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21 janvier 2021 4 21 /01 /janvier /2021 05:36

Et ils se sont amusés à les compter ?

Sax ROHMER : La malédiction des mille baisers.

Comme bien des romanciers de cette époque, celle du début du XXe siècle, Sax Rohmer a été vampirisé par son personnage diabolique de Fu-Manchu. Et la plupart de ses contes et nouvelles longtemps sont passés à la trappe, du moins en France.

Pourtant grâce aux chercheurs et amateurs du genre, dont fit partie Francis Lacassin, des textes oubliés, méconnus ou non traduits sortent du rang, et l’on peut se demander pourquoi ils ont fait l’objet d’un tel oubli.

Dans les douze nouvelles qui figurent dans ce recueil et qui sont recensées dans le sommaire ci-dessous, même si Fu-Manchu n’apparaît pas, quelques thèmes chers à Sax Rohmer sont néanmoins présents.

Celui du savant, pas fou mais presque, et surtout l’Asie mystérieuse, dont la Birmanie, et le Moyen-Orient des contes des Mille et une nuits. L’Egypte notamment y est soit évoquée, soit sert de décor à ces nouvelles ou plutôt contes qui se réfèrent à l’Antiquité ou à la période au cours de laquelle ils ont été écrits, toujours avec ce rapport du mystérieux transmis par les Dieux égyptiens. Des objets découverts dans des magasins d’antiquités ou offerts, en héritage ou autre, mais qui se révèlent maléfiques.

Une constante pour des nouvelles publiées entre 1904 et 1950. Mais contrairement à certains textes de cette époque, ces nouvelles n’ont pas subi l’outrage du temps. Elles ne sont pas surannées, désuètes, et l’on pourrait presque croire qu’elles datent de nos jours, par un auteur qui ne se vautre pas dans la violence ou le sexe, mais les englobe dans une aura de mystère qui se prolonge jusque dans les conclusions.

En effet tout n’est pas toujours expliqué et laisse au lecteur le plaisir de se forger une fin qui lui convient.

 

Sommaire :

Tchériapine (Tcheriapin – 1922)

Maison de cauchemar (Nightmare House – 1932)

La lumière de l'Atlantide (The Light of Atlantis – 1932)

La vallée du Juste (Valley of the Just – 1914)

Le maître de Hollow Grange (The Master of Hollow Grange – 1918)

La lame brisée (A Broken Blade – 1950)

L'araignée verte (The Green Spider – 1904)

La maison possédée (A house Possesed – 1912)

Le chat (The Cat – 1914)

Le lit-léopard (The Leopard-couch – 1904)

La marque de Maat (The Mark of Maat – 1944)

La malédiction des mille baisers (Curse of a Thousand Kisses – 1918)

Sax Rohmer ou Aladin et la lampe incendiaire par Francis Lacassin.

Première édition : collection les Maîtres de l’étrange et de la peur N°13. Editions 10/18. Parution février 1981.

Première édition : collection les Maîtres de l’étrange et de la peur N°13. Editions 10/18. Parution février 1981.

Sax ROHMER : La malédiction des mille baisers. Traduction de Robert-Pierre Castel. Collection L’Aventure insensée N°1852. Editions 10/18. Parution mai 1987. 238 pages.

ISBN : 9782264010513

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20 janvier 2021 3 20 /01 /janvier /2021 07:03

Mary Lester n’a pas peur de se mouiller !

Jean FAILLER : Les bruines de Lanester.

Inspecteur stagiaire depuis six mois, affectée à Lorient, Marie Lester se retrouve souvent confinée dans le commissariat de quartier de Lanester. Et elle s’ennuie plus ou moins dans cette ambiance d’hommes qui se montrent volontiers machistes, lui octroyant des tâches subalternes.

Pourtant trois affaires qui se succèdent vont lui permettre de démontrer sa valeur, son opiniâtreté, sa pugnacité, ses capacités.

D’abord c’est la découverte d’un clochard, maintenant on les appelle des SDF à chaque époque sa terminologie, noyé dans les eaux du Scorff, entre Lanester et Lorient. Mary Lester se rend sur place, examine les lieux, et l’hypothèse avancée d’un accident lui semble incongrue. La disposition du corps peut-être, et d’autres éléments troubles éveillent sa curiosité.

Ensuite c’est la disparition du directeur d’une société locale qui l’accapare. Mais l’inspecteur Amédéo, son référent, s’empare de l’enquête, jugeant que cela ne relève pas du domaine de Mary Lester, laquelle ne se satisfait pas des explications avancées par son supérieur. Une prérogative qu’il justifie avec des arguments peu convaincants.

