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9 décembre 2019 1 09 /12 /décembre /2019 05:25

Travaillez, prenez de la peine, c’est le fond qui manque le moins…

Gray USHER : Le champ de la mort

Mécontent que son fils adoptif âgé de dix-sept ans ne soit pas à l’heure pour charger des sacs de blé et les transporter en ville, le fermier George Barstow décide d’aller le chercher dans le champ que Jim doit labourer quelques milles plus loin.

Seulement lorsqu’il arrive sur place, le jeune homme n’est pas assis sur son tracteur au repos. Il repose à terre dans les sillons fraîchement retournés. Mais Jim ne fait pas la sieste comme le suppose le fermier. Il est mort, la tête en sang.

La brigade criminelle du comté est immédiatement alertée et l’arme du crime, une lourde clé anglaise, est découverte non loin, cachée mais ayant auparavant été nettoyée et essuyée. Aucun mobile apparent ne justifie ce meurtre, la victime n’ayant pas d’ennemis et ne s’intéressant guère aux jeunes filles. Du moins, c’est ce que déclare George Barstow. La seule solution pour démêler cet imbroglio consiste à demander à Scotland Yard de prendre l’affaire en charge.

C’est ainsi que le surintendant Drexel, accompagné du sergent Tott, arrivent d’abord à Bridgeaston où l’inspecteur Loxleigh, qui a effectué les premières constations, leur fournit les données nécessaires pour continuer l’enquête. Puis ils se rendent sur le lieu du crime, Redchurch-Saint-John.

Ils rencontrent de nombreux habitants, d’abord Barstow, le propriétaire du champ et employeur, presque père adoptif, de Jim Smith, sa fille Mary, Walter Tatlow, ancien marin et militaire reconverti comme écrivain, enfin c’est ce qu’il aimerait devenir, Miss Maggs, la receveuse des Postes, Lake, le vieux monsieur amateur d’archéologie, qui recherche infatigablement des objets et des pièces datant de la période romaine, sa femme, maladive et migraineuse, et surtout épouvantée par son mari, madame Ford et sa fille Betty, avec laquelle Jim Smith entretenait des relations amicales voire plus, et quelques autres qui gravitent dans une atmosphère rurale, mutiques ou au contraire s’exprimant sans trop savoir de quoi il s’agit.

En épluchant les papiers de Jim, Drexel s’aperçoit que le jeune homme possédait un petit pécule et il se demande comment il a pu le constituer. Barstow le rémunérait mais cela n’allait pas loin, du moins pas aussi loin que l’atteste le livret d’épargne.

Des événements indépendants et non relatifs à l’affaire se greffent sur cette enquête. Comme la tentative de suicide d’une jeune femme. Puis ce sont des lettres anonymes qui circulent, émanant d’un corbeau qui sans conteste connait bien les dessous de la vie privée de certaines familles.

Au départ Drexel soupçonne Tatlow, l’écrivain en devenir, d’être l’auteur du meurtre, Jim et lui ayant eu une algarade, mais cette piste est mise de côté, provisoirement. Car des objets datant de la période romaine, lorsque l’Angleterre a subi l’invasion des légionnaires, prennent le pas sur d’autres indices. Mais Barstow possède une vie cachée et cette piste pourrait être intéressante.

Toutefois il est difficile de relier tous ces éléments, qui d’ailleurs n’ont peut-être aucun lien entre eux. Et que penser des relations entre Mary et Tatlow, ou encore entre Betty et Jim. Un embrouillamini dans lequel Drexel, le sergent Tott ou encore l’inspecteur Loxleigh pataugent plus ou moins. Comme dans la boue qui stagnent dans les chemins, la pluie s’invitant dans le décor.

 

Roman policier rural, Le champ de la mort pourrait tout aussi bien être le fruit d’un romancier français, mettant en valeur ( ?) sa province, avec ses paysans mutiques, méfiants, agressifs ou réservés. Redchurch pourrait très bien être un petit village normand, avec ses pâturages, ses champs à labourer, ses petits chemins, ses collines, et ses reliques antiques.

A noter la présence d’un paysan breton, un Johnny, vendant sa récolte d’oignons comme au XIXe siècle.

Et que penser de Drexel qui fume beaucoup et offre sans parcimonie ses cigarettes à tout le monde, témoins comme policiers. Un geste qui aujourd’hui serait répréhensible.

Le champ de la mort est le seul roman de Gray Usher traduit en France, pourtant la série Drexel comporte cinq volumes. L’auteur a à son actif une dizaine d’autres ouvrages, et quelques nouvelles. Alors pourquoi cet abandon alors que le roman et son intrigue étaient prometteurs ? Les voies des éditeurs sont impénétrables !

