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1 octobre 2018 1 01 /10 /octobre /2018 09:36

Vous connaissez les TOC, troubles obsessionnels compulsifs, mais connaissez-vous les TOS ?

Jan THIRION : A fond les manettes.

Il s’agit tout simplement d’une pulsion qui oblige l’individu atteint de ce trouble de se masturber. Ce qui se nomme Trouble Obsessionnel Sexuel.

Peut-être vous-même ressentez-vous ce besoin, mais ne me dites rien, ceci fait partie de votre vie privée, et intéressons-nous plutôt à Clochette, un des personnages de cette nouvelle humoristique et érotique de Jan Thirion qui savait narrer une histoire libertine sans pour autant choquer la pudeur de ses lecteurs.

Alors que Clochette inspecte d’un doigt habile son entrejambe, elle sent une odeur de brûlé. Ce n’est juste que le rôti qui prend ses aises dans le four. Et le téléphone qui se met à sonner. L’hôpital l’informe que son beau-père vient d’être amener en urgence. Elle a beau appeler Willy son mari, mais personne ne répond. Elle le découvre dans la réserve de l’abri-antiatomique en train de mélanger de la confiture dans un pot à l’aide de son outil destiné à la reproduction et placé entre ses jambes depuis sa naissance.

Car tout autant que Clochette, Willy son compagnon est un adepte des plaisirs solitaires (tiens, tiens, Clochette et Willy, clin d’œil à Willy et Colette ?) ce qui les a rapproché. Leur union est satisfaisante et ils s’entendent comme larrons en foire pour leurs débordements manuels.

Willy se rend immédiatement à l’hôpital, non sans avoir hésité sur le choix de la voiture qu’il va emprunter. Féru d’automobile, comme son père et le père de Clochette, il possède quelques voitures de sport magnifiques mais il se décide finalement pour un véhicule banal. De toute façon la vitesse en ville est limitée à 5 km/heure, ce qui fait qu’il aurait aussi vite fait d’aller à pied. Les véhicules prioritaires ont droit à un effarant 8 km/heure. Et Jan Thirion l’avait écrit bien avant les annonces officielles sur les réductions de vitesse.

 

Dans ce texte gaulois, non réfractaire, Jan Thirion se déchaîne, accumulant les situations les plus baroques, les plus loufoques, les plus démesurées, les unes que les autres.

Joyeusement égrillard, A fond les manettes est totalement délirant, et l’on ne croit pas une seule seconde à toutes les péripéties que nous narre Jan Thirion. Il laisse son imagination vagabonder pour évoquer des situations abracadabrantesques mais sous son propos, certains actes, qui ne sont pas manqués, sont réels, comme peuvent en témoigner quelques infirmiers et infirmières qui ont été confrontés, parfois, à des cas quasiment semblables. On n’arrête pas le progrès en termes d’objets sexuels de substitution.

A lire en prenant du recul…

 

http://leslecturesdelonclepaul.over-blog.com/2017/04/jan-thirion-la-compil.html

Jan THIRION : A fond les manettes. Nouvelle numérique. Collection Culissime. Editions SKA. Parution le 20 juin 2013. 20 pages environ. 1,99€.

ISBN : 9791023401905

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30 septembre 2018 7 30 /09 /septembre /2018 06:38

T'as voulu voir Vesoul
Et on a vu Vesoul,

Stéphane MOURET : Tanagra.

Les paroles de cette chanson de Jacques Brel se sont incrustées dans la tête de Roger (prononcez Rodjeur !) puis de Marcellin, deux membres de la TAN Compagnie.

Et ce n’est pas par hasard s’ils fredonnent cette rengaine. Ils ont été envoyés en mission dans cette ville de la Haute-Saône car un incident a été enregistré, a même fait l’objet d’un article dans le journal local.

Une jeune femme se complait à parcourir les rues de l’accueillante cité dans le plus simple appareil, danse, se baigne nue dans la rivière, souriante, aguicheuse, s’exhibant devant les badauds ébaubis, et pas uniquement les adolescents, et s’enfuyant lorsque la maréchaussée est envoyée sur place. Cela les change les braves pandores qui préfèrent cette tâche à celle de débusquer voyous, cambrioleurs, lanceurs de projectiles en tous genres.

D’après leurs renseignements, et sur la foi des témoignages, nul doute pour les envoyés de la TAN compagnie qu’il s’agit d’une Tanagra, ces statuettes qui datent de quelques siècles avant J.C. et découvertes en Grèce. Et justement le musée Georges-Garret, installé dans un ancien couvent des Ursulines, possède outre de très nombreux tableaux et sculptures signés Jean-Léon Gerôme, un tanagra de belle facture et qui est représenté en couverture.

Mais Roger a disparu et Marcellin visite ce musée, découvrant la statuette qui ressemble fort à la nymphe qui met les Vésuliens en émoi (et moi aussi !). Alors qu’il déambule, il est abordé par une charmante jeune femme qui lui fournit, sans qu’il ait besoin de le demander (il existe encore des personnes serviables même si elles ont tendance à s’immiscer un peu trop) l’origine de Tanagra et lui explique les symboles des tableaux tel un maître de conférence.

Il est rejoint par Teddy qui lui aussi a son rôle à jouer, car chaque membre de la TAN Compagnie possède sa partition, une association qui comporte des Démineurs, des Chasseurs, des Cafouilleurs. Marcellin s’extasie devant le Tanagra, mais un détail dans un tableau l’interloque. C’est ce que l’on pourrait appeler un tableau vivant. Sa mission va durer quelques jours et il prend, de même que Teddy une chambre dans un hôtel renommé de la cité. Mais il sacrifie à la bonne chère et à la chair, car Anaïs ne se montre pas uniquement une guide très documentée, mais experte également en langue. Elle est notamment professeur de latin.

 

Pollice Verso

Pollice Verso

Ce court roman charmant est tout autant didactique que fantastique et l’intrigue s’insère avec habileté dans la pédagogie. Le lecteur, qui comme moi, ne connaissait pas Jean-Léon Gérôme, découvrira un peintre et un sculpteur d’inspiration classique, un représentant de l’art académique alors que l’impressionnisme détrônait toutes formes d’art pictural.

