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15 janvier 2021 5 15 /01 /janvier /2021 04:55

Cela change du noir…

Frédéric DARD et Robert HOSSEIN : Le caviar rouge.

Quittant l’hôtel Beau rivage sur les rives du lac Léman à Genève, Alex Golovsko mande à un taxi de le mener à Collex, où il a rendez-vous dans le Consulat d’Union Soviétique. Il a reçu un carton d’invitation et il parvient à La Chêsnerais, à pied, s’étant fait déposer auparavant, puis il s’engouffre dans le parc à l’abandon. Tout comme la demeure quelque peu décrépite.

Lorsqu’il arrive au perron, il aperçoit la silhouette d’une jeune femme. Elle s’avance et reconnait Nora, qu’il n’a pas vue depuis cinq ans. Autrefois ils formaient un fameux tandem et un couple, mais les temps ont changé. S’il est resté un espion, un tueur accrédité par les instances supérieures de son pays, Nora a abandonné la partie et s’est recyclée dans la gérance d’un salon de beauté.

Débute alors un huis-clos étouffant entre ces deux personnages qui ont beaucoup à se raconter, ce qu’il s’est déroulé pendant leur cinq années de séparation, la fille de Nora, et bien d’autres sujets de conversations. Du regret et un peu de jalousie, ou le contraire. Un troisième individu, accompagné de ses sbires, l’homme qui les a conviés à se réunir et qu’ils connaissent bien, se présente leur offrant un repas de gala. Les affaires sérieuses seront déballées plus tard. Au menu, caviar noir, le Russe, et caviar rouge, l’Américain. Les agapes sont servies par l’un des sbires tandis que l’autre homme de main se contente de s’adosser à la fenêtre, ses lunettes noires constamment sur les yeux.

Enfin, Youri Mikhaïlovitch, leur amphitryon, aborde le sujet, ou plutôt les sujets. Il veut qu’Alex accomplisse pour lui une enquête, ce sont les ordres des Instances supérieures. Il doit recueillir le témoignage de Nora concernant un certain Caïman. Encore un douloureux souvenir pour Alex, car c’est cet homme qui s’est interposé dans le couple qu’il formait avec Nora. Et, incidemment, il se demande, et d’ailleurs il pose la question à son ancienne coéquipière et maîtresse si sa fille est de lui ou du Caïman.

Youri possède trois photos, qu’il étale l’une après l’autre complaisamment. L’une montre Nora et le Caïman ensemble, une autre le saurien en compagnie d’un homme apparemment inconnu, la troisième enfin, mort, le visage ensanglanté.

Puis Youri les laisse en tête à tête. Seulement, ce qu’ignorent les deux anciens amants, c’est qu’ils sont surveillés par un système de caméra, et leurs propos sont enregistrés.

En incrustation, on suit un tueur s’infiltrant dans une résidence moderne, et dont la mission se dévoile peu à peu.

 

Roman d’espionnage certes, Le caviar rouge est surtout un roman psychologique mettant en scène deux personnages principaux, Nora et Alex, et celui qui les a convoqués, Youri, et quelques gros bras et comparses qui jouent les utilités.

Tout est dans la tension qui se dégage des affrontements entre les trois espions, ou anciens espions, les mensonges, les dénégations, les dénis, les soupçons des uns envers et les autres et réciproquement. On peut parler de machiavélisme sur fond de trahison, supposée ou avérée. Et le dénouement est implacable, avec une mise en scène théâtrale, du genre théâtre de rue dans le style Royal de Luxe.

Dans cette intrigue, qui a proprement parler n’en est pas une, il existe des petits moments de grâce, notamment de la part de Youri. Il est passionné par les oiseaux, et toutes ses pensées s’envolent vers les dizaines de volatiles qu’il possède et à leur comportement en cage, même lorsqu’il s’adresse à ses convives.

Ce roman est dédié ainsi :

A Candice, cette histoire écrite pour elle.

F.D    R.H.

Naturellement, il s’agit de Candice Patou, femme de Robert Hossein.

Ce roman a été adapté dans la foulée au cinéma, réalisé par Robert Hossein, scénario et dialogues de Frédéric Dard et Robert Hossein, avec dans les rôles principaux : Robert Hossein, Candice Patou, et Ivan Desny.

 

Frédéric DARD et Robert HOSSEIN : Le caviar rouge.

Le génie de l’homme se développe au service des technologies mais au détriment du cœur.

L’existence est pleine de gens qui se disent au revoir pour la dernière fois.

Frédéric DARD et Robert HOSSEIN : Le caviar rouge.

Frédéric DARD et Robert HOSSEIN : Le caviar rouge. Hors Collection. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1985. 168 pages.

ISBN : 9782265030282

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14 janvier 2021 4 14 /01 /janvier /2021 04:35

Une farce normande ?

Jules RENARD : Crime de village.

Ce pourrait être une farce normande si chère à Maupassant, mais cette histoire se déroule dans le Nivernais.

Cette nouvelle parue en 1888, dans un volume édité à compte d’auteur, était incluse dans un recueil où figuraient sept autres textes, et aurait très bien pu être écrite par le célèbre conteur normand, tant l’ironie et le décor peuvent induire le lecteur en erreur. Pourtant il s’agit de l’un des premiers contes rédigés par l’auteur de Poil de Carotte et de l’Ecornifleur.

