Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
8 janvier 2020 3 08 /01 /janvier /2020 05:57

Ma cabane au… collège
Est blottie au fond des bois  

Anthony BUCKERIDGE : Bennett et sa cabane

Qui n’a rêvé, enfant, de construire une cabane dans un bois, afin de jouer aux cow-boys et aux voleurs ou tout simplement pour s’isoler et lire en toute tranquillité. Ou toute autre occupation qui vous paraissait intéressante même si ce n’était pas du goût des parents.

Grand événement au collège de Linbury, événement exceptionnel même, puisque le directeur de l’établissement a autorisé ses élèves à construire des cabanes, comme bon leur semblait, dans les bois près de l’étang.

A l’aide de bouts de bois, de roseaux et autres matériaux de récupération dont un vieux morceau de gouttière qui doit leur permettre à servir de périscope ainsi que de ventilation, Bennett et son copain Mortimer construisent leur ouvrage, dont ils sont fiers. Les autres élèves se débrouillent comme ils peuvent. Un peu la fable du Loup et des trois petits cochons.

Mais bientôt une épidémie d’oreillons oblige quelques-uns des jeunes collégiens à rester au lit, dont Bromwich l’aîné. C’est vraiment dommage, surtout pour César, le poisson rouge de Bromwich qui tourne dans son bocal… comme un poisson dans un bocal. L’animal aquatique est confié à Bennett et afin de lui faire prendre l’air, il décide de le promener dans l’étang dans un filet à papillons. Une initiative quelque peu malheureuse qui se transforme en un véritable dégât des eaux. Le costume de Bennett est enduit de boue.

Mais il faut quand même assister aux cours de géométrie de Monsieur Wilkinson, Wilkie pour les intimes, et cela manque d’amusement.

Heureusement d’autres divertissements sportifs sont prévus au programme dont un entraînement à ce jeu fort prisé des Britanniques mais aux règles incompréhensibles, le jeu de cricket. Mortimer n’est pas un expert dans le lancer de balle, pourtant Bennett tente de lui expliquer comment se débrouiller. Et inévitablement, alors qu’ils n’auraient pas dû se trouver près du potager du directeur de l’établissement, la balle passe par-dessus la petite haie et atterrit sur la vitre de la serre aux concombres. Une façon comme une autre de briser la glace.

La vitre est brisée et Bennett est obligé de s’arranger pour la remplacer. Ce qui n’est pas une mince affaire. De plus, un général qui a fréquenté le collège il y a déjà fort longtemps, décide d’y inscrire son petit-fils. Il est accompagné de Roger, le gamin en question, et de la mère de celui-ci. Or cette brave dame au cœur sensible a trop souffert dans son enfance d’une règle scolaire stricte et elle souhaite que son fils ne subisse pas les mêmes épreuves. Car le directeur s’est arrangé pour que ses collégiens se tiennent comme de petits singes savants, briqués de la tête au pied.

Roger est turbulent et il est placé sous la garde de Bennett et de Mortimer, ce qui n’était pas le meilleur choix.

 

Le ressort humoristique tient souvent dans les situations, désopilantes pour le lecteur mais malencontreuses pour les protagonistes, mais également dans les quiproquos et les malentendus. Malentendus amplifiés par l’inattention de l’interlocuteur ou par son impatience, l’empêchant d’écouter jusqu’au bout les explications fournies et donc se forgeant une opinion erronée.

Pas aussi délirant que certains Bennett, ce roman s’inscrit dans une veine très joyeuse, donnant même presqu’envie de retrouver sa jeunesse et ses années d’adolescence dans un internat. L’ambiance est soignée et l’on retrouve une description savoureuse des enseignants avec le Grognon et le Tolérant, l’Obtus et le Compréhensif, un directeur parfois un peu dépassé par les événements, et l’animosité ou la franche camaraderie entre condisciples.

 

Anthony BUCKERIDGE : Bennett et sa cabane (Jennings Little Hut – 1951. Traduction d’Olivier Séchan). Illustrations de Marie Mallard. Le Livre de Poche Jeunesse N°7. Editions Hachette. Réédition. Parution juillet 1987. 228 pages.

ISBN : 9782253023388

Partager cet article
Repost0
7 janvier 2020 2 07 /01 /janvier /2020 06:33

Le papa pingouin, le papa pingouin…
S’ennuie sur sa banquise…

Maurice de MOULINS : La baie des pingouins.

Alors que Mogokuk s’apprête à harponner un phoque, il est tiré de ses réflexions par un appel au secours.

Immédiatement il pense à l’homme roux, le brigand qui terrorise la tribu des Esquimaux. Mais il s’agit tout simplement d’un voyageur solitaire qui épuisé gît dans la neige.

Après lui avoir prodigué quelques premiers soins, il ramène l’inanimé au camp et bientôt à l’aide de massages appropriés dans une atmosphère surchauffée dans l’un des igloos, l’homme sort de l’engourdissement dans lequel il était plongé.

Il se nomme Charles Vicaire et désirait se rendre à une station météorologique située encore plus au nord. Les jours passent, le temps qu’il se remette de ses émotions. Et comme il parle à peu près leur langage, ayant débarqué depuis des mois au Groenland, et s’étant familiarisé avec les us et coutumes des autochtones, Charles s’entend fort bien avec les Inuits.

