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14 avril 2020 2 14 /04 /avril /2020 04:20

Duperies, mensonges et conspirations en tout genre à la Cour de France.

Alexandre DUMAS : La Reine Margot.

Le dix-huit août 1572 aurait pu être une date marquante de l’histoire de France si elle n’eut été éclipsée par une autre beaucoup plus tragique. En effet le Louvre en effervescence célébrait le mariage entre Marguerite de Valois, fille de Catherine de Médicis, et d’Henri de Bourbon, roi de Navarre, fils de Jeanne d’Albret. Cette union devait sceller celle des Catholiques et des Huguenots.

La nuit de noce, au lieu d’honorer sa jeune épouse, Henri de Navarre va rejoindre sa maîtresse, Charlotte de Sauve, femme d’atours de la reine mère, Catherine de Médicis. Quant à Marguerite, dite Margot, elle reçoit dans sa chambre le Duc de Guise, son amant auquel elle a sauvé la vie et qui lui rend quelques lettres et lui signifie leur rupture.

Entre Marguerite nouvellement reine de Navarre et Henri son époux, s’il n’y a pas eu consommation du mariage, il existe toutefois un respect réciproque qui ne tardera pas à se muer en complicité sous les assauts venimeux de la reine mère et des trois frères de Margot. Principalement Charles IX, le duc d’Anjou futur Henri III et le jeune duc d’Alençon.

 

Charles IX est un jeune roi violent, emporté, difficilement canalisable, et subordonné à sa mère qui œuvre en coulisse. Hypocrite, il affirme que l’amiral de Coligny est son père, spirituel évidemment, mais dans le même temps il agit pour le désigner comme cible à quelques sbires chargés de l’abattre dans une rue à l’aide d’arbalètes. C’est le 24 août 1572, de sinistre mémoire. Le début de la Saint-Barthélemy au cours de laquelle les Catholiques, des Chrétiens parait-il, se chargent de passer de vie à trépas les Huguenots qui résident dans la capitale. Un véritable carnage qui amène Henri de Navarre à abjurer sa religion. Au grand dam de bon nombre de ses fidèles. Mais il faut se montrer diplomate.

 

Pendant ce temps, deux hommes entrent dans Paris, chargés d’une mission. L’un, le comte Joseph Hyacinthe Lerac de la Mole, un Provençal, est chargé de remettre une missive à Henri de Navarre, tandis que l’autre le comte Annibal de Coconnas dit le Piémontais, est porteur d’un message pour le duc de Guise. Ils arrivent ensemble rue de l’Arbre-sec, non loin du Louvre, et repèrent une auberge qui leur semble fort accueillante, A la Belle-Etoile. Ils sympathisent, remplissent leur mission et s’installent malgré leur manque de laquais, ce qui déplait à La Hurière, l’hôtelier.

Seulement Coconnas est catholique et La Mole huguenot et lors des événements du 24 août 1572, ils se regardent en chien de faïence, en venant aux armes. Blessés tous deux ils seront pris en charge par un personnage qu’il n’est pas de bon ton de fréquenter. Nonobstant, ayant appris la profession mortifère de cet inconnu, qui ne le restera pas longtemps, Coconnas lui serre la main. Geste dont l’homme, touché et ému, se souviendra plus tard.

Duels, guet-apens, empoignades, méfiance, empoisonnements, duperies, mensonges, duplicité, hypocrisie, complots, retournements de situation, autant de faits d’arme et d’épisodes sanglants qui imprègnent ce roman, sans oublier intrigues politiques, familiales et amoureuses. Catherine de Médicis œuvre pour que le roi de Navarre soit éliminé de la course du trône, au cas où il serait amené à régner. Car Henri, duc d’Anjou est officiellement roi de Pologne et se doit donc à son nouveau royaume. Et la santé de Charles IX laisse à désirer. Et mentalement, il n’est guère fiable. Alors elle a recours aux bons services de Rémi Florentin, parfumeur, alchimiste et occasionnellement fabricant de poisons en tous genres mais mortels.

Complots, alliances et mésalliances, se tissent comme des toiles d’araignées dans les cabinets secrets et les couloirs labyrinthiques du Louvre. Des passages secrets qui favorisent les amours adultérines entre la reine Margot et La Mole, ou Henriette de Nevers, l’amie de Margot et Coconnas.

 

Ce roman est le premier d’une trilogie, les deux autres étant La dame de Monsoreau et Les Quarante-cinq, romans qui se lisent indépendamment les uns des autres. Certains personnages disparaissent, d’autres continueront leur chemin et leurs méfaits.

Alexandre Dumas, et son complice non crédité Auguste Maquet, nous offrent leur vision de la France lors des guerres de religion et plus particulièrement du massacre de la Saint-Barthélemy. Et apportent un éclairage saisissant sur la mort de Charles IX, officiellement décédé d’une pleurésie, constat effectué par Ambroise Paré.

Au milieu des épisodes sanglants d’égorgements, d’étrippements, de massacres, surnagent des scènes d’amitiés et d’amour. En effet entre La Mole et Coconnas s’établit une amitié plus forte qu’une fraternité, parfois au détriment de leurs amours avec la reine Margot et Henriette de Nevers. des amours contrariées par les manigances royales, plus particulièrement de la part de Catherine de Médicis, tandis que le futur Henri IV entretient avec sa femme une complicité qui n’est pas amoureuse mais sincère.