Les gens de la campagne veulent connaître leur monde avant de se lier.

Gray USHER : Le champ de la mort (Death Sped the Plough - 1956. Traduction Marie-Claude Morel). Collection Le Masque N°606. Editions Librairie des Champs-Elysées. Parution 25 février 1958. 256 pages.

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6 décembre 2019 5 06 /12 /décembre /2019 05:22

Un peu fanée, mais encore si belle !

Alain BILLY : L’orchidée rouge de madame Shan.

Léa, une belle jeune femme, est appelée en urgence chez madame Shan, une voyante à l’article de la mort.

La moribonde confie à sa jeune voisine une orchidée rouge, tout en lui précisant que cette fleur lui procurera un trésor.

Un trésor que recherche activement Francis, le compagnon de Léa, en dépotant la plante. Rien. Ce n’est que quelques mois plus tard que les deux jeunes gens, en manipulant la fleur desséchée, s’apercevront que l’ombre de celle-ci réfléchit sur le mur qui représente une carte géographique.

Leur voisin et propriétaire, monsieur Spingle, vieillard libidineux, paralysé, qui ne se déplace qu’en chaise roulante, les épie à travers un astucieux système auditif et optique disposé dans la cloison de séparation des deux logements.

Léa et Francis partent à la recherche du supposé trésor, en Afrique du Nord. Le voyage est ponctué d’indices, de personnages troubles porteurs d’éléments du puzzle, et comme tout bon roman d’aventures, nos héros sont suivis comme leur ombre par un individu louche qui n’hésite pas à éliminer ceux qui l’encombrent sur son passage.

 

Excellent roman d’Alain Billy qui renoue avec le roman d’aventures exotiques et dont l’apport de la science-fiction dite traditionnelle n’est qu’un prétexte.

C’est un retour à la fascination du désert arabe, des villes perdues, des oasis, de la course au trésor, thèmes que Gérard Delteil avait également abordé dans La septième griffe de Togor, paru dans la même collection sous le numéro 1583.

Mais on pourra également penser aux Mille et une nuits, évidemment.

Alain BILLY : L’orchidée rouge de madame Shan. Collection Anticipation N°1613. Editions Fleuve Noir. Parution mars 1988. 192 pages.

ISBN : 2-265-03762-1

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4 décembre 2019 3 04 /12 /décembre /2019 05:41

Auprès de mon arbre, je vivais heureux…

George SAND : Le chêne parlant suivi de La Fée aux gros yeux.

Orphelin, le jeune Emmi, dix ans, est un gardeur de cochons, rôle ingrat et pas si facile que ça à assumer. Mieux vaut être berger ou garçon vacher (On ne disait pas encore cow-boy).

Un jour, ne pouvant plus endurer les brimades, les maigres repas, le manque d’affection auprès de ceux qui le considèrent comme un esclave, vêtu de haillons et mal logé, il ramasse les tubercules de favasses, ou féveroles, au pied d’un chêne afin de calmer sa faim.

Un porcelet vorace le suit et veut s’approprier les tubercules. Emmi le chasse à coups de sarclette mais l’animal grogne, couine et ses congénères arrivent à la rescousse. Emmi est obligé de se réfugier dans les branches du chêne qui pourtant a mauvaise réputation auprès des villageois.

Ce que peuvent en penser et dire les campagnards, Emmi n’en a cure. Il sait que l’arbre est enchanteur, d’ailleurs ne lui enjoint-il pas de partir d’une voix douce. Ou que des personnes ont disparu alors qu’elles étaient dessous. Mais Emmi lui demande gentiment de le protéger et le chêne n’ose pas le renvoyer. Toutefois Emmi se dit qu’il devrait prévenir sa tante et il s’approche de la maison de celle-ci.

Il entend alors deux jeunes garçons du village dire pis que mal de lui, l’accusant de tous les maux, d’être paresseux et sans-cœur. L’un des deux doit remplacer Emmi comme porcher et cela ne lui sied guère, lui, un grand de douze ans qui devrait au moins être responsable d’un troupeau de veaux.

Alors Emmi retourne à son arbre et s’y installe pour l’hiver, glanant ici ou là des fruits pour contenter sa faim, braconnant de petits animaux, s’aménageant un nid entre les branches. Et c’est ainsi qu’il va passer l’hiver se prenant d’amitié pour la vieille Catiche, une pauvre femme considérée comme folle par ses concitoyens. Elle rit bêtement, marmonne sans cesse, pourtant Emmi s’en fait une alliée.

