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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 04:40

Entre Arsène Lupin et Sam et Sally.

Anthony FEEK : Echec à Barnaby.

Alors qu’il attend le moment favorable pour s’introduire dans la demeure de Sir Happleton, Barnaby Hope s’aperçoit qu’il est devancé par une silhouette qui se déplace dans la nuit.

Il avait pourtant bien préparé son expédition consistant à s’emparer des pierres précieuses du châtelain. Sir James Happleton avait emmené au restaurant sa conquête du moment, Jemina Sharp rencontrée lors de l’un de ses nombreux déplacements à Londres, et théoriquement la place était libre, nonobstant la présence de son serviteur. Barnaby s’était installé à l’auberge du village de Saint John’s sous le nom de Ginspotter et il avait réglé sa note, devant regagner son domicile le vol effectué.

Mais les choses n’ont pas tourné comme il l’avait prévu, et il s’introduit quand même dans le château par le même chemin que son prédécesseur afin de constater les dégâts. Les vitrines dans lesquelles les diamants étaient enfermés n’ont pas été fracturées et le fil de l’alarme a été coupé près de la porte de la pièce aux trésors. Ce qui fait tiquer Barnaby.

Le soir même il avait remis une lettre destinée à sir James Happelton à l’aubergiste, pensant ne pas revenir dans l’établissement, mais lorsqu’il désire la récupérer, trop tard. L’aubergiste avait fait du zèle.

Les policiers locaux ainsi que le directeur de la compagnie d’assurance sont avertis du vol, et débutent leur enquête sous les yeux du propriétaire. A ce moment sir James Happelton reçoit la fameuse missive mais il en retarde la lecture. Il part pour Londres en compagnie de l’assureur. Barnaby alias Ginspotter rencontre comme par hasard miss Jemina Sharp, qui n’est autre que sa sœur Mabel. Elle avait demandé à sir James de l’emmener au restaurant afin que son frère puisse œuvrer en toute liberté, préparant le terrain, ou plutôt le chemin.

Seulement, coup de théâtre : sir James Happelton, de retour au château, se fait assassiner dans les bois, alors qu’un certain capitaine Garvin Jones venait de solliciter une entrevue.

 

Un roman français dû à Anthony Feek, pseudonyme sous lequel se cache Auguste Franco, mais à forte connotation britannique. Et au lieu d’Arsène Lupin, j’aurais dû évoquer Raffles, son prédécesseur créé par W.E. Hornung, le beau-frère de Conan Doyle.

Echec à Barnaby est constitué de deux épisodes qui se complètent car le meurtre de sir James Happelton est rapidement résolu, le capitaine Garvin Jones s’accusant du méfait. Il avait connu l’officier au cours de la seconde guerre mondiale en Afrique du Nord, dans des conditions guère glorieuses pour le nobliau. Mais la seconde partie est nettement plus vivante, façon de s’exprimer car les morts se comptent à la pelle.

Barnaby, qui est recherché sous un autre nom ainsi que Mabel/Jemina, se confie à son meilleur ennemi, un policier de Scotland Yard. Car les diamants sont toujours dans la nature, et le vol lui est toujours imputé, du moins à son alias, quoi qu’il s’en défende. Et il veut absolument les récupérer afin de les empocher. Il ne s’attaque qu’à des individus méprisables et le plus gros de ses gains est reversé à des œuvres caritatives. Ainsi, s’il récupère les diamants, une partie du produit de la vente sera destinée à un organisme s’occupant de l’avenir des orphelins de guerre.

Barnaby connaîtra au moins trois aventures dans la même collection chez le même éditeur, et Anthony Feek sera publié au Fleuve Noir dans les collections Angoisse et Feu.

Anthony FEEK : Echec à Barnaby. Collection Le Corbeau. Editions Oris. Parution3e trimestre 1947. 224 pages.

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3 octobre 2020 6 03 /10 /octobre /2020 04:36

Au feu, au feu les pompiers,
V'là la maison qui brûle !
Au feu, au feu les pompiers,
V'là la maison brûlée !

Patrice DARD : Un pompier nommé Béru.

Bérurier, toujours égal à lui-même, et San-Antonio fils ont la redoutable charge de recueillir la plainte de madame Godagno, Pélagie de son prénom, charmante et jeune quadragénaire, qui vient d’être agressée chez elle par un pompier.

