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6 mai 2020 3 06 /05 /mai /2020 04:00

Voyage, voyage…

avec Gérard Klein sous pseudonyme !

Gilles d’ARGYRE : Le long voyage.

Après un voyage particulièrement long et ennuyeux qui a duré vingt-cinq ans, dix ans en temps réel, cinq si l’on défalque les temps de sommeil, Hiram Walker revient à la maison. Il était parti à bord de l’Enfant-prodigue en 2177, retour en 2202, explorer les environs de Proxima du Centaure mais il revient déçu, persuadé avoir raté sa mission. Et la maison, c’est sa planète, la Terre. Un peu comme E.T. l’a dit après et plus tard…

Hiram se souvient de sa jeunesse, de l’autre côté de la Frontière séparant l’Est des Etats-Unis de l’Ouest, frontière grillagée érigée après la Grande Guerre des Trois Semaines. Il a vécu, misérable petit Noir, dans une sorte d’immense ghetto, parqué comme ses semblables, vivant de rien, quand il y en avait. Mais à quinze ans, il avait décidé de passer de l’autre côté de la frontière, comme bien de ses compagnons de misère.

Il avait passé des tests, dont il était sorti victorieux, à son grand étonnement, car il n’avait guère eu le loisir de fréquenter l’école, et était parvenu à réaliser son rêve : devenir pilote de fusée. Et c’est ainsi qu’il était parti dans l’espace, seul, muni de la mission de découvrir une planète accueillante susceptible de recevoir un flot de migrants, la Terre n’étant plus à même de nourrir ses enfants.

Il est reçu par le Président des Etats de la Terre, et ses ministres qui fomentent une destitution. L’Administration spatiale a elle aussi son mot à dire, et entre les deux assemblées les divergences sont nombreuses. La dissension règne.

Pourtant Hiram Walker propose une idée, qui pour farfelue qu’elle soit, est acceptée. Il faudrait qu’une des planètes solaires, Pluton, soit arrachée à l’attraction du Soleil, et amenée près de Proxima du Centaure, après avoir été colonisée et transformée en planète habitable.

 

Dans l’ombre, des discordes entravent cette utopie, mais sur les deux assemblées règne la Mémoire qui, théoriquement, doit avoir le dernier mot. Une sorte de zombie, un mort qui ne se meut que grâce à des artifices technologiques, portant un masque cachant un visage squelettique (d’où l’illustration de couverture) et dont seul le cerveau est encore capable de fonctionner, est activé afin de jeter la perturbation comme un chien dans un jeu de quilles. Il s’intègre dans l’équipe devant partir sur Pluton dont le Chef de bord est Hiram Walker, bientôt rejoint par des compagnons qui poursuivent le même but.

 

Si ce roman se place dans la longue série des voyages interplanétaires, thème fort utilisé à l’époque dans la collection Anticipation, d’autres aspects développés dans l’intrigue ne sont pas négligeables.

L’édification par exemple de cette frontière séparant les Etats-Unis en deux, une muraille grillagée d’une centaine de mètres de haut, avec des sas d’accès pour permettre aux migrants ayant passés des tests avec succès de rejoindre la partie Ouest. Les habitants de l’Est étant confinés, en grande majorité des Noirs et des miséreux. Une nouvelle forme de ségrégation raciale et sociale.

Les dissensions également qui s’établissent entre deux formes de gouvernement, gérés dans des tensions où chacun se veut calife à la place du calife, mais le tout surveillé par une entité fantômatique qui se réveille de temps à autre, s’érigeant comme un Dieu appelé la Mémoire, et serait la représentation d’un ancien dirigeant. Comme si en France un ancien président de la République mort serait toujours en activité grâce à des hommes politiques se réclamant de sa parole, de ses actions, de son charisme.

Réédition : J’Ai Lu Science-fiction N°2324, sous le nom de Gérard Klein. Parution 1988 et 1990.

Réédition : J’Ai Lu Science-fiction N°2324, sous le nom de Gérard Klein. Parution 1988 et 1990.

Gilles d’ARGYRE : Le long voyage. Collection Anticipation N°243. Editions Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1964. 192 pages.

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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 03:29

Le prototype de Mémé Cornemuse ?

Nadine MONFILS : La vieille folle.

La vie n’est pas triste chez la vieille Henriette et son mari Adelin. Enfin, cela dépend de quel côté on se place. Mais Cécile, qui vit chez ses grands-parents depuis que ses parents sont décédés, Cécile quinze ans, trouve toujours moyen de rire. Cela efface le chagrin.

Adelin s’amuse, lorsqu’ils sont à table, à lui peloter le genou ou la cuisse, et à glisser sa fourchette dans son corsage afin d’établir un état des lieux. Henriette ne voit pas, ou fait semblant, les privautés de son mari, mais elle arrive toujours à se venger.

Depuis plus de quarante ans qu’ils sont mariés, l’amour qui les liait est effacé depuis belle lurette, en supposant qu’ils se soient aimé un jour. Ce ne sont que récriminations, reproches, attaques verbales à défaut d’être physiques, et Cécile rigole dans son coin. Du grotesque, du loufoque, du Grand-Guignol revu par Rabelais, oui, je sais Rabelais c’était avant le Grand-Guignol, mais je parle de l’esprit, un peu à la sauce des Branquignols. Du décapant qui amuse Cécile mais en même temps l’importune.

Et puis un beau jour elle s’en va, au hasard des grands chemins. Et cinq ans après elle revient, un peu plus enveloppée au niveau de la taille. Elle dit qu’elle est enceinte et vient trouver refuge auprès d’Henriette la grand-mère devenue veuve. Adelin mange les pissenlits par la racine, lui qui préférait les camemberts puants et les plats roboratifs que lui préparait Henriette à base de conserves bombées. Si elles sont bombées, c’est parce qu’elles sont pleines de vitamines. Parait-il.

Donc Cécile s’installe là-haut, sur la mezzanine, tandis qu’Henriette a aménagé le rez-de-chaussée, regardant la télé sans le son et écoutant la radio en même temps. Se succèdent des épisodes drôlatiques ponctués de moments, de petits moments, de tendresse. Henriette apprécie les petits verres de vin, de préférence du Fleurie ou autres bonne bouteille puisée dans la cave d’Adelin.