Un livre qui se lit avec plaisir et malgré le nombre de pages, à la police de caractère réduite, on ne voit pas le temps passer.

Roman d’action et d’amour, ce roman a été adapté en film par Patrice Chéreau en 1994 avec Isabelle Adjani.

Alexandre DUMAS : La Reine Margot. Bibliothèque Marabout Géant N°138. Editions Gérard. Parution 1962. 504 pages.

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13 avril 2020 1 13 /04 /avril /2020 03:20

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…

Dominique ROCHER : Sixties Blues.

Rédacteur en chef d’un journal, La Torche, dont la direction siège à Paris, Alexandre Godet est toujours à l’affût du moindre reportage, de la moindre information dont ne disposerait pas son concurrent Le Réveille-Matin.

Alors quand son photographe David lui suggère de venir avec lui en pleine campagne, et d’écrire un papier sur un cadavre couché dans un champ de betteraves, il est tout content de griller la politesse à son adversaire. Ils préviennent la maréchaussée qui ne trouve qu’un emplacement vide.

Ce loupé dans la carrière d’Alexandre le taraude, et il va même s’imaginer être le meurtrier, mais où est le cadavre ? Isabelle, sa femme, est plutôt casanière, et passe son temps à écrire un roman policier, dont elle espère bien qu’il sera un best-seller, alors que l’ouvrage n’est pas encore terminé et qu’aucun éditeur ne se profile à l’horizon.

Quant à ses deux enfants, Patrick, déjà très déluré pour son âge, et Caroline, la nouvelle venue dans le foyer familial, ils symbolisent le bonheur d’un couple moyen.

 

L’intrigue policière n’est qu’un mince fil conducteur, le propos affiché étant de décrire, avec un humour parfois caustique, la France du début des années 1960. Tout au moins une petite partie de la France, la focalisation d’un monde encore plongé dans la ruralité mais qui voudrait bien s’urbaniser.

Les débuts de la mise en place de l’accouchement psychoprophylactique, c’est-à-dire en langage clair l’accouchement sans douleur, la remise de décoration par les autorités compétentes à un récipiendaire qui ne tient pas plus que ça à être honoré, les employés de maison qui ne connaissent pas les affres du chômage et prétendent claquer la porte à tout moment et pour n’importe quelle peccadille, sont représentatifs d’une époque que l’on pourrait juger, avec le recul, tranquille et sereine. Et que l’on aimerait bien retrouver.

Un petit roman rétro, dans lequel existent encore les anciens francs, toute une époque, qu’on lit d’un œil attendri, et peut-être une once de nostalgie.

Dominique ROCHER : Sixties Blues. Editions de l’Orchidée Noire. Lulu.com. Parution 2009. 134 pages.

ISBN : 97829508366

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12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 03:49

Le printemps est arrivé, sors de ta maison…

Michel Fugain

Pierre PELOT : Une autre saison comme le printemps.

Invité d'honneur du festival du cinéma et du roman noir de Metz, Dorall Keepsake se trouve à son corps défendant plongé dans une aventure qu'il aurait pu imaginer à son héros.

Français, Keepsake, de son vrai nom François Doralli, tout comme son héros, est installé depuis des années aux Etats-Unis, où il est reconnu comme auteur à succès et comme scénariste. Cette incursion sur le sol qui l'a vu naître, et précisément vers le 17 novembre, une date fatidique dans son existence, Keepsake la ressent comme un pied de nez au sort, un défi.

Un soir, alors qu'il ingurgite consciencieusement des gin-tonic, il est quasiment enlevé par un inconnu lequel pense que Keepsake, considéré comme le spécialiste littéraire des disparitions, est seul capable de pouvoir mener à bien une enquête. Malgré ses dénégations, Keepsake est mis en présence d'Elisa, une jeune femme qu'il a connu dans sa jeunesse.

Nathaniel, l'enfant de celle-ci, a disparu. Malgré le mot que l'enfant a posté d'un petit village du Jura, et dans lequel il promet de revenir, tout laisse supposer qu'il s'agit d'un kidnapping. Elisa ne peut recourir à la police et Keepsake, contraint et forcé, se lance sur les traces du gamin. Ce qu'il découvre l'encourage à persévérer : Nathaniel fait du stop en compagnie d'un homme qu'il appelle papa...

 

Dés le premier chapitre le lecteur sent où veut l'entraîner Pierre Pelot, une scène confortée par d'autres éléments disséminés au cours de l'histoire.

Cependant Pierre Pelot ne raconte pas une banale histoire de revenants, il tisse autour de ses personnages une intrigue plus complexe et Keepsake lui-même se retrouve plongé dans un double cauchemar.

A son habitude Pierre Pelot préfère aux grondements de la ville, le charme tranquille et vénéneux de la campagne. Il nous donne le ton dès la première ligne:

Avant, les prés descendaient en pente douce jusqu'à la rivière, en dessous de la maison.

Un roman sobre, sans effets grandiloquents, dont la force tranquille et inquiétante se nourrit de l'atmosphère et prend pour postulat : que peut faire l'amour en face de la mort ?

 

Pierre PELOT : Une autre saison comme le printemps. Collection Présences. Editions Denoël. Parution janvier 1995. 250 pages

ISBN : 9782207243299

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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 04:28

Une information chasse l’autre, et le voile de l’oubli tombe dessus inexorablement.

