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26 avril 2019 5 26 /04 /avril /2019 04:06

Dinard. Une ville touristique décrite sous un angle guère flatteur.

Yvonne BESSON : Double dames contre la mort.

Deux adolescents, en quête de frissons dans une ville noyée sous la pluie s’introduisent dans une villa inoccupée. L’horreur : la salle à manger est dévastée, pire le cadavre d’une femme nue gît sur le tapis.

Si les soupçons se portent au début de l’enquête sur les deux gamins fouineurs, les policiers abandonnent vite la piste. En l’absence de renseignements, ils diffusent la photo de la jeune morte.

Carole Riou, en poste à Marville, est interloquée non seulement par ce drame qui s’est déroulé dans sa ville natale, mais de plus parce que le visage du cadavre lui rappelle vaguement quelques chose. Tant pis pour Manu, son amoureux libraire, elle se déplace à Dinard et mène, parallèlement à la police officielle, ses propres investigations.

 

Lorsque le présent et le passé se rejoignent, se télescopent, s’emberlificotent dans des apparences trompeuses, cela donne la trame à un roman plein de rebondissements dont se joue à merveille Yvonne Besson qui avait, dès son premier roman Meurtre à l’antique chez le même éditeur, trouvé un ton juste.

Carole Riou gagne en épaisseur (c’est une image !) et surtout en humanisme. Elle plonge dans son passé pour comprendre ce qui ne pourrait être qu’un fait-divers hors saison.

Si bizarrement les coïncidences émergent, c’est parce qu’elles sont crédibles. Les personnages sont fouillés, l’intrigue est solide, le décor envoûtant.

Et Dinard n’est plus la petite ville touristique bon chic, bon genre. Mais ne croyez pas qu’il s’agit là d’une exception. Yvonne Besson est elle même originaire de ce coin de Bretagne, mais l’histoire aurait très bien pu se passer ailleurs, chez vous peut-être.

 

 

Réédition Pocket Policier. Parution 5 juillet 2007. 370 pages.

Réédition Pocket Policier. Parution 5 juillet 2007. 370 pages.

Yvonne BESSON : Double dames contre la mort. Editions de La Table Ronde. Parution 9 juin 2002. 326 pages.

ISBN : 978-2710324676

Réédition Pocket Policier. Parution 5 juillet 2007. 370 pages.

ISBN : 978-2266157094

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25 avril 2019 4 25 /04 /avril /2019 04:49

Quand Georges-Jean Arnaud revient sur ses années juvéniles…

Georges-Jean ARNAUD : Patates amères.

Après avoir évoqué son grand-père maternel, Planou, dans Les moulins à nuages, et sa grand-mère paternelle, Caroline, avec Les oranges de la mer, Georges-Jean revient sur sa tendre enfance, de cinq à dix ans, entre 1933 et 1938 à Courson là où la famille Arnaud, Elie le père, Jeanne la mère et Josette, la grande sœur aînée, habitait à l’époque.

Des anecdotes foisonnantes, des images, des senteurs, des impressions, tout ce qui constitue un album de souvenirs nimbés de nostalgie, celle de l’enfance perdue.

La première image qui vient à l’esprit, en cette année 1933, c’est l’arrivée du père, Elie, à bord d’une voiture. Une guimbarde arborant fièrement l’écusson Peugeot, mais selon le garagiste qui l’examine, il s’agit d’une falsification, d’un ajout non autorisé, cette voiturette ne dépassant pas les quarante kilomètres à l’heure n’étant jamais sortie des usines d’Audincourt, ou de Lille ou encore de Valentigney, les sites de production d’alors. Il n’était pas question de décentralisation hors des frontières.

Cette voiturette, qui possédait de petits vases sur les côtés intérieurs, avait peine à monter la côte de Roquefort lorsque les quatre membres de la famille étaient installés à l’intérieur pour se rendre à Leucate. Il ne restait plus à Jeanne qu’à descendre, prétextant l’envie de cueillir des fleurs avec les deux gamins, et laisser le père s’y reprendre à deux ou trois fois pour gravir cette montée.

Une voiturette qui était garée, seul le père le savait où. Et il s’en servait pour ses déplacements comme fonctionnaire des impôts indirects, surveillant les distilleries. Seulement, étant handicapé d’une jambe, cadeau de la Grande guerre, il était obligé de jouer avec les pédales avec ce membre raide en permanence.

La grand-mère Caroline bénéficia des premières visites en voiture, les parents de Jeanne étant provisoirement délaissés. Georges-Jean et sa sœur aimaient ces randonnées qui les emmenaient sur la plage de Leucate. Souvent ils partaient avec des provisions de bouche pour se sustenter en cours de route, mais lorsque le voyage s’effectuait en une seule étape, la grand-mère était fâchée de voir le panier plein, se plaignant qu’on puisse croire qu’il n’y avait pas assez à manger chez elle.

Chez Planou, le père de Jeanne, il en allait tout autrement. Honorine sa femme était restauratrice et la salle ne désemplissait pas de commis-voyageurs ou de touristes. Des plats roboratifs amoureusement préparés dès le matin, tandis que Planou préférait s’éloigner, laissant les femmes seules aux fourneaux. Planou vagabondait dans ses vignes, son côté poète et paysan.

A Leucate les autochtones se rendaient visite, s’introduisant chez les uns et les autres, sans chichi, sans s’annoncer, sans frapper. Tandis qu’à Villeneuve-les-Corbières, les habitants étaient nettement plus réservés, plus discrets, voire plus respectueux de l’intimité de leurs concitoyens. Deux mondes différents et pourtant si proches mais à l’opposé l’un de l’autre, et pas uniquement d’un point de vue géographique.

D’autres images remontent à la surface, amusantes lorsqu’on prend du recul, humiliantes lorsqu’on n’a que sept ans. Ainsi lorsqu’il est obligé de porter, à cause de vertèbres défaillantes, un corset rose avec jarretelles tenant des bas. Imaginez la risée que cela provoquait lorsqu’il était obligé de se déshabiller devant les autres élèves et les adultes.

Les senteurs, c’étaient surtout l’odeur du tomata acide qui s’écoutait à travers un voile, issu de tomates mûres, trop mûres, afin qu’elles puissent dégorger leur jus.

Et puis surtout, c’étaient les fâcheries à répétition entre ses parents. Fâcheries provoquées le plus souvent par de petits riens avec rétorsion de la part de l’un et de l’autre membre du couple. Le père omettait de donner l’argent qu’il gagnait, sauf la pension d’invalidité qu’il percevait et était commune au ménage. Aussi la mère ne préparait à manger que des clopinettes. Ou, alors qu’elle lui avait fait cadeau d’un ensemble en cuir de bureau, puis le punir, elle cachait les objets à la cave.

