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23 janvier 2019 3 23 /01 /janvier /2019 05:15

Giova Selly ! Elle se lit même très bien !

Giova SELLY : L’amour sans trucage.

Ils se connaissent depuis la cinquième, c’est-à-dire une éternité, puisque maintenant ils sont en classe de troisième.

Mais voilà, il faut qu’une petite peste, Karine, s’infiltre entre Romain et Emilie. Cela n’empêche pas Romain de découvrir que l’amitié qui le porte vers Emilie s’est transformée en un sentiment plus affectueux, plus complice, plus amoureux.

Les jeunes adolescents, afin de participer au concours lancé par le principal, décident de filmer la construction de la salle des fêtes de la petite ville. Muni du caméscope de son père, Romain filme la grue en train d’évoluer dans le ciel avec ses charges de parpaings, les ouvriers montant aux échafaudages, les diverses manipulations permettant d’ériger les murs. Les ouvriers du bâtiment les ont adoptés et cela leur facilite l’entrée du chantier.

Parfois la tension monte entre Karine et Romain, et Emilie compte les points, les sujets de fâcheries, les altercations. Cela ne va pas bien loin, il faut que chacun y mette du sien.

Les parents d’Emilie ont décidé deux ans auparavant de devenir famille d’accueil, et ce soir-là, quand elle rentre à la maison, elle découvre qu’un nouveau pensionnaire est installé. Youric, un exilé, un expatrié d’origine yougoslave, de son âge environ, qui parle français mais ne s’exprime pas. Il est mutique, tout au moins très réservé dans ses propos.

Toutefois il s’intéresse aux travaux d’Emilie et de Romain, lors du montage d’une partie du petit film qu’ils viennent de tourner sur le chantier. Il s’intéresse également au caméscope de Romain, posant des questions qui ne sont pas dénuées d’intérêt. D’autant qu’un groupe concurrent d’une autre classe de troisième a décidé de réaliser un reportage sur le même thème, dans le même décor.

Mais Youric devient la pierre dans le jardin amoureux de Romain, quant à Emilie elle tombe sous le charme du jeune réfugié. Mais la pierre peut faire trébucher : le caméscope disparait et naturellement ils ne sont pas loin de penser que Youric l’a volé.

 

Les adultes qui n’ont jamais été jeunes, qui sont passés brutalement du statut de bébé à celui de majeur plus ou moins responsable n’apprécieront pas forcément ce court roman “ romantique ″ à sa juste valeur. Mais ceux qui au contraire ont connu lors de leur adolescence ce genre d’amourette ne pourront que revisiter cet émoi non sans nostalgie, et se demander peut-être ce qu’est devenue la petite amie qui les faisait tant transpirer du cœur.

Alors ce ne pourrait n’être qu’une histoire banale d’amours juvéniles entachées de jalousie, justifiée ou non, car aimer c’est bien mais la réciproque n’est pas toujours rendez-vous.

Non cette histoire va plus loin, car elle s’insère dans la grande Histoire par la petite porte. Celle qui met en scène la guerre entre ethnies qui composaient la Yougoslavie, pays il est vrai construit de bric et de broc, et les soubresauts qui ont amené à son démantèlement non sans ravages. Le petit plus qui apporte la touche d’humanisme indispensable dans une romance.

 

Giova SELLY : L’amour sans trucage. Collection Toi+Moi = Cœur N°16. Collection Pocket Junior N°780. Editions Pocket Jeunesse. Parution le 7 février 2002. 120 pages.

ISBN : 978-2266115193

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18 janvier 2019 5 18 /01 /janvier /2019 05:11

Mais elle ne se prénommait pas Marianne…

Sandra SCOPPETTONE : Vie et mort de Miss Faithfull

Drôle de destin que celui Starr Faithfull, une histoire qui se déroule aux Etats-Unis au début du siècle dernier.

Starr, une jeune femme de 31 ans, est retrouvée morte sur la plage de Long Beach, près de New York. La police est perplexe, oscillant entre la noyade, le suicide ou tout simplement un meurtre. Starr traîne derrière elle comme une casserole un passé plutôt chargé d’alcoolique, de jeune femme aimant la vie facile et les hommes. D’ailleurs un scandale avait attisé l’attention des journalistes, toujours à l’affût d’incidents croustillants : elle aurait eu une relation avec le maire de Boston.

Tels sont les faits présentés, brutalement, mais il faut frotter la couche de vernis pour s’apercevoir que sous la carapace résidait une âme simple, martyrisée par les aléas familiaux, et les bassesses engendrées par la prohibition, la soif de pouvoir, les aveuglements des parents.

