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30 octobre 2018 2 30 /10 /octobre /2018 05:42

Un mouton ? Facile ! Il y a plein de modèles dans l’hémicycle !

Chantal ROBILLARD présente : Dessine-moi…

Dans son introduction, sobre et éclairante, Chantal Robillard met en avant cette phrase inoubliable et emblématique du Petit Prince :

Dessine-moi un mouton…

Et place cette historie dans son contexte et sa genèse. Mais le Mouton est la continuation de nombreux antécédents littéraires et bibliques. Le mouton de Panurge, évidemment, étant la parabole de ceux qui suivent un individu sans aucune réflexion de leur part, et ils sont plus nombreux que l’on pense. Et lorsqu’ils n’appliquent pas les directives, on les qualifie de frondeurs, d’anarchistes, d’asociaux. Et l’on parle alors de mouton noir, celui qui ne ressemble pas aux autres et est soit dédaigné, soit le chef de bande.

Dans la Bible, le mouton est l’emblème du sacrifice, tout comme aujourd’hui pour la religion musulmane, devant purifier l’âme et effacer les péchés. Ce qui nous amène à l’agneau pascal, Pascal étant un prénom fort usité avec malice dans certains des textes. Et comme l’agneau est synonyme de pureté, de Bien, il lui faut son contraire sous la forme du loup, le Mal.

Mais foin de tout ça, laissons les symboliques de côté, ne nous laissons pas tondre l’esprit à la recherche d’autres références, et partons paître dans ce recueil, brouter des nouvelles fraîches, gustatives, au goût de science-fiction, de poésie, d’humour, d’histoire, de fantastique, un régal pour les yeux et les papilles.

Mais l’un n’empêche pas l’autre, et plusieurs thèmes peuvent se retrouver dans la même nouvelle. Et qui dit humour ne veut pas dire abstraction de la réalité.

Prenons quelques exemples pour illustrer ce qui vient d’être écrit.

 

Ainsi Hélène Cruciani nous transporte dans un univers plus ou moins lointain, dans lequel les élèves communiquent avec Sélina, leur institutrice, par tablettes interposées et réciproquement d’ailleurs. Parmi ces gamins, un des élèves est atteint d’un TEAH, soit Trouble d’excès d’Attention/Hypoactivité. C’est un gamin qui réfléchit, qui contemple, qui regarde derrière le miroir. Et lorsque Sélina leur propose de découvrir Promenez-vous avec le Petit Prince, un livebook car les gamins ne veulent pas découvrir une histoire et des images dans un vrai livre, Pitié maîtresse, pas un vieux livre… Il y a trop de pages… tous sont contents. Mais Wilfried s’attarde trop sur les détails, il veut comprendre ce qu’il y a de l’autre côté, voir le mouton caché dans la boîte. Alors, afin de clore l’incident, Sélina leur propose une sortie IRL, In Real Life, à la rencontre d’un quadragénaire multimilliardaire excentrique qui possède une ferme, une sorte de zoo avec de vrais animaux, de la vraie herbe…

 

Emmanuel Honneger nous donne une date quasi précise, année 3528, mille cinq cents ans après une gigantesque explosion atomique d’origine humaine. La planète terre mérite son surnom de Planète Bleue, car à la surface du globe rien ne subsiste. Tout est englouti sous la mer. Toutefois dans le ciel surgissent quelques Moutonnements.

 

Avec Herbert, Fabien Rey met en scène un berger et un mouton, plutôt un bélier, qui au début de l’histoire narrent un épisode dans lesquels chacun d’eux médite la même chose, comme si un miroir reflétait leurs pensées. Mais la suite est à l’avantage d’Herbert, le révolté.

 

Tout aussi révolté, Shaun, le mouton de Virginia Schilli, qui sonne la révolte contre le berger en prenant le bâton de la rébellion.

 

Jérôme Akkouche nous incite à lire, lui aussi un conte animalier A l’auberge de la brebis galeuse. Herr Wolf vient dans la petite cité de Schafstadt afin de recruter des hommes susceptibles de s’engager dans l’armée du Kaiser. Wolf est un métamorphe qui s’injecte un produit destiné à le transformer physiquement en loup. Et il recherche, avec l’appui du curé et du maire, un individu, un mouton à n’en point douter, désireux de procéder à cette expérience et à entraîner ses concitoyens.

 

Voici donc quelques exemples de ce recueil charmant qui nous amène à réfléchir, car sous ces contes d’inspiration diverse mais déclinés sous un même thème, se cachent de tristes réalités.

Mais je laisserai le mot de la fin à Herbert qui avait alors compris qu’on ne combat pas la tyrannie par la force, mais par la ruse.

 

Sommaire :

ROBILLARD CHANTAL : Introduction.

CRUCIANI Hélène : Promenez-vous avec le Petit Prince

REY Fabien : Herbert

ALBERTI Olympia        : L'impossible dessin

PERES Olivier : Abel et la Bête

GLORIA Nathalie : Mêêêê ? Y'a plus de mai !

AKKOUCHE Jérôme : A l'auberge de la brebis galeuse

ZINENBERG Dominique : Cacophonie pastorale

SCHILLI Virginia : Shaun the sheep of the dead

HONNEGER Emmanuel : Moutonnements

URBAN MENNIGER Françoise : Il pleut bergère...

JOUET Jacques : L'agneau de Z

MINNIERE Isabelle : Ne me dessine rien !

Et tu allumes les étoiles : Quelques mots sur les moutons noirs de cette anthologie.

 

Chantal ROBILLARD présente : Dessine-moi… Anthologie. Editions Nutty Sheep. Parution 26 septembre 2018. 104 pages. Version papier 13,99€. Version numérique 2,99€.

ISBN : 9791034202584

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29 octobre 2018 1 29 /10 /octobre /2018 05:42

Alice, ton pays aux merveilles n'existe plus…

Alice au pluriel. Recueil de 14 nouvelles concocté par Corinne Chollat.

Distillant le fantastique et le traditionnel, revisitant quelques romans célèbres, s’ancrant dans le banal quotidien ou jouant sur l’épilogue à rebond, ce recueil est un véritable patchwork dont le thème récurrent est le prénom féminin d’Alice, sauf le texte de Maupassant où l’héroïne préserve son identité.

Et comme dans tout patchwork, le bon et le moins bon se côtoient. Soit dans le choix de l’idée, soit dans son exploitation, le thème étant trop élastique pour exiger une cohérence. Pourtant l’idée était intéressante et les auteurs pressentis en général des habitués de la littérature dite de genre. Mais l’un ne compense pas l’autre.

L’on pourra regretter l’absence d’introduction de la part de la compilatrice ainsi que d’un dictionnaire des auteurs, même si certains d’entre eux n’ont guère besoin de présentation.

