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18 mars 2020 3 18 /03 /mars /2020 05:29

Sans fleurs ni couronnes…

Francis RICHARD : Regrets éternels.

Depuis quelques temps, le Vieux semble se ramollir. Il n’a plus autant d’allant, d’entrain, regarde évasivement le plafond, ne répond pas ou à contresens à ses interlocuteurs.

C’est ce que remarquent Francis Richard, agent secret, et son collègue Madrier dit Merdouille à cause de sa propension à utiliser ce terme à tout propos.

La cause de cette conduite inhabituelle réside en une phrase : Valsetti n’est pas mort. Le Vieux l’a rencontré et il ajoute qu’il envoie son meilleur souvenir à Francis Richard. C’est impossible pense celui-ci qui est tout éberlué mais ne précise pas le pourquoi. Valsetti était un agent de l’autre bord et il est mort. Et si Richard en est persuadé, c’est parce lui-même a appuyé sur le revolver fatal. Mais pour tous, il s’agit d’un meurtre imputé à un inconnu.

Donc Valsetti serait vivant. D’ailleurs Richard est convié à une séance de spiritisme chez un voyant nommé Eliphelme de Saint-Phaas. Un nom qui provoque un rire inextinguible chez l’agent qui se souvient de ses lectures, et plus particulièrement du roman La Double vie de Théophraste Longuet, de Gaston Leroux, roman dans lequel évolue le personnage de d’Eliphas de Saint-Elme.

La séance se déroule donc chez le voyant mais Richard ne découvre aucun trucage, aucune supercherie. L’homme se contente de taper sur sa table avec ses doigts, comme s’il était animé par le mort s’exprimant en Morse. Et il repart chargé d’une mission, récupérer des documents dans un fauteuil arrière d’une voiture. Seulement l’opération se déroule en queue de poisson et Olga, celle qui fut la maîtresse de Valsetti fait sa réapparition. Richard est même kidnappé mais il parvient à s’échapper, dans des circonstances heureuses.

Il découvre que Eliphelme de Saint-Phaas, un alias, est hypnotisé dans un salon de coiffure, recevant ses informations sous un casque-séchoir. Ses pérégrinations l’amènent à soupçonner soit la gérante, soit l’employée. Alors en compagnie de Merdouille, pardon de Madrier, il s’élance sur leurs traces, mais il y aura de la viande morte au bout du chemin.

 

L’intrigue de ce roman mi-espionnage, mi-policier, est particulièrement tarabiscotée, mais l’auteur, Francis Richard qui donne son nom au héros, s’en sort avec les honneurs. Si certains de ses romans ne sont guère convaincants, celui-ci tient bien la route et n’a pas vieilli, même si, publié de nos jours, il faudrait procéder à quelques rectifications et à des ajustements. Et il existe une bonne dose d’humour qui cache quelques faiblesses. Mais aussi une grande part est dédiée au hasard, hasard sans lequel les romanciers populaires n’arriveraient pas à imaginer leurs intrigues.

Sous le pseudonyme de Francis Richard se cachait Paul Bérato, plus connu sous les alias d’Yves Dermèze, pour des romans en tous genres allant du policier au roman de cape et d’épée, et de Paul Béra, grand fournisseur des collections Angoisse et Anticipation du Fleuve Noir.

Francis RICHARD : Regrets éternels. Collection Service Secret 078 N° 31. Editions S.E.G. Parution 3e trimestre 1961. 96 pages.

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17 mars 2020 2 17 /03 /mars /2020 07:15

J'ai rêvé New York, New York City sur Hudson...

Collectif : Dimension New-York 3. Technopolis.

New-York, ville fantasme pour beaucoup d’entre nous qui ne pourrons jamais nous y rendre sauf en imagination.

Alors, fermons les yeux et laissons-nous porter par les images. La statue de la Liberté en premier, le symbole pas toujours respecté, puis au cours de nos déambulations divagantes, les gratte-ciels, érigés ou tombés sous l’impact d’objets volants bien identifiés, Central Park, havre de calme et sanctuaire des oiseaux migrateurs ou des noctambules, Greenwich Village, Manhattan, le Bronx, Harlem, Brooklyn, Staten-Island, un brassage racial et culturel, tout un imaginaire forgé par nos lectures ou cinématographiques. Rappelez-vous West Side Story et combien d’autres.

Mais les auteurs des nouvelles proposées dans cette anthologie n’empruntent pas toujours les sentiers battus, et nous entraînent dans leurs délires souvent anticipatifs, à moins qu’ils reviennent sur des épisodes plus ou moins marquants du passé.

 

Extrayons quelques aspects de l’univers décrit par ces nouvellistes.

Lou Jan nous permet de visiter New-York à l’envers. Les gratte-ciels sont devenus des grottes-ciels, la population vivant sous terre, dans des immeubles qui reproduisent ou presque à l’identique à ce qu’il y avait avant. Une vieille Chinoise s’est attelée à une tâche rémunératrice dans un but bien précis. Et lorsqu’elle remonte à la surface, près de deux cents marches à grimper, elle doit se munir d’un masque. Mais la nature n’est pas une entité facile à domestiquer.

Nicolas Pagès, avec Sinatra's nightmare s’empare d’un mythe dont Lovecraft conta les exploits maléfiques : Nyarlathothep, le mythe au logis du reclus de Providence. Une déambulation urbaine et nuisible. Il est à la recherche d’un gros poisson susceptible de pouvoir lui permettre de réaliser un projet maléfique et il le trouve en la personne d’un opérateur de marchés boursiers. Celui que l’on appelait dans le temps un courtier et qui par snobisme est devenu un trader.