Starr dévergondée et sainte nitouche, mal dans sa peau et assoiffée de liberté, retrouve sous la plume de Sandra Scoppettone une nouvelle vie, celle de la compréhension, de la tolérance. Une destinée décortiquée, avec simplicité mais méticulosité, dans une période trouble où les émigrés étaient acceptés sans plus, où il était dur de se faire une place au soleil, où il fallait se pousser des coudes pour jouir d’un peu de ciel bleu.

 

Sandra Scoppettone, qui a écrit ce roman à la fin des années 1970 sous le pseudo de Jack Early, creuse, pioche, déterre, avec en interlude les souvenirs d’un paraplégique qui se repasse le film d’une vie, sur son lit d’hôpital, à l’aube de sa mort en 1977.

Un livre poignant, en forme de biographie d’une Starr déchue, qui relève de la littérature tout simplement, sans que lui soit accolé un genre. Un roman comme aurait pu en écrire bon nombre d’auteurs américains qui aujourd’hui entrent dans la légende de la littérature blanche, servi par une traduction toute en finesse de Nathalie Mège.

 

Réédition Pocket Policier. Parution le 10 juin 2004. 534 pages.

Réédition Pocket Policier. Parution le 10 juin 2004. 534 pages.

Sandra SCOPPETTONE : Vie et mort de Miss Faithfull (Some Unknown Person – 1977. Traduction Nathalie Mège). Collection les Noirs. Moyen Format. Editions Fleuve Noir.

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16 janvier 2019 3 16 /01 /janvier /2019 05:48

Entre Daniel Defoe et Jules Verne,

une autre robinsonnade…

André LAURIE : L’héritier de Robinson.

Tel père, tel fils, affirme un dicton populaire. Cela ne se vérifie pas toujours. Alors que Benjamin Gloaguen est un admirateur passionné d’antiquités grecque et romaine et fervent archéologue, son fils Paul-Louis vient d’obtenir son diplôme d’ingénieur civil et s’intéresse à tout ce qui se rapporte aux nouvelles technologies. Et leurs conversations tournent autour de ces deux sujets, sans pour cela que leurs propos s’enveniment. Alors qu’ils discutent dans l’appartement parisien de Gloaguen père, leur valet de chambre leur remet une lettre en provenance de Calcutta.

La lecture de cette missive est édifiante. Le correspondant, un cabinet de solicitors, leur apprend le décès du colonel George Plantagenet Crusoë Robinson, commandant un régiment de fusiliers de sa Majesté Britannique en poste dans cette ville indienne. Y est joint le testament de ce brave militaire qui est, fut, le beau-frère de Gloaguen.

Il demande à l’archéologue de servir de tuteur à ses deux enfants, Florence et Chandos, leur mère étant décédée, décompose sa succession et avoue qu’il possède des motifs sérieux de croire que sa vie est en danger. La lettre est datée du 14 juin 1882, le testament du 19 mars de la même année. Selon toute vraisemblance, le colonel craignait pour sa vie et ce qu’il redoutait est arrivé.

L’archéologue est stupéfait et fort intéressé par la description de la succession, surtout des manuscrits, des notes sur l’architecture khmer et des dessins et photographies ramenées d’une exploration au Cambodge. Gloaguen est dans son élément et immédiatement il décide de partir, en compagnie de Paul-Louis pour Calcutta. Le voyage maritime se déroule normalement mais arrivés dans le port de Calcutta, ils assistent à un incident qui aurait pu être tragique.

En effet, un gamin d’une quinzaine d’années, qui s’avère être Chandos, rejoint le bateau en instance d’accostage à bord d’un canot. Seulement il est percuté par une embarcation qui s’enfuit sans s’occuper des dommages. Chandos est récupéré et c’est le début d’une succession d’incidents divers, toujours perpétrés par ce qui s’avèrera être le même personnage malfaisant.

Les deux adolescents, Florence, dix-huit ans, et Chandos, sont recueillis en attendant par la femme du major O’Molloy, le commandant par intérim du régiment de fusiliers, un alcoolique qui ne comprend pas pourquoi il est malade du foie. Khasji, l’ancien serviteur du colonel veille sur les enfants tout comme il veillait sur leur père, couchant sur le sol à l’entrée de leur chambre. En compagnie des solicitors, Gloaguen fouille dans le bureau du défunt, afin de récupérer les papiers et notes du colonel. Il découvre même une petite plaquette en or sur laquelle sont gravés des mots en Chaldéen qu’il ne lui reste plus qu’à déchiffrer.

Le colonel avait subi plusieurs incidents préjudiciables à sa santé et le dernier fut le bon (si je puis dire !) mais il semble que cette plaquette attise les convoitises. Si Khasji la regarde avec répugnance et terreur, il n’en va pas de même de celui qui a introduit de nuit un cobra dans la chambre de Florence. Aux cris poussés par celle-ci en découvrant le reptile, la maisonnée intervient rapidement. La jeune fille est sauve mais il n’en va pas de même pour le petit ouistiti familier de la maison.

