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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 12:50

Ils sont foot, ces auteurs !

 

arbitre


Qui ne se souvient de "A mort l'arbitre" d'Alfred Draper, paru en Série Noire (N°1560) et adapté au cinéma en 1983 par Jean-Pierre Mocky sous le titre arbitre2.jpgéponyme avec Michel Serrault, Eddy Mitchell et Carole Laure dans les principaux rôles. Encore Kop de Dominique Manotti chez Rivages en 1999. Moins connu peut-être "Un tueur dans la foule" de George Lafountaine qui fut également adapté par Larry Peerce en 1977 avec Charlton Heston et John Cassavetes. Ou

En cette période où le ballon rond est promu hostie du supporter, où les stades sont les nouvelles chapelles édifiées en l'honneur du football, où les matchs seront les messes largement retransmises par la télévision entièrement vouée à ce culte, il fallait bien que quelques iconoclastes sacrifient à la mode tout en s'en gaussant. En lever de rideau Jean-Michel Riou avec "Le mille-pattes" édité dans la collection Sueurs froides chez Denoël.

César National, l'avant-centre de l'équipe de France reconverti dans le journalisme pour cause de blessure grave à la jambe, doit commenter le match inaugural en compagnie de son ami Thierry Zachs, le grand prêtre riou.jpgdes ondes de Channel A. C'est en rendant visite à ses ex-coéquipiers qu'il apprend que la France doit perdre ce match qui l'oppose à une sélection mondiale. Un chantage exercé à l'encontre de certains de ses amis, ce qui le révolte et le pousse à enquêter. En compagnie de Bill Rey, un jeune journaliste aux dents longues et à la caméra fouineuse, il se lance dans une course contre la montre car si les supporters apprennent cette défection, obligée, des joueurs français, cela risque d'entraîner une émeute susceptible de tourner en carnage. Ce n'est pas le ballon rond qui est au centre de ce roman telle l'hostie présentée en offrande mais les agissements nébuleux des officiants, hommes politiques, responsables de clubs de supporters créés à l'occasion de cette manifestation et course à l'audimat, qui sont la cible de Jean-Michel Riou. A propos, le mille-pattes évoqué par le titre n'est autre que les onze joueurs piétinant avant d'entrer sur le terrain. Vingt deux joueurs si l'on additionne les deux équipes.


pouy.jpg"Vingt deux abrutis, sélectionnés qui plus est, suffisamment si peu sûrs d'eux-mêmes qu'ils s'entourent de remplaçants pour pallier leurs béances, et d'arbitres pour éviter les fautes". C'est pas moi qui le dis, c'est J.-B. Pouy. Surenchère : "Ils n'étaient pas loin de penser que ce sport de dégénérés du bulbe était le pire marigot dans lequel le corps social pouvait être plongé." Afin de mieux enfoncer le crampon, Pouy fait appel à certaines connaissances, philosophes émérites dont l'opinion ne peut être mise en doute et ayant pour nom Keelt, Malebranche, Wittgenstein et consorts. D'accord, c'est pour la bonne cause. Spinoza, alias Julius Puech, se repose sur ses lauriers à Bombay. Mais lorsqu'il apprend qu'Hegel est de retour, il ne tergiverse pas et reprend du service. Là-bas à Paris et en province, la baston règne, surtout autour des stades. Commandos primaires fanatiques. On ne fera pas de dessins. Bottes mauves en lézard contre chaussures de foot. Balle au centre. Pouy se fait plaisir ou plutôt fait plaisir à ses fans qui attendaient la confrontation bis entre spinozistes et hégéliens. Plus qu'une histoire, mi-polar déglingué mi-SF allumée, avec le foot comme tête de Turc, ce roman joue finement le tacle, échappe au carton jaune et propose les prolongations. Mais nous attendons de Pouy qu'il nous propose un vrai roman. Il nous a tellement habitué au spectacle que ce "match" amical ne suffit pas et nous restons sur notre faim.


Le Mille-pattes de Jean-Michel RIOU, Collection Sueurs Froides, Denoël.

A sec ! de Jean-Bernard POUY, Collection Canaille/Revolver, Baleine.

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11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 11:00

Bon anniversaire à Frédéric Tristan, né le 11 juin 1931, connu sous l'alias de Mary London.

 

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Sir Malcolm n’avait vraiment pas envie de résoudre une nouvelle énigme, pourtant Paul Gautin, attaché culturel à l’ambassade de Belgique à Londres a su trouver les arguments pour le faire changer d’avis.