Enfin, une petite bande d’adolescents se sont amusés à voler une voiture et à cambrioler une maison. Seulement le conducteur, un jeunot qui n’a pas l’âge de passer son permis, a eu un accident. Conséquence immédiate, il a été arrêté. Amédéo se fait fort de lui faire avouer ses forfaits en utilisant les arguments frappants. Un usage de la force qui déplait souverainement à Mary Lester qui ne manque pas de sermonner son supérieur.

Mais bientôt Mary Lester, grâce à son enquête souterraine, aboute les trois affaires pour se rendre compte qu’en réalité tout se tient. Tout est imbriqué. Un heureux concours de circonstances l’amenant à une conclusion qui est juste tout en étant fausse.

 

Mary Lester, encore jeune mais à la personnalité affirmée, doit se débrouiller dans cet univers masculin mais elle reste stoïque même si à certains moments, elle sent monter en elle la rage.

Les façons de procéder d’Amédéo la révoltent mais elle saura rester assez calme pour mener son enquête en catimini, et s’attirer des sympathies qui l’aideront pour résoudre ces trois affaires qui n’en font qu’une.

Plus que l’intrigue proprement dite, c’est l’intégration de Mary Lester qui importe à l’auteur, ainsi qu’une conclusion inattendue. Pourtant, lorsqu’elle démontre à son commissaire l’identité du coupable, le lecteur est en droit de penser que tout est fini. Mais alors pourquoi l’histoire continue-t-elle ? Parce qu’il y a un truc ! Les histoires d’amour finissent mal en général. Une fois de plus, cela est vérifié.

Mary Lester, à la fin de ses études de droit a travaillé un certain temps chez un avocat. Elle aurait pu se tourner vers la magistrature, mais elle a pris un autre chemin.

Avocat, juge, voilà des professions respectables ! Qui n’a entendu à la radio, à la télé, les justiciables à la veille de procès retentissants, proclamer la main sur le cœur, le menton fièrement pointé en avant :

J’ai confiance dans la justice de mon pays !

A-t-on de la même façon entendu dire :

J’ai confiance dans la police de mon pays !

 

Une première édition de ce roman, qui lançait la série Mary Lester, a été publiée aux éditions Alain Bargain en 1992.

Jean FAILLER : Les bruines de Lanester. Une enquête de Mary Lester à Lorient. Série Mary Lester 1. Editions de Palémon. Parution 4e trimestre 1998. 176 pages.

ISBN : 9782907572125

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19 janvier 2021 2 19 /01 /janvier /2021 05:15

La peur de l’étranger jusque dans

les petits villages…

Barbara SYDNEY : Amoureuse de l’étranger.

Les habitants du petit village de Rosbourg, en Picardie, ne comprennent pas pourquoi Arnaud Benaerts, supposé écrivain spécialisé dans les romans d’aventures pour enfants, s’est installé seul dans une vieille masure dénuée de tout confort louée au fermier Fabry.

Les filles du fermier étaient présentes lorsque cet inconnu a proposé d’habiter cette masure. Marieké, seize ans, est sous le charme. Ses deux sœurs, Wilfride, vingt-deux ans et Célia, l’aîné de vingt-quatre ans, sont plus réservées. D’ailleurs Célia est fiancée à Benoît, le jeune instituteur du village. Marieké, afin de rencontrer le plus souvent possible le romancier, lui apporte des œufs, du beurre, des produits de la ferme. Mais l’homme ne se confie guère. Il n’est pas vraiment mutique mais cache jalousement sa vie privée, familiale.

Les villageois eux-aussi se posent de nombreuses questions et toutes les suppositions sont avancées. Arnaud est-il en fuite ? Certains affirment qu’il serait un repris de justice. Célia va jusqu’à affirmer qu’il est un espion.

Pendant ce temps, à Paris, dans le quartier chic jouxtant le Bois de Boulogne, Lucrèce d’Aigremont et son mari Xavier parlent de lui à demi-mots, sans le nommer. C’est toujours Il ou Lui. Xavier se montre plus conciliant tandis que Lucrèce voue une haine inextinguible envers l’écrivain. Quant aux enfants, Patrick qui va au lycée, et Catherine, quatorze ans, ils n’ont pas leur mot à dire.

Un jour, Arnaud Benaerts quitte le village et rejoint la capitale. Les habitants de Rosbourg, non prévenus, se posent des questions, lancent des rumeurs, alimentées par Célia. Marieké est déçue et Wilfride se rend compte qu’elle est tombée amoureuse d’Arnaud et le défend auprès de tous. Un gamin, qui s’avérera n’être autre que Patrick s’installe dans la masure, attendant Arnaud.

 

Ce roman d’amour et de haine psychologique procède par ellipses, les personnages apparaissant peu à peu mais leur rôle et leur rapport avec Arnaud se précisent par petites touches au fur et à mesure qu’avance le récit.

