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25 mars 2020 3 25 /03 /mars /2020 04:16

Dombes la fille, dans des draps de soie…

Marcel E. GRANCHER : La fille des Dombes

Un cas de conscience taraude le père Pinard qui est veuf et élève seul sa gamine de huit ans, la petite Amandine surnommée Palmolive à cause de sa bouille qui rappelle celle de la fameuse publicité du savon familial.

Mais ses copains, à qui il vient de se confier dans l’un des bars de Saint-Alphée-en-Dombes, lui affirment qu’il n’existe aucun problème. Ils doivent se rendre au bobinard de Bourg, et ils vont emmener la petite et la confier aux dames du claque, celles qui ne seront pas occupées à satisfaire la libido de ces messieurs et à l’hygiène de leurs gonades. Et c’est ainsi que Palmolive sera chouchoutée dans un endroit normalement interdit aux mineurs, quel qu’en soit le sexe.

Dix ans plus tard, nous retrouvons les mêmes protagonistes et quelques autres. La région s’est enrichie grâce à des modifications agricoles et de nouveaux résidents venus de Lyon y passent leurs fins de semaine. Ainsi le soyeux Nouguier, propriétaire de filatures et d’ateliers de tissage à Lyon, nommé maire car il est bon d’avoir à la tête d’un commune un édile représentatif de la société huppée, organise des chasses privées auxquelles sont conviés de nouveaux riches et d’anciens nobliaux.

Palmolive, âgée de dix-huit ans, est à son service, et son fils Rémi, qui normalement était prédestiné à lui succéder, le désole car il consacre son temps à écrire et se pique de poésie. Rémi est de quelques années plus vieux que Palmolive mais il ressent envers la jeune fille une attirance sincère. De plus il prône l’amour pur et naïvement il veut préserver sa virginité pour sa promise, et réciproquement, ce qui fait qu’il ne connait pas grand-chose aux femmes et à la fonction physique dite du simulacre de la procréation.

Lorsqu’il évoque à son père de son envie de se marier avec Palmolive, celui-ci entre dans une fureur noire et l’envoie se remettre les idées en place dans son comptoir de soie à Shanghai. Arrivé en Chine, il écrit une longue lettre à Palmolive, lui narrant son voyage, et lui promettant de préserver sa vertu pour son retour. La jeune fille qui a déjà batifolé avec de nombreux compagnons de draps lui répond qu’elle vient de se mettre en compagnie du père. Cela reste dans la famille, mais Rémi en est fort marri.

 

Parfois ce texte m’a fait penser à 20 000 lieux sous les mers et quelques autres romans de Jules Verne, lorsque l’auteur dresse une liste des espèces de la faune volatile propice au carnier des chasseurs ou des arbres composant la sylve des forêts de cette région. Ou lorsque Rémi Nouguier décrit à Palmolive les différents tissus et pièces d’habillement exposés dans le Musée des Tissus, sans oublier les nombreux détails géographiques et historiques qui émaillent le récit, et les considérations sociologiques.

Les années 1928 et suivantes seront fatales à l’économie non seulement américaine mais mondiale et les soyeux lyonnais n’échappent pas à la récession. Le cours de la matière première s’effondre et tout ce qui possède un rapport quelconque avec les métiers de la soie, importateurs, tisseurs, marchands, représentants, se trouvent ruinés. Et c’est l’occasion pour ceux qui étaient méprisés, comme l’épicier invité aux parties de chasses de Nouguier, de prendre leur revanche.

Un roman parfois gaulois, égrillard, mais surtout grave car relatant une époque qui n’est guère différente de la notre et était même prémonitoire :

Tu parles comme les gens de la Maison Veuve Guérin et Cie dont en plein XXe siècle, les statuts portent en toutes lettres, au chapitre de la répartition : Quant aux bénéfices, s’il plaît à Dieu d’en laisser aux actionnaires, ou quelque chose de ce genre.

Vous êtes sinistres, lança Plantenoire. On dirait que vous craignez quelque chose… Pourtant les affaires n’ont jamais si bien marché…

Précisément, elles marchent trop bien… On produit trop… On stocke trop… Tant qu’il y a un semblant de consommation, cela va encore… Mais que les achats viennent à s’arrêter, c’est la panique, l’effondrement… Et pour peu que les changes s’en mêlent à ce moment, la ruine…

Avec la différence près, que maintenant on produit à flux tendu, à l’extérieur, et lorsque le pays se trouve en crise, il est exsangue, en manque de denrées, et je ne parle pas uniquement de masques.

 

Pour que la femme soit contente, faut toujours que l’homme redouble.

 

Marcel E. GRANCHER : La fille des Dombes. Editions Rabelais. Parution 26 juillet 1962. 256 pages.

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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 05:11

…C'était sa dernièr' séance
Et le rideau sur l'écran est tombé…

Georges-Jean ARNAUD : Virus.

La séance de cinéma terminée dans le petit café de Feuilla, Bernard Maury range son matériel et s’apprête à rentrer à Rivesaltes où il est propriétaire d’un cinéma, le Rialto.

Sa petite chienne Pipette qui le suit partout n’a pas l’air en forme, et lui boit plus que d’habitude. De l’eau ou une bière car il a de la route à parcourir, vingt-cinq kilomètres environ, sur une petite route de montagne dont une partie en corniche, d’un côté le flanc de la montagne, de l’autre un ravin. Un seul véhicule peut circuler, toutefois un emplacement pour se garer est prévu.