 

Serge Quadruppani : Alice à Palerme. Un écrivain de polars se lance sur les traces d’Alice, une jeune femme connue quelques jours plus tôt. Il pense la retrouver sous les traits d’une adolescente. Le frère d’icelle l’abat, le prenant pour un pédophile, avec un revolver qu’il reconnaît comme la propriété d’Alice.

 

Pascal Garnier : Lyon, “ La Tête d’or ”. Mariée depuis quatre ans, Alice annonce à sa famille qu’elle est enceinte. Un mensonge. La mère d’Alice reprochait à sa fille d’être stérile tout en lui brossant un tableau noir de l’accouchement. A la faveur d’un mouvement de foule dans un zoo, Alice s’empare d’un landau et du bébé.

 

Marie-Claire Boucault : Dead line, Alicia. Une gitane annonce à Alicia que selon sa ligne de vie, elle devrait mourir dans un avenir proche. Très proche. Elle devrait même être décédée, mais peut-être s’est-elle trompée. Alicia est rassurée mais le lendemain elle apprend que dans la clinique où elle a subi une opération bénigne les instruments chirurgicaux n’ont pas été stérilisés et qu’elle est atteinte d’une maladie mortelle.

 

Frédéric H. Fajardie : Adieu Alice, adieu sweatheart. Dans les années 1720, un naufragé est sauvé par un gorille femelle. Lorsque le capitaine d’un bateau veut le prendre à son bord, le naufragé refuse, préférant rester avec celle qu’il a baptisé Alice.

 

Philippe Cariou : Cache-cache. Une mère et son fils jouent à cache-cache dans leur appartement. Mais le fils n’est-il que le fruit de l’imagination de la femme ?

 

Jules Sion : La stratégie du homard. La rupture entre Alice et L.C. est consommée par une claque assenée avec force par l’homme. Alice est affalée contre le mur, ensanglantée. Alice avait une sœur jumelle perdue dans sa jeunesse et élevée une araignée noire. Quelques jours plus tard L.C. retourne chez Alice. Une jeune femme le reçoit, ressemblant étrangement à Alice, et portant le même prénom. Elle est brune et l’araignée représentée sur un tableau dans l’appartement a disparu.

 

Jean-François Merle : Nous nous connaissons maintenant de longue date. Le narrateur a kidnappé une gamine. Il espère obtenir une rançon conséquente. Mais cette supposée gosse de riche n’est que la fille de la femme de ménage et n’a pas de père. Le ravisseur se propose pour remplacer le géniteur.

 

Jacques Vallet : Une vraie femme. Alice a vingt trois ans, est sculpteur et vierge. Entre Julien, quadragénaire malingre, et elle, c’est le coup de foudre. Julien est marié et persuade Alice de rencontrer sa femme. L’épouse se moque de l’amante. Alice avoue au commissaire avoir tué et découpé la mère et l’enfant afin de démontrer qu’elle était une vraie femme.

 

Joseph Bialot : Le mille-pattes, la belle-mère et quatre cents chevaux. Chris a retapé un camion afin de participer au 24 heures du Mans. Alice chargée de surveiller le véhicule s’endort dans la cabine. Lorsqu’elle se réveille un inconnu conduit l’engin et le charge de caisses suspectes. Grâce à la C.B. et l’entraide entre routiers (sympas), tout rentre dans l’ordre et Chris peut participer à la course.

 

Roland C. Wagner : L’autre Alice. Alice est étudiante, l’autre Alice aussi. L’une est sage et réservée, l’autre son contraire. Lors d’une boum organisée chez Alice 1, l’ami d’Alice 2, Manu, se shoote et reste sur le carreau. Panique générale et Alice 1 se retrouve seule. Elle ne peut se débarrasser du cadavre. Le lendemain matin, Manu est sorti de son coma. Cet événement permet à Alice 1 de rayer son double.

 

Alexandre Dumal : Alice au pays des Vermeils. Lui est S.D.F., un mode de vie qu’il a choisi. Célia vient de quitter son amant. Ils font connaissance sur une plage. Un ivrogne les invective et meurt poignardé dans la rixe qui les oppose. Les deux compagnons décident de prendre la fuite. La gare est cernée par les policiers et le S.D.F. apprend en lisant les journaux que Célia, Alice en réalité, vient de tuer la doyenne de l’humanité, une euthanasie pratiquée sur sa trisaïeule.

 

Dorothée Letessier : Et que je ne vous revoie plus. Après quelques années d’absence, Alice déboule dans le foyer de Thomas et d’Anne-Laure, qui fut sa meilleure amie. Elle accuse Thomas de l’avoir violée cinq ans auparavant. Anne-Laure décide de quitter l’appartement conjugal en compagnie d’Alice. Sur le trottoir un pot de fleurs rencontre accidentellement la tête d’Alice. Selon l’enquête qui s’ensuit, Alice passait par hasard.

 

Thomas Lescure : La main de Lewis dans la culotte d’Alice. Charles Dodgson, alias Lewis Carroll, est invité à déjeuner chez les parents d’Alice. Sir Edgar, procureur de la Reine, ne prend pas de gants pour insinuer qu’entre Alice et Lewis…. D’ailleurs une robe appartenant à Alice est découverte près de l’étang, ainsi qu’un appareil photo, propriété de Lewis. Alice survient, habillée de pied en cap, chassant les inquiétudes de ses parents. Dans l’intimité Alice se montre nettement plus audacieuse que son âge ne le laisserait supposer.

 

Guy de Maupassant : La chevelure. Le narrateur prend connaissance d’un cahier écrit par un aliéné : celui-ci a découvert dans le tiroir secret d’un meuble une chevelure appartenant à une morte anonyme. Il est devenu fol amoureux de cette inconnue.

 

Alice au pluriel. Recueil de 14 nouvelles concocté par Corinne Chollat. Collection Fleuve Noir crime N°44. Editions Fleuve Noir ? Parution le 8 juin 1998. 254 pages.

ISBN : 978-2265063938

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28 octobre 2018 7 28 /10 /octobre /2018 05:34

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans…

Hervé JAOUEN : L’amour dans les sixties.

Il arrive un moment, au crépuscule de sa vie, que l’on soit tenté de se retourner et regarder en arrière ce personnage que l’on fut à vingt ans.

Etienne, qui à défaut de devenir écrivain s’est investi dans le journalisme, autre forme d’écriture, se souvient que dans les années soixante il avait écrit un manuscrit dont il ne reste que quelques feuillets.