Un couple d’ours est aperçu sur les bords du rivage et il accompagne les chasseurs dans leur quête. Malgré les chiens les deux ursidés se rebiffent et il sauve la vie à Mogokuk et à Kalibok grâce à son fusil dont il use avec précision. Les chasseurs reviennent contents jusqu’au village, leur provision de viande fraîche leur assurant la nourriture pour plusieurs jours. Seulement en vue du village, ils aperçoivent des fumées.

L’homme roux qui entretient la terreur dans la région vient encore de faire des siennes, en abattant de nombreux villageois et en enlevant la fille de Mogokuk.

Aussitôt quelques hommes se lancent sur les traces de la kidnappée et de son ravisseur, Charles Vicaire en tête.

 

Sous le pseudonyme de Maurice de Moulins se cache Albert Bonneau, créateur de la série de western Catamount, et grand fournisseur de petits fascicules dans tous les domaines mais surtout dans les romans d’aventures.

Des histoires simples, mais enlevées, propices à exciter l’imaginaire des lecteurs et que les jeunes peuvent lire sans aucune appréhension ou censure.

Cela fait du bien parfois de se retrouver dans l’univers des romanciers qui écrivaient pour le plaisir de leurs lecteurs, sans leur prendre la tête par des considérations philosophiques hors de propos, sans violence gratuite, même si certaines scènes décrivent notamment le combat contre les ours et que des gouttes de sang s’éparpillent dans la nature, et surtout sans vulgarité dans les dialogues.

 

Maurice de MOULINS : La baie des pingouins. Le Petit Roman d’Aventures N°84. Editions Ferenczi. Parution 7 septembre 1937. 32 pages.

Partager cet article
Repost0
5 janvier 2020 7 05 /01 /janvier /2020 05:21

Lorsque économie et écologie ne font pas bon

ménage !

Alain BILLY : Maaga la Scythe.

Sur Maaga la Scythe, une terrible épidémie a décimé la population.

Seuls quelques survivants se terrent dans Triah-Reine, la capitale.

Parmi ces rescapés, Ryl, l’Impéror et ses quatre femmes. L’arrivée d’un vaisseau extra-galactique revenant de mission et comportant quelques mille-deux-cents hommes d’équipage, inquiète Ryl. Il se méfie de Chor, le responsable du vaisseau et chef de mission, à tort car c’est Buluck, le second, qui lui donnera du fil à retordre.

Tandis que les hommes d’équipage repartent à bord du Dramar trouver une planète plus accueillante, Ryl, Vyne, l’une de ses femmes, et Buluck essaient de rejoindre la planète-mère, la Terre, à bord de Cathédra, un engin spatial entièrement robotisé et pourvu d’intelligence.

Le voyage retour et l’exploration de Cathédra afin d’acquérir la Sagesse seront contrariés par l’esprit d’un ancien Impéror nommé Zequiel.

 

Ce roman d’Alain Billy ne possède pas la fougue, l’épisme, l’exotisme qui prédominaient dans L’orchidée rouge de madame Shan.

Mais il recèle des accents plus graves et sous couvert d’une littérature considérée parfois comme futile, les problèmes de l’écologie, de l’industrialisation à outrance, d’un déséquilibre aussi bien écologique qu’industriel sont abordés.

Ainsi page 83, lorsque Ryl, parti à la découverte de Cathédra, franchit une porte et entre de plain-pied dans un paysage inconnu, composé de végétaux et d’animaux. Il écrase une fourmi délibérément.

« Peux-tu reconstruire cette fourmi ? demanda la voix de Cathédra.

Ryl, les sourcils froncés, se débarrassa du minuscule cadavre. Cathédra insista.

Attention ! Chaque élément dépend du tout.

Il ne faut pas exagérer, s’indigna Ryl. Une fourmi n’est qu’un grain de poussière, autant dire rien.

Tu as détruit une molécule du grand édifice. Et tu as participé avec la même légèreté à la détérioration de Maaga la Scythe. Tes lois ont privilégié l’économie au détriment des impératifs biologiques.

Des programmes industriels et militaires étaient nécessaires à l’équilibre de Triah-Reine, objecta Ryl.

Tu n’as jamais cherché à freiner l’exploitation outrancière des ressources de ta planète. L’épidémie de choradra est un résultat de la pollution.

La caste des industriels faisait pression sur moi.

Tu pouvais t’opposer au démantèlement des rapports humains comme au mépris de la nature… »

 

Conversation qui amène à réfléchir sur l’opportunisme de certaines technologies, dites de progrès, qui détériorent insensiblement mais de façon profonde l’environnement biologique et spirituel de l’humanité.

Le roman de science-fiction est peut-être le support d’une nouvelle philosophie, tout au moins le moyen de transmission d’une mise en garde, une manière de dire Attention, danger.

Le modernisme à outrance peut se retourner contre les apprentis sorciers.

 

Alain BILLY : Maaga la Scythe. Collection Anticipation N°1636. Editions fleuve Noir. Parution juillet 1988. 192 pages.

ISBN : 2-265-03862-8

Partager cet article
Repost0
4 janvier 2020 6 04 /01 /janvier /2020 05:26

Pour gouverner il faut avoir
Manteaux et rubans en sautoir.
Nous en tissons
Pour vous grands de la terre,
Et nous pauvres canuts
Sans drap on nous enterre

Aristide Bruant

Charles EXBRAYAT : Le chemin perdu.