Il se retrouve nez à nez avec son employé, Aguil, lui aussi projectionniste et était dans un village, qui lui propose de l’éclairer à l’aide d’une torche par l’arrière de son véhicule. Maury entame la descente à reculons mais bientôt dans un virage, Aguil, dont l’action était préméditée, se déplace légèrement sur la gauche, induisant dans l’erreur Maury. C’est la chute fatale. Aguil descend afin de se rendre compte. Maury est bien mort, mais la petite chienne Pipette a disparu. Il met le feu au véhicule puis rejoint Rivesaltes, la conscience tranquille, presque.

Car les gendarmes, en la personne de l’adjudant Millet est déjà là, prévenus par des voisins qui ont aperçu le début d’incendie. Aguil prétexte une panne pour justifier son retard.

Mais pour François Maury, le frère de Bernard, l’accident a été provoqué. Les mêmes conclusions que l’adjudant. Juste des suspicions, pas de preuves pour étayer leurs soupçons.

François, étudiant en médecine, était chez son frère, et sa belle-sœur Michèle, pour passer ses vacances. En réfléchissant, il constate quelques anomalies dans le récit d’Aguil, d’autant que celui-ci est proche de Michèle. Trop proche. Et une pointe de jalousie s’enfonce dans le cœur de François qui en compagnie de l’adjudant Millet va enquêter. Sa conviction est forgée. Aguil est coupable et Michèle peut-être sa complice. Mais il lui faut retrouver Pipette afin d’étayer certaines de ses conjectures. Et le comportement d’Aguil, maladif peut-être du paludisme, lui offre de nombreuses questions à creuser.

 

Georges-Jean Arnaud avec ce roman entamait sa fructueuse collaboration dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir, son deuxième roman dans cette maison d’éditions après L’enfer des humiliés dans la collection Grands romans.

Déjà il fait montre d’une grande maîtrise dans la construction de ses intrigues, mais il faut avouer que depuis une décennie il avait fourni de très nombreux romans policier, d’espionnage ou de charme, pour l’Arabesque ou Ferenczi.

Il trouve son style, unique, mettant en scène peu de personnages et s’attachant surtout à la psychologie des différents protagonistes, sans pour autant négliger l’intrigue. Si un gendarme évolue dans cette histoire (deux ou trois car en de certaines occasions l’adjudant Millet met à contribution ses hommes), on ne peut pas parler d’enquête policière à proprement parler. C’est François qui se tape pratiquement tout le boulot, se déplaçant, et surtout tentant d’asticoter Aguil et Michèle par ses propos soupçonneux, afin de les amener à se dévoiler.

Le titre de Virus, adapté pour l’intrigue, est toutefois trop révélateur, et enlève au lecteur le charme de la déduction et de la découverte.

 

Georges-Jean ARNAUD : Virus. Collection Spécial Police N°226. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1960. 224 pages.

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22 mars 2020 7 22 /03 /mars /2020 05:46

Quand la réalité rejoint la fiction, ou presque…

Pierre PELOT : Offensive du virus sous le champ de bataille.

Les savants fous ont de tout temps existé et lorsque les gouvernements les aident dans leurs recherches, cela leur est encore plus facile à perpétrer leurs méfaits.

C’est ainsi que dans un établissement de retraite pour vétérans, dans le Missouri, le professeur Morgansen a mis au point le virus dit de la mémoire folle. Seulement l’un des virus mutants échappe au contrôle du professeur et l’un des sujets, Tony Burden, depuis août 1996 véhicule un virus contenant un fragment de mémoire d’un vétéran stressé par une mission de sabotage. Atteint et porteur de cette saloperie, il contamine tous ceux qu’il approche.

Cette mémoire parasite influe sur ces malades qui deviennent des meurtriers. La folie meurtrière se propage dans tous les états du Sud des Etats-Unis et bientôt un lien est établi entre tous ces cas. Un blocus est organisé entre les états du sud et le gouvernement, provoquant une nouvelle guerre entre Confédérés et le Nord. Morgansen disparaît, avec ou sans l’aval du gouvernement qui recherche par la même occasion ce porteur qu’est Tony Burden.

Depuis, ce vétéran âgé de soixante six ans parcourt le pays, propageant la maladie, et lorsque nous le retrouvons dans ce roman, en janvier 1997, il marche le long de la route 27, avec dans l’idée de se rendre à Knoxville dans le Tennessee. Pourquoi Knoxville ? Il n’en sait trop rien, mais il marche inlassablement.

Il arrive dans le bourg de Sunbright, muni d’un fusil qui ne le quitte jamais, les poches bourrées de munitions. Il a à son actif quelques meurtres, mais c’est bien parce que les victimes l’ont cherché.

Il longe les murs, s’agenouille sous les fenêtres, se dissimulant au maximum. Rien ne bouge. Il ne rencontre personne. Au bout du village, il aperçoit une voiture, mais le propriétaire est à l’affût derrière sa fenêtre. Les deux hommes parlementent et Burden est invité à s’introduire dans la maison. L’homme est fort remonté contre le docteur de la petite ville qui a procédé, comme l’exigent les autorités, à la vaccination de sa famille. Mais ce vaccin est mortel. Burden s’enfuit à bord du véhicule tandis que l’homme se suicide.