Stéphanie, fille d’un riche industriel belge avait suivi les cours d’un Institut belge sis à Londres. Elle avait préféré rester à Londres ses études terminées et après quelques mois passés comme infirmière, elle s’était recyclée comme serveuse. Célibataire, elle vivait seule et ses mœurs n’étaient point dissolues, au contraire.

Elle a été retrouvée étranglée, et détail horrible, elle portait à la jambe une jarretière de mariée. Le directeur de l’école, fermée depuis quelques temps est soupçonné, mais il se suicide. L’affaire devrait donc être close, mais les meurtres se suivent et se ressemblent : à chaque fois il s’agit d’une jeune fille ayant suivi les cours de cet institut et son cadavre est affublé d’un détail vestimentaire ayant toujours une relation avec le mariage.

Se pose alors l’une des questions primordiales : pourquoi ce tueur s’en prend-il à chaque fois à une jeune fille belge vivant à Londres ?


Mary_London_160x192.jpgBon chic, bon genre, ce nouvel opus des enquêtes du Sir Malcolm Ivory paraît un peu désuet. Tant dans l’écriture que dans la conception même de l’enquête. Toutefois il possède un charme indéniable que ne renieront pas les amateurs de romans policiers à l’ancienne.

Quant à ceux qui ne jurent que par la production actuelle, plus axée sur le noir, ils seront évidemment déçus . Mais il en faut pour tous les goûts. Et il est bon parfois de changer de registre. Dernier point, qui peut sembler accessoire, il n’existe pas de copyright anglais, sauf une vague indication d’un titre anglais. Ce qui tendrait à laisser supposer, et qui s'est avérer par la suite, que le traducteur, Jean-Paul Baudricourt, n’est autre que le prête-nom d’une série française inspirée d’un modèle pseudo britannique qui a fait florès, telles que la série signée Margaret Ring ou précédemment celle de J.B. Livingstone. En fait, le lecteur bon enfant y trouve compte et l’auteur se fait plaisir tout en égratignant par ci par là, mais toujours avec le sourire.


Mary LONDON : La 7e victime. Une enquête de Sir Malcolm Ivory. Editions du Rocher. Juin 2003. 180 pages. 14,20€.

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31 mai 2014 6 31 /05 /mai /2014 12:34

Bon anniversaire à Serge Brussolo né le 31 mai 1951.

 

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Cinq années interminables viennent de s'écouler dans ce pensionnat de la banlieue parisienne où Julien a été placé à l'aube de la Seconde Guerre Mondiale. Cinq longues années au cours desquelles il n'a reçu que de brèves et épisodiques lettres de sa mère Claire, ou de pesantes missives de son grand-père surnommé l'Amiral.

Aujourd'hui, alors que le débarquement est proche, Julien apprend que l'Amiral vient de décéder, victime d'une mine, et par testament l'a nommé seul héritier de sa propriété familiale sise sur la côte normande. Ce sont les retrouvailles avec sa mère, des retrouvailles teintées de défiance.

Elle n'est plus comme dans son souvenir, elle a changé physiquement et moralement. Ils sont obligés de vivre dans une cabane à la lisière de la propriété: une bombe anglaise non désamorcée est fichée dans le toit de la maison et le champ dit "Pré aux corbeaux" est truffé de mines allemandes.

Tandis qu'ils apprennent les rudiments du jardinage, Julien sent planer les ailes du mystère. Son père est mort dans d'étranges conditions, son grand-père aussi. Les révélations de Gorget, un adolescent qu'il a connu avant ses années d'internat, et de Bruze, le sculpteur alcoolique chronique, le troublent.

Est-il le fils de son père ou de son grand-père? Sa mère a-t-elle assassiné son père? D'ailleurs son père est-t-il vraiment mort? Et a qui appartient ce regard qu'il sent peser sur ses épaules, traversant les fourrés épais de la forêt?

 

moisson2.jpgSerge Brussolo est surtout connu pour ses romans fantastiques, ses thrillers angoissants, et ses romans policiers, ses premières amours qu'il retrouve aujourd'hui. Il a tâté également du roman historique mais avec La moisson d'hiver, cet étrange conteur de l'étrange nous propose un roman tout court. Bien sûr La moisson de l'hiver possède les ingrédients qui marquent l'œuvre de Serge Brussolo et en font son originalité, mais d'une manière plus feutrée, plus latente, plus insidieuse. Brussolo démontre que les supputations, les suppositions que l'on échafaude, ne sont bien souvent qu'un petit cinéma intérieur dont on est le metteur en scène et le seul spectateur. Brussolo est-il un compromis entre les adultes et les enfants? Ecrit-il pour les adultes ou pour les enfants?