Pour preuve elle est en peignoir et nue dessous, ce que Béru demande à constater de visu. La procédure explique-t-il. Donc madame Godagno vient d’être agressée par un pompier, du moins par un individu casqué, brandissant une hache de pompier, mais la figure masquée par une cagoule.

Sur ce entre dans le bureau des pleurs San-Antonio père qui assiste à la fin de la déposition. Le mari de madame Godagno est parti sans crier gare en ne lui laissant que quelques bricoles intimes dont des olibos, d’ailleurs elle a amené les objets du délit qui servent au lit, tandis que l’agresseur a dérobé quelques ustensiles dont on se demande à quoi cela pourra lui servir. Fin de la récréation car une autre affaire bientôt accapare le commissaire, autrement plus sérieuse. Et c’est là qu’on voit à quoi le commis sert.

Un patient en fin de vie dans un hôpital parisien désire le rencontrer. Malade du sida, il avoue être le coupable d’un meurtre perpétré quelques années auparavant. Un aveu qui contrarie San-Antonio car il avait arrêté le présumé coupable qui depuis passe ses jours en prison. Trop de faits concrets accusent le malade et l’inculpé du nom de Carmino est libéré. Seulement, peu après l’infirmière qui s’occupait du malade est retrouvée assassinée. Carmino échappe à la surveillance des policiers qui devaient le pister.

Le pompier dont s’est plainte madame Godagno fait à nouveau parler de lui, enchaînant ses méfaits, et les crimes de sang, et le seul moyen possible pour découvrir son identité conduit à ce que Béru intègre une compagnie de pompiers. Ce qui l’amènera à circonscrire un incendie dans des conditions particulières.

 

Si l’intrigue de cette histoire est bien menée, ce sont les délires linguistiques qui prévalent. Les jeux de mot, les à-peu-près, les calembours, les situations humoristiques, décapantes, oserai-je écrire jouissives et grivoises, gauloises puisque nous sommes en France, s’enchaînent les unes derrières les autres comme des chenilles processionnaires.

Mais parfois, c’est un peu trop et l’aimerait pouvoir suivre l’histoire en toute sérénité, car l’attention est bien souvent accaparée par la logorrhée verbale au détriment du suivi de la narration. Ce n’est qu’un détail, mais qui compte pour le lecteur.

Tel père, tel fils, et l’on sent une continuité dans l’œuvre dardienne concernant les aventures du commissaire chéri de ces dames. Commissaire qui va ressentir des sueurs froides mais Salami, entre autre, est là pour rétablir bon ordre dans la maison.

Patrice Dard retrouve la verve de la première période consacrée à la saga du trio composé de San-Antonio, Béru et Pinaud, oui le vieux débris fait également partie de la distribution, et le style m’incite à penser fortement que les derniers ouvrages de Frédéric Dard sous le pseudo de San-Antonio sont peut-être de son cru. Comme le volume titré Napoléon Pommier paru le 11 mai 2000, soit quelques jours avant le décès de Frédéric Dard le 6 juin 2000.

Patrice DARD : Un pompier nommé Béru. Les nouvelles aventures de San-Antonio. Editions Fayard. Parution septembre 2002. 280 pages.

ISBN : 9782213613680

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2 octobre 2020 5 02 /10 /octobre /2020 03:07

Enervant ces romans français aux titres en anglo-saxon !

Michel HONAKER : The Verb of Life.

Ce roman de Michel Honaker s'inscrit directement dans la lignée des ouvrages dans lesquels le fantastique, la fantasmagorie, le surnaturel, la magie, la sorcellerie, la démonologie, les références aux textes anciens, aux formules cabalistiques, prennent une place plus que prépondérante. La lutte éternelle du Bien contre le Mal, la dualité entre la Vie et la Mort.

Aussi l'inclure dans une collection qui à l'origine était dédiée à la Science fiction et à l'Anticipation, comme son nom l'indique, est un peu une hérésie. Mais il n'existe plus de collection spécifique au fantastique, depuis la disparition de la collection Angoisse, et il aurait peut-être été judicieux de créer une collection à part pour ce qui se promet d'être une série. Mais bon, ne boudons pas notre plaisir, quoique ce procédé risque de perturber le lecteur qui se fiant à un genre se trouve en face d'un autre.

Deux jeunes assistent impuissants au réveil, à la délivrance dans une synagogue désaffectée d'un être mi-homme. Un fabricant de poupées et d'automates voit se liguer contre lui ses propres créations. Des jouets animés de vie, des homoncules habités d'une rage meurtrière.