Les palabres durent en longueur entre Rollet, le vendeur d’un veau et Collard, l’acheteur potentiel. Ils ne sont pas d’accord sur le prix et le marchandage est âpre. L’un veut six cents francs, l’autre n’est prêt à débourser que cinq cents. La mère Rollet incite toutefois son mari à céder quelque peu. Mais l’homme en bon paysan fort de son droit n’accepte pas de tergiverser.

Collard arrive à la ferme en compagnie de sa femme courtaude et bavarde, affublée d’un grand cabas. La discussion s’engage entre les deux hommes qui parlent de tout et de rien, avant d’entrer dans le vif du sujet. Chacun reste campé sur ses positions. Mais au moins, ils parviennent à un consensus : celui de régler leurs affaires devant une chopine dans le bistro du village.

Les chopines se vident et pendant ce temps, les deux femmes discutent, causent, bavardent, et en fin de compte elles se couchent dans le même lit, madame Collard préférant se glisser dans la ruelle, ramenant la couette sur elle, s’amusant de la farce. Dans la nuit la mère Rollet pense être la proie d’un ectoplasme ou du moins de quelque entité malfaisante tirant le drap à elle. Faut dire que la conversation sur la fin naviguait sur les revenants. Elle attrape un chandelier posé non loin d’elle, et vas-y que je cogne sur cette chose indéfinissable.

Et quand les hommes reviennent, l’air quelque peu embrumé par leurs libations, ils ne peuvent que constater les dégâts des os.

 

Cette nouvelle rurale, jouant sur la superstition et la ladrerie des deux hommes roublards, incapables de s’entendre sur un prix, n’aurait point déméritée, comme précisé ci-dessus, sous la plume de Guy de Maupassant.

Et les autres nouvelles qui complètent le recueil originel, c’est-à-dire Flirtage, La meule, Le retour, A la belle étoile, Une passionnette, Héboutioux, A la pipée, sont toutes ancrées dans ce domaine pastoral et bucolique. L’humour noir y règne, principalement dans La meule, mais souvent il existe un antagonisme, un désir de vengeance, entre les personnages, comme dans A la belle étoile. Antagonisme porté à son comble à cause d’une chopine de trop. Sans oublier les amourettes, la jalousie, et autres joyeusetés qui tournent en drame une farce féroce, cruelle. Mais pas toujours heureusement.

Je regrette que Miss Ska n’ait point publié le recueil entier, entre 70 et 100 pages selon les paginations, car on le trouve facilement sur les librairies virtuelles, pour moins cher, et même gratuitement sur certains sites spécialisés.

 

Jules RENARD : Crime de village. Avant-propos d’André Lacaille. Collection Noire sœur/Perle noire. Editions SKA. Parution 31 décembre 2020. 21 pages. 2,99€.

ISBN : 9791023408447

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13 janvier 2021 3 13 /01 /janvier /2021 04:54

Donnez, donnez moi, Donnez, do-donnez, Dieu vous le rendra?

Howard ENGEL : Un privé dans les Algonquins

Aux Etats-Unis, les églises fleurissent comme des pissenlits au printemps dans un pré.

Il suffit d’avoir du bagout, une connaissance assez poussée des Ecritures, placer au bon moment une citation, être la victime consentante d’une vision, se sentir investi d’une mission, et vous voilà paré pour créer votre église.

La voix chargée d’émotion et de courroux, la diatribe aisée et virulente à l’encontre des pêcheurs, l’œil de velours hypnotiseur, tels son les atouts indispensables pour s’instaurer prédicateur. Il ne reste plus qu’à trouver les âmes en peine avides de salut et de les pressurer pour engranger quelques milliers, que dis-je, quelques millions de dollars.

Norbert E. Patten, fondateur de « L’Eglise Fondamentale » est dans une mauvaise passe. La Cour Suprême des Etats-Unis veut fourrer son nez dans le statut légal de cette église au sujet des impôts, et certaines personnes de son entourage commencent à déserter le bateau qui prend l’eau. Ils tentent de récupérer leur mise augmentée des intérêts : une modique somme d’argent qui s’élève à quatre cents millions de dollars.

Patten s’est réfugié au Canada, dans le Parc des Algonquins, sur les bords d’un lac, et Benny Copperman, détective privé juif, est chargé de le surveiller, et de l’empêcher de jouer les filles de l’air. Un petit boulot tranquille en apparence pour Benny qui va pouvoir allier les joies de la nature, la pêche par exemple, aux servitudes de son métier d’enquêteur.

Mais Benny ne se sent guère l’âme rurale et écologiste, lui qui a toujours vécu en ville. Heureusement l’opportunité lui est donnée de sauver la vie à Patten et par conséquent de faire la connaissance du prédicateur en fuite. Les journées sont assez relaxes : parties d’échecs ou de pêche, soirées dans une grange aménagée en compagnie de voisins aspirant au calme et à une semi-solitude. Mais le décès, non accidentel, d’Anéas, un guide indien, rompt la bonne entente qui régnait entre les divers personnages gravitant autour du motel.