Henriette est dévote, entourée de reproductions de la Vierge provenant d’un peu partout, elle n’est pas regardante, allumant des bougies donnant l’impression d’être confinée dans une chapelle. Car si Henriette est confinée chez elle, elle reçoit des appels téléphoniques, et même parfois du monde. Comme elle est acariâtre elle n’apprécie pas forcément ces visites, sauf quand c’est Julleke qui vient lui dire un petit bonjour à vélo. Car Julleke est un coureur cycliste qui connu son heure de gloire en terminant quinzième d’une course de village. Ou quelque chose comme ça. Et puis il connait bien Eddy, le grand Eddy à qui il a dédicacé un jour une de ses photos.

Cécile surprend sa grand-mère le soir ouvrant la porte d’une espèce placard et marmonnant, offrant sa pitance à la cuiller à un mannequin qu’elle a surnommant Adelin, habillé avec les vêtements du grand-père. Et comme Cécile connait maintenant son secret, elle sort le mannequin de sa cache de temps à autre, l’installe sur une chaise, lui parle. Elle le tarabuste aussi, elle le maltraite, le traîne comme une vieille loque, comme si c’était véritablement le grand-père sur lequel elle passe ses nerfs. Ça lui fait du bien, ça la calme, relativement.

Il y a le curé qui vient aussi, mais qui n’est pas habitué au Fleurie, lui qui ne boit que de petits verre de vin de messe. Alors quand il repart, il est beurré comme uns biscotte enduite des deux côté de margarine.

Cécile est constamment entre rires et larmes, jusqu’au jour où… Non, je ne vous dévoilerai pas la fin. Ce serait faire injure à Nadine Monfils qui a mis tout son cœur et peut-être une forme de vengeance, dans cette histoire désopilante. Et l’on ne peut s’empêcher de penser à Mémé Cornemuse, qui deviendra par la suite une héroïne incontournable de l’œuvre de Nadine Monfils, Henriette en étant peut-être le prototype. Et si un film un jour était adapté de ce roman, on peut rêver, je verrais bien Yolande Moreau dans le rôle d’Henriette.

 

Je ne vois pas pourquoi on ne laverait pas la vaisselle dans laquelle on se lave, puisque c’est nous qui mangeons dedans ! réplique la grand-mère avec une logique imparable. On voit bien que c’est pas toi qui paie la note à la fin du mois.

 

Nadine MONFILS : La vieille folle. Couverture et illustrations de René Follet. Préfaces de Jacques Lippe et Stéphane Steeman. Postface de Paul Couturiau. Collection Attitudes. Editions Claude Lefrancq. Parution 13 novembre 1991. 174 pages.

ISBN : 9782871530459

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28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 03:56

Si je t’oublie pendant le jour
Je passe mes nuits à te maudire…

Maurice LIMAT : Cauchemar parfumé.

Allongé sur le divan violine du docteur Cardec, psychanalyste, l’entrepreneur Marcel Sorbier annonce sans emphase : Je deviens fou… Puis il ajoute : J’ai peur de cette femme… parce qu’elle n’existe pas !

Son père avait créé l’entreprise familiale de transports, et âgé de vingt-cinq ans, il avait été envoyé à Singapour chez des amis qui tenaient un comptoir commercial afin d’y parfaire ses connaissances. C’est là-bas que Marcel Sorbier a fait la connaissance de Lotusia, une Malaisienne sensuelle qui lui avait fait goûter une drogue dite Colora, un mélange d’alcaloïde de pavot, de chanvre, d’autres composants végétaux et même d’animaux. Selon une légende y serait incorporé du sang humain. La drogue des Dieux.

C’était il y a vingt ans, et depuis, Marcel Sorbier avait succédé à son père, s’était marié avec Florence et eut un fils, Alain, âgé d’un peu plus de dix-sept ans maintenant. Mais depuis quelques mois, non seulement il a une maîtresse, Norma, la reine du strip-tease, mais s’est à nouveau plongé dans le vice de la drogue, s’approvisionnant chez une négociante clandestine, madame Raâmbo. Et depuis il est assailli par des rêves érotiques qui se transforment en cauchemars prémonitoires délivrés par son ancienne amante la trop belle Lotusia.

C’est ainsi, cela s’est confirmé par la suite, que sa femme va tomber malade sans préciser que ce serait d’anémie, puis que son comptable, responsable d’écritures frauduleuses, s’est suicidé, ou encore d’un début d’incendie dans l’un de ses garages. Et Norma, sa maîtresse, serait-elle en danger elle aussi ?

Un soir, comme souvent, il prétexte un conseil d’administration pour se rendre au Tip et Top, un cabaret dans lequel se produit Norma. Au bar il aperçoit Mario Sonatelli, un gigolo qui est également le protecteur de Norma. Après la prestation, très appréciée des consommateurs, de Norma, il la rejoint dans sa loge. Le beau Mario est déjà présent. Sorbier est mal à l’aise, pourtant ils se comportent en amants. Ils s’embrassent et batifolent sur le divan tandis que Sorbier joue les voyeurs. Ce n’est pas la première fois qu’il assiste à ce genre d’ébats mais ce soir-là, il est en colère. Alors il se rend chez la mère Raâmbo, qui ressemble à un magot au visage grêlé par la vérole, et s’enfume de sa drogue préférée. Il rentre chez lui au milieu de la nuit et le lendemain il apprend que Norma a été égorgée dans sa loge.

L’inspecteur Farnèse est chargé de l’enquête et rapidement les soupçons se portent sur le beau Mario, qui nie toute implication dans ce meurtre. Sorbier se rend en famille dans sa propriété à Cerisiers et de s’astreindre à une cure. Seulement de nouveaux rêves l’assaillent. Il est persuadé que son fils Alain est en danger, tandis que celui-ci, alarmé par l’humeur négative, anxieuse, de son père, décide d’enquêter afin de découvrir ce qui provoque l’angoisse paternelle.

