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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 13:50

GUIEU Jimmy , de son véritable pseudonyme Henri-René Guieu, est né le jimmy-guieu.jpg19 mars 1926 à Aix en Provence, et est décédé le 2 janvier 2000 dans des conditions mystérieuses selon certaines sources. Jimmy Guieu a également écrit sous les noms de Dominique Verseau, Claude Rostaing, Claude Vauzières et conjointement avec Georges Pierquin sous le nom de Jimmy G. Quint, des romans d’espionnage.

A l’âge de sept ans, une tante l’a abonné à une revue pour enfant et c’est ainsi qu’il a été fasciné par la lecture. Trois ans plus tard, un camarade de la cour d’école, un grand comme il l’appelait, et qui s’intéressait à l’alchimie et à la philatélie l’initie à l’ésotérisme. En réponse à l’avalanche de questions passionnées que Jimmy lui posait, ce “ grand ” (Guy Ehmard, âgé de 16 ans) lui répondit : ”étudie et tu comprendras ”.

Impressionné par la forte culture de ce “ grand ” qui sut donc l’intéresser au monde étrange de l’occultisme et de la Tradition, Jimmy Guieu éprouva à son contact la soif d’en savoir davantage, non seulement en ces domaines mais aussi par une sorte d’effet boule de neige, sur l’archéologie, la géographie, la géologie, la chimie (file moderne de l’alchimie), l’astronomie, voire la psychiatrie… L’occupation, la barbarie nazie le révoltent et à l’instar d’innombrables jeunes, il entre dans la Résistance.. à l’âge de seize ans et demi ! A dix-huit ans, il est instructeur de sabotage et agent d’un réseau-action opérant dans le Midi de la France. Arrêté par la Gestapo, interné à la prison des Beaumette (Marseille), désigné pour la déportation, il simule la folie, berne deux psychiatres allemands et se voit libéré… pour reprendre aussitôt du service et gagner le maquis de Dompierre-sur-Yon (Vendée). A la Libération,  il doit alors songer à gagner (fort mal) sa vie en devenant représentant de commerce en toutes sortes de camelotes infâmes (nous sommes en 45-46) puis en faisant de l’assurance, voire de la photo-stop sur la voie publique. Il s’orienta un temps vers l’import-export et séjourna au Maroc (Tanger et Casablanca). A son retour en France il devint l’imprésario d’un orchestre, puis son animateur et chanteur (Fleuve Noir Info N°53 – 1969).

Guieu-Jimmy-La-Grande-Epouvante-Livre-754724238_ML.jpgEn 1952 Jimmy Guieu écrit son premier roman : Le pionnier de l’atome. Qu’il regrette fort d’avoir écrit dans un style qu’il juge sévèrement aujourd’hui…, après dix-sept ans de métier, il est vrai (FNI 53). En 1953, il publie deux ouvrages documentaires qui font autorité : Les soucoupes volantes viennent d’un autre monde et Black-out sur les soucoupes volantes lequel est préfacé par Jean Cocteau.

A partir de 1947, Jimmy Guieu est captivé par le phénomène des soucoupes volantes et devient l’un des pionniers de l’ufologie européenne. Et dès 1951 il collabore aux premières enquêtes des chercheurs français et étrangers, fondant l’IMSA (Institut Mondial des Sciences Avancées – World Institute of Advanced Sciences). En 1993 il participe à la création de l’UECDS (Union Européenne de Chercheurs pour le Droit de Savoir) et est nommé conseiller technique. Il est en outre consultant du CEOF (Centre d’études OVNI/France). Ce chemin, ou plutôt une autoroute parcourue par Jimmy Guieu, débute au Fleuve Noir par des documentaires et des romans dits d’anticipation. Parmi les documentaires qu’il a écrit, sa préférence allait Nos Maîtres les Extra-terrestres, ou EBE, parce que, et je cite madame Lucia Guieu : faisant preuve d’une clairvoyance peu commune et une grande soif de vérités, il se sentait impliqué pour la défense du droit de savoir. L’on ne s’étonnera pas dans ce cas que ses deux livres de chevet étaient la Bible et Le matin des magiciens de Berger et Pauwels. En littérature en général il aimait aussi bien le fantastique, l’ésotérisme, la parapsychologie et les auteurs français et anglo-saxons travaillant sur l’ufologie.

