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14 février 2019 4 14 /02 /février /2019 05:34

Mais un ange diabolique !

RICH Frank : L'ange de la vengeance.

Jake Strait est un privé spécial qui officie aux Etats-Unis dans les années 2030. Enquêteur exterminateur il est payé pour tuer, avec l'aval des FSP, Forces de Sécurité et de Protection. Il ne roule pas pour autant sur l'or et vit dans un quartier minable.

Dashmiel et Barbara Chamberlain lui demandent, papiers officiels en main, de tuer Crawley, dangereux récidiviste du crime, proxénète et dealer. Le contrat rempli il transfère le pécule du défunt sur son compte.

Il est abordé dans un bar par une jeune femme, Britt, qui affirme débuter dans le plus vieux métier du monde. Après une nuit agitée, elle tente de le rayer du nombre des vivants. Elle l'accuse de détenir son argent, celui qu'il a pris à feu Crawley. L'inspecteur Blake l'informe que Crawley n'était qu'un minable poète en butte contre le pouvoir et que les papiers signifiant son exécution sont des faux. Les Chamberlain sont des membres du Parti, le parti officiel et unique qui règne sur le pays. Ils vivent chez les rupins sur la Colline.

Grâce à Joe, un de ses copains spécialiste en faux papiers, il se rend sur la Colline. Il se fait passer pour un spécialiste es-peinture, assiste à un vernissage et en profite pour rendre visite aux Chamberlain. Ils avouent que Britt est leur fille disparue depuis quelques semaines.

Un tatouage sur le bras de Dash inquiète Strait. Tout en étant un pontife du Parti l'homme serait proche des néo-nazis. Strait sent qu'il est mené en bateau. Au vernissage il joue les trouble-fête et part en catastrophe. Au poste de garde des vigiles tentent de l'arrêter. Il échappe au barrage avec l'aval du chef de corps, un capitaine des FSP, qui lui rappelle un souvenir désagréable. Des années auparavant, alors qu'il faisait partie des Rangers, Strait avait été l'unique rescapé d'une embuscade.

Des propos confirmés par Joe sous l'emprise de l'alcool et si Strait s'en est sorti ce n'est que pur hasard. Blake au courant des derniers évènements confisque la plaque de détective de Strait tout en parlant de suicide collectif. Il rencontre Moïse Perry, sorte de prédicateur illuminé qui doit mener une croisade d'alcoolos, puis retrouve Britt alors qu'elle sort d'une maison. D'un côté les FSP et de l'autre une bande de punks attendent la jeune femme. Strait lui sauve la vie et c'est le début de la cavale.

 

Une fois de plus c'est la résurgence nazie, l'avidité d'un homme assoiffé de pouvoir et le combat du solitaire qui régissent ce roman dans lequel l'esprit roman noir prime sur la S.F.

De placer l'action dans quelques décennies permet à l'auteur de pouvoir dénoncer les agissements politiques sans contrainte et sans retenue. Mais ce roman pourrait tout aussi bien se dérouler à notre époque, qu’en 2030, à certains détails près. L'écart entre les riches et les pauvres est accentué, seuls quelque Robin des Bois moderne tel que Strait peut se lancer dans la bagarre.

Quant à la télé, selon Rich, ce n'est qu'une boîte à propagande, mais il ne nous apprend rien.

RICH Frank : L'ange de la vengeance. (Avenging Angel – 1993.Traduction de Grégoire Dannereau). Collection SF polar N°6. Editions Fleuve Noir. Parution 17 Avril 1997. 288 pages.

ISBN : 2-265-05737-1

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13 février 2019 3 13 /02 /février /2019 05:47

Hommage à Georges Simenon né officiellement le 12 février 1903 à cause d’une mère superstitieuse !

Georges SIMENON : Le château des Sables Rouges.

Dans les environs de Delfzijl, en Hollande, s’érige une sorte de château, un manoir mystérieux entouré de canaux qui servent de douves.

Deux savants, l’un britannique, l’autre français, ont disparu dans des conditions énigmatiques. L’inspecteur Sancette, qui doit son nom à son numéro de poste téléphonique à la Préfecture de Police de Paris où il est employé au Deuxième bureau, est envoyé dans le hameau de Roodezand (les sables rouges) afin d’enquêter et dénouer l’affaire.

Dans l’auberge, l’une des trois maisons du hameau, où il prend pension, Sancette retrouve Mower de l’Intelligence Service, lui aussi dépêché sur place.

Nous sommes en janvier 1929 et la neige recouvre tout, gelant les eaux des canaux. Sancette possède sa méthode d’investigation qui diffère de celle de Mower. Peu importe pourvu que le résultat soit au bout du compte.