 

Ebenezer Graimes, dit Le Commandeur, dont on a fait la connaissance dans Bronx Cérémonial pour ceux qui ont eu le plaisir de le lire, aura bien du mal à remettre de l'ordre dans le quartier de Loisada, un quartier juif de New-York entre deux cours de démonologie dans une université new-yorkaise.

 

Et ce n'est pas fini : d'autres aventures pleines de fureur, d'incantations magiques, de combats et de sorcellerie sont prévues dans les prochains mois. Ce deuxième volet consacré aux aventures du Commandeur est plus enlevé, plus envoutant que le précédent, Bronx Cérémonial, moins accrocheur, moins racoleur aussi. Ce qui prouve que l'histoire se suffit à elle-même et qu'il n'est pas besoin d'employer des artifices éculés pour capter l'attention et captiver le lecteur.

 

Première édition : Editions Média 1000. Parution mars 1988. 160 pages. Réservé aux adultes.

Première édition : Editions Média 1000. Parution mars 1988. 160 pages. Réservé aux adultes.

Michel HONAKER : The Verb of Life. Série Le Commandeur N°2. Fleuve Noir Anticipation N° 1735. Parution mars 1990. 192 pages.

ISBN : 2-265-04271-4

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1 octobre 2020 4 01 /10 /octobre /2020 04:17

Bon appétit, bien sûr !

Pierre LETERRIER et Jean Pierre XIRADAKIS : Fricassée de meurtres à la bordelaise.

L'harmonie du Gascon, restaurant bordelais tenu par Joseph Lauriance, un défenseur acharné de la cuisine du terroir, est troublée par l'intrusion de Camille. Camille est affolée : sa grand-mère Germaine a disparu, le soir même de ses noces, après avoir préparé le repas nuptial.

Germaine est une cuisinière fort prisée et fort demandée lors de réceptions, et qui, tout comme Lauriance son élève, privilégie la cuisine traditionnelle à la nouvelle cuisine. Le motif de cette disparition, de cet enlèvement, semble résider dans l'obtention de son carnet de recettes.

Un carnet secret convoité par de nombreux personnages, dont un Japonais. Mais faut-il aller jusqu'au meurtre pour réussir la sanguette à la ventrêche, la daube de cèpes, l'omelette de pauriées de vigne, la mitonnée de tripes au sauternes, les bouchées de foie de volailles à l'oseille ?

 

Ce polar gastronomique roboratif et savoureux, dû à un journaliste et à un restaurateur bordelais, est à déguster avec gourmandise.

L'histoire prétexte se tient de façon fort honorable, et le liant qui épaissit la sauce lui apporte une onctuosité ni trop épicée, ni trop fade, délicatement parfumée.

La nouvelle cuisine y est battue en brèche, ce que ne déplorerons pas ceux qui savent apprécier à leur juste valeur les nourritures terrestres.

Et l'évocation des templiers ou de la plantureuse Maïté de la cuisine des Mousquetaires agrémentent ce plat d'une pointe de piment, d'Espelette évidemment, ingrédient qui rehausse agréablement la subtilité de ces mets régionaux. Un roman qui ne pouvait qu'être publié à la Table Ronde !

 

Pierre LETERRIER et Jean Pierre XIRADAKIS : Fricassée de meurtres à la bordelaise. Editions de la Table Ronde. Parution le 24 février 1994. 230 pages.

ISBN : 9782710306023

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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 03:05

Qui de nous n’a jamais eu envie d’être quelqu’un d’autre ?

Tonino BENACQUISTA : Quelqu’un d’autre.

Après une partie de tennis pour retrouver des sensations ou simplement passer le temps, Thierry Blin et Nicolas Gredzinski, qui ne s’étaient jamais vus, décident de mieux faire connaissance autour d’un verre dans un bar. Ils papotent de tennis et d’anciennes gloires, et au cours de la conversation, alors que Nicolas évoque son apprentissage pianistique, il avoue qu’après avoir joué un morceau appris par cœur, le Clair de lune de Debussy, avec comme récompense les bravos et les sourires d’une poignée de jeunes filles, il avait eu l’impression d’être quelqu’un d’autre.

Ils se prennent au jeu. Et s’ils devenaient quelqu’un d’autre ? Rendez-vous est pris dans trois ans, même lieu, même heure. Un peu comme dans la chanson de Patrick Bruel, Place des grands hommes. Un défi lancé après absorption de moult verres de vodka glacée. Pour Nicolas, c’est une première, lui qui ne boit jamais.