Parmi ces objets figurait un tampon-buvard, et cette réminiscence amène tout simplement à évoquer un autre aspect de la vie quotidienne des enfants. Ils s’amusaient grâce à un tampon-encreur à taper sur du papier, des enveloppes, timbrant à tour de bras, devenant le temps d’un jeu postier ou fonctionnaire. Car à l’époque, c’étaient des emplois fort prisés, avec l’assurance de l’emploi et d’un salaire régulier. Contrairement au sort des ouvriers plus mal lotis financièrement dans un travail parfois instable. Le rêve des parents pour leurs enfants. Depuis, ce point de vue a bien évolué, et pas forcément en bien, les fonctionnaires étant accusés de tous les maux, et mots, mais ceci relève d’un autre propos qui serait hors sujet.

Une succession d’anecdotes douces-amères, amusantes avec le recul, et qui nous entraînent de 1933 à 1938, avec quelques souvenirs qui font remonter ceux du lecteur à la surface. Ainsi pour qui a connu le chocolat Elesca, il ne manquera pas de terminer en disant c’est exquis, et la pub faisait fureur, grâce à Sacha Guitry qui, en 1911, avait inventé ce slogan K.K.O. L.S.K. est S.Ki, et qui s’était ensuite décliné en LSKCSki… Souvenir, souvenir…

Cette chronique n’est qu’un survol simple et rapide de l’ouvrage, il y aurait tant et tant à écrire, et puis, il ne me viendrait pas à l’idée de tout raconter, tout dévoiler, car il ne s’agit pas de mes mémoires mais celles de Georges-Jean Arnaud, et donc il importe de les préserver dans ce récit enrichissant. Car outre le récit et les souvenirs, c’est toute une époque qui est restituée, et l’on peut affirmer que c’était mieux avant, mais quand même, on ne peut négliger le changement bénéfique dans les conditions de vie. Bénéfique ? Qui sait, il semble que les gens s’amusaient mieux auparavant, se contentant de petits bonheurs simples et peu onéreux.

 

Si je devais effectuer un reproche, ce serait à propos de la couverture qui pour moi n’est guère engageante. Certes les parents se tournent plus ou moins le dos, montrant leur antagonisme, mais le dessin est figé, pas abouti. Mais après tout on ne m’a pas demandé mon avis.

Ce livre est le dernier de la trilogie consacrée par Georges-Jean Arnaud à sa famille et son enfance. Dommage, j’en aurais bien lu d’autres.

 

Georges-Jean ARNAUD : Patates amères. Editions Calmann-Lévy. Parution le 2 mai 1993. 348 pages. 25,00€.

ISBN : 978-2702122266

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24 avril 2019 3 24 /04 /avril /2019 04:44

Dans les plaines du Far-West quand vient la nuit...

BUFFALO Bill : La course à la mort à travers les campements ennemis.

S’il est un héros américain dont la légende est encore vivace, c’est bien William Cody dit Buffalo Bill. Plus que Davy Crockett, personnage réel mort le 6 mars 1836 lors du siège de Fort Alamo, Daniel Boone ou Kit Carson.

Des exploits qui furent consignés par son ami et compatriote le colonel Prentiss Ingraham (1843 – 1904) qui fut son agent dans le cadre du cirque créé par le chasseur de bisons, le Wild West Show. Il fut l’auteur de plus de 400 romans ou nouvelles créant de nombreux personnages mais qui n’atteindront pas la renommée de Buffalo Bill.

Né le 26 février 1846 à North Plate dans l’Iowa, Cody perd son père à l’âge de 11 ans, sa mère déménage dans le Kansas où il devient convoyeur de bestiaux pour une compagnie de chariot, participe à la ruée vers l’or à 14 ans et travaille pour le Pony Express l’année suivante. Il fait partie des messagers, franchissant les Rocheuses, transportant le courrier entre le Missouri et la Californie. Puis durant la guerre civile il sert comme éclaireur de l’armée fédérale contre les Kiowas et les Comanches et entre en 1863 au 7e de cavalerie dans le Missouri et le Tennessee. Puis il deviendra homme de théâtre et de spectacles.

Lorsque nous faisons sa connaissance, il a seize ou dix-sept ans environ, au commencement de la guerre civile (ou guerre de Sécession) selon le fascicule, et appartient au 7e régiment du Kansas, basé à Fort Hayes.

Le général Custer attend des dépêches importantes du général Smith qui lui se tient à Fort Leavenworth. Cent-vint milles environ séparent les deux garnisons. Ses exigences, connaître le pays et être familier des indiens, opèrent une sélection rigoureuse, et seul Bill Cody se propose d’effectuer cette mission périlleuse. Custer ne peut s’y opposer malgré le jeune âge de Cody. Mais celui-ci a en tête l’idée de voir sa mère mourante et peut-être de s’affronter à Charles Dunn et son capitaine, le trop célèbre Jesse James. Une rancune tenace lui commande de vouloir affronter ces hommes, Charles Dunn étant à l’origine de la mort de son père.

Et c’est ainsi que le jeune Cody part pour Fort Leavenworth connaissant au cours de son périple de nombreuses mésaventures. D’abord il est poursuivi par des Sioux et il ne leur échappe qu’en se réfugiant dans une grotte en traversant le Missouri. Seulement cette grotte, qu’il pensait être seul à en connaître l’existence est déjà occupée par Charles Dunn et ses complices. Il est fait prisonnier et sauve la vie à une jeune fille, Louisa, qui a été enlevée le jour de son mariage. Son père, riche entrepreneur dans des mines a été tué sous ses yeux de même que son fiancé Charles. Selon ses souvenirs qui ne sont peut-être pas précis.

Cody parvient à s’enfuir avec Louisa qui lui narre les événements auxquels elle a participé malgré elle, mais ils sont bientôt rattrapés par d’autres indiens qui obéissent à un bandit ayant pignon sur rue, Don Ramiro qui a passé alliance avec Jesse James. Cody connaîtra le plaisir mitigé d’être attaché au poteau des supplices, les Indiens lançant dans le tronc des lances dont la pointe a été rougie, et autres joyeusetés. Mais ce n’est pas tout et l’équipée aura bien du mal à parvenir à Fort Leavenworth, but de sa mission. Là, je ne dévoile rien, car le lecteur sachant que d’autres aventures l’attendent, sinon à quoi serviraient les fascicules suivants, sait très bien qu’il ne faillira pas à sa mission, même s’il est sérieusement blessé.