Alors qu’il envisageait de prolonger son voyage en visitant les pays voisins, Cambodge, Cochinchine et autres, l’archéologue décide de rentrer en France par la voie maritime, mais le seul navire disponible immédiatement à l’embarquement est un cargo dont la destination est contraire à celle qu’il désirait. Qu’importe, que ce soit dans un sens ou dans un autre, comme la Terre est ronde, et que tous les chemins mènent à Rome, il y en aura bien un pour les conduire à Paris. Et la famille Gloaguen, les enfants Robinson et le couple O’Molloy partent vers de nouvelles aventures maritimes qui ne seront pas sans danger.

La traversée n’est pas de tout repos, car le malfaisant qui est difficile à repérer à cause des nombreux déguisements dont il use, est toujours sur leurs basques. Après bien des péripéties et un accident provoqué qui conduit à un naufrage, tout ce petit monde et quelques centaines d’hommes d’équipage dont le capitaine, échouent sur une île déserte mais qui auparavant fut habitée. En témoignent les nombreuses constructions qui s’érigent encore et les diverses plantes potagères et céréalières qui prolifèrent grâce au climat favorable à une agriculture bio. Comme leur navire a chaviré, il ne leur reste plus qu’à en construire un autre et c’est sous l’impulsion de Paul-Louis, et de ses connaissances d’ingénieur, que ce travail de longue haleine va être réalisé.

 

La suite constitue ce qui peut être considéré comme une seconde partie, une prolongation des premières aventures, mais un épisode à part et complémentaire. En effet Chandos est obnubilé par une idée fixe, celle d’être le descendant de Robinson Crusoë, le véritable naufragé dont l’histoire a été narrée par Daniel Defoe. Alexandre Selkirk n’étant qu’une affabulation. D’ailleurs, il s’appelle Robinson, et possède parmi ses prénoms celui de Crusoë, tout comme son père, son grand-père et tous ses ascendants.

Ce n’est qu’un des aspects de ce roman qui aborde les thèmes chers à Jules Verne. D’ailleurs il existe un cousinage littéraire certain entre les deux romanciers. En effet André Laurie avait vendu deux romans à l’éditeur Hetzel, L’héritage de Langevol qui deviendra sous la plus de Jules Verne Les 500 millions de la Bégum, et Le diamant bleu publié sous le titre L’étoile du Sud.

Mais contrairement à Jules Verne, André Laurie ne s’attarde pas dans de laborieuses et encyclopédiques descriptions géographiques ou autres, mais s’intéresse à l’aspect sociologique et à la psychologie des personnages. Il n’hésite pas à comparer l’éducation des jeunes filles en France et en Grande-Bretagne, octroyant des bons points à l’éducation anglaise plus performante et moins machiste. Mais il ne se montre pas non plus colonialiste, dénonçant en deux ou trois phrases le mépris affiché par les militaires et leurs familles envers la population autochtone.

André LAURIE : L’héritier de Robinson. Illustrations de Henri Faivre. Collection Bibliothèque de la Jeunesse. Editions Hachette. Parution 1933. 256 pages.

Première édition : Hetzel 1884.

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15 janvier 2019 2 15 /01 /janvier /2019 05:38

Oniria, où tu voudras quand tu voudras…

Jimmy GUIEU : Oniria.

Depuis une quinzaine de nuits, l’ingénieur chimiste Raymond Dubray est la proie d’un rêve récurrent inquiétant. Une créature enchanteresse, vêtue d’un voile arachnéen, dans un décor de lande, surgissant de la brume avec en fond sonore une envoûtante mélopée, s’impose à son esprit avant de se dissoudre peu à peu, la musique devenant de plus en plus hallucinante et douloureuse. Elle se nomme Oniria.

Enfin, un matin, il s’aperçoit en se réveillant qu’il a inscrit un mot sur un bout de papier posé sur sa table de nuit. C’est bien son écriture mais il ne se souvient de rien. Acide glutamique. Il a probablement agi en état de somnambulisme, allant chercher un papier et un stylo rouge dans sa serviette et rédigeant ces deux mots dans le noir. Acide glutamique, un produit dont personne ne se sert dans le laboratoire où il travaille.

Pendant le même temps, Micheline Laurent, la secrétaire laborantine de Raymond Dubray, est assaillie par le même rêve à deux exceptions près. Cette fois il s’agit d’un homme qui sort des limbes dans le même décor. Et au petit matin, elle se rend compte qu’elle a noté sur un bout de papier la mention Trichloréthylène.