Nous suivons alors, au cours des chapitres suivants, le parcours des deux hommes en alternance.

Thierry Blin est encadreur dans une échoppe non loin du métro Pernety dans la quatorzième arrondissement parisien, et vit depuis quelques années avec Nadine. Peu à peu il va se transformer moralement et physiquement, va brader son atelier, résilier son abonnement au cours de tennis alors qu’il n’était inscrit que depuis son match contre Nicolas, et se faire embaucher comme stagiaire dans une officine de détective privé, sous une nouvelle identité. Ce qui a pour conséquence de déboussoler Nadine qui va voir ailleurs par dépit.

Nicolas travaille dans un grand groupe aux diverses activités, La Parena, dont le siège est à la Défense. Il est l’assistant du directeur d’un service de publicité. Son initiation à la vodka laisse des traces dans sa tête et dans son estomac et peu à peu il devient addictif à l’alcool. Vodka, bière et autres liquides qui l’emmènent sur les chemins tortueux d’une indépendance vis-à-vis de son boss et de ses collègues.

Afin de cacher sa propension à se rafraîchir les papilles dès potron-minet, il imagine un cache représentant une marque de soda pour enrober ses canettes de bière au bureau. Car cela commence à jaser dans les couloirs. Et le soir dans un bar il fait la connaissance d’une jolie fille secrète prénommée Loraine. Il n’aura pas Loraine, ni l’Alsace d’ailleurs, le premier soir, ni les autres, une proposition édictée sous l’influence de l’alcool, mais il la reverra par la suite, se contentant de parler et d’échanger avec elle, sans savoir qui elle est exactement. C’est une femme secrète qui possède néanmoins de fortes connaissances œnologiques. Il consigne dans un petit carnet ses pensées du soir ou de la nuit qui consistent la plupart du temps en aphorismes.

 

Ce parcours atypique de deux personnages totalement différents est presque un parcours initiatique dans lequel les deux protagonistes vont vivre des épisodes dans lesquels ils n’auraient jamais pensés se sentir impliqués dans leur petite vie étriquée, ou presque. Ils se révèlent à eux-mêmes, se haussent dans la hiérarchie, même Nicolas qui, malgré son addiction à l’alcool, trouve des ressources insoupçonnées pour devenir inventeur d’un gadget qui fera fureur.

L’auteur se cache derrière les lignes, entre les pages, comme s’il voulait devenir quelqu’un d’autre en traversant le miroir du texte. En effet, on retrouve dans certains personnages la vie d’avant de Tonino Benacquista, avant qu’il connaisse le succès à travers ses romans, noirs et policiers publiés à la Série Noire ou chez Rivages : l’encadreur qui nous ramène à son métier d’accrocheur de tableaux comme dans Trois carrés rouges sur fond noir, l’opportuniste qui s’invite dans une réception à laquelle il n’était pas invité, le pique-assiette que fut l’auteur dans une vie et décrit dans Les Morsures de l’aube, l’Italie bien entendu, pays d’origine de sa famille composée d’émigrés provenant de la province de Frosinone.

 

On devrait interdire l’alcool aux angoissés, ce sont des proies faciles : ils ont la faiblesse de croire, l’espace d’un soir, qu’ils ont droit à leur part de bonheur.

 

Plus on marche sur la tête des faibles, plus on est enclin à lécher les bottes des forts.

 

Bardane a fait le choix d’être arrogant, c’est celui des médiocres.

Tonino BENACQUISTA : Quelqu’un d’autre. Collection Blanche. Editions Gallimard. Parution janvier 2002. 280 pages.

ISBN : 9782070763962

Réédition Folio. Parution 1er mai 2003. 378 pages.

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29 septembre 2020 2 29 /09 /septembre /2020 04:18

Un roman terriblement actuel !

Freddie LAFARGUE : Ibrahim Lancelot.

Ibrahim Guezmir a purgé de dix années d'exil un meurtre jamais prouvé puisque le corps de la victime présumée n'a jamais été retrouvé. Dix années à Chastelmort, dans le Grand Nord au cours desquelles il a végété, abruti par les drogues, mis hors circuit du monde dit normal.

Blummenfeld a décidé de le libérer et de lui donner une petite chance de réinsertion. Ibrahim théoriquement n'est plus qu'une larve intellectuelle, du moins c'est ce que croit le Maître de Chastelmort.