Le soir, alors qu’il se promène près des canaux afin de s’imprégner des lieux et de l’atmosphère, Sancette aperçoit une jeune fille arrivant en voiture et dérapant dans un trou d’eau. Il lui sauve la vie et elle l’invite à entrer dans le manoir. Elle pense que Sancette est venu donner une conférence, comme ses prédécesseurs.

Son père, le comte Van Dijkstra, est installé dans le salon. C’est un homme mutique, comparable à une statue de cire lisant un ouvrage ancien. Il ne possède qu’un vieux serviteur pour assurer le service. Sancette est tout étonné, mais il ne peut refuser, lorsque proposition lui est faite de s’installer au manoir.

Il va passer une drôle de nuit. Enfin, drôle n’est pas le qualificatif exact car Sancette va surtout vivre une nuit éprouvante. Il aperçoit des hommes arrivant au manoir, puis il décide de visiter les lieux. Dans une salle située dans les caves, il assiste à une réunion de ces individus chantant des psaumes et lisant l’Apocalypse. Mais il n’en sait pas plus car il est assommé.

 

Ce roman, écrit juste avant Pietr le Letton, ne sera publié qu’en 1933, pourtant Georges Simenon tenait beaucoup à cette histoire, au point qu’il pensait l’éditer sous son patronyme. Mais le succès de Pietr le Letton, et par voie de conséquence de Maigret, ont fait que l’inspecteur Sancette n’aura pas connu la renommée littéraire auquel l’auteur pouvait prétendre.

Mais il existe de nombreuses analogies entre Sancette et Simenon. L’ambiance, l’atmosphère qui sont décrits dans cet ouvrage font penser à un seul et même personnage. De même que les réactions des deux hommes, qui sous l’emprise de la boisson mais sans vouloir se l’avouer, ruminent dans un brouillard enfiévré, les sens perturbés et les pensées évanescentes.

Il traversa une fois de plus le canal gelé, et il glissa, s’étala sur le dos, les jambes en l’air, ce qui le mortifia d’autant plus qu’il ne voulut pas s’avouer que l’alcool était cause de sa maladresse.

Il règne sur cette intrigue une aura de mystère proche du fantastique.

Il n’y a que le premier pas dans le domaine de l’invraisemblance qui coûte. Ce pas fait, il n’existe plus de frontières nettes entre le réel et l’irréel.

Confiné durant des décennies dans une petite collection populaire, Le Château des sables rouges ne connut pas de rééditions avant l’exhumation suggérée par Georges Simenon à Francis Lacassin qui désirait rééditer les premiers Maigret, avant la naissance officielle de celui-ci. Et c’est ainsi que les lecteurs purent redécouvrir outre ce roman, Train de nuit, La jeune fille aux perles, La femme rousse et La maison de l’inquiétude.

Francis Lacassin, dans sa préface, explique mieux que je pourrais le faire, les avatars de ce roman et ses à-côtés.

Première édition : Publié sous le pseudonyme de Georges Sim. Collection Criminels et Policiers. Nouvelle série. N°6. Editions Tallandier. Parution juillet 1933.

Première édition : Publié sous le pseudonyme de Georges Sim. Collection Criminels et Policiers. Nouvelle série. N°6. Editions Tallandier. Parution juillet 1933.

Georges SIMENON : Le château des Sables Rouges. Collection La Seconde Chance. Editions Julliard. Parution avril 1991. 178 pages.

ISBN : 978-2260008071

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12 février 2019 2 12 /02 /février /2019 05:20

Les jeux de l’amour et du falzar…

Guy de MAUPASSANT : Le verrou et autres contes grivois.

La femme est omniprésente dans l’œuvre de Guy de Maupassant. Qu’elle soit jeune fille, jeune femme, mère de famille, veuve, travailleuse manuelle ou charnelle, prude ou horizontale, souvent il s’agit pour elle de trouver auprès d’un homme réconfort moral, physique, pécuniaire.

Et les hommes ne sont pas montrés sous leur meilleur jour, coureurs de jupons la plupart du temps, ne pensant qu’à leur satisfaction personnelle et à étoffer leur tableau de chasse. Des égoïstes, imbus d’eux-mêmes, hâbleur, ou tout simplement en manque d’affection. Cela arrive aussi !

Mais Guy de Maupassant, tout en étant réaliste, sait parfois ajouter la pointe d’humour finale d’un texte tendre et dur à la fois.