 

Jean-Hugues Villacampa avec Phenomenae NY nous propose de nous emmener aux Etats-Unis, en compagnie de Randolph Derleth, professeur d’occultisme, qui assiste en compagnie d’une jeune dame, Carmélia, à des événements étranges dans Central Park. Et de fil en aiguille, il va faire connaissance d’autres protagonistes dont le mari de Carmélia, John-Hugues, bouquiniste. Un clin d’œil, pour qui reconnait en ce personnage la figure même de l’auteur, et qui va en amener d’autres. Le thème central est l’annonce de la conjonction de cinq planètes, phénomène rare, en ce mois de juillet 2016, et dont la statue de la Liberté va se trouver comme le clou de cette histoire piquante. Jean-Hugues Villacampa se laisse aller dans un imaginaire débridé et réjouissant.

Pour la forêt de Birnham, allez au 530 W2e rue conseille François Rahier. Le narrateur doit rencontrer le traducteur d’un roman inédit de James Blish, un certain Pierre Normant qu’il connait bien sans jamais l’avoir rencontré. C’est à New-York qu’ils vont pouvoir enfin se rencontrer pour la première fois, mais chaque rendez-vous programmé se solde par une échappatoire rapide de Normant qui pense être suivi par deux individus, à moins qu’il prétexte un entretien ne demandant aucun délai. C’est l’occasion pour le lecteur de se rendre en plusieurs endroits dont Flat Iron ou l’Intrepid Sea-Air-Space Museum où est exposé par la NASA la navette spatiale Entreprise. Star Trek fera toujours rêver.

 

Alain Blondelon nous emmène dans un endroit calme, prisé des amoureux, Westchester Creek. Sabine, qui est une Réceptrice, a rendez-vous avec Joshua, un policier du FBI, et Peter, journaliste et amant de la jeune femme. Ils ont été convoqués pour comprendre ce qui a pu amener un homme à tuer sa femme dans un hôtel. Pourtant il l’aimait. Il semblerait que des êtres maléfiques se cachent dans les eaux de l’East River. Eaux troubles sur Westchester Creek.

En l’an 2066, la Terre est sous une chape de glace, conséquence d’une éruption cataclysmique du supervolcan du lac Toba au centre de l’île de Sumatra, et qui avait suivi celle du supervolcan de Yellowstone, quelques décennies auparavant. L’humanité a presque disparu de la surface du globe. Pourtant dans Central Park, un homme survit en compagnie de son fils. Sa femme vient de décéder. Il creuse la glace à l’aide d’un piolet afin de récupérer des racines qu’il mange crues. Quand à la boisson, il n’en manque pas, se servant dans les caves du Plazza, l’hôtel où il s’est réfugié en compagnie de son gamin. Le réchauffement climatique n’est plus à l’ordre du jour et Oksana et Gil Prou nous délivrent leur vision apocalyptique d’un futur proche dans L'écrin de glace.

 

Je pourrais continuer ainsi en vous présentant d’autres textes issus de cette anthologie, qui telle la palette d’un peintre pessimiste, visionnaire, morbide, dessine un avenir dont le thème central est la Grosse Pomme rongée par les vers. Toutefois au milieu de cette sombre description quelques détails montrent de fragiles lueurs d’espoir.

Mais je vous sens impatient de commander cet ouvrage afin de pouvoir le lire et vous forger votre propre opinion. Ce qui est louable et je vous y encourage fortement.

Philippe Ward a composé subtilement cette anthologie en offrant leur chance à quelques jeunes ou nouveaux auteurs encadrés par des romanciers qui ont déjà fait leurs preuves, aussi bien chez Rivière Blanche que chez d’autres éditeurs.

 

Sommaire :

JAN Lou : Une vieille Chinoise

MAUGENDRE Paul : Agir

LEVEQUE Samuel : Ajaw

GADPY Jean-Christophe : Hypothèse New-York

PAGES Nicolas : Sinatra's nightmare

VILLACAMPA Jean-Hugues : Phenomenae New York

GARCIA Ricardo L. : Le Phénix revient toujours

RAHIER François : Pour la forêt de Birnham, allez au 530 W2e rue

BLONDELON Alain : Eaux troubles sur Westchester Creek

PROU Oksana & Gil : L'écrin de glace

MARGAUX Dando Reyreau : Irish punt

GALLERNE Gilbert : Treizième étage

DURAND Frédérick : Les ombres délivrées

ROSSELET Dola : Devenir gris

UNBEKANNT Artikel : Aux morts

LATOUR Marie : Harlem Ghetto

ZAROFF : Jugement fatal

LAMUR Sylvain : Première classe, tarif éco

HALL Ellen Turner : Les mêmes mains

 

Collectif : Dimension New-York 3. Technopolis. Présentation de Philippe Ward. Préface de Jean-Christophe Gapdy. Collection Fusée N°88. Editions Rivière Blanche. Parution le 1er février 2020. 360 pages. 26,00 €.

ISBN : 978-1612279527

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16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 05:32

Certifié sans OGM !

COLETTE : Le blé en herbe.

Dans ce roman de 1923, Colette, alors âgée de cinquante ans, narre tout en pudeur les approches amoureuses et sexuelles de deux gamins, Phil, seize ans, et Vinca, quinze ans. Mais cela ne se circonscrit pas à ces relations d’enfants se connaissant depuis leur naissance, se côtoyant à Paris, et qui se retrouvent ensemble dans une grande maison non loin de Cancale avec leurs parents pour les vacances estivales.

A cet âge où l’adolescence commence à trouver en leur cœur des bourgeons amoureux, Phil et Vinca jouent, pêchent les coquillages, se disputent parfois pour des fadaises, mais sont comme des amants platoniques. Ils découvrent qu’ils s’aiment alors que depuis des années pour eux c’était l’amitié qui prévalait.

Il suffit qu’un jour, alors que Phil se promène seul, il est abordé dans la campagne par madame Dalleray, la Dame en blanc, une trentenaire qui a loué une maison pour l’été non loin de la leur. Elle s’intéresse au garçon et peu à peu celui-ci va la retrouver chez elle. Elle sera son initiatrice et le déniaisera. Mais Vinca s’aperçoit de ce manège nocturne. La Dame en blanc repart chez elle et entre les deux enfants, la jalousie et l’amour se disputent la prépondérance. Et les parents dans tout ça ? Ce sont les Ombres comme les appellent Phil et Vinca. Des personnages secondaires, très secondaires.