En cette année 1816, le petit village de Tarentaize, situé à environ une quinzaine de kilomètres de Saint-Etienne, est, comme bien d’autres communes de France, coupé en deux. D’un côté les Bonapartistes qui n’acceptent pas l’exil de leur Empereur, de l’autre les Royalistes qui fêtent le retour sur le trône d’un Bourbon affilié à Louis XVI, Louis XVIII. Ce roi qui s’est allié aux étrangers est considéré comme un usurpateur par de nombreux villageois ayant servi dans l’armée impériale, malgré les stigmates qu’ils ont récoltés sur les champs de bataille.

Armandine, six ans, vit avec son grand-père Ambroise Mantel, ex-lieutenant aux voltigeurs, amputé d’une main depuis 1806 alors qu’il participait à l’une des nombreuses guerres engagées par Napoléon, ce qui ne l’empêche pas d’être toujours fidèle à l’empereur; sa grand-mère Elodie; Louise, sa mère, dont la tête, si elle est toujours sur ses épaules n’a plus tout à fait conscience de ce qu’il se passe autour d’elle depuis l’assassinat de son mari Honoré.

Armandine joue avec ses petits camarades d’école, entretenant une dévotion envers celui qui est mort car il avait refusé de crier Vive le roi ! Trois jeunes issus de la bonne société l’avaient fait passer de vie à trépas à cause de leurs convictions royalistes attisées depuis le retour de Louis XVIII sur le trône.

Alors le village est partagé entre les tenants de la royauté représentée par Louis XVIII et ceux qui professent une quasi adoration envers Napoléon malgré les centaines de milliers de soldats tombés aux champs d’honneur.

Pour autant, entre Ambroise Mantel et Landeyrat le Vieux, le nouveau maire qui a ceint l’écharpe lorsqu’Ambroise a dû lui céder, il existe une amitié sincère, et un profond respect. Leurs opinions diverges mais elles ne sont pas un obstacle entre eux. Ce sont des sages. Et entre eux le curé Mauvezin qui tente d’apaiser les tensions qui animent de temps à autre les villageois.

 

Armandine vit dans cette atmosphère qui déteint sur son caractère. Elle est amie avec Eugénie ainsi qu’avec Mathieu, le petit-fils de Landeyrat le Vieux. Mais les anicroches ne manquent pas de prétextes pour se batailler contre d’autres garnements, principalement contre Sophie, jolie gamine mais pimbêche.

Les années passent, Mathieu est amoureux d’Armandine, alors que Sophie le guigne et voudrait pouvoir le voler à son ennemie. Mais Armandine n’en a cure. Il n’est juste qu’un compagnon de promenades dans les bois, même si tout le village les voit mariés. Ambroise décède, Elodie est obligée de recruter du personnel, le jeune couple Christine et Gustave ainsi que la déjà âgée Agathe. Bientôt ils seront considérés comme appartenant à la famille.

Une tante d’Eugénie, la tante Marthe, vit à Saint-Etienne et tient une boutique de confection. Eugénie s’y rend tous les ans et en revient éblouie. Elle ne tarit pas d’éloges devant Armandine et lui vante les charmes de la ville. Et elle va quitter Tarentaize pour devenir modiste chez sa tante et bientôt se marier avec Charles.

Sophie peut bien tourner autour de Mathieu, Armandine n’en a cure. Elle aussi devient petite main chez la tante Marthe, et conquiert les clientes par son charme et sa diplomatie, trouvant toujours les mots justes pour les flatter et vendre des chapeaux encombrés de feuillages et d’oiseaux.

Armandine vit chez Eugénie et Charles et fait la connaissance de Nicolas, un ami qui prend ses repas chez le couple. Il est passementier dans la même usine que Charles mais il ne fait pas attention à la jeune fille qui tombe amoureuse de lui. Il ne pense qu’à se révolter contre les patrons, prônant la révolution des canuts lyonnais. C’est un Républicain convaincu et il n’hésite pas à se rendre dans la capitale de la soie pour combattre les royalistes, les patrons, l’armée et les forces de l’ordre.

 

Roman de terroir comme aimait Charles Exbrayat à mettre en scène des personnages vivant dans la Loire et la Haute-Loire quelques dizaines d’années auparavant, Le chemin perdu est aussi un roman historique et un roman social, le tout englobé dans une histoire d’amour.

De 1816 à 1846, l’auteur décrit une période de l’histoire qui traverse les règnes de Louis XVIII jusqu’à celui de Louis-Philippe, en mettant en évidence les nombreuses révoltes ouvrières. Une période beaucoup plus mouvementée que celle qui est narrée succinctement dans nos manuels scolaires, lorsqu’il y en avait, avec les nombreuses revendications ouvrières secouant cette région. Certes la révolte des canuts y est évoquée, mais aussi celle des mineurs de Rive-de-Gier.

Ils devinaient que ces hommes-là savaient de quoi ils parlaient quand ils maudissaient les patrons sans âmes, une police à la solde des riches, une magistrature qui se déshonorait par sa servilité envers le pouvoir.

 

Publié au début des années 1980, mais inscrit dans une période de la première moitié du XIXe siècle, ce roman pourrait très bien décrire notre début de siècle avec tous les mouvements sociaux qui se développent un peu partout. Un contexte historique immuable.

Il s’agit également de mettre en avant l’attrait de la ville avec son modernisme et la relative paix des champs, deux aspects qui se croisent et se révèlent en complète opposition de style de vie.

Tu préfères ton atelier sans air où un chef surveille l’esclave que tu es devenu plutôt que de vivre dans la liberté des champs.