Gérard STREIFF : September. Crime d’états.

Qui se souvient de l’assassinat de Dulcie September le 29 mars 1988 ? Qui se souvient d’ailleurs de Dulcie September, hormis quelques communes qui ont donné son nom à des places, des rues, des établissements publics ?

Chloé Bourgeade s’est reconvertie comme détective privée pour l’agence le Sémaphore, dirigée de main de maître par Marike Créa’h. Deux autres détectives, masculins, complètent l’effectif de l’agence. Des missions lui sont confiées et elle s’en sort toujours à son avantage, ce qui n’est pas étonnant car elle est opiniâtre, réfléchie, rapide et servie par une intelligence qui a déjà fait ses preuves lorsqu’elle était pigiste pour Bergeron et sa revue Les Papiers Nickelés. Plus quelques autres qualités qu’il serait trop long à énumérer ici.

Elle vit toujours dans la péniche l’Andante, mais elle n’est plus seule. Son ami Racine, ex-libraire reconverti comme historien auprès de la capitainerie du port de l’Arsenal, non loin de la Bastille et du canal Saint-Martin, s’y est installé. Mais s’ils se retrouvent de temps à autre dans le même lit, ils possèdent chacun leur chambre, leur cabine plutôt. Ils préservent leur liberté et leur tranquillité.

Racine ne prend pas racine sur la péniche. Il bouge beaucoup, entretient de nouvelles relations avec les autres mariniers, dont un certain Joseph W., un septuagénaire qui pourrait être Hollandais. C’est un peu court comme nom, mais c’est ce qu’il a fourni à la capitainerie, et il aurait bossé à la Scorarm. Chloé éclaire sa lanterne, car la Scorarm est une entreprise basée sur tout un étage de l’Ambassade de l’Afrique du Sud, et donc il se pourrait que ce monsieur W. soit un commercial spécialisé dans la vente d’armes.

Racine remarque un attroupement auprès de l’Uranus, le magnifique yacht de monsieur W. Le commissaire du quartier est là et il apprend à Racine que le navigateur en eaux troubles vient de se faire abattre de cinq balles dans la tête. Un peu plus tard, l’ancien libraire se prend de bec avec un individu qui désire parler à ce mystérieux monsieur W. Alors il enquête en compagnie du commissaire, lequel ne lui cache pas qu’il le soupçonne, on ne sait jamais, et s’incruste sur l’Andante, subjugué par Chloé. Au grand dam de Racine qui sent une pointe de jalousie lui perforer le cœur.

Chloé aussi se met de la partie, en dilettante ou presque, malgré les nombreuses enquêtes dont elle est chargée par sa patronne. Et comme enfin l’identité de Monsieur W. est découverte et que d’autres événements dramatiques se profilent à l’horizon, le mystère s’épaissit, gagnant en intensité.

 

Ce nouvel opus des enquêtes de Chloé Bourgeade, met en relief l’assassinat de Dulcie September, apportant des éléments de réponse à une enquête qui fut rapidement mise sous le boisseau de la part des politiques de l’époque. Mitterrand avait plus à faire avec les élections présidentielles proches et une réélection à la clé.

Cette histoire est émaillée de nombreuses anecdotes qui tournent autour de diverses affaires, des pans de l’histoire de Paris et du port de l’Arsenal, des épisodes non dénuées d’intérêt même si l’on a l’impression que l’auteur joue sur les digressions.

Mais Gérard Streiff n’oublie pas non plus de prendre pour patronyme de ses personnages, celui de personnes existantes ou ayant existé, et certains se reconnaitront, dont un copain qui se prénomme Jean-Noël, et qui est journaliste à Ouest-France. Seul le lieu où il est affecté diffère de la réalité. Et Gérard Streiff n’oublie pas d’entourer son intrigue de notes d’humour, ce qui n’enlève en rien la gravité de l’enquête d’un épisode du passé, passé sous silence.

Les échanges entre Racine et le commissaire Dargenta ne manquent pas de sel comme en témoigne la citation suivante :

 

Le polar ? Bof. Je suis du métier, pourtant, mais c’est bien simple, je n’en lis jamais. Vous savez d’ailleurs ce qu’en disait Paul Claudel : Le roman policier s’adresse aux couches les plus basses de la société. Je suis assez d’accord.

Pauvre Claudel. Remarquez, il en connait un brin en polar avec ce qu’il a fait subir à sa pauvre sœur Camille. Mais passons. Citation pour citation, je préfère celle de Cavanna : J’aime le polar parce que j’aime le roman et que le vrai roman ne se trouve plus guère que dans le polar.

 

Certains hommes politiques, même ceux hauts placés, devraient réfléchir à cette répartie signée Cavanna.

 

Pour en savoir plus sur Dulcie September, cliquez sur le lien ci-dessous :

Retrouvez Chloé dans la chronique ci-dessous :

Gérard STREIFF : September. Crime d’états. Editions La Déviation. Parution le 13 mars 2020. 128 pages. 12,00€.

ISBN : 979-1096373307

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10 avril 2020 5 10 /04 /avril /2020 08:52

En raison d’un confinement imposé par Facebook durant quelques semaines, la première version de cet article (et d’autres) ne peut être partagée.

