !).

Le petit port de Diélette existe toujours et depuis 1997 un nouveau port a été adjoint à l’ancien, la commune devenant Port-Diélette. Quant à la mine de fer, elle est fermée depuis 1962.

Si Paul Vialar évoque l’époque où l’extraction du minerai de fer était en pleine effervescence, il n’apporte guère de précisions sur le travail de ceux qui travaillaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Toutefois il souligne la pénibilité de ce travail et décrit assez succinctement les galeries s'étendant sous la mer qui en rendait l'exploitation difficile du fait des infiltrations.

Il s’attache surtout à mettre en valeur les sentiments qui animent ses trois personnages principaux, et la fascination que Constant exerce sur Flora qui devient dépendante de cet homme mûr. Elle est mariée et découvre soudain un attrait auprès d’un homme différent de celui qu’elle connait, qu’elle côtoie quotidiennement. Il est d’ailleurs et tout autant Lucien que Flora, ils n’ont jamais vraiment vécu en dehors de leur lopin de terre.

Pourtant Constant, si lui aussi est subjugué par cette jeune femme qui s’immisce dans sa vie de façon brutale, n’est pas un voleur, un Don Juan, un bellâtre. Il l’aime et jamais il n’aurait pu imaginer qu’elle appartenait à un autre.

Une histoire d’amour qui ne peut se terminer que par une crise de jalousie compréhensible de la part de Lucien, alors que Constant ne pensait pas marcher sur les brisées d’un autre. La faute est à imputer à Flora qui se sent dominée par Constant, alors qu’il ne fait rien pour, et qui découvre dans ses bras la vie. Elle ne joue pas les coquettes, elle ne se sent pas coupable, elle découvre tout simplement une autre facette de la vie, de l’amour.

Une histoire simple, racontée simplement, mais qui se termine dans un drame. Un roman noir de terroir au temps où les autochtones ne connaissaient guère autre chose que leur canton, et végétaient dans un immobilisme qui ne favorisaient guère l’épanouissement.

 

Paul VIALAR : La maison sous la mer.

Ce roman a été adapté au cinéma par Henri Calef en 1946, sous le titre éponyme, et tourné principalement à Flamanville. Avec, dans les rôles principaux : Viviane Romance, Clément Duhour et Guy Decomble.

Paul VIALAR : La maison sous la mer. Editions J’ai Lu N°417. Parution le 1er trimestre 1973. 192 pages.

Première édition Denoël 1941.

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8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 04:36

Vous dansiez ? Et bien nagez maintenant...

Sarah DUNANT: La noyade de Polichinelle.

Détective privée, Hannah Wolfe vit de petites enquêtes qui ne la passionnent que moyennement. De temps en temps son ami Constant, lui-même directeur d'une agence, lui propose une affaire, par amitié. La surveillance dans de grands magasins ou la recherche de personnes disparues.

Justement, une vieille dame s'inquiète. Depuis deux mois, elle n'a plus de nouvelles de Carolyn, une jeune fille qu'elle a en partie élevée et à qui elle a inculqué l'amour de la danse, ayant été danseuse elle-même. Elle n'a pas reçu sa carte postale mensuelle, une défection qui n'est pas dans les habitudes de Carolyn, même si celle-ci n'envoyait que de petits mots succincts, au texte banal et mensonger.

Après une rapide enquête dans les milieux de la danse, Hannah se trouve dans une impasse. Carolyn, après un accident à la cheville, a vu sa carrière compromise, puis elle a navigué dans de petites troupes, descendant peu à peu le pente. Hannah est sur le point d'abandonner cette enquête quand le corps de la jeune fille est retrouvé dans la Tamise.

Pourtant deux faits incitent Hannah à continuer ses recherches. D'abord Carolyn était enceinte de huit mois et une parturiente ne se suicide pas lorsqu'elle est sur le point d'accoucher. Ensuite, Hannah n'avait rien trouvé de spécial au domicile de Carolyn, or les policiers découvrent, posée en évidence, un petit mot d'adieu.

Hannah, superstitieuse, se lance à fond dans cette affaire, encouragée par un client anonyme qui paie ses frais. Scott, un danseur ayant côtoyé Carolyn, lui confie que la jeune fille était partie pour Paris, suite à une petite annonce. De fil en aiguille, Hannah remonte la piste jusqu'à un certain Jules Belmont propriétaire d'une compagnie aéronautique. Agé de soixante-dix ans, marié pour la troisième fois, Belmont est un personnage difficile à approcher, toutefois Hannah arrive à forcer les barrages.

Carolyn, selon Belmont, avait été employée comme dame de compagnie de la jeune épouse malade de Belmont, qui vit près de Senlis. Selon celle-ci, Carolyn, enceinte, les aurait quittés depuis longtemps, seulement une carte postale non envoyée prouve le contraire.

Elle fait la connaissance de Daniel Devieux, le neveu de Belmont. Hannah croit que Devieux était l'amant de Carolyn. En réalité Carolyn avait été embauchée comme mère porteuse, la femme de Belmont étant stérile. Mais comme cela arrive dans bien des cas, au bout d'un certain temps Carolyn n'avait plus apprécié cet état et elle s'était échappée, retournant à Londres, où elle fut découverte morte. Devieux avait été chargé de retrouver Carolyn, mais il était arrivé trop tard selon lui. Un alibi confirmé par la tour de contrôle d'Heathrow. Hannah fait son rapport à la mère adoptive de Carolyn et elle apprend que le notaire qui soit disant l'avait embauchée n'a jamais été contacté par sa cliente. Hannah reçoit la photocopie du dossier médical de Carolyn.