 

Le verrou, qui donne son titre au recueil, débute par une réunion de vieux garçons, des célibataires endurcis, qui se retrouvent afin de parler de leurs exploits de lits. L’un d’eux narre, comment, alors qu’il n’avait que vingt-deux ans, il a été amené à connaître une femme de trente-cinq ans. Mais il vivait chez ses parents, et elle ne désirait ni aller chez elle, ni dans un hôtel. Alors il lui fallu prendre une chambre en ville. Mais parfois il existe quelques inconvénients à laisser la porte ouverte.

C’est un homme suffisant, qui déclare sans vergogne :

Celle dont je parle nourrissait assurément une furieuse envie de se faire avilir par moi.

Ce qui démontre le caractère malsain dont Guy de Maupassant tient en estime ses congénères.

Si l’auteur a pris pour décor la plupart du temps Paris ou la Normandie, il n’hésite pas à emmener son lecteur dans des contrées plus exotiques, dont l’Algérie, où il séjourna deux mois environ en 1881.

C’est le cas pour Marroca et Allouma, se mettant plus ou moins en scène ou prenant un protagoniste qui vit comme colon, affirmant comme une vérité première, afin de s’exonérer des vilénies passées et à venir :

Oh ! mon ami, il est deux supplices de cette terre que je ne te souhaites pas de connaître : le manque d’eau et le manque de femmes. Lequel est le plus affreux ? Je ne sais. Dans le désert, on commettrait toutes les infamies pour un verre d’eau claire et froide. Que ne ferait-on pas en certaines villes du littoral pour une belle fille fraîche et saine ? Car elles ne manquent pas, les filles, en Afrique ! elles foisonnent, au contraire ; mais pour continuer ma comparaison, elles y sont toutes plus ou moins malfaisantes et pourries que le liquide fangeux des puits sahariens. (Marroca).

Cette expérience africaine est aussi le reflet de l’esprit de l’époque, partagé du moins par une grande partie de nos compatriotes, état d’esprit qui perdure et trouva son sommet durant ce qui fut considéré comme les événements d’Algérie.

Le colon chez qui héberge le narrateur, probablement Guy de Maupassant lui-même, narre une aventure qui lui est arrivée avec une jeune femme arabe. Il déclare sans vergogne :

Elle dut mentir d’un bout à l’autre, comme mentent tous les Arabes, toujours, avec ou sans motif.

Et il enfonce le clou en ajoutant :

C’est là un des signes les plus surprenants et les plus incompréhensibles du caractère indigène : le mensonge. Ces hommes en qui l’islamisme s’est incarné jusqu’à faire partie d’eux, jusqu’à modeler leurs instincts, jusqu’à modifier la race entière et la différencier des autres au moral autant que la couleur de la peau différencie le nègre du blanc, sont menteurs dans les moelles au point que jamais on ne peut se fier à leurs dires. Est-ce à la religion qu’ils doivent cela ? Je l’ignore.

Des propos entendus, je le suppose, durant son court séjour et que Guy de Maupassant rapporte, peut-être, afin de mieux cerner la personnalité du protagoniste et d’en développer l’aspect vénal.

 

Dans l’Idylle, la nouvelle la plus charmante, la plus attendrissante du recueil, le lecteur voyage dans un train, s’immisçant dans l’intimité de deux voyageurs natifs du Piémont. Une femme encore jeune et mamelue et face à elle un jeune homme efflanqué. Tous deux se rendent en France à la recherche de travail. Elle doit servir de nourrice, ayant placé ses petits dans de la famille, mais le voyage est long et bientôt elle n’en peut plus. Ses seins sont gonflés, manque de marmaille à s’accrocher au bout. Et elle a besoin d’être soulagée de cette montée de lait qui l’indispose.

La patronne, c’est cette brave dame, tenancière d’une maison garnie et qui n’accepte aucune intrusion féminine dans les chambres qu’elle loue à des représentants du sexe masculin. Pourtant l’un d’eux, qui vient de charmer une demoiselle, tente de faire pénétrer sa conquête dans son logis. Ce qui n’est pas au goût de sa logeuse.

Les épingles, ce sont ces petits objets qui servent à tenir les cheveux. Deux jeunes hommes discutent et l’un d’eux narre l’aventure qui lui est survenue alors qu’il courtisait deux femmes à la fois. Il lui fallait jongler avec ses rendez-vous, son habitude bénéficiant de jours précis dans la semaine, et l’occasionnelle n’ayant le droit de se présenter qu’à d’autres jours de la semaine. Jusqu’à ce que les deux conquêtes lui font défection. Il se rend successivement chez elles les trouvant chacune en train de lire, aucunement perturbées par le lapin qu’elles lui ont posé.