Il les reprend avec émotion, car c’est un peu sa vie qu’il a couché sur le papier, ses amours turbulentes avec Muriel, l’aguicheuse, Livia l’indépendante ou encore Thalie la romantique. Ces ou ses trois femmes qui l’avaient marqué dans son esprit et dans sa chair, il en reste sûrement quelque chose aujourd’hui, sous une autre forme et d’autres prénoms.

Et reviennent comme des éclats des souvenirs de ce qui a été surnommé la Nouvelle vague, sur fond de Guerre d’Algérie, cette rébellion qui n’osait pas dire son nom mais a marqué à jamais bien des bidasses envoyés au fond des djebels. Des événements sanglants et traumatisants qui se noyaient dans les bras des femmes lors du retour à la métropole.

Des femmes aimées, trop aimées, ou pas assez, qui sont devenues autres, le parcours de l’existence n’étant qu’un reflet d’une narration dans lequel Etienne devient Steven.

Un roman dans lequel nombre de septuagénaires ne manqueront pas de se reconnaître, peu ou prou. Cette envie d’écrire lorsque la vingtaine triomphante nous offre la vie à grandes dents. Ce que l’on croit être la vie mais dont on s’aperçoit lorsque les cheveux, ou ce qu’il en reste, ont blanchi, que ce n’était peut-être qu’un prélude.

L’amour dans les sixties est un roman gigogne, dans lequel l’auteur se met en scène, revivant des passages amoureux ou guerriers, et dans le manuscrit inachevé se profile un troisième personnage.

Et parallèlement à cette jeunesse qui est ravivée, des problèmes actuels sont évoqués. Celui du suicide est abordé, par exemple. Celui de ces femmes qui se voulaient libres et désirables avant l’heure, avant que la libération sexuelle ait déferlé, mais qui étaient imprégnées, peut-être de ces récits-romans rédigés par Simone de Beauvoir, le Deuxième sexe par exemple.

Et nous revenons à notre quotidien par les publicités pour toutes sortes de thérapies censées soignés tous les maux de la terre et même du reste, avec comme figurants de jeunes vieillards vantant les mérites de tels médicaments, panacées, sports, cures thermales… Bizarrement, ce sont des personnes dites du troisième âge, appelées aussi senior quoique la formulation est erronée, puisqu’en sport senior équivaut à la quarantaine et dans le cas des sexagénaires et septuagénaires il vaudrait mieux dire vétéran, donc, dans ces publicités, ce sont des personnes fringantes qui ont besoin de ce genre de médication.

 

Un roman-récit troublant, émouvant, qui se décline un peu comme un clair obscur mêlant âge mûr et jeunesse turbulente, affection et amour, réalité et virtuel, mais toujours avec une vivacité d’esprit que l’on aimerait préserver.

Alors, dérision ou autodérision ? Imagination ou relation d’un vécu amélioré ?

Laissons le lecteur s’établir sa propre opinion selon son âge, sa sensibilité, son ressenti, son empathie dans ce qu’il peut reconnaître de sa propre existence.

 

Hervé JAOUEN : L’amour dans les sixties. Editions Diabase. Parution le 16 octobre 2018. 154 pages. 16,00€.

ISBN : 978-2372030199

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27 octobre 2018 6 27 /10 /octobre /2018 05:16

Taper dans le ballon à en perdre la tête !

Roland SADAUNE : Rebonds.

Le match est terminé et si certains spectateurs sont ravis du résultat, la majorité d’entre eux sont assez furieux. La France vient de perdre contre le Portugal en coupe d’Europe de football. Il faut pourtant bien un perdant si l’on veut qu’il y ait un gagnant.

De toute façon, pour Marie Layne, tiens on dirait une chanson des Beach Boys arrangée par Martin Circus, donc pour Marie Layne, ce n’est qu’un épisode parmi tant d’autres dans sa jeune carrière de journaliste. Après être passée par un grand quotidien, l’Hexagone Matin, elle pige désormais pour une feuille locale de la Seine-Saint-Denis, l’InfoFlash, attachée au domaine de la Culture. Mais comme ce sont les vacances, son rédacteur en chef, Vendroux comme le journaliste sportif, lui a demandé de couvrir l’événement.

L’avantage en achetant un billet pour un match de foot, c’est qu’on a droit également à de la boxe et du catch. La sortie du Stade de France est houleuse, et des rixes se profilent. Des pétards fusent à moins que ce soit un attentat. On ne sait jamais. Malgré tout, Marie Layne parvient à s’extirper de l’agglomérat de corps humains, dont certains sont très vindicatifs, et alcoolisés.

Neuf jours plus tard, au petit matin, Marie est réveillée par son rédacteur en chef, par téléphone je précise. Une macabre découverte dans le canal requiert sa présence immédiate. Sur place elle retrouve Philippe Myros, un ancien confère de l’Hexagone qui office dans un journal concurrent. Et une fois de plus, elle qui est sujette à des cauchemars footballistiques, se trouve devant un filet de ballon qui contient… une tête. Un footballeur qui perd la tête sur le terrain, cela existe, mais enveloppée dans un filet ?

Parallèlement à l’enquête effectuée par Marie, qui est toujours devancée sur le terrain par Philippe Myros, le lieutenant Lacoste, peut-être en chemise du même nom car la chaleur règne en ce mois de juillet, est en charge de cette affaire qui devient un jeu de piste macabre car d’autres cadavres sont découverts, victimes collatérales ou non. Et c’est ainsi que tous trois vont parcourir, les uns après les autres, ou conjointement, les villes proches de Saint-Denis, c’est-à-dire Aubervilliers, Drancy, Dugny et autres, lancés sur des pistes comme dans un jeu de l’oie à l’échelle humaine.

En incrustation, une petite voix suit les divagations de Il, le tueur, mais une petite voix dont on ne saura qu’à la fin à qui elle appartient et qui s’élève comme un remords de conscience.

 

Si l’on suit avec plaisir et appréhension les aventures et mésaventures de Marie d’un côté, et du lieutenant Lacoste de l’autre, qui sont en butte à ce redoutable tueur qui ne s’embarrasse d’aucun principe, et de leurs chefs respectifs toujours sur leurs talons sans se déplacer, on est quelque peu frustré par l’épilogue. Moi tout du moins, car chacun peut ressentir différemment la fin, même si parfois il y a des ébauches d’explications.

Comme dans chacun de ses romans, Roland Sadaune met une part de lui-même dans l’intrigue et ses personnages. Ainsi parmi les SDF rencontrés, l’un des protagonistes se nomme la Barbouille, et cela nous ramène, de façon pessimiste à son autre passion-métier, la peinture. Car Roland Sadaune est aussi et surtout artiste-peintre, un statut qui explique sûrement sa capacité à dépeindre aussi bien les divers protagonistes qui parsèment ses romans. Mais comme dans les tableaux, il existe aussi des zones d’ombre. Et ce n’est pas la seule imprégnation de l’auteur dans le récit, et les lecteurs qui le connaissent par ses romans et ses peintures sauront de quoi je parle, ou écris.