Elle s'informe auprès d'un ex-amant, docteur en médecine. Le donneur étant Rhésus négatif, Carolyn aussi, il n'y avait aucun problème pour l'enfant à venir. Or Carolyn présentait des symptômes d'éclampsie, produisait des anticorps, ce que le toubib qui la suivait avait décelé tardivement.

 

Sarah Dunant aborde un sujet sensible avec délicatesse, celui de la procréation pour autrui.

Caustique, sarcastique, fière, Hannah passe parfois par des moments de déprime. Mais volontaire, courageuse, elle sait trouver les ressources physiques et morales nécessaires pour continuer ses recherches sans pour cela s'ériger en superwoman.

Et ce n'est pas parce qu'elle est célibataire qu'elle est exempte de problèmes. Hannah Wolfe, héroïne sympathique et humaine, devrait trouver une place de choix dans le cœur des lecteurs.

 

Sarah DUNANT: La noyade de Polichinelle. (Birth marks – 1991. Traduit de l'anglais par Augustine Mahé). Collection Crime. Editions Calmann-Lévy. Parution le 1er avril 1994. 272 pages.

ISBN : 978-2702120644

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4 juillet 2019 4 04 /07 /juillet /2019 03:49

Silence ! On tue…

Mildred DAVIS : Crime et chuchotements

Vouloir gagner sa vie comme maître-chanteur, cela comporte bien des aléas, et même cela peut s’avérer dangereux.

Johnny Mac Léod, qui exerçait ses talents dans la petite ville de Highlands, près de New-York, en fera l’amère expérience.

Une main anonyme lui plantera une nuit un pic à glace dans le cœur, genre de traitement auquel un individu résiste rarement. Pourtant Johnny aurait dû se douter que cela finirait mal un jour.

Maman Mac Léod ne peut laisser ce crime impuni et même si son fils était un maître-chanteur, elle estime qu’il ne devait pas périr de cette façon et si prématurément.

Alors elle s’installe, elle s’incruste sans vergogne chez les différents clients de son fils. Bientôt ses soupçons se portent sur Stacy, une jeune fille de bonne famille qui s’est fiancée récemment.

 

De Mildred Davis, on connait surtout La Chambre du haut, roman écrit alors qu’elle n’avait que dix-huit ans, et Trois minutes avant minuit, des romans que l’on peut qualifier de chefs-d’œuvre, sans exagérer.

Crime et chuchotements est de la même veine que ces deux ouvrages mais l’angoisse et le suspense se développent de façon plus insidieuse.

La peur s’instaure parmi les familles incriminées, mais au lieu de resserrer les liens, elle contribue à mettre à nu leurs défauts. Chacun va commencer à se regarder un peu en chien de faïence, cédant à la délation et à l’intolérance.

On se bouffe le nez, on jette en pâture des petits faits, des phrases perfides, en essayant de protéger un semblant de tranquillité. Circulez, y’a rien à voir, c’est chez les autres que ça se passe.

Et comme bien souvent chez Mildred Davis, l’épilogue se concrétise dans la douleur.

 

Réédition Rivages/Mystère. Editions Rivages. Parution le 1er avril 1995. 228 pages.

Réédition Rivages/Mystère. Editions Rivages. Parution le 1er avril 1995. 228 pages.

Mildred DAVIS : Crime et chuchotements (The Sounds of Insects – 1966. Traduction de Gérard de Chergé). Collection Bibliothèque de l’Insolite. Editions Terrain Vague. Parution avril 1990. 242 pages.

ISBN : 2852081180

Réédition Rivages/Mystère. Editions Rivages. Parution le 1er avril 1995. 228 pages.

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3 juillet 2019 3 03 /07 /juillet /2019 04:03

Ce roman a reçu le Grand prix littéraire du salon de l’enfance 1955.

Paul BERNA : Le cheval sans tête.

Peut-être avez-vous déjà lu des romans de Paul Berna sans le savoir. En effet Jean Sabran, son véritable patronyme, écrivait des romans noirs pour les adultes sous le pseudonyme de Paul Gerrard.

A Louvigny-Triage, les gamins qui composent la bande à Gaby s’amusent à dévaler la rue des Petits-Pauvres jusqu’au chemin de la Vache-Noire à une allure frisant celle de Formules-1 en réduction en enfourchant le cheval-sans-tête de Fernand. C’est le père d’icelui qui a troqué ce tricycle à corps de cheval à un chiffonnier contre trois paquets de tabac gris. Vous dire que ce tricycle n’est pas de première jeunesse est une évidence mais même sans tête ce jouet occupe de longues après-midi pour des gamins qui n’ont pas douze ans.

Outre Gaby, le chef de bande, et Fernand l’heureux propriétaire, enfourchent à tour de rôle les trois filles, Marion dite la fille aux chiens, Mélie et Berthe, ainsi que Tatave, Zidore, le petit Bonbon, Juan-l’Espagnol et Criquet Lariqué le négro du faubourg-Bacchus, avec cet engin descendant la pente à fond les gamelles. Parfois il y a de petits incidents de parcours, car il faut freiner avec les pieds, mais cela n’empêche pas les gamins d’enfourcher sans peur et sans reproche le tricycle diabolique.