Enfin, Les Tombales met en scène une de ces jeunes veuves, ou prétendues telles, qui hantent les cimetières, n’hésitant pas à s’épancher sur l’épaule compatissante d’un homme, puis le suivant au café puis chez celui-ci. Des Horizontales qui ont trouvé un nouveau terrain d’approche du client.

 

Grivois est peut-être un bien grand mot pour qualifier ces nouvelles qui cernent l’aspect de la recherche du plaisir, d’un côté comme de l’autre, car si certaines jeunes filles se montrent naïves, elles ressentent parfois des besoins charnels. Il en va de même parfois des éléments masculins.

Mais ces études de mœurs ne tombent pas dans le graveleux ou l’obscène, ni même dans l’égrillard, juste des suggestions et encore. Parfois tout est dans le non dit, ou simplement évoqué, sans s’appesantir, mais en aucun moment la description des actes n’est à mettre au compte de l’auteur.

Il s’agit surtout de mettre en avant le caractère de l’homme désireux de conquérir la femme, la plupart du temps, et de le placer dans des situations dans lesquelles il est quelque peu le dindon de la farce. Ce qui ne le corrige pas pour autant.

Sommaire

Le verrou

Marroca

La patrone

Idylle

Les épingles

Allouma

Les tombales

 

Guy de MAUPASSANT : Le verrou et autres contes grivois. Collection Folio 2€. N°4149. Editions Gallimard. Parution le 6 janvier 2005.

ISBN : 978-2070305360

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11 février 2019 1 11 /02 /février /2019 08:33

Des Esquimaux et des mots exquis !

Maurice de MOULINS : Les rescapés de l’Albatros.

Balloté par les intempéries, un vent violent et une tempête de neige, l’Albatros, petit avion de tourisme type Travelair, est en perdition au dessus du Groenland.

Il est parti de Fort Hudson, au Labrador, destination Bergen, et transporte à son bord cinq personnes. Frédéric Boileau, le pilote français, Warthon, l’observateur et météorologiste, Nicolas Farwell, le roi de la fourrure, Germaine, sa fille, et Jeremiah, son serviteur noir.

Ce n’est pas parce que Nicolas Farwell demande à Jeremiah un cocktail que l’avion est givré, mais bien à cause des éléments météorologiques perturbateurs. L’appareil ne répond plus, la radio est aphone, et la terre s’approche dangereusement. Enfin le petit appareil s’écrase mollement dans la neige.

Ils sont seuls dans la nature hostile. Jeremiah croit apercevoir par un hublot une bête immense et il entend des bruits suspects. Il est affolé mais cela ne le change guère. Toutefois, Nicolas Farwell et ses compagnons décident d’aller voir ailleurs s’ils ne trouveraient pas du secours, laissant Germaine à la garde de Jeremiah qui tremble de plus en plus. Pas de froid, pas encore, mais de peur.

Germaine prend la direction opposée suivie par son père et ses compagnons, et telle le Petit Chaperon rouge, elle rencontre en cours de route, un… ours. Malgré son courage inné, Germaine se retrouve en difficulté contre l’ursidé. Heureusement, un coup de feu retentit et la voilà sauve mais blessée. L’inconnu la soigne rapidement puis s’éloigne.

Pendant ce temps Nicolas Farwell et compagnie sont revenus à l’avion et mis au courant de l’initiative malheureuse de Germaine, se lancent à sa recherche. Ils la découvrent évanouie mais vivante.

Nicolas Farwell, le roi de la fourrure, se demande bien comment ils vont pouvoir s’en sortir, et comme un malheur n’arrive jamais seul, le voilà la cible d’un groupe d’Esquimaux vindicatifs.

 

 

Maurice de MOULINS : Les rescapés de l’Albatros.

Sous cet alias de Maurice de Moulins se cachait Albert Bonneau, le créateur de Catamount, et auteur de très nombreux récits publiés en fascicules, sous divers pseudonymes.

Des romans d’aventures principalement que devaient dévorer à cette époque les adolescents friands d’action dépaysant situés dans des pays exotiques.

Au menu de ces histoires, surtout de nombreuses péripéties subies par des personnages du quotidien, placés dans des situations dramatiques et endurant de nombreux démêlés, comme il était de coutume dans ces narrations qui permettaient au lecteur de se mettre à la place des protagonistes, et de ressentir bien installé dans son lit, sur une chaise, sous un arbre, dans un endroit calme, de délicieux frissons et de vivre par procuration de fabuleuses aventures.

Beaucoup d’action, un peu de psychologie, un peu d’humour aussi, quelques personnages qui créent par leurs réparties ou leurs gestes des moments en complète opposition avec les drames en gestation, et le tour était joué. La sauce était prise et le lecteur appâté.