Dans une mine de l'Est vivote Arthur Bronstein réfugié en compagnie d'une poignée de dissidents et attendant le signal annonciateur de liberté. Or il apprend qu'Ibrahim aussi appelé Lancelot vient de rejoindre la Capitale. C'est le moment pense-t-il de relancer le Gral, nom de code du programme Génie Rayonnant de l'Action Libératrice. Il confie à Yvain la mission de contacter Lancelot.

 

Reprenant le mythe des Chevaliers de La Table Ronde, et le transposant dans un futur assez proche, Freddie Lafargue, alias Gérard Guégan, nous livre une fable moderne qui se voudrait optimiste. La quête de l'identité, la quête de la liberté, la quête de l'inaccessible, la quête éternelle d'un avenir qui ne serait que paix. Mais pour accéder à cette paix, il faut la gagner par la guerre.

Sous la fable l'auteur livre ses réflexions, son angoisse presque de la vision d'un monde moderne incontrôlable, et qui se cherche sous la férule de dictateurs, la science étant l'un de ces maîtres auxquels on se plie avec plus ou moins bonne grâce.

Une anticipation philosophique et caustique mais une anticipation malheureusement proche et inexorable, la poésie étant étouffée par le modernisme et le scientisme que l'on nous impose.

 

Freddie LAFARGUE : Ibrahim Lancelot. Collection Furies. Editions Dagorno. Parution 1er mai 1994. 180 pages. 70 francs

ISBN : 978-2910019143

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27 septembre 2020 7 27 /09 /septembre /2020 03:43

Je préfère le vin d’ici à l’eau de-là (Pierre Dac)

André HELENA : Passeport pour l'au-delà.

Jo vient d'effectuer un stage de six mois à l'hôpital. Six mois, ça compte, surtout lorsque le dit stage a été occasionné par la rencontre inopinée de quatre balles de revolver et d'un corps humain. Encore, s'il n'y avait eu que ça !

Pendant six mois ou presque, Jo a dû affronter les questions insidieuses d'un certain nombre de flics soupçonneux et dépassés par les événements. Pourquoi lui avoir tiré dessus, lui qui arrivait du Venezuela et ne se connaissait pas d'ennemis ?

Jo va donc tenter de découvrir le pourquoi du comment et essayer de retrouver Mireille, la jeune femme qui l'accompagnait le soir où il a essuyé les pruneaux, comme l'on dit d'une façon imagée dans ce milieu interlope. Ses pas le conduisent de Montmartre à Pigalle, de bars en tripots.

Jo furète, interroge, questionne truands et prostituées, à la recherche du fil conducteur qui le mènera jusqu'à ceux qui ont vainement tenté de lui faire passer le goût du vin et du cognac. Des boissons qui le rendent quelque peu euphorique et déprimé à la fois, vindicatif, quinteux, dans un Paris printanier. Pour Jo c'est le début de la perte de ses illusions et du peu d'argent qui lui restait en poche.

 

Ce parcours, cette longue descente aux enfers, cette déchéance accompagnée de sursauts, c'est un peu ce qu'André Héléna a vécu toute sa vie.

Brillant écrivain, Héléna n'a jamais été reconnu par ses pairs et la critique. Comme le fait si bien remarquer Georges-Jean Arnaud dans sa postface : Héléna possédait une grande facilité d'écriture mais il était prodigue. C'est un don qu'on vous pardonne rarement, non seulement les critiques mais aussi les confrères. Un roman laborieux et sans originalité écrit en un an l'emportera toujours dans l'estime sur celui qui aura été pondu en quinze jours.

L'alcool a eu raison d'Héléna qui avec une ironie amère écrit : Le Corse haussa les épaules. Il n'avait que mépris pour les gens qui boivent. Réflexion amère d'un écrivain désabusé mais bourré (!) de talent. Trop peut-être !

 

André HELENA : Passeport pour l'au-delà. Série les Compagnons du destin. Couverture Jef de Wulf. Collection Fanval Noir. Editions Fanval. Postface de Georges-Jean Arnaud. Septembre 1988. 192 pages.

ISBN : 9782869284104

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26 septembre 2020 6 26 /09 /septembre /2020 03:19

Mais il y en aura d’autres l’an prochain ! Peut-être !

Antoine DELAFERRE : Dernier film à Deauville.

Ancien énarque ayant démissionné parce qu'il s'était rapidement rendu compte qu'il n'était pas fait pour la haute fonction publique, Dorval vit de l'écriture d'articles et de scénarios. Ce n'est pas le Pérou, et parfois les fins de mois sont difficiles.