Comme dans L'île au trésor de Stevenson, le héros est un enfant perdu dans un monde d'adultes, mature avant l'heure par bien des points. Et comme il écrit page 332 de l'édition originale : Avec les adultes on ne savait jamais si les mots étaient vraiment vides de sens, comme ils en avaient l'air, ou s'il sortaient d'un code secret interdit aux enfants.

 

A lire également de Serge Brussolo : Ceux d'en bas et Le Manoir des sortilèges.


Serge BRUSSOLO : La moisson d'hiver. Première édition Denoël novembre 1994. Réédition Folio N° 2861. Parution Août 1996. 400 pages.

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 07:51

Hommage à Pierre-Alain Mesplède qui nous a quittés le 26 mai 2011.

 

pierre-alain-Mesplede.jpg


Quoi que puissent en penser ses détracteurs, mais en existent-ils vraiment, le tango n'est pas une danse morte. Les aficionados se donnent rendez-vous dans des salles où ils peuvent sacrifier à satiété à leur loisir favori et écouter de vieilles rengaines dont Carlos Gardel fut le chantre. Le tango qui est pour les Argentins ce que le blues est pour les Noirs des Etats-Unis.

Maurice le narrateur aime à se retremper de temps à autre dans cette ambiance même si ses "dons chorégraphiques en la matière demeurent à l'état larvaire". Son quartier général, c'est "Les trottoirs de Belgrano", cabaret où se produisent chanteurs, musiciens et danseurs.

Et lorsque Hermina est retrouvée morte sur le trottoir ce n'est pas à cause d'un accident provoqué par une figure mal négociée, mais bien par une balle fichée dans son sein gauche. Une publicité gratuite mais tapageuse dont se serait bien passé Hector, le patron de la boîte de nuit et ami de Maurice. Faut croire que les coups durs, ces deux là les collectionnent. Ils découvrent Virulano, le partenaire d'Hermina, la gorge tranchée dans son appartement. Comme il travaille au ministère de l'Intérieur, et plus spécialement au service des cartes de séjour, Maurice peut accompagner le commissaire Lancret dans son enquête, ce dont il ne se prive pas. Il devance même parfois le policier dans la rencontre de témoins supposés avoir quelque chose à dire. Les cadavres s'accumulent, et une sombre histoire de drogue se profile à l'horizon.

Encore une histoire de came, penserez-vous. Non. En fait, l'héroïne n'est pas celle qu'on pense. La drogue ne sert que de prétexte à l'auteur pour nous faire découvrir et partager une ambiance, une passion. Nous entrons dans un univers particulier. Pas d'exotisme mais une atmosphère.

belgrano.gifPour qui connaît Pierre-Alain Mesplède, l'homme prolixe a laissé place à un auteur aux phrases courtes, incisives. Comme si deux entités, l'orateur et l'écrivain habitaient la même enveloppe. Et comme dirait l'Argentin, je reprendrais bien un petit Volver. Le lecteur comprendra, à moins que sous l'emprise du whisky il ne tangue haut.

Ce roman a été adapté au Cinéma par Jean-Pierre Mocky en 2005, scénario de Mocky et André Ruellan (Kurt Steiner au Fleuve Noir), musique de Vladimir Cosma, avec dans les rôles principaux : Michel Serrault, Charles Berling, Micheline Presle, Dominique Zardi, sous le titre inspiré (et peu inspiré) des années 50 : Grabuge.

 

 

A lire également de Pierre-Alain Mesplède :  Les Caïmans du Marais.

Voir également mon hommage.

 

Pierre-Alain MESPLEDE : Les trottoirs de Belgrano. Série Noire N°2393. Parution septembre 1995. 224 pages.

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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 13:33

Bon anniversaire à Michel Leydier né le 2 mai 1957.

 

leydier.jpg


Michel Leydier est un auteur éclectique. Outre une biographie de Jacques Dutronc, quelques romans pour adultes, il produit surtout des nouvelles, noires de préférence, ainsi que de nombreux romans jeunesse.

Je vous propose un petit florilège de son œuvre, en glanant des chroniques que j'ai publiées il y a déjà quelques années, dans divers fanzines.