Le lecteur averti avait déjà eu l’occasion d’apprécier le style de Stéphane Mourret, en collaboration avec son ami Jérôme Sorre, dans des romans ou nouvelles de fort belle facture. Une imagination sans limite et une narration parfois poétique et travaillée, pour un fantastique que l’on peut qualifier de classique. Un peu à la façon de ces vieux maîtres que furent Rosny Aîné, Sheridan Le Fanu, et quelques autres, qui écrivaient avec joliesse. Mais l’on ne peut s’empêcher de penser au Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde et au Portrait du mal de Masterton, sans que pour autant ce roman soit une parodie de l’un ou de l’autre. Il s’agit bien d’une œuvre personnelle permettant de découvrir un artiste, une ville, et une intrigue judicieusement ficelée.

 

Stéphane MOURET : Tanagra.

Stéphane MOURET : Tanagra. Collection LoKhaLe N°7. Editions de La Clef d’Argent. Parution le 9 septembre 2018. 122 pages.

ISBN : 979-1090662506

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29 septembre 2018 6 29 /09 /septembre /2018 06:32

Essuyez vos pieds avant d’entrer sur le terrain !

Hervé MESTRON : Gazon paillasson.

Au centre de formation Thierry Carapini, les jeunes footballeurs en herbe se défoulent en tapant dans le ballon rond et en sortant le soir, au mépris de leur santé et de leur condition physique, en escaladant le mur d’enceinte pour se rendre dans une boîte de nuit.

Quelques copains du nom de Kévin, Louis-Philippe, Roberto, et surtout Youssef Hamidi, le narrateur. Car pour eux, même si le ballon rond, c’est leur vie, leur espoir de se sortir des barres d’achélèmes, le sexe les travaille, la montée d’adrénaline en dépendant peut-être.

Youssef Hamidi est une jeune pousse prometteuse, et il se fait remarquer par un agent, Costa, qui lui promet un avenir radieux. Et il n’a pas tort Costa, car si Youssef n’en a pas beaucoup dans la tête il possède surtout son potentiel dans ses jambes et ses pieds. Le ballon lui colle aux chevilles et comme c’est un attaquant, il défonce les lignes adverses telle une paire de ciseaux découpant un papier.

Bientôt c’est la consécration, Youssef est repéré par un club de Ligue 1, un club parisien, le Racing. Mais il lui faut travailler, avec acharnement, seulement le foot c’est inné en lui. Comme s’il s’était déjà entraîné dans le ventre de sa mère. Et comme il n’y a pas beaucoup d’espace là-dedans, les dribbles, les crochets, l’agilité, c’est tout naturellement qu’il en possède les trucs et astuces.

Le soir il continue à sortir et pour se requinquer, il n’hésite pas comme ses coéquipier et adversaires à requérir à la médecine, du genre celle qui pique. Et le voilà propulsé sur la pelouse lors de grands matchs nationaux et internationaux, la foule en délire scandant son nom. Il occupe le devant de la scène et les bonnes fortunes ne manquent pas. Gaëlle, par exemple dont il fait la connaissance et qui sera un tournant dans sa vie.

L’argent rentre sans difficulté, il n’a même pas besoin de traverser la rue, sauf pour sortir en boîte. Un loft est mis à sa disposition, c’est la grande vie, celle d’une vedette adulée.

Seulement rester au pinacle, cela se mérite, et au moindre faux pas, la dégringolade est plus douloureuse. Il y a toujours un moyen de rebondir, comme la balle dans l’aire de jeu, mais encore faut-il savoir louvoyer et redresser la barre.

 

Naturellement, en lisant ce roman on ne peut s’empêcher de plaquer des images, des noms de jeunes footballeurs précoces, talentueux, un peu naïfs parfois, qui crèvent l’écran mais pas le ballon, qui font la Une des médias, et sont souvent critiqués. Positivement ou négativement, selon leurs résultats sur le terrain et leur conduite dans ce que l’on pourrait considérer la vie privée, les journalistes étant toujours à l’affût du moindre dérapage, autant verbal que comportemental.

Au début, soyons franc, je me suis demandé si j’allais continuer, car le style ne me convenait pas. Je suis un peu Vieille France quant à l’écriture. Mais en faisant abstraction de mes réticences, je me suis aperçu que l’auteur avait raison dans sa démarche. C’est bien un gamin qui s’exprime, entouré d’autres adolescents, et il faut respecter le choix de l’auteur. Leurs propos, leurs façons de s’exprimer, leurs visions de la vie et de leurs rapports avec les femmes, c’est la réalité qui est ici décrite. Même si l’on souhaiterait qu’ils se conduisent en gentlemen car ils deviennent des références vis-à-vis des gamins des cités.

Et au fur et à mesure que l’on avance dans le récit, l’on se prend à ressentir une certaine sympathie envers Youssef, l’encourageant ou déplorant ses avatars.

Bref un roman actuel qui s’adresse tout autant à une jeune génération qu’aux supporters, surtout ceux qui ont tendance à brûler trop rapidement ceux qui deviennent des icônes dans ce qui n’est qu’un jeu, un sport dans lequel tout le monde n’a pas la chance de réussir et de sortir d’une condition sociale biseautée au départ.

Hervé MESTRON : Gazon paillasson. Editions LBS sélection. Parution le 17 mai 2018. 168 pages. 15,00€.

ISBN 978-2378370305

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28 septembre 2018 5 28 /09 /septembre /2018 06:43

Yo ho sur l'heure

Hissons nos couleurs.

Hissez haut, l'âme des pirates

Jamais ne mourra…

Tim POWERS : Sur des mers plus ignorées…

Curieusement édité dans la collection Science-fiction des éditions J’Ai Lu, ce roman de Tim Powers relève plus de l’épouvante et du fantastique tant par sa teneur que par l’ambiance qui y règne.

Magnifique roman d’inspiration martine et de sorcellerie, Sur des mers plus ignorées… nous plonge au cœur de la piraterie, de la flibusterie du début du XVIIIe siècle, mais aussi de la magie et des pratiques vaudou.

John Chandagnac, marionnettiste, vogue vers le Nouveau Monde, les Antilles, afin de récupérer une plantation dont l’a spolié son oncle. Sur le navire qui l’emmène vers ces terres lointaines, il fait la connaissance d’Elisabeth, une jeune fille charmante, tyrannisée par son père, Benjamin Hurwood, et le compagnon de celui-ci, le docteur Léo Friend, un médecin aux pratiques bizarres.

Leur bâtiment tombe entre les mains de pirates et John est capturé ainsi que les autres voyageurs qui, curieusement, ont facilité l’arraisonnement du bateau.

John Chandagnac est alors entraîné dans une folle équipée qui el conduit d’Haïti à la Jamaïque, en passant par la presqu’ile de la Floride, et connait bon nombre d’aventures épiques, entrecoupées de sortilèges, de pratiques initiatiques à la religion vaudou.