Ensuite le vétéran est arrêté par une troupe d’individus et les échanges ne sont guère amicaux. Des coups de feu sont échangés et Burden est emmené par l’un des belligérants en voiture. Débute alors une nouvelle pérégrination chargée de nombreux incidents. Car son sauveur affirme avoir reconnu Burden, même si celui-ci se défend de s’appeler ainsi, et vouloir le contraindre à reconnaître Morgansen dont il connait le lieu de sa cache.

L’histoire se termine un peu en queue de poisson, comme expliqué ci-dessous.

 

Après Mémoires d'un épouvantail blessé au combat (Anticipation n° 1482), Observation du virus en temps de paix (Anticipation n° 1495), Alabama Un Neuf Neuf Six (Anticipation n° 1553), Sécession bis (Anticipation n° 1565), ce roman relate la cinquième aventure de Tony Burden, un vétéran de l’armée américaine, en janvier 1997. Normalement un dernier ouvrage intitulé La ballade (sic) de Tony Burden, dernier couplet, était prévu pour paraître dans la même collection, mais apparemment il n’a jamais été publié, ou alors sous un autre titre, et n’est pas répertorié dans cette série.

Cette histoire m’a fait penser quelque peu à un mélange de la série télévisée américaine Le Fugitif et aux romans de Jerry Ahern, Le Survivant. Dans ces deux exemples, le contexte et les conditions sont différentes, mais il s’agit bien dans le cas de Tony Burden de fuir et d’échapper aux policiers du FBI, lancés à ses trousses, et à tous ceux dans la population qui voient en lui le Mal incarné, et veulent le tuer pour se débarrasser d’un porteur du virus épidémique alors que lui-même est animé d’un désir de vengeance.

A noter que la couverture n’a rien à voir avec l’histoire.

Et cela lui semblait normal d’exister désormais agrippé à ce fusil, comme un plant de haricots grimpants accroché à son tuteur.

Pierre PELOT : Offensive du virus sous le champ de bataille. Collection Anticipation N°1580. Editions Fleuve Noir. Parution octobre 1987. 190 pages.

ISBN : 2-265-03696-X

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21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 04:55

Et j’veux qu’on rie, J’veux qu’on danse
J’veux qu’on s’amuse comme des fous
J’veux qu’on rie, J’veux qu’on danse
Quand c’est qu’on m’mettra dans l’trou ?

Maurice PERISSET : Le banc des veuves.

Alors qu’il a toujours proclamé haut et fort son innocence, Sébastien Thamois n’a que dix-neuf ans lorsqu’il est guillotiné pour meurtre.

Sa mère, retirée dans un petit village de Haute Provence ne vit que pour la réhabilitation de son fils. Afin que sa mémoire ne soit pas entachée, souillée d’un crime dont il s’est toujours défendu d’en être l’auteur. Alors elle empile, elle emmagasine, elle archive dossiers, lettres, notes, preuves indices.

C’en devient une véritable obsession.

Le commissaire Jardet, en vacances avec son fils dans le petit village où vit en recluse madame Thamois, voue une sainte horreur aux erreurs judiciaires, aux affaires un peu trop rapidement bouclées. Aussi décide-t-il de lui venir en aide, aide qui ne semble guère superflue. D’étranges personnages rôdent dans la région, profitant de l’absence de la vieille femme pour venir fouiller dans la bergerie où elle a élu domicile.

Mais même si tout un faisceau de présomptions n’a jamais servi de preuves, le parti pris des « honnêtes gens » souvent est guidé par l’influence des médias. Influence parfois perverse.

Alors remuer une histoire vieille de cinq ans n’est gère aisé et ce n’est pas un passage à la télévision de la mère obstinée pour une émission intitulée Justice et Injustices qui va remuer les foules.

 

Sans verser dans le trémolo, avec sobriété, Maurice Périsset met l’accent sur les lacunes de la Justice, parfois expéditive, et l’influence souvent néfaste des médias sur l’esprit de personnes qui jugent un peu hâtivement d’après des on-dit, des racontars, et parce que dit Untel est parole d’Evangile.

Et puis il faut faire plaisir à la foule.

Une arrestation spectaculaire est toujours la bienvenue surtout si la Police reste sur des échecs consécutifs.

 

Le plus difficile pour un policier, c’est d’être objectif. On se laisse emporter par ses convictions, on est souvent victime des apparences.

Maurice PERISSET : Le banc des veuves. Collection Dossiers du Quai des Orfèvres. Editions du Rocher. Parution le 30 avril 1989. 236 pages.

ISBN : 978-2268004952

Réédition : J’Ai Lu Policier N°2666. Novembre 1989 et 26 février 2001.

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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 04:53

Un épigone d’Arsène Lupin !

Yves VARENDE : Toujours plus fort. Lord Lister N°2.

Au début du vingtième siècle, les petits fascicules allemands ou néerlandais avec personnages récurrents proliféraient, et Harry Dickson est le plus connu de ces héros imaginés par d’obscurs écrivaillons.

Jean Ray s’est emparé de la série des Harry Dickson, adaptant et réécrivant les aventures du célèbre Sherlock Holmes américain, puis en imaginant et rédigeant de nouvelles péripéties. Mais bien d’autres héros eurent les faveurs du public et parmi eux Lord Lister, dit Sinclair le mystérieux inconnu, ainsi que Buffalo Bill, Nick Carter…

Trente fascicules ont été publiés en France dans un savant désordre entre 1909 et 1911, tandis qu’en Belgique ce furent quatre-vingt dix numéros qui virent le jour entre 1925 et 1932. Et Allemagne la série débuta à partir de la mi-novembre 1908. Ces renseignements, je les ai puisés dans ce volume des aventures de Lord Lister grâce à l’érudition d’Yves Varende qui lui-même a réécrit, adapté, nettoyé, restauré, dépoussiéré quelques-uns de ces fascicules qui ont gardé leur fraîcheur et leur naïveté parfois. Les principaux auteurs de ces fascicules se nommaient Kurt Matull et Théo von Blankensee mais bien d’autres polygraphes apportèrent leurs pierres, parfois un peu lourdes à digérer, dans cet édifice.