 

leydier6.jpgMichel Leydier nous entraîne sur la piste du rêve leydier4.jpgaméricain. Mais pour lui le rêve, ce serait plutôt un cauchemar. Pas question de croire qu'on peut faire fortune aux USA. Juste se faire flinguer, à cause d'une femme (d'une femelle aurais-je écrit si je n'avais eu peur d'une ligue féministe m'émasculant en un rien de temps, or moi j'ai le tort d'y tenir à ce qui se transmet de paire en fils). A cause d'une femme disais-je, mais aussi à cause de bien d'autres choses. De la drogue, du chômage qui recrute de plus en plus, de toutes ces petites douceurs provinciales qui, de la Louisiane à Los Angeles, sont présentes depuis des décennies, depuis Jack London, John Steinbeick et Jim Thompson. Sacrées références, mais non imméritées.

Noires américaines. Première édition collection Tamanoir, éditions de la Loupiotte. Parution septembre 1997. Réédition Librio. Juin 2001.

 

leydier5.jpgMalgré ma barbe de Père Noël et mes cheveux blancs, j’ai gardé une âme d’enfant, et je ne dédaigne pas lire de temps à autre lire des ouvrages destinés à nos chères têtes blondes, comme disent ceux qui démontrent un certain ostracisme envers la couleur des attributs capillaires des gamins.

J’ai pas triché, c’est l’auteur qui l’affirme, est le titre d’un court recueil de nouvelles qui alternent le noir à l’humour, de quoi contenter tout le monde, et c’est pas toujours facile ma bonne dame, si vous saviez... Avec j’ai pas triché titre éponyme du recueil, Michel Leydier aborde un problème d’actualité, le sport. D’ailleurs c’est toujours d’actualité, le sport, surtout quand on n’en fait pas. Y’a même des chaînes de télé spécialisées, je sais plus comment ça s’appelle, EuroX je crois... Bon, le héros de la nouvelle, c’est un marathonien, niveau départemental ou régional, c’est déjà pas mal. mais il voudrait bien accrocher une victoire à son palmarès avant de raccrocher le short et les godillots. Humour noir avec Faux départ, humour tout court avec L’éternité devant soi, noir tout court avec Une belle journée.

J’ai pas triché. Collection Eclipse chez Hachette. Parution octobre 1998. 48 pages.

 

Avec Le grand plongeon (destiné paraît-il au plus de 11 ans, maisleydier2.jpg comme je les ai dépassé depuis longtemps, je n’ai pas de problème avec la censure parentale), Michel Leydier nous entraîne à la suite de deux héros qui ont bien de la chance :Olivier et Jérémy ont découvert dans une poubelle un sac rempli de billets. Les veinards, c’est pas à moi que ça arriverait. Le soir même ils apprennent qu’une vieille dame a été dévalisée et, comme ses agresseurs ne font pas dans la dentelle, qu’elle a été assassinée. Avoir de l’argent, c’est bien, mais encore faudrait-il pouvoir en profiter. D’autant qu’Olivier en pince pour la belle Ouardia? Seulement celle-ci le néglige. Il lui faut quelqu’un qui la surprenne. Et Olivier avec sa bouille de rondouillard, se demande bien ce qu’il pourrait faire pour qu’elle daigne enfin jeter un petit coup d’œil de son côté. L’argent parviendra-t-il à le libérer de ses inhibitions et de sa timidité ? Suite dans le livre...

Le grand plongeon. Collection Vertige Policier chez Hachette. Parution février 1998. 128 pages.

 

leydier7.jpgSacrifice utilise le stratagème littéraire du journal intime. Le narrateur sait d'où il vient et où il va. Ruiné, exproprié, abandonné par sa femme qui est partie en emmenant leurs deux enfants, il s'est installé sur l'île Fleurie, squattant le squelette d'un pavillon. Il tient son journal, sorte de testament à l'attention des psychiatres et de tous ceux qui seront amenés à prendre connaissance de ses écrits, afin d'expliquer, sinon de justifier, ses actes. Car il s'est imposé une mission : La Réhabilitation de la Parole Divine par le Sacrifice. Il entame un chemin de croix dont chaque jalon sera le symbole de l'Eglise, de l'Etat ou encore de l'Argent-roi, symbole concrétisé à chaque fois par une victime.

Michel Leydier se joue de la religion, ou plutôt d'une forme d'intégrisme, de fanatisme, d'exaltation qui engendrent la conviction de ce nouveau possédé de Dieu à se lancer dans une croisade contre la représentation du Mal personnifiée par des êtres humains à travers des images emblématiques. Une façon comme une autre de dénoncer les méfaits d'une certaine classe politique se voulant le porte-parole d'un ordre moral rétrograde et dangereux lorsqu'il tombe entre les mains d'illuminés.