 

Howard Engel a créé le personnage d’un détective privé sympathique et pour une fois sans problème, ce qui nous change de la profusion d’enquêteurs affligés d’une tare quelconque indispensable à leur renommée littéraire.

A part être juif et donc d’avoir des problèmes de conscience, d’effectuer ses enquêtes démuni d’armes à feu, d’apprécier modérément la campagne et de cuire ses œufs durs pendant trois quart d’heure, Benny Cooperman est un homme normal, un détective que l’on retrouvera avec plaisir.

 

Howard ENGEL : Un privé dans les Algonquins (Murder see the light – 1989. Traduction de Yves Manciet). Collection Fenêtre sur nuit. Editions du Rocher. Parution avril 1991. 278 pages.

ISBN : 9782268011271

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12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 05:06

Tout a une fin !

Agnès LAURENT : L’ultime rendez-vous.

Lorsqu’elle a aperçu l’automobile de luxe se garer dans la cour de la ferme familiale, Rose-Hélène, dix-huit ans, est fascinée par l’un des deux hommes qui se trouvaient dans le véhicule.

Alors que l’un est grand et fort, élégant, l’autre est chétif, assez laid, tenant contre lui un porte-documents de cuir noir. L’homme élégant n’est autre qu’Alban de Civray, le grand romancier, accompagné de son secrétaire et collaborateur Karl Spencer.

Alban de Civray, qui se montrera par la suite Alban si faux, est en manque d’inspiration, du moins c’est ce qu’il prétend, et lorsqu’il a aperçu l’habitation et surtout la jeune fille qui était derrière la fenêtre, il a senti qu’il venait de rencontrer son destin. Il lui demande se sortir et de s’allonger sur l’herbe, et de se raconter. Rose-Hélène parle de tout et de rien et il semble subjugué. Il la rencontre à nouveau par trois fois, les parents sont fiers qu’un si bel homme s’intéresse à leur fille qui vient tout juste de fêter son anniversaire. Et peu après c’est la marche nuptiale. Mais attention à la marche !

Car Alban de Civray se révèle despotique, et Rose-Hélène, toujours sous le charme, devient sa chose, son esclave, sa poupée, son automate qu’il débranche selon son bon vouloir.

Un jour Pierre demande à être reçu par le romancier. Il est dessinateur et désirerait illustrer les romans d’Alban de Civray. Rose-Hélène et Pierre se reconnaissent. Ils étaient amis lorsqu’ils étaient plus jeunes. Leurs chemins ont divergé et c’est par hasard qu’ils se retrouvent. Mais entre Pierre et Rose-Hélène, se noue un début de passion. Alban se montre agréable auprès du dessinateur, mais il ne manque d’envoyer des piques à sa jeune femme.

Alors qu’elle n’a que vingt-et-un ans, Rose-Hélène devient veuve. Albin de Civray décède dans un accident de chemin de fer. Son secrétaire qui l’accompagnait a la vie sauve, mais il subit une sorte de perte de mémoire. La dépouille de l’écrivain, surtout son visage, sont en tellement mal en point, qu’il est difficile de l’identifier. Un linge blanc entoure sa tête et elle n’a pas le droit de le soulever. Seule la bague qui orne un de ses mains atteste qu’il s’agit de son époux.

Seulement, des phénomènes étranges se produisent lorsque Rose-Hélène s’introduit dans le bureau de travail. Bureau dans lequel elle n’avait jamais mis les pieds. Un disque se met à jouer l’air musical préféré d’Alban et elle croit apercevoir un fantôme. D’autres manifestations induisent la jeune veuve à croire que son mari n’est pas décédé et qu’il se joue d’elle. Elle décide de se terrer dans la maison de campagne qu’il possédait en Normandie, mais là aussi, des faits angoissants alertent Rose-Hélène qui pense devenir folle. Heureusement elle a en Pierre un ami fiable.

 

Ce roman, écrit à la première personne, repose sur l’angoisse latente qui monte en puissance, complétée par ces étranges manifestations qui induisent une présence fantômatique, et confinent à provoquer une ambiance, une atmosphère fantastique.

L’intrigue est habilement menée et le lecteur, tout comme l’héroïne malheureuse du roman, est mené par le bout du nez, ou des yeux, jusqu’à la conclusion finale. Il ressent les affres de Rose-Hélène, les partage, voudrait prendre la jeune femme sous son aile, l’aider dans ses recherches. Son ami Pierre est là pour lui remonter le moral, l’aider dans ses démarches, dans son enquête, dans ses montées d’angoisse. Mais Pierre est-il vraiment l’ami passionné qu’il prétend être ou ne joue-t-il pas un double jeu ? A moins que ce soit le secrétaire, remis de ses émotions, qui se montrerait comme la doublure de l’écrivain. Alban, qui ne serait peut-être pas décédé dans des circonstances dramatiques, jouerait-il les fantômes dans l’unique but de perturber mentalement Rose-Hélène ?