Dans sa préface, Yves Varende, pseudonyme de Thierry Martens qui fut aussi un auteur de bandes dessinées belges et rédacteur du journal Spirou de 1969 à 1978, nous décrit cette période prolifique, avec tous les nombreux personnages qui furent des héros immortels et qui est une marque de fabrique germanique, puisque de nos jours les fascicules consacrés à Perry Rhodan notamment connaissent toujours un succès de librairie tandis qu’en France ce genre de publications n’existe plus depuis des décennies et la fin des éditions Ferenczi.

Ainsi dans cette préface, écrite entre janvier et octobre 1995, peut-on lire quelques réflexions intéressantes qui de nos jours prennent encore plus d’ampleur, de pertinence et de justesse.

Quelques romanciers populaires ont parfois l’honneur d’une consécration dans la collection Bouquins de Robert Laffont, mais il reste beaucoup à faire et les « directeurs littéraires » sont souvent d’une inculture notoire pour tout ce qui ne leur a pas été enseigné par Lagarde et Michard. Ces intellectuels ne lisent que ce qui est à la mode et se gardent bien de défricher les sentiers rendus à la végétation. Inutile de demander à ces pantouflards qu’ils découvrent les ruines sublimes perdues dans la jungle !

 

Autre réflexion non dénuée de bon sens adressée cette fois aux auteurs.

On ne compose malheureusement plus beaucoup de tels univers populaires de nos jours. S’il y a désaffection pour la lecture, c’est peut-être parce que trop d’auteurs oublient que le but essentiel d’un écrivain doit être d’offrir une agréable détente à ses amis lecteurs, même s’il aborde parfois des sujets plus difficiles ou ouvrant des controverses.

Le rêve des dirigeants de nos sociétés est d’offrir de la détente insipide et sans saveur pour que le cirque politique devienne le dernier spectacle à la mode. Ils interdiraient volontiers de réfléchir hors des sentiers battus et craignent ce qui n’est pas « politiquement correct ».

Lorsque l’on veut filtrer l’information, diriger la pensée, limiter l’expression et imposer des œillères au peuple, la démocratie ne se distingue plus beaucoup des dictatures qu’elle prétend combattre. L’homme n’est plus considéré que comme un contribuable fiché et numéroté, destiné à assister, impuissant, au festival des canailleries des partis et des puissants qui se partagent le pouvoir.

 

Après cette longue présentation fort instructive, et pertinente, suivent quatorze nouvelles ayant pour protagoniste principal Lord Lister, nouvelles précédées d’une présentation de l’auteur, ainsi qu’un court texte qui avait servi de remplissage pour Les esprits de Bertha Dunkel mais qui peut se lire indépendamment du texte originel.

 

Je reviendrai plus longuement sur chacune de ces nouvelles, si j’en ai le temps (voire le courage), mais juste un petit mot pour vous mettre en appétit sur La ville de la nuit éternelle.

L’action se déroule à San Francisco où se rendent Lord Lister et son inséparable jeune ami et adjoint Charley Brand. Lister veut se procurer un produit spécial auprès de l’un des Chinois de la ville et tous deux se trouvent entraînés dans une sombre histoire d’enlèvements de jeunes filles. Et le lecteur captivé les suit dans leurs déambulations souterraines, le sous-sol de San Francisco et plus particulièrement le quartier chinois, le Chinatown californien, étant aménagé en véritable labyrinthe creusé par les habitants eux-mêmes sous la férule d’un mystérieux chef de bande d’une triade.

Cette périlleuse mission est le reflet d’une psychose de l’époque, le péril jaune souvent traité par de nombreux romanciers populaires dont le principal représentant est sans conteste Sax Rhomer et son personnage de Fu-Manche, initié par le Capitaine Danrit dans L’invasion jaune. Et cette ville souterraine inspira à Henri Vernes une aventure de Bob Morane, La cité de l’Ombre jaune en 1965.

 

 

Sommaire :

Préface.

La ville de la nuit éternelle

Baxter en vacances

Une périlleuse mission de confiance

L'affaire de la canonnière

Le trésor de guerre du Roghi

Une campagne électorale

Le secret du coffre-fort

Le trésor sacré de çiva

Le vase de Chine

Une mirifique agence de voyage

Un vol au musée

La torpille aérienne

Le saint en argent

Les esprits de Bertha Dunkel

Marholm, détective

Bibliographies : Lord Lister en langue française et Lord Lister en langue allemande.

Table des matières.

 

A noter également en hors texte la reproduction en couleurs des couvertures des quatorze premières nouvelles.

Yves VARENDE : Toujours plus fort. Lord Lister N°2. Collection Volume. Editions Lefrancq. Parution juin 1996. 1004 pages.

ISBN : 978-2871532835

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18 mars 2020 3 18 /03 /mars /2020 05:29

Sans fleurs ni couronnes…

Francis RICHARD : Regrets éternels.