A quelques jours de Noël, soit un an après avoir été mis au pied du sapin chez Fernand, et alors que l’espérance de vie n’avait été calculée que pour trois mois environ, le cheval-sans-tête roule toujours. Et apparemment ce jouet intéresse des adultes qui ont largement dépassé l’âge de ce genre de divertissement.

D’abord, Roublot, le camelot qui vend sur le marché tous les jeudis des articles ménagers, qui semble inquiet lorsque l’inspecteur Sinet se met à courir après un individu. Ensuite deux personnages à l’aspect rébarbatif, Pépé et Pas-Beau, proposent aux enfants d’acheter leur cheval sur roues pour une somme astronomique. Ce cheval-sans-tête, c’est leur joie de vivre et l’argent ne le remplacera jamais. Et puis de toute façon, un accident est vite arrivé et lors d’une descente, le tricycle est démantibulé, la fourche cassée. Il n’y a plus qu’à le réparer, si cela est possible.

Et c’est possible, grâce à un collègue du père de Fernand qui effectue les soudures adéquates et comme le chiffonnier a retrouvé dans son bric-à-brac la tête équine, elle devrait pouvoir être réajustée sur le corps qui entre temps a été nettoyé, vidé des objets qui n’avaient rien à y faire dedans. Dont une clé qui va servir à Gaby, Fernand et leurs amis. Aussitôt retrouvé en bonne santé, aussitôt disparu. Quatre individus volent l’animal, l’emportant à bord d’une fourgonnette. Et les amis reconnaissent les deux gredins qui les avaient abordés.

Pendant ce temps, au commissariat de Louvigny-triage, l’inspecteur Sinet et son collègue Lamy se désolent. Ils n’ont jamais rien à se mettre sous les dents, alors que leurs collègues de la police judiciaire doivent s’occuper de multiples affaires, dont le vol d’argent dans le Paris-Vintimille. De l’argent convoyé dans le wagon réservé à la Poste pour le tri du courrier. C’est à ce moment qu’ils sont dérangés dans leurs réflexions par une bande de gamins désirant porter plainte contre un vol. Celui du cheval-sans-tête !

 

Le cheval-sans-tête ravivera les souvenirs des plus âgés, comme moi, je n’ai pas peur de l’avouer, le temps où les gamins s’amusaient avec pas grand-chose et qu’un jouet, même à moitié cassé satisfaisait à leur bonheur.

Louvigny-Triage, qui est situé non loin de Villeneuve-Saint-Georges, porte encore les stigmates de la dernière guerre. Les habitants sont pour la plupart des cheminots, travaillant aux ateliers et sur les voies. Ils ne sont pas riches, mais dignes. Des fabriques sont abandonnées, et ne restent plus que des carcasses d’usines.

Ainsi celle dans laquelle la bande à Gaby va trouver refuge. N’ayant plus leur cheval-sans-tête, ils s’infiltrent grâce à la clé découverte dans le corps de l’animal factice. Ils font cuire des pommes de terre dans la braise. Un mets délicieux. Et ils découvrent que cette ancienne usine était une fabrique de cotillons, de masques, de serpentins destinés aux fêtes de villages et familiales.

L’accent est porté, outre le décor d’un village de la banlieue parisienne quelque peu déshéritée, sur la solidarité sans faille entre les gamins qui pensent à s’amuser sans dégrader. Quant à Marion, la fille aux chiens, elle mérite son surnom car elle recueille les canidés malades, blessés, perdus. Elle les soigne, les nourrit, les cajôle et leur trouve un maître qui saura les aimer et les adopter. D’ailleurs, lorsque le récit débute, elle en a douze chez elle, et ses parents sont d’accord pour entretenir cette meute. Mais elle reçoit quelque pitance de la part des bonnes âmes. Et lorsqu’elle a besoin de renfort dans des moments critiques, comme cela va arriver dans la confrontation avec les individus malfaisants, elle siffle en mettant deux doigts dans la bouche et ses anciens protégés rappliquent aussitôt.

Ce roman qui date de 1955 reconstitue une époque révolue qui possédait son charme, est devenu un classique de la littérature enfantine et très souvent réédité.

 

Paul BERNA : Le cheval sans tête.

Paul BERNA : Le cheval sans tête. Illustrations de Pierre Dehay. Collection Bibliothèque Rouge et Or N°89. Editions G.P. Parution juin 1955. 192 pages.

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1 juillet 2019 1 01 /07 /juillet /2019 04:54

Qui se dévoue pour aller le décrocher ?

Roland C. WAGNER : Un ange s’est pendu.

Disquaire dans le XIVe arrondissement parisien, Elric vient d’accepter de mettre en vente quelques exemplaires du disque d’un nouveau venu sur la scène rock. Il propose même à Vince, un jeune homme quelque peu dégingandé, de le mettre en présence de Richard, un journaliste musical, un gourou dans son domaine, un peu comme Philippe Manœuvre.

Ils se rendent donc dans la cantine habituelle, un restaurant où Richard déguste quelques whiskies en compagnie de son amie Suzy. Richard ne fait guère attention au convive que lui a amené Elric mais peu à peu au cours de la soirée sa défiance s’estompe, les whiskies aidant à instaurer un début d’amitié.