Sous le pseudonyme d’Agnès Laurent se cachait Hélène (demi-prénom de l’héroïne !) Simart, qui écrivit de très nombreux romans sentimentaux. Selon la fiche Wiki qui lui est consacrée, Hélène Simart est née le 15 octobre 1918 et serait décédée en 1984. Mais d’après le site Décès en France, elle serait décédée le 1er mai 2013 :

Voir également la fiche concernant Agnès Laurent ici :

Agnès LAURENT : L’ultime rendez-vous. Collection Angoisse N°188. Editions Fleuve Noir. Parution 4ème trimestre 1970. 240 pages.

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11 janvier 2021 1 11 /01 /janvier /2021 04:58

Elles jouent aux quatre coins ?

J.B. LIVINGSTONE : Quatre femmes pour un meurtre.

Malgré tous ses efforts, l’inspecteur-chef Higgins n’arrive pas à déguster une retraite heureuse et amplement méritée. Si ce n’est pas le Yard qui le consulte, c’est un ami qui requiert ses services en faisant jouer la corde sensible.

Watson B. Petticott, l’une des têtes pensantes de la Banque d’Angleterre, demande à Higgins de vérifier une information : Archibald Stanley, l’un des financiers les plus puissants de la planète, serait mort assassiné. Une rumeur qui met en péril et en émoi tout le système bancaire et boursier.

Higgins accepte cette mission d’autant que Barbara Stanley, la fille du milliardaire, lui a écrit par deux fois, implorant presque sa venue. Le domaine d’Archibald Stanley est une immense propriété dans laquelle il est extrêmement difficile d’entrer, surtout si l’on est un homme. A part Stanley, n’y vivent que des femmes. Même le chef de la sécurité est une représentante du sexe dit faible.

Stanley a été abattu dans son bureau de quatre balles de revolver, le jour de son anniversaire. Mais une formidable volonté et une constitution solide lui permettent de survivre à cette tentative d’assassinat. Cependant il est plongé dans un état comateux.

Qui de Victoria, sa mère, d’Emily, sa femme, de Barbara, sa fille, ou de Laurie Warner, sa maîtresse, a osé tirer sur le milliardaire ? Quel en est le mobile ?

Enquête complexe pour Higgins, assisté de l’inévitable Scott Marlow, superintendant de son état. Complexe mais non dénuée d’embûches, pour ne pas dire de danger.

Cloîtré dans un immense domaine, Stanley ne voit sa femme Emily qu’une fois par an, lors de son anniversaire. Le reste du temps elle vit dans une villa de style colonial à l’intérieur du domaine.

Victoria, la mère de Stanley, passe son existence dans une ferme africaine, entourée de marigots où sommeillent des crocodiles. En pleine Angleterre ? Mais si, c’est possible !

Laurie Warner se contente d’être l’amante, et Barbara, la fille, entre deux cours à Oxford, s’applique à prendre la relève paternelle.

Entre ces quatre femmes, l’ambiance est plus que tendue. Un jour ça pète. Le jour où Stanley sort du coma, il se refuse à dire qui a tiré sur lui. Mais le sait-il vraiment ?

Retirer une enquête à Higgins lorsqu’on l’a presque forcé, obligé à s’y atteler, c’est tenter de reprendre à un chien affamé un os à moelle. Higgins fouille, écoute, inscrit sur son petit carnet noir, réfléchit, enquête à gauche et à droite. Une bien vilaine affaire dont l’origine remonte à quelques vingt-cinq ans en arrière, lorsque Stanley a fait la connaissance de celle qui allait devenir sa femme, en Afrique Centrale, alors que leurs pères respectifs s’entretuaient lors d’une chasse au lion.

 

J.B. Livingstone, avec ce seizième roman, reste fidèle à sa ligne de conduite : facture classique teintée d’exotisme relatif, et un final dans lequel les quatre suspects sont tour à tour inculpés et blanchis.

Mais J.B. Livingstone s’amuse et prend le roman policier comme une récréation, tout en démontant les recettes de vieux maîtres ou en inventant de nouvelles possibilités.

Rigueur et pointe de fantastique pour pimenter une recette éprouvée mais remise au goût du jour.

J.B. LIVINGSTONE : Quatre femmes pour un meurtre. Collection Les dossiers de Scotland Yard. Editions du Rocher. Parution octobre 1990. 242 pages.

ISBN : 9782268010489

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9 janvier 2021 6 09 /01 /janvier /2021 05:35

Le régent, c’était le gérant de la maison royale ?

Alexandre DUMAS : Une fille du régent.

Ah! Dubois! ma fille cadette janséniste, ma fille aînée philosophe, mon fils unique théologien; je suis endiablé, Dubois! Ma parole d’honneur; si je ne me retenais, je ferai brûler tous ces êtres malfaisants.

C’est ainsi que s’exprime, en ce 8 février 1719, le régent Philippe d’Orléans à son fidèle abbé Dubois qui rêve d’obtenir la barrette de Cardinal, tout comme son célèbre prédécesseur le duc de Richelieu. Il vient de rendre visite à ses deux filles libertines, l’une après des frasques se reconvertit en religion dans un couvent, l’autre se marie en catimini, tandis que le fils de quinze ans et quelques mois se réfère à Saint-Augustin au lieu de s’occuper des jeunes filles qui participent à un repas prétendument orgiaque en compagnie d’un de ses amis.