 

Cauchemar parfumé est plus un roman psychologique, qu’un roman érotique, malgré l’avertissement de la quatrième de couverture qui précise que ce livre est réservé aux adultes.

Quelques scènes supposées érotiques sont seulement esquissées et la séance de strip-tease vaut son pesant de ballons. En effet Norma arrive sur scène couverte de ballons et les spectateurs ne distinguent aucune partie de son corps. Charge à eux de dévoiler son anatomie en crevant les ballons à l’aide du bout incandescent de leurs cigarettes ou cigares.

L’engrenage infernal dans lequel est happé Marcel Sorbier est finement disséqué par Maurice Limat, qui s’attarde peut-être parfois un peu trop sur les pensées, réflexions, angoisses, de son personnage, à mettre en parallèle avec la sérénité et le désir de compréhension de son psychanalyste. Cette obsession soudaine qui se réveille alors que son voyage à Singapour date de vingt ans, obsession qui prend des formes accrues par l’inhalation de la fumée toxique, vénéneuse et parfumée provenant de la lente combustion de cette pâte qui fait penser à l’opium mais est un mélange encore plus nocif.

Et Marcel Sorbier navigue dans le doute. Et si c’était lui qui avait assassiné Norma ? Il ne se souvient de rien, incapable de dire ce qu’il s’est passé, ce qu’il a fait, entre sa sortie de chez Raâmba et son retour chez lui. Un laps de temps évanoui dans sa mémoire, et cela le tenaille, le ronge.

 

Edité une première fois en 1955, réédité chez le même éditeur en 1968, Cauchemar parfumé aurait très bien pu être intégré dans la collection Angoisse du Fleuve Noir tant la montée de l’angoisse, justement, est prégnante. Seulement il n’y pas une once de fantastique dans cette histoire, dans laquelle un homme se démène entre souvenirs et machiavélisme. Quant à l’inspecteur Farnèse, qui mène l’enquête, il apparait dans certains romans policiers publiés notamment en fascicule chez Ferenczi.

Un Maurice Limat qui nous démontre que les romans de cet auteur, adulé par certains, décrié par d’autres, tiennent la route et de nos jours ils n’ont pas perdu leur force et leur intérêt. Une intrigue presque intemporelle qui pourrait aujourd’hui, voire demain, être publiée quasiment telle quelle sans de véritables changements.

Maurice LIMAT : Cauchemar parfumé. Collection Parme 2e série. N°21. Editions de l’Arabesque. Parution 3e trimestre 1968. 224 pages.

Première édition : Nouvelle collection Eclectique N° 2. Editions de l’Arabesque. Parution 1955.

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27 avril 2020 1 27 /04 /avril /2020 03:41

La critique est aisée
Mais l’art est salé.

Jean-Christophe Averty.

Sandra SCOPPETTONE : La mort dans l’art

Fortune Fanelli, ancien flic qui grâce à un héritage et des placements judicieux, s’est reconverti comme détective privé, étant à l’abri des besoins. Divorcé depuis sept ans il s’occupe seul de ses deux enfants, des adolescents dont il faut surveiller les études et les sorties.

Ce jour là sortant de son immeuble il aperçoit un attroupement devant une boutique de fringues. Le cadavre d’une jeune fille a remplacé le mannequin habituellement exposé. Ça fait pour le moins désordre.

Il est contacté par l’oncle de la victime, Jennifer Baker, qui l’engage pour retrouver le meurtrier. Fanelli n’est pas au bout de ses surprises. Le frère de Jennifer a disparu, depuis quelques semaines. Il avait envoyé une carte postale représentant une galerie, disant que tout allait bien, puis plus rien.

Fanelli contacte les parents des deux enfant, mais le père est un homme borné, rigide, strict, un imbécile qui vit sur une autre planète. L’enquête de Fanelli s’oriente autour de marchands de tableaux mais va déboucher sur un trafic de cocaïne, d’homosexualité et de commerce de photos porno.

Ce qui ne l’empêche pas de tomber amoureux de sa nouvelle voisine, de s’adonner à la cuisine et de s’inquiéter pour ses enfants qui ont l’âge de la victime et du disparu.

 

Sur fond de misérabilisme, Sandra Scoppettone nous entraîne dans le Soho new-yorkais. Son personnage de détective est mère poule, ne buvant pas d’alcool, fasciné par Meryl Streep, et coïncidence heureuse, sa voisine en est le sosie.

Plus que l’enquête proprement dite, c’est pour l’auteur l’occasion de décrire un milieu de l’art plastique, et plus particulièrement celui des propriétaires de galeries, imbus d’eux–mêmes et persuadés de détenir la vérité en mode de peinture.

Mais le sujet principal traite des relations difficiles entre parents et adolescents. Un roman qui se lit sans difficulté, sans réel suspense, mais avec quand même des moments forts.

Sandra SCOPPETTONE : La mort dans l’art
Sandra SCOPPETTONE : La mort dans l’art (A Creative Kind of Killer - 1984. Traduction Françoise-Marie Roucayrol). Collection Grand Format Noirs. Editions Fleuve Noir. Parution juin 2004. 216 pages.
ISBN : 9782265078000
Réédition de Série Noire N°2033 sous le nom de Jack Early. Parution 03 janvier 1986.
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26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 04:41

Un journaliste se doit d’être au cœur de l’action !

Gaston MARTIN : Plus dans la course.

Si Gaston Martin, journaliste et narrateur de cette intrigue, se trouve propulsé rédacteur en chef du journal dans lequel il travaille, ce n’est pas grâce à ses compétences hors normes. Si, un peu, mais ce sont des circonstances néfastes qui ont amenées son patron à le désigner à cette responsabilité. Et il entame son nouveau job par une conférence de… presse avec ses collègues.

En effet, en trois semaines, trois assassinats ont été perpétrés sur la personne du chef de publicité, un reporter-photos, et leur collègue Emile, aimé de tous. Toutes les trois victimes d’un coup de poignard dans le dos. Mais l’assassin n’a-t-il pas eu le temps de récupérer son arme, qui est restée fichée dans le dos d’Emile ? Ou est-ce pour indiquer le nom du coupable ?