Malgré leur état d’ébriété avancé, Richard propose de raccompagner Elric chez lui à Juvisy, en banlieue, car depuis longtemps il n’y a plus de train de desserte. Arrivé en bas de l’immeuble dans lequel Elric ne s’est pas engouffré, mais ça les trois amis ne s’en sont pas rendu compte, Vince découvre le portefeuille qu’Elric a oublié dans la voiture. C’est à ce moment que tout dérape.

Elric, alors qu’il allait franchir le seuil de l’entrée, a aperçu un ange pendu au bout d’une corde nouée à un réverbère. En compagnie de Suzy et de Vince, Richard frappe à la porte d’Elric, et il est reçu par son copain qui déclare qu’il n’a pas quitté son appartement de la soirée et que d’ailleurs il dormait. Et il ne connait pas de Vince.

Lorsqu’il redescend, Richard s’aperçoit que sa voiture a été volée. Alors, il remonte chez Elric, bien décidé à éclaircir cette affaire, et il se retrouve face à un inconnu qui déclare résider dans l’appartement depuis des années et en pas connaître ce fameux Elric dont s’enquiert Richard. Suzy et Vince, restés dehors, sont abordés par un vieux clochard qui recherche son chien, un chien jaune. Il leur remet trois pièces de monnaie, un message pour son chien et déclare s’appeler Isaac.

Pendant ce temps Elric a assisté au décrochage du pendu par deux anges qui ont disparu. Il continue son chemin et entre dans un bar à moitié décrépit. La serveuse est quelconque, un peu vulgaire et ne connait pas la résidence où habite Elric. D’ailleurs elle précise que le lieu se nomme Font’nay-la-Boisserie. Mais les pérégrinations d’Elric ne font que débuter puisqu’il va continuer son périple en compagnie de Maggie, suite à une bagarre déclenchée par le refus du paiement en pièces inconnues de la serveuse et des autres consommateurs.

 

Elric et Maggie d’un côté, Suzy, Vince et Richard de l’autre sont étonnés par les différences enregistrées lors de leurs tribulations et ne se reconnaissent pas dans le décor qu’ils arpentent.

Ils vont faire de nouvelles rencontres, pas toujours aimables, entraînés qu’ils sont dans un faisceau chromatique, dérivant d’univers en univers. Ils sont les pions involontaires d’une sorte de jeu de go, une partie acharnée entre deux individus qui ne ménagent ni leur peine ni les coups bas, trichant à l’occasion.

 

Ce roman de Roland C. Wagner, le deuxième publié dans la collection Anticipation du Fleuve Noir mais peut-être le premier écrit, augurait déjà d’une grande imagination et d’un talent véritable. Certes, il existe quelques scories comme le signalait André-François Ruaud dans la revue Fiction N°398 du 1er juin 1988, mais il n’empêche que la carrière de Roland C. Wagner était bel et bien lancée.

Roland C. Wagner, en compagnie de nouveaux auteurs dont Michel Pagel, dépoussiérait quelque peu la science-fiction française, redonnant un nouveau souffle à une vieille collection confite dans les thèmes abordés. Un ange s’est pendu relève plus du fantastique d’aventures que de science-fiction ou d’anticipation, ancré dans l’époque de parution du roman.

Roman de débutant, qui pour André-François Ruaud, toujours dans le même article de Fiction, déclarait : ce second roman risque de décevoir plus d'un lecteur, car il s'agit là d'une œuvre relativement mineure, alimentaire pour tout dire, et qui plus est entachée de quelques défauts.

Les années passant et avec le recul nécessaire, puisque le lecteur va peut-être retrouver une époque qu’il a connue, tout au moins au début du texte, ce roman ne semble pas si mineur.

 

 

Mon estomac fait autant de bruit qu’un meeting politique.

 

Un écrivain n’a pas toujours expérimenté ce dont il parle

 

L’ennui avec les intellos dans ton genre, ronchonna Vince, c’est qu’ils ne peuvent pas s’empêcher d’étaler leur culture.

 

Roland C. WAGNER : Un ange s’est pendu. Collection Anticipation N°1614. Editions Fleuve Noir. 192 pages. Parution mars 1988.

ISBN : 2-265-03789-3

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27 juin 2019 4 27 /06 /juin /2019 04:43

En ces temps de canicule, un peu de fraîcheur

normande, ça vous tente ?

Didier CORNAILLE : Promenades et Randonnées dans le Cotentin & Promenades et Randonnées dans le Pays d'Auge.
Didier CORNAILLE : Promenades et Randonnées dans le Cotentin & Promenades et Randonnées dans le Pays d'Auge.

La Nature, telle une femme un peu coquette et consciente de ses charmes, ne se laisse découvrir qu'avec patience, lenteur, et amour.

Celui qui désire détecter, débusquer ses attraits doit la contempler avec l'œil d'un amoureux. Pour en apprécier les courbes et les déliés, il doit parcourir ses vallonnements, effleurer ses crêtes, épouser ses renflements, glisser dans ses creux, avec des caresses tendres, ne pas la polluer par d'intempestives émanations d'hydrocarbure. Il doit communier.

Didier Cornaille vous invite, à l'aide de petits guides faciles à transporter, d'aller à la rencontre de la nature, au pays du pommier dans le Pays d'Auge, ou dans cette excroissance semblable au nez de Cyrano qui s'appelle le Cotentin.

A pied, à cheval ou en VTT, il propose des parcours simples, détaillés, commentés. Il en indique la difficulté, les petits coins sympathiques, la situation géographique, comment y accéder, quels sont ses intérêts historiques, ses curiosités, la possibilité éventuelle d'un hébergement, de quelle façon jouer les nouveaux explorateurs.