 

Ce court roman, véritable hommage appuyé au courage de Bill Cody, pas encore surnommé Buffalo Bill, reprend certains épisodes réels de la vie du chasseur de bisons, y incorporant des scènes fictives, toutes plus grandiloquentes les unes que les autres, l’action prévalant.

On découvre un Bill Cody jeune, mais déjà imposant physiquement, courageux, tenace, revanchard, flegmatique devant le danger, n’ayant pas encore bu une goutte d’alcool, tireur émérite et cavalier non moins émérite et infatigable. Et n’ayant connu des bras féminins que ceux de sa mère. Comme le qualifieraient les magazines féminins, le gendre idéal.

Toutefois, certains passages sont un peu mièvres tandis que d’autres se révèlent pompeux et ampoulés. Certes, il parait que le style narratif d’Ingraham laissait à désirer, mais le traducteur, inconnu, n’y est peut-être pas pour rien non plus. Par exemple, lorsque les bandits ou les Indiens sont évoqués, un seul mot prédomine : coquins. Un mot un peu faible pour les qualifier, et d’autres termes plus forts auraient pu être employés. Mais après tout, il s’agit de raconter des histoires destinées principalement à des enfants plus ou moins grands, et le vocabulaire s’efface devant la rapidité d’action des mésaventures qui s’enchainent pratiquement sans relâche.

Mais ce pourrait être également une histoire écrite par Ned Buntline, cet écrivain ayant été le premier à narrer les exploits de Buffalo Bill, Ingraham prenant la suite. Seulement à qui attribuer réellement ce texte, sachant que la chronologie française n’est pas forcément celle d’origine ?

Une lecture amusante et le mieux est d’en découvrir la suite afin de se replonger dans une époque qui a fait et continue de faire rêver, celle des Westerns, avec ses bons et ses mauvais côtés. Par exemple la façon dont sont décrits les Indiens, Sioux et Kiowas par exemple. C’était la façon de présenter alors ces autochtones, les Américains blancs étant fiers de leur prépondérance fallacieuse. Il fallait conquérir des terres pour les colons et donc montrer les natifs comme des ennemis sanguinaires.

La guerre de Sécession qui voulait abolir l’esclavage, côté Nordiste évidement, n’empêchait pas ceux qui se prévalaient d’agir comme des défenseurs de la cause des Noirs de se montrer racistes envers d’autres peuplades, et principalement celles qui occupaient à l’origine les terres convoitées. Il suffit de se remémorer les grandes batailles, dont celle dite de Little Big Horn qui se soldat par la victoire des Amérindiens, une coalition entre Sioux et Cheyennes. Mais ceci est une autre histoire.

 

Pour découvrir gratuitement ce fascicule et les suivants, vous pouvez les télécharger gratuitement en vous rendant sur le site ci-dessous, en bas de page d’accueil :

BUFFALO Bill : La course à la mort à travers les campements ennemis. N°1. Editions Eichler. Parution 7 ou 10 janvier1907.

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22 avril 2019 1 22 /04 /avril /2019 04:52

Oh Marie, si tu savais…

Alfred ASSOLANT : Rose-d’Amour.

Avec un père charpentier et une mère lavandière, la petite Marie ne s’épanouit guère. Son père est mutique, ne s’exprimant que lorsqu’il a quelque chose à dire, et encore. Mais il n’est pas comme la mère qui avec ses mains en forme de battoirs n’est pas avare de torgnoles et de beignes. Marie n’est pas jolie, enfin pas vraiment, mais elle est avenante et gentille.

Ses sœurs se marient et quittent la maison paternelle, la mère décède après avoir bu un grand verre d’eau froide alors qu’elle était en sueur. Marie a dix ans. Elle trouve en Bernard, un gamin de trois ans plus âgé qu’elle, un compagnon de jeux aimable et intentionné. Un jour, s’amusant dans la forêt avec quelques gamins, garçons et filles, Marie se retrouve seule. Elle est attaquée par un loup alors qu’elle ne prétendait pas jouer au Petit Chaperon Rouge, et Bernard la sauve des griffes et des dents de l’animal.

Rose d’Amour et Bernard deviennent peu à peu amoureux l’un de l’autre. Ils sont souvent ensemble, mais cela reste platonique. Le père de Bernard et les parents du jeune homme pensent que cela se traduira par un mariage, cérémonie à laquelle ils n’opposent aucun véto, mais la guerre du Maroc réclame des moyens humains. Bernard pense échapper à la conscription malheureusement pour lui, le sort en décide autrement. Il a vingt ans et Rose d’Amour en a dix-sept, le bel âge pour convoler.

Les parents de Bernard ne roulent pas sur l’or même s’ils possèdent quelques biens. L’idée est de trouver un remplaçant à Bernard, contre une forte somme. Pour cela ils hypothèquent leur maison, seulement la mère Bernard, malade met le feu aux rideaux. Plus de maison, plus d’hypothèque, plus de remplaçant.

Bernard part pour l’armée pour sept ans, et Rose d’Amour se découvre enceinte. Ils avaient quelque peu précipité les noces, et elle se retrouve la risée, la honte de pratiquement tout le village. Même son père pourtant si calme et si accommodant lui fait la tête. Elle travaille dans une usine de couture et sa joliesse attire les yeux du contremaître. Elle refuse de se laisser aller, de devenir une femme soumise, et taloche le malotru devant ses collègues.

Les ans passent, elle ne reçoit pas de courrier de Bernard. Elle pense qu’il l’a oublié et entame des études du soir afin d’apprendre à lire et à écrire auprès d’un jeune adulte bénévole. Bientôt celui-ci tombe amoureux d’elle mais elle refuse de manquer à sa parole donnée à Bernard. Sept longues années durant lesquelles la petite Bernardine grandit gentiment. Jusqu’au jour où, au cours d’une algarade avec un voisin, un dénigreur et un malveillant qui ose appeler sa petite-fille la petite bâtarde, Bernard est tué à l’aide d’un compas. L’homme a beau jeu de rejeter la faute sur Bernard et la honte une fois de plus déteint sur Rose d’Amour.

 

Romans de terroir, réaliste et misérabiliste, comme c’était la mode à l’époque, Rose d’Amour serait une nouvelle ou un roman catalogué, de nos jours, comme une romance destinée à l’édification des jeunes filles vertueuses. Mais il y a un peu de Zola dans cette histoire sociale ou plutôt le contraire car si Assolant a fait paraître Rose d’Amour en 1862, La Terre de Zola date de 1887.

L’histoire se déroule dans un petit village, Saint-Sulpice, en Auvergne. Peut-être dans le Puy-de-Dôme, mais rien ne permet de l’affirmer.