 

Du jour où Nicolas découvre Tarentaize et une certaine forme de vie, il devient amoureux de ce coin de campagne. Un sujet de discorde entre Armandine et lui, la jeune femme préférant vivre à Saint-Etienne, rejetant tout un pan de son enfance.

Roman politique où l’idée du socialisme se forgeait dans les esprits :

En gros, les socialistes voudraient que les riches soient moins riches et les pauvres moins pauvres.

Une utopie car l’on sent bien qu’au contraire c’est l’inverse qui se produit.

 

Mais il s’agit également d’un roman d’amour, qui met longtemps à se déclarer, de par les ambitions et les revendications d’Armandine et de Nicolas. Et l’obstination d’Armandine à vouloir rester à Saint-Etienne, malgré tout, fait dire au curé de Tarantaize qu’elle a perdu le chemin, d’où le titre de ce roman fort, en préférant les artifices urbains au chemin de la vraie vie.

 

Première édition : Editions Albin Michel. Parution 7 avril 1982. 384 pages. Réédition décembre 1992.

Première édition : Editions Albin Michel. Parution 7 avril 1982. 384 pages. Réédition décembre 1992.

Charles EXBRAYAT : Le chemin perdu. Les bonheurs courts 2. Réédition Editions de la Seine. Parution mars 1990. 384 pages.

ISBN : 9782738202918

Partager cet article
Repost0
3 janvier 2020 5 03 /01 /janvier /2020 05:15

Cet épisode est toujours d’actualité !

ANDRE-MICHEL : La danse du sang.

Jeune rédacteur au journal La Grande Presse, Jean Nervier est mandé par son patron afin de se rendre en Afrique, ayant été remarqué par la qualité et la précision de ses articles concernant ce continent.

Une tentative révolutionnaire vient d’éclater en Afrique française, fomentée par un Noir fanatique qui a réussi à soulever les populations du Haut-Sénégal. Et Jean Nervier, de par ses connaissances, est l’envoyé spécial idéal. Un tremplin pour se faire un nom et une place dans la profession, se dit-il.

Jean Nervier s’envole donc pour Dakar. A l’escale de Casablanca, presque tous les passagers descendent. Seuls restent dans l’avion Jean Nervier et un autre jeune homme, un Américain, qui se présente comme Lionel O. Patrick, envoyé spécial de l’American-Morning de Baltimore. Seulement les nouvelles en provenance de Dakar ne sont guère rassurantes, l’état de siège est déclaré et les passagers sont informés qu’ils ne sont pas les bienvenus. A Port-Etienne, étape programmée sur la ligne africaine, les deux confrères parviennent à échapper au contrôle des autorités et s’enfuient dans la nature.

Après un voyage en auto-stop à bord d’une voiture conduite par un Noir, ils parviennent enfin à Dakar, malgré l’interdiction. Ils échappent aux rondes. Nervier connait un compatriote qui accepte de les héberger et le lendemain ils se rendent à la poste afin d’envoyer des câbles narrant leurs premières péripéties. Seulement, ils sont arrêtés par deux tirailleurs prévenus par les employés qui avaient reçus des ordres, puis menés devant le gouverneur général.

Le diplomate leur expose la situation : Un indigène, originaire du Sahara, un fanatique, El Hadj Mayor, a prêché la guerre sainte ; il a envoyé des agitateurs un peu partout ; mais le centre de son action se trouve dans les parages de Kayes, à la limite du Sénégal et du Soudan. Nous avons formé des colonies militaires, des émissaires civils également. Nous espérons en terminer rapidement.

Nervier et Patrick défiant l’interdiction qui leur est signifiée de se déplacer, se rendent dans un poste avancé. Les nouvelles vont vite en Afrique et lorsqu’ils arrivent dans un petit village, ils apprennent qu’ils étaient attendus. Ce que leur révèle le chef de poste les surprend fort. L’armée d’El Hadj Mayor se tient sur une hauteur proche, dans des constructions en pisé. Mais défense est faite à l’officier d’utiliser l’artillerie. Les deux armées se campent face à face, comme si une trêve avait été signée. Des émissaires avaient été envoyés, proposant à EL Hadj Mayor de capituler, mais ils ne sont pas revenus.

 

Ce court roman nous plonge dans l’époque coloniale montrant l’Afrique déjà en ébullition contre l’occupant, dans une guerre sainte. Le déploiement de force est destiné à impressionner l’adversaire, qui s’en moque royalement. L’officier pourrait tenter une offensive mais c’est un soldat qui obéit aux ordres sans toutefois les comprendre ou les approuver.

Comme le déclare Nervier, Un bon journaliste ne connait pas les obstacles. Et ils se rendront sur le terrain au cœur du village ennemi.

L’on ne peut s’empêcher de rapprocher la situation décrite dans cet ouvrage à celle qui se déroule au Mali, et d’autres pays africains, avec la guérilla fomentée par Al-Qaïda au Maghreb.

L’époque a changé mais la mentalité reste la même et la France joue toujours, est-ce un bien ou mal, l’arbitre dans ses anciennes possessions africaines. Un arbitrage que certains déplorent alors que d’autres le souhaitent, mais qui équivaut pour beaucoup à une nouvelle forme de colonisation, le père surveillant ses fils majeurs.

ANDRE-MICHEL : La danse du sang. Collection Le Petit Roman d’Aventures N°85. Editions Ferenczi. Parution le 14 septembre 1937. 32 pages.

Partager cet article
Repost0
27 décembre 2019 5 27 /12 /décembre /2019 05:09

Lorsqu’Evelyne Brisou-Pellen signait d’un sigle…

E.B.P. : La bague aux trois hermines.