Dépité, Philippe d’Orléans écrit à sa fille issue d’une liaison non officielle et qui est confinée dans un couvent à Clisson près de Nantes. Il veut la retrouver près de lui et lui offrir un meilleur avenir que celui de nonne. Mais Hélène de Chaverny ne s’ennuie pas trop dans sa retraite dorée, d’autant que depuis quelques mois un soupirant vient lui conter fleurette le soir alors qu’elle est accoudée à son balcon. Hélène et Gaston de Chanlay s’aiment mais bientôt ils vont être séparés. Ils ne sont pas maîtres de leur destin.

Alors qu’Hélène s’apprête à partir pour Paris, Gaston a rendez-vous avec quatre amis, des complotistes bretons qui veulent éliminer le régent. De Pontcalec, de Montlouis, du Couëdic et Talhouët font partie d’une conjuration drainant de nombreux nobles bretons et l’heureux élu à qui a été confiée cette mission n’est autre que Gaston. Ceci ne l’enchante guère mais il n’a qu’une parole et son honneur en dépend, aussi lui aussi se prépare-t-il pour se rendre à Paris. Un dernier rendez-vous avec Hélène à qui il avoue devoir se rendre à la capitale mais sans lui fournir plus de détails, et le tour est joué. Presque.

Car l’infâme Dubois, le ministre de l’Intérieur du régent et son confident, possède des agents de la police secrète un peu partout. Et il est au courant non seulement de la venue d’Hélène mais également de la rencontre programmée de Gaston avec le capitaine La Jonquière, lequel doit fournir des renseignements au chevalier afin que celui-ci puisse exécuter son devoir et ainsi honorer sa parole.

Par un heureux hasard, provoqué par Gaston, les deux amants voyagent de conserve jusqu’à Rambouillet, ne se doutant de rien. Hélène qui ne connait rien de sa filiation et a perdu sa mère à sa naissance, est mise en présence d’un personnage important qui se cache dans l’ombre. C’est le régent qui a organisé une mise en scène afin de découvrir sa progéniture après dix-sept ans d’abandon.

Mais la nuit à Rambouillet n’est pas de tout repos. Les agents de Dubois enlèvent La Jonquière et Dubois de substitue au capitaine. Gaston est mis en sa présence mais il se méprend et révèle en toute bonne foi le complot, ainsi que les noms de ses amis Bretons, pensant être en face du commanditaire. Une méprise fort dommageable pour tous. Alors qu’il pense être en face d’un complice, Gaston n’a devant lui qu’un ennemi qui se montre implacable sous des dehors cauteleux et serviles.

 

Cette histoire est tirée d’un épisode réel de l’Histoire de France, peu connue mais dont les noms des quatre protagonistes bretons, Pontcalec et consorts, survivent en Morbihan et qui participèrent auparavant à la conspiration de Cellamare, autre épisode décrit dans Le chevalier d’Harmental, du même Dumas.

Mystifications, manipulations, embrouilles, naïveté des deux principaux protagonistes, Gaston et Hélène, fourberies de Dubois qui mène le régent par le bout du nez, sont les ressorts essentiels de ce roman historique.

Mais l’amour, la passion entre les deux jeunes amants (dans l’acception du terme de l’époque, c’est-à-dire les amoureux), Hélène n’a que dix-sept ans et Gaston vingt au début du récit puis vingt-cinq par la suite, s’inscrit dans la longue liste des amants maudits, que tout oppose, et dont Roméo et Juliette sont les représentants les plus connus.

Dumas joue avec le personnage de Dubois, dont il n’apprécie guère les manigances qui ressemblent à des facéties mais dont les conséquences s’avèrent dramatiques. D’ailleurs, une célèbre chanson enfantine peut se transformer, via une contrepèterie, en : Il fourre, il fourre, le curé, le curé Dubois joli…, montre bien comment était perçu celui qui n’était qu’abbé et devint Cardinal rejoignant ainsi son célèbre prédécesseur, Richelieu. Le personnage du régent est évoqué avec plus d’amabilité, de sympathie que dans certains récits historiques.

Ce roman, souvent facétieux, est empreint de dialogues inspirés ne manquant pas d’humour, et la conclusion est un épilogue à l’humour noir inattendu et morbide.

Auguste Maquet est le collaborateur attitré mais non accrédité pour l’écriture de ce roman, ou du moins de son scénario et des recherches historiques entreprises pour la rédaction.

 

Alexandre DUMAS : Une fille du régent.

La collection Gerfaut des éditions Gérard et Cie, qui n’a vécu que le temps d’une trentaine de titres, semble avoir été créée simultanément avec la collection Marabout Géant qui a repris les titres de Dumas. A moins qu’elle n’en fut que l’ébauche de cette collection Marabout Géant que bien des collectionneurs recherchent, autant pour les ouvrages historiques, classiques que fantastiques.

L’inconvénient avec les Editions Gérard et Cie réside dans le fait qu’aucune date d’impression des ouvrages apparait, et donc on ne peut dater exactement leur parution.

Alexandre DUMAS : Une fille du régent. Préface de Bertrand Tavernier. Editions du Cherche-Midi. Parution 5 novembre 2020. 400 pages. 21,00€.