Des combats navals parsèment son parcours, des luttes sans merci l’opposent à des zombies ainsi qu’à des magiciens.

 

Après Les Voies d’Anubis publié dans la même collection, et qui a obtenu le prix Apollo en 1987, Tim Powers confirme avec Sur des mers plus ignorées…

Je n’aurais qu’un seul reproche à faire, et il sera adressé à l’encontre de l’illustrateur de la couverture, David A. Hardy, qui, au milieu des navires de pirates a dessiné un vaisseau spatial qui n’a aucune raison d’être. A moins que cela soit un nouveau tour de magie.

Ce roman a inspiré Ted Elliott et Terry Rossio pour l’écriture du scénario de Pirates des Caraïbes, la fontaine de jouvence, la quatrième opus de la saga Pirates des Caraïbes, ce qui a entraîné sa réédition chez Bragelonne en 2011.

Réimpression J’Ai Lu. Parution décembre 1994.

Réimpression J’Ai Lu. Parution décembre 1994.

Réédition Bragelonne N°330. Parution mai 2011.

Réédition Bragelonne N°330. Parution mai 2011.

Tim POWERS : Sur des mers plus ignorées… (On Stranger Tides – 1987. Traduction France Marie Watkins). Collection SF N°2371. Editions J’Ai Lu. Parution Avril 1988. 352 pages.

Réimpression J’Ai Lu. Parution décembre 1994.

Réédition Bragelonne N°330. Parution mai 2011.

ISBN : 2-277-22371-9

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26 septembre 2018 3 26 /09 /septembre /2018 06:47

Une histoire, deux lectures.

Henri VERNES & Gérald FORTON : La piste de l’ivoire.

Présenté comme la cent-unième aventure de Bob Morane et paru en volume en 1970 sous le numéro 101 dans la collection Pocket Marabout, cette histoire avait bénéficié d’une publication en bande dessinée entre le mois d’août 1962 et le mois de février 1963 dans le magazine Femmes d’Aujourd’hui.

Sur un scénario d’Henri Vernes, Gérald Forton assumait la partie dessins en noir et blanc. Le nom de Gérald Forton n’est pas inconnu des amateurs de bandes dessinées, car outre le fait d’être le petit-fils de Louis Forton, le créateur des Pieds Nickelés, il a publié dans de nombreux supports pour la jeunesse dont le Journal de Spirou, réalisant soixante neuf histoires de L’Oncle Paul à partir de 1952 (il a alors vingt-deux ans) mais également pour Le Journal de Tintin, Vaillant, Pilote, Pif Gadget, il participé également à d’autres aventures, cinématographiques notamment, comme scénariste-imagier pour Toy Story 1.

 

Les deux versions sont donc réunies dans ce volume mais comme il s’agit d’une publication poche, il vaut mieux posséder de très bons yeux pour en apprécier les phylactères et les lignes du scénario. Toutefois le collectionneur pourra toujours essayer de se procurer la version album parue aux éditions Deligne en 1979.

 

Il faut toujours tenir ses promesses. C’est l’amer constat qu’effectue Bill Ballantine, l’Ecossais géant roux obligé de déguster son chapeau, après toutefois une petite préparation aux oignons et à la sauce tomate, pour avoir déclaré que si lui et ses compagnons arrivaient à attraper Zourk, il mangerait son couvre-chef. Mais pourquoi et comment en est-il arrivé à cette extrémité dommageable ?

Alors qu’ils parcourent les savanes du Tanganyika afin de prendre en photos des animaux sauvages, Bob Morane et son ami Bill Ballantine se trouvent à manquer de pellicules. Ils arrivent dans un petit village, Usongo, qui possède un magasin ancêtre des grandes surfaces, modèle réduit, qui propose aussi bien des armes, des lampes tempêtes, de l’alimentation, et heureusement des pellicules photos.

Six individus qui consomment au bar se moquent des deux aventuriers et les échanges verbaux s’enveniment. Le boutiquier prévient les deux amis que le chef de bande se nomme Tholonius Zourk et est un redoutable chasseur d’éléphants. La bagarre qui s’ensuit tourne à l’avantage de Bob Morane et Bill Ballantine qui prennent une chambre à l’hôtel local.

Le lendemain ils aperçoivent Zourk et ses camarades quitter le village à bord d’un Land-Rover. Eux-mêmes reprennent la route à bord de leur GMC et en cours de route décident de prendre quelques clichés de rhinocéros et autres animaux. Ils entendent un coup de feu tiré au loin ce qui fait fuir les rhinocéros en train de batifoler. Ils se font apostropher par un jeune homme placé dans leur dos qui leur signifie rudement que la chasse est interdite. Ils plaident leur bonne foi mais devant l’injonction de leur interlocuteur de filer en laissant leurs armes, une méprise car il ne s’agit que d’une caméra spéciale que tient Bob, Bill Ballantine se rebiffe. Le jeune homme perd son chapeau et ils se rendent compte avec stupeur qu’il s’agit d’une jeune fille. Ann Kircher démontre que celle qu’il avait inconsidérément qualifiée de minette pratique les arts martiaux avec maestria.

Ann Kircher est la fille du garde-chasse local, un conservateur de gibier chargé de préserver la faune. Le malentendu est rapidement effacé, mais à nouveau des coups de feu se font entendre au loin. Les Kasongos attaquent l’habitation paternelle pense aussitôt Ann. Tout le monde en voiture, Bob Morane au volant de leur GMC et Ann à celui de son véhicule tout terrain. Effectivement, ce qu’Ann avait prédit se produit et ils arrivent à temps, quoique, apparemment, les Kasongos n’ont guère de cœur à l’ouvrage.

Mais leur aventure n’est pas finie. Si effectivement Bob Morane et Bill Ballantine parviennent à s’emparer de Zourk qui dirige les indigènes, ce qui vaut l’épisode mémorable de dégustation de chapeau, celui-ci parvient à s’échapper. Ensuite c’est au tour des deux compères d’être enfermés dans une case par les Kasongos. Grâce à un subterfuge ils s’échappent et retrouvent Ann et son père.

Ann et ses deux compagnons sont à nouveau poursuivis par les Kasongos, Zork à leur tête. Ils suivent trois éléphants, dont un semble mal en point, qui entrent dans une caverne nichée sous une cascade. La terre tremble. C’est le Viraronga, un volcan, qui se réveille, et un feu de brousse se propage.