Célibataire et quadragénaire, il apprécie à sa juste valeur le terroir, et ses produits, et entretient avec Victor Placide une amitié de longue date. Placide est sous-préfet, et comme il accumule les tuiles à chacune de ses mutations, la promotion tarde à venir. Pour l'heure il est sous-préfet à Vire (Calvados) et Dorval accepte son invitation à passer quelques jours dans le bocage normand ce qui lui permet d'assister au festival du film américain de Deauville dont la vedette cette année est Paul Newman.

L'acteur interprète, dans un film produit par Max Laroche, un magnat américain de la presse écrite, originaire du pays qui voudrait bien racheter le groupe Normandie-Presse. Au grand dam du directeur de la publication et de quelques journalistes localiers. Ce qui n'empêche pas Dorval de batifoler avec Ophélia, la petite fille de Laroche. Le magnat est découvert assassiné et les mobiles, donc les prétendants au titre de meurtrier, ne manquent pas.

 

L'idée de prendre pour cadre d'une enquête policière les départements français, en les traitant les uns après les autres sans pour autant respecter un ordre chronologique, alphabétique, tout comme l'avait fait Léo Malet lorsqu'il a écrit ses Nouveaux Mystères de Paris, arrondissement par arrondissement, était intéressante en soi.

Seulement l'intrigue manque de corps, de même que la présentation des dits départements est superficielle. On eût aimé que la partie touristique soit plus conséquente, plus développée, à la découverte de la France profonde, et que le lecteur ressente plus la saveur des produits du terroir.

D'autant que cette série est patronnée par le Bottin Gourmand et l'IGN. Ainsi l'ambiance du festival du film américain de Deauville ne transparaît pas dans "Dernier film à Deauville", un titre pourtant prometteur.

L'auteur, dont on nous dit que c'est un haut fonctionnaire proche de l'Elysée, remédiera peut-être au fur et à mesure des enquêtes de Dorval, ce "Bayard des temps modernes", à ces lacunes.

Antoine DELAFERRE : Dernier film à Deauville. Collection Départementales N°4. Editions de la Table Ronde. Parution septembre 1997. 160 pages.

ISBN : 9782710308140.

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25 septembre 2020 5 25 /09 /septembre /2020 04:29

C’est un homme comme un autre…

Barbara CARTLAND : Le Diable amoureux

Quelle n’est pas la désillusion de la famille Stanton lors du décès du père Sir Beaugrave Stanton. Celui-ci a dilapidé toute sa fortune dans des voyages et dans des livres couteux et rares pour satisfaire sa passion sur l’Antiquité grecque.

Une passion qui s’était étalée jusque dans le choix des prénoms de ses quatre filles et de son unique fils. L’aînée, Cynthé, dix neuf ans, Larrissa, dix-huit ans, Athéna, dix-sept ans, Delos la petite dernière, quinze ans. Enfin le fils, Nicias, dont bien vite le prénom fut transformé en Nicky, afin d’éviter les moqueries de la part de ses condisciples. Ils vivent dans le château familial, Redmarley, sis dans la campagne anglaise, non loin de Gloucester, mais comme le portefeuille commence à se rétrécir en peau de chagrin, il va falloir opérer quelques coupes dans le train de vie.

Nicky est destiné à poursuivre ses études à Oxford afin de devenir diplomate, mais cela semble compromis. Ses sœurs n’acceptent pas qu’il sacrifie sa carrière à cause d’un manque pécuniaire. Aussi ses sœurs et leur mère envisagent diverses solutions pour pallier cette infortune. Larrissa écrit à sa marraine qui vit à Londres, laquelle connaît une vieille dame établie en France, la comtesse de la Roche, dont le frère, le comte de Barmont recherche une gouvernante pour son petit-fils Jean-Pierre.

Une situation en poche de gouvernante, ou plutôt de préceptrice, ne peut se refuser, aussi afin de paraître à son avantage en France, Larissa restaure quelques vieilles robes de ses sœurs ou de se mère, en leur ajoutant dentelles et les réaménageant. Puis c’est le départ, l’arrivée sur le continent. Dans le train qui l’emmène vers la capitale, Larissa fait la connaissance de Madame Madeleine qui s’extasie sur ses robes. Elle est une coutière renommée et apprécie le travail de rénovation. Elle parle également du comte Raoul de Barmont, le père veuf du jeune Jean-Pierre, mais ce n’est pas à l’avantage du trentenaire. Raoul est un fêtard bien connu dans les clubs de la capitale et des endroits de débauches comme les Folies-Bergères.