ISBN : 978-2749166162

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8 janvier 2021 5 08 /01 /janvier /2021 05:12

Dommage que la quatrième de couverture en dévoile un peu trop!

M.A. RAYJEAN : Le sang et la chair.

Il fait froid et pourtant Auguste Corvac, dit Guste, et son compère Julien Chaumet transpirent. Ils sont en train de creuser la tombe du père Jerrin qui est décédé contre toute attente. A soixante-dix sept ans, il était encore solide, mais la mort a ses raisons que la raison ignore.

Pour se donner du courage, les deux hommes se désaltèrent en buvant au goulot du bon rouge de chez eux, des côteaux du Vivarais. La tombe est prête, deux mètres de profondeur, et le cercueil pourra reposer à l’aise sur sa couche de terre.

Le lendemain, Auguste s’aperçoit que la fosse a été violée et que le cadavre a disparu emportant avec lui son cercueil. Comme Auguste déguste un peu trop de vin local, il ne peut s’empêcher de parler et le lendemain, les pandores sont au courant de cet incident de parcours du cadavre. Ils font procéder à une vérification, le paletot de bois est revenu dans sa douillette fosse.

Seulement, d’autres villageois sont victimes d’accidents inopinés. On commence à se poser des questions, car de plus en plus les macchabés sont jeunes, et habitués aux travaux qu’ils effectuaient lors des accidents.

Le docteur Vessec est appelé au chevet des mourants comateux et leur injecte un liquide, soi-disant pour les stimuler. Rien n’y fait, et le curé a du travail sur l’autel.

Un journaliste qui émarge à un canard parisien, L’Echo-Noir, un magazine qui ne publie que des trucs bizarres, s’installe à l’un des deux hôtels-restaurants-bars du village. Il passait par hasard, paraît-il, et la rumeur lui étant venue aux oreilles, sa main l’a démangé de rédiger un papier sur ces événements qui occupent les esprits.

Nous donnons à grignoter à nos lecteurs des histoires de tables qui tournent, de maisons hantées, de gens possédés… Vous voyez le genre ? Mais nous essayons, dans la mesure du possible, de donner une explication logique, scientifique, à ces événements.

Effectivement, une explication logique se dessine, notamment lorsqu’une femme est retrouvée morte dans la neige, en dehors du chemin qu’elle devait parcourir pour rentrer chez elle. Certains l’ont vue divagant auparavant comme un zombie.

Henri Gil, le journaliste, prend cette affaire au sérieux et il enquête en compagnie de Julien Chaumet, plus jeune et surtout plus sobre que son ami Auguste. L’aide-fossoyeur lui avoue avoir une nuit voulu éclaircir ces mystérieuses disparitions et s’être endormi contre le mur du cimetière. L’hypothèse d’une hypnose est avancée.

 

La lecture de ce roman est quelque peu gâchée par la quatrième de couverture un peu trop explicite.

Le médecin, par petits coups, accentue cette incision, place des écarteurs. Il fend littéralement en deux le thorax. Les chairs apparaissent, molles, flasques, baignées de sang. Vessec farfouille avec une sorte de frénésie, de volupté, dans ces entrailles glacées...

Une scie grince affreusement sur les os. Ce bruit énervant perce littéralement les oreilles et peut être est-il plus éprouvant pour les nerfs que les hurlements démoniaques. Il rend fou !

Rugge scie les côtes comme il scie des rondins. Son outil est beaucoup plus fin, voilà tout, mieux adapté. Il scie comme un boucher dépouillant un bœuf, avec un ricanement perpétuel, horrible...

Mais la fin est assez étonnante et réserve quelques surprises. Heureusement.

Tous les lieux cités par M.-A. Rayjean existent réellement et les habitants deviennent à leur insu des personnages de roman. Sauf quelques-uns qui sont totalement issus de l’imagination de l’auteur lequel nous offre un bon roman de suspense et d’angoisse.

L’atmosphère est légèrement fantastique, mais pourtant tout est cartésien, ou presque. L’auteur joue surtout sur la montée de l’angoisse et ce roman préfigure ce qui sera développé plus tard dans des romans composant la collection Gore. Mais seulement dans quelques passages, significatifs certes, mais qui n’encombrent pas le récit. Et qui justifient l’extrait placé en quatrième de couverture.

M.A. RAYJEAN : Le sang et la chair. Collection Angoisse N°178. Editions Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1970. 240 pages.

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7 janvier 2021 4 07 /01 /janvier /2021 05:07

Un bunker, l’idéal pour se confiner ?

Georges-Jean ARNAUD : Bunker-parano.

Trente ans, divorcée, au chômage depuis quelques années, Alice s’est réfugiée dans l’alcool, principalement le cognac.

Pour survivre et payer son liquide favori elle se prostitue à l’occasion. Un employé de la mairie lui offre de reprendre son ancien métier, assistante sociale, et de s’installer dans un immeuble promis à la démolition dans le cadre de la rénovation du quartier.

Peu de temps auparavant un couple s’est suicidé par peur de l’expulsion et un journaliste qui a couvert l’affaire a été licencié. Elle doit se renseigner sur les locataires, armés, qui amassent les provisions comme s’ils devaient tenir un long siège. A aucun moment la maison est vide.