A la fin le lecteur saura quels liens attachent Arnaud et la famille d’Aigremont, et chacun des personnages dévoile sa véritable personnalité. La tension est alors à son comble.

Barbara Sydney n’est autre que Viviane Sirmen, épouse successivement Cambon puis Pernet, mais elle était surtout connue sous le pseudonyme de Liane Méry pour de très nombreux romans érotiques notamment chez Eurédif dans les années 1970.

Malheureusement, si elle a beaucoup produit, c’était souvent chez des éditeurs qui payaient mal, mettant parfois la clé sous la porte en oubliant de régler leurs dettes. Ce genre de mésaventure est arrivé à de très nombreux romanciers dits populaires, dont André Jammet qui signait Paul Berg ou encore Colonel Céruse. Des témoignages écrits le confirment.

 

Un seul geste. Un seul acte. Celui qu’espèrent toutes les femmes à un instant de leur vie : un baiser.

Mais ceux qui partent ne reviennent jamais tels qu’ils sont partis.

Première édition collection Nous Deux N° 231. Parution janvier 1965.

Première édition collection Nous Deux N° 231. Parution janvier 1965.

Barbara SYDNEY : Amoureuse de l’étranger. Collection Romance au coin du feu N°39. Editions Presses Sélect Ltée. Canada. Parution 4eme trimestre 1976. 176 pages.

Réédition de Cet inconnu dans la plaine. Collection Rose rouge N°8. France Sud Publication. 1976.

Première édition collection Nous Deux N° 231. Parution janvier 1965.

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18 janvier 2021 1 18 /01 /janvier /2021 05:29

Les microbes d’antan n’étaient pas ceux de maintenant…

Microbes d’antan. Recueil de nouvelles recueillies et postfacées par Christian Soulignac.

Au sommaire de ce recueil des nouvelles écrites par Charles Epheyre, Gaston Vassy et H.G. Wells.

Le microscope par Gaston Vassy (1847 – 1885) met en scène Cornélius Schultz, docteur en mathématiques, en sciences physiques, en médecine, en théologie, auteur d’un ouvrage en vingt quatre volumes et ne vit que par l’achèvement du vingt cinquième traitant de l’influence des animalcules du sang humain sur l’équilibre de l’âme. Son voisin Zanello Zanelli a été surpris en train de vitupérer, de lancer des malédictions, de vouer aux gémonies le brave docteur et même de le considérer comme un rotifère. Cornélius invite donc son irascible voisin à lui rendre visite et se plaint de ne pas posséder un microscope assez puissant pour compter le nombre de facettes placées sur l’œil d’un infusoire polygastrique.

Cette aimable nouvelle est l’une des moult variations fantastiques du thème de Faust qui était à l’honneur à l’époque de sa parution, en 1873. Quant à Gaston Vassy, il fait partie de cette cohorte d’inconnus que l’on redécouvre aujourd’hui, aussi bien à travers cette parution, que par des revues spécialisées comme le Codex Atlanticus.

 

Le microbe du professeur Bakermann par Charles Epheyre (1850 – 1935). En ces derniers jours du mois de décembre 1935, le professeur Bakermann se frotte les mains de satisfaction. Il a trouvé le moyen de créer un nouveau microbe, plus redoutable que tous ceux déjà enregistré, le Bacillus morti-fulgurans. Et comme tous les soirs ou presque, il va fêter sa découverte entre amis, sans leur en parler bien sûr. Seulement sa femme n’apprécie pas du tout, premièrement qu’il s’encanaille à boire des chopes de bière et à jouer au piquet. Deuxièmement Madame Bakermann est jalouse et pense que son époux a conté fleurette avec une de leurs anciennes domestiques. Alors elle fait une incursion dans le laboratoire de son mari afin de découvrir de supposées lettres qu’Elisa (c’est le nom de cette servante) aurait écrites au professeur et ce qui devait arriver se produit. Elle a été exposée aux effets néfastes du bacille et elle en meure. Le docteur consulté affirme qu’elle a été contaminée par le Koussmi-koussmi du Dahomey. L’épidémie gagne la ville puis les pays environnants.

Une aimable digression sur le ravage provoqué par un microbe et la solution trouvée par le professeur pour le combattre. Mais au delà de cette incursion dans la science-fiction, ce texte a été publié en 1891, on pourra y voir une sorte de prémonition en rapport avec les guerres bactériologiques. N’oublions pas que Charles Epheyre situe son histoire en 1935, incidemment année de sa mort. Mais en 2020 cette nouvelle n’a pas perdu de son sens.