 

Ce court roman est suivi par La fée aux gros yeux, qui de fée n’en a que l’appellation par les autres, ceux qui cataloguent selon leurs principes sans se demander s’ils ont raison ou non.

Ces deux textes sont extraits de la seconde série de Contes d’une grand-mère, un recueil qui comporte huit textes publiés en 1876 aux éditions Michel Levy frères. Il s’agit du dernier livre publié du vivant de Georges Sand.

Ces textes étaient destinés à l’origine aux petites-filles de Georges Sand, Aurore et Gabrielle, et il est dommage que dans la mémoire populaire l’on ne retienne de Georges Sand que La Petite Fadette, François le Champi ou encore La Mare au diable, très souvent réédités dans des collections pour la jeunesse. Ces romans occultent, malheureusement, toute la production littéraire de cette romancière, dramaturge, épistolière et critique littéraire qui a marqué son époque par sa vie amoureuse mouvementée, mais pas que. Elle prend la défense des femmes, prône la passion, fustige le mariage et lutte contre les préjugés d'une société conservatrice.

 

Plus on étudie, mieux on voit qu’on ne sait rien encore.

 

George SAND : Le chêne parlant suivi de La Fée aux gros yeux. Collection Lire c’est partir. Editions Safrat. Parution novembre 1998. 128 pages.

ISBN : 2906357782

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3 décembre 2019 2 03 /12 /décembre /2019 05:55

Au premier temps de la valse…

de Vienne évidemment !

Jacques DECREST : Les trois jeunes filles de Vienne.

Afin d’aider un ami, et comme il n’a pas encore repris le travail, le commissaire Gilles accepte d’enquêter en tant que bénévole.

En effet il rentre de voyage et son esprit est encore embué des bons moments passés en compagnie de sa fiancée Françoise. Mais comme il ne peut rien refuser à Durand, le rédacteur en chef de l’Echo de France, il accepte de rencontrer Jean Maréchal, qui malgré son patronyme n’est que capitaine.

L’homme reçoit les deux amis chez lui. Il déplore le vol de documents qu’il avait amené chez lui afin de les étudier. Il explique que l’inventeur d’un gaz extrêmement nocif, le Z.392, avait confié les documents à la direction de l’Artillerie, où il travaille, et que son chef lui avait demandé de les examiner. Il avait glissé la chemise dans sa serviette puis était rentré chez lui, avait posé l’objet sur la table puis était reparti à un rendez-vous galant à Montparnasse. Il est rentré chez lui plus tard qu’il ne le pensait, et c’est au petit matin qu’il s’est aperçu de la disparition des documents.

Il est le seul à posséder la clé de son appartement qui n’a pas été fracturé. Il existe bien une seconde clé, avoue-t-il avec réticence, mais il l’a confiée à celle avec qui il avait rendez-vous. Elle ne l’a pas quitté de la soirée.

M. Gilles et son ami Durand se rendent le lendemain soir à Montparnasse et après quelques tentatives infructueuses, découvrent enfin Maréchal en charmante compagnie dans un bar. Sa compagne se nomme Erika Rousnyak et à un certain moment elle est appelée au téléphone. Maréchal aperçoit les deux hommes et ne peut que les inviter à sa table. Revenue Erika, annonce qu’elle doit partir rejoindre un certain Ianosh Ergstein, son cousin, qui lui-même s’en va le lendemain et elle doit le charger de quelques commissions pour ses parents.

Maréchal a fait la connaissance d’Erika Rousnyak sur un bateau qui remontait le Danube. Elle est Hongroise et à Paris elle s’est installée à Auteuil dans un atelier d’artiste où elle s’adonne, irrégulièrement à la sculpture.

Le lendemain le commissaire Gilles prend le train pour Vienne. Dans le train de nuit il repère Ergstein. Un vieux monsieur, habillé en jaquette, et sa femme, imposante dame, véritables caricatures d’un couple à la Dubout, sont également présents. A Salzbourg, Ianosh interpelle sur le quai une jeune femme, Maridi, et le policier les perd de vue. Il retrouvera leur présence au wagon-restaurant, ce qui lui permet de faire connaissance de Maridi.

Il côtoiera ainsi Maridi mais également deux autres jeunes femmes, toutes originaire d’Hongrie, une châtain, une rousse et une brune, à Vienne, ainsi que ce monsieur Boudier qui se prétend touriste mais sera souvent présent, trop souvent, sur son chemin. Heureusement le commissaire Gilles possède à Vienne un vieux copain Franzl, qui lui sert de guide et d’interprète.