 

Roland SADAUNE : Rebonds. Edition Sidney Laurent. Parution le 28 septembre 2018. 250 pages. 18,90€.

ISBN : 979-1032610992

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25 octobre 2018 4 25 /10 /octobre /2018 05:25

A ne pas confondre avec le roman éponyme de John Dickson Carr !

André STAR : La chambre ardente.

Afin de préserver l’avenir de son usine de tanneries située à Clermont-Ferrand, Alfred Nauliac a accepté la demande en mariage de sa fille par le baron Darcourt.

Il a préservé son entreprise de la faillite mais sa fille Micheline en a subi les conséquences de plein fouet de même que le jeune Alain Corbières. Corbières et Micheline se voyaient tous les jours car ils travaillaient quasiment ensemble, lui comme ingénieur aux Tanneries de Haute-Auvergne, elle comme dactylo près de son père.

Mais maintenant la donne a changé. Micheline est devenue la baronne Darcourt et vit dans un château non loin de Saint-Flour, entourée de quelques domestiques. Parfois Corbières vient lui rendre visite, lui déclarant sa flamme, mais en pure perte. Micheline veut rester fidèle à son mari, même si elle ne l’aime pas. D’ailleurs elle possède sa chambre particulière dans une aile du château. Quant au baron, il se rend régulièrement à Paris où il rencontre des femmes au lit accueillant, des théâtreuses principalement.

D’ailleurs ce jour-là Darcourt était parti se promener en voiture en compagnie de son chauffeur, ce pourquoi Corbières en avait profité. Mais il faut bien se faire une raison, Corbières doit quitter la belle Micheline, qui n’est pas en train, à la demande expresse de celle-ci. Tous deux ont le cœur gros, et si Corbières s’éloigne, ce n’est pas très loin.

Justement Darcourt arrive dans le parc à bord de sa torpédo, suivi par une limousine. Il a rencontré, par hasard, Chantal Romandes, talentueuse artiste selon lui, et Gaston Perlys, son partenaire- danseur. Chantal fut la maîtresse de Darcourt avant son mariage, et rien ne dit qu’elle ne le soit plus, malgré Perlys. Tout ce petit monde va manger et coucher au château. Et comme le père de Micheline, Alfred Nauliac, vient rendre visite, à l’improviste, à sa fille, cela fait un invité de plus. Plus on est de fous, plus on rit !

Quoique, dans la nuit, Darcourt est retrouvé grièvement blessé. Il parvient tout juste à marmonner quelques mots : on m’a poussé ! Puis il décède. Qui l’a poussé, qui l’a tué ? Darcourt décède de ses blessures.

 

Il ne s’agit pas vraiment d’une enquête policière car la police ne sera pas convoquée. Mais un coupable existe quand même. Mais qui ? Evidemment les soupçons pourraient se porter sur Corbières, mais d’autres présumés fautifs sont en lice.

Roman d’amour qui se clôt par un décès, telle est cette histoire qui malgré tout est charmante, tendre et émouvante. Vendre sa fille à un riche capitaliste n’est guère moral, pourtant c’est ce qui arrivait, et se produit encore, lorsque des enjeux financiers et commerciaux se dressent devant des entrepreneurs acculés par des problèmes d’argent.

Heureusement, tout ceci se finit bien, et la morale est sauve. Nous sommes loin des romans violents, vulgaires, amoraux qui sont le lot de notre littérature actuelle. Il ne faut pas se cacher, tout ceci relève de la réalité, mais c’est la façon de décrire cet état de fait qui est primordial. L’élégance dans les descriptions et les dialogues qui sont une marque de fabrique des auteurs du début XXe siècle et que l’on ne retrouve pas de nos jours.

Quant à cette Chambre ardente, elle est loin de ce que pourriez imaginer. Il s’agit d’un tribunal d’exception qui était en cours aux XVIe et XVIIe siècles, mais adapté dans ce récit sous une forme moins spécifique et royale.

A noter qu’en exergue de ce court roman, figurent deux citations extraites de la correspondance entre Alfred De Musset et George Sand, et réciproquement, datant de mai 1833.

Mais au fait qui était André Star ? Un des nombreux pseudonymes de Max-André Dazergues, le maître de bien des romanciers, à commencer par Frédéric Dard.

André STAR : La chambre ardente. Collection Le Roman du dimanche N°67. Librairie contemporaine. Editions J. Tallandier. Parution décembre 1932. 32 pages.

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24 octobre 2018 3 24 /10 /octobre /2018 04:22

Donne-moi ta main et prends la mienne, l’école est finie…

Paul-Jacques BONZON : Les six compagnons au village englouti.

Et c’est ainsi qu’en ce début du mois d’août, les six Compagnons ont décidé de voyager jusqu’au lac de Maubrac où ils ont loué un gîte rural. Ah les vacances en Auvergne ! Ils en rêvaient, ils l’ont fait.

En réalité, le lac de Maubrac est un lac artificiel car une quinzaine d’années auparavant, un barrage a été construit, engloutissant le village de Maubrac-le-vieux. Seulement, lorsque nos six compagnons, Tidou et son chien-loup Kafi qu’il transporte dans une remorque accrochée à l’avant de son vélomoteur, La Guille, Gnafron, Le Tondu ainsi surnommé à cause de son crâne tonsuré à la suite d’une maladie, Bistèque le cuistot, et j’ai gardé le meilleur pour la fin de cette recension, la belle Mady, arrivent au bord du lac, c’est pour se rendre compte qu’il ne s’agit que d’une étendue marécageuse où ne reste qu’un semblant d’eau.

Le lac est vidé afin de permettre des réparations sur le barrage, des fissures ayant été détectées. Pas de pêche, pas de baignade au programme, il ne leur reste plus qu’à visiter la région. Mais auparavant il faut procéder à leur installation dans le gîte. Ils sont reçus quasiment les bras ouverts par leurs logeurs qui tiennent également un hôtel restaurant où ils pourront, pour une somme modique, prendre leurs repas, si le cœur et surtout le ventre leur en dit. Ce qu’ils ne manquent pas de faire, et comme de plus la popote est bonne, même si elle est rustique, ils y auront souvent recours.

Il n’y a guère de clients dans l’auberge. Deux hommes qui, selon l’hôtesse, sont géologues, et sont déjà venus l’année passée. Ils effectuent des recherches et des pointages sur la baisse des eaux et l’ancien village qui a été détruit et dont il ne subsiste que des ruines.

