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23 novembre 2019 6 23 /11 /novembre /2019 05:15

Cicéron fête sa majorité !

Cicéron ANGLEDROIT : Comme un cheveu sur le wok.

Déjà ? Eh oui ! Le plaisir de faire la connaissance de Cicéron Angledroit, de l’homme et de son héros, m’a été donné en 2001 avec De la part des enfants, roman publié aux éditions de la Goutte d’or. Et cet ouvrage qui inaugurait une carrière prometteuse, tout autant pour son créateur que pour sa créature, a été réédité aux Editions de Palémon sous le titre Sois zen et tue-le, vaste programme vous en conviendrez.

Et en dix-huit ans d’existence, le détective a bien évolué. De Titi de banlieue avec ses jeux de mots (et de maux) à la San Antonio, il a pris de l’ampleur, je ne parle pas de son physique, avec une écriture toujours aussi plaisante, mais dans des histoires qui s’intéressent plus à la société qu’à un humour débridé, qualificatif choisi et non innocent puisque les protagonistes de cette nouvelle aventure sont d’origine chinoise.

Et dans ce roman, ce n’est point l’enquête qui importe, quoiqu’elle en soit le facteur primordial d’une série dite d’enquêtes policières, ni le décor qui vogue du XIIIe arrondissement parisien, dans une enclave chinoise, jusqu’à Pigalle et ses attractions supposées artistiques confinées dans des boites sentant tellement le renfermé que les filles sont obligées de se déshabiller pour attirer l’œil concupiscent (en un seul mot, en trois cela devient graveleux) des clients, mais par l’entourage de notre détective privé qui ne l’est pas de tous ses moyens.

En effet, l’évolution annoncée en début de cette notule, si vous avez eu le courage de me lire jusqu’à ces quelques lignes, l’évolution de l’entourage familier de Cicéron est flagrante comme les délits. Mais si voyons, les flagrants délits qui deviennent lors d’affaires d’adultères des flagrants des lits !

La plupart de tous ceux qui ont l’habitude se retrouver au générique disparaissent, la vie est ainsi faite, mais ils ne sont pas forcément morts. Ouf, on a eu chaud et donc ils peuvent revenir un jour s’imposer dans un nouvel épisode.

 

Le principal protagoniste de cette histoire n’est autre René, le voiturier d’Interpascher chargé de ranger les charriots des clients négligents oubliant volontiers sur le parking leur panier à roulettes. Il a été retrouvé dans sa cave alors qu’il vaquait à une louable occupation, transvaser en bouteilles le vin contenu dans un fût, ce qui est fûté. Victime d’une attaque d’AVC, René a été sauvé de justesse et transporté rapidement à la Salpêtrière. Seulement il garde des séquelles de cette attaque inopinée ne reconnaissant personne. Ce qui afflige Cicéron et Momo qui lui rendent visite tous les jours.

Et, entre deux, comme Cicéron n’a pas de casserole sur le feu, entendez par là que personne n’a recours à ses services, il occupe son temps libre outre ses visites à René, à prendre son café en compagnie de Momo, chez Raoul qui n’est plus Raoul. En effet le bistrotier est parti avec Lulu sa nièce vers ailleurs et il a été remplacé par Félix Yu, un Fils du ciel quoiqu’il ne soit pas roi en ce domaine, qui officie au comptoir. Surtout sa serveuse car lui il se contente de regarder les consommateurs qui désaffectent cet établissement depuis son installation.

Et Cicéron s’est trouvé une autre occupation, presqu’à plein temps puisqu’il est de plus en plus avec Vaness’ sa copine fliquette qui lui dresse des P.V. lorsqu’il n’est pas au garde à vous, ce qui ne lui arrive guère. Ses relations avec Brigitte, la préparatrice en pharmacie qui le préparait si bien, sont rompues à cause du départ de celle-ci pour d’autres cieux. Jocelyne, sa belle-mère et maîtresse d’occasion, a préféré prendre ses distances tout en restant chez elle. Quant à Caro et Monique, depuis qu’elles ont le petit Enzo, issu d’un don de soi, il ne les voit plus guère. Pas plus que son fils Enzo, mais tout n’est pas dit. Et pour le reste, les affaires courantes, le repas dominical chez sa mère qui élève sa fille issue d’une précédente union. Mais ne nous étalons pas comme disait la jument, et pensons quand même à l’objet direct de ce roman, l’enquête.

 

Une copine de Vaness’, qui se trouve également être sa voisine du dessus, ayant été fortement impressionnée par les exploits de Cicéron, fictifs ou réels on ne sait jamais avec la fliquette qui veut faire mousser son amant de détective, incite celui-ci lors d’une soirée à appeler un sien ami qui est avocat. Un Chinois qui ne chinoise pas en affaires, du moment que celles-ci soient régulières. Donc ce Maître Olivier Tcheng est chargé de la défense (j’abrège la conversation entre Cicéron et Tcheng) d’une jeune ressortissante chinoise, Xiao Lin Dhû.

Cette jeune fille, étudiante en master de langue comparée (je ne m’étendrai pas sur cette discipline au nom équivoque), a été prise dans une rafle un soir alors qu’elle rentrait chez elle, en même temps que trois prostituées qui traînaient par là. Sa mise vestimentaire n’a pas plaidé pour elle. Il faut dire que pour payer ses études, elle travaille le soir dans un club de strip-tease comme danseuse à la barre. C’est spécial, cela se rapproche un peu de la gymnastique rythmique, mais il y a moins de voyeurs, je veux dire de spectateurs.

Xiao est accusée de proxénétisme et de prostitution, une double casquette qu’elle réfute vivement. La mission de Cicéron, s’il l’accepte, est de dédouaner Xiao de cette double accusation et de monter un dossier imparable et circonstancié démontrant son innocence.

Donc cette Xiao depuis est internée à Fleury-Mérogis et Cicéron accepte de la rencontrer et d’enquêter, l’avocat préférant faire appel à ses services plutôt qu’à la boite à laquelle d’habitude il a recours, pour diverses raisons qui lui sont propres.