Aussi, je me permets de la remettre en ligne et de vous présenter toutes mes excuses pour un éventuel doublon.

Collectif : Dimension New-York 3. Technopolis.

J'ai rêvé New York, New York City sur Hudson...

New-York, ville fantasme pour beaucoup d’entre nous qui ne pourrons jamais nous y rendre sauf en imagination.

Alors, fermons les yeux et laissons-nous porter par les images. La statue de la Liberté en premier, le symbole pas toujours respecté, puis au cours de nos déambulations divagantes, les gratte-ciels, érigés ou tombés sous l’impact d’objets volants bien identifiés, Central Park, havre de calme et sanctuaire des oiseaux migrateurs ou des noctambules, Greenwich Village, Manhattan, le Bronx, Harlem, Brooklyn, Staten-Island, un brassage racial et culturel, tout un imaginaire forgé par nos lectures ou cinématographiques. Rappelez-vous West Side Story et combien d’autres.

Mais les auteurs des nouvelles proposées dans cette anthologie n’empruntent pas toujours les sentiers battus, et nous entraînent dans leurs délires souvent anticipatifs, à moins qu’ils reviennent sur des épisodes plus ou moins marquants du passé.

 

Extrayons quelques aspects de l’univers décrit par ces nouvellistes.

Lou Jan nous permet de visiter New-York à l’envers. Les gratte-ciels sont devenus des grottes-ciels, la population vivant sous terre, dans des immeubles qui reproduisent ou presque à l’identique à ce qu’il y avait avant. Une vieille Chinoise s’est attelée à une tâche rémunératrice dans un but bien précis. Et lorsqu’elle remonte à la surface, près de deux cents marches à grimper, elle doit se munir d’un masque. Mais la nature n’est pas une entité facile à domestiquer.

Nicolas Pagès, avec Sinatra's nightmare s’empare d’un mythe dont Lovecraft conta les exploits maléfiques : Nyarlathothep, le mythe au logis du reclus de Providence. Une déambulation urbaine et nuisible. Il est à la recherche d’un gros poisson susceptible de pouvoir lui permettre de réaliser un projet maléfique et il le trouve en la personne d’un opérateur de marchés boursiers. Celui que l’on appelait dans le temps un courtier et qui par snobisme est devenu un trader.

 

Jean-Hugues Villacampa avec Phenomenae NY nous propose de nous emmener aux Etats-Unis, en compagnie de Randolph Derleth, professeur d’occultisme, qui assiste en compagnie d’une jeune dame, Carmélia, à des événements étranges dans Central Park. Et de fil en aiguille, il va faire connaissance d’autres protagonistes dont le mari de Carmélia, John-Hugues, bouquiniste. Un clin d’œil, pour qui reconnait en ce personnage la figure même de l’auteur, et qui va en amener d’autres. Le thème central est l’annonce de la conjonction de cinq planètes, phénomène rare, en ce mois de juillet 2016, et dont la statue de la Liberté va se trouver comme le clou de cette histoire piquante. Jean-Hugues Villacampa se laisse aller dans un imaginaire débridé et réjouissant.

Pour la forêt de Birnham, allez au 530 W2e rue conseille François Rahier. Le narrateur doit rencontrer le traducteur d’un roman inédit de James Blish, un certain Pierre Normant qu’il connait bien sans jamais l’avoir rencontré. C’est à New-York qu’ils vont pouvoir enfin se rencontrer pour la première fois, mais chaque rendez-vous programmé se solde par une échappatoire rapide de Normant qui pense être suivi par deux individus, à moins qu’il prétexte un entretien ne demandant aucun délai. C’est l’occasion pour le lecteur de se rendre en plusieurs endroits dont Flat Iron ou l’Intrepid Sea-Air-Space Museum où est exposé par la NASA la navette spatiale Entreprise. Star Trek fera toujours rêver.

 

Alain Blondelon nous emmène dans un endroit calme, prisé des amoureux, Westchester Creek. Sabine, qui est une Réceptrice, a rendez-vous avec Joshua, un policier du FBI, et Peter, journaliste et amant de la jeune femme. Ils ont été convoqués pour comprendre ce qui a pu amener un homme à tuer sa femme dans un hôtel. Pourtant il l’aimait. Il semblerait que des êtres maléfiques se cachent dans les eaux de l’East River. Eaux troubles sur Westchester Creek.

En l’an 2066, la Terre est sous une chape de glace, conséquence d’une éruption cataclysmique du supervolcan du lac Toba au centre de l’île de Sumatra, et qui avait suivi celle du supervolcan de Yellowstone, quelques décennies auparavant. L’humanité a presque disparu de la surface du globe. Pourtant dans Central Park, un homme survit en compagnie de son fils. Sa femme vient de décéder. Il creuse la glace à l’aide d’un piolet afin de récupérer des racines qu’il mange crues. Quand à la boisson, il n’en manque pas, se servant dans les caves du Plazza, l’hôtel où il s’est réfugié en compagnie de son gamin. Le réchauffement climatique n’est plus à l’ordre du jour et Oksana et Gil Prou nous délivrent leur vision apocalyptique d’un futur proche dans L'écrin de glace.

 

Je pourrais continuer ainsi en vous présentant d’autres textes issus de cette anthologie, qui telle la palette d’un peintre pessimiste, visionnaire, morbide, dessine un avenir dont le thème central est la Grosse Pomme rongée par les vers. Toutefois au milieu de cette sombre description quelques détails montrent de fragiles lueurs d’espoir.