Afin de mieux connaître la personnalité, plongeons nous dans un article du Fleuve Noir Informations (n°138-1979) via quelques questions dites indiscrètes posées par Bernadette Laffont.

-      Comment avez-vous été amené à écrire des romans d’anticipation ?
En lisant Pascal. La fameuse “ Pensée ” : ”Qu’est-ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout ”.

-      A quel âge avez-vous commencé d’écrire ?
A douze ans, un feuilleton que je contais à mes copains de classe contre la modique somme de 25 centimes l’épisode. Ne l’ébruitez pas : je n’ai jamais déclaré ces droits d’auteur à mon percepteur !

-      On m’a dit que vous avez été chanteur de charme ?
J’ai été chanteur de charme, c’est une autre histoire, de 1948 à 1951.

-      Quel genre aviez-vous adopté ?
Je m’efforçais d’imiter deux chanteurs que j’aime beaucoup : notre ami Henri Salvador et Georges Ulmer.

-      Avez-vous beaucoup voyagé ?
Durant la guerre, membre d’un réseau du S.R.., j’ai fait une quinzaine de fois le tour de France pour assurer des liaisons ; par la suite, j’ai parcouru l’europe et l’Afrique. Un bref séjour aux States, un autre à Tahiti.

-      Quelles langues parlez-vous ?
L’anglais (avec l’accent américain !), l’espagnol, l’italien, quelque peu le tahitien…

-      Où Allez-vous chercher les noms étranges de vos personnages extra-terrestres ?
Dans le “ code national français ”, un monumental ouvrage servant à coder les câbles ou lettres intéressant le commerce d’import-export. Dans les innombrables groupes de consonnes et de voyelles formant des onomatopées bizarres, je choisis ceux qui me paraissent les mieux “ prononçables ”, je les divise, les associe ou les transforme afin d’obtenir des noms “ propres ”.

-      En dehors de la littérature, quelle profession auriez-vous aimé exercer ?
Celle d’archéologue ou d’électronicien.

-      Comment travaillez-vous ?
Le matin, en général, mon courrier, des articles pour la presse ou préparation d’émissions radiophoniques. De 13 heures 30 à 21 heures, ponte quotidienne. Reprise du chapitre en cours à 22 heures jusqu’à minuit ou davantage. Ensuite, un soir sur deux, j’étudie un ouvrage scientifique. Les autres soirs, une heure de détente avec un Anticipation, un Policier ou un Espionnage.

-      Croyez-vous vraiment à l’existence des soucoupes volantes ?
 Croyez-vous vraiment que la Terre tourne ? La négation de cette question procède du même esprit que la négation de la précédente.

-      Avez-vous une devise ?
“ Hors des cages de la vie, il n’est d’issue que le savoir ”. H.G. Wells.

-      A travers vos romans, l’on sent cette confiance en un avenir meilleur pour l’humanité. Est-ce votre propre conviction ou bien un simple décor littéraire ?
L’humanité, cela ne date pas d’hier, est soumise à un phénomène de croissance. Tout comme chez l’individu, elle traverse des périodes crises cycliques, mais son évolution générale va en s’améliorant, quoi qu’on en dise. Nous connaîtrons encore quelques remous, certains catastrophiques et à l’échelle planétaire : de ces convulsions, psychiques ou matérielles, naîtra une espèce nouvelle, sans doute meilleure et différente sur le plan mental, psychique. Déjà certains indices annoncent cette race.

Jimmy Guieu, reconnu comme l’un des piliers de la collection Anticipation Guieu-Jimmy-La-Voix-Qui-Venait-D-ailleurs-Livre-164816830_M.jpgdu Fleuve Noir, est un auteur à part, car sa Science-fiction aborde des problèmes capitaux qui concernent directement notre Terre et notre Epoque, même s’ils semblent avoir pour cadre une lointaine planète perdue dans un passé et un avenir accessible à tous. L’univers “ guieuvien ” est celui des mystères qui entourent les Origines, le Présent, et le Devenir de la race humaine. Chaque roman de cet auteur est un “ message ”. Guieu pressent une grande Vérité cachée, et son but est plus de communiquer au lecteur les hypothèses les doutes qui lui viennent à l’esprit, que de faire œuvre de simple romancier. C’est un prédicateur qui a choisi cette voie comme d’autres choisissent le porte à porte (Jean Giraud dans Horizons du Fantastique).