 

Un blanc qui deviendra nègre de H.G. Wells : Cette fois encore une variation sur la découverte d’un microbe et ses effets néfastes. Mais Wells traite son sujet avec humour et l’épilogue est une jolie pirouette. Ce texte a été publié en France en 1904, et selon l’éditeur jamais été réédité. L’occasion de découvrir une nouvelle écrite par l’auteur de La guerre des mondes, de l’Homme invisible, La machine à explorer le temps et autres romans tous plus connus les uns que les autres.

Microbes d’antan. Recueil de nouvelles recueillies et postfacées par Christian Soulignac. Illustrations de Lionel Bret. Collection Biloba. Editions Ginkgo. Parution juin 2003. 96 pages.

ISBN : 9782846790123

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16 janvier 2021 6 16 /01 /janvier /2021 05:38

Les vieux ne meurent pas
Ils s'endorment un jour et dorment trop longtemps
Ils se tiennent la main
Ils ont peur de se perdre et se perdent pourtant
Et l'autre reste là

Jacques Brel

Aline BAUDU : Les épluchures, suivi de Chez Gino.

En réalité, ceux que l’on appelle seniors sont des vétérans de la vie… En voici deux exemples.

Les épluchures :

Arrivés, péniblement, à la retraite, ils font et refont les mêmes gestes qu’au début de leur union. Pas tous, évidemment, ou du moins pas aussi souvent, mais la routine s’est installée.

Elle épluche les légumes et place les détritus dans un récipient. Lui, comme avant se confine dans son jardin. Il bêche, sème, sarcle, bine, récolte.

Et la vie s’écoule sans incidents notables, jusqu’au jour où il se rend compte que les travaux ménagers et culinaires dont sa femme était chargée, selon une routine bien établie, ne sont plus réglés comme auparavant.

Elle a la mémoire qui flanche, pourtant elle ne s’appelle pas Jeanne Moreau, et tout va à vau-l’eau.

 

Chez Gino :

Ce soir on sort Mémé. Cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait pas vu Lou, sa petite-fille. Alors elle va en famille au restaurant, Chez Gino. Oh, ce n’est pas le plus sélect des établissements de la ville, elle aurait préféré autre chose, mais quand on est en chaise roulante, il faut bien s’adapter. Les vieux doivent s’accommoder des petits désordres du quotidien, aux inconvénients liés à la santé en perdition. Ils ont déjà tant vécu qu’ils peuvent encore faire un effort, même sur la nourriture.

 

La vie au quotidien, avec ses hauts et ses bas, surtout ses bas, lorsqu’on avance en âge. Aline Baudu décrit avec sensibilité, tendresse, justesse, les petits faits qui régissent un parcours qui touche au but. Un but, une fin, que l’on ne s’est pas fixé mais qui est inexorable.

Et lorsque l’on est arrivé à l’âge des personnages qu’Aline Baudu met en scène, on est frappé par le regard incisif et affectif qu’elle porte sur ces « petits vieux » et l’on se demande si nous ne sommes pas le reflet de ceux et celles qui deviennent, malgré eux, des « héros » du quotidien.

On compare, et à peu de choses près, on se sent solidaire de ceux qu’elle prend pour figurer sur la photo des souvenirs. Photo déjà un peu jaunie, et qui sera placée sur une étagère puis dans un tiroir.

Et pour paraphraser Adolphe Dumas (aucune parenté avec Alexandre Dumas) dans Le camp des croisés :

Je sortirai de la vie, mais quel que soit mon sort

J'aurai montré, du moins, comme un vieillard en sort »

Et arrivé à cet âge pas encore canonique mais presque, on peut toujours rire de soi et se permettre un kakemphaton. Tant que la mémoire sollicitée reste disponible.

Aline BAUDU : Les épluchures, suivi de Chez Gino. Collection Mélanges. Editions SKA. Parution 31 décembre 2020. 14 pages. 2,99€.

ISBN : 9791023408461

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15 janvier 2021 5 15 /01 /janvier /2021 04:55

Cela change du noir…

Frédéric DARD et Robert HOSSEIN : Le caviar rouge.

Quittant l’hôtel Beau rivage sur les rives du lac Léman à Genève, Alex Golovsko mande à un taxi de le mener à Collex, où il a rendez-vous dans le Consulat d’Union Soviétique. Il a reçu un carton d’invitation et il parvient à La Chêsnerais, à pied, s’étant fait déposer auparavant, puis il s’engouffre dans le parc à l’abandon. Tout comme la demeure quelque peu décrépite.

Lorsqu’il arrive au perron, il aperçoit la silhouette d’une jeune femme. Elle s’avance et reconnait Nora, qu’il n’a pas vue depuis cinq ans. Autrefois ils formaient un fameux tandem et un couple, mais les temps ont changé. S’il est resté un espion, un tueur accrédité par les instances supérieures de son pays, Nora a abandonné la partie et s’est recyclée dans la gérance d’un salon de beauté.