Rose d’Amour est un roman écrit à la première personne et la narratrice, Rose d’Amour, s’adressant à une interlocutrice dont on ne sait rien, narre ses mésaventures et dénonce les ragots, les rumeurs, les fausses déclarations, les préjugés, les jalousies également ainsi que ceux qui veulent profiter du malheur des autres pour en tirer bénéfice. Un constat peu flatteur de la campagne d’alors mais qui n’a guère changé dans les mœurs même si celles-ci sont plus libres et plus tolérantes. Et ce problème n’est pas l’apanage de la campagne car on le retrouve également dans les villes et les banlieues. Le syndrome de la fille-mère est encore bien prégnant dans les esprits étroits, mesquins, bigots, et enfreint la morale de certaines religions intégristes.

Nous sommes loin des aventures débridées décrites dans Les Aventures (merveilleuses mais authentiques) du Capitaine Corcoran, un roman destiné à la jeunesse et prenant l’Inde pour décor, mais ces deux ouvrages possèdent en commun d’être des contes philosophiques. Si Rose d’Amour est l’histoire d’une fille-mère à cause d’événements imprévus et dans l’obligation de trouver un remplaçant si le tiré au sort ne veut pas partir à la guerre, contre rétribution onéreuse, Capitaine Corcoran dénonce le colonialisme anglais et par là-même toute forme de colonialisme.

Le côté social prédomine et le système de la conscription est un privilège accordé aux riches qui peuvent y échapper contre monnaie sonnante et trébuchante :

Ah ! dit le père Bernard, il est bien dur de travailler toute sa vie et d’amasser avec beaucoup de peine quatre ou cinq mille francs pour en faire cadeau au gouvernement ou n’importe à qui, quand on est vieux et quand on ne peut plus travailler.

 

La question de l’égalité des salaires est également soulevée, mise en avant comme un fait acquis qu’il faut dénoncer :

Car il faut vous dire, madame, que je travaillais dans un atelier avec trente ou quarante ouvrières. Chacune de nous avait son métier et gagnait à peu près soixante-quinze centimes. Pour une femme, et dans ce pays, c’est beaucoup ; car les femmes, comme vous savez, sont toujours fort mal payées, et on ne leur confie guère que des ouvrages qui demandent de la patience.

 

Pour vous procurer ce court roman en version numérique gratuite, une seule adresse :

Alfred ASSOLANT : Rose-d’Amour. Nouvelle. Version numérique. Editions Ebooks libres et gratuits. Environ 70 pages.

Première édition : L. Hachette & Cie. 1862. Contenait en outre Jean Rosier ainsi que Claude et Juliette.

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17 avril 2019 3 17 /04 /avril /2019 04:10

Le Serment ou le Serpent ?

Michel HONAKER : Le serment du diable.

Ce court roman destiné aux jeunes lecteurs est le quatorzième de la série du Commandeur. Les premiers titres édités au Fleuve Noir dans la collection Anticipation à la fin des années 1980 début 1990 et destinés aux adultes ont été réécrits et aménagés pour être publiés dans la catégorie juvénile. Cela n’enlève rien au charme d’Ebenezer Graymes ni à son efficacité à combattre les démons où qu’ils se trouvent.

Mais ce roman, qui est inédit chez Rageot, semble être le pilote de la série qui n’aurait jamais été publié. Lorsque débute l’histoire, au moment où apparaît Ebenezer Graymes – il y a un prologue dont je reparlerai -  cet homme habillé d’un macfarlane et d’un chapeau aux larges bords, se présente à l’université de Columbia. Il doit enseigner, aux étudiants qui le désirent, en tant que maître de conférences et de professeur d’anthropologie et traditions tribales, dans la spécialisation de démonologie et traditions anciennes. Une discipline peu connue de l’anthropologie et considérée comme un peu honteuse. Ses états de service sont impressionnants et le recteur de l’université est… impressionné !

Mais ceci n’est qu’une couverture, car Ebenezer Graymes est également à New-York pour endosser sa nouvelle charge de Commandeur des Abîmes. Et pour cela, il cherche dans le Bronx une maison où s’installer. Il trouve une vieille bâtisse, une sorte de manoir décrépit de style gothique surmontée d’une tour cylindrique, et l’agent immobilier qui lui propose cette demeure est stupéfait de pouvoir la louer sans que le nouveau Commandeur émette la moindre objection, ni de marchandage sur le prix malgré son état délabré.

Ce n’est pas pour rien que Graymes a jeté son dévolu sur cette quasi ruine. En effet, à l’intérieur, se cache le fantôme de Neery, le Grand Maître qui a adoubé le nouveau Commandeur. Auparavant, y vivait le régulateur mais il a été chassé. Il avait laissé la sorcellerie s’installer sur la Grande Pomme.

Non loin de là, toujours dans le Bronx, le lieutenant Meredith et son adjoint, Single, découvrent dans une voiture le cadavre vitrifié d’Haskell, libraire et bouquiniste spécialisé en livres rares. Ils trouvent également une paire de lunettes spéciales ainsi qu’une perruque dans laquelle a été aménagé un circuit électronique miniaturisé permettant de filmer en toute impunité. Un minidisque vidéo est délogé de cet embrouillamini et le spécialiste informatique du commissariat du Bronx parvient à le décrypter et à le visionner.

New-York est en période électorale, mais certaines personnes briguent la place. D’ailleurs l’ancien maire, qui se représente, est victime d’une crise cardiaque. Pour Ebenezer Graymes et l’inspecteur Meredith et son adjoint, il y aurait peut-être corrélation entre le fait que le maire serait empêché, provisoirement, de se représenter, et certains individus démoniaques. Un nommé Philozoar Reles est dans le collimateur du Commandeur, à moins qu’un autre sinistre individu, un certain Rayno manipule les ficelles dans l’ombre.

 

Alors que dans les précédents épisodes on est en présence d’un homme sûr de lui, d’un démonologue affrontant les divers ennemis qui le provoquent, ici il parait débuter dans la profession, même s’il possède des pouvoirs dont il se sert habilement dans des circonstances délicates.

Mais il est précisé que, s’il a visité les cinq continents, il a longtemps vécu dans le désert et il regrette la chaleur qui l’enveloppait, il ne connait rien aux mœurs new-yorkaises. Et il commence déjà à détester cette ville.