 

La Piste de l’ivoire est un pur roman d’action et d’aventure, et cet épisode n’intègre pas, comme c’est souvent le cas, d’éléments fantastiques. Pas d’animaux fabuleux, mais la faune sauvage de la savane. Une intrigue mouvementée au cours de laquelle Bob Morane et ses compagnons risquent à plusieurs reprises leur vie, mais leur force de caractère, leur volonté, et une bonne dose de chance leur permettent de braver les éléments et les hommes. Cette histoire est également l’occasion de pointer du doigt les chasseurs d’éléphants et de rhinocéros, des pilleurs d’épaves qui n’en veulent qu’à l’ivoire, denrée fort recherchée pour diverses raisons mercantiles.

Lors de l’écriture du scénario en 1962, le Tanganyika venait d’obtenir son indépendance, le 9 décembre 1961 exactement, et à aucun moment Henri Vernes n’émet un commentaire désobligeant envers cette toute jeune nation. Tout juste s’il se permet d’affirmer que les indigènes ne souhaitaient pas être civilisés, les Pygmées principalement. Mais il reconnait, lors de la rencontre entre Bob Morane et le chef de l’état, qui n’est pas nommé, que celui-ci est un homme affable, compréhensif, désirant aider son quémandeur, se montrant en tous points courtois et diplomate.

Henri VERNES & Gérald FORTON : La piste de l’ivoire.

L’épilogue du roman diffère légèrement de celui de la bande dessinée, mais Henri Vernes a rectifié quelques détails lors du passage de la BD en roman, sans que cela soit préjudiciable pour l’un ou l’autre version.

Henri VERNES & Gérald FORTON : La piste de l’ivoire.

Henri VERNES & Gérald FORTON : La piste de l’ivoire. Collection Bob Morane 2030/101. Editions Ananké. Parution 4 mars 2005. 202 pages.

ISBN : 978-2874181221

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25 septembre 2018 2 25 /09 /septembre /2018 07:24

Une autre facette littéraire du créateur

d’Arsène Lupin !

Maurice LEBLANC : La frontière.

Quarante ans ont passé depuis la défaite de Sedan, mais Morestal, maire et conseiller de Saint-Elophe dans les Vosges, examine chaque jour de chez lui la frontière avec l’Allemagne.

Ancien entrepreneur et propriétaire d’une scierie florissante il a fait construire une grande demeure au hameau du Vieux-Moulin d’où il peut surveiller la région, et principalement la partie des Vosges devenue allemande. Il remarque ce matin-là à l’aide de son télescope sur pied qu’un poteau allemand marquant la frontière vient d’être mis à bas. Et ce n’est pas la première fois qu’un tel incident de ce genre se produit.

Un homme arrive en catimini le prévenant qu’un déserteur doit passer la frontière le soir même. Mais Morestal n’aime pas trop ce Dourlowski à la mine chafouine. D’autant que son fils, professeur quadragénaire et sa femme Marthe doivent arriver bientôt. Ils résident à Paris et ne se sont pas vus depuis un certain temps. Justement ils sont aux portes du jardin. Les retrouvailles vont toutefois se teinter d’acrimonie.

En effet, autant Morestal est un revanchard, n’acceptant pas la spoliation d’une partie du territoire français par l’Allemagne, autant Philippe est un pacifiste convaincu, ayant déjà deux ouvrages à son actif. Il vient d’en publier un troisième, La Paix quand même, sans nom d’auteur. Bientôt la conversation tourne autour de ce sujet qui divise les deux hommes, mais Morestal ignore que c’est son fils qui a publié cet ouvrage qu’il déclare tendancieux et antipatriotique.

L’arrivée de Jorancé, le commissaire spécial, et de sa fille Suzanne, clôt les débats. Philippe est content de retrouver la jeune fille qui vit seule avec son vieux père, sa mère étant partie en goguette à sa naissance. Suzanne a vécu quelques temps avec Marthe et Philippe à Paris, le professeur la promenant dans la capitale à la découverte des monuments et l’emmenant à des spectacles.

Mais entre Suzanne et Philippe se sont tissés des liens qui pourraient faire éclater le ménage. Philippe tente de résister aux assauts de la belle Suzanne, mais avec de plus en plus de difficultés.

Morestal a le malheur de dessiner un croquis sur lequel il dessine un passage dans la frontière, puis qu’il jette dans une corbeille. Alors qu’il a le dos tourné Dourlowski s’empare du document. Morestal et Jorancé se rendent de nuit dans le bois où doit passer le déserteur, et ils sont accompagnés pendant un certain temps de Philippe qui les quitte afin de rejoindre Suzanne. Mais erreur ou pas, ils sont faits prisonniers par des Allemands qui leur reprochent d’avoir franchi la frontière.

 

Toute l’intrigue de ce roman tourne autour de la personne de Philippe Morestal et propose deux histoires passionnantes. La confrontation entre le père qui prône la revanche en aidant les déserteurs dans un esprit belliqueux envers les Allemands et le fils pacifiste convaincu, et l’amour qui s’instaure entre Philippe et Suzanne sous les yeux de Marthe.

Ce fait divers marque d’une façon négative les relations franco-germaniques. Morestal est libéré mais est obligé d’être soigné par le docteur de famille à cause d’un cœur défaillant. Cela ne l’empêche pas de vilipender les Uhlans qui détiennent son ami Jorancé. Cet incident remonte jusqu’aux plus hautes instances gouvernementales, aussi bien du côté français que du côté allemand. Et le spectre de la guerre est ressenti différemment. Comment réagira Philippe dans ce conflit qui se prépare ? Un cas de conscience qui le divise.

 

La Frontière est un roman prémonitoire car publié en 1911, il anticipe certains événements qui vont précéder la guerre de 1914/1918. Evidemment la déclaration de guerre n’est pas sujette à cet épisode, mais c’est la confrontation entre les esprits belliqueux et les pacifistes qui est ici analysée. Et il faut bien reconnaître que la frontière entre les deux pays était une véritable passoire. Et les soldats Alsaciens intégrés de force dans l’armée allemande n’avaient qu’une envie, celle de franchir la ligne bleue des Vosges.

Roman de guerre, roman d’anticipation non scientifique, roman de paix et roman d’amour également, La Frontière n’a pas subi les outrages du temps, et se lit avec plaisir. Ce roman pourrait très bien avoir été écrit par un auteur actuel, seul le style littéraire différencie car aucune fausse note n’est à relever, aucune vulgarité, aucune grossièreté, aucune scène équivoque n’est à déplorer. C’est également un reportage, un témoignage sur l’état d’esprit d’une partie de la population française.