Et c’est ainsi que notre ami Cicéron (depuis le temps qu’on se fréquente tous les deux, on peut se targuer d’avoir lié une amitié même si l’on ne se donne pas souvent de nos nouvelles) est amené à se rendre dans le quartier de Pigalle, dans le quartier chinois de Paris dans le XIIIe, à Fleury-Mérogis, à l’Université de Paris 7, sans oublier Villers-sur-Orge où est soigné René depuis son transfert de la Salpêtrière. Sans oublier quelques déplacements accessoires relevant de sa vie privée.

 

Un cheveu sur le wok est ce que l’on pourrait qualifier de roman de transition entre le récit intimiste et le roman policier, l’auteur empruntant une nouvelle voix narrative et s’éloignant des sujets bons-enfants même si les précédents romans œuvraient déjà dans un côté social non négligeable.

Cicéron Angledroit abandonne son côté parodique et humoristique pour s’ancrer, et s’encrer par la même occasion, dans une narration plus grave qui fleurète entre la littérature blanche et la noire avec ses touches de rose, sans pour autant considérer ses lectrices comme des bas-bleus, avec le vert de l’espérance, mais un vert pâle, d’un monde meilleur. C’est peut-être trop demander. L’espérance des bienfaits de l’amitié, serait plus juste.

Et l’enquête policière me demanderez-vous à juste titre ? Disons qu’elle se clôt par une pirouette, normal pour une danseuse même si elle s’accroche à sa barre.

 

Ma mère est audacieuse en matière d’éducation. Elle ne veut pas reproduire ce qu’elle a subi.

 

Comment te dire ? J’ai l’impression de marcher à contresens de la rotation de la Terre et de faire du surplace. Quand je veux faire demi-tour, tout s’emballe et je perds l’équilibre.

 

L’amour avec une femme, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. Sauf que chaque femme est un vélo différent.

 

Dernier ouvrage de Cicéron Angledroit chroniqué :

Cicéron ANGLEDROIT : Comme un cheveu sur le wok. Série Cicé, Momo et René N°11. Editions de Palémon. Parution le 20 septembre 2019. 224 pages. 10,00€.

ISBN : 978-2372605625

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22 novembre 2019 5 22 /11 /novembre /2019 05:15

Amiens, ton univers impitoyaaable !

Max-André DAZERGUES : L’orpheline de la cathédrale.

Sous le porche de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens, une jeune miséreuse de seize ans tend la main, espérant quelque obole de la part des passants peu nombreux.

Il fait froid en ce mois de décembre, et chacun s’empresse de rentrer chez soi. Pourtant cet argent Rosette Darlin en aurait bien besoin pour payer le pharmacien. Son jeune frère Jackie, âgé de neuf ans, est malade, victime d’une broncho-pneumonie, et la mort frappe à la porte du galetas où ils vivent.

Une luxueuse voiture s’arrête et une vieille dame en noir en descend, marchant dans la neige. Elle entre dans l’édifice religieux et le jeune homme qui sert de chauffeur demande à une autre dame restée à l’arrière de donner quelques pièces à Rosette. Et en ressortant de la cathédrale, la vieille dame elle aussi lui glisse dans la main une belle pièce en argent. En la remerciant Rosette lui donne son nom, ce qui provoque une sorte de recul de la personne bienveillante. Toutefois elle une octroie une seconde aumône à cette jeune fille qui dit être orpheline avec son jeune frère malade.

Rosette n’arrive pas à trouver du travail. L’été elle chante dans les cours possédant un joli filet de voix, ou elle vend des violettes. Mais en hiver ? Le chômage règne et il est difficile de dénicher un emploi.

Lorsqu’elle rejoint la petite pièce qu’elle occupe au cinquième étage d’un vieil immeuble, son frère est au plus mal. Grâce à la concierge et à un vieux cabotin, un comédien qui connut son heure de gloire, l’enfant est transporté à l’hôpital en urgence (à cette époque les urgences n’étaient pas débordées comme aujourd’hui).

Heureusement, René, le jeune chauffeur et petit-fils de la dame si bienveillante, a été attiré par la joliesse de cette gamine au visage si doux. Elle-même n’a pas été insensible à ce tête avenante et à ses paroles. Alors il la retrouve et lui promet de lui trouver une place dans l’usine dont sa grand-mère est propriétaire ou dans celle d’à-côté de chez eux.

Et c’est ainsi que le lecteur apprend, en même temps que Rosette, que celle-ci n’est pas orpheline comme elle le croyait mais que son père est toujours vivant, envoyé au bagne dix ans auparavant pour une indélicatesse dans les caisses au détriment de la famille de la vieille dame.

 

Comment cela va-t-il finir ? En général bien car dans ce genre de petit roman misérabiliste, comme en ont écrit Hector Malot, Marcel Priollet ou encore Xavier de Montépin, la fin est heureuse. En général car le lecteur ne peut jamais présumer de l’épilogue même s’il souhaite que celui-ci ne sombre pas dans le mélodrame et la tragédie.

Seulement le drame et la tragédie ont déjà fait leur œuvre, et il faut compter sur les retournements de situation. Comme ce retour inopiné de ce père qui s’est échappé de la Guyane, son temps de bagne terminé mais devant rester durant le même temps de son enfermement sur le territoire guyanais avant de regagner la France.

Tout réside dans l’épisode qui a conduit cet homme à se retrouver emprisonné au bagne à cause d’une femme dont le lecteur apprend que peut-être il n’est pas si coupable de ce dont l’opinion publique et la justice l’accusent.

Un petit roman à l’intrigue simple, émouvante, et pourtant élaborée, et dont certaines péripéties auraient pu être plus longuement exploitées. Mais il fallait respecter la pagination. Et puis, trop en écrire alors que tout l’est déjà fait aux yeux du lecteur aurait alourdi le récit.

 

Max-André DAZERGUES : L’orpheline de la cathédrale. Collection Le Petit Roman N°390. Editions Ferenczi. Parution le 3 juillet 1935. 32 pages.

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21 novembre 2019 4 21 /11 /novembre /2019 05:59

Tous les chemins mènent à… la mort !