Car cette arme blanche fait partie de la collection de Zigowski, un collègue et meilleur ami de Gaston Martin. Ce brave Zig se défend mais Marco, le chef des informations, ricane et laisse planer la suspicion. Peut-être par jalousie. Le pauvre Zig s’enfuit, niant comme un perdu, ce qui n’arrange pas son cas.

Gaston mande sa secrétaire, la troublante Gisèle, puis convoque Triboulet l’homme à tout faire du journal. Triboulet mate sans vergogne Gisèle se gratter l’intérieur de la cuisse et se prendre pour Sophia Loren avec ses effets de seins à damner un saint. Triboulet en a les yeux qui roulent dans les orbites mais il est chargé d’une mission et quitte à regret le bureau de Gaston qui en profite pour lutiner Gisèle.

Triboulet est muni d’une lettre à l’intention de son ami Zodiaque à qui il demande d’enquêter, n’ayant qu’une confiance relative envers les roussins, c’est-à-dire la police. Zodiaque lui dépêche Dédé, son homme de confiance, un malabar qui en impose plus que le ministère des finances, de par sa corpulence. D’après un papier qui lui a été remis le matin même, l’explication de la provenance de ce document sera révélé plus tard, donc pour le moment nul n’est besoin de s’attarder dessus, les trois noms des défunts y figurent ainsi que trois dates. Coïncidence, les trois hommes ont été assassinés à neuf jours d’intervalle, et un quatrième nom est inscrit, celui de Gisèle. Or le lendemain ce sera le neuvième jour du dernier meurtre.

Gaston prend la menace au sérieux, mais malgré ses précautions, Gisèle est victime elle aussi d’un coup de couteau, dans son bureau, alors que la porte de communication a été fermée quelques secondes. Un meurtre en chambre close, presque, car Zig, Marco, Triboulet ont été à même d’entrer dans ce bureau au moment du meurtre.

 

Plus dans la course est une énigme policière classique, relevant du huis-clos car toutes les actions, et elles sont nombreuses, se déroulent dans les locaux du journal et de l’imprimerie.

Si Zodiaque participe activement, durant la seconde partie de cette enquête, il est toutefois en retrait par rapport à Gaston Martin, le narrateur, et surtout par rapport à Dédé son homme de main.

Le roman, l’intrigue et l’écriture sont ancrés dans les années 1950, avec un mélange d’argot et une intrique classique franco-américaine, tels qu’auraient pu en écrire, et en ont écrits les romanciers de cette moitié de siècle. On pense à Brett Halliday, à Peter Cheney, à San-Antonio par certains côtés, mais sans qu’il y ait véritablement une ressemblance ou un copier-coller. Le reflet d’une époque. Et il s’agit d’un argot compréhensible, non point comme celui employé par Ange Bastiani qui exigeait un glossaire.

Seulement la couverture ne reflète en rien l’intrigue puisque tout se passe en huis-clos. Donc pas de voiture rouge sur une route de montagne. L’illustrateur, non mentionné, s’est peut-être laissé influencer par le titre qui peut être pris à double sens.

 

Gaston Martin, de son véritable nom Gaston Martineau, né au Havre le 28 août 1924, mort au Mans le 21 juin 1986, fut journaliste, dessinateur, romancier, auteur de quelques 168 aventures de Zodiaque dans les années 1950. Il a également signé sous les pseudonymes d’Alain Descarmes et d’Aldé.

Gaston MARTIN : Plus dans la course. Les Aventures de Zodiaque N°92. Editions de Neuilly. Parution 3e trimestre 1955. 96 pages.

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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 04:06

Déconfiné ?

KEMMEL : Je reviens de… (L’incroyable aventure).

La trentaine avenante et célibataire endurci, Henri Boulanger prend quelques jours de vacances à la neige. En cours de route il a fait la connaissance de Conchita, une Espagnole, mais alors qu’il est en train de déjeuner avec elle, dans l’hôtel où ils ont pris pension, il est attiré par une superbe jeune femme blonde prénommée Hubna. Il commence à lui faire la cour en suédois, au grand dam de Conchita.

Henri Boulanger est traducteur à l’Onu et parle couramment six langues, ce qui est un avantage dans la drague internationale. Et donc le lendemain, comme il n’y a pas de neige, ce qui est somme toute bête lorsque l’on veut faire du ski surtout à Noël, le restaurateur leur propose un panier garni pour un petit pique-nique sur le plateau. Et les voilà tous les trois grimpant hardiment mais arrivés à l’endroit idéal qu’elle n’est pas leur surprise de découvrir allongé sur l’herbe un sous-marin. Enfin c’est ce que croit Conchita qui se trompe. Il s’agit d’une soucoupe.

Les trois amis, oui ils sont devenus amis, tentent de repartir mais ils sont bloqués par une barrière électrifiée invisible. Et deux boules de feu ou de foudre les obligent à entrer dans l’appareil. Ils sont réceptionnés par des poulpes, attachés sur des civières, et endormis grâce à une injection. Au bout de quelques heures Henri se réveille, ainsi que ses compagnes ne les oublions pas, et bientôt ils distinguent une forêt, des villages. Toute une vie. La soucoupe s’est posée sur la face cachée de la Lune. Mais Henri et ses compagnes ne sont plus seuls.

En effet à bord de la soucoupe sont également présents un pasteur Anglais et l’une de ses fidèles paroissiennes ainsi qu’un mécano vivant à Puteaux. Il raconte qu’il a été happé, alors qu’il se promenait du côté de Sartrouville à l’aide d’un immense filet de pêche venu du ciel. Et ce n’est pas tout. Car il y a également des vaches, des moutons, des poules, et autres animaux de la ferme ramassés dans les mêmes conditions de chalut. Naturellement, tout ce petit monde a faim et ils se rabattent sur le lait des vaches, une première depuis bien des décennies pour le mécano qui aurait préféré un bon petit vin de Touraine ou d’ailleurs.