Depuis quelques temps, le Vieux semble se ramollir. Il n’a plus autant d’allant, d’entrain, regarde évasivement le plafond, ne répond pas ou à contresens à ses interlocuteurs.

C’est ce que remarquent Francis Richard, agent secret, et son collègue Madrier dit Merdouille à cause de sa propension à utiliser ce terme à tout propos.

La cause de cette conduite inhabituelle réside en une phrase : Valsetti n’est pas mort. Le Vieux l’a rencontré et il ajoute qu’il envoie son meilleur souvenir à Francis Richard. C’est impossible pense celui-ci qui est tout éberlué mais ne précise pas le pourquoi. Valsetti était un agent de l’autre bord et il est mort. Et si Richard en est persuadé, c’est parce lui-même a appuyé sur le revolver fatal. Mais pour tous, il s’agit d’un meurtre imputé à un inconnu.

Donc Valsetti serait vivant. D’ailleurs Richard est convié à une séance de spiritisme chez un voyant nommé Eliphelme de Saint-Phaas. Un nom qui provoque un rire inextinguible chez l’agent qui se souvient de ses lectures, et plus particulièrement du roman La Double vie de Théophraste Longuet, de Gaston Leroux, roman dans lequel évolue le personnage de d’Eliphas de Saint-Elme.

La séance se déroule donc chez le voyant mais Richard ne découvre aucun trucage, aucune supercherie. L’homme se contente de taper sur sa table avec ses doigts, comme s’il était animé par le mort s’exprimant en Morse. Et il repart chargé d’une mission, récupérer des documents dans un fauteuil arrière d’une voiture. Seulement l’opération se déroule en queue de poisson et Olga, celle qui fut la maîtresse de Valsetti fait sa réapparition. Richard est même kidnappé mais il parvient à s’échapper, dans des circonstances heureuses.

Il découvre que Eliphelme de Saint-Phaas, un alias, est hypnotisé dans un salon de coiffure, recevant ses informations sous un casque-séchoir. Ses pérégrinations l’amènent à soupçonner soit la gérante, soit l’employée. Alors en compagnie de Merdouille, pardon de Madrier, il s’élance sur leurs traces, mais il y aura de la viande morte au bout du chemin.

 

L’intrigue de ce roman mi-espionnage, mi-policier, est particulièrement tarabiscotée, mais l’auteur, Francis Richard qui donne son nom au héros, s’en sort avec les honneurs. Si certains de ses romans ne sont guère convaincants, celui-ci tient bien la route et n’a pas vieilli, même si, publié de nos jours, il faudrait procéder à quelques rectifications et à des ajustements. Et il existe une bonne dose d’humour qui cache quelques faiblesses. Mais aussi une grande part est dédiée au hasard, hasard sans lequel les romanciers populaires n’arriveraient pas à imaginer leurs intrigues.

Sous le pseudonyme de Francis Richard se cachait Paul Bérato, plus connu sous les alias d’Yves Dermèze, pour des romans en tous genres allant du policier au roman de cape et d’épée, et de Paul Béra, grand fournisseur des collections Angoisse et Anticipation du Fleuve Noir.

Francis RICHARD : Regrets éternels. Collection Service Secret 078 N° 31. Editions S.E.G. Parution 3e trimestre 1961. 96 pages.

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16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 05:32

Certifié sans OGM !

COLETTE : Le blé en herbe.

Dans ce roman de 1923, Colette, alors âgée de cinquante ans, narre tout en pudeur les approches amoureuses et sexuelles de deux gamins, Phil, seize ans, et Vinca, quinze ans. Mais cela ne se circonscrit pas à ces relations d’enfants se connaissant depuis leur naissance, se côtoyant à Paris, et qui se retrouvent ensemble dans une grande maison non loin de Cancale avec leurs parents pour les vacances estivales.

A cet âge où l’adolescence commence à trouver en leur cœur des bourgeons amoureux, Phil et Vinca jouent, pêchent les coquillages, se disputent parfois pour des fadaises, mais sont comme des amants platoniques. Ils découvrent qu’ils s’aiment alors que depuis des années pour eux c’était l’amitié qui prévalait.

Il suffit qu’un jour, alors que Phil se promène seul, il est abordé dans la campagne par madame Dalleray, la Dame en blanc, une trentenaire qui a loué une maison pour l’été non loin de la leur. Elle s’intéresse au garçon et peu à peu celui-ci va la retrouver chez elle. Elle sera son initiatrice et le déniaisera. Mais Vinca s’aperçoit de ce manège nocturne. La Dame en blanc repart chez elle et entre les deux enfants, la jalousie et l’amour se disputent la prépondérance. Et les parents dans tout ça ? Ce sont les Ombres comme les appellent Phil et Vinca. Des personnages secondaires, très secondaires.

Ce roman sera diversement apprécié par les tenants de la morale, alors qu’il n’y a rien, sauf un ou deux passages légèrement suggestifs, et le film qui en sera adapté en 1954 sera également sous les feux des critiques négatives.