 

De roman policier, Les trois jeunes filles de Vienne plonge insensiblement dans le roman d’espionnage, mais c’est l’atmosphère qui prime.

Ce roman s’inscrit également dans un contexte historique et politique car de nombreuses références sont établies avec la princesse Zita, ex-impératrice, dont le retour en Hongrie serait programmé alors qu’elle a été obligée de s’exiler en compagnie de son mari l’archiduc Charles d’Autriche, en Suisse puis à Madère. Le peuple hongrois est très patriote déclare monsieur Boudier.

Il existe un parti assez nombreux qui réclame les anciennes frontières. C’est un rêve.

A quoi Gilles répond :

C’est pour les rêves que l’on meurt le plus facilement.

 

On peut rapprocher une ressemblance certaine, une similitude indéniable, dans le style littéraire, entre Jacques Decrest et Georges Simenon. Dans les tournures de phrases, dans l’état d’esprit du commissaire Gilles, dans la façon de narrer les événements, de décrire le temps ou le décor, d’exposer les impressions ressenties par le policier. Parfois dans les non-dits aussi.

Gilles était parfois comme égaré, hors de lui-même, à mi-chemin du rêve et de la réalité.

Le commissaire Gilles pense souvent à sa fiancée Françoise, c’en est même une obsession. Il lui écrit souvent lors de son départ puis de son séjour, envoyant des messages, des cartes postales, des fleurs. Le côté fleur bleue du commissaire.

Jacques DECREST : Les trois jeunes filles de Vienne. Une enquête de M. Gilles. Collection Détective N°19. Editions Gallimard. Parution 1934. 256 pages.

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2 décembre 2019 1 02 /12 /décembre /2019 05:35

La justice au Mexique… autrefois !

J. MAURICE : Le salteador justicier.

Voyageant pour le compte du gouvernement français, Bernard Lautier est chargé d’explorer certaines régions du Mexique et d’en faire connaître les habitudes au public de son pays.

C’est du moins ce qu’il déclare aux deux hommes en provenance du Nevada qu’il vient de rencontrer alors qu’il est perdu en pleine nuit. Mais un troisième homme, qui dormait ou faisait semblant, couché non loin, se mêle à la conversation. Cet individu, vêtu pauvrement, avoue avoir été banni de son pays accusé à tort d’un crime de sang. Il était marchand de bestiaux dans la région de Guadalajara, région qu’il a dû quitter précipitamment, et explique comment la justice est rendue au Mexique.

Il avait mille témoins prêts à déposer en sa faveur mais la partie adverse deux milles. Lautier est stupéfait qu’il puisse y avoir autant de témoins, mais ce n’est qu’une métaphore pour dire qu’il avait mille piastres.

Au petit matin, un nouveau cavalier arrive, cherchant lui aussi la route de Tuancepec. Il possède un sac contenant trois mille piastres d’or. Le Mexicain et l’homme repartent ensemble à leurs risques et périls selon les deux hommes du Nevada. Effectivement peu après le malheureux voyageur inconnu est retrouvé face contre terre, dans une mare de sang.

Lautier continue son chemin et fait la connaissance d’un compatriote qui depuis six ans voyage à pied, ayant parcouru l’Amérique du Nord puis se rendant vers l’Amérique du Sud. Pour assurer ses besoins quotidiens il fait office de colporteur, vendant de la bimbeloterie, de la petite mercerie. Il doit se rendre à la foire de San Juan, et accepte de continuer son chemin en compagnie de Lautier.

 

Mais arrivé dans la petite ville il est arrêté et présenté à l’alcade. Et le juge ne veut pas se rendre aux arguments de Lautier pour libérer son prisonnier. Lautier déclare que Prunier, c’est le nom du colporteur, a été accusé à tort. Réaction vive du juge qui demande : Depuis quand la justice se trompe-t-elle ?

Et pour sortir Prunier de la prison il faudra l’intervention d’un homme en qui Lautier reconnait le Mexicain, cette fois-ci habillé richement. Il s’agit d’un salteador, un bandit, auquel le juge ne peut rien refuser. Il lui faut juste un papier d’élargissement et un dédommagement financier pour les alguazils qui ont arrêté Prunier.

D’un côté, la justice impuissante et corrompue, de l’autre, le brigandage puissant et magnanime…

Tel est le constat effectué par Lautier.

 

Mais ceci n’est qu’une fiction, qui se déroule en un autre lieu et un autre temps. De nos jours on ne pourrait pas appliquer ce principe à la justice et, par exemple, à des hommes politique.