Laurent GENEFORT : Le Monde blanc.

Poursuivi par des tueurs, Voss est recueilli à bord de l’arcologie, un vaisseau spatial aux fonctions indéterminées.

Korko l’indestructible, Kriss la jeune fille qui n’a peur de rien sauf de son ventre parasité, Lester le bougon, ne posent pas de questions au rescapé. D’ailleurs fournirait-il une réponse ?

Ils ont fait leur bonne action, cela seul compte. Mais les deux tueurs lancés à la poursuite de Voss ne s’embarrassent pas de principes. Ils tirent dans le tas. Korko est l’unique victime de cette agression.

Kriss, Lester et Voss atterrissent sur une planète sauvage, hostile aux touristes. Ils vont se débrouiller quand même, tentant d’échapper à leurs poursuivants, s’accommodant des autochtones.

Mais Voss est une énigme vivante. Il possède une force surnaturelle, ses ais guérissent pas miracle. Et la planète ne lui est pas inconnue. De toute façon Lester et Kriss n’ont pas le choix. Ils doivent suivre Voss car les tueurs sont bien décidés à ne laisser derrière eux aucune preuve, aucun témoin de leur chasse.

 

Adapté à la mode science-fiction, Le Monde blanc reprend l’un des thèmes chers au roman noir, au thriller : la poursuite d’un homme seul, innocent ou non, par des tueurs implacables.

Si Laurent Généfort possède une qualité certaine d’écriture et maîtrise son sujet, le lecteur peut se sentir à juste titre frustré. Trop de points restent dans l’ombre. Il écrit son roman en oubliant que le lecteur ne peut faire de transmission de pensée avec lui. Et le lecteur devient comme le naufragé solitaire accroché à son bout de planche. Il a beau scruter l’horizon, rien ne lui permet d’espérer une aide quelconque. Aucune fumée, aucune falaise ne lui permet de baliser son environnement.

De même le lecteur est déboussolé, désorienté. Il plonge dans l’histoire avec un minimum de points de repère.

Cependant Laurent Généfort possède le don d’intéresser, de retenir le lecteur au fil de son intrigue, malgré les quelques lacunes explicatives dans la narration.

Le Fleuve Noir possède (possédait) une longue tradition de populaire, et il serait dommage d’entrouvrir la porte à une lecture hermétique. En conclusion, une petite citation bizarre :

Kopervik est un individu d’une soixantaine d’années, doté d’une calvitie qui le laissera chauve dans deux ans.

Laurent GENEFORT : Le Monde blanc. Collection Anticipation N°1861. Editions Fleuve Noir. Parution février 1992. 192 pages.

ISBN : 2-265-04728-7

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20 novembre 2019 3 20 /11 /novembre /2019 04:31

Un piaf dans le vent ?

Robert FISKER : Pierrot l’ébouriffé

La curiosité est un vilain défaut, parait-il, et cela se confirme lorsque Pierrot, le jeune piaf, tombe du nid où il vit en compagnie de son frère Pip et sa sœur Tip, et de leurs parents.

Il ne leur ressemble guère avec sa grosse tête, ses plumes implantées dans un désordre qui attire les moqueries, et surtout il a toujours faim. Les parents les mettent en garde contre le chat, le chien, l’aigle, et tout naturellement, ils ont envie de voir ces prédateurs qui possèdent mauvaise réputation. Et un beau jour, alors que les parents sont partis à la recherche de la nourriture quotidienne, Pierrot se penche un peu trop au dehors du nid et tombe dans l’herbe. Il n’a pas encore appris à voler de ses propres ailes.

Il sautille, volète, et arrive dans la cour de la ferme où poules, coq et canards se partagent la nourriture distribuée par la fermière. Mais Pierrot l’ébouriffé est en proie à la vindicte des résidents du lieu, chipant les graines sous le bec des autres volatiles. Seule une vieille poule nommée Prudence le prend sous son aile et lui montre comment s’échapper de la cour en passant sous le grillage, le mettant en garde contre la martre et le renard.

Il lui faut trouver un lieu pour dormir et comme il a toujours faim, il va se nourrir de baies. Les corneilles ne sont guère plus aimables que les poules, le coq et les canards. Il arrive à échapper à la martre qui est fort dépitée. Son apprentissage du vol libre en plein air se perfectionne et il aperçoit un homme avec un tuyau. D’après ce qu’il a entendu, il s’agit d’un garde-chasse avec un fusil.

Un jour, l’homme avec son tuyau tue la martre. Pierrot est débarrassé provisoirement d’un ennemi. Et il sauve la vie à Mikkel, le renard, qui est pris pour cible par l’homme au tuyau. Des sansonnets le délogent du nid qu’il s’était accaparé, le trouvant vide lors de l’une de ses pérégrinations, puis des pies l’accusent, le traitant de voleur. Un comble.

Lors de ses envolées il se blesse, un accident de vol, et il est recueilli par une gamine qui aimerait le garder avec elle. Heureusement la mère sait qu’il a besoin d’indépendance.

Il revoit furtivement sa sœur, puis il continue son périple dans la forêt, affrontant moult dangers, le froid, la neige, le vent qui le fait vaciller, puis bientôt il arrive dans la ville. Lui le moineau des champs va côtoyer les moineaux des villes. Et des gamins qui s’amusent à traquer les oiseaux. Il va se retrouver en cage tandis qu’un chat noir est intéressé et aimerait lui montrer son affection en le croquant.

 

Ce roman se lit comme une parabole des relations sociales entre les êtres humains, de la naissance jusqu’à l’âge adulte. Et plus si affinité !

C’est simple, ce roman étant destiné à de jeunes lecteurs dont la tranche d’âge va de six à neuf ans, et pourtant plein d’enseignement.

Ce pauvre Pierrot est un peu le vilain petit canard de la couvée, mais il n’est pas rejeté par ses parents. Il est différent, certes, mais ils l’aiment comme les autres membres de la fratrie. Ce sont les différents animaux qu’il rencontre, la plupart du temps des volatiles, qui se moquent de lui, qui le mettent à l’écart, qui expriment à son encontre des reproches à cause de son plumage ébouriffé, de sa présence tout simplement, n’ayant rien à faire dans leur aire puisqu’il n’est pas du quartier.