Une foultitude de renseignements divers et précieux, complétés par un index des noms de lieux, qui feront le bonheur du randonneur amateur ou chevronné.

C'est également le plaisir de rencontrer des personnages intéressants qui œuvrent pour la protection du patrimoine.

Et lorsque vous aurez épuisé tous les itinéraires présentés par Didier Cornaille, pourquoi ne pas vous offrir d'autres évasions, en établissant vos propres circuits !

Didier CORNAILLE : Promenades et Randonnées dans le Cotentin. Guide du randonneur N°19. Editions SOLAR. Parution 1er avril 1996. 120 pages. ISBN : 978-2263023767

Promenades et Randonnées dans le Pays d'Auge. Guide du randonneur N°22. Editions SOLAR. Parution 1er avril 1996. 120 pages. ISBN : 978-2263023774

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23 juin 2019 7 23 /06 /juin /2019 04:07

Hommage à Boris Vian, décédé le 23 juin 1959.

VERNON SULLIVAN : Elles se rendent pas compte.

Convié à une soirée organisée pour les dix-sept ans de Gaya, Francis Deacon a décidé de se déguiser en femme. Et il se rend compte que tous les invités ont adopté la même idée, mais inversement.

Il a eu du mal à se transformer, empruntant de véritables faux seins, demandant à un Chinois de procéder à une séance d’épilation à la cire, se parant d’une perruque. Il est plus vrai que nature et de nombreuses femmes, dont Flo qui s’est déguisée en page, se laissent prendre à sa nouvelle identité. Même Gaya ne le reconnait pas. Francis, qui pour l’occasion se prénomme Frances, prénom dont la sonorité est approchante, en profite pour démontrer que même déguisé en femme il reste un homme, ce qui amène Flo, qui au départ pensait lutiner avec une femme, se laisse emporter par ses attributs masculins. Mais ce n’est qu’un divertissement.

Il surprend Gaya montant dans sa chambre en compagnie d’une homme qu’il ne connait pas. L’homme redescend, et Francis trouve Gaya quelques minutes plus tard dans sa salle de bain dans un état lamentable. Elle s’est droguée, quelques marques rouges de piqûres sur son bras l’attestant.

Une semaine plus tard, il reçoit une invitation de Gaya lui annonçant son prochain mariage avec un dénommé Richard Walcott, qui n’est autre que l’approvisionneur de drogue et homosexuel non déclaré. D’ailleurs Francis est convié à un repas auquel assistent outre Gaya, Walcott, un autre personnage dont le maquillage facial ne laisse guère de doute. Francis subtilise une liasse conséquente de billets, dix mille dollars ce qui peut lui fournir de l’argent de poche pour des années, dans le sac de Gaya.

Les échanges sont vifs et Francis, désirant protéger Gaya va se mettre en chasse contre les fournisseurs de drogue, Ritchie, son jeune frère qui poursuit des études de médecine, lui prêtant main forte volontiers. Seulement Francis ne sait pas où il vient de mettre les pieds. Dans une fourmilière gérée par la propre sœur de Walcott. Et le Chinois qui avait été mandé chez Francis pour épiler Ritchie, se retrouve avec un couteau planté dans le ventre, ce qui est pour le moins gênant pour enduire de cire les jambes du frérot qui est soulagé de ne pas être obligé de se voir supprimer les poils par une méthode qu’il juge barbare.

Francis ne désarme pas car il se demande pourquoi Gaya accepte un mariage contre nature, comment elle en est arrivée à se droguer, et pourquoi autant de lesbiennes et d’homosexuels gravitent autour d’elle.

 

Washington sert de décor à cette histoire plantée au début des années cinquante, et Vernon Sullivan, alias Boris Vian, avec humour, pastiche les romans noirs américains de l’époque.

De l’action, encore de l’action, toujours de l’action, et le pauvre Francis voit pousser sur son crâne les bosses plus rapidement que les agarics champêtres après une ondée estivale bienfaisante. Mais s’il encaisse, tout comme son frère d’ailleurs, il n’est pas égoïste et il rend les coups sans en calculer le nombre. Les morts résultant de coups de feu ou d’armes blanches ne sont pas comptabilisés, et c’est tant mieux, il faudrait une calculette. Sans oublier les courses poursuites effrénées en automobiles ou canots à moteur sur les rives du Potomac.

Mais qui dit action dit aussi scènes de libertinage, mais afin d’échapper à la censure, lorsque les ébats deviennent un peu trop chauds, un peu trop explicites, Vernon Sullivan remplace les descriptions par des points de suspension. D’ailleurs il explique dans une note en bas de page :

Les points représentent des actions particulièrement agréables mais pour lesquelles il est interdit de faire de la propagande, parce qu’on a le droit  d’exciter les gens à se tuer, en Indochine ou ailleurs, mais pas de les encourager à faire l’amour.

Les digressions en forme de point de vue énoncées envers les homosexuels et les lesbiennes, ne seraient pas forcément de nos jours au goût de bon nombre de personnes bien-pensantes mais parfois hypocrites, notamment en ce qui concerne les divers qualificatifs employés. Mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un pastiche et que les scènes de sexe ne sont décrites qu’elliptiquement ou allusivement, même celle de triolisme. Nonobstant, de lire ce genre de propos laisse un petit goût amer que ne devaient pas ressentir les lecteurs des années cinquante. Des propos misogynes qui ne sont plus de mise de nos jours. Ainsi Ritchie s’exprime ainsi à son frère, qui n’est pas en reste de mauvais esprit :

Parce que souvent les gousses, c’est des filles qui ont tourné de ce côté-là parce qu’elles étaient mal aimées. Elles sont tombées sur des types brutaux, des qui les ont blessées ou brusquées. Si on leur fait ça bien gentiment… Elles doivent y reprendre goût.