 

« Avec Le Blé en herbe, Autant-Lara retrouve ses ennemis de base. Les intégristes de tout poil se déchaînent. Ainsi, une association baptisée « Cartel d’action morale et sociale à Paris » lui envoie ce texte "gratiné" : « Votre projet, tiré de l’œuvre de Colette, nous déplaisait en raison des répercussions morales néfastes que ne pourrait manquer d’avoir un tel film sur l’ensemble de la jeunesse de notre pays. Du reste, nous songions déjà à le dénoncer aux autorités lorsque nous avons appris par la presse que vous renonciez à la réalisation de ce film, par suite de l’état de santé d’Edwige Feuillère ». Malheureusement pour nos censeurs autoproclamés et heureusement pour le cinéma, le film se fera, en 53, avec une Edwige Feuillère qui a retrouvé sa robuste santé. Colette qui assista à la première projection publique ne cacha pas sa satisfaction. La critique accueillit le film sans enthousiasme mais la jeunesse s’y précipita en masse. En ce milieu des années cinquante, Le Blé en herbe fit beaucoup pour l’éveil de la sexualité des adolescents « coincés » dans une France encore bien puritaine. »

— Francis Girod, Discours prononcé lors de sa réception sous la Coupole en hommage à Claude Autant-Lara

 

Depuis les mœurs ont évalué, et les amours enfantines ne choquent plus guère, sauf quelques bigots confits dans leur méconnaissance de la vie. Pourtant de nos jours comment serait accueilli cet ouvrage, qui est devenu un classique, avec le déchaînement des associations féministes ?

Un homme qui s’intéresse à une jeune fille est considéré comme un prédateur sexuel. Mais une femme qui prête son corps à une éducation sentimentale ne peut-elle être qu’une initiatrice et donc faire œuvre pie ?

 

Il est de notoriété publique que Colette, qui était anticonformiste, puisait souvent dans sa vie privée pour écrire ses romans. Peut-on imaginer que la Dame blanche ne soit autrement que Colette qui eut pour amant durant un certain temps Bertrand de Jouvenel, le fils de son deuxième mari, Henri de Jouvenel, alors qu’il n’avait que dix-sept ans. Il était né en 1903 et donc cette passade ce serait déroulée en 1920. Et Colette ayant divorcé d’Henri de Jouvenel en 1923, ce roman celait peut-être leur rupture.

 

Ce roman a été adapté au cinéma par Jean Aurenche, Pierre Bost et Claude Autant-Lara, dans une réalisation de Claude Autant-Lara, en 1954. Les principaux interprètes en furent : Pierre-Michel Beck : Phil Audebert, l'adolescent, Nicole Berger : Vinca Ferret, l'adolescente, et Edwige Feuillère : Mme Dalleray, la dame en blanc.

 

Les romans emplissent cent pages, ou plus, de la préparation à l’amour physique, l’événement lui-même tient en quinze lignes, et Philippe cherchait en vain, dans sa mémoire, le livre où il est écrit  qu’un jeune homme ne se délivre pas de l’enfance et de la chasteté par une seule chute, mais qu’il en chancelle encore, par oscillations profondes et comme sismiques, pendant de longs jours.

COLETTE : Le blé en herbe. J’AI LU N°2. Edition du 12 septembre 1978. 128 pages.

Première édition Flammarion. 1923.

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15 mars 2020 7 15 /03 /mars /2020 05:43

C’est d’actualité ?

F. RICHARD-BESSIERE : Micro-invasion.

Le petit Bud, quatre ans, est difficile à canaliser. C’est un gamin hyperactif et il vient de se faire renvoyer de la garderie pour la deuxième fois. Ce qui n’empêche pas ses parents, surtout son père, Sidney Gordon, de lui gagner au tir une jolie soucoupe volante. Un objet qu’il emmène chez leurs amis, Archie et Gloria Brent, qui ne pouvant se déplacer leur propose de les rencontrer chez eux dans la campagne new-yorkaise.

Archis Brent qui vient de démissionner de la présidence de la Commission Atomique Internationale veut leur montrer sa nouvelle invention. Une machine avec laquelle il a mis au point un système qui, je résume vite fait, lui a permis de créer ou isoler l’atome originel de la création de l’univers. Il est fier de son bébé et ils peuvent tous voir une sorte de galaxie confinée dans une cage en verre.

Alors qu’ils examinent cette invention dans l’espèce de hangar qui sert de salle d’expérience au professeur, un point noir s’échappe, tournicote dans la pièce, grossit, vole, et bientôt se transforme en soucoupe volante. Ils tentent d’échapper à cette manifestation fantastique mais en passant la porte, ils se rendent compte qu’ils ont devant eux un paysage différent de celui qu’ils avaient admiré avant d’entrer dans cette grange.

Ils sont devenus des Gulliver au pays de Brobdingnag, ils sont réduits à ne taille encore plus petite de celle d’une fourmi. D’ailleurs ils manquent de se faire écraser sous le pied de Funnigan, le patron de Sydney Gordon, le directeur du journal New Sun, qui devait leur rendre visite. Un épisode représenté avec justesse par Brantonne en couverture.

Et voilà les deux couples ainsi que le jeune Bud entraînés dans une aventure totalement délirante, pour le lecteur mais pas pour eux, ayant le micro-univers pour décor. Ils sont fortement conviés à s’installer dans la soucoupe qui prend son envol et ils se retrouvent dans une galaxie qui leur est totalement inconnue. Le chef de bord et les membres d’équipage, qui ressemblent, à quelques particularités près, à des êtres humains, sauf que la pigmentation de leur peau est entièrement rouge. Sauf Zog, qui est un peu leur serviteur, qui est de la couleur des épinards.