 

Et pour en savoir plus sur ce romancier populaire :

Maurice de MOULINS : Les rescapés de l’Albatros. Collection Voyages et Aventures N°326. Editions J. Ferenczi & fils. Parution le 31 juillet 1939. 64 pages.

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10 février 2019 7 10 /02 /février /2019 05:01

Réglez vos montres… !

KÂÂ : On commence à tuer dans une heure.

Un vieux truand qui appelle le narrateur afin que celui-ci disculpe son fils dans une affaire de meurtre, quoi de plus normal pour un avocat de recevoir par téléphone une telle demande.

Sauf que le narrateur, on ne sait pas trop s’il est réellement avocat ou tueur à gages. Ceci ne nous regarde pas.

Donc le narrateur est dérangé alors qu’il se prélasse béatement en compagnie de Florence qu’il doit emmener à la neige. Mais une mission l’attend. Il doit, contre monnaie sonnante et trébuchante, faut pas le prendre pour un altruiste non plus, régler une petite affaire.

Malgré les affirmations de son père, le jeune Pierre Manusbec s’est accusé d’un crime qu’il n’aurait pas commis. Du moins c’est Emile, le paternel, qui l’affirme. Et comme Emile fut un copain de son vieux, le narrateur accepte de se rendre dans un petit village de Haute-Lozère afin de démêler un embrouillaminis qu’il compare à une affaire digne d’Agatha Christie.

Et c’est ainsi que le brave avocat, ou supposé tel, se rend près de Saint-Chély se présentant comme un touriste lambda. Dans la petite auberge où il s’est installé, il fait la connaissance de quelques habitants du patelin dont Abélard, l’ancien, abonné du comptoir du café-tabac-hôtel.

Il n’y a plus grand-monde sauf les Algériens là-haut, selon Abélard, mais il est rapidement contré par la tenancière qui rectifie, les Marocains. Et lorsque le narrateur demande où habite le maire, la brave personne ne mâche pas ses mots. La pute, vous voulez dire, monsieur. Et oui, c’est bien elle, madame Dessaintes, vétérinaire en plus d’être le premier édile du village.

Mais au moins, la p…, la vétérinaire consent à lui raconter le drame qui s’est déroulé. Elle avait accompagné les gendarmes sur les lieux du drame. Pierre Manusbec avait été trouvé par un garde-forestier avec une serpe pleine de sang à la main à côté du corps défunté. Le cadavre avait un nom, Manuel Ricorba, qui était arrivé cinq ans auparavant pour travailler à la tannerie. Mais ce don Juan ne se contentait pas des vieilles peaux de la tannerie, il fricotait également avec les jeunes femmes du patelin. Drame de la jalousie ?

C’est ce que le narrateur va essayer de démêler dans une atmosphère réfrigérée. Vrai qu’à part Abélard, les villageois ne sont guère aimables, mais surtout à cause de la neige qui tombe en abondance. Et bientôt les communications sont coupées. Impossible de sortir trop loin du bourg. Pourtant il lui faut se déplacer, aller chez Bajauges fils, qui a repris la tannerie paternelle. La politique des ressources humaines a toujours été de se constituer un vivier d’étrangers. Avant c’était des Espagnols maintenant des Marocains.

Et puis rencontrer aussi le docteur Henri de Villagray, qui n’exerce plus son art, il tenait une clinique psychiatrique fermée dans le milieu des années 1970, et sa fille dont la réputation n’est pas très flatteuse. Mais il est vrai également que celle du père ne l’est pas non plus, mais pour des raisons différentes.

Et, je ne vais pas effectuer le recensement complet, il ne faut pas non plus oublier cette silhouette noire qu’aperçoit le narrateur. Une silhouette difforme qui se promène avec un fusil le soir dans la neige.

 

La neige, partout présente. Celle du ciel qui tombe en abondance. D’accord, ça je l’ai déjà écrit. Mais il y l’autre neige, celle qui ne fond pas au premier rayon de soleil.

Une enquête en vase clos qui se déroule quasiment en grande partie dans ce patelin de la Haute-Lozère mais qui verra son épilogue se tenir à Marseille.

Une enquête qui prend sur les nerfs, surtout pour le narrateur, qui doit faire attention à ses abattis et lui permet de discuter avec un ancien nazi ayant appartenu à la division Charlemagne. Que du beau monde. Et pour corser le tout quelques personnes dérangées du ciboulot. Mais ça, on le peut comprendre, à vivre dans une telle ambiance délétère.