Il en a des ressources, mon petit frère. Ça m’a l’air de bien s’organiser drôlement ce boulot.

Et puis, m’envoyer une lesbienne, ça m’a toujours dit quelque chose.

Au fond, ce qu’on est en train de faire, c’est un genre d’entreprise de redressement des dévoyées.

Je suis sûr mesdames que vous apprécierez cette analyse machiste !

 

VERNON SULLIVAN : Elles se rendent pas compte. Traduction de Boris Vian. Editions Eric Losfeld/ Le Terrain vague. Parution le 20 février 1965

Première édition : Le Scorpion. Juin 1950. Nombreuses rééditions.

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19 juin 2019 3 19 /06 /juin /2019 04:00

Afin de ne pas froisser la susceptibilité de madame Fesse en bouc, j’ai choisi de mettre en valeur la quatrième de couverture pour illustrer mon article. La vraie couverture se trouve en fin d’article !

Pépé LARISTA : Safari à Chantamour.

Entre les deux petits villages de Chantamour et de Cusenville, la guerre est déclarée, attisée par le curé du patelin de Chantamour, le père Sillade. Tout ça à cause d’une bretelle. Mais pas n’importe quelle bretelle. Celle d’une autoroute !

Alors que la sortie était prévue vers Chantamour et donc propice à l’intrusion rémunératrice de touristes bienvenus, au dernier moment la décision a penché en faveur de Cusenville, des tractations pas forcément honnêtes pour les habitants et les édiles du village de Chantamour, ce qui occasionne l’ire du père Sillade en chaire. Fraîche la chaire mais chaude l’harangue.

Les frictions, parfois charnelles, gèrent la vie quotidienne des deux villages, mais tous les habitants ne sont pas dénués de jugeote. D’autres sont imbibés de pastis. Et quand l’un d’entre eux, le Pépé Jélédeux, le doyen du village de Chantamour, soudoie à l’aide verres anisés le notaire, Maître Thanphile Monzaube, quasi impotent et centenaire (il cumule !) d’étranges tractations s’organisent. Pépé Jélédeux achète en catimini un carré de terrain de la parcelle sur laquelle doit passer la bretelle d’autoroute et qui est sis sur la commune de Cusenville.

Naturellement il s’ensuit horions et feux d’artifice entre les habitants des deux petites communes situées en Provence, non loin de la Méditerranée.

 

Un roman humoristique qui n’est pas sans rappeler la verve de Frédéric Dard quand il écrivait les aventures du commissaire chéri de ces dames : San-Antonio.

Mais cet humour est parfois lourd à digérer, les digressions sont nombreuses et les phrases un peu longuettes, parfois s’étalant sur une ou deux pages.

Mais l’on sent que l’auteur, probablement Jean-Michel Sorel, car ils étaient plusieurs à se partager ce pseudonyme, s’est follement amusé à narrer cette aventure qui ne manque pas de piquant et joue sur les subtilités de langage.

Ce qui n’empêche pas Pépé Larista d’émettre des opinions qui depuis ont pris beaucoup d’ampleur de nos jours qu’à l’époque :

Le pépé pense à tout et envisage de construire dans la parcelle nouvellement acquise une cabane à l’intention des touristes désirant se décharger d’un dépôt intestinal. Ceci est fort bien pensé, mais après ?

Le Pépé malgré son âge a encore la ressource dormante dans sa plate-bande pensière ! J’ai des bidons à lait et aussi un bon mulet ! Avec ce que je récupérerai, qui serait de toute façon perdu, j’en ferais au poids la revente à Aristide Piquemal et à Aldibert qui sont horticulteurs et qui préfèrent engraisser leur terre avec le produit naturel plutôt qu’avé toutes les saloperies artificielles qui nuisent aux narines et qui en fin de compte nous polluent le légume et la rose ! Ecologiste je suis avant tout, moi, môssieur !

 

Pépé LARISTA : Safari à Chantamour.

Pépé LARISTA : Safari à Chantamour. Collection Humour N°16. Editions EUREDIF. Parution le 4e trimestre 1977.192 pages.

ISBN : 271670515

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18 juin 2019 2 18 /06 /juin /2019 04:55

Qui dit chambres closes ne pense pas forcément à maisons closes !

Vingt mystères de chambres closes. Anthologie préparée et commentée par Roland LACOURBE.

Dans la littérature policière, incontestablement ce sont les histoires de meurtres commis dans un local clos, les meurtres impossibles, qui sont les plus fascinantes, les plus étranges, mais aussi les plus difficiles à écrire.

Posée comme un véritable problème, cette histoire doit posséder une solution simple, évidente et paradoxalement farfelue. L’imagination et la créativité sont sollicitées aussi bien par le narrateur que par le lecteur. Le lecteur pris sous le charme essaie de comprendre le comment tandis que le rédacteur qui lui, possède la solution, doit dissimuler celle-ci dans un texte frôlant le surnaturel, l’irrationnel, mais agencé mathématiquement. Comme derrière un écran de fumée.