Débute alors un huis-clos étouffant entre ces deux personnages qui ont beaucoup à se raconter, ce qu’il s’est déroulé pendant leur cinq années de séparation, la fille de Nora, et bien d’autres sujets de conversations. Du regret et un peu de jalousie, ou le contraire. Un troisième individu, accompagné de ses sbires, l’homme qui les a conviés à se réunir et qu’ils connaissent bien, se présente leur offrant un repas de gala. Les affaires sérieuses seront déballées plus tard. Au menu, caviar noir, le Russe, et caviar rouge, l’Américain. Les agapes sont servies par l’un des sbires tandis que l’autre homme de main se contente de s’adosser à la fenêtre, ses lunettes noires constamment sur les yeux.

Enfin, Youri Mikhaïlovitch, leur amphitryon, aborde le sujet, ou plutôt les sujets. Il veut qu’Alex accomplisse pour lui une enquête, ce sont les ordres des Instances supérieures. Il doit recueillir le témoignage de Nora concernant un certain Caïman. Encore un douloureux souvenir pour Alex, car c’est cet homme qui s’est interposé dans le couple qu’il formait avec Nora. Et, incidemment, il se demande, et d’ailleurs il pose la question à son ancienne coéquipière et maîtresse si sa fille est de lui ou du Caïman.

Youri possède trois photos, qu’il étale l’une après l’autre complaisamment. L’une montre Nora et le Caïman ensemble, une autre le saurien en compagnie d’un homme apparemment inconnu, la troisième enfin, mort, le visage ensanglanté.

Puis Youri les laisse en tête à tête. Seulement, ce qu’ignorent les deux anciens amants, c’est qu’ils sont surveillés par un système de caméra, et leurs propos sont enregistrés.

En incrustation, on suit un tueur s’infiltrant dans une résidence moderne, et dont la mission se dévoile peu à peu.

 

Roman d’espionnage certes, Le caviar rouge est surtout un roman psychologique mettant en scène deux personnages principaux, Nora et Alex, et celui qui les a convoqués, Youri, et quelques gros bras et comparses qui jouent les utilités.

Tout est dans la tension qui se dégage des affrontements entre les trois espions, ou anciens espions, les mensonges, les dénégations, les dénis, les soupçons des uns envers et les autres et réciproquement. On peut parler de machiavélisme sur fond de trahison, supposée ou avérée. Et le dénouement est implacable, avec une mise en scène théâtrale, du genre théâtre de rue dans le style Royal de Luxe.

Dans cette intrigue, qui a proprement parler n’en est pas une, il existe des petits moments de grâce, notamment de la part de Youri. Il est passionné par les oiseaux, et toutes ses pensées s’envolent vers les dizaines de volatiles qu’il possède et à leur comportement en cage, même lorsqu’il s’adresse à ses convives.

Ce roman est dédié ainsi :

A Candice, cette histoire écrite pour elle.

F.D    R.H.

Naturellement, il s’agit de Candice Patou, femme de Robert Hossein.

Ce roman a été adapté dans la foulée au cinéma, réalisé par Robert Hossein, scénario et dialogues de Frédéric Dard et Robert Hossein, avec dans les rôles principaux : Robert Hossein, Candice Patou, et Ivan Desny.

 

Frédéric DARD et Robert HOSSEIN : Le caviar rouge.

Le génie de l’homme se développe au service des technologies mais au détriment du cœur.

L’existence est pleine de gens qui se disent au revoir pour la dernière fois.

Frédéric DARD et Robert HOSSEIN : Le caviar rouge.

Frédéric DARD et Robert HOSSEIN : Le caviar rouge. Hors Collection. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1985. 168 pages.

ISBN : 9782265030282

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14 janvier 2021 4 14 /01 /janvier /2021 04:35

Une farce normande ?

Jules RENARD : Crime de village.

Ce pourrait être une farce normande si chère à Maupassant, mais cette histoire se déroule dans le Nivernais.

Cette nouvelle parue en 1888, dans un volume édité à compte d’auteur, était incluse dans un recueil où figuraient sept autres textes, et aurait très bien pu être écrite par le célèbre conteur normand, tant l’ironie et le décor peuvent induire le lecteur en erreur. Pourtant il s’agit de l’un des premiers contes rédigés par l’auteur de Poil de Carotte et de l’Ecornifleur.

Les palabres durent en longueur entre Rollet, le vendeur d’un veau et Collard, l’acheteur potentiel. Ils ne sont pas d’accord sur le prix et le marchandage est âpre. L’un veut six cents francs, l’autre n’est prêt à débourser que cinq cents. La mère Rollet incite toutefois son mari à céder quelque peu. Mais l’homme en bon paysan fort de son droit n’accepte pas de tergiverser.