Ce roman sera diversement apprécié par les tenants de la morale, alors qu’il n’y a rien, sauf un ou deux passages légèrement suggestifs, et le film qui en sera adapté en 1954 sera également sous les feux des critiques négatives.

 

« Avec Le Blé en herbe, Autant-Lara retrouve ses ennemis de base. Les intégristes de tout poil se déchaînent. Ainsi, une association baptisée « Cartel d’action morale et sociale à Paris » lui envoie ce texte "gratiné" : « Votre projet, tiré de l’œuvre de Colette, nous déplaisait en raison des répercussions morales néfastes que ne pourrait manquer d’avoir un tel film sur l’ensemble de la jeunesse de notre pays. Du reste, nous songions déjà à le dénoncer aux autorités lorsque nous avons appris par la presse que vous renonciez à la réalisation de ce film, par suite de l’état de santé d’Edwige Feuillère ». Malheureusement pour nos censeurs autoproclamés et heureusement pour le cinéma, le film se fera, en 53, avec une Edwige Feuillère qui a retrouvé sa robuste santé. Colette qui assista à la première projection publique ne cacha pas sa satisfaction. La critique accueillit le film sans enthousiasme mais la jeunesse s’y précipita en masse. En ce milieu des années cinquante, Le Blé en herbe fit beaucoup pour l’éveil de la sexualité des adolescents « coincés » dans une France encore bien puritaine. »

— Francis Girod, Discours prononcé lors de sa réception sous la Coupole en hommage à Claude Autant-Lara

 

Depuis les mœurs ont évalué, et les amours enfantines ne choquent plus guère, sauf quelques bigots confits dans leur méconnaissance de la vie. Pourtant de nos jours comment serait accueilli cet ouvrage, qui est devenu un classique, avec le déchaînement des associations féministes ?

Un homme qui s’intéresse à une jeune fille est considéré comme un prédateur sexuel. Mais une femme qui prête son corps à une éducation sentimentale ne peut-elle être qu’une initiatrice et donc faire œuvre pie ?

 

Il est de notoriété publique que Colette, qui était anticonformiste, puisait souvent dans sa vie privée pour écrire ses romans. Peut-on imaginer que la Dame blanche ne soit autrement que Colette qui eut pour amant durant un certain temps Bertrand de Jouvenel, le fils de son deuxième mari, Henri de Jouvenel, alors qu’il n’avait que dix-sept ans. Il était né en 1903 et donc cette passade ce serait déroulée en 1920. Et Colette ayant divorcé d’Henri de Jouvenel en 1923, ce roman celait peut-être leur rupture.

 

Ce roman a été adapté au cinéma par Jean Aurenche, Pierre Bost et Claude Autant-Lara, dans une réalisation de Claude Autant-Lara, en 1954. Les principaux interprètes en furent : Pierre-Michel Beck : Phil Audebert, l'adolescent, Nicole Berger : Vinca Ferret, l'adolescente, et Edwige Feuillère : Mme Dalleray, la dame en blanc.

 

Les romans emplissent cent pages, ou plus, de la préparation à l’amour physique, l’événement lui-même tient en quinze lignes, et Philippe cherchait en vain, dans sa mémoire, le livre où il est écrit  qu’un jeune homme ne se délivre pas de l’enfance et de la chasteté par une seule chute, mais qu’il en chancelle encore, par oscillations profondes et comme sismiques, pendant de longs jours.

COLETTE : Le blé en herbe. J’AI LU N°2. Edition du 12 septembre 1978. 128 pages.

Première édition Flammarion. 1923.

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15 mars 2020 7 15 /03 /mars /2020 05:43

C’est d’actualité ?

F. RICHARD-BESSIERE : Micro-invasion.

Le petit Bud, quatre ans, est difficile à canaliser. C’est un gamin hyperactif et il vient de se faire renvoyer de la garderie pour la deuxième fois. Ce qui n’empêche pas ses parents, surtout son père, Sidney Gordon, de lui gagner au tir une jolie soucoupe volante. Un objet qu’il emmène chez leurs amis, Archie et Gloria Brent, qui ne pouvant se déplacer leur propose de les rencontrer chez eux dans la campagne new-yorkaise.

Archis Brent qui vient de démissionner de la présidence de la Commission Atomique Internationale veut leur montrer sa nouvelle invention. Une machine avec laquelle il a mis au point un système qui, je résume vite fait, lui a permis de créer ou isoler l’atome originel de la création de l’univers. Il est fier de son bébé et ils peuvent tous voir une sorte de galaxie confinée dans une cage en verre.

Alors qu’ils examinent cette invention dans l’espèce de hangar qui sert de salle d’expérience au professeur, un point noir s’échappe, tournicote dans la pièce, grossit, vole, et bientôt se transforme en soucoupe volante. Ils tentent d’échapper à cette manifestation fantastique mais en passant la porte, ils se rendent compte qu’ils ont devant eux un paysage différent de celui qu’ils avaient admiré avant d’entrer dans cette grange.

Ils sont devenus des Gulliver au pays de Brobdingnag, ils sont réduits à ne taille encore plus petite de celle d’une fourmi. D’ailleurs ils manquent de se faire écraser sous le pied de Funnigan, le patron de Sydney Gordon, le directeur du journal New Sun, qui devait leur rendre visite. Un épisode représenté avec justesse par Brantonne en couverture.

Et voilà les deux couples ainsi que le jeune Bud entraînés dans une aventure totalement délirante, pour le lecteur mais pas pour eux, ayant le micro-univers pour décor. Ils sont fortement conviés à s’installer dans la soucoupe qui prend son envol et ils se retrouvent dans une galaxie qui leur est totalement inconnue. Le chef de bord et les membres d’équipage, qui ressemblent, à quelques particularités près, à des êtres humains, sauf que la pigmentation de leur peau est entièrement rouge. Sauf Zog, qui est un peu leur serviteur, qui est de la couleur des épinards.