Zog leur fournit quelques explications et ils apprendront plus tard qu’il est prisonnier. Les diverses entités qui peuplent cette galaxie sont en guerre les uns contre les autres, mais que sur l’une d’elle, les habitants et les prisonniers s’attèlent à une tâche éreintante. Ils cassent des pierres, les broient, les réduisant en poussière. Des pierres qui ressemblent à des diamants. D’ailleurs Bud en a trouvé une dans la soucoupe. Or ces pierres ont la particularité de grossir, d’envahir, de se multiplier comme le coronavirus (ou tout autre virus dont la composition n’est encore connue) et de réduire à néant la planète sur laquelle elles sont arrivées et les autres par un système de propagation infernal.

Mais ça, ce ne sont que les débuts de leurs péripéties qui comportent de nombreux dangers. Une histoire dans laquelle ils se perdent un peu, car Margaret, la femme de Sydney Gordon et mère du petit Bud, sous le coup de l’émotion, devient daltonienne. Ce qui fait qu’elle confond les couleurs rouge et verte et ne sait plus distinguer les amis des ennemis. D’autant que leurs amis ne sont pas forcément ceux qu’ils prétendent être.

 

Une histoire invraisemblable, débridée, délirante mais amenée de façon scientifique, ou pseudo-scientifique, et dont la tonalité change parfois en cours de route. De sérieux le récit prend des chemins de traverse ponctués d’humour et de situations improbables. De grave le ton passe à un humour bonasse, débonnaire, comme s’il s’agissait d’un pastiche.

Le rôle de Bud, ce gamin qui essaie d’attirer l’attention des adultes souvent en vain, n’est pas négligeable. Mais un autre aspect du roman n’est pas négligeable non plus : c’est le rejet de la guerre et l’espoir d’une paix universelle. Seulement, pour préserver cette paix fragile, il faut des armes de guerre pour combattre la guerre. Une antinomie semblable au serpent qui se mord la queue.

Seulement cette antinomie dans la rédaction et dans le contexte même des tribulations de Sydney Gordon, de sa famille et de ses amis, laisse penser sérieusement qu’il y avait bien deux auteurs pour rédiger ce roman, ce dont François Richard Bessière s’est toujours défendu. Mais il est vrai aussi que les dénégations concernant l’implication de François Richard, le directeur de la collection et romancier lui-même, n’étaient pas toujours convaincantes.

 

Réédition : Editions du Triangle. Triangle Fiction N°15. Parution 1er trimestre 1977.

Réédition : Editions du Triangle. Triangle Fiction N°15. Parution 1er trimestre 1977.

F. RICHARD-BESSIERE : Micro-invasion. Collection Anticipation N°210. Editions Fleuve Noir. Parution 4e trimestre 1962. 192 pages.

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11 mars 2020 3 11 /03 /mars /2020 04:11

Pas plus facile à forcer que les portails d’outre-tombe…

Emmanuelle et Benoît de SAINT CHAMAS : Les portails d’outre-temps (Strom 2).

Leur apprentissage terminé, Raphaël et Raphaëlle, les jumeaux, ont été intronisés pages dans la confrérie des Chevaliers de l’Insolite, une société secrète dont leur parrain Tristan Milan est l’un des séides influents.

Ce qui leur permet de réaliser quelques tours de magie, toujours sous le contrôle de leur parrain, qui procède en même temps à leur éducation et subvient à leurs besoins matériels et affectifs, leurs parents étant morts des années auparavant dans un accident de voiture, et de Sparadrap, leur protecteur et superviseur, un komolk parfois sourcilleux qui se transforme à volonté en animal ou objet.

Ils ont pour amis Arthur, qui n’a pas réussi le test et est resté apprenti, ainsi qu’Aymeric et Suzanne qui eux ne connaissent pas leurs facultés de magiciens en herbe. Des cours de maîtrise leurs sont dispensés mais réussir à marcher sur une ligne rouge comportant de multiples dangers et des embuscades diverses n’est pas aisé. Ils ont également en charge deux enfants placés dans un institut, auxquels ils doivent apporter assistance, affection et essayer de les sortir du monde dans lequel ils sont enfermés. Ainsi Cybille qui végète dans une forme d’autisme et joue avec une boite d’allumettes, construisant des figures géométriques ; ou Laurent, appelé aussi Oran, qui est trisomique. Une tâche dont ils s’acquittent avec conscience et abnégation.

En sortant de La Commanderie, l’endroit qui sert de lieu de réunion de l’Organisation dans les sous-sols du Louvre, un touriste demande à Tristan de le prendre en photo, en échange il lui propose d’en faire autant avec ses deux filleuls. Or la photo qui figure sur l’appareil numérique est exactement celle qui avait été récupérée sur l’ordinateur retrouvé quelques mois auparavant au fond d’un tombeau égyptien.

Raphaëlle, qui passait quelques jours avec Suzanne dans la résidence que ses riches parents venaient d’acquérir, le château d’Aurus, a mystérieusement disparu ainsi que son amie. Alerté, Tristan se rend immédiatement sur place en compagnie de Sparadrap et d’un ordinateur tout neuf. Il est persuadé que les deux gamines ont découvert une porte d’outre-temps et qu’elles s’y sont engouffrées. Il n’hésite pas à les suivre dans le passage secret et se retrouve quatre mille ans en arrière dans le désert égyptien. Un autre membre de l’association, qui lui aussi a emprunté par inadvertance un de ces passages permettant de voyager dans le temps, les accueille en compagnie d’hommes d’armes. Raphaëlle et Suzanne vont bien mais les membres de cette petite troupe sont traqués par des soldats portant sur la poitrine la marque d’un faucon. Heureusement ils peuvent correspondre avec Raphaël resté à Paris afin de mener une enquête de terrain. Il leur faut déjouer les pièges placés sur leur chemin, se débarrasser des assaillants, rencontrer Nitokris, la jeune reine qui malgré ses seize ans jouit sur son peuple d’une aura sans nuage, et surtout lui demander la permission de pouvoir accéder à la Porte du ciel, un passage qui leur permettrait de revenir au XXIème siècle. Car Tristan se demande si la momie qu’ils ont découverte dans un sarcophage quelques mois auparavant lors de leur précédente aventure et qui possédait un ordinateur qui ressemble curieusement à celui dont il est en possession, si cette momie ne serait pas lui-même. Mais les nuages s’amoncellent sur Nitokris.