Sacrifices. Collection Zèbres N°5. Editions La Loupiotte. Mars 1997. 98 pages. Couplé avec Il fait plus froid dehors que la nuit d'Hervé Prudon.

 

Le dernier car est une projection de l’univers adolescent leydier3.jpgde Michel Leydier alors que né au Maroc, à Casablanca, il y passa les dix huit premières années de sa vie. Cette réminiscence se complète d’un regard critique sur les mœurs, us et coutumes, souvent d’obédience religieuse, d’une fraction humaine que nous avons parfois du mal à comprendre et à accepter. Et si le regard critique est accentué par une touche d’exotisme, il ne saurait être question, à mon humble avis de comparer Michel Leydier à Frédéric Fajardie ou encore Jérôme Leroy comme l’éditeur se complait à le faire en quatrième de couverture. En effet Michel Leydier possède sa propre personnalité sans qu’il soit besoin de recourir à de quelconques références littéraires. Et s’il fallait le comparer à des romanciers et écrivains connus, je le placerais plutôt du côté de Fredric Brown pour certaines des chutes qui accompagnent ses textes. Et si l’épilogue de Noces de chocolat est prévisible, celle de Le dernier car, nouvelle éponyme du recueil, l’est moins. Il existe dans ces contes comme un clin d’œil aux milles et une nuits, avec des constats privés de connotations politiques. Mais également des traces d’humanisme, de sensibilité à fleur de peau comme dans Naufrage. Le racisme primaire y est évoqué, au delà des frontières du Maroc, dans la banlieue parisienne, mais avec toujours pour interprètes principaux ces Maghrébins qui vivent entre chiens et loups.

Le dernier car. Collection Le Cabinet Noir n° 43, Manitoba Les Belles Lettres. Paru en 2000.

 

leydier1.jpgDans Sussex and Sun, Michel Leydier se fait plaisir, un peu comme les auteurs qui prolongent une ligne de conduite avec le héros récurrent du Poulpe, dont Edmond Benakem est un peu le fils spirituel. L’intrigue laisse place au décor, à une atmosphère empreinte de rock and roll, de bières et de drogues et l’histoire en pâtit quelque peu. Edmond profite de ce que son patron l’envoie en reportage à Londres et dans le Sussex pour renouer avec Carolyn, la belle blonde qu’il a connue huit ans auparavant dans le cadre d’un séjour linguistique. Depuis, la Tamise a coulé sous les ponts londoniens et Carolyn est mariée avec Graham, dont le mode de vie est en contradiction avec celui de la tendre Caro, du moins celle dont se souvient Edmond. Taulard à temps partiel, alcoolique et violent, adepte de la drogue, manipulateur, Graham n’est pas le compagnon idéal, malgré un accueil mi figue mi raisin. Edmond se trouve entraîné dans des avatars dont il se serait bien passé, d’autant que cela l’amène à visiter les geôles britanniques ce qui n’était pas prévu au programme de même qu’au sommaire du guide du routard. Heureusement il peut compter sur un ami anglais, Bobby et ainsi que sur l’apport amical et non négligeable d’un routard rencontré sur l’Eurostar, Jean-Luc. Comme toutes les œuvres de commande, et celles qui sont écrites d’après une maquette, Sussex and Sun n’est pas impérissable mais se lit avec plaisir.

Sussex and Sun. Le Polar du Routard n° 6, éditions Hachette. Paru en 2000. 192 pages.

 

Bonnes lectures !

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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 11:00

Bon anniversaire à Claire Legendre née le 21 avril 1979.

 

 

making of

 

Claire Legendre, c’est son nom, avait dix-neuf ans lorsqu'elle a publié ce roman. Le bel âge, celui de toutes les certitudes, celui des découvertes. Elle prend New-York pour planter le décor de la première partie de son histoire.

Bastien, un journaliste français, s’est proposé pour écrire un article sur Caïn Shoeshine, un cinéaste indépendant. Si Hollywood le méprise, il n’en va pas de même pour l’Europe qui lui voue une véritable admiration. De quoi faire un bon papier pense Bastien qui, fait rarissime, est accueilli dans le cénacle du réalisateur alors que tant d’autres se sont cassés les dents à vouloir l’interviewer.