La pétulante et intrépide Alix, dix ans, préfère être en compagnie de sa maîtresse, damoiselle Isabelle, que vaquer en cuisine ou auprès des lavandières. Elle trouve toujours une bonne excuse pour se défiler à ses tâches qui l’ennuient.

Placée près du sire Ordéric toute jeune, après avoir perdu des parents, elle se mêle de tout et l’annonce que damoiselle Isabelle va se marier ne lui sied guère. Elle pense qu’elle a son mot à dire et les six prétendants invités au château ne lui plaisent guère. Elle se renseigne, elle prétend que damoiselle Isabelle est moche, claudicante, et tout autre excuse à décourager les seigneurs qui convoitent sa main. S’autant que damoiselle Isabelle ne doit pas voir les prétendants avant que sire Ordéric ait fait son choix.

Alors elle les espionne, les interroge, mais pour elle aucun d’eux n’est le fiancé idéal. Trop gros, trop vieux, pas assez riche, pas assez beau, pas assez aimable. Bref tout le contraire de ce qu’elle ambitionne pour sa jeune maîtresse.

Mais lorsque l’un des prétendants est assassiné, car pour elle il n’y a aucune tergiversation, il ne s’agit pas d’un accident, donc lorsque l’un des prétendants est assassiné, elle se met enquête du fautif. A ses risques et périls, car c’est bien joli de fouiner ainsi, mais le retour de bâton peut provoquer d’autres dégâts, surtout sur sa personne.

Elle provoque des remous parmi toute la gente assemblée, se faufilant d’une pièce dans une autre, fouillant dans les affaires des uns et des autres, à la recherche d’une preuve afin de confondre le coupable. Du moins celui qui a commandité le tueur pour effectuer son forfait. Et l’assassin ne peut qu’être Ordin le jongleur, un malfaisant à la tête d’une bande de malandrins.

Et voici qu’un nouveau venu s’installe au château. Il lui plait bien ce jeune seigneur, qui théoriquement n’est que de passage, seulement bientôt les soupçons pèsent sur lui. Alors qu’Alix s’était mis en tête que ce jeune seigneur serait le fiancé idéal de damoiselle Isabelle.

Heureusement Alix peut compter sur l’aide de son frère, un peu plus vieux qu’elle et qui est chargé de l’entretien des écuries, dans ses recherches. Pauvre Alix qui pense avoir trouvé le coupable et qui est obligée de se rendre compte qu’elle se fourvoie. Elle soupçonne chacun des prétendants, mais s’il s’agissait de quelqu’un d’autre ?

Et c’est ainsi que le lecteur la suit dans ses démêlés, ses déductions, ses à-priori également, mais elle n’est pas à l’abri d’un mauvais coup car bientôt elle devient la fouineuse qui gêne.

 

Un roman médiéval enlevé qui fait la part belle à une gamine indépendante et entreprenante. Son seul défaut se mêler de ce qui ne la regarde pas, au grand dam de sire Orderic, de dame Eusebia, la gouvernante de damoiselle Isabelle, et qui trouve toujours une excuse pour se défiler lorsque les autres servantes ont besoin d’elle.

C’est gentillet mais pour autant ce n’est pas naïf, au contraire. A l’instar de la vive Alix, ce roman d’action et de détection, fourmille de coups d’éclats, de joie de vivre (malgré les morts), de pétillance, d’humour.

 

E.B.P. : La bague aux trois hermines. Collection Zanzibar N°71. Editions Milan. Parution janvier 1991. 200 pages.

ISBN : 2867266254

Partager cet article
Repost0
26 décembre 2019 4 26 /12 /décembre /2019 05:19

Le cauchemar est la face cachée du rêve…

et inversement !

Cauchemars au ralenti ou douze réalités mal programmées. Récits de science-fiction et d’insolite choisis, présentés et traduits par Alain DOREMIEUX.

Comme l’écrivit Alain Dorémieux dans sa préface : Il y a des récits où la réalité est à sens unique, où le lecteur retombe sur ses pieds en fin de parcours : on reste là dans le domaine de la logique. Mais il y en a d'autres où la réalité est déphasée, subtilement dénaturée, et où la situation décrite n'est normale qu'en apparence. Ce sont douze nouvelles de ce genre qui sont ici présentées. Elles ont toutes en commun le fait d'entretenir avec la réalité quotidienne des rapports faussés à la base. Comme si les postulats sur lesquels elles reposent émanaient d'un ordinateur n'ayant pas reçu les instructions convenables. C'est en quoi elles sont « mal programmées ».

Au fil de ces textes, surgissent d'inquiétants thèmes clés qui semblent jalonner un parcours onirique : l'univers clos, la claustration, le piège en forme de cercle fermé, la route qui ne mène nulle part, l'environnement qui semble factice, la dimension-refuge dont on reste prisonnier. C'est là une trouble toile de fond, où s'inscrit le tracé des obsessions intimes et des névroses quotidiennes.

Et parfois ces cauchemars sont tangibles, s’inscrivant dans une anticipation proche. Parfois ce sont comme des rêves qui n’auraient ni début ni fin, pris en cours de route, mais qui imprègnent le lecteur d’une sourde angoisse.

Si certains noms réveillent des souvenirs de lectures, tels John T. Sladek, Harry Harrison, Thomas M. Disch, bon nombre de ces auteurs ne sont guère connus, pourtant en effectuant quelques recherches, on peut s’apercevoir que depuis la publication de ce recueil, quelques-uns d’entre eux ont participé à de grandes aventures. Ainsi Vonda N. McIntyre a rédigé quelques épisodes de la série Star Trek.