La banalité n’est plus de mise. Ce n’est plus de l’assassinat considéré comme l’un des beaux-arts, comme l’a écrit Thomas de Quincey, mais l’apanage de l’ingéniosité, l’architecture narrative, la prestidigitation, le talent de conteur. Tout y est mis à contribution.

Roland Lacourbe, en maître de cérémonie exigeant et cultivé, en Monsieur Loyal de la nouvelle, nous présente vingt textes dont les trois-quarts sont inédits en France, qui tous illustrent de façon parfaite combien un auteur de romans policiers, a fortiori dans le domaine du mystère de chambre close, combien un tel auteur doit être maître de son sujet, même dans un pastiche ou une parodie.

N’est pas écrivain qui veut. Raconter une histoire, c’est bien, mais il faut aussi intéresser le lecteur, le capter, le captiver, le retenir. Savoir manier la logique et l’illogique tout en employant l’humour, brasser le tout comme un illusionniste, relève du grand art, mais inspire aussi du respect : respect mutuel entre le lecteur et l’auteur.

Un livre, une anthologie dont le lecteur, même s’il connait les solutions des problèmes, ne se lassera pas, qu’il relira avec un égal plaisir, tel est Vingt mystères de chambres closes. Un livre qui n’est pas uniquement réservé aux amateurs, mais également à tous ceux qui aiment les belles histoires, construites intelligemment, à tous ceux qui possèdent un esprit curieux, qui ont l’esprit mathématique, qui aiment le jeu, la recherche, et surtout à tous ceux qui ne lisent jamais. Une entrée en matière, une ouverture de l’esprit propice à la découverte de romans, par le biais d’histoires courtes mais passionnantes.

 

Mais que vaudrait cette notule sans exemple concret ?

Je vous propose donc de découvrir quelques-unes des histoires qui composent ce recueil.

Jacques Futrelle, auteur malheureux qui périt en mer lors du naufrage du Titanic, fut l’un des précurseurs du crime impossible et des meurtres en chambres closes. Pourtant dans Le problème de la cellule 13, il s’agit juste d’un défi lancé par la Machine à penser, surnom du professeur S.F.X. Van Dusen, à ses amis. Pouvoir sortir d’une cellule de prison en une semaine alors qu’il est surveillé nuit et jour de l’intérieur comme de l’extérieur, en ne prenant avec lui que quelques objets comme un tube de dentifrice et trois billets de dix et cinq dollars.

Certaines histoires sont ancrées dans le temps, et pour les écrire il faudrait les dater, comme le fait Melville Davidson Post dans Le mystère Doomdorf, au milieu du XIXe siècle. Le thème est toujours d’actualité seule la procédure en est différente, car la technologie est passée par là. Un trafiquant d’alcool frelaté est décédé, enfermé dans sa chambre dans une maisonnette située en pleine campagne. Nul moyen d’accès pour accéder dans la pièce sauf par la porte qui est close de l’intérieur. Un juge et L’oncle Abner, personnage récurrent chez M.D. Post, arrivent sur place et les deux personnages qui les accueillent s’accusent du meurtre. Et pourtant, ils sont innocents.

Célèbre auteur de crimes impossibles, John Dickson Carr, que l’on ne présente plus et dont cette nouvelle, sa première écrite à l’âge de vingt ans, était restée inédite en France, à l’époque de la parution de cet ouvrage. L’ombre du Malin met en scène l’un des personnages favoris de Carr, Henri Bencolin. Il va découvrir le coupable dans une histoire qui pourrait être un tour de passe-passe, et comme l’on dit, y’a un truc. Pourtant tout est logique, il suffit d’un minutage serré dans la réalisation d’un forfait.

Le minutage est aussi à l’origine de Une chute qui n’en finit pas, de Edward D. Hoch, malgré le laps de temps écoulé entre la chute par la fenêtre du président d’une société, qui devait fusionner, et sa réception sur le bitume. Près de quatre heures. Quatre heures au cours desquelles le responsable de la sécurité, va tenter de résoudre ce mystère qui est entouré de brouillard, tout comme l’immeuble où s’est produit le drame.

Même auteur mais histoire totalement différente dans sa conception, L’énigme du pont couvert dont le principal protagoniste est le médecin Sam Hawthorne qui, venu soigner une patiente, se trouve confronté à un mystère apparemment insoluble. Le fils de la maison est parti en voiture à cheval suivi peu après par le docteur et la fiancée catholique du jeune homme, dont la famille professe une autre religion, dans un équipage identique. Il neige mais les traces du boghei s’arrêtent au milieu d’un pont couvert. Le jeune homme, son cheval et son tout-terrain hippomobile ont disparu. Une farce de sa part, ce ne serait pas la première fois qu’il s’amuserait ainsi, mais son corps est découvert quelques heures après, une balle dans la nuque. Humour volontaire ou non, je ne peux résister à signaler cette phrase :

Comme je partais, le shérif Lens entra dans l’épicerie-droguerie de l’autre côté de la rue. Je le rattrapais devant le baril de cornichons.

 

Dans L'arme à gauche, de Bill Pronzini qui fut un auteur phare de la Série Noire et dont certains romans comportaient des énigmes de meurtres en chambre close, le lecteur entre dans ce qui pourrait être une histoire à connotation fantastique, car le présumé assassin, enfermé dans la pièce où il a perpétré son forfait, nie. De plus l’arme du crime est introuvable.