L’hôtelier leur narre la construction du barrage, le village sous les eaux, l’implantation des habitants dans Maubrac-le-haut, et surtout leur parle de Gambadou, qui aurait perdu la raison en même temps que sa maison. Depuis il vit dans son gourbi qu’il a construit de bric et de broc. Il a été élevé par son oncle et sa tante, qui étaient très riches et ont perdu la vie dans un accident quelques jours avant l’évacuation du village.

Une semaine plus tard, les six compagnons aperçoivent un individu boîteux s’avançant vers les terres découvertes par le lac. Il trébuche dans une mare et manque se noyer. Heureusement les six camarades se portent à son secours. Il s’agit de Gambadou qui se confie à ses jeunes sauveurs. Il est à la recherche d’un trésor que ses oncles et tantes auraient caché avant de mourir. Mais il a beau chercher il ne trouve rien. Pourtant un message codé désigne l’endroit où celui-ci aurait été enfoui.

Ce trésor semble intéresser d’autres personnes, car un message incitant les six compagnons à stopper leur aide à Gambadou leur est transmis. Gambadou lui-même n’est pas à l’abri d’une agression.

 

Une nouvelle aventure pour les six adolescents qui ne manque pas de charme mais est un peu naïve dans sa construction et dans les relations entre les personnages.

En effet, Gambadou le solitaire, le boîteux qui se méfie de tout et de tous, se confie sans réserve à Mady et ses compagnons. Comme ça, parce qu’ils lui ont sauvé la vie. Il leur montre le message qu’il a recopié de mémoire, une sorte de poème qu’il leur faut déchiffrer.

Ceux qui en ont après Gambadou ne sont guère nombreux. Un campeur irascible, et d’autres pensionnaires, outre les deux géologues déjà cités, arrivent à l’hôtel, invoquant diverses raisons pour justifier leur présence. Mais Kafi est là pour les aider dans leurs recherches, sauf pour décrypter le message codé. C’est un enseignant de Saint-Flour, ville située à une trentaine de kilomètres, qui leur fournira une piste. Le seul point véritablement intéressant dans cette histoire destinée aux jeunes adolescents.

Toutefois, l’épisode du barrage et la transhumance des habitants retiennent l’attention mais ne sont guère développés, l’auteur ne devant pas dépasser probablement une pagination exigée par la maison d’édition.

Et l’on se prend à rêver devant l’attitude de ces garçons et fille, et oui Mady est la seule représentante du sexe féminin avec cinq garçons, attitude courtoise et amicale qui ne dégénère jamais. Des amis soudés, voyageant seuls, sachant se débrouiller dans toutes les situations, n’étant pas empotés. Il me semble que de nos jours, peu de gamins de leur âge se montreraient aussi soudés et bienfaisants. Mais n’est-ce qu’une impression de vieux gaulois réfractaire !

 

Paul-Jacques BONZON : Les six compagnons au village englouti. Illustrations de Robert Bressy. Collection Bibliothèque Verte. Editions Hachette. Parution 11 juillet 1977. 190 pages. Nombreuses rééditions.

ISBN : 2010024877

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22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 13:18

Ne méprisez pas les collections sentimentales : elles recèlent souvent des perles policières !

Joséphine TEY : Retour au bercail

Surtout lorsque les informations déposées sur certains sites, genre Wikipédia, ou les notules rédigées dans des encyclopédies de référence s’avèrent erronées. Ainsi, concernant ce roman, sur Wiki, le rédacteur de la notule spécifie que ce roman, En trompe l’œil dans la collection Panique N°6, chez Gallimard en 1963, a été réédité dans une traduction tronquée sous le titre Retour au bercail, Paris, Éditions Mondiales, coll. « Intimité » no398, 1979.

Une vérification s’imposait et comme je possède les deux versions, celle de la collection Intimité et celle du Masque, qui est une reprise de la version de la collection Panique, il ne subsiste aucun doute. C’est bien la version Intimité qui n’est pas tronquée ! Quant au Dilipo, le résumé précise que Simon vient d’hériter du domaine de ses parents, ce qui est justement le contraire car s’il avait hérité, l’histoire n’aurait plus lieu d’être. En réalité il est en passe d’hériter !

Juste pour la bonne bouche, avant de présenter l’intrigue, deux extraits prélevé dans la première page du livre version Masque/Panique :

Non, mais sérieusement, lequel était le plus intelligent ? Insista-t-elle, car elle n’abandonnait jamais son idée. Noé ou Ulysse ?

Ulysse, affirma son frère sans lever les yeux de son journal.

Ruth demanda à son tour :

Dis donc, Simon, fêter ses vingt et un ans, ça doit faire un peu comme un mariage, non ?

Non, à tout prendre, c’est mieux que de se marier.

Ah, tu trouves ?

Le soir de sa majorité, on peut danser aussi tard qu’on veut. Pas le soir de son mariage.

 

Voyons maintenant la version Intimité :

Dis, Tantie ? Reprit Jane qui ne se décourageait jamais. Quelle histoire préfères-tu, celle de Noé ou celle d’Ulysse ?

Puis, comme sa tante ne répondait pas, elle se tourna vers Simon, son frère aîné.

Et toi, Simon ?

Celle d’Ulysse, répondit le jeune homme sans lever les yeux de son journal.

Il n’y a que Simon, pensa Tantie, pour pouvoir répondre à une question, tout en continuant à parcourir la liste des chevaux engagés dans le Grand Prix et à manger sa soupe.

Pourquoi préfères-tu Ulysse ? Questionna Jane.

Parce qu’il buvait moins que Noé, répondit tranquillement Simon, qui ajouta aussitôt : C’est curieux, je ne trouve pas le nom de Firelight dans cette liste ?

Dans le fond, murmura pensivement Ruth, devenir majeur, c’est presqu’aussi important que de se marier !

Beaucoup plus ! s’exclama son frère en riant. Une fois majeur, on peut faire ce que l’on veut, tandis qu’une fois marié, c’est est fini.

 

Edifiant, non ?! Comme quoi, il faut se méfier des à-priori et des informations qui se révèlent erronées.

 

Mais revenons à notre intrigue :

Depuis huit ans, Tantie Béatrice élève Simon, Nelly et les jumelles de dix ans, Jane et Ruth. Dans quelques semaines, Simon sera majeur et il héritera de ses parents décédés huit ans auparavant dans un accident d’avion. Il héritera seul du domaine des Ashby selon la loi anglaise. Et Tantie Béatrice se fait du souci. Que deviendront le domaine Lachett, Nelly et ses deux sœurs. Elle ne pense guère à elle, malgré le dévouement qu’elle a prodigué durant ces huit années.