Zog leur fournit quelques explications et ils apprendront plus tard qu’il est prisonnier. Les diverses entités qui peuplent cette galaxie sont en guerre les uns contre les autres, mais que sur l’une d’elle, les habitants et les prisonniers s’attèlent à une tâche éreintante. Ils cassent des pierres, les broient, les réduisant en poussière. Des pierres qui ressemblent à des diamants. D’ailleurs Bud en a trouvé une dans la soucoupe. Or ces pierres ont la particularité de grossir, d’envahir, de se multiplier comme le coronavirus (ou tout autre virus dont la composition n’est encore connue) et de réduire à néant la planète sur laquelle elles sont arrivées et les autres par un système de propagation infernal.

Mais ça, ce ne sont que les débuts de leurs péripéties qui comportent de nombreux dangers. Une histoire dans laquelle ils se perdent un peu, car Margaret, la femme de Sydney Gordon et mère du petit Bud, sous le coup de l’émotion, devient daltonienne. Ce qui fait qu’elle confond les couleurs rouge et verte et ne sait plus distinguer les amis des ennemis. D’autant que leurs amis ne sont pas forcément ceux qu’ils prétendent être.

 

Une histoire invraisemblable, débridée, délirante mais amenée de façon scientifique, ou pseudo-scientifique, et dont la tonalité change parfois en cours de route. De sérieux le récit prend des chemins de traverse ponctués d’humour et de situations improbables. De grave le ton passe à un humour bonasse, débonnaire, comme s’il s’agissait d’un pastiche.

Le rôle de Bud, ce gamin qui essaie d’attirer l’attention des adultes souvent en vain, n’est pas négligeable. Mais un autre aspect du roman n’est pas négligeable non plus : c’est le rejet de la guerre et l’espoir d’une paix universelle. Seulement, pour préserver cette paix fragile, il faut des armes de guerre pour combattre la guerre. Une antinomie semblable au serpent qui se mord la queue.

Seulement cette antinomie dans la rédaction et dans le contexte même des tribulations de Sydney Gordon, de sa famille et de ses amis, laisse penser sérieusement qu’il y avait bien deux auteurs pour rédiger ce roman, ce dont François Richard Bessière s’est toujours défendu. Mais il est vrai aussi que les dénégations concernant l’implication de François Richard, le directeur de la collection et romancier lui-même, n’étaient pas toujours convaincantes.

 

Réédition : Editions du Triangle. Triangle Fiction N°15. Parution 1er trimestre 1977.

Réédition : Editions du Triangle. Triangle Fiction N°15. Parution 1er trimestre 1977.

F. RICHARD-BESSIERE : Micro-invasion. Collection Anticipation N°210. Editions Fleuve Noir. Parution 4e trimestre 1962. 192 pages.

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14 mars 2020 6 14 /03 /mars /2020 05:12

Et demain sera un autre jour…

Geneviève STEINLING : Hier, il sera trop tard.

Rien n’est plus propice à laisser vagabonder son esprit que d’assister à une messe. Pour certains la méditation prend le pas sur le quotidien, pour d’autres ce sont les souvenirs qui remontent à la surface comme des bulles délétères crèvent dans la vase d’un marais infesté.

Pour Marie-Jeanne, c’est toute son enfance qui remonte à la surface, des maux pas roses dans une ambiance morose. Il lui en a fait voir de toutes les couleurs celui qui gît dans le cercueil posé devant l’autel. Et elle se souvient de toutes les avanies qu’elle a dû subir sous sa férule d’alcoolique notoire. Des mesquineries et des punitions qu’elle avalait dans la naïveté de son enfance.

Sa mère, bigote comme il pouvait y en avoir dans les années soixante, obnubilée par la religion, passait l’éponge des coups d’humeur de son mari comme on chasse une mouche. Pour Marie-Jeanne, ces souvenirs sont trop prégnants pour les effacer d’un coup de gomme rageur.

La cérémonie mortuaire terminée, elle s’enfuit de l’église comme si elle avait le diable aux trousses, dans le froid, la pluie, la nuit. Elle quitte son village du Haut-Jura, sa grand-mère, sa mère, son frère Christian, emportant pour seuls bagages ses souvenirs, ses cauchemars.

 

Elle glisse sur la chaussée mouillée et un taxi qui passe par là manque l’écraser. L’homme qui est à l’intérieur l’aide à se relever et l’emmène à la gare où il doit prendre un train. Il ne s’agit pas d’un enlèvement, car Marie-Jeanne est consentante. Il va à Paris, elle aussi. Un voyage non programmé en compagnie d’un inconnu. Et lorsqu’il lui demande son nom, elle répond Michèle. Elle commence une nouvelle vie avec un nouveau prénom, à défaut de pouvoir changer de nom.

Très gentil le monsieur qui lui paie sa place lorsque le contrôleur leur demande leurs billets, et comme elle ne sait pas où se rendre, une fois arrivée sur place, il l’emmène chez lui en proche banlieue. Il lui offre même de passer la nuit dans la chambre de sa fille Madeleine, qui est décédée trois ans auparavant. La pièce est restée dans son jus, comme il est de bon goût d’affirmer maintenant lorsque rien n’a été changé depuis des années, avec les affiches de personnalités diverses et décédées. Ou encore la photo de Madeleine dans un cadre.

Le lendemain, elle ne se décide pas à partir, et Jean-Jacques, son hôte d’une nuit, accepte qu’elle reste. Sous certaines conditions. D’abord il va l’appeler Madeline, du prénom de sa fille. Elle va se vêtir avec les habits de la défunte, se coiffer pareil. Bref endosser un personnage. Et si elle peut se promener partout dans la maison, il lui est interdit de se rendre au grenier. Comme dans le conte de Barbe-Bleue. Pourtant la nuit précédente elle avait entendu, ou cru entendre une voix qui lui enjoignait de partir.