Mais je vous sens impatient de commander cet ouvrage afin de pouvoir le lire et vous forger votre propre opinion. Ce qui est louable et je vous y encourage fortement.

Philippe Ward a composé subtilement cette anthologie en offrant leur chance à quelques jeunes ou nouveaux auteurs encadrés par des romanciers qui ont déjà fait leurs preuves, aussi bien chez Rivière Blanche que chez d’autres éditeurs.

 

Sommaire :

JAN Lou : Une vieille Chinoise

MAUGENDRE Paul : Agir

LEVEQUE Samuel : Ajaw

GADPY Jean-Christophe : Hypothèse New-York

PAGES Nicolas : Sinatra's nightmare

VILLACAMPA Jean-Hugues : Phenomenae New York

GARCIA Ricardo L. : Le Phénix revient toujours

RAHIER François : Pour la forêt de Birnham, allez au 530 W2e rue

BLONDELON Alain : Eaux troubles sur Westchester Creek

PROU Oksana & Gil : L'écrin de glace

MARGAUX Dando Reyreau : Irish punt

GALLERNE Gilbert : Treizième étage

DURAND Frédérick : Les ombres délivrées

ROSSELET Dola : Devenir gris

UNBEKANNT Artikel : Aux morts

LATOUR Marie : Harlem Ghetto

ZAROFF : Jugement fatal

LAMUR Sylvain : Première classe, tarif éco

HALL Ellen Turner : Les mêmes mains

 

Collectif : Dimension New-York 3. Technopolis. Présentation de Philippe Ward. Préface de Jean-Christophe Gapdy. Collection Fusée N°88. Editions Rivière Blanche. Parution le 1er février 2020. 360 pages. 26,00 €.

ISBN : 978-1612279527

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10 avril 2020 5 10 /04 /avril /2020 04:27

Frappez avant d’entrer !

Maurice LEVEL : Les portes de l’Enfer. Nouvelles.

Les Français n’aiment pas la nouvelle comme genre littéraire, paraît-il. Maurice Level est l’exemple frappant du nouvelliste dédaigné, plongé dans les oubliettes des bibliothèques, alors qu’à l’étranger, il a été, et l’est toujours, traduit aussi bien en Espagne, en Italie, en Turquie ou encore au Japon.

Des tentatives de reconnaissance sont tentées, notamment par Jean-Luc Buard qui réédite confidentiellement une partie de son œuvre et a dirigé le Dossier Maurice Level pour le numéro 81 de la Revue Rocambole.

Dans l’éditorial de cette revue, on peut lire :

Le fait est là : Level est au cimetière des lettres, sa tombe n’est pas entretenue et les inscriptions en sont effacées, illisibles. C’est un écrivain en déshérence. C’est un échappé par la trappe de l’histoire littéraire. Il a eu un grand tort, celui d’écrire pour les journaux et les magazines ; non seulement ces supports sont dévalués dans la hiérarchie éditoriale, mais ils disparaissent des bibliothèques de conservation.

Il est vrai que les journaux et les magazines ne sont guère collectionnés, et lorsque leurs propriétaires décèdent, la plupart du temps ces vieux papiers finissent dans des déchetteries ou au feu.

Heureusement il existe quelques passionnés qui proposent via des sites de mises en ligne d’ouvrages numériques dont Ebooks Libres et Gratuits, que je ne saurais trop vous conseiller de visiter.

 

Les vingt-six nouvelles qui sont présentes dans Les portes de l’Enfer, reflètent bien cet imaginaire souvent intimiste, dans une plongée sous apnée de l’angoisse, la peur, l’effroi, la frayeur, le frisson, la terreur avec parfois un soupçon de fantastique.

Les personnages sont quasiment tous issus du prolétariat, des ouvriers, des pauvres, des chemineaux, des paysans, des prisonniers ou délinquants, des cabossés et déshérités de la vie. Ils peuvent être jeunes toubibs, comme dans Le droit au couteau, mais ils tirent le diable par la queue et sont inexpérimentés.

Des thèmes reviennent souvent, comme la jalousie, souvent justifiée, la cécité, les drames de la misère, et l’épilogue ne peut qu’être douloureux, même si cela confine à l’humour noir comme dans Mes Yeux, surnom donné à une jeune fille qui veut se rendre sur la tombe de son ami, exécuté car assassin. Et elle vend son corps afin de pouvoir disposer quelques fleurs sur l’emplacement où est enterré son ami, dans le carré des indigents. La dernière phrase que je me garderai bien de dévoiler est assez féroce.

Ce sont les plus pauvres qui sont les plus généreux. Cette assertion trouve son sens profond dans Illusion, alors qu’un mendiant, qui vient de recueillir quelques piécettes, donne un peu d’argent à un autre mendiant qui possède un chien et surtout qui est aveugle. Il va même jusqu’à lui offrir un repas, mais ne mange rien lui-même car il vient de dépenser son dernier sou.

Level est moins connu que Maupassant, et pourtant il a écrit de très belles pages, ne négligeant ni l’humanisme ni l’aspect sociologique. Des nouvelles noires, percutantes car courtes, et qui trottinent dans la tête longtemps après leur lecture.