Mais, au risque de décevoir les quelques lecteurs de ce billet, je vais me contenter de ne parler que d’une nouvelle, qui est un cauchemar réel et non fictif, même si elle entre dans la catégorie anticipation proche. Si proche même qu’elle est à notre porte.

Il s’agit de la nouvelle de Kate Wilhem, Il était un canari rouge.

 

La société décrite est confrontée à une bureaucratie étatisée et l’individu moyen est entraîné, broyé, absorbé et rejeté par un engrenage kafkaïen. Mais cette bureaucratie pourrait être substituée par des sociétés privées qui ne réagissent qu’à l’appât du gain et qui s’est forgé une dépendance informatisée.

Le thème de cette dérive est la maladie, ou plutôt l’aspect de l’accueil des malades dans une société qui a rejeté tout humanisme. Raconter le chemin de croix des patients peut se résumer en quelques citations qui décrivent bien cette atmosphère et n’est pas loin de ce que nous connaissons ou presque.

Il appela le service d’urgence de la pédiatrie :

Ceci est un répondeur téléphonique. Nous regrettons de ne pouvoir satisfaire votre demande, mais nos effectifs travaillent déjà au maximum de leurs capacités. Veuillez signaler le numéro d’identification  du malade, son nom et le motif de l’appel. Conduisez le malade à l’hôpital le plus proche demain à 8 heures du matin. Nous vous en remercions.

Mais quand il s’agit d’un enfant, que l’on ne connait pas son numéro d’identification, que quarante de fièvre toute la journée est un motif valable en soi pour s’inquiéter, comment fait-on ? On attend.

 

Et quand on est âgé et que l’on vit seul, l’avenir n’est guère réjouissant :

Mon fils est mort. Cancer du larynx. Ils n’avaient pas de lit pour lui. Il fallait qu’il attende presque deux ans. Mais quand la place fut disponible, il était déjà entre quatre planches.

Et pour mieux enfoncer le clou :

A partir du mois prochain, ils vont supprimer les visites d’infirmières à domicile. Ça revient trop cher et il n’y a pas assez de personnel.

 

D’autres exemples pourraient compléter cette vision de l’avenir, mais est-ce bien besoin d’en ajouter ? Nul doute que certains hommes, ou femmes politiques, en charge de notre santé, se sont inspirés de cette vision futuriste désastreuse pour effectuer des économies et c’est Bercy qui est content.

 

Bonne lecture et ne vous rendez-pas malade pour autant. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, n’est-ce pas ?

 

Sommaire :

1 - Alain DORÉMIEUX : Préface.

2 - Kate WILHELM : Il était un canari rouge (The Red Canary – 1973).

3 - David GERROLD : Toutes les chambres étaient vides (All of Them Were Empty - 1972).

4 - Edward BRYANT : Épaves sur l'autoroute (Adrift on the Freeway – 1970).

5 - Harry HARRISON : Au bord des chutes (By the Falls – 1970).

6 - George Alec EFFINGER : Au lit de bonne heure (Early to Bed – 1972).

7 - David John SKAL : Crayola (Crayola - 1972).

8 - Evelyn LIEF : Toutes les quatre maisons (Every Fourth House - 1972).

9 - R. A. LAFFERTY : Configuration du Rivage du Nord (Configuration of the North Shore - 1969).

10 - Vonda N. McINTYRE : Seulement la nuit (Only at Night - 1971).

11 - John Thomas SLADEK : Circuit fermé (The Interstate – 1971).

12 - Robert RAY : Envol psychédélique (Psychedelic Flight – 1972).

13 - Thomas Michael DISCH : Hâtons-nous vers la Porte d'Ivoire (Let Us Quickly Hasten to the Gate of Ivory – 1970).

 

Cauchemars au ralenti ou douze réalités mal programmées. Récits de science-fiction et d’insolite choisis, présentés et traduits par Alain DOREMIEUX. Collection Autres temps, autres mondes. Edition Casterman. Parution septembre 1976. 256 pages.

ISBN : 2-203-22619-6

Partager cet article
Repost0
24 décembre 2019 2 24 /12 /décembre /2019 08:38

Les Survenants, c’est comme des Revenants qui ne seraient pas nés… !

René REOUVEN : Les Survenants.

S’étant rendu à Bordeaux pour des raisons personnelles, Gilbert Gréjac, psychanalyste, assiste sur les conseils d’un ami à un concert de guitares autophonique sur la dune du Pyla.

Un chien qui se promène, répondant au nom de Spirou, dont le comportement étrange l’intrigue, puis la rencontre impromptue avec une jeune femme prénommée Odélie Duchâtelet, cette musique émanant dont on ne sait d’où, cette soirée va bouleverser la vie de Gilbert Gréjac.

Peu à peu il se rend compte que non seulement sa personnalité se modifie, que ses habitudes changent du tout au tout, mais que ses souvenirs eux-mêmes prennent des chemins de traverse. Ce n’est pas tellement le fait de ne plus fumer du jour au lendemain ou de se retrouver gaucher qui le perturbent vraiment, mais d’autres indices qui le conduisent à se poser des questions.

Et que dire de cette modification de prénom en Justin sur ses pièces d’identité ainsi qu’une altération de la photographie qui le représente. C’est lui sans être lui.