 

Cette nouvelle aventure des jumeaux Raphaëlle et Raphaël et de leurs amis, promène plaisamment le lecteur de Paris jusqu’en Egypte, de New-York au cimetière du Père-Lachaise puis en forêt de Brocéliande, grâce à deux intrigues qui se croisent. Aventure, action, exotisme, mystère, fantastique, humour, émotion, tous ces ingrédients sont utilisés selon un dosage savamment établi et deux énigmes non résolues dans le premier tome sont ici dévoilées. Et nous retrouverons avec plaisir nos naufragés du temps dans un troisième épisode programmé en octobre 2011, lequel, n’en doutons point nous réservera d’autres agréables surprises.

 

Citation : Il avait l’air aussi désolé qu’un boucher qui tranche sa viande à grands coups de hachoir.

Emmanuelle et Benoît de SAINT CHAMAS : Les portails d’outre-temps (Strom 2). Editions Pocket Jeunesse. Parution 6 novembre 2014. 400 pages. 6,95€.

ISBN : 978-2266253406

Première édition : Editions Nathan. Parution 17 février 2011.

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10 mars 2020 2 10 /03 /mars /2020 05:05

Ce soir j’attends Madeleine…

Léopold REMON : Madeleine du faubourg.

Un regard au hasard d’un croisement dans une rue, un matin de décembre neigeux et froid, ce fut tout et pourtant ce fut beaucoup.

Se rendant à pied comme tous les jours à son travail de bureaucrate, Roger Perrin croise la route d’une jeune fille qui le regarde non point avec insistance mais non plus avec indifférence.

Les jours suivants, le même manège se produit, et ce regard prend une signification particulière qui l’amène à observer plus attentivement cette passante qui passe. Une aguicheuse ?

Quoi qu’il en soit, ils se croisent souvent, et un jour il la suit jusqu’à son travail. Puis le soir, même manège et ils sont amenés à échanger quelques mots. Puis ce sont de longues conversations, une relation qui s’établit comme entre deux jeunes gens qui se sentent attirés l’un vers l’autre. Elle avoue avoir dix-huit ans, lui frôle la trentaine. Ce n’est pas rédhibitoire.

Ce qui l’est plus, c’est qu’il a oublié de lui avouer qu’il était marié et avait un enfant. Elle s’en rend compte lorsqu’un jour elle l’aperçoit en compagnie de sa petite famille.

 

Paul Norvès est l’un des plus vieux amis de Roger Perrin, mais depuis quelques mois, il végète, car il lui est arrivé la même mésaventure, mais à l’envers.

En effet l’un de ce qu’il supposait être un ami, et qui lui demandait souvent de l’argent, lui promettant de le rembourser plus tard, quand il serait en fond, l’un de ses amis ne s’est pas contenté de lui prendre de l’argent sous des prétextes fallacieux, mais il a aussi emprunté sa femme. Et pourtant celle-ci connaissant la situation, s’était enfuie avec son amant. Un coup rude dont il ne se relève pas.

 

Un court roman dans lequel sont imbriqués deux histoires d’amour ayant pour protagoniste le personnage de Roland Perrin. Si les deux histoires sont différentes et pourtant similaires à la base, elles se complètent mais avec des finalités divergentes. L’une se termine bien, l’autre se clôt dans la tragédie.

D’un côté l’homme marié qui tait son statut familial, de l’autre la femme volage qui part avec un homme qui spolie son mari. Pas très moral tout cela mais si représentatif de la vie.

Cependant j’émets quelques réserves car Madeleine si elle se montre aguicheuse, l’auteur commet toutefois une petite erreur. Au début Roland Perrin lui donne au moins vingt ans, sinon un peu plus. Or elle avoue n’en avoir que dix-huit. Seulement, lorsque la femme de Perrin rencontre la mère de Madeleine, celle-ci est toute étonnée car sa fille n’a que seize ans. Je sais que parfois certaines jeunes filles paraissent un peu plus que leur âge, qu’elles sont plus matures, mais quand même. Ce n’est pas tant son côté de jeune séductrice qui est à mettre en avant, après tout elle ne sait pas que Roland est marié, et donc que la faute en incombe à l’homme, mais cette propension à vouloir séduire les mâles à un âge qui n’est plus consacré aux poupées, mais pas encore à la drague. Du moins à cette époque. Et c’est toujours l’homme qui est fautif au bout du compte.

 

Sous le pseudonyme de Léopold Rémon se cachait René Poupon, l’un des grands fournisseurs de petits fascicules chez Ferenczi.

Léopold REMON : Madeleine du faubourg. Collection Le Roman d’amour illustré N°19. Editions Ferenczi et fils. Parution le 11 juin 1932. 32 pages.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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