Comme dans tous les romans de Kââ, en général, il subsiste des zones d’ombres fugitivement éclairées, comme les buissons sur un talus qui sont mis en lumière par les phares d’une voiture qui passe en trombe. Et peut-être plus que l’histoire, un enfouissement dans la neige, ce sont les personnages, et leurs profils psychologiques, qui sont mis en valeur. Entre roman noir et roman de terroir acerbe, On commence à tuer dans une heure joue dans un registre particulier, et l’on oublie un peu vite le propos du début : réhabiliter un innocent qui s’accuse pour des raisons propres à lui.

Sur un site, que je ne nommerais pas afin de ne pas lui faire de l’ombre, j’ai lu que Kââ était le James Ellroy français. Ce n’est guère flatteur pour Pascal Marignac, patronyme de notre auteur qui vaut beaucoup mieux que ça.

 

Il n’y avait pas plus de morphine base là-dedans que de moralité dans la tête d’un journaliste.

K : On commence à tuer dans une heure. Collection Spécial Police N°2026. Editions Fleuve Noir. Parution le 1er décembre 1986. 192 pages.

ISBN : 9782265034181

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9 février 2019 6 09 /02 /février /2019 05:56

A la recherche d’une grand-mère perdue…

Karine LEBERT : Pour l’amour de Lauren

Continuant ses recherches sur sa grand-mère originaire de Normandie, Gemma s’est installée près de Honfleur.

Elle a appris incidemment l’existence de Philippine par sa mère Lauren qui juste avant son décès trois mois auparavant avait découvert une photo cachée dans un vêtement d’enfant. Lauren elle-même ne connaissait pas sa mère Philippine dont on lui avait toujours tu le destin. Il est vrai qu’elle était toute jeunette lorsque Philippine était décédée en Normandie, à Barfleur.

C’est en remontant le passé que Gemma s’était lancée sur les traces de sa grand-mère maternelle mariée à un soldat américain dont elle avait fait la connaissance dans le camp Philip Morris à Gonfreville-l’Orcher, près du Havre. Un camp cigarettes comme étaient surnommés ces terrains militaires américains dans lesquels travaillaient quelques normands. Et le destin avait voulu que Philippine s’éprit d’Ethan et qu’elle devint une war bride. Une épouse de guerre.

Gemma a eu bien du mal à retrouver la famille Lemonnier, dont son oncle et ses cousins sis à Pont-l’Evêque. Car Philippine avait été en quelque sorte bannie par sa famille à cause de sa décision de se marier avec un soldat américain, puis de le suivre dans son pays natal alors que l’un des leurs a été tué par un G.I. dans des circonstances mal définies.

Gemma a décidé, parallèlement à sa quête, de s’installer à Honfleur et d’y ouvrir une boutique. Elle s’est fait quelques amis et est tombée amoureuse de ce coin de terre dont sa grand-mère était originaire. Elle rencontre quelques anciennes war bride qui, tout comme Philippine, étaient parties aux USA mais dont le destin, pour des raisons diverses, fut contrarié. C’est ainsi qu’elle parcourt la Normandie, se rendant à Etretat, à Bayeux ou encore à Barfleur.

Mais elle se rend également en Louisiane, à La Nouvelle-Orléans, où vit encore une partie de la famille d’Ethan, son grand-père. Elle tient à découvrir pourquoi on lui a toujours caché cette existence, et surtout le fait qu’Ethan serait retourné en Normandie sur les pas de Philippine, au début des années 1950, et pourquoi la figure de Philippine a toujours été occultée auprès de Lauren. Il ne faut pas retourner le passé comme l’on retourne la terre fertile, mais les secrets sont bien enfouis, comme honteux.

 

S’intercale dans ce récit, celui de Philippine, rédigé à la première personne tel un journal, narrant son arrivée à New-York puis les désillusions et les déceptions enregistrées par la jeune war bride.

Désillusion d’abord car la maison familiale d’Ethan ou vivent parents, frères, cousins, ne correspond pas à la photo qu’il lui avait montrée. Au lieu de dépendances, il s’agit d’une immense demeure coloniale mal entretenue. Car les affaires ont peu à peu périclité. Philippine participe à la vie de la communauté, et après avoir cueilli les pommes en Normandie, elle cueille le coton. Une activité qui lui semble plus pénible.