Les deux collègues s’estiment mutuellement et non seulement s’apprécient mais ressentent une amitié sincère entre eux. Arrivés au laboratoire, coïncidence, le directeur du laboratoire demande à Dubray de travailler sur le glutaminol afin d’étudier la composition d’une spécialité pharmaceutique nouvelle. Etonnement de la part du chimiste, mais également de celle de Micheline puisque le patron en profite pour lui réclamer de distiller sept litres de trichloréthylène, dans le but d’essayer de nouveaux types de flacons spéciaux en matière plastique.

Les deux amis en arrivent à se confier et à confronter la teneur de leurs rêves. Et d’après les recherches qu’ils ont effectuées au cours de la journée, décident de procéder à une expérience le soir même chez le chimiste, seulement un petit incident se produit. Ils sont anesthésiés et ils se retrouvent à terre profondément endormis. Ils rêvent, couchés l’un à côté de l’autre, d’Oniria qui cette fois se compose des deux entités. Un couple de poltergeists selon Raymond.

Ils sont réveillés beaucoup plus tard par Pierre Deschamp, un collègue et ami biochimiste qui doit procéder à des expériences sur des souris de laboratoire, et qui est fort étonné de les retrouver ensemble. Les résultats des tests auxquels il procède sont assez édifiants. Raymond et Micheline sont à nouveau assaillis par leurs rêves récurrents et ils retrouvent les deux entités qui déclarent s’appeler Yanhoa et Talg’hor. Mais le décor n’est plus le même. Cette fois ils sont dans une sorte de laboratoire.

 

Reconnu comme un spécialiste des phénomènes paranormaux, Jimmy Guieu intègre cette discipline dans ce roman, quelque peu verbeux, alors que je m’attendais à une histoire onirique.

En s’aidant de découvertes récentes, lors de la parution de ce roman, dont l’acide aminé glutamique qui fut employé en neurologie-psychiatrie comme psychostimulant mais abandonné en 2005 et en explorant la métempsycose, le psychisme, le double de l’être humain dans des émanations provenant d’un univers mental, et peut-être réel, Jimmy Guieu se complait à la relation d’expériences scientifiques et surtout psychiques qui alourdissent la narration.

Il met en scène un phénomène paranormal provoqué par l’inhalation de produits utilisés de façon aléatoire, et souvent des expériences ratées ont débouché sur des résultats surprenants, mais ces entités nées concomitamment dans les esprits de Raymond et de Micheline, deviennent des êtres venant de l’au-delà sans pourtant être de chair s’imposant à leurs cerveaux.

Ce roman s’adresse plus aux esprits scientifiques et à ceux qui s’intéressent aux phénomènes paranormaux qu’à un lecteur désireux de passer un bon moment de lecture tranquille avec une histoire angoissante mais limpide.

 

A défaut de comprendre par quels moyens – psychiques ou mécaniques – cette influence fut exercée, on peut valablement penser que la suggestion s’opéra en nous par un phénomène, encore assez mal connu, appelé perception inconsciente ou subception. Cette propriété de notre cerveau démontre l’existence d’une conscience inconsciente, qui se manifesta, pour mon compte, lors de notre sommeil. Mais la subception apparaît aussi chez des sujets aptes à sombrer volontairement ou involontairement dans une sorte de schizoïdie. J’entends par là, pour des sujets sains d’esprit et non pas des schizophrènes, la faculté de s’isoler de l’ambiance extérieure et de perdre tout contact avec elle.

 

Réédition : collection Super luxe N°66. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1979.

Réédition : collection Super luxe N°66. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1979.

Réédition : collection Science-fiction Jimmy Guieu N°72. Editions Presses de la Cité. Parution mai 1989.

Réédition : collection Science-fiction Jimmy Guieu N°72. Editions Presses de la Cité. Parution mai 1989.

 

Pour en savoir un peu plus sur Jimmy Guieu :

 

Jimmy GUIEU : Oniria. Collection Angoisse N°92. Editions Fleuve Noir. Parution 4e trimestre 1962. 224 pages.

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12 janvier 2019 6 12 /01 /janvier /2019 05:28

Une pêche miraculeuse ?

Laurence  GOUGH: Mort à l’hameçon

Lors d’une partie de pêche en solitaire, l’inspecteur Willows découvre le cadavre d’une jeune fille dans un cours d’eau à l’ouest de Vancouver. Les renforts locaux déclinent rapidement l’identité de la morte, Naomi, qui s’est enfuie du domicile paternel un an auparavant. Elle arbore un tatouage et un photomaton est glissé dans la poche de son short représentant un adolescent supposé être son petit ami.