En gare un coche attend Larissa qui va enfin connaître les aîtres et les êtres. Le comte de Barmont père est un sexagénaire froid et distant qui ne voit que par son petit-fils, ne désirant pas entendre parler de son fils qu’il veut répudier. Madame de Savigny sa sœur qui vit au château accueille Larissa avec sympathie, ainsi que le personnel dont la nourrice de Jean-Pierre qui fut également celle du père, le comte Raoul.

Larissa doit enseigner surtout la langue anglaise à Jean-Pierre, un petit bonhomme de six ans qui ne pense qu’à jouer. C’est un gamin rêveur qu’un rien distraie, n’essayant pas de retenir les leçons de sa préceptrice. Au contraire, comme s’il en faisait exprès. Larissa s’aperçoit rapidement qu’il manque quelques neurones dans le cerveau de Jean-Pierre ce dont, à part son grand-père, tout le monde s’est aperçu. Et elle ne peut mettre en doute l’intelligence du gamin, au risque de se faire renvoyer au bout de quinze jours comme les gouvernantes précédentes.

Un jour, Jean-Pierre, toujours dans la lune, manque se faire écraser par un cheval qui galope dans une allée du château. Il s’agit du comte Raoul venu prendre des nouvelles de son fils, de la nouvelle préceptrice, et proposer une affaire à son père. Celui-ci refuse sans même étudier la proposition, engoncé qu’il est dans sa morgue et sa prévention envers le fils qui n’est pas prodigue. Mais le jeune comte Raoul tape dans les yeux et le cœur de Larissa et apparemment, c’est réciproque.

 

Sous cette ébauche d’histoire d’amour, qui se déroule en 1890, se niche un drame familial, un épisode imprévisible, dans sa conclusion, mais dont Barbara Cartland avait déjà posé les prémices par quelques péripéties sentant le roman policier. En effet, le comte Raoul manque être empoisonné, selon l’un des serviteurs toujours à l’affût des ragots, par une des bouteilles de Champagne ramenées du domaine. Car le comte, ne pouvant déshériter son fils, avait imaginé un meurtre afin que son petit-fils devienne l’héritier.

Mais Larissa, mise au courant, sauvera la vie de Raoul, en se précipitant à Paris, découvrant par la même occasion les lieux supposés de débauche du père de Jean-Pierre, à l’insu de son patron. Mais ce n’est pas fini.

 

Barbara Cartland se pique également de psychologie, mettant en parallèle les sociétés huppées britanniques et françaises, et leurs conceptions du mariage.

Les Français ont la réputation d’être très audacieux avec les femmes affirme Lady Stanton, qui ajoute : Un Anglais, s’il est homme d’honneur, ne courtisera une jeune fille que si ses intentions sont honnêtes, que s’il compte lui offrir le mariage.

On pourrait longtemps gloser sur ces deux affirmations tendancieuses. Mais laissons les philosophes s’écharper sur ces allégations, Ah bon, il n’existe pas de Français homme d’honneur, et que font les Anglais qui ne sont pas hommes d’honneur, comme il en existe partout ? Vaste sujet de dissertation, n’est-il point ?

Alors que le comte Raoul lui déclare qu’elle est infiniment ravissante, et qu’il suppose que de nombreux admirateurs le lui ont déjà dit, Larissa rétorque :

En Angleterre, monsieur, les hommes sont bien élevés.

Elle avait eu l’intention de le rabrouer, mais elle vit Raoul sourire. Ses yeux pétillaient.

Serait-il mal élevé de dire la vérité ? demanda-t-il. A vous voir, j’aurais cru que, plus que quiconque, vous apprécieriez la franchise.

Peut-on penser qu’il s’agit d’un cas de harcèlement ou d’un compliment mérité ?

Ce qu’un enfant ne connait pas ne lui manque pas.

Barbara CARTLAND : Le Diable amoureux (The devil in love – 1974. Traduction de Denyse Renaud). Collection Nous Deux N°358. Les Editions Mondiales. Parution juillet 1976. 222 pages.

ISBN : 2707413585

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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 03:14

Le parfum du roman noir américain !

Serge LAFOREST : Une poigne de fer.

A trente neuf ans, seize ans de service et trente-six enquêtes résolues à son actif, le lieutenant Sol Barker peut enfin espérer obtenir ses trois ficelles et devenir capitaine. Il est affecté dans un commissariat de Brownsville, et est célibataire depuis que sa jeune compagne Gail a déserté le foyer conjugal.