 

J. MAURICE : Le salteador justicier. Collection Deux heures de… voyages N°9. Editions du Carquois. Parution 3e trimestre 1951. 32 pages.

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29 novembre 2019 5 29 /11 /novembre /2019 05:52

Bonne question !

Michel RENAUD : Qui a trahi ?

Destinée à la jeunesse, cette collection comporta environ une centaine de fascicules à parution bimensuelle dès 1946.

« Jeunesse héroïque » fera revivre pour ses lecteurs les plus belles figures, les actions les plus éclatantes des jeunes héros de la Résistance.

Et il était de bon ton, au sortir de la guerre de mettre en valeur les faits d’arme des Francs-Tireurs et Partisans Français (les FTPF ou FTP tout simplement comme ils étaient dénommés) en opposition aux collaborateurs, ou Kollaborateurs comme écrit dans ce court roman, de triste mémoire.

Et il fallait que ces éclats soient encensés auprès d’un jeune public qui n’avait connu que les horreurs de la guerre, les privations, le bruit des bottes allemandes, et la délivrance grâce au Débarquement.

Raconté avec simplicité, voire naïveté, cet épisode possède trop d’ellipses dans la narration, comme si ce récit avait été écrit sur commande sans que l’auteur y attachât une grande importance. Il est vrai qu’en si peu de pages il est difficile de tout expliquer, pourtant d’autres fascicules, comme chez Ferenczi par exemple, offraient des histoires complètes plus intéressantes, grâce à une police de caractère plus réduite.

De nos jours, cet épisode qui se déroule début mars 1944 possède peut-être moins d’impact qu’il ne l’a eu auprès des jeunes lecteurs lors de sa parution.

 

Quelques hommes sont réunis dans une pièce et étudient la possibilité de délivrer des amis Francs-Tireurs et Partisans détenus dans une prison à Pithiviers. Pierre et son groupe de Seine-et-Marne viennent de tomber entre les mains de l’ennemi et il faut les libérer. Parmi ceux qui élaborent un plan d’attaque afin de faciliter l’évasion de leurs amis, Jean, figure principale du récit, Marcel, Emile, Germain, Bernard qui arrive en retard. Pendant ce temps, leur hôtesse du jour fait le guet par la fenêtre de l’étage.

Pour chaque rendez-vous, un nouveau lieu est choisi et la prochaine réunion doit se tenir à Neuilly-sur-Marne.

Alors qu’il veut prendre le train pour assister à la nouvelle réunion, Jean assiste à l’arrestation de Robert menotté entre deux policiers. Il décide de regagner sa « planque » rue Desrenaudes, dans le XVIIe arrondissement parisien, à pied, afin de déceler d’éventuels suiveurs. Il change souvent d’endroit de repli mais cette fois-ci, il pense que la petite chambre, une mansarde située au septième étage d’un immeuble bourgeois, lui offre toutes les garanties.

Il a juste peur pour son amie Yvonne qui habite une pièce sur le même palier, la porte en face de la sienne. Il entend du bruit dans l’escalier, et d’après les échanges vocaux des individus, il est persuadé qu’il s’agit de policiers. Quatre hommes qui veulent entrer chez lui puis se rendent compte qu’ils se trompent de porte. C’est Yvonne qu’ils veulent arrêter !

Jean prend son mal en patience car le palier est surveillé. Et à la faveur de la nuit, il décide de s’échapper par les toits.

 

Jusque là tout va bien. Le lecteur suit même si le début est un peu confus. Et tout aussi confus est l’épilogue dont le nom du traître est dévoilé, certes, mais qui aurait mérité quelques pages de plus.

Mais l’auteur a pu supposer que le début et la fin n’offraient que peu d’intérêt à ses jeunes lecteurs qui seraient plus intéressés par le retranchement de Jean dans sa chambre, démuni de toutes provisions de bouche mais possédant de nombreuses armes, revolvers, mitraillettes et grenades afin de se défendre en cas d’intrusion des policiers, puis son évasion rocambolesque par les toits.

A noter que le nom de la rue Desrenaudes a été rectifié en Rue des Renaudes depuis 1897. Dans cette rue qui fit partie de Neuilly jusqu’en 1863 résida Alfred Dreyfus de 1928 jusqu’à sa mort en 1935, au numéro 7, et qu’au numéro 53 se tient le siège du Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne.

Michel RENAUD : Qui a trahi ? Collection Jeunesse héroïque n°8. Editions France d’abord. Parution 1946. 32 pages.

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27 novembre 2019 3 27 /11 /novembre /2019 04:45

Pas besoin de passeport pour voyager

dans l’espace !