 

Sommaire :

Sous la lumière rouge

Soleil

Le droit au couteau

Le coq chanta

L'horloge

Le mauvais guide

Fascination

Circonstances atténuantes

Le puits

Le miracle

Le disparu

Le baiser

Le rapide de 10H50

Illusion...

Un savant

Mes yeux

L'encaisseur

Les corbeaux

Un piquet ?

Sur la route

Le coupable

Le mendiant

Confrontation

La maison vide

Un maniaque

Le père

 

Outre le numéro de la Revue Rocambole qui est consacré à Maurice Level, vous pouvez découvrir cet auteur avec le recueil : La Peur et autres contes cruels, fantastiques et terrifiants édité par la clef d’argent.

Maurice LEVEL : Les portes de l’Enfer. Nouvelles. Ebooks Libres et Gratuits. Version numérique gratuite.

Première édition : Edition du Monde Illustré. 1910.

Réédition récente : Collection L’Aube poche. Editions de l’Aube. Parution 15 juin 2006. 218 pages.

ISBN : 978-2752602619

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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 04:14

Un romancier qui pétille ?

Maurice CHAMPAGNE : Le refuge mystérieux.

Dans la nuit du 17 au 18 juin 1929, La France, un paquebot parti trois jours auparavant du Havre, qui vogue par mer d’huile, se dirige vers New-York.

Le 18, dans la matinée, un garçon chargé du service alerte le commandant de bord. L’un des passagers, l’ingénieur Gérard Aubierne, a disparu. Il a été vu pour la dernière fois vers 22 heures, et dans sa cabine, son lit n’est pas défait. Les recherches entreprises immédiatement restent vaines. Et il est, selon les autres passagers, impossible de songer à un acte suicidaire. Un autre passager manque lui aussi à l’appel, le docteur Soudraka, un Hindou de Calcutta. Deux disparitions simultanées incompréhensibles.

La relation de cet événement est relatée par Gérard Aubierne lui-même.

Débute alors la narration de cette mystérieuse aventure par le héros lui-même.

Désemparé par un chagrin d’amour, Gérard Aubierne, alors qu’il rentre un soir chez lui, est abordé par un Hindou qui prétend se nommer Soudraka. Et dans le discours qu’il lui tient, Aubierne retient cette phrase : Il vous importe peu de vous tuer à telle heure plutôt qu’à telle autre.

Puis l’homme l’emmène chez lui et la conversation qui s’ensuit est assez édifiante. Soudraka connait un certain nombre de choses sur l’ingénieur, dont sa peine de cœur. Et c’est ainsi que quelques jours plus tard, Aubierne, entraîné par Soudraka, quitte le paquebot à bord duquel ils voyagent, accrochés l’un à l’autre par un filin. Ils plongent dans l’océan et sont récupérés par un hydravion. Aubierne est invité à boire une boisson relaxante, et lorsqu’il se réveille, il se trouve dans un appartement luxueux. Des toiles de maîtres sont accrochées et un portrait, celui de sa bienaimée qui l’a quitté, est déposé sur un meuble.

Bientôt il fait la connaissance dans la salle à manger des autres résidents, sept étrangers de nationalités différentes. Deux Russes, dont une jeune femme, un Argentin, un Américain, un Hollandais, un Japonais et un Espagnol. Tous ces personnages se côtoient sans véritablement entretenir de relations amicales. Il règne même une certaine froideur. Un serviteur Hindou pique une fiche sur un panneau. Un nom et une date sont inscrits sur cette fiche. Le Japonais laisse tomber ces quelques mots : Mort cette nuit.

Aubierne découvre qu’il voyage à bord d’une île flottante, ne comportant ni faune ni flore. L’île des Désespérés. Une plaque métallique comme celle du pont d’un porte-avion, et posé dessus un hangar contenant l’hydravion. Tout autour de cette île, la mer, l’océan Pacifique, immense vivier à requins. Soudraka lui apprend que cette île se déplace à l’aide d’un moteur à radium, une invention de l’un des ses frères. Et l’un des Russes les quitte, appelé à subir une expérience.

Des liens se tissent, qui ne sont pas encore d’amitié, entre Aubière et le Japonais, ou avec Nadia, la frêle jeune femme russe. Mais Aubierne est impressionné, lorsque déjeunant en compagnie du Japonais et de Soudraka, un panneau glisse dévoilant un immense aquarium. Un aquarium qui entoure l’île plongée dans les profondeurs sous-marines. La salle est plongée dans le noir, et le confinement ne semble pas encourager les relations entre certains des convives. Un cri, Nadia dressée avec à la main un couteau à dessert, et à quelques pas l’Argentin un filet de sang sur la joue.

 

Ce roman n’est pas sans rappeler deux ouvrages de Jules Vernes, 20 000 lieux sous les mers et L’île à hélice, mais traité différemment, comportant une intrigue qui n’a rien à voir avec ces deux ouvrages. Juste une analogie avec le décor et cet engin qui ressemble à un immense sous-marin. Et le confinement forcé de quelques personnages. Mais le contexte est différent, et la pagination ne permet pas un développement à la façon de Jules Verne.

Aussi, les motifs qui animent le docteur Soudraka et ses frères est-il passé sous silence. L’on sait juste qu’ils s’adonnent à des recherches scientifiques médicales, et qu’ils pratiqueraient à des vivisections, selon l’un des confinés.