 

Marie-Jeanne devenue Michèle va pouvoir bénéficier d’une vie privée et Jean-Jacques pousse la complaisance à lui octroyer un emploi comme hôtesse d’accueil dans un hypermarché. Et peu à peu elle va faire la connaissance d’hommes avec lesquels elle s’entend bien, mais la déveine, la malchance, les occasions manquées se succèdent. Deux ans se passent, et elle va bientôt fêter son anniversaire, elle atteint l’âge qu’avait Madeleine lorsqu’elle est morte.

 

Une histoire simple mais poignante, qui du Haut-Jura jusqu’à Paris, entraîne une jeune fille un peu naïve, un peu perdue, un peu cabossée par la vie, dans une succession de petites joies, de grosses peines.

De 1978 à 1980, le lecteur suit le parcours de Marie-Jeanne aussi bien dans le réel que dans ses souvenirs, et il participe mentalement à cette succession d’épisodes qui l’accablent plus ou moins.

Il voudrait pouvoir lui prodiguer des conseils, mais que peut-on dire à une jeune fille majeure depuis peu et qui n’a rien connu de la vie, engoncée qu’elle était entre son père alcoolique et sa mère bigote. Son frère Christian était là, bien sûr, mais à Paris, ce n’est eux qu’elle regrette le plus. Lili, sa poupée lui manque.

Un roman simple, ai-je écrit, oui, jusqu’à un certain point. Car le final ne manque pas de remettre tout en question, d’expliquer des faits jusque là cachés, des faits et des épisodes dont Marie-Jeanne ne veut pas se souvenir. Juste des images indélébiles. Et le dénouement est assez imprévu même si le lecteur s’attend à un retournement de situation comme dans tout bon suspense qui se respecte.

 

 

On ne peut pas empêcher les gens de parler mais on peut s’empêcher de les écouter.

Geneviève STEINLING : Hier, il sera trop tard. Publication indépendante (Amazone). Parution le 19 février 2020. 200 pages. 8,50€.

ISBN : 979-8608276651

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12 mars 2020 4 12 /03 /mars /2020 05:10

Les frères ennemis ?

Guy de MAUPASSANT : Pierre et Jean.

Ancien bijoutier à Paris, Roland a pris sa retraite au Havre et il s’est découvert une passion pour les balades en mer et la pêche qu’il pratique en compagnie de deux amis anciens navigateurs.

Ce jour-là, à bord de La Perle, sa petite embarcation, ses deux fils rament de concert, ou de conserve comme diraient les sardines. Autant Jean, le cadet de vingt-cinq ans, est blond, calme et doux, et vient de terminer ses études de Droit, autant son frère Pierre, âgé trente ans, est noir de cheveux, emporté, instable, rancunier et se destine à une carrière médicale. Deux frères au caractère totalement opposé et cela se ressent dans leur façon de manier les rames.

A bord, sont également présentes, la mère, Louise, une petite bourgeoise quinquagénaire, et madame Rosémilly, une jeune veuve de vingt-trois ans, leur voisine qui est devenue leur amie. Une partie de pêche agréable même si le père Roland bougonne car il n’a pas pris autant de poissons qu’il aurait souhaité, les femmes étant réticentes à se lever tôt.

Rentrés chez eux, les Roland, qui ont invité madame Rosémilly, apprennent qu’un notaire désire les rencontrer, pour une histoire d’héritage inattendu. En effet, un vieil ami de la famille du nom de Maréchal, qui ne s’est jamais marié, et qu’ils n’avaient pas revus depuis des années, depuis leur départ de Paris et même avant, vient de décéder, léguant toute sa fortune à Jean. Pour une bonne nouvelle, c’est une bonne nouvelle, même s’ils sont quelque peu attristés par cette annonce. Pierre et surtout Jean ne se souviennent plus trop de cet homme prodigue.

Pierre ressent une pointe s’insinuer en son esprit. Pourquoi Jean et uniquement Jean comme seul héritier ? Une question qui ne tarabuste pas les autres membres de la famille, mais lorsqu’il en parle à une serveuse qu’il connait plus ou moins, et à un ami pharmacien, un vieux Polonais dont les affaires périclitent faute de clientèle dans ce quartier d’indigents, une même réflexion, émise différemment mais dont le sens est identique, l’amène à se demander si derrière cet héritage ne se cacherait pas une faute commise par sa mère. Et Jean ne serait-il pas le fils de ce Maréchal trop prodigue de sa fortune ?

Ses espoirs de s’installer dans un grand appartement de prestige sont bientôt balayés car non seulement il jongle avec les finances, mais de plus sa mère et son frère, qui ignoraient ses intentions, viennent de louer ce logement. Et d’autres petits faits attisent la jalousie qui le taraude, pourtant il ne possède aucune preuve.

 

Presque tout ce court roman est axé sur Pierre, sur ses réactions, sur ses sentiments, sur ses recherches, ses envies, ses espoirs, ses désillusions, sa jalousie, ses colères, ses affrontements verbaux envers son frère, ses insinuations et ses piques envers sa mère. Sa mère qui peu à peu se renferme, se recroqueville, tandis que le père et son frère ne se rendent compte de rien, ou presque. Il est possédé par une violence intérieure qu’il a du mal à canaliser et qui ne s’évacue oralement qu’envers certains membres de la famille.

Car Pierre ne peut s’empêcher de faire part de ses soupçons à Jean qui ne comprend pas ce qui arrive. Quand à la très jeune veuve, madame Rosémilly, elle se trouve en porte-à-faux dans ce drame familial.

Un roman psychologique dont les deux frères sont les principaux protagonistes dans une situation qui n’est pas nouvelle. Seulement, contrairement à ce qu’il se passait dans les familles aisées, chez les nobles, ce n’est pas l’aîné qui se trouve favorisé mais bien le cadet. Or cet état de fait n’est pas le cadet des soucis de Pierre.

Un peu la parabole biblique d’Abel et Caïn, cette jalousie qui fait se dresser deux frères l’un contre l’autre, deux frères totalement différents physiquement et moralement. Et l’on peut se demander comment il se fait que les parents, le père surtout, ne se soit aperçu de rien.