Soudain, sans que rien le laissa présager, Patrick, le frère jumeau de Simon et considéré comme l’aîné refait son apparition. Il avait disparu bien des années auparavant, laissant juste un mot dans lequel il déclarait : Désolé, mais je ne peux plus continuer à vivre ainsi. Ne m’en veuillez pas. Patrick. Ce petit mot avait été retrouvé près de ses vêtements, et tout le monde avait conclu à un suicide, près d’une falaise.

Or Patrick refait surface et c’est lui qui va hériter du domaine. Mais il s’agit d’un faux, d’un sosie, du nom de Rick Farrar, enfant abandonné à sa naissance, élevé dans un orphelinat puis une pension, et enfin ayant parcouru la France et les Etats-Unis, travaillant également sur des navires effectuant la liaison entre l’Europe et l’Amérique.

Rick, de retour des USA, déambulait dans Londres lorsqu’il avait été abordé dans la rue par un jeune homme, un acteur natif des environs de Westover, la grande ville portuaire près de laquelle est sis le domaine de ses parents et celui des Ashby. C’est dire s’il connait bien la famille Ashby et grâce à la ressemblance frappante entre Patrick et Rick, il imagine aussitôt faire passer l’un pour l’autre. Malgré les réticences premières de Rick Farrar, durant quelques petites semaines il va « éduquer » son protégé, lui offrant de nombreux souvenirs, lui expliquant tout ce qu’il devra connaître afin de se comporter en tant que Patrick sans fausse note. Contre rémunération bien sûr, car son statut d’acteur de seconds rôles ne lui fournit guère de subsides.

Rick débarque donc au domaine au grand étonnement de Tantie Béatrice et de ses sœurs, et de son frère naturellement. Pour Simon, il s’agit d’un intrus venu le spolier. Si tout le monde se tient sur la réserve, Rick, qui se fait appeler ainsi prétextant un diminutif de Patrick, tient son rôle à la perfection d’autant qu’il possède de sérieux atouts dans sa manche. Outre qu’il connait parfaitement le domaine, les lieux et les habitants de la région, grâce aux conseils avisés d’Alec son mentor, il est un amoureux des chevaux.

En effet lors de son séjour aux USA, il a travaillé dans un élevage équin. Et donc il n’est pas dépaysé au domaine de Lachett qui est réputé comme centre équestre, accumulant les succès, selon les années dans les divers concours hippiques auxquels participent Nelly et Simon.

 

Dès le début du roman, le lecteur sait qu’il va lire une histoire d’imposture. Et il est le témoin privilégié, assistant aux coups bas concoctés par Simon à l’encontre de ce frère arrivé inopinément et qui va lui souffler son héritage. Il partage également les interrogations, les réserves de la famille Ashby et de leurs amis.

Mais cette intrigue prenant sa source dans une fausse gémellité se mue en enquête de la part de Rick. Patrick est-il vraiment décédé, d’un accident ou d’un suicide, s’est-il enfui, tout autant de questions qui le turlupinent tout en essayant de s’attirer les bonnes grâces de ses proches. Parfois il se demande s’il ne s’est pas embarqué dans une histoire qui pourrait causer sa perte, mais en même temps il désire rester, car outre cette enquête qu’il compte bien mener à bon terme, il se prend d’une amitié amoureuse envers sa prétendue sœur Nelly. Un drame cornélien et comment cela va-t-il se terminer ?

Un roman d’énigme et de suspense psychologique particulièrement prenant, surtout dans la version Intimité.

 

Quant à cette collection Intimité, ainsi que celles de Nous Deux et Modes de Paris qui paraissaient dans les années 1950à 1970, il serait bon de vérifier si les publications sont véritablement tronquées ou non par rapport à d’autres éditions antérieures ou postérieures

Première parution : sous le titre En trompe-l'œil. Collection Panique no6. Editions Gallimard. Parution 1963.

Première parution : sous le titre En trompe-l'œil. Collection Panique no6. Editions Gallimard. Parution 1963.

Réédition Le Masque no2137. Librairie des Champs-Élysées. Parution 16 juin 1993. Traduction de Denise Rousset. 224 pages.

Réédition Le Masque no2137. Librairie des Champs-Élysées. Parution 16 juin 1993. Traduction de Denise Rousset. 224 pages.

Joséphine TEY : Retour au bercail (Brat Farrar ou Come and Kill me – 1949. Traduction de A.M. Jarriges). Collection Intimité N°398. Les éditions Mondiales. Parution 12 octobre 1979.

ISBN : 270742398X

Première parution : sous le titre En trompe-l'œil. Collection Panique no6. Editions Gallimard. Parution 1963.

Réédition Le Masque no2137. Librairie des Champs-Élysées. Parution 16 juin 1993. Traduction de Denise Rousset. 224 pages.

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22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 05:26

J’irai revoir ma Normandie, c’est le pays qui m’a donné le jour…

Amélie BOSQUET : Légendes de Normandie.

Publié en 1845, sous la plume d’Amélie Bosquet, avec ce titre plus significatif de La Normandie romanesque et merveilleuse, cet ouvrage ne se veut pas une compilation à proprement parler de légendes normandes, mais d’un travail de recherche, d’exploration, d’explication, de décortication, en sériant les origines, les lieux, les différents composants qui ont générés ces contes ou légendes.

Ce recueil n’est donc pas une succession de légendes mises bout à bout mais plus un répertoire avec une entrée par thèmes.

 

Ainsi on pourra lire avec profit au fil des chapitres une chronique légendaire des ducs de Normandie dont Robert le Diable et Richard sans Peur et leurs nombreux avatars, puis Les Chasses fantastiques, les Fées, les enlèvements et substitutions d’enfants, Les Lutins, les Animaux fabuleux, les Loups garous, les Esprits Météores, les Revenants, Les Sorciers, sortilèges et possessions, Les Légendes religieuses, les Saints populaires, les Miracles emblématiques, les Légendes historiques, les Légendes romanesques, les Légendes merveilleuses.

 

Car Amélie Bosquet ne s’était pas contentée de reporter les veillées des chaumières mais elle en donne les origines, les diverses variantes, explorant avec minutie tout un monde dans lequel nombre d’auteurs ont pu absorber la trame pour en redéfinir d’autres à consonance populaire.

Des contes et légendes qui ne manquent pas d’ironie, tout en étant précis, et qui auraient inspiré Les Légendes rustiques de George Sand, lui valant l'estime de Flaubert.

Amélie BOSQUET : Légendes de Normandie. Collecte choisie et présentée par Françoise Morvan. Editions Ouest-France. Réimpression : parution 28 mai 2016. 480 pages. 12,90€.