Mais ce qui importe, ce sont les relations qui s’établissent entre ces candidats potentiels à la mort, ayant eu à subir des épisodes douloureux, affectifs ou financiers, précédemment. Chacun réagit selon sa sensibilité, ou son manque de sensibilité, son courage devant l’adversité et le fait accompli.

Et la jalousie guide certains des personnages, alors qu’entre Nadia et Aubierne le narrateur s’ébauche une histoire d’amour. L’épilogue est un peu tiré par les cheveux mais les actions qui amènent à ce dénouement sont dignes de scènes cinématographiques.

Un bon moment de détente dans ces temps qui conduisent à la morosité.

Maurice CHAMPAGNE : Le refuge mystérieux. Collection Livre d’aventures. N.S. N°35. Editions Tallandier. Parution 1938. 64 pages.

Première édition Collection Voyages lointains et Aventures étranges. N° 25. Parution 1928.

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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 04:53

Les morts revivent… Mais les vivants en meurent

Patrick SVENN : Le fantôme aveugle.

Réfugiée (confinée ?) en Dordogne à cause de la guerre, Sabine de Brignac n’a pas reçu de nouvelles de son mari Jean, resté à Paris, depuis sept mois.

Alors en ce mois d’octobre 1944, elle décide rentrer chez elle à Passy en compagnie de son amie Geneviève. Arrivée devant l’immeuble, un héritage familial de Jean, dont ils jouissent du rez-de-chaussée et du premier étage, un escalier intérieur leur permettant de passer d’un étage à l’autre, Sabine s’enquiert de Jean auprès d’Annonciade, la concierge qui leur sert également de servante.

D’après Annonciade, elle n’aurait pas vu Jean depuis le 21 mars au soir. Elle était dans sa loge de concierge quand un homme est entré dans l’appartement. Elle a entendu du bruit, des cris, et surtout ces mots qui la révulsèrent : Non pas les yeux, pas les yeux !

Paris était sous la domination allemande et elle n’avait pas osé appeler la police. Sabine s’enquiert auprès de Martin Coutureau, un ami commun à elle et à Jean, afin de savoir s’il peut apporter des précisions. Martin, qui fut amoureux de Sabine, laquelle lui avait préféré Jean, affirme avoir accompagné Jean à la gare le 22 mars.

Et le soir, la nuit, elle ressent comme une présence. Des déplacements furtifs qui se produisent dans sa chambre, près d’elle. La lumière s’éteint sans qu’elle ait actionné l’interrupteur, comme s’il y avait des délestages, et surtout elle retrouve sur un guéridon un camée qui était enfermé dans une boîte à bijoux. Elle a beau le replacer dans sa cache, le lendemain matin, il est à nouveau sorti de son coffret. Un camée bague que lui avait offert Jean quelques années auparavant avant la guerre.

Elle établit la liste de tous ceux qu’ils fréquentaient avant qu’elle se réfugie en Dordogne. Après avoir éliminé les membres de la famille, ne restent que trois noms. Trois hommes avec lesquels Jean avait de nombreux contacts mais qui ne se connaissent par forcément. Parmi eux un trafiquant au marché noir. Tous sont dissemblables physiquement et moralement. Et avec Geneviève, elle organise un repas préparé par Annonciade, afin de les réunir. Seul Martin se récuse, arguant son emploi à la Préfecture qui lui prend beaucoup de temps.

Mais cette réunion ne donne rien. Et dans le jardin particulier, elle découvre un endroit caché où fleurissent encore quelques géraniums. Annonciade avoue que sous terre gît le cadavre de Jean.

 

Un roman de pure angoisse, étouffant, à la limite du fantastique, ancré résolument quelques semaines après la période de la Libération de Paris. Les restrictions sont imposées, malgré tout Sabine et Geneviève, qui ne sont pas démunies d’argent, parviennent à organiser des repas. Et l’un des camarades de Jean se charge de leur fournir le cas échéant les vivres nécessaires. Le rôle de Jean n’est pas très bien défini mais il aurait œuvré dans la Résistance, et il n’est pas exclu que la Gestapo se serait amené un soir pour l’arrêter.

Seulement, ce ne peut qu’être un soupçon éphémère, les Nazis ne prenant guère de gants pour s’emparer de ceux qui côtoyaient de près ou de loin les Résistants, et ce n’était pas dans leur habitude de torturer sur place.

Alors les soupçons se portent sur une vengeance. Mais à l’encontre de qui, et pourquoi ?

Le lecteur se doute de l’identité du suspect, voire du coupable, mais ce n’est pas tant ce qui importe. C’est cette atmosphère d’angoisse étouffante, prégnante, ces déplacements d’objets, ces sensations de frôler une personne invisible, comme un fantôme, qui imprègnent de façon insidieuse le récit.

La tension grimpe au fur et à mesure que les jours, et les pages, passent, et le dénouement est à la hauteur du récit.

Patrick Svenn, auteur de trois romans dans cette collection naissante, est considéré par certains comme un pseudonyme de Frédéric Dard. Je n’ai pas retrouvé la patte de celui qui signait en même temps sous l’alias de San-Antonio. Par deux fois, la Savoie est évoquée, mais cela ne suffit pas à faire endosser à Frédéric Dard la paternité de ce roman.