Félix Newton, milliardaire californien quelque peu barjot, confie le soin à Mannie, un tueur névropathe, de supprimer certaines personnes. Il s’acquitte de sa première mission –surveillé à son insu par Junior – en lardant de coups de couteau dans une camionnette aménagée en bordel ambulant un ado faisant le tapin. Claire Parker, l’équipière habituelle de Willows, découvre le cadavre en sortant d’un restaurant où Orwell aurait bien aimé la baratiner. Il s’agit du gamin représenté sur la photo. Des revues pornographiques trouvées dans le véhicule permettent de remonter les traces du tueur. La commerçante qui a vendu les magazines décrit Mannie, et les vêtements dont il s’était affublé pour perpétrer son forfait sont retrouvés près de la plage. Claire et Willows ont la confirmation auprès de prostituées que les deux adolescents vendaient leurs corps sans être sous la coupe d’un proxénète. Une contractuelle que courtise Orwell lui apprend qu’elle a été baratinée par un quidam – Junior en l’occurrence – spécialiste du pliage de papier, transformant le P.V. qu’elle lui avait mis en animal. Ce qui met la puce à l’oreille de Willows et Claire puisqu’un billet de 100 $ a été retrouvé soigneusement plié dans la fourgonnette. Félix est contrarié par la découverte du corps de Naomi et peu satisfait du travail de Mannie. Carly qui vit avec un ex-jockey fait partie de la liste à éliminer. Mannie s’introduit dans l’appartement du couple après avoir tué leur chien et un comparse afin de récupérer une cassette vidéo compromettant Félix. A son retour, Carly, est alertée par des traces de sang sur le palier et s’enfuit. Le père de Naomi se suicide, confessant dans une lettre le meurtre de sa pécheresse de fille. Par le double du P.V. Willows situe l’adresse de la propriétaire du véhicule. Il s’agit de Misha. Sa demeure est surveillée et Junior pris en filature. Il se rend chez Mannie, filé par les policiers. Arrivé sur place il tire sur les flics et est grièvement blessé. Mannie tente de s’enfuir et est rattrapé par Willows. Le policier l’abat croyant être menacé.

 

Le roman de Laurence Gough est intéressant mais incomplet puisque plusieurs pistes ne sont pas explorées et que des zones d’ombres subsistent à l’épilogue, même si des pistes sont évoquées, par exemple l’avenir que se réserve la peu scrupuleuse Misha. Mais que devient par exemple la fameuse cassette vidéo ? Et le récit est parfois encombré de trop de détails ou de marques publicitaires dont n’a rien à faire le lecteur francophone. Mais la traductrice doit-elle couper dans le vif, c’est un autre débat.

Laurence  GOUGH: Mort à l’hameçon (Death on a N°5 hook – 1988. Traduction de Laetitia Devaux). Collection les Noirs N°41. Editions Fleuve Noir. Parution le 01 mars 1998.

ISBN : 978-2265061774

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10 janvier 2019 4 10 /01 /janvier /2019 05:02

Ceci n’est pas pour les végans… !

Serge BRUSSOLO : Les écorcheurs.

Les caisses du royaume sont vides et pour les renflouer, il n’y a qu’une solution : aller chercher les trésors où ils se trouvent, c’est-à-dire au fond de l’océan.

Un vieux navire est spécialement affrété mais ce bâtiment traîne derrière lui une réputation peu flatteuse. De plus son château arrière est construit de bric et de broc. Ses sculptures proviennent d’un théâtre désaffecté Grand Guignol pour pervers, ou encore d’une église dédiée à Saint Goom l’Irradié.

En guise de figure de proue est clouée une caricature monstrueuse, un gorille de métal ancien automate. L’on ne peut pas dire que soient réunies les conditions idéales d’une calme croisière.

Pourtant un jeune adolescent épris d’aventures et de liberté n’est pas découragé, et il embarque sur cette nef dont l’équipage n’est qu’un ramassis de malandrins, et dont le capitaine apparemment ne connait rien à la navigation.

Seul le quartier-maître possède l’autorité nécessaire et les notions de navigation indispensables à un voyage sans problèmes. Sans problèmes ai-je écrit ? C’est sans compter avec les éléments incontrôlables qui hantent le navire.

Et vogue la galère parmi l’horreur, l’angoisse et l’épouvante.

 

Dans un entretien accordé au magazine L’écran fantastique, Serge Brussolo avoue que son adolescence a été bercée par les romans d’aventures. Repris par son démon, il a décidé d’écrire, je cite :

Une SF folle, qui utilise de bonnes idées délirantes avant de les rationaliser dans une espèce de logique absurde afin d’en faire quelque chose de crédible. J’utilise une SF où tout s’interpénètre : le surréalisme, le fantastique et le roman policier.