Collard arrive à la ferme en compagnie de sa femme courtaude et bavarde, affublée d’un grand cabas. La discussion s’engage entre les deux hommes qui parlent de tout et de rien, avant d’entrer dans le vif du sujet. Chacun reste campé sur ses positions. Mais au moins, ils parviennent à un consensus : celui de régler leurs affaires devant une chopine dans le bistro du village.

Les chopines se vident et pendant ce temps, les deux femmes discutent, causent, bavardent, et en fin de compte elles se couchent dans le même lit, madame Collard préférant se glisser dans la ruelle, ramenant la couette sur elle, s’amusant de la farce. Dans la nuit la mère Rollet pense être la proie d’un ectoplasme ou du moins de quelque entité malfaisante tirant le drap à elle. Faut dire que la conversation sur la fin naviguait sur les revenants. Elle attrape un chandelier posé non loin d’elle, et vas-y que je cogne sur cette chose indéfinissable.

Et quand les hommes reviennent, l’air quelque peu embrumé par leurs libations, ils ne peuvent que constater les dégâts des os.

 

Cette nouvelle rurale, jouant sur la superstition et la ladrerie des deux hommes roublards, incapables de s’entendre sur un prix, n’aurait point déméritée, comme précisé ci-dessus, sous la plume de Guy de Maupassant.

Et les autres nouvelles qui complètent le recueil originel, c’est-à-dire Flirtage, La meule, Le retour, A la belle étoile, Une passionnette, Héboutioux, A la pipée, sont toutes ancrées dans ce domaine pastoral et bucolique. L’humour noir y règne, principalement dans La meule, mais souvent il existe un antagonisme, un désir de vengeance, entre les personnages, comme dans A la belle étoile. Antagonisme porté à son comble à cause d’une chopine de trop. Sans oublier les amourettes, la jalousie, et autres joyeusetés qui tournent en drame une farce féroce, cruelle. Mais pas toujours heureusement.

Je regrette que Miss Ska n’ait point publié le recueil entier, entre 70 et 100 pages selon les paginations, car on le trouve facilement sur les librairies virtuelles, pour moins cher, et même gratuitement sur certains sites spécialisés.

 

Jules RENARD : Crime de village. Avant-propos d’André Lacaille. Collection Noire sœur/Perle noire. Editions SKA. Parution 31 décembre 2020. 21 pages. 2,99€.

ISBN : 9791023408447

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13 janvier 2021 3 13 /01 /janvier /2021 04:54

Donnez, donnez moi, Donnez, do-donnez, Dieu vous le rendra?

Howard ENGEL : Un privé dans les Algonquins

Aux Etats-Unis, les églises fleurissent comme des pissenlits au printemps dans un pré.

Il suffit d’avoir du bagout, une connaissance assez poussée des Ecritures, placer au bon moment une citation, être la victime consentante d’une vision, se sentir investi d’une mission, et vous voilà paré pour créer votre église.

La voix chargée d’émotion et de courroux, la diatribe aisée et virulente à l’encontre des pêcheurs, l’œil de velours hypnotiseur, tels son les atouts indispensables pour s’instaurer prédicateur. Il ne reste plus qu’à trouver les âmes en peine avides de salut et de les pressurer pour engranger quelques milliers, que dis-je, quelques millions de dollars.

Norbert E. Patten, fondateur de « L’Eglise Fondamentale » est dans une mauvaise passe. La Cour Suprême des Etats-Unis veut fourrer son nez dans le statut légal de cette église au sujet des impôts, et certaines personnes de son entourage commencent à déserter le bateau qui prend l’eau. Ils tentent de récupérer leur mise augmentée des intérêts : une modique somme d’argent qui s’élève à quatre cents millions de dollars.

Patten s’est réfugié au Canada, dans le Parc des Algonquins, sur les bords d’un lac, et Benny Copperman, détective privé juif, est chargé de le surveiller, et de l’empêcher de jouer les filles de l’air. Un petit boulot tranquille en apparence pour Benny qui va pouvoir allier les joies de la nature, la pêche par exemple, aux servitudes de son métier d’enquêteur.

Mais Benny ne se sent guère l’âme rurale et écologiste, lui qui a toujours vécu en ville. Heureusement l’opportunité lui est donnée de sauver la vie à Patten et par conséquent de faire la connaissance du prédicateur en fuite. Les journées sont assez relaxes : parties d’échecs ou de pêche, soirées dans une grange aménagée en compagnie de voisins aspirant au calme et à une semi-solitude. Mais le décès, non accidentel, d’Anéas, un guide indien, rompt la bonne entente qui régnait entre les divers personnages gravitant autour du motel.