Ce roman est précédé d’une préface de l’auteur sur le Roman en général.

Guy de MAUPASSANT : Pierre et Jean. Collection Librio N°151. Editions E.J.L. Parution 6 juin 2018. 128 pages. 2,00€.

ISBN : 978-2290165454

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11 mars 2020 3 11 /03 /mars /2020 04:11

Pas plus facile à forcer que les portails d’outre-tombe…

Emmanuelle et Benoît de SAINT CHAMAS : Les portails d’outre-temps (Strom 2).

Leur apprentissage terminé, Raphaël et Raphaëlle, les jumeaux, ont été intronisés pages dans la confrérie des Chevaliers de l’Insolite, une société secrète dont leur parrain Tristan Milan est l’un des séides influents.

Ce qui leur permet de réaliser quelques tours de magie, toujours sous le contrôle de leur parrain, qui procède en même temps à leur éducation et subvient à leurs besoins matériels et affectifs, leurs parents étant morts des années auparavant dans un accident de voiture, et de Sparadrap, leur protecteur et superviseur, un komolk parfois sourcilleux qui se transforme à volonté en animal ou objet.

Ils ont pour amis Arthur, qui n’a pas réussi le test et est resté apprenti, ainsi qu’Aymeric et Suzanne qui eux ne connaissent pas leurs facultés de magiciens en herbe. Des cours de maîtrise leurs sont dispensés mais réussir à marcher sur une ligne rouge comportant de multiples dangers et des embuscades diverses n’est pas aisé. Ils ont également en charge deux enfants placés dans un institut, auxquels ils doivent apporter assistance, affection et essayer de les sortir du monde dans lequel ils sont enfermés. Ainsi Cybille qui végète dans une forme d’autisme et joue avec une boite d’allumettes, construisant des figures géométriques ; ou Laurent, appelé aussi Oran, qui est trisomique. Une tâche dont ils s’acquittent avec conscience et abnégation.

En sortant de La Commanderie, l’endroit qui sert de lieu de réunion de l’Organisation dans les sous-sols du Louvre, un touriste demande à Tristan de le prendre en photo, en échange il lui propose d’en faire autant avec ses deux filleuls. Or la photo qui figure sur l’appareil numérique est exactement celle qui avait été récupérée sur l’ordinateur retrouvé quelques mois auparavant au fond d’un tombeau égyptien.

Raphaëlle, qui passait quelques jours avec Suzanne dans la résidence que ses riches parents venaient d’acquérir, le château d’Aurus, a mystérieusement disparu ainsi que son amie. Alerté, Tristan se rend immédiatement sur place en compagnie de Sparadrap et d’un ordinateur tout neuf. Il est persuadé que les deux gamines ont découvert une porte d’outre-temps et qu’elles s’y sont engouffrées. Il n’hésite pas à les suivre dans le passage secret et se retrouve quatre mille ans en arrière dans le désert égyptien. Un autre membre de l’association, qui lui aussi a emprunté par inadvertance un de ces passages permettant de voyager dans le temps, les accueille en compagnie d’hommes d’armes. Raphaëlle et Suzanne vont bien mais les membres de cette petite troupe sont traqués par des soldats portant sur la poitrine la marque d’un faucon. Heureusement ils peuvent correspondre avec Raphaël resté à Paris afin de mener une enquête de terrain. Il leur faut déjouer les pièges placés sur leur chemin, se débarrasser des assaillants, rencontrer Nitokris, la jeune reine qui malgré ses seize ans jouit sur son peuple d’une aura sans nuage, et surtout lui demander la permission de pouvoir accéder à la Porte du ciel, un passage qui leur permettrait de revenir au XXIème siècle. Car Tristan se demande si la momie qu’ils ont découverte dans un sarcophage quelques mois auparavant lors de leur précédente aventure et qui possédait un ordinateur qui ressemble curieusement à celui dont il est en possession, si cette momie ne serait pas lui-même. Mais les nuages s’amoncellent sur Nitokris.

 

Cette nouvelle aventure des jumeaux Raphaëlle et Raphaël et de leurs amis, promène plaisamment le lecteur de Paris jusqu’en Egypte, de New-York au cimetière du Père-Lachaise puis en forêt de Brocéliande, grâce à deux intrigues qui se croisent. Aventure, action, exotisme, mystère, fantastique, humour, émotion, tous ces ingrédients sont utilisés selon un dosage savamment établi et deux énigmes non résolues dans le premier tome sont ici dévoilées. Et nous retrouverons avec plaisir nos naufragés du temps dans un troisième épisode programmé en octobre 2011, lequel, n’en doutons point nous réservera d’autres agréables surprises.

 

Citation : Il avait l’air aussi désolé qu’un boucher qui tranche sa viande à grands coups de hachoir.

Emmanuelle et Benoît de SAINT CHAMAS : Les portails d’outre-temps (Strom 2). Editions Pocket Jeunesse. Parution 6 novembre 2014. 400 pages. 6,95€.

ISBN : 978-2266253406

Première édition : Editions Nathan. Parution 17 février 2011.

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10 mars 2020 2 10 /03 /mars /2020 05:05

Ce soir j’attends Madeleine…

Léopold REMON : Madeleine du faubourg.

Un regard au hasard d’un croisement dans une rue, un matin de décembre neigeux et froid, ce fut tout et pourtant ce fut beaucoup.

Se rendant à pied comme tous les jours à son travail de bureaucrate, Roger Perrin croise la route d’une jeune fille qui le regarde non point avec insistance mais non plus avec indifférence.

Les jours suivants, le même manège se produit, et ce regard prend une signification particulière qui l’amène à observer plus attentivement cette passante qui passe. Une aguicheuse ?