Fin de citation.

En lisant Les écorcheurs, j’ai eu l’impression parfois de retrouver Pierre Mac Orlan et Jean Ray dans certains de leurs écrits. Je ne sais pas s’ils influencèrent Serge Brussolo, mais quoiqu’il en soit, le délire littéraire qui habite cet auteur en fait l’un des grands Angoisseurs français.

Serge BRUSSOLO : Les écorcheurs. Collection Science-fiction N°1. Patrick Siry éditeur. Parution septembre 1988. 160 pages.

ISBN : 2-7391-0000-0

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9 janvier 2019 3 09 /01 /janvier /2019 05:20

Normal, à cette époque, le GPS n’existait pas…

Marc FLAMENT : L’île des boucaniers perdus.

Abordé par un marin borgne, d’où son surnom de Bâbord-amures, le capitaine François Lenormand se voit remettre un parchemin signé Jambe-de-Bouc.

Etonnant parchemin qui est le testament d’un flibustier léguant ses quelques possessions à divers compagnons, dont un couteau à double tranchant à Bâbord-amures, quoiqu’il ne l’ait jamais vraiment aimé, sa paire de pistolets au capitaine et surtout une Bible qui devrait faire leur fortune, si le destinataire parvient à déchiffrer le message glissé à l’intérieur. Un secret qui doit conduire à une cachette dans laquelle est dissimulé un trésor.

Etrange testament qui précise que les Frères de la Côte doivent enterrer leur ancien compagnon en buvant et chantant. Direction l’auberge Au Squelette ricanant, où effectivement une assemblée de marins ripaille tandis le cadavre de Jambe-de-Bouc est assis sur une chaise, trônant à la place d’honneur.

Quoiqu’encore jeune, le capitaine François Lenormand possède une réputation flatteuse mais justifiée de meneur d’hommes, de courage, de ténacité, de droiture et d’honneur. Il n’en faut pas plus pour que les anciens compagnons de Jambe-de-Bouc le désignent tout naturellement comme capitaine de l’expédition qui va être envisagée pour récupérer le fameux trésor. Petit-pape, Bâbords-amures, Pot-au-noir, la Sarcelle, d’anciens matelots de Lenormand, tous le pressent à accepter, d’autant qu’ils ont un navire, La Marie-des-Isles, à leur disposition.

Cette frégate de seize pièces, des canons moitié de fer moitié de bronze, possède un gréement encore en bon état mais la coque laisse à désirer. Mais Lenormand, avant d’accepter définitivement l’honneur qui lui est échu, désire explorer le coffre du mort. Parmi des colifichets et vêtements féminins, des armes blanches, des objets de marine et une centaine de piastres, un parchemin décrivant le contenu du trésor caché, git un ouanga, une amulette qui sert à jeter un sort ou à porter bonheur dans le culte vaudou et qui serait peut-être à l’origine de la mort de Jambe-de-bouc. Ainsi que la fameuse Bible qui est en très mauvais état.

 

Enfin, La Marie-des-Isles est prête à appareiller et destination le trésor de Jambe-de-Bouc. Mais avant d’arriver à destination, François Lenormand doit déchiffrer l’énigme de la Bible et affronter moult dangers. Dont un combat à l’arme blanche entre le capitaine et le félon Bâbord-amures, lequel tombera à l’eau bientôt rejoint par son sac de marin, une tempête tropicale, un combat naval contre une frégate anglaise. Un combat disproportionné et il faudra toute l’énergie et l’ingéniosité de François Lenormand pour se dépêtrer d’un engagement qui tourne malgré tout en sa faveur. Enfin c’est l’arrivée en vue de l’île de Mayaguana qui leur réservera une surprise fantômatique puisqu’ils seront en présence de zombies.

 

Un roman pour adolescents qui ne prend pas justement les adolescents pour de petits enfants, L’île des boucaniers perdus est un véritable roman d’aventures maritimes qui ne connait aucun temps mort. Juste quelques cadavres en cours de route et quelques escales.

Un voyage parmi la flibuste qui rappelle quelque peu L’île au trésor de Stevenson, mais également d’autres romans maritimes épiques avec une reconstitution soigneuse mais non pesante de l’époque dans cet endroit des Caraïbes qui fait toujours rêver les petits et les grands.

Un hommage aux marins qui se montrent courageux devant l’adversité et ingénieux afin de régler des problèmes apparemment insolubles leur permettant d’affronter des situations périlleuses.

Le lecteur ressent le roulis et le tangage de ces bâtiments à voiles, balloté par le vent et la tempête, la pluie ou la chaleur, et les embruns qui fouettent les visages burinés des vieux loups de mer. Le côté fantastique apportant à l’histoire son grain de sel… marin !