R. M. de Nizerolles : Les Robinsons de l’île errante.

Tintin, le petit titi parisien et ses amis, M. de Saint-Marc, Timmy-Ropp et le capitaine Rinhoff, dont nous suivons les pérégrinations sur la planète Jupiter, vont de surprise en surprise.

Ainsi, Tintin, une nuit, assiste à un nouveau prodige. Un personnage nommé 1014 RB 3 est à la tête d’un mouvement insurrectionnel et des parias qui couchent à la belle étoile donnent des signes d’agitation. Or ce 1014 RB 3 a troqué ses jambes de cheval, une particularité des Joviens, contre des jambes de nature humaine. Tintin et le Grand-Maître de l’Extraplanétaire préviennent le Roi qui possède une parade en la personne d’un Jovien, pour l’heure enfermé dans une pièce sombre et couché sur un grabat.

Le Jovien possède une tête surdimensionnée, mais ce n’est pas ce qui est le plus extraordinaire. Ce Jovien, arrivé sur une terrasse qui domine la place, fixe de son regard l’assemblée de parias en rébellion et bientôt tout ce petit monde se fige, comme s’il avait transformé en statue les rebelles. Mais ce n’est pas tout, car il faut penser au départ et au retour sur Terre, Tintin se réjouissant de retrouver sa chère sœur Yvonne.

Durant ce voyage, le professeur Saint-Marc s’aperçoit qu’il s’est trompé dans ses calculs. Leur engin planétaire se trouve entraîné dans la course d’une boule d’eau.

 

Pendant ce temps, Yvonne, qui a été enlevée et transportée à bord d’un cargo, le Gogh, avec à son bord le capitaine Egbersonn, se morfond sur le navire. Soudain elle aperçoit à la mer ses amis Jean de Requirec et Jacques Lambert naufragés sur la Mer du Nord, leur avion non loin de couler. Ceci était sciemment réalisé par les deux hommes qui étaient sur les traces, du moins dans le sillage du cargo.

Elle persuade le capitaine Egbersonn de se porter au secours des deux aviateurs naufragés. Parmi les membres de l’équipage, Scipion, un Noir qui est maltraité par le capitaine, va trouver auprès d’Yvonne une oreille et une âme charitable, et il va s’allier aux deux aviateurs et à l’adolescente afin de leur permettre de s’échapper. Mais ils se retrouvent sur une île dont ils ne connaissent pas la position géographique. Ils se rendent juste compte que cette île flotte, dérive vers une destination inconnue.

 

Dans ce fascicule, R. M. de Nizerolles alias Marcel Priollet, explique certains épisodes précédents qui étaient resté dans l’ombre et leur donne un prolongement. Avec naturellement des points obscurs qui ne seront dévoilés que dans l’épisode suivant titré La cible habitée.

Une façon de procéder pour inciter les enfants à continuer à acheter (surtout leurs parents) la suite des aventures de Tintin et ses amis.

A noter que le professeur Saint-Marc a mis au point un Chercheur d’images qui permet, de leur fusée, de détailler la Terre et d’apercevoir de très nombreux détails selon l’inclinaison et la focalisation de l’objet. C’est un peu le système de Google Maps avant l’heure.

L’on se rend compte que ces petits fascicules dont la première parution date de 1936 peuvent être considérés comme politiquement incorrects alors qu’à l’époque personne ne faisait attention à certaines dénominations.

Ainsi Scipion est systématiquement appelé le nègre, ce qui aujourd’hui ferait soulever une armée de boucliers, même de la part de racistes qui ne veulent pas que leurs sentiments soient connus. L’auteur va même jusqu’à se montrer humoristique, pour l’époque. Ainsi Jean de Requirec s’exprime ainsi en parlant de Scipion :

Yvonne sait maintenant qu’il existe un lien entre nous… un lien couleur de cirage, mais un lien tout de même !

Sur cette boutade, les deux amis continuèrent à arpenter le pont.

Nul doute que de nos jours, si ces fascicules étaient réédités, l’éditeur éviterait de laisser cette phrase en l’état et effectuerait quelques corrections.

 

Première édition : Les Aventuriers du ciel n° 50. FERENCZI (Joseph Ferenczi et fils éditeurs). Parution août 1936. 16 pages.

Première édition : Les Aventuriers du ciel n° 50. FERENCZI (Joseph Ferenczi et fils éditeurs). Parution août 1936. 16 pages.

R. M. de Nizerolles : Les Robinsons de l’île errante. Série les Aventuriers du ciel N°22. Cycle : Voyages extraordinaires d'un petit Parisien dans la Lune et les planètes. Editions Ferenczi. Parution janvier 1951. 32 pages.