Quoi qu’il en soit, ils se croisent souvent, et un jour il la suit jusqu’à son travail. Puis le soir, même manège et ils sont amenés à échanger quelques mots. Puis ce sont de longues conversations, une relation qui s’établit comme entre deux jeunes gens qui se sentent attirés l’un vers l’autre. Elle avoue avoir dix-huit ans, lui frôle la trentaine. Ce n’est pas rédhibitoire.

Ce qui l’est plus, c’est qu’il a oublié de lui avouer qu’il était marié et avait un enfant. Elle s’en rend compte lorsqu’un jour elle l’aperçoit en compagnie de sa petite famille.

 

Paul Norvès est l’un des plus vieux amis de Roger Perrin, mais depuis quelques mois, il végète, car il lui est arrivé la même mésaventure, mais à l’envers.

En effet l’un de ce qu’il supposait être un ami, et qui lui demandait souvent de l’argent, lui promettant de le rembourser plus tard, quand il serait en fond, l’un de ses amis ne s’est pas contenté de lui prendre de l’argent sous des prétextes fallacieux, mais il a aussi emprunté sa femme. Et pourtant celle-ci connaissant la situation, s’était enfuie avec son amant. Un coup rude dont il ne se relève pas.

 

Un court roman dans lequel sont imbriqués deux histoires d’amour ayant pour protagoniste le personnage de Roland Perrin. Si les deux histoires sont différentes et pourtant similaires à la base, elles se complètent mais avec des finalités divergentes. L’une se termine bien, l’autre se clôt dans la tragédie.

D’un côté l’homme marié qui tait son statut familial, de l’autre la femme volage qui part avec un homme qui spolie son mari. Pas très moral tout cela mais si représentatif de la vie.

Cependant j’émets quelques réserves car Madeleine si elle se montre aguicheuse, l’auteur commet toutefois une petite erreur. Au début Roland Perrin lui donne au moins vingt ans, sinon un peu plus. Or elle avoue n’en avoir que dix-huit. Seulement, lorsque la femme de Perrin rencontre la mère de Madeleine, celle-ci est toute étonnée car sa fille n’a que seize ans. Je sais que parfois certaines jeunes filles paraissent un peu plus que leur âge, qu’elles sont plus matures, mais quand même. Ce n’est pas tant son côté de jeune séductrice qui est à mettre en avant, après tout elle ne sait pas que Roland est marié, et donc que la faute en incombe à l’homme, mais cette propension à vouloir séduire les mâles à un âge qui n’est plus consacré aux poupées, mais pas encore à la drague. Du moins à cette époque. Et c’est toujours l’homme qui est fautif au bout du compte.

 

Sous le pseudonyme de Léopold Rémon se cachait René Poupon, l’un des grands fournisseurs de petits fascicules chez Ferenczi.

Léopold REMON : Madeleine du faubourg. Collection Le Roman d’amour illustré N°19. Editions Ferenczi et fils. Parution le 11 juin 1932. 32 pages.

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9 mars 2020 1 09 /03 /mars /2020 04:37

Les gars d'Ménilmontant
Sont toujours remontants
Même en redescendant
Les rues de Ménilmuche…

 

Cicéron ANGLEDROIT : Descente à Ménilmontant.

Détective privé, Cicéron Angledroit prend du galon et accessoirement, mais ce n’est pas négligeable, est payé pour suppléer les policiers placés sous la houlette de sa relation quasi professionnelle, le commissaire Saint Antoine du commissariat de Vitry. De plus, son ami Momo le manchot, qui avait quitté son emploi de vendeur de presse associative à l’entrée de l’Hyperpascher, devient son adjoint officiel et employé rémunéré. Une progression dans l’échelle sociale et professionnelle pour les deux hommes, et des rentrées d’argent assurées pour quelques semaines.

En effet, Joël Perdrigeon, dit Jojo la Perdrix, un truand notoire ayant effectué quelques braquages rémunérateurs, s’est envolé de la prison où il était enfermé. Des choses qui arrivent régulièrement. Mais il vient d’être repéré par Momo qui était en planque depuis des heures devant son domicile, une petite rue calme dont les fenêtres donnent sur le Père Lachaise (le cimetière, pas le troquet du coin). Momo a pu prendre en photo l’arrivée du malfrat à bord d’un véhicule.

Mais ce n’est pas inopinément que Momo se trouvait sur place. Un indic avait fourni l’adresse à Saint Antoine, le pas doux, et l’affaire est dans le sac. Il envoie ses hommes alpaguer Jojo la Perdrix et l’affaire est jouée.

Là où ça se complique, c’est que l’indic qui s’est montré si serviable est une femme, Liliane Devalbo, dite Lili, que le commissaire connait depuis des lustres. Une intrigante dont il possède une photo récente grâce aux bons soins des R.G. Or, en vérifiant les images glanées par les caméras de surveillance des parloirs de la prison et d’autres lieux hospitaliers, cette Lili Devalbo apparait déguisée certes, mais c’est bien elle. Ses collègues chargés de l’enquête n’ont pas percuté, mais lui si, car il connait bien (Je me répète) cette femme quasi quinquagénaire. Et comme il sait compter mentalement, deux plus deux faisant quatre, il est persuadé que Lili a aidé Jojo à s’évader.

Il ne reste plus à Cicéron et Momo à localiser la belle, ce qui n’est pas trop difficile, mais la mignonne possède la fâcheuse tendance à changer d’identité et de pied-à-terre. Des noms d’emprunts qui ne diffèrent que légèrement.

Et René, me demanderez-vous, qui suivez attentivement et avec fidélité la saga de Cicéron and Co ? Et bien il est sobre, depuis sa mésaventure narrée dans Comme un cheveu sur le wok, et il participe activement, payant de sa personne, dans cette enquête qui possède un petit goût d’Arsène Lupin.

Cicéron se demande toutefois pourquoi les filatures lui sont confiées, contre bons billets craquants, mais le commissaire lui avouera peu à peu, voire avec réticence, ses motivations, qui sont louables. Selon lui.

 

Un roman presque conventionnel, moins débridé que dans les précédents et à l’humour toujours présent mais plus subtil.