 

Ceux qui regardent en avant peuvent encore comprendre les croyances d’autrefois, puisqu’elles furent les leurs quand ils étaient jeunes. Mais ceux qui s’accrochent au passé ne peuvent pas admettre des idées qu’ils ne comprennent pas et qui heurtent leurs sentiments et leurs instincts.

Mais la chasse mon garçon, c’est l’apprentissage de la guerre.

Toutes les douleurs individuelles, toutes les théories, tout disparraissait devant la formidable catastrophe qui menaçait l’humanité, et devant la tâche qui incombait à des hommes comme lui, affranchis du passé, libres d’agir suivant une conception nouvelle du devoir.

Le monde aura entendu la protestation de quelques hommes libres, de professeurs comme moi, d’instituteurs, d’écrivains, d’hommes qui réfléchissent et qui n’agissent que d’après leurs convictions, et non comme des bêtes de somme qui vont à l’abattoir pour s’y faire égorger.

Si vous préférez la version pour liseuse, vous pouvez télécharger gratuitement le texte de La Frontière sur le site suivant :

A découvrir également :

Maurice LEBLANC : La frontière. Collection Mikros Classique. Editions de l’Aube. Parution 5 avril 2018. 296 pages. 14,00€.

Première publication dans L’Excelsior du 16 décembre 1910 au 23 janvier 1911. Publication en volume chez Lafitte en septembre 1911.

ISBN : 978-2815927949

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24 septembre 2018 1 24 /09 /septembre /2018 06:40

Par l’auteur de Des souris et des hommes et de

A l’est d’Eden…

John STEINBECK : La grande vallée.

La grande vallée, c’est celle de Salinas, dans le comté de Monterey en Californie centrale. Si aujourd’hui cette ville de Salinas compte environ 150 000 habitants, au moment où John Steinbeck écrivit ce recueil de nouvelles, sa population était de 11 000 âmes environ.

Natif de cette ville, John Steinbeck s’est très souvent servi du décor de ce comté et de ses habitants pour ses romans dont le célèbre A l’est d’Eden qui fut adapté en film par Elia Kazan en 1955 avec à l’affiche l’immortel James Dean.

Ce Prix Nobel de Littérature 1962 s’est beaucoup inspiré de ceux que l’on appelle les petites gens, les paysans, les ouvriers, les immigrants, les humbles, les laissés pour compte, écrivant des ouvrages contestataires, voire révolutionnaires, tel que Les Raisins de la colère, roman dont il n’avait pas présagé le succès et qui fut interdit de diffusion dans certaines villes californiennes. A cause du langage utilisé mais également des idées qui y sont développées.

 

Ainsi dans La rafle, première nouvelle du recueil, deux personnages arpentent les rues de la petite ville californienne. Le plus âgé essaie de rassurer son jeune camarade qui doit prononcer un discours auprès de quelques ouvriers. Le jeune espère devenir délégué tout comme l’ancien. Il connait son discours par cœur. Lorsqu’ils arrivent dans la cabane qui sert de lieu de rendez-vous, personne n’est présent.

Les nouvelles suivantes sont plus intimistes et mettent en scène des couples. Ainsi dans Les chrysanthèmes, Elisa aime jardiner et elle soigne ses plantes, surtout ses chrysanthèmes dont elle est très fière. Elle a la main verte. Son mari lui en fait compliment et lui propose de sortir le soir, puisque c’est samedi. Il vient de vendre une trentaine de bouvillons, à un bon prix, et il doit aller les chercher dans la montagne. Elisa, restée seule, est abordée par un rémouleur-étameur qui parcourt les routes de Seattle à San Diego, en passant par Salinas. Il a emprunté un chemin de traverse, mais même s’il n’est pas sur sa route habituelle, il ne se pose pas de questions. Si, une, comment il va faire pour manger le soir même. Il propose à Elisa d’affuter ses ciseaux, ses couteaux, mais la jeune femme n’a besoin de rien. C’est un peu une récréation dans la vie d’Elisa et elle lui demande de porter des plantes à une voisine et lui offre la pièce pour avoir décabosser deux vieilles casseroles.

Dans Le harnais, nous faisons la connaissance de Peter Randall, un fermier hautement respecté du comté de Monterey. Mais sa femme Emma est malade. Une fois par an Randall part en voyage d’affaires, pour une semaine, et lorsqu’il revient Emma tombe malade durant un mois ou deux. Et puis elle décède. Randall est sonné, et il confie à Ed Chappell, son voisin, qu’il était quelqu’un de bien, sauf une semaine par an. S’il était un homme bien c’était grâce à sa femme qui malgré sa faible constitution savait le diriger. Sauf une fois par an, pendant une semaine.

Le narrateur de Johnny l’ours est le responsable du dragage des marais dans les environs de Loma. Il est hébergé dans une chambre sinistre mais passe la plupart de son temps dans une cambuse flottante, afin de diriger ses hommes. Un soir, dans un bar, il est le témoin d’un spectacle inhabituel, pour lui. Johnny l’ours, un garçon un peu niais, se met à imiter deux habitants du village. Il restitue aussi bien les voix masculines que féminines, ce qui n’est pas sans conséquence sur la quiétude villageoise. Car ce qu’il dégoise n’est autre que ce qu’il a entendu en se planquant sous les fenêtres des habitations et la vie privée est ainsi étalée en public, au grand amusement des consommateurs. Mais il arrive que Johnny l’ours dépasse les bornes.

Mary Teller aime son mari, mais plus encore l’ordre, le rangement, la disposition exacte des objets et surtout son jardin. Elle soigne ses fleurs et son mari n’a qu’à acquiescer devant le sens pratique qui anime sa jeune épouse. Elle est souvent dans son aire de jeu, plantant, enlevant à la nuit tombée limaces et escargots. Et elle se délecte à regarder les oiseaux se désaltérer, surtout une petite caille blanche. Mais elle a peur de l’intrusion d’un chat. La caille blanche, titre de cette nouvelle, est-elle le volatile qu’elle contemple ou justement elle, cette amoureuse de la faune et de la flore ?

Cette fascination pour les animaux, on la retrouve dans Le Serpent. Le jeune docteur Phillips, biologiste, possède un laboratoire à Monterey. Une maison dont une partie est érigée sur des pilotis plongeant dans les eaux de la baie. Il procède à des expériences et à des dissections. Il possède entre autres des serpents et des rats. Un soir, une femme brune vient le rejoindre dans son antre, désirant assister à l’engloutissement d’un rat par un de ses reptiles. Elle lui propose même d’acheter un de ses animaux pour son plaisir.