Marc FLAMENT : L’île des boucaniers perdus. Collection Bibliothèque Verte. Editions Hachette. Parution le 6 juin 1981. 190 pages.

Illustrations de François Dermaut.

ISBN : 978-2010080418

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4 janvier 2019 5 04 /01 /janvier /2019 05:14

Cela devient de plus en plus difficile à trouver !
Pas les jeunes filles, mais les sourires fragiles !

Pierre PELOT : Une jeune fille au sourire fragile.

Afin d’écrire en toute tranquillité un scénario et parce que son ménage bat de l’aile, Kate a décidé de s’exiler provisoirement dans un petit village vosgien.

Adieu les turbulences, les trépidations de la vie parisienne. Bonjour la quiétude, le calme.

La jeune femme qui l’accueille à sa descente de train et qui lui loue un appartement au fond d’une impasse a un comportement quelque peu bizarre. Mais peut-être n’est-ce dû qu’à des soucis ? Certaines manifestations entretiennent sensation, cette impression de malaise, de bizarrerie.

Un trousseau de clés déposé au bas de l’escalier, des traces de boue sur les marches de l’escalier menant à l’étage supérieur, un appartement qui semble attendre une improbable occupante.

Kate peu à peu va vivre une aventure incroyable au contact de sa logeuse.

 

Pierre Pelot est fidèle à ses thèmes et à sa région : les Vosges. Dans une ambiance déroutante, insidieusement le fantastique, l’angoisse, l’horreur s’installent, chassant la banalité du quotidien, alors que la pluie ne cesse de tomber.

Entre les deux femmes pourrait naître une troublante amitié mais l’ombre d’une sœur défunte plane sur leurs relations.

Pierre Pelot tisse son histoire comme une araignée sa toile, sans précipitation, avec naturel, avec talent. Un fantastique presque banal dont les artifices sont exclus. Comme un rêve dont on a du mal à se débarrasser et qui s’accroche tout au long de la journée dans un esprit enfiévré.

Un rêve ou un cauchemar !

Collection Présence du Fantastique N°20. Denoël. Parution mai 1991.

Collection Présence du Fantastique N°20. Denoël. Parution mai 1991.

Ce roman a été réédité dans la collection Présence du Fantastique dans une version remaniée et améliorée en mai 1991.

Pierre PELOT : Une jeune fille au sourire fragile. Collection Science-fiction N°6. Editions Patrick Siry. Parution septembre 1988. 160 pages.

Réédition : Collection Présence du Fantastique N°20. Denoël. Parution mai 1991. 224 pages.

ISBN : 2-7391-0005-1

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27 décembre 2018 4 27 /12 /décembre /2018 05:05

J'aime les filles qu'on voit dans "Elle"
J'aime les filles des magazines

Michel AMELIN : Personne ne m’aime, j’aime personne.

Ah si les parents savaient combien peut souffrir un enfant qui pose comme mannequin pour des catalogues !

Virginie longtemps a servi de modèle mais depuis quelques mois c’est terminé. L’acné juvénile et les dents protégées par des rails de chemin de fer disgracieux ne sont pas compatibles avec les critères de beauté exigés par les grandes marques de vêtements pour enfants. Mais sa mère reste dans sa bulle de rêve, gardant précieusement tout ce qui est en rapport avec la courte mais fructueuse carrière de sa fille.

Virginie souffre, non pas de ne plus s’exhiber dans les pages des magazines, mais de la résurgence continuelle de son passé de petite fille modèle auprès de ses condisciples au collège. La jalousie anime garçons et filles et elle se calfeutre dans son mental se croyant la cible de toutes les moqueries. Elle se recroqueville, et rechigne à se rendre à l’école. Un vrai parcours du combattant lorsqu’elle sort de chez elle, sac à dos en bandoulière.

Elle est devenue la tête de turc de Suzanna, Manuel et Robin, les inséparables, et de quelques autres aussi sans oublier quelques enseignants qui ne se privent pas de l’humilier.

Ce matin là, elle est assise à côté de Suzanna qui, mielleuse, lui demande ce qui ne va pas, lui promettant d’être une tombe. Une tombe, cela ne parle pas n’est-ce pas, aussi Virginie peut lui confier ses problèmes, ses soucis, elle ne dira rien. Mais Virginie sait qu’aussitôt qu’elle aura le dos tourné, Suzanna s’empressera de faire partager ses secrets, ses révélations, à tout le monde. Alors elle trouve une parade en avouant que Tristan, qui officiellement est le petit ami de Suzanna, l’importune, la dérange, la harcèle. Naturellement, cela tourne en eau de boudin…

Ensuite c’est la prof de français, une véritable bombe que personne n’a encore jamais réussi à désamorcer, qui lui demande, suite à la lecture d’un poème de Baudelaire de donner son avis sur cette question fondamentale : Beauté extérieure ou beauté intérieure ?