Enfin, une petite dernière pour la route par l’un des auteurs protéiformes les plus passionnants : Fredric Brown. Un crime à la campagne est bourré d’humour et celui-ci prédomine tellement que l’histoire passe en arrière-plan, ou presque. Mais il existe un point commun entre cette nouvelle et celle de Pronzini. L’indiquer serait dévoiler le ressort de ces deux nouvelles.

Tout ceci n’est sorti que de l’imagination fertile d’auteurs connus ou méconnus, mais parfois la réalité dépasse la fiction comme le démontre Roland Lacourbe dans son article intermédiaire : De vrais crimes en chambres closes.

Chaque nouvelle est précédée d’une notice sur l’auteur et son œuvre, ce qui n’est pas négligeable.

 

Sommaire :

FUTRELLE Jacques : Le problème de la cellule 13

POST Melville Davidson : Le mystère Doomdorf

JEPSON & EUSTACE : L'indice de la feuille de thé

KNOX Ronald A. : Elimination transcendantale

CARR John Dickson : L'ombre du Malin

BOUCHER Anthony : Une question de temps (entracte)

YAFFE James : Les cendres de Mr Kiroshibu

GODFREY Peter : Entre ciel et terre

RAWSON Clayton : Le cadavre est au téléphone

SUTER John F. : Le vol impossible

PRONZINI         Bill : L'arme à gauche

COMMINGS Joseph : Du mouron pour les petits poissons

COMMINGS Joseph : Courrier mortel

PORGES Arthur : Les assassins n'ont pas d'ailes

HOCH Edward D. : Une chute qui n'en finit pas

HOCH Edward D. : L'énigme du pont couvert

BROWN Fredric : Un crime à la campagne

ARTHUR Robert        : La 51ème chambre close

WOLSON Morton : La cabine de verre

SLADEK John : La dernière chambre close

Vingt mystères de chambres closes. Anthologie préparée et commentée par Roland LACOURBE. Préface de Claude Chabrol. Bibliothèque de l’Insolite. Editions Terrain Vague/Losfeld. Parution 3 juin 1988. 490 pages.

ISBN : 978-2852080942

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15 juin 2019 6 15 /06 /juin /2019 04:47

Et si le passé était devant soi ?

Mildred DAVIS : Passé décomposé

A la suite d’un incendie qui a ravagé un théâtre au cours d’une représentation, Jane Walcutt est soignée dans une clinique située à l’écart de la ville.

Elle vit dans un fauteuil roulant ayant perdu l’usage de ses jambes. Mais, plus grave, elle est devenue amnésique. Sa mémoire s’effiloche. Elle tente bien d’attraper quelques brins mais ceux-ci se dissolvent rapidement, lui glissent entre les doigts comme de la fumée.

Le docteur se montre bon et compréhensif avec elle, tout comme Zee, son infirmière.

Mais une impression diffuse de peur s’installe en elle. Peut-être parce que les autres patients relèvent plus de l’asile psychiatrique que de la maison de repos, de la maison de santé où elle est soignée.

Jane cherche à comprendre, à recomposer ce passé qui s’effrite dans sa mémoire. La visite de son fiancé ne lui fait pas battre le cœur. Elle ne ressent aucune sensation agréable à son contact. De même la présence de son tuteur n’arrive pas à éveiller en elle la moindre joie, à faire vibrer la moindre parcelle de sa mémoire en grève.

Pourtant un visiteur, dont les gestes et les paroles contredisent son apparence de bourgeois riche, ce visiteur laisse planer une menace. Elle ne doit pas recouvrer la mémoire. Elle a oublié certaines choses, certains événements ? Qu’elle ne tente surtout pas de les faire resurgir, cela pourrait lui coûter cher.

Jane sent pourtant qu’elle détient un secret, lié soit à l’incendie du théâtre soit à d’autres événements qui défrayent la chronique.

Zee, l’infirmière qui s’occupait d’elle, l’abandonne et sa remplaçante est toujours là, à la surveiller, à épier ses moindres faits et gestes, ses moindres conversations.

 

Thèmes récurrents dans l’œuvre de Mildred Davis, l’atmosphère qui peu à peu se tend, le danger multiforme, la menace imprécise mais réelle, atteignent un paroxysme poignant dans Passé décomposé.

L’héroïne est confrontée à deux périls : l’un physique clairement exposé par l’inconnu, l’autre plus moral et mental. Elle est amnésique, certes, mais quel secret renferme sa mémoire et celle-ci est-elle à jamais évanouie ?

Mildred Davis, dans ce roman qui date de 1967 et n’est pas à proprement parler d’un roman policier, sait une fois de plus faire monter la tension autour de ses personnages.

L’angoisse qui étreint Jane, Mildred Davis sait nous la faire partager jusqu’au dénouement qui, comme dans la plupart de ses œuvres et plus particulièrement dans Trois minutes avant minuit, se déroule en un crescendo cauchemardesque.

 

Réédition Rivages/Mystère. Parution le 1er septembre 1995. 206 pages.

Réédition Rivages/Mystère. Parution le 1er septembre 1995. 206 pages.

Mildred DAVIS : Passé décomposé (Walk into Yesterday – 1966/1967. Traduction de Gérard de Chergé). Editions du Terrain Vague. Parution juin 1991. 208 pages.

ISBN : 2852081423

Réédition Rivages/Mystère. Parution le 1er septembre 1995. 206 pages.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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