Le symbole de la vie en société avec ces rares congénères qui l’acceptent, l’aident, le conseillent, lui offre une part d’amitié, de chaleur animale ou humaine selon les cas. Et tous les autres qui rejettent ceux qui ne sont pas de leur communauté.

 

Robert FISKER : Pierrot l’ébouriffé (Peter Pjusk et Peter Pjusk pa Eventyr. Traduction du danois par J. Stützer). Collection Rouge et Or Dauphine N° 198. Société Nouvelle des Editions G.P. Parution septembre 1964. 188 pages.

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19 novembre 2019 2 19 /11 /novembre /2019 05:22

Allons, les amis, il faut en profiter pendant qu’il est temps. On est plus longtemps mort que vivant !

Dominique ARLY : Plus longtemps mort.

Inspecteur de police en retraite, Emile Delmont profite de son temps libre, et il en a, pour taquiner la truite. Quand il y en a. Et quand on ne vient pas le déranger, comme le fait actuellement le jeune Robert, dix-huit ans, qui le surprend en lui annonçant un accident de circulation.

Delmont n’en a que faire, mais il y a un mort tout de même, alors le mieux est peut-être se rendre sur place en attendant que les gendarmes viennent occuper le terrain afin de procéder aux premières constatations. On ne peut plus rien faire pour la voiture encastrée dans un pommier, ni pour le chauffeur définitivement hors circuit. Il a dû quitter la route tout seul, car il n’y a pas de traces de freinage.

Le père de Robert voudrait que son fils devienne pharmacien, mais le jeune adolescent sent que sa vocation est autre. Il désire devenir policier et veut résoudre cette énigme. Il tanne toutefois Delmont pour que celui-ci, grâce à son expérience, l’aide dans son enquête. Mais il a beaucoup d’imagination Robert, et son esprit échafaude des théories qui ne sont pas si farfelues que cela mais pas toujours bonnes. Mais Delmont est opiniâtre dans sa décision. Il a raccroché son tablier, disons son imperméable d’inspecteur, et ceci ne l’intéresse pas. Sauf que d’autres événements vont l’amener à réviser sa position.

Au café du village, le vieux Ferdinand toujours en quête d’un verre ressasse à satiété comment il a été le premier sur les lieux de l’accident, une véritable litanie qui chauffe les oreilles de Delmont et de ses compères de belote, tous des budgétivores puisque des pensionnés de l’état. Ils n’ont pas tous atteints la soixantaine, alors évidemment aux yeux des habitants du village, obligés de trimer jusqu’à soixante-cinq ans, à l’époque mais on y revient, ce sont des privilégiés.

Ferdinand est retrouvé mort, tabassé, les pieds carbonisés. Immédiatement la relation est faite avec les Chauffeurs de la Drôme qui sévissaient quelques siècles auparavant. Et les Gitans, les Manouches de passage sont sous le feu des projecteurs des rumeurs. Il est si facile d’accuser sans preuve.

Puis Robert, qui aimerait conclure et ne se contente pas de caresses et des baisers de sa petite amie, la fille du cafetier, découvre le cafetier dans un drôle d’état alors que l’établissement est fermé. Ils le soignent et veulent appeler les secours mais le bistrotier refuse catégoriquement que quiconque soit au courant de son agression. Et lorsque quelques soirs plus tard, alors que Robert et Madeleine, qui a enfin cédé à ses avances, des hommes tentent de s’introduire dans le café en passant par la chambre de la jeune fille qui est à l’étage. Robert les met en fuite mais ça ne sent pas bon pour son matricule.

D’autres personnages vont entrer en lice dont l’un des beloteurs dont l’avis de décès paraît dans le journal local. Tout le monde est éberlué car l’homme était parti pour les Landes retrouver un membre de sa famille et il serait décédé d’un arrêt du cœur (en général, c’est comme ça que ça se passe). Sauf que ce budgétivore ne s’est jamais déplacé. Et puis il a confié son chat à Sidonie, qui a plus d’un amant et veut mettre Robert dans sa couche. Et ce chat va offrir une partie de la solution, ce qui explique sa présence sur l’illustration de couverture.

 

Revenons un peu sur les relations (platoniques) entre le jeune Robert, désireux d’intégrer la police, et son retraité de mentor, ancien de la police judiciaire de Lyon. Delmont explique ce qu’était son métier et surtout les circonstances dans lesquelles ses enquêtes évoluaient.

Je ne me suis jamais pointé nulle part à l’instant précis où un assassin était en action. Ni d’ailleurs un voleur. Dans la vie, ce n’est pas comme au cinéma, on ne nous appelle qu’après. Mes seuls flagrants délits, c’était des constats d’adultère… Et encore…

Pourtant Robert revient à la charge un peu plus tard :

J’aimerai vi… vivre des aventures (oui, Robert bégaie un peu)

Alors, fais-toi truand, plaisanta Delmont. Un jour ou l’autre, tu connaitras des émotions fortes et tu verras du pays. Et puis, tu seras du bon côté de la barricade, une majorité de connards admireront tes exploits.

 

Concernant les étrangers, ceux qui sont catalogués à cause de leur faciès ou de leur mode de vie :

Ces sales bohémiens, pourquoi est-ce qu’on les laisse entrer en France ? Chacun sait qu’ils se nourrissent en chapardant dans les vergers, les champs, les clapiers et les basses-cours. Rien que pour ça déjà, on devrait les refouler aux frontières. Mais on les laisse vagabonder Alors ils s’attaquent aux gens.

C’était en 1972, dans le Jura, mais rien n’a changé depuis. Si, cela a changé puisque ça a empiré. Je ne parle pas des Bohémiens, mais de la mentalité.

 

Dernière petite citation pour la route :

Des indices qui mènent tout droit aux coupables, c’est extrêmement rare, croyez-moi. A moins que l’on ait affaire à des maladroits, ou à des amateurs qui aient perdu la tête.