Patrick SVENN : Le fantôme aveugle. Collection Angoisse N°8. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1955. 224 pages.

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7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 04:34

J'étais sur la route
Toute la sainte journée
J'n'ai pas vu le doute en toi s'immiscer…

Pierre PELOT : Observation du virus en temps de paix.

Après cinq ans passés loin de chez elle, Cathy revient enceinte de sept mois et peu de bagages. Elle avait quitté Sainte-Agnès-de-Tambour, un petit village proche de Houma, en Louisiane, pour une raison propre à elle mais elle revient au pays.

Elle pratique le covoiturage avant l’heure, et arrivée sur un parking elle entre délibérément dans la cabine d’un vieux van, un vieil homme au volant. Snoop, ainsi se présente-t-il, accepte Cathy comme passagère, mais peut-il faire autrement vu son état.

Ils devisent sans se confier, sans vraiment étaler leur passé. Surtout Snoop qui en réalité se nomme Burden, un monstre solitaire, et qui surveille dans son rétroviseur s’ils ne sont pas suivis.

Ils n’ont guère de provisions. Snoop se sustentant de bricoles glanées dans les distributeurs, et Cathy possédant un vieil hamburger dont la date limite de péremption est probablement dépassée.

Enfin, ils arrivent à Sainte-Agnès de Tambour, à la maison familiale de Cathy. Rien n’a changé, sauf que son père n’est plus là. La poussière si. Les alligators non, et la cage de congélateur où étaient entreposés les poulets à destination des sauriens est vide. Avant, elle explique à Snoop, ils élevaient des alligators. Mais le père n’est plus là. Elle demande à Nancy Reagan, enfin c’est pas son vrai prénom mais son patronyme si.

Alors départ pour Houma où le père serait hospitalisé.

 

Si le décor de ce roman intimiste n’était la Louisiane, on pourrait penser à un roman vosgien de Pierre Pelot. Il ne se passe rien, ou presque. Tout est axé sur les descriptions de paysages, sur les réflexions intérieures des personnages, sur leurs non-dits, sur de vagues discussions.

Observation du virus en temps de paix repose sur deux personnages, même si d’autres font une rapide apparition surtout vers la fin. Beaucoup de digressions dans ce roman parfois répétitives. Des faits, des pensées, des impressions qui languissent sans que l’intrigue avance. Il faut attendre le troisième tiers du roman pour enfin connaître l’histoire de Burden et savoir comment il est devenu un monstre recherché par bon nombre d’individus, des chasseurs, le FBI et consorts.

Pas besoin de développer le processus qui a déclenché cette fuite, car déjà raconté dans le roman qui clôt la série des ballades ( !) de Burden dans Offensive du virus sous un champ de bataille. Mais c’est véritablement dans le dernier tiers du roman que l’intrigue prend toute son ampleur.

Les cinq romans qui composent cette saga peuvent se lire indépendamment les une des autres, même s’il est préférable de les découvrir dans leur ordre de parution. J’en profite pour remercier Jean-Michel A. qui m’a gentiment transmis cet ouvrage afin que je puisse le lire et en établir une chronique en cette période où le virus est roi. Roi des médias, bien évidemment.

 

Pierre PELOT : Observation du virus en temps de paix. Collection Anticipation N°1495. Editions Fleuve Noir. Parution novembre 1986. 192 pages.

ISBN : 2-265-03419-3

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6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 04:03

Martine broie du noir…

Jeanne DESAUBRY : La viande hurle.

Comme le chantaient les Poppys au début des années 1970, Non, non, rien n’a changé Tout, tout a continué… et que ce soit dans les années 1980 ou de nos jours, les petits chefs se permettent des privautés sur les pauvres femmes dont le quotidien dépend de leur emploi.

Martine est l’une des nombreuses jeunes filles ou femmes travaillant dans une usine textile du Nord. Seulement, le tissage, ça eut payé, mais ça ne paie plus. L’industrie textile connait un véritable marasme, mais pas les actionnaires, qui sont toujours prioritaires lorsque de l’argent est bon à être distribué. Et pour en distribuer plus, on rogne sur le personnel, quitte à délocaliser.

Martine n’est pas gréviste, contrairement à ses collègues, et à son père syndicaliste. Ce n’est pas par manque de solidarité mais parce qu’elle ne peut pas. Elle est enceinte, et ses parents ne le savent pas. Pas encore.

Et celui qui a mis ses pattes sales et le reste sur et dans son corps, c’est le contremaître qui n’est pas contre les maîtres, au contraire. Et à la moindre incartade de sa part, elle est virée, et ses parents seront embarqués dans la même charrette.

 

On pourrait croire à une nouvelle d’actualité, mais comme l’on sait, l’histoire se renouvelle souvent. Alors que ce soit hier, aujourd’hui ou demain, ce sera toujours pareil et ce seront toujours les mêmes qui trinqueront malgré le désir de changement.

Dans un contexte social, sans trop le développer car nous l’avons tout connu, ou entendu parler, Jeanne Desaubry s’attache au parcours de Martine, une jeune fille un peu perdue parmi ses parents, un père rigide, et un contremaître harceleur.

Juste le temps d’une nouvelle, car trop gloser en ferait perdre la force.

 

Jeanne DESAUBRY : La viande hurle. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution le 22 mars 2020. 1,99€.

ISBN : 9791023408041

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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