Donc débarquement sur la face cachée de la Lune et nos astronautes malgré eux sont face à des humains venus de Mars. Les poulpes ne sont que des serviteurs occupés à régler de multiples tâches d’intendance. Ces Martiens prennent d’abord Henri et consorts pour des animaux comme ceux qu’ils ont déjà récupérés, mais en langage des signes et autres façons de s’exprimer, bientôt Martiens et Terriens vont pouvoir communiquer, aidés de boitiers mis au point par les kidnappeurs venus d’’ailleurs.

Et c’est ainsi que débute la folle équipée des six prisonniers de l’espace, leur débarquement sur Mars, puis une visite prolongée sur Vénus, découvrant que la technologie de leur ravisseurs est d’une modernité confondante, ayant plus de cinq cents d’avance sur les technologies terriennes. Et surtout, le nucléaire est banni de leur bagage scientifique depuis des siècles après avoir eux-mêmes goûté à la guerre atomique.

Nos amis vont vivre des aventures… rocambolesques spatiales !

 

L’humour règne sur ce roman, mais un humour qui confine à la dérision, au quolibet parfois, à un détachement de la part du personnage principal qui prend les événements à la légère tout en étant sensible à leurs aléas. C’est surtout dans la mise en scène et dans la narration que cet humour s’exprime le mieux, parfois dans les dialogues. Cela m’a fait penser, époque oblige, à Robert Lamoureux, dans les situations cocasses décrites.

Mais sous ces propos racontés avec raillerie, se cachent quelques énoncés qui ne dépareraient pas de nos jours et sont souvent empreints d’une sobre gravité.

Je vais boire du lait… Je ne sais pas traire une vache ! Je connais six langues à fond, j’ose le dire… Mais je suis incapable d’extraire une goutte de lait du pis d’une vache, fut-il plein à craquer ! Ah, les lacunes du bachot et de l’éducation moderne !

L’automatisation est portée à un degré tel sur Mars, que le travail est superfétatoire.

Ne travaille pas qui veut, vous savez ! fit N°1. Les machines font ici presque tout. Pour les surveiller, on a d’autres machines ! Quelques ingénieurs suffisent ! Leur durée de travail est de deux heures une semaine sur quatre… Mais cela va être prochainement réduit encore, paraît-il.

 

Quant à ce que pense de l’armée Henri Boulanger, via l’auteur interposé, je vous laisse découvrir son opinion savoureuse.

J’étais épouvanté. Sur la Terre avant mon départ – même à l’O.N.U. – on parlait de la guerre atomique fort paisiblement. Il ne faisait aucun doute que l’éventualité n’est fut acceptée par tout le monde, hormis quelques savants que l’on priait de se taire. Ils avaient inventé la bombe ; on les avait payés, félicités, décorés. L’emploi de leur engin regardait maintenant les généraux et non eux. Les généraux étaient ravis d’avoir à manier une arme aussi épatante. Si elle amenait la Fin du Monde ? Allons donc ! Un général ne croit pas à la Fin du Monde. S’il avait assez d’imagination pour cela, il ne serait pas général !

 

A de nombreuses reprises, évocation est faite concernant le Prince de Monaco et son attirance pour la pêche.

 

Sous le pseudonyme de Kemmel, se cachait le créateur du personnage du capitaine Sauvin, alias le Poisson chinois, c’est-à-dire Jean Bommart. Il a écrit de nombreux romans policiers et d’espionnage qui connurent un grand succès depuis le milieu des années 1930 jusqu’au milieu des années 1970, édités aussi bien dans la collection Le Masque qu’en Série Noire, pour ne citer que les plus célèbres.

D’ailleurs le lecteur qui s’intéresse aux dédicaces et aux envois qui précèdent le début de l’histoire, savaient sans qu’on le leur souffle que Kemmel et Jean Bommart n’étaient qu’une seule et même personne grâce à cette petite phrase : A Jean Bommart mon alter ego.

KEMMEL : Je reviens de… (L’incroyable aventure). Collection Anticipation N°84. Parution 1er trimestre 1957. 192 pages.

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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 04:02

Ohé! Ohé! Matelot,
Matelot navigue sur les flots…

Howard PEASE : Le capitaine Jarvis

Renvoyé de l’école militaire de West Point, sis dans l’Etat de New-York, le jeune Stuart Ormsby n’a pas l’intention, et encore moins l’envie, de rentrer chez son père, un officier militaire strict et rigide. Orphelin de mère, Stuart décide alors de quitter le pays et au bout de cinq mois à parcourir le Canada comme trimardeur, il arrive enfin à Vancouver.

Il est racolé sur le port par un marin qui lui demande un petit service afin d’échapper aux douaniers. En récompense l’homme l’emmène en canot jusqu’à un cargo, le Nankin, qui mouille au large. Mais là où il n’est pas chic, c’est de le présenter un peu plus tard comme passager clandestin au capitaine du navire, le capitaine Jarvis. Franchement Bashford n’est pas un type sympa, et comme il est le second du capitaine, il s’octroie le beau rôle.

Et Stuart n’a plus qu’à obéir et effectuer des tâches subalternes. Il se lie d’amitié avec deux autres jeunes matelots, Toppy, un Londonien gouailleur, et surtout Ted Moran, surnommé Joe Macaroni, dont ce n’est pas le premier voyage en compagnie du capitaine Jarvis. Il apprend à Stuart, devenu Alabam, contraction d’Alabama état dans lequel il est né, que le navire traîne dans son sillage une mauvaise réputation. Lors des trois précédentes traversées vers la Chine, via Yokohama au Japon, les trois capitaines sont décédés dans des conditions douteuses.

De nombreux incidents se produisent. Stuart surprend une conversation en pleine nuit, conversation qui ne manque pas de l’inquiéter. De plus il assiste en compagnie de Moran à une tentative d’assassinat du capitaine. Un couteau est lancé par un hublot de la cabine du marin. Mais d’autres événements se produisent et un début de mutinerie est enclenché par Bashford aidé par quelques-uns de ses séides. L’équipage est partagé en deux clans.