Le prologue peut induire en erreur, car il est rédigé façon manipulation, ce qui enlève quelque peu du crédit à l’histoire, si l’on peut accorder du crédit lorsqu’il s’agit d’un roman fantastique. Mais l’homme qui fuit dans cette casse automobile, alors qu’il était venu pour surveiller et filmer des individus louches, ne semble guère à l’aise confronté qu’il est à des monstres. Pourtant on le retrouvera plus tard comme si de rien n’était ou presque.

 

La sorcellerie est un art vivant, qui plonge ses racines dans le passé mais anticipe l’avenir.

Ce doit être une habitude de magicien que de ne parler pour ne rien dire. Vous devriez vous présenter aux élections.

Michel HONAKER : Le serment du diable. Série Le Commandeur. Collection Cascade. Rageot Editeur. Parution le août 2002. 126 pages.

ISBN : 2-7002-2819-7

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16 avril 2019 2 16 /04 /avril /2019 04:52

Cette lune rousse n’est pas celle redoutée par les jardiniers !

Alain DEMOUZON : Lune rousse.

Après avoir débuté comme romancier de littérature policière, dans des tendances aussi diverses que le roman d’atmosphère, d’énigme, politique ou humoristique, tels que Mes crimes imparfaits, Le premier né d’Egypte, Section rouge de l’espoir, Adieu, La Jolla etc. Demouzon s’est tourné vers la littérature dite blanche avec La Perdriole, remarquable vision d’un provincial monté à Paris lors des émeutes estudiantines de mai 68 et qui découvre les joies de l’éducation sentimentale.

Avec Lune rousse, Demouzon aborde un nouveau genre, appelé par son éditeur Gothique moderne et qui est un subtil mélange de rêverie, de fantastique, de noirceur, d’épouvante, de tendresse, de raillerie.

A ses débuts, une publicité par voie d’affiches présentait Demouzon comme le successeur de Balzac et de Chandler. Il faut dire qu’une certaine ressemblance caricaturale et balzacienne s’y prêtait fort bien. Si les lazzis jaloux ne manquèrent pas, essayant de démolir cette assertion, il fallut reconnaître que les écrits de Demouzon ne manquaient ni de force ni de talent.

Une forme d’évocation alliée au talent d’une écriture travaillée, fouillée, excluant la vulgarité et la facilité. Le choix du mot juste, la rigueur dans la construction, avec toujours le souci de se dépasser, de faire mieux à chaque ouvrage.

 

Lune rousse, c’est le retour du merveilleux dans un monde rigoriste. Un rien peut faire basculer une vie toute droite tracée vers un avenir sans futur sur un monde où le surnaturel côtoie inlassablement le naturel, où la différence est si ténue qu’elle en est quasiment inexistante.

Roch Laugier fait le mur du collège la nuit, lorsque la lune rousse éclaire d’une lueur incertaine et magique les maisons endormies d’une bourgade recroquevillée sur elle-même. Roch s’est découvert des pouvoirs nocturnes. Il peut entrer dans les maisons avec une facilité déconcertante. Les serrures ne résistent pas à sa main ferme et silencieuse. Les habitants endormis perdus dans leurs rêves n’y voient que la manifestation d’un fantôme quelque peu familier.

L’aboutissement de ces sorties nocturnes se réalisera lorsque Roch rencontrera Iphigénie, une jeune orpheline. Un homme étrange, le Juge, surveille l’adolescent dans ses pérégrinations. Un jour Roch disparaît et c’est Octave qui réapparaît, le tout dans d’étranges circonstances.

Le Juge recueille les deux jeunes gens, Iphigénie et Octave. Il enseigne la musique à ce dernier qui se révèle être un élève particulièrement doué. Mais Iphigénie et Octave ne sont-ils pas manipulés comme des pantins, des marionnettes, par ce Juge qui tout en semblant obéir au destin tire les ficelles en coulisses.

De quel côté du miroir vont se perdre et de retrouver Octave et Iphigénie ? Et Iphigénie n’est-elle qu’un mirage, un ersatz d’elle-même ?

Lune rousse, un roman troublant de Demouzon dont la plume démoniaque griffe, au passage, certaines pratiques réelles enrobées de faux semblants.

 

Alain DEMOUZON : Lune rousse. Editions Flammarion. Parution mai 1988. 214 pages.

ISBN : 9782080661715

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14 avril 2019 7 14 /04 /avril /2019 04:06

Surtout lorsque ce sont ceux de financiers et de spéculateurs !

Hector MALOT : Les Millions honteux.

Financier et spéculateur, Gripat, dit Gripat le voleur pas ses détracteurs, s’est senti obligé de construire un imposant hôtel particulier près du parc Monceaux afin d’imposer le respect dû à ses millions. Edifié dans différentes architectures, cet hôtel reflétait l’état d’esprit de Gripat qui avait demandé à son architecte Donnez moi ce que vous avez de plus cher. Financièrement parlant, évidemment.

Mais Gripat le voleur n’aura guère eu le temps de profiter de cet étalage de richesses, laissant après sa mort une jeune veuve et deux enfants. En effet, la quarantaine venue, il avait épousé Colette qui n’avait pas quinze ans lorsqu’il l’avait connue. Elle était la fille colonel baron de la Ricotière, un militaire qui avait laissé en décédant sa famille dans la misère. Colette était belle et grâce à une préceptrice avait acquis tout l’arsenal des belles manières. De ce mariage étaient nés Edgard, pas encore âgé de dix-huit ans lors du décès de son père, et Paule plus jeune de deux ans.

L’héritage fut donc divisé en quatre parts, une pour la mère qui bénéficiait en sus d’une part comme usufruitière, les deux parts restantes réparties entre les deux enfants. Edgard avait suivi des études aux Carmes et très tôt avait été en butte avec ses condisciples qui l’accusaient d’être le fils de Gripat le voleur, ce qui n’était guère favorable à entretenir des amitiés, puis chez les Jésuites sur sa demande, ne supportant plus l’ambiance des Carmes. Paule avait été élève chez les Dames Anglaises où elle avait été rapidement surnommée Agrippe. Cela aurait pu être pire. Agrippine possédant une connotation sexuelle mal venue et non avenue.

Ces millions en héritage posent un problème de conscience à la veuve et ses deux enfants. Face à l’adversité et aux accusations publiques, il est bon de se demander, comme le fait remarquer Edgar, si elles sont fondées ou non. S’ils doivent répudier le père ou le continuer ? S’il faut renoncer à cette fortune ? Dans ce cas d’abandon, ne va-t-on pas les accuser d’abandonner leur père et d’avoir honte de leur fortune.