 

Treize nouvelles d’inspiration diverse mais toutes tournant autour de ce coin de la Californie où John Steinbeck est né, a vécu, et qui a servi de décor dans bon nombre de ces romans et nouvelles. Tendres, humoristiques parfois, émouvantes souvent, dérangeantes également, sociales la plupart du temps. Frustrantes dans certaines conditions car l’épilogue proposé incite le lecteur à poursuivre l’histoire à sa convenance, ou alors, ce même lecteur aurait aimé que cela se termine autrement. Mais c’est bien l’auteur qui décide.

Steinbeck est profondément attaché à sa terre et à ceux qui y vivent, provenant d’origines diverses. Des paysans, des migrants, des petites gens qui évoluent dans des conditions quelquefois dramatiques, se révélant les jouets du destin ou tout simplement subissant des occasions manquées, avec au bout du compte un avenir guère radieux.

A noter que parmi ces nouvelles, Le poney rouge, la plus longue d’entre elles, avait été publié quelques années auparavant comme livre pour enfant.

 

Sommaire :

La rafle

Les chrysanthèmes

Un petit déjeuner

Le harnais

Johnny l'ours

Le vigile

Le meurtre

La caille blanche

Le serpent

Fuite

Le poney rouge

Le chef

Sainte Catherine, vierge

John STEINBECK : La grande vallée. Nouvelles. (The Long Valley – 1938. Traduction Marcel Duhamel et Max Morisse). Collection Du monde entier. Editions Gallimard. Parution 9 février 1946. 280 pages.

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23 septembre 2018 7 23 /09 /septembre /2018 06:36

Araignée du matin, chagrin

Araignée du soir, plumard ?

Philippe HERIAT : L’araignée du matin.

J’avais quinze ans. J’étais vierge. J’attendais l’amour. Ce fut l’amitié qui vint d’abord.

C’est par ces lignes que le narrateur, Larive, entame son récit, alors qu’il est âgé de trente-quatre ans. Il se remémore.

Son arrivée au lycée Lakanal de Sceaux, son logement à Bourg-la-Reine, ses dimanches avec son grand-père au Châtelet, ses différentes désillusions sont décrites avec une sorte de ressentiment.

D’abord, alors que la rentrée s’est effectuée deux semaines auparavant en Première A, le professeur de français, latin et grec, un certain monsieur Niquet (je ne m’étendrai pas sur ce patronyme) demande à ses élèves de narrer leur plus belle journée de vacances. L’exemple type de rédaction proposée à l’époque et même plus tard. Larive y met tout son cœur et pense être, sinon le premier, au moins parmi les premiers. Cruelle désillusion, il est dernier et ses condisciples se gaussent devant les saillies de Niquet, en bons futurs flagorneurs. Seul un élève, un Parisien faraud du nom de Berthet, le félicite, déclarant qu’un type à l’Œuvre écrit tout bonnement pareil. Il est bon à cet âge de trouver du soutien.

Comme ses parents sont en poste à Saigon, il loge chez une institutrice qui tient également une pension pour une dizaine de collégiens. Il possède sa chambre particulière mais il est astreint à quelques contraintes d’horaires. De plus madame Hermentier, le nom de la logeuse, est réfractaire à l’électricité, aussi doit-il faire ses devoirs à la lampe à pétrole dans la salle d’étude. Il s’essaie à rimailler, et quand madame Hermentier découvre ses poèmes, c’est pour se moquer de lui devant tout le monde. Elle lui déclare même qu’il a une araignée dans la tête.

Il est déçu mais va trouver une compensation en l’amitié qu’il se découvre au contact de Max Berthet. Celui-ci s’est fracturé une jambe et la mère du gamin demande à se qu’il vienne rendre visite à l’éclopé. Le début d’une relation amicale en laquelle Larive compte beaucoup. C’est la première fois qu’il a un ami, et il le crie à tout le monde. Il philosophe et ses camarades s’esbaudissent.

Tu me fais bien rigoler, dit un de nos camarades. L’amour, l’amitié ! Dans ces bateaux-là, on ne se montre jamais comme on est, et on ne veut rien voir chez le voisin. D’abord, en amour, les femmes ne sont plus elles-mêmes, et en amitié… Tu connais, toi, une amitié absolument désintéressée ?

L’année scolaire était terminée, les vacances ont passé, et cette conversation se déroulait, alors qu’ils étaient au Lycée Louis-Le-Grand à Paris, sur la terrasse des jardins du Luxembourg. Larive enregistre sa première désillusion. Max lui annonce qu’il a une maîtresse, madame Crespelle, une veuve, et il lui propose de la rencontrer.

Alors, l’amour, ce n’était donc pas notre amitié ? Se plaint Larive le soir, seul dans sa chambre.

Effectivement, madame Crespelle reçoit chez elle les deux amis, et Larive est subjugué. D’autant qu’une lettre, qu’il doit retourner à l’expéditrice, l’informe qu’elle le préfère à Max. Il n’est qu’un jouet et cette belle amitié dont il s’enorgueillissait vole en éclats, sans bruit.

 

Retour sur l’adolescence, au moment où les sens commencent à s’éveiller, L’araignée du matin est un court roman sobre dans lequel le narrateur expose ses espoir, ses doutes, ses affres.

Sa déception est immense lorsqu’il se rend compte qu’il a été trahi. Par Max, par madame Crespelle ? Par les deux ? Et il va jusqu’à penser à se suicider mais il faut savoir que des impondérables se glissent dans les décisions mûrement envisagées. Et l’adolescent perdu dans ses illusions trimbalera durant vingt ans cette araignée qui s’est logée dans sa tête. Et qui continue à tisser sa toile car Larive ne peut échapper à ses souvenirs.

Et le passage entre l’adolescence et la maturité est ponctuée par La Grande guerre, car Berthet pour des raisons qui lui sont personnelles s’engage avant d’être appelé, et Larive en fera tout autant.

Ce volume est complété par une nouvelle, Le départ de Valdivia.

Philippe HERIAT : L’araignée du matin. Illustrations de Antral. Collection Le Livre Moderne Illustré N°222. Editions J. Ferenczi et Fils. Parution le 23 mai 1935. 160 pages.

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22 septembre 2018 6 22 /09 /septembre /2018 06:24

Laisse un goût de miel ?

Jonathan CARROLL : Le baiser aux abeilles

Neuf romans et trois mariages. Ratés ! Les mariages, s’entend, car pour ce qui est des romans, ce sont des best-sellers. Mais l’inspiration de Sam Bayer est depuis quelques temps aux abonnés absents et sa plume ne veut plus courir sur le papier.