Elle était danseuse et n’a pas supporté les horaires de travail de Barker. Alors depuis seize mois, elle a repris sa liberté. Ce qui n’a pas empêché Sholto, dit Sol, Barker de s’intéresser à ses faits et gestes.

L’annonce que son dossier va enfin être déposé sur le bureau du maire, communication signifiée par son patron le commissaire Haraden, lui fait évidemment plaisir mais la nouvelle d’un meurtre vient gâcher l’avis de cette promotion, pas encore signée. Et ce meurtre a été signalé à l’adresse d’une certaine dame Namara, nouveau nom de Gail, née Owens mais ayant théoriquement gardé son nom d’épouse puisque le divorce n’a pas été prononcé entre eux.

Il s’agit d’un jeune gangster du nom de Buggsy Lazlo, qui avait fait ses armes avec Fredo le Sicilien puis, depuis que la bande avait été détruite, évoluait dans le sillage de Goldie Gaione. Sol, de la Brigade Criminelle, arrive sur place alors que deux policiers gardent l’entrée et interroge la femme de service qui était dans les escaliers. La concierge est toujours dans l’escalier ! Les ambulanciers partent avec le cadavre et Sol farfouille dans la pièce, retrouvant les objets et les vêtements chics de Gail. En sortant il se trouve nez à nez avec celle-ci.

Au début elle nie connaître Buggsy puis avoue qu’il la courtisait. Elle lui avait prêté une clé mais jure que jamais il n’a couché avec elle. Sol n’est pas convaincu par ses affirmations. Sol se rend ensuite chez Vito Lazlo, le frère de Buggsy, qui a quinze ans de plus que le défunt et qui tient un bar. Il lui annonce la mort violente de son frère, ce dont Vito n’est guère surpris, sachant les relations que celui-ci entretenait avec la pègre.

Dice Appledoe s’invite dans la pièce où se tient Vito, Sol s’étant caché derrière une porte. Appledoe est envoyé par Goldie Gaione pour que Vito lui refile un pourcentage sur ses recettes et fournit un endroit pour que le shylock, prêteur sur gages aux taux usuraires, puisse s’y installer. Vito refuse catégoriquement, ne mangeant pas de ce pain-là. C’est à ce moment que Sol se dévoile et embarque Appeldoe pour diverses infractions. Il demande au policier de garde de relâcher Appledoe au bout d’une heure.

Se faisant passer pour Bix Skouris, un concurrent de Goldie Gaione, il téléphone, d’un drugstore, au truand, l’informant qu’Appledoe aurait craché le morceau concernant Buggsy Lazlo. Car Sol est déterminé à donner un grand coup de pied dans la fourmilière. Il veut monter l’un contre l’autre les deux truands, chefs de bandes rivales, mais le résultat n’est pas tout à fait conforme à ses prévisions.

Haraden l’informe que son dossier pour obtenir les trois ficelles a été mis à la poubelle. Le district attorney et le maire mangeant dans la main des truands. Sol pense que quelqu’un d’autre manipule les tygoons (gangsters).

 

Une poigne de fer, si ce roman était signé d’un pseudonyme américain et traduit par Serge Laforest, aurait très bien pu passer pour la traduction d’un livre en provenance d’Outre-Atlantique. On sent l’influence d’auteurs américains, dans le style de Bruno Fisher, de Day Keene et de quelques autres, de par le contexte. Et il ne faut pas oublier que Serge Laforest fut le premier auteur français publié dans la Série noire, sous le pseudonyme de Terry Stewart en 1948.

Il est étonnant qu’au départ Sholto Barker évolue à Brownsville puis au court du récit ce quartier ou cette ville devient tout simplement Brooklyn. Mais ce n’est qu’un détail, ce qui importe c’est le traitement de l’intrigue.

Un policier qui veut à tout prix, et par tous les moyens, se débarrasser de deux bandes de gangsters, mettant sa vie en jeu. Et le lecteur n’est pas étonné du résultat ni du nom de la personne qui tire les ficelles.

Un roman solide comme les écrivait Serge Laforest, et chez lui il n’y avait guère de déchet. Il fut l’un des piliers des collections Spécial Police et Espionnage jusqu’à son éviction ( ?) du Fleuve Noir en 1969.

 

Serge LAFOREST : Une poigne de fer. Collection Spécial Police N°60. Editions Fleuve Noir. Parution 3e trimestre 1954. 224 pages.

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