Le voyage se poursuit dans des conditions houleuses, aussi bien à cause de la météo que de la vindicte de Bashford et ses hommes. Et un jour, le capitaine Jarvis disparait et Bashford en tant que second du navire se proclame capitaine, à la place du capitaine. En compagnie de Moran, de Toppy, du cuisinier chinois qu’il a longtemps soupçonné, et de deux ou trois autres marins, Stuart effectue sa petite enquête, et il va aller de surprise en surprise. D’abord Ted Moran qui disparait, probablement tombé à la mer et noyé. Un marin décède dans des conditions mystérieuses et le capitaine Jarvis essuie des coups de feu tirés d’un sampan.

 

Ce roman, publié aux Etats-Unis en 1929, s’inscrit durant la tentative de prise du pouvoir par le Kuomintang, parti nationaliste chinois qui perdure toujours à Taïwan. Mais le pouvoir en place combat cette révolte en important par exemple des armes du continent américain. Or ce n’était pas la mission première du Nankin, chargé de convoyer des médicaments et des denrées, et autres.

Les épisodes malheureux, les tentatives d’assassinat aussi bien auprès du capitaine que d’autres membres de l’équipage, des attaques maritimes, un typhon, des personnages inquiétants rencontrés lors de l’escale à Yokohama et à Mijo, au Japon, puis la rencontre avec des Chinois, des pirates, le travail ingrat des Gueules noires ou soutiers, s’enchaînent à un rythme soutenu.

Les Chinois ne sont pas systématiquement dénigrés, comme c’était usage courant à cette époque qui ressentait la phobie du péril jaune. Certains, dont Stuart, affichent nettement un à-priori envers notamment Wu Sing, le cuisinier chinois, lequel est toujours flanqué de son petit singe. Mais Ted Moran prend la défense du cuistot et de ses compatriotes en déclarant :

J’ai connu un grand nombre de Chinois en Californie, où j’ai toujours vécu. Ce sont en général des hommes loyaux, des travailleurs courageux et habiles, des amis fidèles.

 

Ce qui change de l’opinion souvent professée par bon nombre d’auteurs. Et n’oublions pas non plus que des milliers de Chinois furent mis à contribution à la fin du 19e siècle pour la construction du chemin de fer transcontinental américain dans des conditions préjudiciables à leur santé.

Mais Howard Pease n’est pas toujours tendre envers ses compatriotes. Ainsi, lors de l’escale japonaise, les marins n’ont pas manqué de fréquenter débits de boissons et lorsqu’ils rentrent péniblement à bord, ils sont fin saouls.

La façon dont les marins se comportaient aux escales devait en effet donner aux Japonais une fière idée de la supériorité Occidentale ! Wu Sing était le seul à ne pas être rentré à bord en état d’ivresse.

 

Quant à Billy Sanders, le steward qui est préposé à l’habillement et infirmier sur le Nankin, il donne une définition du toubib qui est plus celle d’un profiteur et d’un opportuniste que d’un véritable homme de l’art médical.

Asseyez-vous, reprit le steward, et retroussez la jambe de votre pantalon, pendant que je vais préparer de la gaze et du mercurochrome. Vous allez voir, il n’y a pas meilleur infirmier que Billy Sanders pour guérir toutes les petites écorchures que peut se faire un marin. Si j’avais suivi ma vocation, je ne serais pas steward mais médecin. Parfaitement, docteur en médecine, avec une moustache et une petite barbiche, comme il se doit, et je gagnerais des milliers de dollars à persuader les jolies femmes qu’elles doivent se faire soigner pour des tas de maladies qu’elles n’ont jamais eues.

 

 

Howard PEASE : Le capitaine Jarvis (Shangai passage – 1929. Traduction Pierre Bonvallet). Illustrations de Psim. Collection Bibliothèque Verte. Editions Hachette. Parution 1952. 254 pages.

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22 avril 2020 3 22 /04 /avril /2020 03:52

Un homme confiné… Volontairement !

Rex STOUT : Le secret de la bande élastique

Le pachydermique et gargantuesque détective en chambre Nero Wolfe a décidé de pratiquer un sport ! Et durant un quart d’heure, de 15h45 à 16h00, il lance des séries de cinq fléchettes dans une cible. Et naturellement, lorsqu’il manque celle-ci, la fléchette tombe. Charge à Archie Goodwin, son secrétaire de la ramasser. Ce qui amène Archie à s’intéresser à un article de journal concernant un certain marquis de Clivers, un Anglais venu aux Etats-Unis pour régler des problèmes diplomatiques et financiers. Ceci n’est pas anodin car Clivers s’intégrera rapidement dans le récit.

Mais Nero Wolfe s’occupe également de ses trois mille et quelques orchidées, qu’il élève amoureusement dans une serre située au dernier étage de l’immeuble qu’il habite. D’accord, il a un jardinier pour l’aider. Disons qu’il les surveille amoureusement et procède parfois à quelques ajustements, des greffes et autres.

Ce jour-là, Néro Wolfe a de nombreux rendez-vous à honorer. Et comme il ne se déplace jamais, qu’il ne sort jamais de chez lui, c’est à ses clients potentiels de se rendre ponctuellement à son bureau, ou, le cas échéant, le soin de rencontrer ses clients à leurs bureaux est dévolu à Archie Goodwin.

Le lendemain, lundi 7 octobre, Nero Woolfe reçoit donc en son bureau Perry, président d’une société de vente de produits exotiques, et accessoirement membre du conseil d’administration de la banque du détective. Bref un personnage important. Perry déplore le vol de trente mille dollars et les soupçons sont portés sur Clara Fox, employée chargée du service des télégrammes de la société depuis trois ans. Perry ne la soupçonne pas vraiment mais c’est son vice-président qui l’affirme. Alors Perry désirerait prouver ou démontrer l’innocence de la jeune femme. Archie Goodwin doit se rendre au siège de la société, mais auparavant il reçoit un visiteur qui a l’apparence d’un vieux cow-boy, se nommant Harlan Scovil. Le nouveau venu prend Perry pour un certain Mike Walsh. Scovil devait venir à 18 heures avec les autres, c’est-à-dire la fille de Vic Linquist, une autre jeune fille et le fameux Mike Walsh, et peut-être George Roxley, trois ou quatre personnes dont il ne connait pas les visages, qu’il n’a peut-être jamais fréquentés, puisqu’il vient du Wyoming. Il évoque également le marquis de Clivers. Tiens, encore lui !