Son éditeur et son agent littéraire le pressent de leur fournir un nouveau livre rapidement, mais cela ne s’écrit pas à la demande. Cela n’empêche pas Sam Bayer d’entretenir sa popularité lors de nombreuses séances de dédicaces, les lecteurs étant toujours aussi nombreux et friands de petits mots et de signatures sur les bouquins qu’ils possèdent ou viennent d’acheter.

Lors d’une séance organisée dans une librairie new-yorkaise, une jeune femme se présente à lui, avec quelques romans. Elle est collectionneuse et possède des ouvrages traduits en plusieurs langues. Sam Bayer, qui ne baille pas, est subjugué par cette beauté qui se nomme Veronica Lake. Comme l’égérie du cinéma américain des années 1940.

Rentrant chez lui dans le Connecticut, Sam Bayer ressent brusquement le besoin de retourner à sa maison. Pas celle où il vit actuellement, une grande bâtisse dans laquelle il vit seul en compagnie de son peu agréable chien Louie, mais celle de son enfance à Crane’s View. Il a quitté la petite ville trente ans auparavant, et la dernière fois qu’il y est retourné remonte à dix ans. Une bouffée de nostalgie l’étreint.

Il s’arrêt au Scrappy’s Diner, le lieu de rendez-vous des adolescents à son époque, et les souvenirs affluent. Afin de le faire patienter, la serveuse lui propose de consulter l’annuaire du lycée local. Ainsi il pourra reconnaitre d’anciens professeurs qui exercent toujours. Interloqué il aperçoit un visage inconnu mais qui est associé à un nom qui lui ne s’est pas dissolu dans sa mémoire. Pauline Ostrova.

Sa Pauline Ostrova était la tante de celle dont le portrait figure sur cet annuaire. Etait, car la Pauline Ostrova qu’il a connu est morte. Il avait repêché son corps flottant dans l’Hudson, un soir qu’il s’amusait avec ses copains, une petite bande vauriens. Il n’avait que quinze ans, et cet épisode l’avait fortement marqué. Un coupable présumé avait été arrêté, le petit ami de Pauline. Or Edward Durant, c’était son nom, avait avoué, et incarcéré à Sing Sing. Le jeune homme s’était pendu dans sa cellule ne supportant plus de servir de fille aux caïds de la prison.

Sam Bayer est persuadé tenir le sujet de son prochain roman et il en informe son éditeur et son agent. Il en fait part également à sa fille Cassandra, seize ans ainsi qu’au petit ami de celle-ci, lequel va l’aider dans ses recherches. Car il se demande si Edward Durant, malgré ses aveux, était réellement coupable Pauline étant connue comme une jeune fille volage butinant les jeunes pousses et les vieilles tiges. Il retrouve également quelques anciens amis, dont Frannie McCabe, qui est devenu le responsable de la police de Crane’s View. L’ancien loubard devenu policier, Sam Bayer n’en revient pas. Veronica Lake elle aussi apporte son soutien et sa possibilité d’effectuer des recherches sur certains des habitants de Crane’s View, ceux qui étaient susceptibles d’être à l’origine du meurtre de Pauline Ostrova.

Mais ces recherches dans le passé semblent importuner quelqu’un et Sam Bayer reçoit des messages l’invitant à calmer ses ardeurs de détective, tandis que d’autres, au contraire, sont pressés de lire son futur manuscrit. Et quelques cadavres vont parsemer ses recherches.

 

Le seul reproche que l’on peut effectuer à propos de ce roman, et encore n’est-ce qu’un avis personnel, réside dans la longueur de cette enquête particulière. En effet plus d’une année va s’écouler entre le début de la résolution de Sam Bayer de remonter le passé, et l’épilogue final qui apportera la solution.

Malgré cette petite réserve, l’intrigue de ce roman est particulièrement intéressante pour plusieurs raison. L’enquête en elle-même bien évidemment, mais aussi les rapports parfois ambigus entre les différents protagonistes. Entre Veronica Lake et Sam Bayer surtout.

Cette relation est un peu du genre Je t’aime moi non plus, car la jeune femme apporte des éléments confidentiels sur des événements passés qu’elle puise auprès de personnages peu recommandables parfois. Et Sam Bayer apprend par des moyens détournés des épisodes peu glorieux sur la jeunesse de Veronica, ce qui lui chamboule l’esprit. L’ami de cœur de sa fille Cassandra lui non plus n’est pas inactif car malgré son jeune âge, il s’infiltre dans des réseaux informatiques et soulève de nombreux lièvres.

Il existe entre Sam Bayer et l’auteur une certaine corrélation. Et la difficulté de trouver l’inspiration de la part de l’écrivain de papier est peut-être celle que peut ressentir l’écrivain de chair. Une impression qui se dégage dans les premières pages, et la rencontre entre Veronica Lake et le romancier peut se traduire par un épisode réel, vécu. Car le lecteur ne se rend pas toujours compte du travail de l’écrivain pour la promotion d’un roman.

Les tournées de promotions peuvent être exaspérantes et épuisantes. Trop de villes en trop peu de jours, des interviews avec des gens qui n’ont pas lu votre livre mais ont besoin de vous pour remplir quelques minutes d’une émission télé ou radio sans queue ni tête, des repas solitaires dans des restaurants lugubres… A mes débuts, ces tournées me semblaient excitantes et romantiques ; à présent, je m’en acquittais comme je serais allé pointer à l’usine.

Une réflexion qui sent le vécu. Et le sexe dans les romans, qu’en pensent l’auteur et son double ?

Quoique mes romans comportent beaucoup trop de scènes de sexe de bas étage, je ne tenterai même pas de décrire ce qu’a été mon expérience avec Veronica Lake. Les mots sont impuissants à traduire le sexe. Bien sûr, on peut toujours faire monter les blancs en neige afin de créer des simulacres, d’accoupler verbalement des éléments de corps, mais le résultat est aussi éloigné de la réalité que peut l’être une carte postale d’un authentique paysage.

 

Le drame de la vieillesse, c’est de ne plus pouvoir mettre en pratique le savoir qu’on a mis si longtemps à acquérir.

Le problème n’est pas de s’aimer, mais de vivre ensemble. Quand l’amour vous bâtit une maison, c’est à vous de la meubler.

Jonathan CARROLL : Le baiser aux abeilles (Kissing the Beehive – 1998. Traduction Nathalie Serval). Collection Imagine. Editions Flammarion. Parution le 20 mai 2002. 308 pages. 16,30€.