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26 novembre 2019 2 26 /11 /novembre /2019 04:45

Aventure au pays des Cajuns…

Jacques SADOUL : Doctor Jazz.

Carol Evans, redoutable agent de la CIA, surnommée la Tueuse, a repris du service malgré une bavure lors de sa précédente mission. Cette fois elle est chargée d’enquêter en Louisiane, plus précisément à La Nouvelle-Orléans, afin de démanteler une filière de la drogue.

Pour cette mission un collaborateur lui est imposé, mais Carol est une solitaire, aussi l’on ne retrouvera Bud Hawks qu’épisodiquement. Comme bien souvent, une affaire peut en cacher une autre, et en fait de trafic de drogue, Carol Evans va tomber sur un étrange marché de cassettes-vidéo. Des « Snuffmovies ».

Des petits films d’amateurs dans lesquels les figurants, l’on ne peut guère parler de vedettes, les figurants disais-je, sont torturés, mis à mort, sans aucun trucage. Du vécu, du réel, voilà ce qu’il faut maintenant pour assouvir les bas instincts de quelques névrosés. Faut avouer que du temps où les exécutions, les pendaisons, écartèlements et autres joyeusetés, étaient réalisés en place publique, la foule avide et frissonnante de plaisir assistait à ce genre de spectacle en plein air. Autres temps, autres mœurs. Mais toujours le même attrait morbide.

 

L’enquête, ou plutôt les enquêtes de Carol, vont amener celle-ci à être le témoin du meurtre d’un avocat en vue de La Nouvelle-Orléans, et ce dans de troublantes conditions. Les trois affaires, drogue, trafic de vidéocassettes spéciales et meurtre d’un personnage haut placé sont étroitement liées.

 

Jacques Sadoul a écrit un roman qui est surtout le prétexte à découvrir un des hauts lieux du Jazz et à voyager dans La Nouvelle-Orléans et les bayous, en empruntant les rues qui ont fourni les titres à quelques classiques du Jazz : Basin street, Canal street, Pontchartrain…

Un roman qui aurait pu être proposé aux lecteurs accompagné d’une compilation de ces interprétations inoubliables.

 

Première édition : Editions Presses de la Renaissance. Parution 1989.

Première édition : Editions Presses de la Renaissance. Parution 1989.

Jacques SADOUL : Doctor Jazz. Réédition J’ai Lu Policier N°3008. 1991. 252 pages. Parution 1991.

ISBN : 9782277230083

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22 novembre 2019 5 22 /11 /novembre /2019 05:15

Amiens, ton univers impitoyaaable !

Max-André DAZERGUES : L’orpheline de la cathédrale.

Sous le porche de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens, une jeune miséreuse de seize ans tend la main, espérant quelque obole de la part des passants peu nombreux.

Il fait froid en ce mois de décembre, et chacun s’empresse de rentrer chez soi. Pourtant cet argent Rosette Darlin en aurait bien besoin pour payer le pharmacien. Son jeune frère Jackie, âgé de neuf ans, est malade, victime d’une broncho-pneumonie, et la mort frappe à la porte du galetas où ils vivent.

Une luxueuse voiture s’arrête et une vieille dame en noir en descend, marchant dans la neige. Elle entre dans l’édifice religieux et le jeune homme qui sert de chauffeur demande à une autre dame restée à l’arrière de donner quelques pièces à Rosette. Et en ressortant de la cathédrale, la vieille dame elle aussi lui glisse dans la main une belle pièce en argent. En la remerciant Rosette lui donne son nom, ce qui provoque une sorte de recul de la personne bienveillante. Toutefois elle une octroie une seconde aumône à cette jeune fille qui dit être orpheline avec son jeune frère malade.

Rosette n’arrive pas à trouver du travail. L’été elle chante dans les cours possédant un joli filet de voix, ou elle vend des violettes. Mais en hiver ? Le chômage règne et il est difficile de dénicher un emploi.

Lorsqu’elle rejoint la petite pièce qu’elle occupe au cinquième étage d’un vieil immeuble, son frère est au plus mal. Grâce à la concierge et à un vieux cabotin, un comédien qui connut son heure de gloire, l’enfant est transporté à l’hôpital en urgence (à cette époque les urgences n’étaient pas débordées comme aujourd’hui).

Heureusement, René, le jeune chauffeur et petit-fils de la dame si bienveillante, a été attiré par la joliesse de cette gamine au visage si doux. Elle-même n’a pas été insensible à ce tête avenante et à ses paroles. Alors il la retrouve et lui promet de lui trouver une place dans l’usine dont sa grand-mère est propriétaire ou dans celle d’à-côté de chez eux.