La grand-mère survenant, madame de la Ricotière embarrassée dans ses vêtements de deuil, leur décision est rapidement prise. Ils vont garder l’hôtel particulier, l’habiter, ce qui agrée fort à tous mais madame Gripat va tenir salon tous les matins, recevoir les quémandeurs, et les aider non pas en fonction de ses moyens mais en justification de leurs desideratas. Elle va distribuer l’argent mais pas le jeter par les fenêtres.

Malgré tout, certains glosent encore sur la provenance de ces millions dont sont pourvus les deux enfants Gripat et leur mère. Suite à un article calomnieux paru dans un journal, Edgar voit rouge et provoque le journaliste en duel. Il en parle à Puche qui fut l’ami et le secrétaire particulier du financier et continue à servir madame Veuve Gripat. Edgar en vient à la conclusion suivante, sans plaisir :

Ainsi, s’écria-t-il, pour que le monde accepte les enfants de Michel Gripat, il faut que le fils tue un homme et que la fille achète un mari !

 

S’il manie correctement l’épée et pratique la boxe, l’arme désignée ne lui est guère familière. Cependant il semble que le chroniqueur ne soit guère habitué à manier le pistolet puisqu’il rate son adversaire tandis qu’Edgar le blesse mortellement.

Parmi les solliciteurs que Madame Gripat reçoit le matin, le duc de Valmondois se présente avec quelques titres qu’il a souscrit pour une somme de 500 francs chacun et qui ne valent plus que 3,50 francs. Et même à ce prix là, il ne trouve pas d’acheteur. Mais il a en tête une idée qui serait beaucoup plus profitable que le remboursement de ses titres. Marier son fils Odet à Paule, la riche héritière.

 

L’œuvre, très riche, d’Hector Malot a été occultée par trois grands succès. Sans famille, un classique de la littérature juvénile adapté de très nombreuses fois au cinéma et en dessins animés, En famille et Romain Kalbris.

Auteur engagé, défendant la cause des opprimés, surnommé Malot la Probité par la journaliste Séverine, il fut l’ami de Jules Vallès et c’est grâce à lui que le manuscrit L’enfant fut publié. Soucieux de jouer un rôle dans le siècle, il milite, par le biais de l'écriture romanesque, pour une révision de la loi sur l'internement en hôpital psychiatrique, pour le rétablissement du divorce — supprimé le 8 mai 1816, au début de la Restauration, par la loi Bonald —, pour une reconnaissance des droits de l'enfant naturel, pour une amélioration des conditions de travail, en particulier celles des enfants (voir ici). Un militantisme qui se trouve dans toute son œuvre.

Mais les bons sentiments ne font pas toujours l’unanimité et Emile Zola, entre autres, lui reprochait la prédominance qu’il accordait au récit. Ce roman, Les Millions honteux sont justement à rapprocher de La curée de Zola. Les deux protagonistes, Gripat d’un côté, Saccard de l’autre, ayant accumulé une fortune immense et font étalage de leur luxe. Mais Hector Malot montre une famille qui souffre et empreinte d’une grande moralité. Une différence énorme dans le traitement d’un même sujet.

Le genre de roman qui reflète une actualité, indépendamment du style et de l’époque, par bien des points, et les lecteurs peuvent y discerner quelques personnes bien connues de nos jours par leurs richesses, toujours avides d’en posséder plus, au détriment de leurs concitoyens. Et l’on ne s’étonnera guère que Gripat avait accumulé une collection de tableaux de maîtres ou de peintres en devenir, uniquement dans le but de conforter, voire accroître, son capital mais sans posséder le moindre sens artistique.

Un roman qu’il serait bon de rééditer, et pas uniquement en numérique.

 

Hector MALOT : Les Millions honteux.

Hector MALOT : Les Millions honteux. Ernest Flammarion éditeur. Parution 1895. 368 pages.

Réédition : Editions La Piterne. Collection Lettres normandes. Version numérique. Parution décembre 2014. 3,99€.

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12 avril 2019 5 12 /04 /avril /2019 04:24

Quelques nouvelles inédites de fort bon aloi du grand Jules Verne !

Jules VERNE : San Carlos et autres récits inédits.

Avant de publier en 1863 chez Hetzel, et après quelques corrections exigées par l’éditeur, Cinq semaines en ballon, Jules Verne avait déjà écrit quelques récits édités dans la revue Le musée des familles. Mais il avait également rédigé des nouvelles qui, pour des raisons expliquées dans la présentation de chaque texte, restèrent confinées dans un tiroir.

Ces quatre nouvelles et les deux textes suivant qui étaient des projets de romans inachevés sont donc réunis ici pour la première fois et proposés au grand public. Une première édition, à tirage limité, le fut dans le troisième volet des Manuscrits nantais en 1991 et comprenait en outre Un prêtre en 1839 et L’Oncle Robinson qui ont réédité dans des volumes indépendant toujours au Cherche-midi éditeur.

Mais on reconnait la patte de l’auteur, avec cette générosité qui l’animait, ce souci de précision dont étaient imprégnés ses romans, précisions géographiques et sociales, et avec toutefois une certaine désinvolture dans le traitement, afin peut-être de ne pas trop noircir le propos.

Dans Pierre-Jean, Jules Verne met en scène un Marseillais, qui a fait fortune sans rien devoir à qui que ce soit. L’homme désire visiter le bagne de TOulon, et il qui s’enquiert auprès du directeur d’un des forçats qui y est enfermé. Seul le matricule permet de retrouver celui qui y végète après une seconde condamnation et qui se rend utile en travaux de construction ou de rénovation sur un navire. Il demande à le voir et à lui parler en particulier, sollicitation qui lui est accordée sans aucun problème car l’intégrité de ce bourgeois n’est pas à mettre en doute. S’il désire converser avec le numéro 2224, alias Pierre-Jean, cela constitue le fond de l’intrigue, mais Jules Verne en profite pour, sinon dénoncer, décrire les conditions de vie des bagnards.

Le mariage de M. Anselme des Tilleuls est nettement plus léger, dans le style et dans le développement de cette histoire qui conte les efforts d’un professeur de langue latine essayant de trouver une épouse à son protégé, Anthelme des Tilleuls, le dernier représentant de cette famille anoblie par Louis le Bègue. Seulement le marquis des Tilleuls, âgé de vingt-sept ans n’est pas franchement agréable à regarder, et toutes celles que Naso Paraclet, ce professeur dévoué, lui présente ne sont guère loties par la nature non plus. De toute façon il cumule les échecs.

Ecrite probablement en 1855, alors que Jules Verne est du même âge que son héros célibataire forcé, et donc que le mariage pour lui est une préoccupation, un autre centre d’intérêt est mis en avant. Les locutions latines y font florès et les explications grammaticales ainsi que les déclinaisons prennent une place importante dans le récit. Seulement ce qui était bon jusqu’au milieu du siècle dernier ne possède plus la même saveur de nos jours, alors que le latin est de moins en moins enseigné.