 

Howard Engel a créé le personnage d’un détective privé sympathique et pour une fois sans problème, ce qui nous change de la profusion d’enquêteurs affligés d’une tare quelconque indispensable à leur renommée littéraire.

A part être juif et donc d’avoir des problèmes de conscience, d’effectuer ses enquêtes démuni d’armes à feu, d’apprécier modérément la campagne et de cuire ses œufs durs pendant trois quart d’heure, Benny Cooperman est un homme normal, un détective que l’on retrouvera avec plaisir.

 

Howard ENGEL : Un privé dans les Algonquins (Murder see the light – 1989. Traduction de Yves Manciet). Collection Fenêtre sur nuit. Editions du Rocher. Parution avril 1991. 278 pages.

ISBN : 9782268011271

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12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 05:06

Tout a une fin !

Agnès LAURENT : L’ultime rendez-vous.

Lorsqu’elle a aperçu l’automobile de luxe se garer dans la cour de la ferme familiale, Rose-Hélène, dix-huit ans, est fascinée par l’un des deux hommes qui se trouvaient dans le véhicule.

Alors que l’un est grand et fort, élégant, l’autre est chétif, assez laid, tenant contre lui un porte-documents de cuir noir. L’homme élégant n’est autre qu’Alban de Civray, le grand romancier, accompagné de son secrétaire et collaborateur Karl Spencer.

Alban de Civray, qui se montrera par la suite Alban si faux, est en manque d’inspiration, du moins c’est ce qu’il prétend, et lorsqu’il a aperçu l’habitation et surtout la jeune fille qui était derrière la fenêtre, il a senti qu’il venait de rencontrer son destin. Il lui demande se sortir et de s’allonger sur l’herbe, et de se raconter. Rose-Hélène parle de tout et de rien et il semble subjugué. Il la rencontre à nouveau par trois fois, les parents sont fiers qu’un si bel homme s’intéresse à leur fille qui vient tout juste de fêter son anniversaire. Et peu après c’est la marche nuptiale. Mais attention à la marche !

Car Alban de Civray se révèle despotique, et Rose-Hélène, toujours sous le charme, devient sa chose, son esclave, sa poupée, son automate qu’il débranche selon son bon vouloir.

Un jour Pierre demande à être reçu par le romancier. Il est dessinateur et désirerait illustrer les romans d’Alban de Civray. Rose-Hélène et Pierre se reconnaissent. Ils étaient amis lorsqu’ils étaient plus jeunes. Leurs chemins ont divergé et c’est par hasard qu’ils se retrouvent. Mais entre Pierre et Rose-Hélène, se noue un début de passion. Alban se montre agréable auprès du dessinateur, mais il ne manque d’envoyer des piques à sa jeune femme.

Alors qu’elle n’a que vingt-et-un ans, Rose-Hélène devient veuve. Albin de Civray décède dans un accident de chemin de fer. Son secrétaire qui l’accompagnait a la vie sauve, mais il subit une sorte de perte de mémoire. La dépouille de l’écrivain, surtout son visage, sont en tellement mal en point, qu’il est difficile de l’identifier. Un linge blanc entoure sa tête et elle n’a pas le droit de le soulever. Seule la bague qui orne un de ses mains atteste qu’il s’agit de son époux.

Seulement, des phénomènes étranges se produisent lorsque Rose-Hélène s’introduit dans le bureau de travail. Bureau dans lequel elle n’avait jamais mis les pieds. Un disque se met à jouer l’air musical préféré d’Alban et elle croit apercevoir un fantôme. D’autres manifestations induisent la jeune veuve à croire que son mari n’est pas décédé et qu’il se joue d’elle. Elle décide de se terrer dans la maison de campagne qu’il possédait en Normandie, mais là aussi, des faits angoissants alertent Rose-Hélène qui pense devenir folle. Heureusement elle a en Pierre un ami fiable.

 

Ce roman, écrit à la première personne, repose sur l’angoisse latente qui monte en puissance, complétée par ces étranges manifestations qui induisent une présence fantômatique, et confinent à provoquer une ambiance, une atmosphère fantastique.

L’intrigue est habilement menée et le lecteur, tout comme l’héroïne malheureuse du roman, est mené par le bout du nez, ou des yeux, jusqu’à la conclusion finale. Il ressent les affres de Rose-Hélène, les partage, voudrait prendre la jeune femme sous son aile, l’aider dans ses recherches. Son ami Pierre est là pour lui remonter le moral, l’aider dans ses démarches, dans son enquête, dans ses montées d’angoisse. Mais Pierre est-il vraiment l’ami passionné qu’il prétend être ou ne joue-t-il pas un double jeu ? A moins que ce soit le secrétaire, remis de ses émotions, qui se montrerait comme la doublure de l’écrivain. Alban, qui ne serait peut-être pas décédé dans des circonstances dramatiques, jouerait-il les fantômes dans l’unique but de perturber mentalement Rose-Hélène ?