Arbas, un cadre au chômage, fixe les règles de vie, les sorties des autres locataires. Alice, aidée par le journaliste qui va s’installer chez elle, enquête, perquisitionne, intriguée par le comportement de ses voisins et découvre des anomalies comme le logement vide dont les pièces ont été redistribuées.

 

Outre le problème immobilier, ce sont les difficultés d’intégration et le racisme qui sont évoqués dans ce roman qui baigne dans une atmosphère d’angoisse permanente et feutrée.

Et l’on retrouve dans ce roman l’un des thèmes chers à G.-J. Arnaud, celui de l’immeuble, où vivent des habitants solitaires ou en délicatesse avec leur entourage, dont l’un des plus représentatif est Le coucou.

Cet ouvrage a été réédité dans la collection Crime N°7 au Fleuve Noir en 1991

Cet ouvrage a été réédité dans la collection Crime N°7 au Fleuve Noir en 1991

Réédité chez Zulma en 1998.

Réédité chez Zulma en 1998.

Nous n’oublierons pas Georges-Jean Arnaud, décédé le 20 avril 2020, quelques semaines après l’hommage à lui et à ses romans dans la revue Rocambole 88/89.

Georges-Jean ARNAUD : Bunker-parano. Collection Spécial Police N°1743. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1982. 192 pages.

ISBN : 2265020427.

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6 janvier 2021 3 06 /01 /janvier /2021 05:29

Hommage à Claude Bolling, décédé le 30 décembre 2020.

Claude BOLLING et Jean-Pierre DAUBRESSE. Bolling Story.

Le Magnifique, Borsalino & Co, Flic Story, Trois hommes à abattre, La ballade des Dalton, Les Brigades du Tigre, autant de musiques de film et de dessins animés ou de séries télévisées qui trottinent dans les oreilles sans être pour cela cinéphile. Autant de morceaux composés et interprétés par Claude Bolling et qui sont indissociables des films précités, à se demander si ce sont les airs qui ont forgé les succès cinématographiques, ou le contraire.

Né à Cannes le 10 avril 1930, son père y tenait un hôtel, le jeune Claude Bolling, son vrai nom, commença son éducation musicale à l’instigation de sa grand-mère maternelle. Pourtant il avait une prédisposition naturelle pour le dessin et l’assemblage de maquettes dont il construisait les pièces.

A douze ans, le jeune Claude « infligeait à tous les claviers qui [lui] passaient sous la main, au grand étonnement des adultes devant le petit garçon qui jouait du jazz » son interprétation de Saint-Louis Blues, empruntée à un pianiste en vogue à l’époque, Charlie Kunz, grand pontife des pianos bar.

Jusqu’au jour où l’un de ses proches lui dit : « Tu sais, le jazz ce n’est pas ça. Le VRAI jazz, c’est Fats Waller ». Pourtant, c’est entendant sur un phonographe à manivelle un 78 tour de Duke Ellington, Black and Tan Fantasy et Créole Love Call datant de 1927, qu’il ressentit ses premiers émois de futur musicien et compositeur. Duke Ellington qui après être un mythe devint son modèle et son maître.

C’est en remarquant une affiche annonçant le Tournoi des amateurs du Hot Club de France que le destin va basculer. Il n’a que quatorze ans, compose un peu et dispose déjà de solides connaissances musicales. Charles Delaunay qui l’entend interpréter un morceau de sa composition, décide de le programmer, et c’est devant un public enthousiaste qu’il obtient un franc succès et les encouragements du jury.

Comme il ne maîtrise pas complètement les subtilités des accords de septième, il est recalé au concours d’entrée à la SACEM. Claude travaille avec opiniâtreté et l’année d’après il remporte ce tournoi des amateurs du H.C.F. devant des candidats adultes dont Eddy Barclay, repasse le concours d’entré à la SACEM et en devient à quinze ans le plus jeune sociétaire.

Mais, infatigable, il ne s’arrête pas là. Il participe à des jam-sessions avec les vedettes de l’époque, les frères Fol, Claude Abadie, Claude Luter et Boris Vian. Pendant un certain temps il fait partie du groupe de Claude Luter, mais bientôt leurs chemins se séparent, pour incompatibilité musicale, ce qui ne les a pas empêchés de conserver une solide amitié.

Lorsque des pianistes prestigieux se produisent à Paris, Claude se renseigne auprès d’eux afin de s’imprégner de leurs techniques musicales. C’est ainsi qu’il s’améliore au contact de Errol Gardner, de Willy « the Lion » Smith et quelques autres, tout en gardant une préférence pour Duke Ellington.

Tout s’enchaîne très vite. Disques qu’il enregistre dans différentes formations en trio ou en grand orchestre, accompagnant des musiciens renommés : Guy Lafitte, Albert Nicholas, Roy Elridge, Lionel Hampton, Bill Coleman, Cat Anderson et même Coleman Hawkins, composant de très nombreuses musiques de film, et la création d’un groupe devenu mythique de la fin des années 60 début 70, Les Parisiennes.