Le siège de Rome se situe en 1848, alors que les Romains se révoltent contre la domination papale, une émeute qui préfigure une révolution. Des troupes françaises sont dépêchées sur place, mais l’organisation laisse à désirer et l’investigation de la ville est repoussée. Une trêve est conclue. Parmi les émeutiers, Andreani Corsetti, un ancien secrétaire du Pape Pie IX qui n’était plus en odeur de sainteté. Il se met d’office à la tête des insurgés. Parmi les soldats français, le capitaine d’état-major Henri Formont et ses amis le lieutenant de génie Annibal de Vergennes et la sapeur Jean Taupin. Formont veut assouvir une revanche, tuer Andreani, le ravisseur de son épouse. Drame de la vengeance dans un décor d’insurrection italienne, au cœur de la mêlée, et une armée française mal organisée.

San Carlos est un contrebandier espagnol qui passe la frontière pyrénéenne avec quelques compagnons, chargés de prensados, paquets de tabac pressé. Jacopo, l’un de ses indicateurs, l’informe que la douane française, menée par le brigadier François Dubois, est à sa recherche. Jacopo est accompagné d’un paysan des montagnes qui demande à San Carlos de lui vendre un millier cigares afin de les écouler près de Tarbes. L’homme les suit et bientôt il s’avère qu’il s’agit du brigadier Dubois qui rameute ses troupes au lac de Gaube. San Carlos et ses hommes embarquent à bord d’un canot et lorsque les douaniers pensent pouvoir les arraisonner, plus d’embarcation. San Carlos a tout simplement plongé dans les eaux du lac avec son canot transformé en sous-marin. L’on reconnait là les prémices du Nautilus mais surtout l’esprit imaginatif de Jules Verne même s’il ne donne guère de précision sur cette barque améliorée.

 

Les deux textes suivants sont les trois premiers chapitres d’un roman jamais terminé, Jédédias Jamet, mettant en scène un propriétaire tourangeau estimé de tous par son tempérament calme, posé, n’ayant rien à se reprocher puisque ne possédant aucun défaut, et qui va quitter sa bonne ville de Tours et sa famille, sa femme Perpétue et ses deux enfants à la conquête d’un héritage qui devrait le mener à Rotterdam puis aux Amérique. Les trois premiers chapitres sont consacrés à sa présentation, le reste du récit qui, au vu des premières pages, promet d’être burlesque, résidant en quelques notes.

Voyage d’études, texte inachevé lui aussi sera repris en partie par Michel Verne, le fils de Jules, dans le roman L’étonnante aventure de la mission Barsac. Toujours à la pointe de l’innovation, Jules Verne avait imaginé que les autochtones parlaient l’Espéranto, langue nouvelle construite par Ludwik Zamenhof, à partir d’une langue véhiculaire provenant d’environ cent-vingt pays.

Ces nouvelles et textes présentent de nombreuses facettes de l’écrivain, facettes qui seront par la suite plus ou moins exploitées sous la houlette de l’éditeur Jules Hetzel qui désirait publier des ouvrages pédagogiques et dont l’aspect scientifique primait. Mais l’on se rend compte que déjà Jules Verne excellait dans les descriptions géographiques et historiques ainsi que dans celles psychologiques et physiques des personnages, peut-être trop parfois au détriment de l’intrigue.

Et, afin de ne pas bouder notre plaisir, signalons que les illustrations de couverture et intérieures sont de Tardi.

 

Sommaire :

Pierre-Jean.

Le mariage de M. Anthelme des Tilleuls.

Le siège de Rome.

San Carlos.

Jédédias Jamet.

Voyage d'études.

 

Jules VERNE : San Carlos et autres récits inédits. Illustrations de Tardi. Collection La Bibliothèque Verne. Le Cherche-midi éditeur. Parution le 1er avril 1993. 288 pages.

ISBN : 978-2862742670

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10 avril 2019 3 10 /04 /avril /2019 04:13

A quatre oreilles, euh, je veux dire, à quatre feuilles ?

Pierre DUBOIS : Capitaine Trèfle.

Des trombes d’eau s’abattent sur l’Ardenne ardenneuse qui creuse sa Meuse et le Capitaine Trèfle, juché sur Arminius sa monture, affronte les éléments déchaînés. Au loin il aperçoit vaguement une ruine.

Dans cette bâtisse en décrépitude, il intervient à temps pour sauver des fers de quatre flandrins acrimonieux Nourcine, le Lutin.

Peut-être le Capitaine Trèfle a-t-il lu les combats décrits dans la Jeunesse du Bossu ou dans Les trois mousquetaires, mais il ferraille si bien que les quatre coupe-jarrets s’enfuient abandonnant le combat sans demander leur reste, laissant le pauvre Nourcine sur le terrain, blessé.

Le Capitaine Trèfle transporte avec précaution Nourcine chez son ami magicien et astrologue Bucane Noctiflore lequel vit en compagnie de Corbus Barbygère, l’homme-corbeau et Poltergeist, le chat. Noctiflore lui apprend qu’il ne faut pas dire lutin, qui est l’appellation vernaculaire mais bien désigner ce nain par sa véritable appartenance au monde des êtres petits : un Sotai, un Sotré, un Huppeux, un Farfadet, un Troll…

En compulsant son livre Le huitième tome des merveilles, il déniche l’origine de Nourcine. Il s’agit d’un Guib, ou Lutin des sables. Lequel se remet tout doucement de sa mésaventure en ingurgitant un dé de rhum. Il s’agit d’un Guib ivrogne. Mais cela ne l’empêche pas de narrer ses mésaventures et ses pérégrinations et l’attaque subie de l’autre côté de notre monde.

Car le Guib et ses compatriotes vivent ailleurs, comme dans un monde parallèle, et ils ont subi l’attaque meurtrière du pirate-borgne, le capitaine Craspeck Haggard et de ses séides. Capitaine Trèfle, le cœur sur la main d’un côté, son épée en main de l’autre, décide pourchasser à Craspeck Haggard à bord de son navire La Lola jusqu’au pays de Guib et de délivrer tout ce petit monde des griffes du prédateur pirate. Car Haggard espérait s’emparer des habitants pour les revendre comme des esclaves de fiction, comme une ménagerie fabuleuse, une attraction fantastique.

 

Le lecteur médusé entre de plein pied dans des combats navals, va découvrir de nouveaux personnages dont Mélusine, la Vouivre, va se prendre d’amitié pour Capitaine Trèfle et ses amis, s’apitoyer sur les malheurs de Guib le lutin des sables et de ses compagnons, et surtout se laisser emporter par l’écriture de Pierre Dubois.