Evidemment cela renvoie Virginie à son enfance, lorsqu’elle était photogénique et à aujourd’hui où elle ressemble plus à un sapin de Noël avec ses boutons sur la figure en guise de loupiotes et son appareil dentaire en forme de guirlande buccale. Le vilain petit canard transformé en cygne ou le contraire ?

Virginie ne se laisse pas démonter, mais la journée est longue, et rentrant chez elle, elle est animée d’une soif de revanche.

 

Michel Amelin regroupe en une journée les tracas, les soucis, les harcèlements, l’état d’esprit mesquin des adolescents, les brimades auxquels Virginie est confronté à longueur de journée. Et à la maison ce n’est guère mieux.

Il analyse les réactions, la force de caractère de ce qui se passe réellement en plusieurs semaines et il en fait un condensé afin de mieux imprégner l’esprit du lecteur. Alors naturellement cela semble irréaliste mais pourtant cela existe, par petites doses quotidiennes, et il faut une force de caractère à toute épreuve pour ne pas se laisser aller à des sentiments de destruction de soi. La révolte gronde, intérieurement, mais lorsqu’elle explose l’on ne sait quels dégâts cela peut occasionner.

Un beau texte tout en finesse, une description, une dissection, une introspection de ce qui anime les adolescents entre eux, mais également de l’origine de ces rejets de l’un par les autres. Certains d’entre les condisciples de Virginie lui reprochent d’être riche, ce qui n’est pas prouvé, pour avoir été une enfant modèle, une forme de jalousie, mais ils ne savent pas les souffrances qu’elle a dû endurer tout au long de sa prime jeunesse devant les appareils photos et l’exigence de sa mère. Exigence et fierté qui a conduit son père a déserté le domicile conjugal.

Michel AMELIN : Personne ne m’aime, j’aime personne. Collection Les romans de Julie N°7. Editions Milan. Parution le 24 avril 2001. 126 pages.

ISBN : 978-2745902986

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21 décembre 2018 5 21 /12 /décembre /2018 05:30

Un titre Célinien...

BEHEMOTH : Voyage au bout du jour.

Depuis la mort de sa femme, Philippe, expert-comptable dans une grosse société, est complètement désemparé.

A tel point que son patron lui enjoint d'aller se reposer quelques jours aux frais de la princesse.

Alors il vadrouille, mais ne prend aucun plaisir à son périple breton qui le mène jusqu'à Brest. Là, dans un café crasseux, minable, il fait la connaissance de Liane, la serveuse, une jeune fille désabusée, genre souillon attendant le Prince Charmant.

C'est l'escapade sur l'île d'Ouessant où ils recherchent leur second souffle et l'oubli. Et ce qui aurait pu être une lune de miel agréable se transforme en cauchemar.

Des pieuvres géantes sèment l'horreur, l'angoisse; l'épouvante.

Mais d'où viennent ces monstres marins ?

Et ce yacht noir qui croise au large, n'est-il pas une émanation de l'enfer ?

Des questions angoissantes, certes, mais des réponses encore plus terrifiantes.

 

Sous le pseudonyme de Béhémoth, l'auteur n'en est pas à son coup de maître. En effet il s'est fait connaître au Fleuve Noir sous les pseudos de Kââ et de Corsélien, mais son passage dans une jeune maison d'édition concurrente l'a obligé de changer d'alias.

C'est un auteur déroutant, irritant, à l'écriture et aux narrations en dents de scie. On ressort de ce livre un peu frustré en ayant l'impression d'être passé à côté d'un chef-d'œuvre de la littérature d'épouvante.

Il joue avec les nerfs, selon le principe de la douche écossaise, mais cela est peut-être dû à sa condition d'enseignant puisqu'il est professeur de philosophie politique.

Peut-être a-t-il rédigé rapidement cet opus, pressé par Patrick Siry qui montait sa maison d'édition après avoir quitté le Fleuve Noir, ou s'être fait débarqué, rameutant autour de lui quelques pointures de cet emblématique éditeur populaire. Ainsi que Gourdon, ce fabuleux dessinateur qui a tant œuvré pour le Fleuve Noir, lui apportant ses lettres de noblesse.

Ce roman a été réédité dans le volume 2 titré Corps et liens sous les noms de KAA/CORSELIEN chez Rivière blanche :

BEHEMOTH : Voyage au bout du jour. Collection Maniac N°3. Editions Patrick Siry. Parution septembre 1988. 160 pages.

ISBN : 2-7391-0010-8

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
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