Seulement comme Claude Bolling accompagne aussi des chanteurs de variété, dans des salles comme L’Alhambra, salle aujourd’hui disparue, Zizi Jeanmaire, Petula Clark, Gilbert Bécaud, Charles Aznavour, Dario Moreno, puis plus tard Brigitte Bardot, qu’il sacrifie à la mode en enregistrant des disques de Madison ou de Bossa Nova, du classique aussi avec le Jazz Gang Amadeus Mozart (l’Air de Chérubin extrait des Noces de Figaro ou le Rondo de la Marche Turque, La petite sonate de nuit…), en véritable touche-à-touche virtuose, il est rejeté par certains puristes du Jazz qui le considèrent en dehors du sérail.

Je ne voudrais pas trop déflorer ce livre de souvenirs, vous laissant le plaisir de la découverte, mais je tiens toutefois à remarquer que Claude Bolling est l’un des rares musiciens qui garde sa sympathie à Milton « Mezz » Mezzrow, clarinettiste décrié par l’intelligentsia jazzistique, apportant un éclairage sur les quelques couacs lors de ses prestations en sa fin de carrière.

Un livre intéressant à tous points de vue et qui mérite de figurer en bonne place près de vos disques favoris.

Claude BOLLING et Jean-Pierre DAUBRESSE. Bolling Story. Avant-propos d’Alain Delon. Editions Alphée/Jean-Paul Bertrand. Parution janvier 2008. 334 pages.

ISBN : 9782753802728

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5 janvier 2021 2 05 /01 /janvier /2021 04:27

Hommage à Robert Hossein, décédé le 31 décembre 2020.

Frédéric DARD et Robert HOSSEIN : Le sang est plus épais que l’eau.

La liberté des uns passe par le sacrifice des autres, même si au bout de ce sacrifice la mort est au-rendez-vous.

Les volontaires sont nombreux et il faut choisir, sélectionner ceux qui iront à l’abattoir en vertu de critères bien établis. Pas forcément de cœur mais parce que la survie d’un réseau de résistants et de l’incognito de son chef dépend de la force d’âme de ceux qui ont osé se révolter contre l’occupant.

Un épisode tragique, parmi tant d’autres, qui s’est déroulé durant la Seconde Guerre Mondiale, à la veille du Débarquement, dans un petit village normand, et mettant en scène des acteurs qui ne sont que des figurants, mais dont le rôle sera primordial pour reconquérir une liberté bafouée.

Un épisode qui restera marqué à jamais dans la mémoire des auteurs et des lecteurs de ce roman, roman qui est également le récit de l’abnégation des combattants de l’ombre.

 

Le sang est plus épais que l’eau est paru en 1962 dans la défunte collection Espionnage du Fleuve Noir.

Un choix anachronique puisque ce roman se démarquait totalement de la production de l’époque. D’ailleurs il ne s’agit pas vraiment d’espionnage, même si les résistants le pratiquaient selon leurs faibles moyens. Pas vraiment policier non plus, dans le sens communément appliqué à ce genre.

Suspense certainement, mais surtout hommage et témoignage envers tous ceux qui se sont dévoués et ont offert leur corps pour la France. Tout un symbole puisque, lorsque ce livre a été édité, le mur de Berlin venait d’être érigé, et au moment de sa réédition, ce même mur tombait au nom de la liberté.

Un roman injustement englouti dans les oubliettes littéraires et dont l’exhumation ne peut-être que bénéfique. A mettre entre tous les mains.

 

Le point de départ est une idée de Robert Hossein et non de Frédéric Dard : des résistants sont capturés par les Allemands qui menacent de tous les fusiller s’ils ne dénoncent pas leur chef. Dans ce huis-clos, chacun sera mis devant ses responsabilités. Frédéric Dard écrit le roman qui sera publié au Fleuve Noir en 1962 avec la co-signature de Robert Hossein, qui est déjà un ami de longue date. Il écrira ensuite la pièce de théâtre qui prendra pour titre Les six hommes en question et qui sera créée au Théâtre Antoine le 6 mars 1963 dans une mise en scène de Robert Hossein. Une dramatique télévisée s’inspirant de ce livre et de la pièce de théâtre sera réalisée en 1971-72 par Abder Isker.

Une nouvelle adaptation théâtrale verra le jour en 1989 sous le titre Dans la nuit la liberté avec une mise en scène, on s’en serait douté, de Robert Hossein.
Enfin, un téléfilm français réalisé par Henri Helman sortira en 2009 sous le titre La saison des immortelles pour le festival de la fiction TV de la Rochelle. Ce téléfilm sera diffusé le 1er juin 2010 sur France 3 pour le grand public. (Source : https://www.toutdard.fr/book/1375/)

 

Frédéric DARD et Robert HOSSEIN : Le sang est plus épais que l’eau.
Réédition Hors collection. Editions Fleuve Noir. Parution octobre 1989. 204 pages.

Réédition Hors collection. Editions Fleuve Noir. Parution octobre 1989. 204 pages.

Frédéric DARD et Robert HOSSEIN : Le sang est plus épais que l’eau. Collection Espionnage N°330. Editions Fleuve Noir. Parution 2ème trimestre 1962. 224 pages.

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