Le caractère d’Ethan évolue et il ne s’empresse plus auprès de sa jeune femme. Il se met à boire et le soir se rend dans des bars au Carré Français ou ailleurs. Une dipsomanie qui n’est pas seulement due à la chaleur moite, étouffante de la Louisiane, chaleur à laquelle Philippine a du mal à s’habituer. La naissance de Lauren, un bébé auquel il prodigue sa tendresse, n’améliore guère son caractère vindicatif et acrimonieux. De plus, tout autant lui que les membres de sa famille se montrent racistes, ce qui ne convient guère à Philippine. Philippine garde des contacts épistolaires avec ses anciennes compagnes de voyage mais les lettres qu’elle poste à l’intention de ses proches en Normandie restent sans réponse.

 

Un double récit donc dans ce roman, celui d’une quête et celui de la découverte de l’Amérique des années d’après guerre. Pour Philippine c’est le rêve américain qui se précise, lorsqu’à New-York elle a peur de monter dans un ascenseur, et qu’elle découvre ces immenses constructions appelées gratte-ciels. Mais c’est un rêve américain qui s’effiloche au contact de sa belle-famille.

Avec ce roman double, Karine Lebert reconstitue la saga d’une famille éclatée pour de multiples raisons dont la principale n’est précisée qu’à la fin. Pour Gemma, c’est le départ d’une vie nouvelle, sur les terres de son ancêtre, son désir de s’installer, malgré les objurgations de son père, riche industriel, et de son intention de lui couper les vivres si elle n’obtempère pas.

Deux destins de femmes, deux femmes qui réagissent différemment dans des époques perturbées ou dans des lieux dont elles n’ont pas l’habitude, qu’elles ne connaissent pas et découvrent petit à petit, avec les aléas qui se dressent devant elles.

Philippine tend à se démarquer de sa famille, à se montrer une jeune fille puis une jeune femme aspirant à la liberté, mais contrainte par son statut de sexe féminin à se plier à l’homme, le maître de maison. Gemma est une jeune femme moderne, qui au contraire refuse la domination patriarcale et n’en fait qu’à sa guise. Presque.

Mais toutes deux sont volontaires, tenaces, pugnaces comme bien des femmes confrontées à un destin frondeur. Karine Lebert nous brosse deux beaux portraits de femmes fortes, mais elle évoque également le destin des celles qui ont connu bien des déceptions, transportées dans un pays dont elles découvraient les us et coutumes auxquels elles n’étaient pas préparées, une épopée méconnue mais poignante. Et c’est avec tendresse et émotion qu’elle nous invite à partager ces destins qui furent hors du commun.

 

Ce sont toujours les riches qui se plaignent le plus.

Karine LEBERT : Pour l’amour de Lauren. Les amants de l’été Tome 2. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution le 17 janvier 2019. 416 pages. 20,50€.

ISBN : 978-2258161955

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8 février 2019 5 08 /02 /février /2019 04:16

Il doit posséder un tarif préférentiel pour voyager autant !

Mary KIRCHOFF & Steve WINTER : L’éternel voyageur

Continuant ses pérégrinations, Tass arrive à Solace au moment de la foire annuelle. Il dérobe, en kleptomane naïf, un bracelet sur l’étal de Forgefeu. Une commande dont, pour réaliser ce bijou, une jeune femme avait fourni les matériaux.

Tass persuade Forgefeu et son ami Tanis que s’il s’est emparé du joyau, c’est afin qu’un voleur ne mette pas main basse dessus. Puis il continue son chemin avec toujours dans sa besace le précieux objet qui se révèle être un allié divinatoire. Il confie l’anneau à un paysan auquel il a sauvé la vie, mais l’homme se le fait dérober par Waldo, un pseudo barde.

Forgefeu et Tanis se lancent sur les brisées de Tass qui leur narre son aventure et présente ses excuses. Les trois hommes, accompagnés de Sélana, la commanditaire du bijou, qui est une elfe aquatique, se ruent sur la trace du barde.

Arrivé à Tantallon, Waldo, qui s’est aperçu des propriétés prémonitoires de son larcin, se fait passer pour un mage auprès du seigneur Curston, de son fils Rostrevor et de Balcombe, le magicien officiel. Il prédit un malheur devant s’abattre sur Rostrevor, et malgré toutes les précautions prises Rostrevor disparait. Waldo est alors accusé de conspiration et exécuté.

Sélana et ses compagnons arrivent à Tantovallon. Alors qu’ils cherchent la geôle de Waldo, Tanis et Forgefeu sont faits prisonniers par Balcombe. Salané et Tass échappent à leurs poursuivants. Ingurgitant une potion de métamorphose ils se transforment en hirondelle, en mouche ou tout autre animal leur permettant de s’infiltrer un peu partout.

Forgefeu et Tanis délivrés, ils se lancent à la recherche de Balcombe qui retient Rostrevor enfermé dans une gemme. Après quelques péripéties ils arrivent au pays des Phaétons auxquels ils expliquent leurs démêlés.