Shoeshine crèche dans un immeuble cradingue, est obnubilé par les portes, se fâchant lorsque quelqu’un oublie de les fermer, et est entouré de femmes : Pamela, une jeunette de quatorze ans qu’il a recueilli alors qu’elle était sur le trottoir, Samantha sa monteuse (de films), sans compter sa femme Elena qui vit dans un hôtel, Annabella, son actrice fétiche ou encore Britta...

Le concierge de l’immeuble lui aussi est un artiste dans son genre, entreposant des statues dans son atelier.

De making-of1.jpgNew-York à Cannes en passant par Vienne et Paris, Claire Legendre nous entraîne à la suite de ce cinéaste qui irait jusqu’à n’importe quelle extrémité pour capter la justesse d’un regard sur la pellicule. Créateur inspiré, c’est également un perfectionniste. Bastien s’enthousiasme, tout comme la plus grande partie du public, pour les films qu’il tourne, le réalisme qui s’en dégage. Un réalisme morbide comme le découvrira Bastien en visionnant les rushes qu’il a « emprunté » à Caïn Shoeshine.


Ce roman à trois voix, narré à la première personne, estClaire Legendre troublant. Le ton, le style d’écriture, une forme de désabusement qui relèverait plus d’un auteur chevronné ayant galéré que de celui d’une jeune fille dont l’apprentissage de la vie est à peine entamé, classent Claire Legendre comme une romancière à part. Un poète qui aurait choisi le roman noir pour exprimer son regard incisif sur une certaine société en déséquilibre. « Il se prend pour un écrivain, il est drôle, quoi ». La jeunesse n’a plus le respect de ses aînés et c’est le rafraîchissement tant attendu, la relève d’un genre, le coup de balai.

 

Depuis ce premier roman, Claire Legendre ne s'est pas arrêtée en si bon chemin, publiant entre autres : Viandes, Le crépuscule de Barbe-Bleue, Matricule, Passerelle, L'écorchée vive et dernièrement Vérité et amour.

 

A retrouver un entretien avec Claire Legendre sur Art d'écrire

 

 


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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 09:28

Alors que, vingt ans après, le génocide des Tutsis par les Hutus est commémoré aujourd'hui, retour sur ce carnage avec un petit livre édité en décembre 1995.

 

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Enclavé entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger, le petit pays souverain d'Afrique Centrale du Sonrhaï subit la férule du président Ibrahima N'daye, Grand Médecin de la Patrie. Des luttes intestines opposent les Touroumés, de religion musulmane, minoritaires démographiquement mais soudés, aux autres ethnies. Les Touroumés détiennent la plupart des postes clés et ne se privent pas de brimer les Busumés qui ont conservé leurs traditions animistes, sous l'œil bienveillant, ou à tout le moins indifférent des officiers français chargés de maintenir l'ordre.

N'daye qui jouit d'une certaine popularité internationale ne fait pas dans la dentelle lorsqu'il s'agit de régler les affaires du pays et dilapide allègrement les fonds qui lui sont octroyés dans le cadre de la coopération.

Gérard Droz, chercheur au CNRS, débarque à Diankalé, la capitale, dans le but d'écrire une thèse sur les animistes. Il se rend chez ceux qui sont appelés avec mépris les Païens du Sud, les Busumés, et est reçu avec affabilité par le potentat local, Fakoli Fayiri, dont le fils, Kenda, médecin ophtalmologiste, est marié avec la belle Daha, ex top-modèle. Il s'éprend de Daha mais son amour reste platonique, par courtoisie envers ses hôtes. Fakoli Fayiri est convoqué par N'daye et tout ce petit monde part pour la capitale.

La fièvre monte, le carnage les guette et seuls Daha et Droz en réchappe. Ils s'enfuient vers le Tamalé, pays limitrophe, et sont rejoint en cours de route par Artigala, un aventurier qui connaît bien l'Afrique Centrale. L'homme s'est emparé de la mallette de Christophe Baugé, cousin du Président de la République Française, le Monsieur Afrique, dont les agissements sont plus ou moins louches. La route est longue jusqu'à la frontière et les incidents vont émailler leurs pérégrinations.

 

En lisant ce roman on ne peut s'empêcher de penser aux incidents qui se sont déroulés au Rwanda dernièrement et qui ont opposé deux communautés, deux ethnies rivales. Vladimir s'inspire d'un événement réel mais il y apporte sa touche personnelle. Quoique, à la réflexion, les personnages qui gravitent autour de ce fait divers dramatique existent peut-sûrement. Les crocodiles et les chacals pullulent, et pas seulement dans le Tiers-Monde.