ISBN : 978-2737372377

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21 octobre 2018 7 21 /10 /octobre /2018 07:28

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Bob Morane sans oser le demander !

Rémy GALLART & Francis SAINT-MARTIN : Bob Morane, profession aventurier.

Des ouvrages sur le célèbre aventurier ont déjà été publiés, il est vrai, dont ceux de Jacques Dieu. D’ailleurs, j’aurais pu mettre en accroche dans ce cas, la Bible de Bob Morane !

Mais cet ouvrage, que je viens d’acquérir, me semble complet, ou presque. En effet édité en 2007, il ne recense ni l’ouvrage de Daniel Fano, Henri Vernes et Bob Morane, une double vie d’aventures, ni les Bob Morane qui ont été écrits depuis, souvent sous la plume de romanciers reconnus dans le domaine de la littérature d’évasion et qui se sont prêtés au jeu sous le regard bienveillant du maître et donc adoubés. Par exemple Rémy Gallart, Brice Tarvel ou encore Christophe Corthouts, qui tous à des degrés divers possèdent une osmose avec l’auteur et sa créature jamais prise en défaut de vieillissement.

Dans cet ouvrage, décliné en huit chapitres, précédés d’une introduction et suivis d’annexes, nous faisons la connaissance de Bob Morane à ces débuts puis sont répertoriés les personnages récurrents, les genres, les univers parallèles de Jean Ray et d’Henri Vernes, Ming le terrible, personnage quasi omniprésent dans la plupart des aventures fantastiques vécues par l’aventurier, les antécédents littéraires, Vernes et Cie, et enfin, la partie la plus conséquente, les résumés des deux-cent-sept romans et nouvelles qui constituent la saga de Bob Morane et de son indéfectible compagnon et ami Ecossais Bill Balantine.

Souvent, la parole est donnée à Henri Vernes, qui précise certains points concernant des contestations émises par des journalistes et des critiques, et qui sont des reprises d’entretiens publiés dans des revues ou dans des sites d’amateurs éclairés, entretien parfois peu accessibles.

Mais laissons la parole à Henri Vernes qui explique dans le chapitre consacré aux antécédents littéraires :

La part de moi-même est peut-être une part de goût. Il est évident que Bob Morane aime plus ou moins ce que j’aime. Il a peut-être une conscience proche de la mienne, mais je ne peux, dans un ouvrage destiné à la jeunesse, me lancer dans des considérations philosophiques, peut-être un peu révolutionnaires, un peu beaucoup d’ailleurs. C’est une chose que j’évite. J’évite aussi la religion, la politique. Pourtant elles m’intéressent, surtout la politique internationale dont il y a beaucoup de choses à dire, en mal d’ailleurs, mais je ne pense pas que cela intéresse le lecteur. Il est confronté à la politique, aux scandales, à toute minute de la journée, à la radio, à la télévision. J’écris une œuvre purement ludique, divertissante, et je ne vais pas plus loin. C’est destiné à faire rêver, à faire plaisir, à distraire, et pas plus.

C’était la réponse à Yves Couprie qui dans une interview postée sur son site, demandait Quelle est la part de vous-même dans Bob Morane ?

 

Depuis sa première aventure, La Vallée infernale, parue en 1953 dans le Marabout Junior N°16, Bob Morane aura fait rêver en effet des millions de lecteurs adolescents puis adultes.

Et Henri Vernes reprenait le mythe de l’aventurier qui depuis le début du XXe siècle faisait les beaux jours, voire les belles nuits de notre enfance, palliant les manques francophones de Héros invincibles. Auparavant il y avait eu les petits fascicules traduits en France et édités par Eischler, notamment les aventures de Buffalo Bill, puis en romans celles de Biggles, l’aviateur qui fit ses premières armes dans le Royal Flying Corps en 1917, pour un livre signé Captain W.E. Johns et édité pour la première fois en 1932, et servira également dans la RAF durant la seconde guerre mondiale, pour des romans de guerre, d’espionnage et policiers surtout marqué par l’action et l’aventure.

Quant au personnage de Monsieur Ming, il est naturellement à comparer au funeste et maléfique Fu-Manchu de Sax Rohmer. Mais Monsieur Ming, tout comme Miss Ylang-Ylang, et Tatiana Orloff, la nièce de Monsieur Ming, préfigurent peut-être une célèbre créature créée par André Caroff et qui vivra une douzaine d’aventures au Fleuve Noir dans la collection Angoisse, Madame Atomos. Une impression personnelle.

Bien sûr, au cours des cinquante-quatre ans d’aventures de Bob Morane, depuis ses débuts jusqu’en 2007 date de parution de cet ouvrage, si le personnage n’a guère changé, ce sont les éléments et les genres qui vont évolués. Du roman d’aventures et d’actions purs des débuts, bientôt le fantastique, la science-fiction, l’espionnage et le policier deviendront des supports indispensables au renouvellement des intrigues.

 

La partie, la plus conséquente, des résumés des romans, permet au lecteur de se plonger ou replonger dans l’atmosphère des Bob Morane et de se remémorer des histoires qu’il a lu ou non. Tout le monde n’établit pas de fiches de lectures, et puis quand bien même, retrouver un ami (car Bob Morane au fil des lectures est devenu un ami) dans ses diverses péripéties est toujours un pur bonheur. Et incite à rechercher les romans qui manquent dans sa collection, afin de se replonger avec ce plaisir ineffable de lecteur impénitent, dans les souvenirs d’une enfance qu’on croyait disparue. Souvent on entend dire, ça ne nous rajeunit pas ! Au contraire cela nous rajeunit et cela fait du bien !

 

Cet ouvrage se lit comme un roman ou au contraire se compulse au gré du lecteur. On peut passer un chapitre à un autre sans suivre forcément la chronologie. On peut piocher, revenir en arrière, s’intéresser plus à un chapitre qu’à un autre, sans que pour autant la lecture en soit perturbée.

Et si je devais émettre un regret, c’est celui de ne pas avoir acquis ce livre lors de sa sortie et seulement maintenant, à l’occasion des cent ans d’Henri Vernes. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Merci messieurs Gallart et Saint-Martin de nous avoir concocté un si bel ouvrage qui ne se démodera pas, dans lequel on pourra toujours piocher des informations, qui servira toujours de référence et de support pour de nouveaux lecteurs de Bob Morane, l’immortel aventurier.

Rémy GALLART & Francis SAINT-MARTIN : Bob Morane, profession aventurier. Collection Travaux N°51. Editions Encrage. Parution le 23 novembre 2007. 288 pages. 26,00€.

ISBN : 978-2251741437

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20 octobre 2018 6 20 /10 /octobre /2018 05:28

J’en reprendrai bien une part !