ISBN : 978-2080682642

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21 septembre 2018 5 21 /09 /septembre /2018 07:58

Miss Atomos contre le Mal blanc américain !

André CAROFF : Miss Atomos contre K.K.K. La saga de Madame Atomos volume 2.

Les Etats-uniens du sud, mais ce ne sont pas les seuls, n'aiment pas que des femmes blanches couchent avec des hommes noirs. Et les affiliés au Ku-Klux-Klan veillent.

Ils ont remarqué que Dora Wilkins, jeune journaliste blanche, recevait chez elle le matin un jeune Noir travaillant dans le même média local de Birmingham, Alabama. Cinq hommes sont chargés d'appliquer la peine prévue dans ce cas et s'introduisent dans la maison située dans une rue tranquille. Ils écoutent partiellement la conversation engagée entre les deux amants et ne font pas attention à leurs paroles. La femme explique qu'elle est différente entre neuf et dix heures le matin et que ce n'est qu'au cours de ce court laps de temps qu'elle peut le recevoir.

Les membres du K.K.K. ne s'embarrassent pas de détails et se servent de leurs couteaux pour tuer les deux amants, puis ils les pendent au balcon de la chambre. Un travail rapidement réalisé dont ils sont fiers et devrait dissuader les récidivistes.

Un trimardeur qui parcourt le pays à la recherche de petits boulots aperçoit les deux corps se balançant à la balustrade et, funeste initiative, les décroche. D'autant que, lorsque les policiers arrivent sur place, prévenus par le directeur du journal qui furieux de l'absence de sa jeune stagiaire s'était rendu à son domicile, il ne reste que le corps de Bob. Celui de Dora a mystérieusement disparu.

Peu à peu, les agresseurs de Dora sont retrouvés morts, assassinés. D'abord Greg, celui qui conduisait l'expédition punitive, égorgé. Sur son cadavre nu ont été inscrits les mots : Hiroshima, Nagasaki, avec les compliments de miss Atomos. Puis d'autres, dont Forrest, le responsable du K.K.K. local. Une jeune femme s'était présentée chez Forrest, se nommant Catherine Lomakine, alias Dora Wilkins. Elle se sert d'une sorte de stylo-laser pour se débarrasser du peu scrupuleux personnage qui se réfugie comme tous les membres du K.K.K. dans la religion. Une posture pour justifier leur ségrégation et leur racisme.

Catherine Lomakine et, en sous-main Miss Atomos, ont juré d'abattre tous les membres du K.K.K. et bientôt le nombre de défunts atteint les trois-cent-cinquante membres.

Cette affaire de vengeance ne pouvait pas passer inaperçue du docteur Alan Soblen lequel prévient Smith Befford. L'homme du FBI a pris la relève du Singe depuis le décès de celui-ci, et veille sur le cadavre de son ancien patron en se rendant tous les jours sur sa tombe dans le cimetière floridien. Il espère toujours revoir Mie Azusa qui avait rejoint l'île flottante Atomos.

C'est Mie Azusa qui le contacte par téléphone, afin de lui dire qu'elle l'aime, mais seulement une heure par jour. Tandis que Smith Beffort est lui aussi amoureux, mais vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Un dilemme.

Le K.K.K. traqué décide de demander au FBI de protéger ses membres, un comble. Des événements mystérieux se produisent, des boulles traversent le pays, et une sorte de soucoupe a été aperçue. L'armée est réquisitionnée.

Yosho Akamatsu, agent de la Tokkoka, police spéciale nipponne, arrive de Tokyo, rejoignant ses amis Befford et Soblen. La soucoupe est localisée, grâce à la filature exercée sur des hommes-robots affilés à la mystérieuse organisation Atomos. Akamatsu, déguisé comme ces membres dépendants de l'île Atomos, suit Catherine Lomakine, qui a été repérée, et s'introduit dans la soucoupe, calquant ses gestes sur les personnages qui sont déjà à l'intérieur. Pendant ce temps, Beffort et Soblen s'emparent de Mie Azusa afin de la confier à un chirurgien chargé de lui ôter le micro-processeur qu'elle possède à l'intérieur du crâne. Une opération délicate qui doit être réalisée avant l'heure fatidique au cours de laquelle la jeune femme redevient miss Atomos.

 

Ancré résolument dans l'anticipation et la science-fiction, ce nouveau volume de la série Atomos nous apporte de nouvelles révélations et l'épilogue laisse présager de nouvelles aventures tout aussi rebondissantes et foisonnantes que dans ce livre.

Car les temps morts sont exclus de cette intrigue qui offre un aspect intéressant et inattendu.

André Caroff s'est très bien renseigné non seulement sur les agissements du Ku Klux Klan, sur son organisation, mais également sur ses membres sur l'échelle hiérarchique, n'hésitant pas à mettre en scène les hauts responsables. Mais plus étonnant est la mise en scène des assassinats des Klansmen, à l'aide de stylos-laser et la débandade du Klan obligé de demander au FBI de protéger ses membres. Tout en gardant l'action dans les années 1960, même si la datation n'est pas précisée, car il est fait référence à plusieurs reprises au Président des Etats-Unis de l'époque, Lyndon Johnson qui succéda à J.F. Kennedy après l'assassinat de celui-ci à Dallas. Enfin, autre aspect inattendu, ou presque, c'est l'initiative prise par un général de bombarder la soucoupe sans requérir d'ordre et dont les conséquences auraient pu être encore pire que celles décrites dans le roman.

Outre cette guerre entre Madame Atomos puis Miss Atomos, qui a pris la relève comme on a pu le lire dans l'épisode précédent, dans une vengeance nippone envers les USA et les bombardements qui ont eu lieu sur Hiroshima et Nagasaki, s'intègre une histoire d'amour entre Beffort et Mie Azusa. Cette romance amoureuse sera-t-elle contrariée ou pas, c'est ce que nous lirons dans le prochain épisode, une série qui provoque une véritable addiction.

 

Découvrez le sommaire intégral de ce volume ainsi que la chronique de Miss Atomos dans le lien ci-dessous :

Première édition. Collection Angoisse N°130. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1966. 224pages.

Première édition. Collection Angoisse N°130. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1966. 224pages.

Pour commander cet ouvrage n'hésitez pas à vous rendre sur le lien ci-dessous :

André CAROFF : Miss Atomos contre K.K.K. La saga de Madame Atomos volume 2. Collection Noire N°2. Editions Rivière Blanche. Parution juillet 2006. 428 pages. 28,00€.

Première édition. Collection Angoisse N°130. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1966. 224pages.

ISBN : 978-1-932983-76-0

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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