Cette chronique a été écrite en décembre 1995. L'opinion publique à cette époque ne possédait pas tous les éléments réels concernant ce carnage, mais aujourd'hui encore de nombreux points restent dans l'ombre.

A noter que Vladimir dédie ce roman à Tonton l'Africain et Charlie le Busard.


VLADIMIR : Monsieur Afrique et le roi de brousse. Collection Aventures sans frontière N°7. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1995. 220 pages.

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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 07:57

Bon anniversaire à Florence Bouhier née un 1er avril 1961.

 

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Rien de mieux, pensent certains, qu’un bon pavé, c’est-à-dire un gros, très gros livre, pour occuper ses loisirs pendant la période estivale. Il est vrai que sur la plage, les pavés servent d’oreiller le plus souvent. Mais pour le lecteur, à moins qu’il cherche à parfaire sa musculature, tenir un épais roman à bout de bras n’est pas l’idéal, même pour se protéger des rayons ardents du soleil.

Lorsqu’il y en a ! Moi, personnellement, je préfère les petits ouvrages sympathiques, faciles à emporter, ne prenant pas trop de place dans les bagages, comme ceux que je vous propose régulièrement. Et la qualité n’est pas fonction du poids ! Malheureusement les auteurs ont tendance actuellement à ne produire que des pavés, longs à lire, au détriment de leurs confrères puisque le temps passé à lire un ouvrage conséquent nuit à la lecture d'autres romans.

Florence Bouhier, nouvelle venue au Masque (c'était en 1998) et déjà cataloguée comme Reine du Crime, décrit avec une certaine perversité angoissante la dégradation d’un univers familial vécu et raconté par un adolescent.

Naïf, impressionnable, Brice est le jouet de son frère Adam dont l’exercice favori est de traîner le soir dans les rues afin d’apeurer les femmes seules. Brice est fasciné et dégoûté à la fois par ce frère hâbleur, menteur, cruel et propriétaire de deux tortues qu’il laisse vagabonder sur la table au grand dam de la grand-mère Joséphine.

Acariâtre, Joséphine s’est incrustée dans le cocon familial, pour le plus grand plaisir du père de Brice. Constance, la mère, est obligée de subir. D’ailleurs Constance vit en automate, comme ceux que construit le père. Elle a abandonné le chant, elle qui aurait pu prétendre devenir une diva, à la demande paternelle, pour s’occuper des enfants et de la maison. Elle s’est sacrifiée, sans recevoir de remerciements en retour. Jusqu’au jour où Julia, la tante Julia, célibataire, le vilain petit canard de la famille, propose à sa belle-sœur de participer avec elle à une chorale. Constance revit, elle est heureuse. Tellement revigorée qu’elle quitte la maisonnée. Brice ne comprend pas pourquoi sa mère fugue.

Baignant dans une atmosphère d’angoisse, parfois à la limite du fantastique, ce roman de Florence Bouhier aurait pu être écrit par Ruth Rendell. A ne pas confondre non plus avec Odile Bouhier dont quelques romans sont édités aux Presses de la Cité.


Florence BOUHIER : La Nuit des tortues. Le Masque N° 2370. Parution mars 1998.

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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 10:29

Bon anniversaire à Romain Slocombe, né le 25 mars 1953 !

 

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Harold William Gray est un photographe d’art, particulièrement attiré par l’esthétique japonaise dans la pratique du bondage, ou pour parler plus crûment du masochisme. Il rencontre une jeune Japonaise, Sayoko Murakami, photographe elle aussi, qui s’intéresse à ses travaux. L’action se passe en 2003.

John Terence Boyle est lui aussi photographe, correspondant de guerre. Il vient d’écrire un livre et narre à une journaliste ses avatars lors de la guerre qui opposait les Américains aux Vietnamiens, les épreuves qu’il a endurées, les images fortes qu’il a emmagasinées dans ses différents appareils photos, ses loupés, ce qu’il a ressenti, vécu, et ce qu’il a tenté d’exprimer au travers des instantanés qui ont jalonné son existence. Un parcours difficile mentalement et physiquement. Ceci se passait en1966 et sa relation avec la journaliste lors de la sortie de son livre, dont la couverture est ornée d’une des photos qu’il a prise, date de 2003. Un plongeon dans le passé qui extirpe des fantômes. Peut-être.