Il se confie à l’un de ses confrères mais celui-ci ne peut lui apporter de réponses concrètes sur ces manifestations. Alors, il effectue quelques recherches afin de trouver où réside Odélie. Ayant découvert qu’elle vit à Saint-Guénolé dans le pays Bigouden, il se rend sur place.

Dans le grenier de sa petite maison, la jeune musicologue a installé des harpes qui vibrent sous l’action du vent. Un concert initié par l’oncle de la jeune femme, qui depuis est interné et vit dans un état végétatif.

Odélie avoue qu’elle-même a perçu de nombreuses modifications dans sa façon de vivre. Elle était de mœurs libérées, elle est devenue pudique et réservée. Ce qui entraîne les deux jeunes gens à parfois s’affronter ou au contraire à se confier. Et, tout comme Gilbert/Justin, elle est devenue Odélie/Jeanne.

Ils se rendent parfois dans l’établissement où a été interné l’oncle Philippe, qui a des sursauts, reprenant pour quelques moments ses esprits. Il a fait des recherches sur ceux qu’il nomme les Survenants, des entités qui ne sont pas nées mais attendent l’occasion propice pour investir les corps et les esprits de leurs « jumeaux ». Ainsi il est persuadé que son Survenant n’est autre qu’Antoine Galois, un descendant virtuel d’Evariste Galois, un célèbre mathématicien mort en duel à l’âge de vingt ans en 1832.

Gilbert Gréjac, lors d’une analyse avec son confrère Pojols, précise sa pensée :

Elles investiraient notre personnalité de la même façon que des émissions de radio intempestives viennent brouiller celle sur laquelle tu t’es branché, sans que tu aies manœuvré le bouton de réglage.

Tandis que pour Philippe, l’oncle d’Odélie, il émet l’hypothèse suivante :

Notre monde, celui que nous connaissons, était peut-être considéré comme virtuel par des créatures qui, derrière leurs propres écrans, ne verraient en nous que des images de synthèse.

 

Ce roman de René Reouven détone par rapport à la production habituelle de cet auteur qui pourtant avait déjà abordé le fantastique et la science-fiction, dans notamment dans Les Grandes profondeurs.

On retrouve certes l’érudition dont fait preuve dans chacun de ses ouvrages cet ancien documentaliste de l’Education Nationale, mais l’aspect historico-humoristique y est effacé au profit d’un concept psychologique.

Et je n’hésite pas à affirmer, contrairement à de nombreux critiques et chroniqueurs, que ce roman non seulement ne m’a pas intéressé mais au contraire, que je me suis ennuyé à sa lecture. Mais ceci n’engage évidemment que moi, car malgré tout cette intrigue est solide. Mais trop verbeuse, trop sérieuse malgré son contexte, trop introspective à mon goût.

Ce qui ne m’empêchera pas de lire, ou relire, d’autres ouvrages de René Reouven, surtout ses intrigues policières dans lesquels il prend le XIXe siècle comme support et met en scène personnages fictifs et réels.

 

René REOUVEN : Les Survenants. Collection Présences N°31. Editions Denoël. Parution le 24 octobre 1996. 256 pages.

ISBN : 2-207-24370-2

Partager cet article
Repost0
23 décembre 2019 1 23 /12 /décembre /2019 09:21

Attention, le petit oiseau va sortir…

Peter LOVESEY : Le bourreau prend la pose

Dans cette nouvelle enquête du sergent Cribb, dont nous avons fait la connaissance dans La course ou la vie, dix ans ont passé et huit enquêtes ont été conclues entre les deux affaires. D’ailleurs Le bourreau prend la pose ce sera la dernière apparition de ce personnage.

Le sergent Cribb n’a pas connu d’avancement, ce qui ne le tracasse pas outre-mesure. Le voici plongé dans une enquête qui est une contre-enquête, officieuse, avec laquelle il a plus à perdre qu’à gagner.

L’assistant d’un photographe est retrouvé empoisonné au cyanure. Meurtre, suicide ? La femme du photographe s’accuse et plaide coupable. Elle aurait agit ainsi pour se libérer d’un odieux chantage.

Oui, mais… mais une photographie découpée dans un journal et reçue par le ministre de l’Intérieur va tout remettre en question. La coupable est-elle vraiment coupable ?

Le sergent Cribb doit être extrêmement prudent au cours de cette enquête officieuse pour laquelle il n’est pas couvert.

 

Le personnage du bourreau décrit dans ce roman est particulièrement attachant, si je puis employer cette expression concernant un homme dont l’outil de travail est une corde.

Presque dix ans séparent la publication de La course ou la vie et ce roman. Il n’aura fallu qu’un mois pour La Librairie des Champs-Elysées, devenue de nos jours les Editons du Masque, pour réparer cet oubli. Pourtant, selon une aberration éditoriale ces deux romans sont le premier et le dernier d’une série de dix titres, les huit autres étant édités dans un savant désordre ou totalement oubliés. Les voies des éditeurs sont impénétrables !

Réédité sous le titre La Photo du bourreau. Collection Labyrinthes n°5. Éditions Le Masque. Parution 2 avril 1997.

Réédité sous le titre La Photo du bourreau. Collection Labyrinthes n°5. Éditions Le Masque. Parution 2 avril 1997.

Peter LOVESEY : Le bourreau prend la pose (Waxwork – 1978. Traduction de Christiane Poulain). Collection Le Masque Jaune N°1803. Editions Librairie des Champs-Elysées. Parution octobre 1985. 192 pages.