 

 

Dominique ARLY : Plus longtemps mort. Collection Spécial Police N°956. Editions Fleuve Noir. Parution 2ème trimestre 1972. 240 pages.

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18 novembre 2019 1 18 /11 /novembre /2019 05:50

Pourtant, que la montagne est belle…

Henri TROYAT : La neige en deuil.

En ce début du mois de novembre, Isaïe va retrouver sa quinzaine de brebis, plus un bélier, ainsi que quelques agnelets dont un qui n’a pas plus de quelques jours. Tous les mois, il grimpe (Isaïe, pas l’agnelet !) jusqu’à l’alpage, puis redescend jusqu’au hameau des Vieux-garçons où il vit en compagnie de son frère Marcellin dans une vieille maison, héritage familial depuis de nombreuses générations.

Isaïe a cinquante-deux ans tandis que Marcellin n’en a que trente. Et la différence d’âge compte pour beaucoup dans leurs relations. D’autant qu’Isaïe a aidé sa mère lors de la délivrance et qu’il a élevé seul son frère. Le problème réside dans le fait que Marcellin ne travaille pas, ou peu, multipliant les petits boulots. Isaïe s’occupe de ses brebis et de la maison. Auparavant il était guide de montagne, mais depuis les accidents, dont un plus particulièrement éprouvant au cours duquel un des touristes auquel il faisait visiter la montagne s’est tué en escaladant les rochers. Isaïe en a réchappé mais non sans dommage. La tête a été touchée et il en reste des séquelles.

Après avoir logé son petit cheptel dans la bergerie, il descend au village, rejoindre les autres et peut-être retrouver Marcellin. Tout le monde ne parle que de l’accident qui vient de se produire. Un avion, effectuant le vol Calcutta-Londres, s’est écrasé dans la montagne et selon les dernières informations il n’y aurait pas de survivants. Pourtant, des guides confirmés vont se rendre sur place, emportant le matériel, les provisions et médicaments nécessaires au cas où, et récupérer les sacs postaux.

 

Marcellin annonce à Isaïe qu’il va s’associer avec un ami qui possède une boutique d’articles de sport en ville. Mais pour cela il lui faut de l’argent et il a contacté le notaire afin de mettre la maison familiale en vente. Isaïe n’est pas d’accord, il essaie de raisonner son jeune frère avec ses mots, mais peine perdue.

Le guide responsable de la cordée de secours dévisse et ses compagnons se doivent de redescendre dans la vallée. Dans le même temps, Marcellin apprend que l’éventuel acheteur de la masure s’est désisté.

Il convainc son frère Isaïe de se rendre sur le lieu du crash avec en tête l’idée de récupérer les affaires des victimes, montres, portefeuilles, et autres. Isaïe est tout d’abord réticent, mais l’idée de reprendre du service et de grimper par une voie abrupte, plus dangereuse mais plus rapide le séduit. Ce serait une première en hiver !

 

Parfois la frontière entre littérature dite blanche et le roman noir est si mince qu’il est difficile d’en déterminer la frange. Placer ce roman dans telle ou telle collection, sous telle ou telle appellation, relève du bon vouloir de l’éditeur, et de l’impact qu’il pensera que ce livre produira auprès du lectorat.

La seconde partie de La neige en deuil s’inscrit résolument dans le roman noir dramatique sociologique et s’il me fallait trouver une ressemblance, je le mettrai en parallèle avec Des souris et des hommes de John Steinbeck. Deux hommes proches dont l’un est dans la force de l’âge et l’autre perturbé mentalement et qui s’entraident. Mais là s’arrête la comparaison.

En effet Isaïe est l’aîné de la fratrie et le plus souvent il est au service de son frère Marcellin, guère courageux mais qui pourrait s’élever socialement.

Isaïe est dépendant de son frère mais, parfois, il a des éclairs de lucidité qui l’obligent à contrarier les plans négatifs de Marcellin.

Pourtant dans la seconde partie, lorsque les deux frères partent à la recherche de l’avion, et dans l’idée d’Isaïe d’éventuels survivants, il s’agit d’une renaissance de l’ancien guide de montagne qui n’avait plus escaladé sa chère montagne depuis une décennie et les drames qu’il avait subi.

Le lecteur devient le troisième homme de cette équipée et il ne ménage pas ses encouragements mais n’est-ce pas en vain ?

Henri TROYAT : La neige en deuil. Editions J’ai Lu N°10. Réimpression parution juin 1966. 192 pages.

Première édition : Editions Ernest Flammarion 1952.

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17 novembre 2019 7 17 /11 /novembre /2019 04:06

Lorsque l’académicien Pierre-Jean Remy signait des romans policiers !

Raymond MARLOT : Gauguins à gogo.

Longtemps je me suis demandé pourquoi ce pseudonyme car choisir un alias relève de la technique quelque peu ludique. Prendre par exemple le nom de jeune fille de sa mère ou de sa femme, emprunter celui d’un voisin, tout simplement feuilleter un annuaire téléphonique, ou encore s’inspirer du sien en triturant les lettres qui le composent.

Alors pourquoi Raymond Marlot ? Et d’un seul coup, l’illumination ! Bon sang, mais c’est sûr ! Raymond Marlot, c’est un hommage déguisé à Raymond Chandler et à son détective Philip Marlowe en transposant à la française le patronyme Marlowe. Evident, non ?

Et la même année de parution de ce roman, Pierre-Jean Remy recevait le Prix Renaudot pour son roman Le sac du palais d’été.

Ces considérations oiseuses édictées, penchons-nous quand même sur le roman, l’intrigue, sujet principal de cette chronique.

 

Les maisons du petit village des Beaumes, dans le Lubéron, s’étalent le long de la colline, les habitants natifs habitant les vieilles maisons ancestrales dans le bas du bourg, et les nouveaux arrivants, les riches résidents, dans des demeures à étages juchées au dessus de la cité. Plus haut, se dresse la citadelle médiévale.

Parmi ces résidents, Bernard Ancelles, jeune artiste peintre hébergé par Claude Wilmot, critique d’art spécialiste de Gauguin. Ils vivent séparément mais leurs maisons communiquent par un système de cours et d’escaliers. Certaines de ces constructions dominent le vide, séparées par des parapets.

Bernard Ancelles s’acharne à peindre une grande toile qu’il pense devenir son grand œuvre, mais longtemps il a été l’assistant de Wilmot lorsque celui-ci établissait un catalogue consacré à son artiste fétiche. Chez Wilmot, vivent sa mère, la septuagénaire madame Wilmot, et sa jeune femme, la troisième, Joanna qui cultive un penchant prononcé pour la bouteille. Dans un autre pavillon, le jeune Nicholas le nouvel assistant de Wilmot qui travaille lui aussi sur un nouveau catalogue, et sa fiancée la frêle Tessa, deux Anglais. Mais Bernard surprend souvent Nicholas sortir de chez Joanna, au petit matin.

Wilmot reçoit souvent d’autres estivants, dont plus particulièrement Charles Marel, qui habite sur l’autre versant du Ventoux, et professe un goût inconsidéré pour les paradoxes. Et tout ce petit monde vit en plus ou moins bonne intelligence, Wilmot connaissant son infortune matrimoniale mais ne s’en préoccupant guère.

Pourtant le feu couve. Nicholas est découvert mort, étant tombé par-dessus le parapet sur des roches en contrebas. Accident ? Suicide ? Assassinat ? L’harmonie est troublée, Joanna boit encore un peu plus, Wilmot est désemparé, Tessa aussi qui se réfugie dans la maisonnette de Bernard Ancelles.

Pendant ce temps, dans la citadelle, la bande à Frédé, une douzaine de hippies composés de jeunes hommes et de jeunes filles, qui la plupart du temps évoluent nues, restaurent l’édifice à l’aide des pierres éparpillées, et surtout les peignent en un immense damier rouge et noir. Au dessus du donjon flotte un étendard phallique.

Mais un visiteur inattendu se présente chez Wilmot, un marchand d’art marseillais qui veut se passer pour Américain, accompagné de son chauffeur-ami Paulo. Or, Bernard et Paulo semblent se connaître, même s’ils ne le disent pas et tentent de le cacher.

Mais d’autres incidents dramatiques se produisent.

 

Roman policier, Gauguins à gogo est comme un huis-clos ne dépassant pas les limites du village des Beaumes. Seuls quelques personnages évoluent dans ce contexte qui progressivement devient étouffant prenant comme thème principal l’art pictural. Gauguin en est la figure emblématique, et naturellement certains de ses tableaux sont évoqués.

Mais sont-ce des vrais, des faux, tout est dans la nuance. Et le personnage de Bernard devient flou au fur et à mesure que l’intrigue avance. Mais les autres protagonistes cachent certaines fractures, dont, juste pour l’exemple, Tessa qui vivait avec Nicholas pour fuir son entourage mais ne l’aimait pas.

Un bon petit roman policier qui vaut surtout pour les décors et la notoriété de son auteur.

 

Elle avait quarante ans, voulait en paraître trente et son maquillage épais lui en donnait presque cinquante.

Raymond MARLOT : Gauguins à gogo. Collection Super Crime Club N°295. Editions Denoël. Parution 2 octobre 1971. 192 pages.

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16 novembre 2019 6 16 /11 /novembre /2019 05:38

Ce choix d’histoires s’adresse essentiellement à ceux qui trouvent trop fade la saveur

de la télévision.

Alfred Hitchock

Alfred HITCHCOCK présente : Histoires abominables.

Non seulement Alfred Hitchock s’est montré le maître du suspense au cinéma, mais il a œuvré aussi à la télévision dans des séries dont le parfum perdure dans nos souvenirs.

Il a apporté sa caution dans les recueils de compilation à thèmes et dans le magazine portant son nom, auquel il ne participait que comme éditorialiste. Toutefois bon nombre d’auteurs qui souvent étaient inconnus, et le sont encore, du grand public purent ainsi être publiés et traduits en France, grâce à son soutien nominatif.

Mais ce rôle fictif d’anthologiste lui est peut-être venu parce que tout ne peut être adapté.

Ainsi déclare-t-il dans sa préface :

Je suis venu tard à la télévision et d’aucuns ont prétendu que j’attendais que les écrans deviennent assez grands pour que je puisse m’y loger (allégation contre laquelle je proteste de tout mon poids). Toutefois, j’en suis venu à beaucoup aimer ce moyen d’expression et j’espère bien que l’on ne verra pas dans l’existence de ce livre une critique mais simplement la reconnaissance d’un fait patent. A savoir qu’il y a certaines histoires auxquelles la télévision ne peut rendre justice.

 

Dans Histoires abominables, il est intéressant de trouver ou retrouver des auteurs aussi différents que Jérôme K Jérôme, auteur de l’inénarrable Trois hommes dans un bateau, de William Hope Hodgson, auteur des aventures de Carnacki chasseur de fantômes, ou de Robert Bloch dont le roman Psychose fut adapté de magistrale façon par Hitchcock et qui fournit pas moins de dix-sept épisodes pour la série télévisée Hitchcock présente…

 

Loin de moi l’idée de vouloir présenter tous ces textes, ce serait fastidieux aussi bien pour vous que pour moi, mais j’ai pioché au hasard quelques-unes des nouvelles qui la plupart du temps relèvent du surnaturel ou tout au moins du fantastique. Mais pas que, parce que l’horreur et la terreur s’invitent également et l’on retrouvera certains thèmes favoris des auteurs présentés, du moins pour les plus connus.

 

Dans Comment l'amour s'imposa au professeur Guildea, de Robert Smythe Hichens, nous sommes mis en présence de deux célibataires endurcis : le père Murchison, par son statut de religieux, et le professeur Frederic Guildea qui est foncièrement misogyne, voire misanthrope. Ils font connaissance lors d’un sermon de l’un et d’une conférence de l’autre, et le père Murchison est invité chez le professeur. Ce qui constitue presqu’une première. Ils se retrouvent assez souvent chez Guildea, conversent à bâtons rompus devant, éventuellement le majordome du professeur, mais surtout de son perroquet. Jusqu’au jour où Guildea sent comme une présence chez lui et croit entendre son volatile s’exprimer d’une voix féminine.

 

Sortilège de Montague R. James est conforme à son titre. Un certain Karswell n’apprécie pas du tout que son texte La vérité sur l’alchimie soit refusé par une association et il en veut plus particulièrement à celui qui est à l’origine à ce refus. Et pour bien marquer que sa vengeance sera terrible, il placarde ou fait parvenir des affichettes dans lesquelles il invite à se pencher sur le cas d’un critique littéraire qui avait éreinté son précédent ouvrage justement sur l’alchimie.

 

Jérôme K. Jérôme prend pour thème celui de l’automate dans Un cavalier accompli. Ce thème est de nos jours encore souvent utilisé mais lors de sa parution peu de textes mettent en scène ce genre d’automate. C’est en entendant des jeunes filles se plaindre de ne rencontrer dans les bals que des cavaliers aux discours insipides, qu’un fabricant de jouets articulés décide d’assembler ce cavalier qui devrait faire sensation. Et en effet, ce cavalier danse sans monter sur les pieds de sa partenaire mais un couac se produit toujours dans les objets animés. L’on pense naturellement à Collodi et son personnage de Gepetto fabricant une marionnette nommée Pinocchio mais aussi à d’autres textes fondateurs ayant un automate comme personnage principal.

 

Avec Sredni Vashtar, Saki, nom de plume H.H. Munro, livre un texte mettant en scène un enfant de dix ans, Conradin, élevé par sa cousine madame de Ropp. D’après le médecin, Conradin n’a plus que cinq ans au maximum à vivre, mais pour autant entre sa cousine et lui, c’est un peu comme chien et chat. Pire même car parfois ces deux animaux arrivent à cohabiter en bonne intelligence. Alors Conradin reporte l’affection qu’il ne peut exprimer ou recevoir envers une vieille poule et une fouine-putois logés dans une vieille remise au fond du jardin.

 

La voix dans la nuit, de William Hope Hodgson, c’est celle d’un inconnu qui s’adresse aux marins d’un schooner encalminé dans les eaux du Pacifique Nord. Il ne veut pas se montrer, repart même à bord de son embarcation mais le capitaine et ses hommes parviennent à l’apprivoiser. Ils lui promettent des vivres pour lui et sa femme alors il narre, de loin, dans la brume, sa mésaventure. Comment le navire à bord duquel le couple voyageait, et seuls rescapés, comment ils ont abordé une île déserte recouverte d’une étrange végétation.

 

La dame sur un cheval gris, de John Collier, prend pour décor l’Irlande et l’antagonisme entre celtes et saxons, entre natifs de la verte Erin et envahisseurs Anglais, même si ceux-ci sont installés depuis des siècles. Le dernier descendant d’une famille anglo-irlandaise qui apprécie les parties de chasse ou de pêches en compagnie de son ami Bates parcourt la campagne et il apprécie encore plus les bonnes rencontres féminines dans les auberges, sur les chemins, ne s’embarrassant d’aucun principe de courtoisie, de respect, de considération envers celles qu’il juge bon à mettre dans son lit ou sur une botte de paille.

 

Tout un lot de nouvelles dans la forme et dans le fond et qui peuvent se révéler politique, poétique, humoristique, sociologique, horrifique, surnaturelle, fantastique, et que le lecteur avide goutera avec plaisir.

Cet ouvrage a été réédité partiellement et pour certaines nouvelles retraduites. Les titres et noms des auteurs en italiques ne sont pas compris dans la réédition Pocket.

 

Alfred HITCHCOCK, Préface.

Robert Smythe HICHENS : Comment l'amour s'imposa au professeur Guildea (How love came to professor Guildea). Traduction : Jos Ras

M.R. JAMES : Sortilège

Jérôme K. JEROME: Un cavalier accompli

Edward Lucas  WHITE: Lukundoo

Margaret ST CLAIR : Le travail bien fait

Phillip MacDONALD : L'Amour qui saigne (Love lies bleeding. Traduction Odette Ferry

Arthur WILLIAMS : Le Parfait meurtrier (The Perfectionist). Traduction Odette Ferry

C.P. DONNELLE Jr. : Recette de meurtre (Recipe for Murder). Traduction Odette Ferry

RUSSEL John : Le prix d'une tête

SAKI : Sredni Vashtar (Sredni Vashtar). Traduction Odette Ferry

William Hope  HODGSON : La voix dans la nuit

Richard CONNELL : Les Chasses du comte Zaroff (The Most Dangerous Game). Traduction Jos Ras

James Francis DWYER : Le Diplôme de la jungle (Being a Murderer Myself / A Jungle Graduate). Traduction Jos RAS

John COLLIER : La Dame sur le cheval gris (The Lady of the Grey). Traduction Odette Ferry

Robert BLOCH : Une souris et des rats (Water's Edge). Traduction Odette Ferry

Robert ARTHUR : Le Farceur (The Jokester). Traduction Odette Ferry

A. M. BURRAGE : Figures de cire (The Waxwork). Traduction Odette Ferry.

Thomas BURKE : L'Épouse muette (The Dumb Wife). Traduction Odette Ferry

Dorothy Kathleen BROSTER : Tapie devant la porte (Crouching at the door). Traduction Odette Ferry

 

Réédition Partielle : Pocket N°1814. Parution 3ème trimestre 1979. 256 pages.

Réédition Partielle : Pocket N°1814. Parution 3ème trimestre 1979. 256 pages.

Alfred HITCHCOCK présente : Histoires abominables. Editions Robert Laffont. Parution 30 mai 1960. 412 pages.

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14 novembre 2019 4 14 /11 /novembre /2019 05:28

Ah si j’étais riche…

Rodolphe BRINGER : Le dépit d’être riche.

Âgé de trente ans, François-Gonzague-Alexis, marquis de Montmeyran, trente-deuxième du nom, n’a pas de soucis financiers. Mais il est toujours célibataire quoiqu’avenant.

Pourtant de nombreuses jeunes filles papillonnent autour de lui, mais il se méfie. Il sait qu’elles ne l’aiment pas ou peu, mais en veulent surtout à son titre ou à son argent.

Alors il décide de tester en se faisant passer pour un nommé Gargagne, représentant de commerce, et comme il a lu quelque temps auparavant une brochure vantant les mérites touristiques d’une petite ville du Tricastin, il part pour Dieulefit, non loin de Montélimar.

Le sieur Gargagne arrive donc en gare par le petit train d’intérêt local qui relie Montélimar à Dieulefit (ah le bon temps des petits trains d’intérêt local !) où il est attendu par Toinou, l’homme de peine des Bermès, qui se propose de le conduire à la pension de famille tenue par Mlle Bénivet avec son charreton à bras. Gargagne n’a d’autre bagage que sa petite valise qu’il préfère garder par devers lui. Le marquis de Montmeyran est vêtu sans la moindre élégance, son statut de représentant de commerce exigeant qu’il se montre sobre dans son habillement et dans ses façons de s’exprimer, et de ne donner que de maigres pourboires, et encore. Bref son attitude ne plaide guère en sa faveur.

La pension Bermès, afin de remplir la totalité des chambres, est bien obligée d’accepter de simples travailleurs, au grand dam de Mlle Bénivet la propriétaire. Parmi les pensionnaires, figurent M. de Chevigny, qui se prétend vicomte, voire comte, Mme Falotte dont le seul sujet de conversation tourne autour de sa fortune, et quelques autres convives dont Mlle Léonce, humble dactylographe vêtue pauvrement. Ce n’est pas la préférée de Mlle Bénivet, au contraire, elle la dédaigne, mais le taux de remplissage de sa pension de famille dépend du nombre de pensionnaires accueillis et non uniquement de ses préférences.

 

Débute alors ce que l’on peut considérer comme un aimable vaudeville, le comte de Chevigny lorgnant sur Mlle Léonce tandis que madame Falotte, la cinquantaine avancée est attirée par le comte trentenaire. Gargagne est subjugué par la belle Mlle Léonce, et comme celle-ci préfère se promener dans la campagne au lieu de jouer au tennis, jeu auquel elle ne comprend rien et ne saurait lui être utile dans sa profession, il l’accompagne dans ses déambulations campagnardes. Peu de choses à dire concernant les autres pensionnaires, sauf peut-être Mlle Chamais, qui fut professeur et passe ses journées à tricoter, et aussi à enquêter sur l’identité réelle de ses voisins de tablée.

Et naturellement, aucun de ceux-ci ne sont réellement ce qu’ils prétendent être, Gargagne en premier lieu. Et un tendre sentiment s’ébauche entre Mlle Léonce et le jeune marquis représentant de commerce, au grand dam du comte.

Une histoire que l’on pourrait croire convenue, mais qui réserve bien des surprises et qui se clôt avec humour. Et la maxime selon laquelle il faut se méfier des apparences prend tout son sens.

Le décor planté par Rodolphe Bringer lui est habituel, étant natif de Mondragon dans le Vaucluse et étant décédé à Pierrelatte dans la Drôme.

 

Rodolphe BRINGER : Le dépit d’être riche. Le roman du dimanche N°40. Librairie contemporaine. Editions Jules Tallandier. Parution 1932. 32 pages.

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13 novembre 2019 3 13 /11 /novembre /2019 05:23

Et un Petit Prince de lu…

Chantal ROBILLARD : La rose, la gourmette et le jardin d’algues.

Qui n’a pas lu ou relu le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, ou tout du moins des extraits ?

Car depuis 1943 et son édition aux Etats-Unis, puis en 1945 en France chez Gallimard, on ne compte plus les rééditions et les traductions, les diverses adaptations en films et phonographiques de ce livre. Ce Petit Prince est devenu une allégorie dénonçant le comportement absurde des grandes personnes, et sa représentation par l’auteur, en petit garçon à la chevelure dorée était considérée par le rédacteur en chef du journal américain The Atlantic comme « la plus grande réponse que les démocraties aient trouvée à Mein Kampf ».

Il est vrai que les différentes rencontres effectuées par le Petit Prince peuvent être considérées comme des paraboles. Par exemple celle des Trois Baobabs. un dessin terrifiant d'une planète envahie par trois baobabs (bien enracinés dans la terre) que l'on n'a pas su couper à temps, dessiné « avec le sentiment de l'urgence » écrit l'auteur, peut faire penser aux trois puissances de l'Axe.

Chantal Robillard, en poétesse sensible, nous invite à revisiter cette œuvre, devenue un symbole, par de petits textes qui sont tout autant des contraintes de forme que des exercices de style, dont le sens profond pourrait nous échapper si les explications n’invitaient pas à mieux les apprécier. Et on les relit avec un œil neuf et disséquant.

Cet ouvrage peut être lu, et apprécié à partir de onze ans, mais auparavant l’enfant doit s’être imprégné des symboliques existant dans Le Petit Prince. Et là c’est le rôle des parents à lui faire découvrir ce qui se cache derrière le texte. Ces symboles se retrouvent tout autant dans les textes de Chantal Robillard, sizains, lipogrammes, carrés de quintains, haïkus et autres exercices de styles, que dans les illustrations intérieures de Gaëlle Picard en noir et blanc ombré.

D’ailleurs l’enfant, s’il est soigneux, peut se permettre de mettre en couleurs ces illustrations afin d’en découvrir la simplicité et les faces cachées.

Un livre dépaysant qui offre de nombreuses possibilités de lecture et donne envie de se replonger dans le texte fondateur mais pas que. De s’intéresser également à l’auteur, à l’aviateur, et à cette fameuse gourmette retrouvée courant octobre 1998 et qui a permis d’enregistrer d’autres découvertes.

 

Chantal ROBILLARD : La rose, la gourmette et le jardin d’algues. Illustrations de Gaëlle Picard. Editions Voy[el]. Parution octobre 2019. 96 pages. 12,50€.

ISBN : 9782364754393

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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