Au-delà de l’intrigue, assez machiavélique, l’intérêt se focalise sur deux points distincts. D’abord les quartiers de Belleville et de Ménilmontant, ce qui nous amène à l’un des auteurs prisés par Cicéron Angledroit, Léo Malet et sa série des Nouveaux Mystères de Paris.

Cicéron et ses amis parcourent le quartier prenant souvent quelques boissons ou se restaurant dans les établissements adéquats qui très souvent sont dans leur jus. Mais à force d’être dans leur jus, une expression qui revient au moins six à sept fois, ce jus finit par être délayé et éventé.

Ensuite les digressions sur l’actualité et la vie quotidienne en général. Et dans ces cas précis, Cicéron Angledroit se mue un peu en éditorialiste, égrenant certes des vérités qui pourraient se résumer à des lieux communs, mais qui ne sont pas toujours assez dénoncés. Ainsi, à propos de la télévision :

Je suis installé devant une connerie où des boulangers font de la boulangerie. Et c’est sensé passionner les masses populaires qui rentrent du taf après une journée à faire ce qu’elles ont à faire. A quand le concept du « Meilleur Mécano » avec concours de changement de joints de culasse et spécialité des deux concurrents : la surfacturation pour le candidat A et le remplacement de pièces inutiles pour le candidat B ? La télé n’est plus ce qu’elle était. Au moins, avec Bonne nuit les petits, on savait qu’il était l’heure d’aller se coucher. Maintenant on vous endort le cerveau sans prévenir.

 

Cicéron nous narre sa vie privée, avec Vanessa et les deux copines, mère de son fils le petit Enzo. Mais comme il s’agit de sa vie privée, je ne m’étendrai pas dessus, toutefois vous pouvez en prendre connaissance, par le truchement du roman.

Dernier petit conseil (tiens, j’en avais déjà donné un ?), méfiez-vous des systèmes de ventilation.

Cicéron ANGLEDROIT : Descente à Ménilmontant. Série Cicé, Momo et René. N°12. Editions du Palémon. Parution le 14 février 2020. 256 pages.

ISBN : 978-2372605786

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8 mars 2020 7 08 /03 /mars /2020 07:12

Au nom de la mère, de la fille et de la belle-fille…

Léo GESTELYS : La maison des trois veuves

La guerre terminée, il faut reconstruire ce qui a été détruit. Et Roland Sevrolles, ingénieur sorti de Centrale à la veille de l’Occupation, après des années passées en Algérie puis en Angleterre, a repris sa carrière.

Il vient d’être nommé dans une petite ville du Sud-ouest, désigné pour la réfection d’un pont de chemin de fer. Seulement, pour se loger, il est obligé d’aller de trouver une chambre chez l’habitant, toutes les chambres des quelques hôtels de la cité ayant été prises d’assaut par les ouvriers.

A l’auberge où il promet de prendre ses repas, la serveuse et la jeune patronne lui conseillent de se présenter à la Maison des trois veuves, quoique les trois femmes qui résident dans cette demeure sont réputées pour être casanières et peu avenantes. Toutefois il peut toujours essayer car Roland possède un passé de Résistant, ayant procédé à des parachutages dans la région durant la guerre.

Les trois veuves vivent seules avec une vieille servante, et ne reçoivent personne, à priori. Roland écrit une lettre dans laquelle il décrit dans quelles circonstances il a participé à la Résistance et pourquoi il se trouve dans la région. Puis il porte lui-même la missive. Les arguments semblent influer favorablement sur l’humeur de la propriétaire qui l’invite à entrer et à exposer sa revendication.

Roland est mis en présence d’une vieille dame, madame Deroncin, dont le mari a été abattu par les Allemands, à la mitraillette. Un épisode auquel elle a assisté de sa fenêtre. Dolorès, la belle-fille d’origine espagnole, pauvre et orpheline, a perdu son mari, Jacques Deroncin, qui avait été déporté en Allemagne et est décédé de maladie et de mauvais traitements au bout de deux ans de captivité. Quant à la troisième femme, elle n’est pas vraiment veuve puisqu’elle n’a jamais été mariée. Odette est la fille de madame Deroncin et elle était promise à un lointain cousin qui s’était engagé lui aussi dans la Résistance et a été tué en Normandie au cours du Débarquement.

Roland Sevrolles, après délibération entre les trois femmes, est accepté, mais il devra ne communiquer avec personne, sauf cas exceptionnel. Madame Deroncin ne veut pas déroger à la règle qu’elle s’est imposée, et imposée à fille et belle-fille, alors chacun chez soi et tout ira bien.

C’est ainsi que Roland s’installe dans une chambre spécialement aménagée à son intention. Seulement, il faut toujours compter sur les imprévus. Celui, par exemple, qui se précise une nuit lorsque Dolorès vient le rejoindre en catimini dans son lit. Tandis qu’une histoire d’amour se trame entre lui et Odette, en tout bien tout honneur.

 

Une histoire banale d’amour pourrait-on penser, sauf que les circonstances elles ne le sont pas, banales. Et j’irai même plus, j’avais imaginé un épilogue un peu plus pervers que celui que Léo Gestelys propose. Mais n’a-t-il pas voulu fournir une fin misérabiliste ou rester dans un domaine plus consensuel. Qui sait ?

Mais je me suis également posé une question plus terre-à-terre. Léo Gestelys possédait-il une telle aura pour que son manuscrit ne soit pas examiné à une relecture attentive, ou n’y avait-il pas assez de lecteurs et relecteurs chez Ferenczi, vu l’abondance de publications, pour que certaines bourdes subsistent.

Ainsi à certain moment Dolorès devient Carmen, et Odette est affublée du prénom de Mathilde, celui de la charmante aubergiste. Ce n’est pas grave me direz-vous, d’accord, mais cela fait quand même désordre.

 

Léo GESTELYS : La maison des trois veuves. Collection Mon roman d’amour N°116. Editions Ferenczi et fils. Parution 4e trimestre 1949. 32 pages.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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