Un style poétique, onirique, romantique, féérique, maritime, plein de bruit et de fureur, façon cape et d’épée, ponctué de trouvailles lexicales et d’emprunt, peut-être à la langue ardennaise et au petit peuple des lutins malins.

Destiné aux enfants, Capitaine Trèfle amusera également les grands par son écriture savoureuse et ses situations burlesques. Et pour bien se démarquer, avec cette histoire complètement décalée, l’auteur ne parle pas de chapitres mais de chats-clowns. Jeu de mots de fort bon aloi, comme aurait dit maître Capello. Mais je n’ai pas trop adhéré aux illustrations intérieures de René Hausman, ce qui n’engage que moi.

Pierre DUBOIS : Capitaine Trèfle. Illustrations de René Hausman. Collection L’Ami de Poche N°19. Editions Casterman. Parution Avril 1981. 160 pages.

ISBN : 2203136197

Adaptation Le Lombard. Album bande dessinée. Signé Hausman-Dubois. Parution le 25 septembre 2014. 64 pages. 14,99€.

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9 avril 2019 2 09 /04 /avril /2019 04:30

Un roman solide, qui n’est pas construit de briques… et de broc !

Georges-Jean ARNAUD : Le Néant des pierres.

Imaginez une bicoque, à l’écart de la ville, non loin d’un super marché. Imaginez une maison dont le rez-de-chaussée sert de rendez-vous à des toxicomanes, à de jeunes voyous, à des adolescents qui découvrent le simulacre de la reproduction, simulacre tarifé ou non. Imaginez au premier étage une famille qui vivote avec un téléphone qui ne communique avec l’extérieur que dans un sens, celui de la réception, du minimum électrique, pas d’eau chaude sinon le compteur disjoncte. Imaginez cette famille composée d’une mère dont le cerveau est en berne vingt deux heures sur vingt quatre, un fils, Tony, qui assure l’essentiel grâce à de petits boulots et de rapines, une fille, Julie, un peu naïve, une peu simplette, un peu amoureuse de son frère aîné, déboussolée quoi. Et le père, Germain, qui traîne derrière lui des espérances de fortune, des cadavres, des regrets, des espérances qui tournent en eau de boudin. De l’argent, ils en ont eu, mais acquis par quel mystère, et dilapidé dans quelles conditions ?

Imaginez plus loin, une sorte de ferme perdue entre vignoble et garrigue, habitée par une vieille mais robuste femme, hommasse dans son comportement, frustre et madrée, fusil en bandoulière quelle que soit la saison, chassant malgré les interdits, amassant le pécule sans vergogne.

Le trait d’union entre Lucrèce, prénom de cette baroudeuse anachorète, et Germain (et sa famille) réside en une simple histoire de parentèle. Ce fut sa belle-mère, c’est toujours sa belle-mère, mais il la fuit, comme on fuit le diable, personnification du remords. Car un autre lien les attache, depuis dix-sept ans, l’enlèvement sur la plage de Leucate d’une gamine de cinq ans, la rançon encaissée, et la disparition de la fillette. Depuis, Germain et sa famille errent de ville en ville, dix sept ans de vagabondages et de déménagements, avec toujours au bout du compte Lucrèce qui réclame de l’argent, encore de l’argent, une rente qu’il fournit jusqu’à épuisement. Epuisement financier mais également moral.

Imaginez cette famille traquée, au bout du rouleau, vivant d’expédients, dans une atmosphère lourde, compressée, étouffante, oppressante, angoissante, obsédante, vivant au jour le jour, avec comme phare une génitrice confondant les prénoms d’une fille qu’elle tarabuste et de sa mémoire surgissant par à-coups celui d’une gamine source de richesse dix sept ans auparavant.

Imaginez cette Lucrèce sangsue accueillant un Germain trop confiant dans son rôle d’acteur de seconde zone animé de componction, secouant une faiblesse collée à sa peau comme une carcasse de crocodile dont les larmes affaibliraient, amolliraient une marâtre haïe.

Imaginez cette ambiance suffocante, traumatisante, avec en silhouette obsédante, une jeune femme qui dix sept ans après un événement oublié de tous, sauf les parties concernées, c’est à dire les familles ravisseuses et les familles spoliées, se met à la recherche de l’ombre d’une sœur vomie, encombrante, adulée par une mère méprisante qui reportait l’affection qu’elle aurait dû vouer à son aînée sur une cadette qui ne la méritait pas. Point de vue tout à fait personnel qui ronge la mémoire de la rescapée d’une famille qui a vécue durant des années dans la mémoire d’une disparue quasiment sanctifiée.

Imaginez un univers confiné entre trois points d’ancrage qui peu à peu se rejoignent inexorablement, attirés par l’âme, la présence indéfectible d’une absente minant les esprits.

Imaginez, non n’imaginez plus mais laissez-vous porter dans ce nouvel opus du géant de la littérature populaire, qui se dresse tel un roc, un menhir à six faces, du haut de cinquante ans de carrière, et qui ne s’érode pas. Trois larges pans représentant l’espionnage, le policer, la science-fiction, et trois autres plus réduits symbolisant l’angoisse, l’érotisme, l’historique.

 

Dans sa postface, Serge Perraud annonce que ce titre est le 401ème roman écrit par cet auteur prolifique, le deuxième publié aux éditions du Masque. Pour la bonne bouche comme disent les gastronomes en culottes longues qui se délectent de lectures saines, j’ai choisi une citation extraite de ce nouveau roman, qui j’en conviens, placée hors contexte peut paraître anodine mais prend toute sa signification à la lecture du texte.

Tu ne sais pas ce qu’est une jeune fille, tu as toujours été vieille.

Georges Jean Arnaud signe ce nouveau roman qui le confirme comme auteur hors normes. Il s’inscrit comme l’auteur majeur, pour ne pas dire plus, du dernier demi siècle passé et il entame le XXIème siècle en fanfare. Certains diront qu’il y a eu aussi Simenon, mais je leur ferai remarquer humblement que ce fut un Belge même s’il vécu longtemps en France et que sa production, sauf peut-être les romans dits noirs et qu’il considérait comme littéraires, sont datés, tandis que ceux d’Arnaud, Georges Jean de ses prénoms, restent de petits chefs d’œuvre.

Georges-Jean ARNAUD : Le Néant des pierres. Grand Format. Editions du Masque. Parution 10 octobre 2001. 310 pages.

ISBN : 978-2702479902

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