Jean-Marie PALACH : L’amour entre deux pizzas.

Chaque premier dimanche du mois, Cyrielle, Noémie et Nedjma se retrouvent avec plaisir dans une pizzeria de la place d’Italie, dans le treizième arrondissement parisien. Et pour rien au monde, elles manqueraient ce rendez-vous qui est devenu au fil des ans une institution. Seul un impondérable pourrait empêcher l’une des trois amies à se retrouver et à discuter de choses et d’autres, sans pour autant s’immiscer dans la vie privée de chacune d’entre elles.

Elles se sont connues dix ans auparavant en classe préparatoire aux grandes écoles commerciales à Rennes. Elles proviennent d’horizons différents de la Bretagne, géographiques et sociologiques, mais une solide amitié s’est forgée entre elles. Elles ont réussi professionnellement et depuis Cyrielle travaille dans un prestigieux cabinet de conseil, Noémie s’épanouit dans la communication et l’organisation événementielle, tandis que Nedjma s’est investie dans une association caritative qui se consacre à l’aide de victimes du Trilophérol, un médicament provoquant des effets secondaires graves tels que décès prématurés.

Aucune d’entre elle n’est mariée. Elles privilégient leur avenir professionnel, ne s’encombrant pas d’un amant, ou alors épisodiquement. Seule Nedjma a changé physiquement, devenant quelque peu ronde, toujours vêtue de fringues tristes, et ne perçoit pour son travail, un sacerdoce sans réserve et mais avec abnégation dans l’association, qu’un SMIC. Cela lui suffit ne comptant pas ses heures et n’ayant pas de besoins particuliers. Toutefois, ce n’est pas par hasard qu’elle s’est lancée dans cette voie.

Cyrielle est pressentie pour s’atteler à une tache ardue, que le gouvernement a confiée à son entreprise : définir les modalités d’application d’une loi sur la pénibilité au travail, le compte usure prématurée, sans déplaire au patronat. Le genre de mission dans laquelle est se sent à l’aise, ne comptant pas non plus ses heures. Noémie, quant à elle, va prendre quelques vacances à la Réunion, retrouver ses grands-parents qui y sont installés depuis des années, quittant la métropole afin de se rapprocher d’une partie de leurs racines.

Au cours de leurs agapes mensuelles, elles retrouvent en un client qui les dévisage attentivement Julien, un ancien condisciple, dont les études n’étaient pas brillantes mais qui, grâce à l’une des Trois Grâces, ainsi étaient-elle surnommées, a réussi ses examens et est devenu expert-comptable. En sortant du restaurant, Nedjma est légèrement perturbée et elle manque se faire écraser par une camionnette. Heureusement un passant a attrapé l’étourdie par le bras et l’a ramenée sur le trottoir. Son sauveur n’est autre que son oncle Radouane qui la suivait, désirant lui parler de son père, très malade en son manoir breton.

 

Le premier dimanche du mois suivant, elles se retrouvent avec plaisir, comme toujours, mais entre temps un grand nombre d’événements auront bouleversé leurs vies. Positivement ou négativement, c’est ce que le lecteur découvrira au fil des chapitres qui sont consacrés alternativement à chacune d’entre elles.

Dans ce conte moderne, quelque peu utopique, l’auteur se met en scène par personnages interposés, et le lecteur attentif pourra en retrouver certains aspects dans des circonstances que je me garderai bien de dévoiler.

Utopique car des personnages de l’état, que je ne nommerai pas, sont présentés sous leur plus beau jour, leurs plus beaux atours intellectuels, mais ils oublient qu’ils ne reflètent qu’une des facettes de la société, et pas la plus conséquente. Et je me permets d’émettre des réserves, non pas sur leur professionnalisme, mais à cause des soupçons de conflits d’intérêt qui pèsent sur elles et de leurs antécédents qui ne plaident pas toujours en leur faveur. Mais ça, on peut en retrouver quelle que soit la couleur politique des gouvernements successifs.

Mais ce roman, ou conte, demande de la part du lecteur une action ludique, celle du décryptage. Et l’amène à se poser quelques questions, dites de bon sens. Par exemple :

Les grandes écoles, dont la vitrine est enjolivée, ne sont que des usines à production de technocrates souvent coupés de la réalité alors que le bonheur est à chercher dans le pré. En effet bien souvent des décisions sont prises dans un sens contraire de ce quelles devraient être. Mais c’est l’égo qui commande dans bien des cas.

Ce président se moque des contradictions, remarque Nedjma. On se demande s’il ne les recherche pas pour faire le buzz.

Ou alors, il ne s’en rend pas compte, avance Noémie.

Le problème de l’usure prématurée ou du handicap sont évoqués dans ce récit. Mais sous une forme utopique, car l’on se rend compte que les dernières décisions prises par le gouvernement et la majorité présidentielle au Parlement vont à l’encontre des préconisations, elles sont même balayées d’un revers de manche.

Pourquoi ne pas promettre de mesurer l’usure prématurée découlant du travail de chaque salarié et de la compenser par divers moyens : formation, temps partiel, retraite anticipée ? Présenté comme cela, tout le monde signe, emballé c’est pesé, et une voix de plus pour le magicien capable d’exaucer les rêves les plus fous, y compris ceux jamais formulés. Peu importe qu’aucun pays au monde n’ait jamais dépassé le stade des études. Tous ont renoncé dès qu’ils ont réalisé l’ampleur du défi, pas fous. Qu’à cela ne tienne, rien n’arrête le génie français, surtout en période électorale, paroles, paroles…

Enfin, ce n’est qu’un dernier exemple, la lecture, sous toutes ses formes même audio, est une panacée plus efficace que bien des panacées distribuées, ou plutôt vendues souvent fort cher. Mais qu’est-ce qu’un livre ? On sait bien que les auteurs ne rapportent rien à l’Etat, ils ne sont pas productifs, dixit un ou une ministre, de la Culture ou autre. Oubliant que derrière l’auteur, se nichent bien des métiers qui eux sont productifs. Libraires, imprimeurs, papeteries, et divers supports liés à l’informatique, vendeurs par correspondance, transports postaux ou autres, journalistes et médias spécialisés, graphistes, et la liste ne s’arrête pas là.

Quant au titre, il est facilement déchiffrable, donc je ne m’étendrai pas dessus. Mais on peut y voir, avec les pizzas proposées par le pizzaiolo, que l’on finit souvent par revenir aux valeurs sûres.

Jean-Marie PALACH : L’amour entre deux pizzas. Collection Romance. Editions Les Bas-bleus. Parution le 20 septembre 2018. 174 pages. 12,90€.

ISBN : 978-2930996141

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
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