Archie se rend donc au siège de la société dirigée par Perry et rencontre les différents individus qui pourraient être incriminés pour ce vol, dont Muir, le vice-président, la secrétaire de celui-ci et Clara fox, qui lui fait une agréable impression. Puis il repart, retournant chez Nero Woolfe.

Pendant ce temps Harlan Scovil a quitté l’immeuble et il sera retrouvé plus tard, mort. Et enfin Goodwin peut recevoir, en compagnie son patron, les quémandeurs du rendez-vous et il est surpris de retrouver Clara Fox, accompagnée de Hilda Linquist et de Mike Walsh. Nero Woolfe est fort intéressé par l’histoire que ceux-ci lui racontent et qui prend sa source quarante ans auparavant dans le Nevada.

Le père de Clara Fox faisait partie de la Bande élastique, ainsi surnommée parce que son chef, Rubber Coleman, se relevait toujours d’un bond lorsqu’il était à terre. Et George Roxley, lui aussi membre de cette Bande élastique et qui était promis à la pendaison, s’est évadé en achetant une monture grâce à l’argent subtilisé à la bande et provenant d’un vol.

Si vous ne venez pas à la police, la police vient à vous ! C’est ainsi que deux représentants de force de l’ordre tentent d’entrer de force chez Nero Wollfe. Mais ils sont rapidement boutés sur le trottoir. Le détective pachydermique qui ne perd pas son flegme et continue d’enfiler les bouteilles de bière, propose à Clara Fox de s’installer dans une des chambres de l’appartement. Niant le fait de cacher la jeune femme à Cramer, inspecteur de police venu annoncer que l’argent dérobé à Perry a été retrouvé dans la voiture de Clara. Et que Mike Walsh a lui aussi été mortellement blessé.

Et c’est ainsi que de trois affaires, dont une ancienne, et des personnages qui apparemment ne se connaissaient pas se trouvent embringués dans une histoire où réapparait le fameux marquis de Clivers, nom et titre qui ne sont que des emprunts.

 

Avec l’âge les goûts changent, évoluent, et pas toujours dans le bon sens. Alors que plus quarante ans auparavant je m’étais délecté à la lecture de quelques romans de Rex Stout, dont les principaux protagonistes étaient Nero Woolfe et Archie Goodwin, leur trouvant une intrigue sérieuse et des traits d’humour, je me suis ennuyé à la relecture de celui-ci.

Je l’ai trouvé verbeux, bavard, n’avançant pas dans l’intrigue. Ennuyeux en quelque sorte. Pourtant, le roman dit d’énigme, comme celui-ci, m’a toujours plus intéressé que le roman dit noir. Alors, mauvaise pioche de ma part, probablement. Ou peut-être faut-il chercher des causes extérieures à cette désaffection, le confinement par exemple.

L’illustration de couverture ne correspond en rien à Nero Wolfe, qui est un véritable tonneau de bière sur pattes. Il est donc logique de penser qu’il s’agit d’Archie Goodwin qui est représenté.

 

Rex STOUT : Le secret de la bande élastique

Contrairement à ce que l’éditeur affirme en quatrième de couverture, c’est-à-dire que ce roman n’aurait pas été réédité depuis 1949, il a bien été réédité :

Publié en français sous le titre La Bande élastique. Collection Le Scarabée d'Or no20. Gallimard. 1938.

Réédition Collection L'Homme aux orchidées no3 Paris. Fayard. 1949. Réédition collection Le Club des Masques no252. Editions Librairie des Champs-Élysées. 1975

Réédition, collection Les Classiques du crime. Édito-Service. 1981.

Publié en français dans une nouvelle traduction intégrale de Pascal Aubin sous le titre La Bande élastique dans Rex Stout, volume 1. Collection Les Intégrales du Masque. Librairie des Champs-Élysées. 1996

 

Rex STOUT : Le secret de la bande élastique (The Rubber band – 1936. Traduction par E. Michel-Tyl). Collection Rivages/Mystère N°1. Editions Rivages. Parution 14 janvier 1988. 224 pages.

ISBN : 9782869301276

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21 avril 2020 2 21 /04 /avril /2020 04:30

Après, le leitmotiv fut : Faites l’amour, pas la guerre !

Frank G. SLAUGHTER : Non pas la mort, mais l’amour

Désabusé et cynique, le capitaine Richard Winter est chirurgien dans l’armée américaine et pour l’heure il se trouve dans le camp du 95e Hôpital américain de campagne, près de la côte anglaise où sont regroupés médecins et infirmières.

Avant pour l’embarquement le lendemain vers une destination inconnue, il se tient au bar, ingurgitant quelques boissons alcoolisées.

C’est un solitaire qui a participé comme chirurgien dans les combats en Espagne ainsi qu’à la bataille de Dunkerque. Pourtant il s’est lié avec un jeune lieutenant, Terry Adams, qu’il connait seulement depuis six mois. Or Winter apprend que la célèbre journaliste Linda Adams est non seulement sa sœur, mais qu’elle va participer à la mission qui leur sera dévoilée lorsqu’ils auront quitté le port. Il retrouve également un condisciple de la faculté de médecine, Bill Coffin, spécialiste du cerveau.

De nombreuses infirmières sont également présentes dans ce camp et un bal est prévu la veille de l’embarquement. Par elles, Gina Cole et son amie Carolyn Rycroft, qui espèrent bien faire bonne impression sur le beau chirurgien dont la popularité liée à sa séduction n’est pas passée inaperçue du personnel médical féminin. Et en effet elles n’ont aucun mal à se faire inviter pour quelques danses, échanger des baisers au clair de lune, et Linda Adams n’échappe pas à cette attirance.