Sous le pseudonyme d’Agnès Laurent se cachait Hélène (demi-prénom de l’héroïne !) Simart, qui écrivit de très nombreux romans sentimentaux. Selon la fiche Wiki qui lui est consacrée, Hélène Simart est née le 15 octobre 1918 et serait décédée en 1984. Mais d’après le site Décès en France, elle serait décédée le 1er mai 2013 :

Voir également la fiche concernant Agnès Laurent ici :

Agnès LAURENT : L’ultime rendez-vous. Collection Angoisse N°188. Editions Fleuve Noir. Parution 4ème trimestre 1970. 240 pages.

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11 janvier 2021 1 11 /01 /janvier /2021 04:58

Elles jouent aux quatre coins ?

J.B. LIVINGSTONE : Quatre femmes pour un meurtre.

Malgré tous ses efforts, l’inspecteur-chef Higgins n’arrive pas à déguster une retraite heureuse et amplement méritée. Si ce n’est pas le Yard qui le consulte, c’est un ami qui requiert ses services en faisant jouer la corde sensible.

Watson B. Petticott, l’une des têtes pensantes de la Banque d’Angleterre, demande à Higgins de vérifier une information : Archibald Stanley, l’un des financiers les plus puissants de la planète, serait mort assassiné. Une rumeur qui met en péril et en émoi tout le système bancaire et boursier.

Higgins accepte cette mission d’autant que Barbara Stanley, la fille du milliardaire, lui a écrit par deux fois, implorant presque sa venue. Le domaine d’Archibald Stanley est une immense propriété dans laquelle il est extrêmement difficile d’entrer, surtout si l’on est un homme. A part Stanley, n’y vivent que des femmes. Même le chef de la sécurité est une représentante du sexe dit faible.

Stanley a été abattu dans son bureau de quatre balles de revolver, le jour de son anniversaire. Mais une formidable volonté et une constitution solide lui permettent de survivre à cette tentative d’assassinat. Cependant il est plongé dans un état comateux.

Qui de Victoria, sa mère, d’Emily, sa femme, de Barbara, sa fille, ou de Laurie Warner, sa maîtresse, a osé tirer sur le milliardaire ? Quel en est le mobile ?

Enquête complexe pour Higgins, assisté de l’inévitable Scott Marlow, superintendant de son état. Complexe mais non dénuée d’embûches, pour ne pas dire de danger.

Cloîtré dans un immense domaine, Stanley ne voit sa femme Emily qu’une fois par an, lors de son anniversaire. Le reste du temps elle vit dans une villa de style colonial à l’intérieur du domaine.

Victoria, la mère de Stanley, passe son existence dans une ferme africaine, entourée de marigots où sommeillent des crocodiles. En pleine Angleterre ? Mais si, c’est possible !

Laurie Warner se contente d’être l’amante, et Barbara, la fille, entre deux cours à Oxford, s’applique à prendre la relève paternelle.

Entre ces quatre femmes, l’ambiance est plus que tendue. Un jour ça pète. Le jour où Stanley sort du coma, il se refuse à dire qui a tiré sur lui. Mais le sait-il vraiment ?

Retirer une enquête à Higgins lorsqu’on l’a presque forcé, obligé à s’y atteler, c’est tenter de reprendre à un chien affamé un os à moelle. Higgins fouille, écoute, inscrit sur son petit carnet noir, réfléchit, enquête à gauche et à droite. Une bien vilaine affaire dont l’origine remonte à quelques vingt-cinq ans en arrière, lorsque Stanley a fait la connaissance de celle qui allait devenir sa femme, en Afrique Centrale, alors que leurs pères respectifs s’entretuaient lors d’une chasse au lion.

 

J.B. Livingstone, avec ce seizième roman, reste fidèle à sa ligne de conduite : facture classique teintée d’exotisme relatif, et un final dans lequel les quatre suspects sont tour à tour inculpés et blanchis.

Mais J.B. Livingstone s’amuse et prend le roman policier comme une récréation, tout en démontant les recettes de vieux maîtres ou en inventant de nouvelles possibilités.

Rigueur et pointe de fantastique pour pimenter une recette éprouvée mais remise au goût du jour.

J.B. LIVINGSTONE : Quatre femmes pour un meurtre. Collection Les dossiers de Scotland Yard. Editions du Rocher. Parution octobre 1990. 242 pages.

ISBN : 9782268010489

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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