Si le grand axe qui régit l’œuvre de Jimmy Guieu est la visitation et la surveillance de la Terre par des êtres d’une autre planète qui ne cherchent qu’à favoriser en secret l’épanouissement de l’homme voir (Anticipation N° 31, 36, 41, 45, 47, 51 54, 58, et 72) au travers des aventures de Jean Kariven et ses amis, quatre autres thèmes sont également abordés : la mise en garde quasi permanente contre l’utilisation inconsidérée de l’énergie atomique, le danger que représente l’accumulation de ses radiations, son côté humaniste et sa haine du racisme sous toutes ses formes, et le rôle joué par les sociétés secrètes, Temple et Alchimistes par exemple. Sans oublier que l’œuvre de Guieu pose cette question fondamentale et récurrente : Que va devenir la race humaine ?

Comme le souligne toujours Jean Giraud dans son article :Héritier de Charles Fort et précurseur dès 1954 du Matin des Magiciens, en raison de sa foi en l’avenir de l’homme et parce que pour lui espoir et confiance ne sont pas des mots vides de sens, Monsieur Guieu mérite qu’on l’admire et qu’on le respecte en tant qu’Ecrivain de Science-fiction à part entière.

Jimmy-Guieu.JPGIl ne faut pas oublier non plus que Jimmy Guieu fut conférencier, producteur radiophonique, et de Radio-Monte-Carlo à l’ORTF de Marseille, le spécialiste des émissions de vulgarisation scientifiques, de documentaires et d’émissions pour les jeunes. Il produisit également un mardi sur deux, à 19H30, les carrefours de l’étrange une émission qui passionna les auditeurs, et assura une rubrique de l’insolite dans la revue Provence-Panorama. En 1954 L’homme de l’espace reçut le Grand Prix du Roman de Science-fiction et en 1969 L’ordre Vert le prix du roman ésotérique.

Les dictionnaires consacrés à la Science-fiction oublient souvent l’apport des auteurs français, oblitérant leur popularité parce que justement ils étaient trop populaires pour la masse de lecteurs friands d’évasion. Jimmy Guieu n’échappe pas à la règle et Roger Bozzetto écrit, dans La Science-fiction, l’encyclopédie de poche dirigée par Denis Guiot, J.P. Andrevon et G.W. Barlow (MA éditions – 1987) : c’est la cohorte des J. Guieu, des Richard-Bessière, des M. Limat, etc. à qui l’on ne peut rien reprocher que d’être des contre exemples pour la S.F. à un moment (depuis 1960) où elle se veut une dimension originale de l’imagination, et se présente comme “ fiction spéculative ”.

La jalousie des uns est toujours attisée par le succès des autres, et les critiques peuvent décrier tel ou tel auteur, telle ou telle production, tel ou tel ouvrage, la vox populi aura toujours raison. Et si Jimmy Guieu eut pendant cinquante ans, et en a encore aujourd’hui, malgré l’oubli et le rejet des intellectuels de la S.F., c’est peut-être justement parce qu’il a su toucher la corde sensible à travers ses écrits, qu’il a su donner une quatrième dimension à la littérature d’évasion.

Richard D. Nolane a publié un très bel article sur Jimmy Guieu que vous pouvez retrouver ici. Les éditions Rivière Blanche proposent quelques romans et nouvelles inédites de Jimmy Guieu. A découvrir ici.

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commentaires

J
Ah, Jimmy Guieu ! Il a bercé mon adolescence avec ses romans de S.F. !! Toute une époque... merci Oncle Paul de nous le remettre ainsi en mémoire...
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O


Mais tu es encore adolescent... dans l'âme !


Amitiés


 



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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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