Rick Winter donne rendez-vous à la belle Gina Cole dans sa chambre, mais les éléments belliqueux contrarient ce qui devait la concrétisation d’une soirée réussie. Les avions allemands pilonnent la base, et le black-out est décrété. Il se réfugie dans la pièce en compagnie d’une jeune femme inconnue qui vient de le percuter au dehors. Les bombes se rapprochent, ils se glissent sous la table afin d’éviter les projections diverses, et les corps en profitent pour se rapprocher au point de conclure dans un artifice dont il gardera le souvenir. Au petit matin la belle inconnue est partie, emmenant un vêtement appartenant à Rick et laissant sa cape sur laquelle figure un monogramme.

Enfin l’embarquement se réalise et au revoir l’Angleterre et bonjour l’inconnu. Gina Cole dépitée jette son dévolu sur Terry Adams, car même en temps de guerre les besoins charnels se font ressentir. Terry Adams est en proie à un cruel dilemme. Jeune marié, il a laissé sa femme au pays, aux Etats-Unis, et il ne veut pas la tromper. Pourtant Rick Winter, toujours cynique, lui a fait la leçon. Il l’a même encouragé à profiter des bonnes occasions s’ils s’en présentaient.

Le convoi à peine parti, au large de l’Espagne, des avions allemands survolent les navires. Des dégâts sont enregistrés et Rick doit s’occuper des blessés. D’ailleurs il est là pour ça. Le navire sur lequel les chirurgiens toubibs et infirmières ont embarqués a été détourné de sa fonction première, celle des croisières, et a été transformé en hôpital maritime. D’autres incidents les guettent et enfin arrivés en vue d’Alger la Blanche, c’est le débarquement sur la plage, une répétition générale du Débarquement de Normandie. Puis l’unité médicale s’enfonce dans le désert rejoignant la Tunisie avec tous les aléas que cela comporte. Jerry, diminutif de German équivalent à notre Boche français, ne se laisse pas empiéter sur le terrain conquis sans riposter et les Stukas, via la voie des airs, ou les chars, contrarient la marche de l’armée américaine.

Rick peut apprécier en cours de route le professionnalisme de ceux qui sont partagent cette épopée héroïque, dont les infirmières Carolyn, Gina, et même Linda qui ne perd en aucun cas son sang-froid. Ce qui n’est pas toujours celui de son frère Terry.

 

Publié en 1950 aux Etats-Unis, ce roman est ancré dans des épisodes de la Seconde Guerre Mondiale, dont l’Opération Torch qui vit la prise d’Alger le 8 novembre 1942.

Le titre, qui est emprunté à un poème de Robert Browning, pourrait laisser croire qu’il s’agit d’une histoire d’amour comme bon nombre en ont été écrites et considérées souvent comme des bluettes. L’extrait de poème récité par Rick lorsqu’il batifole sous la table avec son inconnue, et celle-ci décline le dernier vers : Non pas la mort, mais l’amour.

Mais s’il fallait un support pour cette histoire, c’est bien la guerre qui est en première ligne, avec ses morts et ses blessés. Rick Winter pratique de nombreuses interventions chirurgicales, différentes les unes des autres, s’attirant l’ire du chirurgien-chef Strang. En effet il opère et soigne selon des protocoles qui sortent de l’ordinaire, ce qui n’est pas du goût de Strang. L’éternel problème des méthodes nouvelles pas encore admises par les anciens qui se réfèrent à de vieilles pratiques qui souvent sont plus mortifères que les expérimentales.

Non pas la mort, mais l’amour est un documentaire puisé à la source, écrit alors que la guerre faisant encore rage, agrémenté d’une histoire d’amour mais également un hommage au courage du personnel médical qui œuvre sur le terrain, étant souvent en première ligne. Et Rick Winter se trouve plus à l’aise lors de ses interventions chirurgicales que dans l’aménagement de sa vie sentimentale.

 

Il est cruel à l’homme qui va au feu pour la première fois de rester dans l’attente et l’indécision.

Frank G. SLAUGHTER : Non pas la mort, mais l’amour (Battle Surgeon – 1944. Traduction de Doringe). Collection Romans. Editions Presses de la Cité. Parution 3e trimestre 1960. 428 pages.

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20 avril 2020 1 20 /04 /avril /2020 03:14

La tête et les jambes…

Serge BRUSSOLO : Le dragon du roi Squelette.

Dirigée par Graccus, le chef des gardes, un être impitoyable, une étrange caravane se rend à Kromosa.

Un chariot, tiré par des esclaves, transporte une énorme flèche destinée à tuer le dragon qui veille d’une façon maléfique sur la cité.

Accompagnent cette caravane, Massalian, magicien forgeron qui a forgé cette flèche à l’aide matériaux secrets, Junia, une géante au passé indéfini, et Shagan, le cul-de-jatte.

Junia et Shagan ne peuvent vivre l’un sans l’autre. L’une possède la force et la mobilité, l’autre l’intelligence. La tête et les jambes en quelque sorte.

La caravane avance difficilement dans un paysage désertique composé d’argile mouvante. Les cadavres des esclaves qui sont morts à la tâche entravent la lente progression de l’attelage humain.

Junia et Shagan sont envoyés en éclaireurs, à charge pour eux de requérir du renfort. Mais l’arrivée dans la cité maléfique n’est pas sans périls. Enfermés dans un ghetto, ils sont aux prises avec des enfants gnomes et pour rejoindre le roi Wälner ils doivent braver des dangers sans nombre.

 

Le dragon du roi Squelette est un peu la suite des aventures de Junia et de Shagan, dont on a fait la connaissance dans Le tombeau du roi Squelette, et l’on retrouve différents protagonistes tels que Massalian, le magicien forgeron, ou le Roi Squelette.

Mais Junia joue un rôle plus important, plus prépondérant que dans el précédent roman.

Le personnage possède plus d’ampleur, si je puis m’exprimer ainsi en parlant d’une géante.

Le dragon du roi Squelette, comme le définit si bien Serge Brussolo, est un conte horrifique et doit être lu comme tel. Pourtant les thèmes du ghetto et de la ségrégation sont toujours d’actualité.

 

Serge BRUSSOLO : Le dragon du roi Squelette. Collection Anticipation N°1664. Editions Fleuve Noir. Parution janvier 1989. 192 pages.

ISBN : 2-265-04035-5

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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