ISBN : 9782702416563.

Partager cet article
Repost0
20 décembre 2019 5 20 /12 /décembre /2019 05:59

Quand t'es dans le désert… depuis trop longtemps…

Captain E. W. JOHNS : Biggles dans les sables maudits.

Afin d’aider un vieil ami, le général Mander, l’Air Commodore Raymond, chef de la police spéciale de l’Air, convoque Biggles à son bureau.

Le fils du général, Adrien Mander, est parti deux mois plus tôt en avion mais n’est pas revenu. Il est porté manquant, et aucune trace de son appareil n’a pu être détectée. Il s’était envolé en compagnie d’Hassan Sekunder, de nationalité probablement égyptienne, prétendant avoir travaillé pour la Société égyptienne d’archéologie, afin de se rendre sur un site dans le sud du Sahara, une oasis, Siwa, qui ne figure pas sur les cartes.

Là-bas, selon les affirmations de Sekunder, des vestiges d’une civilisation inconnue sont nichés dans des montagnes. Notamment le tombeau d’un grand roi du peuple Targui, Raz Tanazza. Cette tombe est enfouie sous un éboulement de rochers ainsi que d’autres sépultures dont certaines portent des inscriptions gravées dans le roc.

Adrien Mander était donc parti avec ce copain dont il avait fait la connaissance lors d’un précédent voyage en Jordanie. Mais selon toutes probabilités, Mander fils s’était montré naïf. Or, le général Mander avait reçu une missive de son fils, lorsqu’il avait fait escale à Marsa Matru, lui indiquant que les deux hommes devaient se rendre pour Siwa puis suivre un vol en direction du sud en suivant une ligne d’oasis. Le général, depuis n’avait plus eu de nouvelles, mais il s’était renseigné et le nom de Sekunder était inconnu de la Société égyptienne d’archéologie.

Biggles s’envole donc avec pour compagnons Bertie et Ginger à recherche d’Adrien, ou du moins d’une épave d’avion sans vouloir être trop pessimiste. Ils posent leur bivouac dans une petite oasis avant de rejoindre la ligne de montagnes qui s’élèvent au loin.

Lors d’un premier passage, ils repèrent une petite caravane composée de six chameaux et de cinq hommes. Un mirage ? Et à leur retour, ils s’aperçoivent que leur bivouac a été visité et une partie de leur réserve d’essence volée. Heureusement ils avaient enfouis quelque nourriture.

Lors d’un nouveau passage, un homme tout en bas leur fait des signes. Il s’agit d’Adrien Mander qui leur narre ses démêlés avec Sekunder, lequel lui a volé son avion. Biggles veut ramener le jeune homme chez lui en Angleterre mais Adrien Mander refuse. Il souhaite découvrir le tombeau, trouver peut-être des objets précieux, voire des émeraudes. Et surtout se venger de Sekunder dont il est persuadé que celui-ci va revenir sur les lieux de son forfait.

 

Ce roman du Captain W.E. Johns consacré à son héros favori s’inscrit comme à son habitude dans le domaine de l’aviation mais il tranche sur l’atmosphère qui imprègne en général ses intrigues. Plus grave, plus sérieux, presqu’un roman pour adulte. Et comme il est écrit en épilogue, Telle fut la conclusion d’une aventure désagréable, très différentes des missions habituelles de Biggles.

Pour autant ce roman est d’une lecture agréable, avec le désert pour toile de fond comme dans les romans d’aventures dont se sont inspirés bon nombre de romanciers.

L’auteur aborde ici deux problèmes qui ne gênaient nullement les romanciers, leurs lecteurs, la société en général, mais prennent de nos jours une acuité plus prégnante.

D’abord cette réflexion de Biggles :

Ce que je sais de la vie du désert montre qu’en ce qui concerne la propriété d’autrui les Arabes observent en général une loi non écrite qui fixe leur comportement. Les Arabes sont des Musulmans et dans son testament Mahomet a fixé certaines règles. Même au cours d’une guerre tribale, par exemple, il était fait défense de couper les arbres fruitiers ou les dattiers de l’ennemi, car s’il suffit de quelques minutes pour couper un arbre, il faut des années pour qu’il repousse.

Un précepte qui n’est pas toujours de mise, on en voit les effets néfastes, et sans être en temps de guerre, dans les forêts amazoniennes ou indonésiennes.

Autre réflexion, émanant cette fois d’Adrien Mander, en réponse à la pensée de Ginger qui exprime sa pensée à haute voix, déclarant que ce qu’ils projetaient était peut-être un acte de vandalisme.

C’est une question d’âge, de temps, affirma-t-il. Aucune personne honnête ne profanerait une tombe récente, mais il en va tout autrement avec des vestiges préhistoriques. Sur toute la surface du globe, les monuments anciens et les tombes sont mis au jour pour permettre de mieux connaître les populations qui occupaient le monde avant que l’on n’écrive l’histoire. Cela n’implique pas un manque de respect.

Mais à partir de quel moment, au bout de combien de temps ce qui est considéré comme une profanation ne l’est plus au service de l’histoire et de la science ?

Nota : L’oasis de Siwa existe réellement et se trouve en Egypte, proche de la frontière libyenne et située à quelques 560 kilomètres du Caire.

 

Captain E. W. JOHNS : Biggles dans les sables maudits. Traduction de Maurice Gay. Illustrations de Michel Jouin. Collection Spirale N°160. Editions G.P. Parution septembre 1970. 188 pages.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables