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2 mars 2021 2 02 /03 /mars /2021 05:12

Quand un gendarme rit, dans la gendarmerie…

Henri CHRISTIAN : Lame louche pour un Manouche.

Encore une collection éphémère !

Cette nouvelle collection éditée par le Fleuve Noir et écrite par deux journalistes se veut fort sympathique car elle met en scène des personnages que l’on a plus l’habitude de remarquer les jours de week-end, le long des routes, surveillant la circulation en verbalisant les chauffards imprudents et trop pressés.

C’est oublier un peu vite que les gendarmes, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, jouent un rôle prépondérant dans le monde rural et qu’ils sont à même de mener des enquêtes souvent ardues dans un contexte pas toujours bon enfant.

Foin donc des super-héros, mais un hommage rendu à des hommes qui tentent de faire leur métier le mieux possible. C’est le travail de toute une équipe qui est mis en valeur, et cette série, sans prétention, a le mérite de montrer les difficultés que rencontrent des hommes sur le terrain.

 

Lame louche pour un Manouche nous entraîne dans une communauté que peu de gens connaissent vraiment et sur laquelle, pour d’obscures raison, plane une aura de méfiance et de maléfice. Les gens du voyage, les Bohémiens, réputés à tort souvent comme des voleurs de poules et d’enfants, les Manouches, mot employé comme un qualificatif de dénigrement et de rejet. Devenu souvent synonyme de voyou.

Dans la région d’Angers, en une nuit, sept châteaux ont eu droit à la visite de cambrioleurs qui ont dérobé des pendules, des meubles.

Chez le marquis de Gerbeau ce sont des tabatières qui ont disparu. Le marquis a reçu une décharge de chevrotines dans l’épaule. Le crime semble signé, pourtant les deux communautés de Manouches qui vivent dans la région, et qui sont à couteaux tirés entre elles, n’ont jamais eu maille à partir avec les forces de l’ordre, ou si peu. Dans le même temps, la fillette de l’expert chargé d’évaluer les dégâts est enlevée.

Ces deux affaires échouent dans les mains des gendarmes, plus particulièrement dans celles de Guérin, ancien aide de camp du marquis de Gerbeau.

 

Une série reposante qui change de celles consacrées aux brigades mais n’aura pas connu le succès puisque seuls quatre titres seront proposés. Peut-être la présence des gendarmes aura-t-elle nui à cette collection dont les couvertures, il faut bien l’avouer, n’étaient guère affriolantes.

Sous le pseudonyme de Henri Christian, se cachent deux journalistes, Henri Bovet et Christian Gonzalès.

Henri CHRISTIAN : Lame louche pour un Manouche. Collection Beretta 9mm N°1. Editions Fleuve Noir. Parution mars 1989. 192 pages.

ISBN : 9782265040007

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1 mars 2021 1 01 /03 /mars /2021 04:16

C'est le plus grand des voleurs,
Oui, mais c'est un gentleman…

Frédéric LENORMAND : Un amour d’Arsène Lupin.

S’emparer d’une illustre personnalité ou d’un personnage de fiction célèbre, et lui inventer de nouvelles aventures, c’est un peu le fond de commerce de Frédéric Lenormand et cela lui réussit bien.

En cette année 1905, naissance littéraire d’Arsène Lupin, un directeur d’agence bancaire, Stanislas Moussy-Garcin, rencontre dans un salon du Crillon d’éventuels clients, les appâte et prend rendez-vous sur rendez-vous. Les jours de la semaine sont déterminés en fonction du nombre de chiffres liés à la fortune des futurs clients venant déposés dans les coffres leurs richesses. C’est ainsi qu’un gros bijoutier belge, Théophraste Vroms, venu investir à Paris, loue un coffre pour y déposer une grosse somme en bons du Trésor. En le raccompagnant à la porte de l’établissement, le banquier remarque deux choses.

D’abord le gros bijoutier discute avec l’une de ses employées, au décolleté avantageux. Et au sol, il ramasse une petite boîte d’allumettes sur laquelle figure le nom d’un restaurant de Fontenay-aux-Roses.

Le lendemain, Théophraste Vroms, qui désire finaliser son opération bancaire, est fort ébaubi de se trouver devant un immeuble en cours de démolition. Le bijoutier n’est qu’un pigeon déplumé, mais il n’est pas le seul.

Un agent de change et un courtier en bourse décident de porter plainte auprès de l’inspecteur Ganimard qui immédiatement pense à un coup monté par son ennemi personnel, Arsène Lupin. D’ailleurs les costumes utilisés par les affidés du célèbre cambrioleur ont été retrouvés chez une certaine Jacinthe Bourdoni, officiellement chiffonnière à Ménilmontant, et probable complice de Lupin.

Mais elle ne dira plus rien car elle a été retrouvée étranglée à l’aide d’une cravate bleue appartenant à celui qui a été surnommé le gentleman cambrioleur. La Jacinthe a été cueillie.

Lupin est de mauvaise humeur car les titres dérobés dans le coffre loué par le bijoutier Vroms sont faux. Lui aussi s’est fait arnaqué, mais il ne veut pas en rester là, d’autant qu’il est accusé de meurtre. Ce qui entache son honneur. Il décide alors de rencontrer le docteur Kloucke, psychologiste, chez qui il se rend souvent pour des consultations même sans rendez-vous. Il s’arrange pour prendre la place d’une pratique. Or la conversation avec le toubib n’est pas dénuée d’intérêt. Le meurtre à la cravate est probablement signé, le médicastre possède quelques documents, par un certain Rauconnière qui n’en est pas à son premier exploit, mais qui est insaisissable. D’ailleurs il se fait passer pour mort.

Pourtant Lupin possède un indice. Rauconnière pourrait nicher à Fontenay-aux-Roses. En parcourant la petite ville banlieusarde, Lupin remarque une demeure enfouie dans un parc immense. Il s’agit de la clinique Legrand, spécialisée dans le traitement des troubles mentaux. Une cachette idéale pour Rauconnière, pense Lupin. Et le hasard faisant bien les choses, une petite annonce dans un journal local attire son attention. La clinique Legrand recherche un infirmier qualifié pour compléter son personnel.

C’est ainsi que nous pénétrons dans cette clinique psychiatrique de Fontenay-aux-Roses en compagnie de Lucien Dantry qui se présente pour la place d’assistant. Il vient d’être précédé par Ganimard, dont l’un des hommes a filé Lupin quelques jours auparavant et l’a vu trainant du côté de la clinique.

Parmi les clients, comme définit le docteur Legrand en parlant de ses malades, sont logés un paranoïaque, un agoraphile, un exhibitionniste suicidaire, un alcoolique mondain, un peintre dont la particularité est de peindre toujours le même visage, monochrome mais en des teintes différentes (peut-être a-t-il inspiré Andy Warhol ?) et quelques autres qui retiennent l’attention.

 

Tranquillement Frédéric Lenormand avance son intrigue en laissant planer le doute sur l’identité de Lupin et de Rauconnière à l’intérieure de cette clinique étrange. Car il faut se méfier des évidences, les deux hommes étant des adeptes des déguisements en tous genres.

D’ailleurs on retrouvera au fil de cette enquête Lupin sous diverses identités, telles que magicien avec lapins et colombes ou sous les traits d’un cuisinier en spécialités régionales. Mais ce grand manipulateur ne pensait certes pas devenir amoureux d’une infirmière. Comme quoi tout arrive.

Frédéric Lenormand sait faire monter le suspense, et décline cette histoire dans laquelle Lupin se débat, avec humour mais aussi avec tendresse. On pourrait presque cataloguer ce roman policier de roman d’amour. Mais souvent l’un ne va pas sans l’autre, n’en déplaise à ceux qui dédaignent les romans sentimentaux. Et la violence des sentiments vaut largement les violences physiques, même si parfois les deux vont de paire.

Frédéric Lenormand s’avère aussi manipulateur que son héros ! Et son roman se lit comme un bon vieux feuilleton rétro (je laisse vintage pour les snobs !).

Frédéric LENORMAND : Un amour d’Arsène Lupin. Collection Le Masque Poche. Editions Le Masque. Parution le 27 janvier 2021. 266 pages. 8,50€.

ISBN : 9782702449684

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26 février 2021 5 26 /02 /février /2021 05:14

Ma vie
Mais c'est long le chemin
Ma vie
Qu'il est long le chemin !

Alain Barrière.

M.A. RAYJEAN : Le monde de l’éternité.

Cela fait quatre années-lumière et trois mois que le Firstar, un vaisseau intergalactique, voyage dans le Cosmos. L’engin arrive enfin en vue d’Alpha du Centaure mais le commandant de bord, Mac Kerreck, n’est pas satisfait, car l’astronef est en retard de dix-sept jours sur les prévisions.

Sélectionnés par la Confédération des Nations Occidentales, Kerreck et ses compagnons, le lymphatique et volumineux physicien Mole, Stockwell l’électromécanicien, Lewis le biologiste, Lisbeth sa femme et diététicienne, et Françoise Jammot, d’origine française et doctoresse, doivent explorer une planète nouvelle et accueillante qui n’a pas encore d’immatriculation.

Le champagne sabré, les six voyageurs peuvent enfin atterrir et débuter leur mission. D’abord le lancement d’une fusée chargée de filmer et recueillir les différentes informations nécessaires à leur première sortie. Lors du visionnage de ces petits films, rien n’apparait concernant une probable présence d’êtres vivants.

Pourtant quelques bizarreries sont répertoriées. L’herbe tout autour de la fusée est rouge. Stockwell en voulant la toucher se coupe. Une entaille assez profonde pour nécessiter des soins prodigués par Françoise Jammot qui lui donne antibiotiques et sédatifs. Or, à leur grande surprise, quelques heures après, la blessure est cicatrisée et il n’existe plus de marque de cet incident.

Lors d’une reconnaissance effectuée en aérobulles, Kerreck, accompagné de Mole et de Stockwell bien rétabli, abat un animal qui ressemble à une antilope munie d’une carapace semblable à celle d’un tatou. Ils ramènent cet étrange animal à la fusée, le laissant pour la nuit au dehors. Le lendemain, l’animal a disparu sans laisser de traces. Aucun signe d’intervention extérieure n’est relevé.

Lewis, le biologiste, en examinant quelques brins de l’herbe rouge, distingue des sortes de protozoaires, d’amibes unicellulaires. Ces animalcules ne se divisent pas et pourtant semblent doués de vie. Tout autour de la fusée, Kerreck détruit l’herbe rouge à l’aide d’acide et d’un appareil thermique. Rien n’y fait car en une nuit l’herbe a repoussé.

Lors d’une autre sortie d’exploration dans les montagnes voisines, Kerreck et ses compagnons aperçoivent ce qu’ils pensent être un habitant de cette planète. Ils examinent cet être curieux à tête de batracien et aux deux jambes grêles, bientôt rejoint par un autre congénère du même acabit. Kerreck est enlevé dans les airs comme une plume et les deux êtres, qui pourtant ne possèdent pas d’aile, s’éloignent rapidement. Le temps pour Stockwell et Mole de rejoindre leurs aérobulles, il est trop tard. Ils ne retrouvent pas traces de Kerreck.

Ce n’est que le lendemain qu’ils découvrent Kerreck au fond d’une crevasse. Le chef de bord est mortellement blessé. Ils le ramènent à bord de la fusée et le place sur une sorte de catafalque, entouré de bougies allumées. Quelques heures plus tard, Kerreck ressuscite, ne ressentant aucune lésion. Un miracle ou un défi de la nature propre à cette planète ?

 

Tous, après avoir émis de nombreuses hypothèses, parviennent à se convaincre qu’un phénomène régit la planète. L’herbe rouge est détruite à plusieurs reprises, mais à chaque fois elle repousse. Les animaux survivent alors qu’ils étaient considérés comme morts. La blessure de Stockwell puis la résurrection de Kerreck les amènent à cette constatation : ils font face à des manifestations de vie éternelle.

L’auteur ne s’embarrasse pas de descriptions trop scientifiques, géographiques, technologiques, ou psychologiques. Souvent certains aspects sont éludés, dont le voyage entre Terre et Alpha du Centaure qui dure tout de même plus de quatre années-lumière.

Les relations entre les six membres de cet équipage sont parfois tendues, ce qui est compréhensible, mais la diplomatie règle bien des problèmes. Kerreck se montre parfois autoritaire, après tout c’est le chef de groupe, qui n’aime guère la contradiction. En ce qui concerne la nourriture, cela relève du domaine de Lisbeth, la diététicienne, qui a toujours sous la main quelque produit chimique à proposer.

Mais on se rend bien compte que les mentalités ont évolué depuis l’écriture de ce roman. Kerreck mâchouille à longueur de temps ses plaquettes de chewing-gum. Il a dû en prévoir une provision considérable de même que les cigarettes qu’il fume de temps en temps, comme la plupart de ses compagnons. Un petit défaut qui serait sanctionné de nos jours : il jette ses mégots à terre et les écrase sans les ramasser !

Un bon petit roman sans prétention, agréable à lire et dont l’épilogue est rapidement expédié. Probablement à cause de la pagination imposée ou parce que l’auteur n’avait plus rien à écrire, pensant à son prochain roman.

 

M.A. RAYJEAN : Le monde de l’éternité. Collection Anticipation N°137. Editions Fleuve Noir. Parution 25 avril 1959. 192 pages.

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25 février 2021 4 25 /02 /février /2021 04:24

Un auteur bicéphale

Pierre MAËL : Fille de rois.

En ce mois de janvier 1641, partie de la région de Quimperlé, la jeune Jeanne de Plonay, comtesse de Blois et de Poher, treize ans, surnommée Jeanne la Pâle à cause de son teint de porcelaine blanche, se rend à Rennes. Elle désire rencontrer les Messieurs du Parlement afin de plaider sa cause dans une affaire de spoliation d’héritage que c’est approprié un sien parent.

Elle est accompagnée de huit personnes : son cousin Hervé de La Ville-Rouault, le sire de Kerbullic son oncle maternel, le majordome Anthelme Bullic plus deux serviteurs, Hugon Bohec et Yves Kemener. Dans le fiacre qui l’emmène, siègent Anne de Plonay, une parente, et Reine Bohec la première de ses suivantes, et la petit Aloyse Kemener, sœur du serviteur.

Sa requête n’ayant pu aboutir, Jeanne de Poher décide d’en référer plus haut auprès du cardinal Mazarin mais avant de rejoindre la capitale, elle se rend à Blois où siègent quelques membres de la famille royale.

En cours de route, cet équipage s’installe pour une nuitée dans une auberge. Mais celle-ci est attaquée par des brigands de grands chemins, et Hervé de La Ville-Rouault, dix-neuf ans, et ses compagnons ainsi que l’aubergiste et ses valets, se montrent intrépides, refoulant les assauts. Une bataille bientôt couronnée de succès. Surtout pour Hervé qui est amoureux de sa jeune cousine.

Puis il aura encore l’occasion de démontrer son courage lorsque des loups affamés par la rigueur de l’hiver attaquent eux aussi le convoi. Non sans mal encore une fois, il réussira à mettre en fuite les canidés.

Arrivée à Blois, Jeanne de Poher est reçue comme il est dû à son rang, mais la jeune Anne Marie Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier, fille de Gaston d’Orléans et cousine germaine du futur Louis XIV, lui bat froid car toutes deux possèdent le titre de comtesse de Blois. Pourtant Jeanne de Poher n’usurpe pas son titre puisqu’elle est la petite fille d’Oliver de Bois, duc de Penthièvre. Une mise au point nécessaire qui attire les bonnes grâces de celle qui deviendra la Grande Mademoiselle. Les deux adolescentes sont à peu près du même âge et bientôt elles deviendront amies.

Tandis que Jeanne de Poher reste à Blois en compagnie de sa jeune compagne mademoiselle de Montpensier, Hervé de La Ville-Rouault se rend à Paris où il est présenté au cardinal de Richelieu, par l’entremise de son oncle Geoffroy de Kerbullic et d’un ancien compagnon d’armes de celui-ci attaché au service du prélat ministre.

Il est affecté au service du maréchal de La Meilleraie puis à celui de Louis de Bourbon, duc d’Enghien, un général de vingt-deux ans. Il se distingue lors de la bataille de Rocroy contre les Espagnols.

 

Ce roman se déroule de 1641 jusqu’en 1652, à la fin de cette période qui vit la révolte des Princes, déclenchée par la haine de Condé et quelques autres envers Mazarin et contre la royauté en général depuis Henri IV et Louis XIII. La fameuse Fronde ou Guerre des Lorrains qui ébranla le pouvoir royal.

Un épisode trouble au cours duquel Hervé de La Ville-Rouault saura se mettre en valeur, tandis que La Grande Mademoiselle participera activement à cette révolte, contre le jeune futur Louis XIV né en 1638.

Trempant sa plume dans l’encrier d’Alexandre Dumas, Pierre Maël, pseudonyme collectif de Charles Causse (1862-1904) et Charles Vincent (1851-1920), fait revivre cette période agitée avec verve.

Fille de rois est tout autant un roman historique, qu’un roman sentimental, malgré le jeune âge des deux principaux protagonistes. Surtout Jeanne de Poher qui n’a que treize ans au début du récit mais dont l’émoi amoureux s’intensifie au fur et à mesure de la déclinaison de cette intrigue, un élan amoureux qui toutefois reste chaste (y’en a qui ont eu peur, l’époque actuelle fustigeant les amours enfantines).

Malgré leur jeune âge, treize ans et un peu plus, Jeanne de Poher et Anne Marie Louise d’Orléans sont déjà matures. Jeanne la Pâle est déterminée, courageuse, et Anne Marie Louise est déjà rebelle, indépendante et dotée d’un fort caractère. Ce qui les a divisé au départ et a forgé leur amitié par la suite. Deux figures féminines loin des clichés de soumission de l’époque. Mais les autres protagonistes eux aussi possèdent un caractère trempé.

Les romans d’aventures, historiques et sentimentaux de Pierre Maël étaient destinés à la jeunesse et furent souvent associés comme livres d’étrennes et prix scolaires. Ils connurent le succès jusque dans les années 1950 et si leurs auteurs, tous deux d’origine bretonne, étaient catholiques fervents et légitimistes, n’en font pas étalage dans leurs écrits. A noter que Charles Causse est le père de Jean d’Agraives, lui-même auteur fort reconnu

Pierre MAËL : Fille de rois. Collection Bibliothèque de la Jeunesse. Editions Hachette. Parution 1948. 256 pages.

Première publication : Hachette. 1902.

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24 février 2021 3 24 /02 /février /2021 05:39

L’Ardennais pratique l’art des niais !

Franz BARTELT : Les bottes rouges.

Correspondant local du quotidien L’Est pluvieux, le narrateur vit tranquillement sa petite vie tranquille. Sa philosophie se résume en ces quelques mots : pas d’ambition, pas d’effort, pas de soucis ! Et pour évacuer un stress toujours possible, il épluche des pommes de terre, essayant d’obtenir des pluches de plus en plus fines.

Cela fait dix ans qu’il est installé dans cette petite ville du nord-est de la France et son emploi de localier est une véritable sinécure. Il a tout compris. Il suffit de brosser dans le sens du poil le rédacteur en chef, les édiles, les lecteurs. Et il utilise, réutilise lors de la rédaction de ses articles, d’anciennes notules parues les années précédentes. Il lui suffit de changer la date, le lieu, le nom des protagonistes, et ce qui a plu une fois plaira l’année d’après. Il lui faut également aller sur les lieux des diverses manifestations qui rythment la vie d’une petite commune, assemblées générales des associations par exemple, mais pour ne pas encombrer les salles, il ne se présente qu’au moment du vin d’honneur.

Il est ami avec Basile, son voisin, et vide consciencieusement avec lui quelques chopes de bière, mais pas tout le temps. Chacun a ses obligations, le localier à repomper ses articles et à se déplacer pour faire acte de présence, Basile exerçant fièrement sa fonction de magasinier dans une fabrique de jouets en matière plastique. Il prend son travail à cœur, et lorsqu’une stagiaire lui est confiée, il lui montre toutes les ficelles du métier afin qu’elle puisse obtenir un contrat à durée indéterminée.

Il s’accomplit si bien de sa mission, et Marise, une jeunette de vingt ans, est si réceptive, si déterminée à se glisser dans l’organigramme de la société, qu’ils en arrivent à batifoler. Basile trompe Rose, sa femme dépressive, au grand dam de celle-ci car elle s’aperçoit tout se suite de sa situation d’épouse trompée.

Il n’aurait pas dû Basile, mais c’est une fois qu’on a mis le doigt, et le reste, dans l’engrenage et ailleurs, que les remords viennent tenailler un homme. Bref Basile est fort marri de cette situation et veut reconquérir sa femme en appelant le docteur, en allant chercher les médicaments, en se mettant en quatre pour satisfaire les moindres désirs de Rose, et il s’aperçoit alors que les Rose ont des épines. Il est malheureux Basile. Et il se confie à notre localier qui ne trouve pas matière à écrire un article à cet événement.

Reconquérir une femme trompée n’est guère aisé, et Rose se montre agressive tout en soignant sa dépression en se rendant en ville à de mystérieux rendez-vous. Elle va même jusqu’à se montrer langue habile auprès du narrateur. Le scandale éclate lorsque Marise est retrouvée noyée.

 

Dans ce roman humoristique, Franz Bartelt se montre parfois cynique, voire caustique dans ses nombreuses digressions qui sont le sel de cette histoire. Quant aux bottes rouges du titre, le lecteur ne comprendra leur signification qu’à la fin du roman.

Contrairement à certains romans, ici les digressions sont jouissives, et l’auteur égratigne ici et là. Les localiers et leur implantation dans une communauté villageoise sont décrits avec verve. Ils n’apportent guère d’informations mais pourtant les lecteurs des quotidiens ou hebdomadaires aiment leurs chroniques, puisque l’on parle d’eux et qu’ils figurent souvent en bonne place dans les colonnes consacrées au canton. Les photographies remplacent souvent les textes qui se répètent tous les ans. Ce que l’on appelle des marronniers. D’ailleurs la définition du marronnier est assez explicite pour que je ne m’étende pas davantage sur le sujet :

Un marronnier en journalisme est un article ou un reportage d'information de faible importance meublant une période creuse, consacré à un événement récurrent et prévisible. Les sujets « débattus » dans un marronnier sont souvent simplistes, parfois mièvres.

Bien d’autres thèmes sont développés comme le théâtre municipal, les poètes locaux, ou encore l’infidélité qui génère le trou de la Sécurité Sociale.

 

Florilège :

 

Quand on n’a envie de rien, on met la télé.

 

Le meilleur moyen d’être tranquille, c’est de ne pas dire ce qu’on pense, surtout aux femmes.

 

Les flics brandissaient leur arme en direction de la fenêtre. Ils étaient une demi-douzaine, pas très héroïque, des pères de famille, un peu soiffards et qui s’étaient engagés dans la police non par vocation mais pour la sécurité de l’emploi. Je les connaissais tous. J’ai vidé, en leur compagnie, sans procès-verbal, et pour des motifs professionnels, d’ébahissantes quantités  de produits fermentés, j’admets qu’ils m’imposent leur respect : il n’est de bonne descente qu’une descente de police.

 

Mais d’abord un journal est fait pour être vendu. Lu c’est l’important. Vendu, c’est l’essentiel. Informer, c’est le prétexte. La priorité des priorités, c’est la survie de l’entreprise. Tout le reste est secondaire. Quant à l’information, elle n’est que la cerise sur le gâteau.

Franz BARTELT : Les bottes rouges. Editions Gallimard. Parution 25 août 2000. 208 pages. 18,50€.

ISBN : 978-2070759132

Réédition Collection Piment. Editions France Loisirs. Parution février 2001. 224 pages.

Prix de l’Humour noir 2001.

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23 février 2021 2 23 /02 /février /2021 04:26

Le monde de l’éducation épinglé…

Michel RENOUARD : Requiem sur le campus.

Dans la capitale du crachin existe une université du nom de Boris Vian. Bel hommage pour cet homme éclectique qui, aujourd’hui reconnu comme un touche à tout de génie, ne connut véritablement son heure de gloire qu’à sa mort ou lorsqu’il écrivait sous le pseudonyme de Vernon Sullivan.

Donc dans ce campus est retrouvé un jour le cadavre du professeur Norbert Alacoque. Seulement pour les indices, il faudra repasser car la femme de ménage a tout nettoyé, essuyé, avant de déclarer sa macabre découverte à la police. Le commissaire Gabacho, flanqué de Futagokoro, un adjoint franco nippon qui ne voit que par les ordinateurs, est chargé de l’enquête.

Qui pouvait ressentir une haine meurtrière envers le docte professeur qui enseignait les langues orientales et plus particulièrement le bhojpouri, dialecte de l’Inde ? Ce pourrait être le président Henry ou encore son épouse d’origine corse ; le concierge Mathurin Régnier, connût pour sa propension à vérifier tous les soirs le principe des vases communicants en absorbant moult bouteilles de pinard ; Barthélémy Dorange le préposé aux réformes, qui à chaque fois qu’il pense être au bout de sa mission se voit confronté à des nouveaux changements ministériels ; à moins qu’il ne s’agisse de Baptistine Cramouille de Perrichon-Blanzac, ancienne étudiante de Alacoque et dont le souhait avoué était de prendre sa place.

 

Enquête classique dans un monde feutré vivant des bruits de couloirs, et roman à l’humour auquel on ne peut rester insensible, comme en écrivait jadis Charles Exbrayat.

Michel Renouard, lui-même professeur de littérature et civilisations indiennes, originaire de Dinan et vivant à Rennes, égratigne non seulement le monde de l’éducation, tout au moins une frange, et édicte des anathèmes à l’encontre des empêcheurs de fumer en rond ou des adeptes à tout crin des ordinateurs.

 

Mieux vaut un chef-d’œuvre écrit à la main qu’un navet engendré sur un ordinateur. Jusqu’à preuve du contraire, tous les chefs-d’œuvre ont été écrits à la main. L’informatique, pas plus que l’imprimerie, n’a rendu quelqu’un intelligent.

 

Michel RENOUARD : Requiem sur le campus. Collection Enquête et suspense. Editions Alain Bargain. Parution 3e trimestre 1998. 192 pages.

ISBN : 9782910373566

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22 février 2021 1 22 /02 /février /2021 05:40

Mariage foutu ?

Pierre LAVAUR : Fiançailles rompues.

A la veille du grand jour, Emmeline et Amélie, la gouvernante, papotent à propos de littérature. Il est vrai qu’Amélie est une lectrice compulsive, mais c’est son domaine réservé. Depuis plus de quarante ans elle est au service de la famille Brémont, et jouit d’une existence paisible et régulière.

Presque, car le lui rappelle Emmeline, un drame s’est déroulé dans cette honorable famille aisée d’armateurs près de dix-huit ans auparavant. Mais revenons sur ces épisodes, avec l’assentiment des protagonistes.

Trois épisodes qui se sont enchaînés dramatiquement. Jeune marié, Gérard Brémont se rendit en Indochine pour des affaires, laissant seule sa jeune épouse. Raymonde s’ennuie bien un peu de son mari absent pourtant lorsque ses amies désirent qu’elle participe avec elles à un bal donné sur l’Alcyon, un trois-mâts basé en rade du Havre, elle refuse. Il fallut que ce soit son père qui insista pour qu’elle accepte d’y participer. Seulement un incendie se déclare à bord du bâtiment, et elle en réchappe miraculeusement. Mais son père et sa sœur n’ont pas eu cette chance.

Devenue dépressive, Raymonde est soignée par Amélie. Un jour Raymonde décida de quitter la demeure de Sainte-Adresse pour s’installer seule au château d’Ormesson, près de Montivilliers. Parfois elle revenait à Sainte-Adresse, mais pour un laps de temps très court. Les mois s’écoulent puis enfin Gérard Brémont revient au port. Raymonde, prévenue, est revenue au domicile conjugal mais elle est pâle, en pleurs. Gérard attribue cette tristesse à la perte de ses parents et n’osent pas interroger sa femme qui dépérit.

Un jour une villageoise de Montivilliers portant un poupon demande à s’entretenir avec Raymonde. Il s’ensuit que Raymonde demande à son mari de tenir lieu de père à l’enfançon, prénommée Emmeline, et qui est orpheline. Quelques jours plus tard, Raymonde décède sans avoir fourni plus d’explication quant à son geste concernant la petite Emmeline.

Les années ont passé et dix-huit ans plus tard, au moment où nous faisons la connaissance de la jeune fille, celle-ci doit se marier le lendemain avec son protecteur, le quadragénaire Gérard Brémont. Mais cette journée est particulière, et pas uniquement à cause des préparatifs de la noce. Et tandis qu’Amélie remémore ces événements, ces épisodes douloureux à Emmeline, surgit un invité, Richard Noisy, un vaudevilliste optimiste.

Le jeune André Chazel, amoureux d’Emmeline lui donne un rouleau de documents secrets la concernant de la part de son employeur, le notaire familial, documents qui devaient lui être remis la veille de son mariage. Puis il lui annonce son départ pour Paris. Il trouvera facilement du travail dans la capitale et ne veut pas empiéter sur la décision d’Emmeline et de son bienfaiteur, Gérard Brémont, qui s’est occupé de lui tandis que son père veuf parcourait le monde à bord d’un navire. D’ailleurs Firmin Chazel, l’ami de la famille, et dont il a fait la connaissance en Indochine dans des circonstances qui auraient pu lui être fatales, est attendu pour le lendemain.

Emmeline laisse le soin à Gérard Brémont de s’enquérir du contenu des documents dont l’enveloppe est scellée. Brémont tergiverse, n’osant décacheter le rouleau, puis il monte dans sa chambre, les fameux papiers à la main. Il est bientôt l’heure pour le notaire de procéder à l’établissement du contrat de mariage, et les témoins se pressent dans la pièce où se tenaient au début du récit Emmeline et Amélie. Seulement Gérard Brémont se fait attendre. Et lorsqu’il redescend enfin, il prie tout le monde dégager et de le laisser seul.

 

Fiançailles rompues, comme son titre l’indique, est un roman sentimental mélodramatique, doublé d’un suspense psychologique.

L’auteur, avec malice, nous met en condition afin d’anticiper les événements qui vont se dérouler dans la journée et le lendemain, avec quelques retours en arrière fournis par les différents protagonistes.

Le lecteur est persuadé qu’un coup de théâtre va se dérouler, ce qui ne manque pas de se produire, que la naissance d’Emmeline est l’un des ressorts de ce mélodrame, mais l’épilogue déjoue tous les pronostics.

Un bon roman écrit par un romancier dont on parle peu de nos jours. Né le 2 novembre 1865 à Bordeaux, décédé à Paris le 6 juin 1943, Pierre Lavaur, de son vrai nom Henri Gibert (est-il apparenté au fameux libraire du Quartier Latin ?), utilisa de nombreux pseudonymes dont Claude Syrvall, Pol Ternoise, Gille Cordouan, Paul de Calonges.

Des romans sans prétention, parfois un peu naïfs, mais charmants, et à l’écriture soignée, agréable, peut-être ampoulée penseront certains, mais il s’agit bien du reflet d’une époque et du respect des auteurs envers les lecteurs. Que demander de plus pour occuper ses soirées et ses dimanches, sans se prendre la tête ?

Pierre LAVAUR : Fiançailles rompues. Collection Le Livre de Poche N°324. Editions J. Tallandier. Parution octobre 1933. 64 pages.

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19 février 2021 5 19 /02 /février /2021 05:55

Avec ses pépins…

Amédée ACHARD : Le Clos Pommier.

Le Normand n’est point pingre ni avare, il est économe.

Le père Glam, garde-champêtre à Varaville près de Cabourg et de Dozulé dans le Calvados, pourrait être riche mais il a trop bon cœur, et ses économies se sont envolées afin de permettre à des membres de sa famille, à des voisins, à des amis de ne pas se retrouver ruinés. Du coup, c’est lui qui se retrouve presque sur la paille. Heureusement, sa fille Catherine fait bouillir la marmite grâce à ses travaux domestiques et les dentelles qu’elle tisse infatigablement.

Le père Glam est veuf et il a eu le malheur de perdre son fils Fulgence de l’autre côté des océans, péri en mer. Jean Simon, pêcheur et qui était aux côtés de Fulgence lors de sa disparition, a ramené les quelques effets filiaux. Le père Glam les garde précieusement dans un coffre dans l’ancienne chambre de Fulgence, une pièce dédiée à son fils.

Simon et Catherine s’apprécient et envisagent même de se marier. Seulement le père Hennebaut, riche propriétaire local, aimerait pouvoir annexer à son domaine les quelques terres et la maison dite du Clos Pommier à cause de l’arbre qui trône dans la cour. Et Pacôme, le fils Hennebaut, se verrait bien marié à cette fille courageuse et travailleuse. Et comme le père Glam est redevable de quelques dettes qu’il ne peut honorer, une forme de chantage s’exerce sur lui.

En bon Normand qu’il est, il tergiverse puis signifie son refus à cette union, ce qui l’entraîne dans des complications sans fin. Un huissier de Dozulé est mandaté pour réquisitionner le Clos Pommier, au grand dam de Catherine et de Simon. Les deux amoureux se sentent contraints d’accepter la proposition de Pacôme mais auparavant ils contactent quelques membres éloignés de la famille, et l’huissier ému prélève même sur sa cagnotte quelques pièces blanches afin de rembourser la dette. Même les édiles et les notables des alentours se cotisent pour arrondir la somme. Mais cela ne suffit pas. Têtu, comme tout bon Normand qui se respecte, le père Glam ne veut pas donner la main de sa fille à n’importe qui, surtout à Pacôme. Seulement, ses vieux démons d’aider son prochain se réveillent et l’argent récolté est offert à un voisin qui est encore plus dans la dèche que lui.

 

Auteur du XIXe siècle, Amédée Achard est bien dédaigné de nos jours. Seuls survivent dans la mémoire littéraire deux romans, Les Coups d’épée de M. de La Guerche et Envers et contre tout. Pourtant il a écrit plus d’une soixantaine de romans d’inspiration diverse.

Roman de l’amour et de la jalousie, de l’honneur et de la cupidité, de la prodigalité et de la convoitise, de l’abnégation et de la concupiscence, Le Clos Pommier met en scène deux types de personnages aussi différents l’un de l’autre qu’un arbre vert qu’un arbre mort. L’un donne ses fruits à profusion, l’autre est un cœur desséché.

Dans ce roman datant de 1858, nous découvrons les prémices des thèmes que développeront plus tard Hector Malot, Emile Zola, Guy de Maupassant et quelques autres. L’argent, le terroir, le naturalisme, l’adversité à toute épreuve, le don de soi, le sacrifice et le dévouement, et une forme d’accumulation d’épreuves sentimentales et financières en sont les ressorts inépuisables.

Une étude des mœurs paysannes décrites avec justesse placées dans un quotidien séculaire, car ce qu’il se déroulait hier ou avant-hier se passe encore de nos jours malgré la libération des traditions ancrées dans les esprits. Presque car le poids des habitudes et des conventions régit souvent encore le parcours sentimental devant les exigences capitalistes.

Amédée ACHARD : Le Clos Pommier. Collection Dauphine N°63. Editions de Montsouris. Parution 2e trimestre 1947. 96 pages.

Première édition 1858.

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18 février 2021 4 18 /02 /février /2021 05:09

L'Egypte et ses mystères.

Samuel DHARMA : Comme une odeur de tombeau.

Les Pyramides, les Pharaons, la malédiction qui s'abat sur ceux qui s'approchent de trop près des tombeaux et des momies.

Les archéologues recherchent les vestiges du passé mais en même temps ils violent les demeures des morts. Les démons veillent et impitoyablement traquent les intrus.

Que ce soit sur les lieux du sacrilège ou leurs environs mais également ailleurs, dans le fin fond de la campagne anglaise ou encore dans une cathédrale à l'architecture de cauchemar.

Le cauchemar, la terreur, l’épouvante règnent, sublimés par les forces du Mal. Celles-ci enfiévrées par leur pouvoir et leur désir de vengeance frappent, frappent encore.

Une soif de punir mortellement qui se transforme en ivresse aveugle Pour les arrêter, les contenir et annihiler la Malédiction, au moins pendant un certain temps, le Bien se dresse sous forme de jeunes gens animés d'une force intérieure exaltée par un médaillon.

Une guerre secrète qui n'épargne pas les humains.

 

Au fil de ses romans, Samuel Dharma se perfectionne, dans l'écriture et dans le ton. Il donne à ses personnages une ampleur accrue, plus forte, plus travaillée, plus fouillée.

Avec un peu plus de rigueur dans la conduite du récit et un peu plus de clarté dans son intrigue il atteindra l'égal des grands: Brussolo dans le domaine français et Masterton, King, Koontz etc. dans le domaine anglo-saxon.

Comme une odeur de tombeau est une habile variation sur le thème éternel de l'antagonisme Bien/Mal, ainsi que de la fascination exercée par le mythe de l'Egypte ancienne.

 

Chronique rédigée en novembre 1990.

Samuel DHARMA : Comme une odeur de tombeau. Collection Anticipation N° 1773. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1990. 192 pages.

ISBN : 2-265-04384-2

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17 février 2021 3 17 /02 /février /2021 04:26

A ne pas confondre avec les Compagnons de J’ai bu !

Alexandre DUMAS : Les compagnons de Jéhu.

Le 9 octobre 1799, deux voyageurs s’arrêtent à l’Hôtel du Palais-Royal d’Avignon et demandent à se sustenter à la table d’hôtes, où déjà sont installés une douzaine de convives. Les discussions vont bon train, la ville papale étant principalement royaliste. Mais ce sont les récentes attaques de diligences qui alimentent les conversations.

En effet, une bande nommée Les Compagnons de Jéhu s’en prend aux diligences transportant des fonds destinés au gouvernement, s’emparant de l’argent récolté. Cet argent, indûment acquis, est destiné aux rebelles de Vendée afin de leur permettre de continuer leur travail de sape et de rétablir les Bourbons sur le trône de France, en l’occurrence le roi Louis, dix-huitième du nom.

S’introduit un homme masqué, répondant au nom de Morgan, qui remet à l’un des convives un sac d’argent qui se trouvait en compagnie de l’argent destinée au gouvernement. Car, il l’affirme, les Compagnons de Jéhu ne sont point des voleurs de grands chemins et ne dérobent jamais le pécule des particuliers. Puis il repart comme il est arrivé sans être inquiété.

Les deux inconnus ne sont guère diserts. L’un répond au nom de Roland, l’autre est un général d’après son ami. L’on apprendra plus tard qu’il s’agit de Bonaparte qui vient de débarquer à Toulon, ayant quitté précipitamment l’Egypte. Nous retrouverons plus tard Bonaparte, mais ce sont bien Roland de Montrevel et le fameux Morgan, qui n’est autre que le baron Charles de Sainte-Hermine, qui s’imposent comme personnages principaux de ce roman.

Le général et Roland se quittent, l’un pour monter à Paris, l’autre pour se rendre dans sa famille près de Bourg (devenue Bourg-en-Bresse). Mais auparavant, Roland doit s’acquitter d’une dette d’honneur envers l’un des convives et pour cela, il demande à un Anglais, qui était présent lors de la tension qui montait autour de la table, sir John Tanlay de lui servir de témoin. Roland sort vainqueur de son duel et peut partir dans l’Ain en compagnie du Britannique, un compagnon qu’il apprécie et les deux hommes deviendront amis.

Roland et sir John Tanlay sont accueillis à bras ouverts par Madame de Montrevel, le jeune Edouard, treize ans, et Amélie, la sœur de Roland, une fort belle jeune fille d’une vingtaine d’années. Les Compagnons de Jéhu sévissent dans la région et Roland, qui a découvert leur refuge dans un vieux couvent, est épargné. Il n’est va pas de même de Sir John, qui s’étant rendu de nuit sur les lieux où Roland a surpris une réunion des Compagnons, déguisés et masqués, est grièvement blessé. Mais ce qu’ils ignorent, c’est que Morgan et Amélie se retrouvent en cachette, étant amoureux l’un de l’autre.

Puis Roland, ayant retrouvé Bonaparte à Paris, est envoyé par celui-ci en mission afin de parlementer avec Georges Cadoudal, le chef des insurgés bretons. Les fameux Chouans, ou chats-huants, ainsi surnommés car leur cri de ralliement est le cri de la chouette.

Entre Morgan et Amélie, ce sont des amours contrariées, car ils appartiennent à des clans différents. Quant à Sir John, remis de ses blessures, il tombe amoureux de la jeune fille.

 

Situé entre le 9 octobre 1799 et le 14 juin 1800, ce roman fourmille de nombreuses péripéties hautes en couleurs, dont les moindres ne sont pas le coup d’état du 18 brumaire fomenté par Bonaparte, instaurant le Consulat, et la bataille de Marengo, décrite en long, en large, et en travers.

Un roman dense, qui n’oublie pas les coups d’éclats, une très grande partie se déroulant en Bresse ou encore dans le Morbihan, fief de Cadoudal. Avec des personnages qui se combattent mais en même temps, quoiqu’ils appartiennent à des régimes politiques différents, s’estiment. Les amours de Morgan et d’Amélie s’inscrivent dans la longue liste des amants qui s’aiment malgré les divisions dressées entre eux. Un peu à la façon de Roméo et Juliette. Une histoire dans l’histoire.

C’est la reconstitution de toute une époque avec en toile de fond l’ombre du général Dumas, le père de l’auteur, et du général Brune, deux proches de Bonaparte mais pas de Napoléon. Roland de Montrevel est un jeune homme atteint de mélancolie qui désire mourir, quel que soit le moyen, duels, combats contre des adversaires, mais sans aller jusqu’au suicide. Or lorsqu’il combat les Chouans, en Bresse puis en Bretagne où il est envoyé par Bonaparte, sa vie est mystérieusement préservée, se demandant pour quelle raison.

Le personnage de Bonaparte, pour une fois de la part de Dumas, n’est pas considéré comme un chef d’état plongeant la France dans les guerres. Il bénéficie d’une certaine mansuétude, contrairement à certains romans, comme Conscience l’Innocent dans lequel il est surnommé l’Ogre Corse ou encore le Petit tondu.

Si Dumas se perd parfois en digressions, il se justifie, tout comme il explique dans sa note au lecteur, narrant les différents événements dont Avignon, ville royale et papale, fut le théâtre, qu’il ne peut rédiger un roman sans se rendre personnellement sur place afin de s’imprégner de l’atmosphère des lieux et du décor qui les nimbent.

 

Collection Alexandre Dumas. Fac-similé Collection A. Levasseur et Cie. Illustrations de G. Doré, A. De Neuville et Daubigny. Editions Altaya. 366 pages.

Collection Alexandre Dumas. Fac-similé Collection A. Levasseur et Cie. Illustrations de G. Doré, A. De Neuville et Daubigny. Editions Altaya. 366 pages.

A noter que la différence du nombre de pages qui existe entre les trois versions proposées est consécutive à la mise en page et à la taille des polices de caractères employées.

 

Alexandre DUMAS : Les compagnons de Jéhu. Collection Folio Classique N°6855. Parution 26 novembre 2020. 864 pages. 11,50€.

ISBN : 9782070464463

Collection Alexandre Dumas. Fac-similé Collection A. Levasseur et Cie. Illustrations de G. Doré, A. De Neuville et Daubigny. Editions Altaya. 366 pages.

Collection A tous les vents. La Bibliothèque électronique du Québec. 851 pages. Version numérique gratuite. 544 pages sur liseuse Bookeen.

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