Quel peut être le lien qui relie ces deux histoires, sinon la photographie, une passion pour laquelle les chercheurs d’émotions sur pellicule donneraient leur âme au diable ? C’est ce que Romain Slocombe nous dévoile dans un roman photo, construit comme un document, où lettres, photos, souvenirs, chroniques s’imbriquent comme s’il s’agissait d’un reportage ou d’une confession. A part quelques passages qui peuvent choquer le lecteur non averti sur les pratiques sadomasochistes, et quelque peu leur apologie extrême-orientale, ce livre est à tout point de vue incomparable et le lecteur ne peut s’empêcher d’établir une corrélation entre les évènements qui se sont déroulés au Viêt-Nam durant les années soixante et la main mise américaine actuellement en Irak

Un roman, richement illustré de photographies, qui invite à réfléchir, plus profondément que ne peuvent le faire les maîtres à penser philosophiques cantonnés dans leur tour d’ivoire et qui jettent un regard d’entomologiste sur les réactions guerrière de leurs congénères sans avoir eux-mêmes mis la main à la pâte.

Un voyage entre Saïgon et Londres dont les étapes figurent les thèmes chers à Romain Slocombe exploités dans divers romans : le Japon et l'Asie en général, la photographie, le roman reportage, le masochisme et plus particulièrement le bondage qui est une pratique à vocation sexuelle dont le principe est de lier sa (ou son) partenaire à l'aide de cordes ou de chaînes.


Romain Slocombe : La Japonaise de St John’s Wood. Editions Zulma. Parution le 17 mars 2004. 140 pages. 15,30€.

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 13:16

Un grand cru, pas bourgeois.

 

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Léo Verdier, ancien parachutiste et accessoirement voleur de voitures à Bordeaux, est contacté par un détective privé qui lui demande, contre une forte somme d’argent, de lui remettre les archives de son père. Celui-ci était à la fin des années 60 commissaire politique d’une organisation gauchiste, l’Union Communiste aujourd’hui démantelée, et l’un des membres désire récupérer des documents compromettants.

Le commissaire Raynal, qui fut un membre de cette organisation, ami de son père et a couché avec sa mère, le met en garde contre le R.G. Alors qu’il roule en moto, Léo est accroché par une Porsche noire. Il s’en sort sans réel dommage. Il se réfugie au Cap-Ferret, chez Gaby, un vieil ami de son père, et propose à un ex-légionnaire devenu SDF de loger chez lui. Peu après l’homme est retrouvé assassiné. Deux individus s’introduisent chez Gaby. Léo les surprend et l’un des sbires est tué. L’autre est contraint d’avouer qu’il travaille pour l’avocat Delors.

Gaby lit les archives sans rien trouver de spécial, Léo les remet donc à Austin, le privé et expédie l’argent sous enveloppe en poste restante à Nice. Mis en garde à vue pour le meurtre sur le légionnaire, Léo engage Dominique Delaunay, une femme qui n’a pas froid aux yeux et qui se révèlera comme la fille de Delors. Raynal lui fournit la clé de quelques pseudos consignés dans les rapports. Beaucoup ont tourné leur veste, devenant juge d’instruction ou conseillère municipale à Bordeaux. Léo contacte l’un d’eux, Deville, journaliste antipathique. Gaby a disparu, sa cabane est dévastée et Léo est inquiet.

Il retrouve son cadavre et l’immerge. Léo est hébergé par Nathalie, une serveuse qui a subi pas mal d’avatars. Il devine qu’un second trublion désire s’approprier les documents. Béa, la conseillère municipale, contacte Léo et lui avoue qu’elle a été violée, dans le local où ils fabriquaient le bulletin de liaison, par Daubert, maintenant juge d’instruction. Arnaud, le père de Léo est intervenu et n’en a jamais parlé.

 

Roman noir, glauque même, qui explore les arcanes d’une organisation gauchiste disparue et dont les membres ont perdu la foi, devenant de petits bourgeois bien implantés dans leur cité et ayant pignon sur rue. Léo, un être marginal, se trouve embringué, à son corps défendant dans une histoire qui a bercé sa jeunesse mais dont il ne connaissait rien. C’est l’occasion pour lui de mieux comprendre son père, et leurs relations qui manquaient de signes extérieurs d’affection. Son père qui était resté le seul membre intègre et sincère dans un combat contre une société qu’il bannissait. Ce pourrait être le roman de quelques soixante-huitards qui ont oublié aujourd’hui leur engagement d’hier.


Tarrade Eric : Château Galère, cuvée soixante huitarte AOC. Atout éditions, collection Pique rouge. Parution Mars 2000. 202 pages.

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