Et c’est ainsi que le lecteur apprend, en même temps que Rosette, que celle-ci n’est pas orpheline comme elle le croyait mais que son père est toujours vivant, envoyé au bagne dix ans auparavant pour une indélicatesse dans les caisses au détriment de la famille de la vieille dame.

 

Comment cela va-t-il finir ? En général bien car dans ce genre de petit roman misérabiliste, comme en ont écrit Hector Malot, Marcel Priollet ou encore Xavier de Montépin, la fin est heureuse. En général car le lecteur ne peut jamais présumer de l’épilogue même s’il souhaite que celui-ci ne sombre pas dans le mélodrame et la tragédie.

Seulement le drame et la tragédie ont déjà fait leur œuvre, et il faut compter sur les retournements de situation. Comme ce retour inopiné de ce père qui s’est échappé de la Guyane, son temps de bagne terminé mais devant rester durant le même temps de son enfermement sur le territoire guyanais avant de regagner la France.

Tout réside dans l’épisode qui a conduit cet homme à se retrouver emprisonné au bagne à cause d’une femme dont le lecteur apprend que peut-être il n’est pas si coupable de ce dont l’opinion publique et la justice l’accusent.

Un petit roman à l’intrigue simple, émouvante, et pourtant élaborée, et dont certaines péripéties auraient pu être plus longuement exploitées. Mais il fallait respecter la pagination. Et puis, trop en écrire alors que tout l’est déjà fait aux yeux du lecteur aurait alourdi le récit.

 

Max-André DAZERGUES : L’orpheline de la cathédrale. Collection Le Petit Roman N°390. Editions Ferenczi. Parution le 3 juillet 1935. 32 pages.

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21 novembre 2019 4 21 /11 /novembre /2019 05:59

Tous les chemins mènent à… la mort !

Laurent GENEFORT : Le Monde blanc.

Poursuivi par des tueurs, Voss est recueilli à bord de l’arcologie, un vaisseau spatial aux fonctions indéterminées.

Korko l’indestructible, Kriss la jeune fille qui n’a peur de rien sauf de son ventre parasité, Lester le bougon, ne posent pas de questions au rescapé. D’ailleurs fournirait-il une réponse ?

Ils ont fait leur bonne action, cela seul compte. Mais les deux tueurs lancés à la poursuite de Voss ne s’embarrassent pas de principes. Ils tirent dans le tas. Korko est l’unique victime de cette agression.

Kriss, Lester et Voss atterrissent sur une planète sauvage, hostile aux touristes. Ils vont se débrouiller quand même, tentant d’échapper à leurs poursuivants, s’accommodant des autochtones.

Mais Voss est une énigme vivante. Il possède une force surnaturelle, ses ais guérissent pas miracle. Et la planète ne lui est pas inconnue. De toute façon Lester et Kriss n’ont pas le choix. Ils doivent suivre Voss car les tueurs sont bien décidés à ne laisser derrière eux aucune preuve, aucun témoin de leur chasse.

 

Adapté à la mode science-fiction, Le Monde blanc reprend l’un des thèmes chers au roman noir, au thriller : la poursuite d’un homme seul, innocent ou non, par des tueurs implacables.

Si Laurent Généfort possède une qualité certaine d’écriture et maîtrise son sujet, le lecteur peut se sentir à juste titre frustré. Trop de points restent dans l’ombre. Il écrit son roman en oubliant que le lecteur ne peut faire de transmission de pensée avec lui. Et le lecteur devient comme le naufragé solitaire accroché à son bout de planche. Il a beau scruter l’horizon, rien ne lui permet d’espérer une aide quelconque. Aucune fumée, aucune falaise ne lui permet de baliser son environnement.

De même le lecteur est déboussolé, désorienté. Il plonge dans l’histoire avec un minimum de points de repère.

Cependant Laurent Généfort possède le don d’intéresser, de retenir le lecteur au fil de son intrigue, malgré les quelques lacunes explicatives dans la narration.

Le Fleuve Noir possède (possédait) une longue tradition de populaire, et il serait dommage d’entrouvrir la porte à une lecture hermétique. En conclusion, une petite citation bizarre :

Kopervik est un individu d’une soixantaine d’années, doté d’une calvitie qui le laissera chauve dans deux ans.

Laurent GENEFORT : Le Monde blanc. Collection Anticipation N°1861. Editions Fleuve Noir. Parution février 1992. 192 pages.

ISBN : 2-265-04728-7

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
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