Balcombe vient régulièrement dans une caverne de la montagne. Il offre en sacrifice les âmes de ses prisonniers à Hiddukel; dieu maléfique, envers qui il a contracté une dette. Grâce à l’aide apportée par les Phaétons, après avoir déjoués mille embûches et subit un combat épique, Sélana et ses amis récupèrent le bracelet magique. Balcombe est enfermé dans une pierre précieuse et subit le sort des sacrifiés. Sélana peut rejoindre dans la mer, son peuple et surtout son frère auquel était destiné le bijou doté d’un don prémonitoire.

 

Frais et reposant, tels pourraient être les qualificatifs de ce roman qui, écrit en 1991, est le second de la trilogie des Rencontres. Rencontre dans ce volume entre Flint Forgefeu et Tanis Demi-Elfe, d’une part, et de Tasslehoff Racle-pied d’autre part.

On y retrouve les thèmes chers à la fantasy et aux légendes celtiques tout en empruntant les chausse-trappes d’Indiana Jones ou des Aventuriers de l’Arche Perdu.

Un roman pour adolescents attardés, mais ne le sommes nous tous pas parfois un peu.

 

Mary KIRCHOFF & Steve WINTER : L’éternel voyageur (Wanderlust – 1991. Tradaction d’Isabelle Troin-Joubaud). Illustration de Clyde Cadwell. Collection Lance Dragon N° 14 La Trilogie des Rencontres 2. Editions Fleuve Noir. Parution novembre 1997. 256 pages.

ISBN : 2-265-06205-7

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7 février 2019 4 07 /02 /février /2019 05:51

Mais de la belladone bio, de préférence !

Daniel MORVAN : Miss Bella Donna.

Des jeunes filles, agressées par un herboriste fétichiste, sont retrouvées inconscientes avec enfoncées dans la bouche des fleurs jaunes pâles et droguées à l’aide d’un cocktail hallucinogène.

Un assortiment de jusquiame noire, une fleur qui n’est pas vraiment courante, et celles qui font partie de la panoplie des herbes soulageantes des sorcières, comme la belladone ou la morelle.

Pour le commissaire Fleck et son adjoint Cédric, voilà qui sort de l’ordinaire mais s’avère une affaire pour le moins compliquée.

Awen est coiffeuse, et ils se confient volontiers à elle, narrant notamment leur combat contre ce psychopathe. Awen est conviée à coiffer, lors d’une manifestation genre Woodstock, une chanteuse irlandaise, qui connut en compagnie de son groupe son heure de gloire avec un tube devenu mythique.

Une sorte de (bête) rave dans le Finistère profond. C’est lors de cette foire musicale que tout se dénouera.

 

Daniel Morvan nous propose un roman basé sur les agissements d’un tueur en série bizarre, et de la course poursuite qui s’engage. Miss Bella Donna s’inscrit dans le genre du roman policier ou roman noir atypique.

Mais surtout un roman dont l’écriture est tout à la fois poétique, foisonnante, et rigoureuse.

Ce n’est plus une Bretagne de carte postale que nous découvrons, de Nantes à Ouessant en passant par l’Argoat. Un premier roman, une réussite.

Daniel MORVAN : Miss Bella Donna. Collection Latitude Ouest. Editions Ouest France. Parution 31 mai 2002. 218 pages.

ISBN : 978-2737330728

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6 février 2019 3 06 /02 /février /2019 05:19

Ce roman pour enfant devrait raviver quelques souvenirs de lecture à nous qui sommes adultes mais gardons un esprit juvénile.

Michel AMELIN : Dans les griffes du Sphinx.

A l’occasion du dixième anniversaire de la mort tragique de son père, archéologue et éminent égyptologue, lors de fouilles à Louxor, Alan Radcliffe a convoqué en son château les sept personnes qui étaient présentes au moment du drame. Et il leur promet une surprise.

C’est ainsi que Elizabeth Peters, qui fut dix ans auparavant étudiante en égyptologie, accompagnée de Ramsès et Isis, ses jumeaux nés neuf mois après le drame, retrouve à la sortie de la gare son ancienne condisciple Agatha Bliss. Agatha dirige désormais le Musée pharaonique de Cambridge tandis qu’Elizabeth est devenue journaliste. Il n’y a qu’un seul taxi pour les conduire au manoir et elles sont obligées de voyager de conserve malgré leur répugnance car il pleut des cordes et, selon le chauffeur, bientôt ils ne pourront plus accéder à destination, la rivière étant sur le point de déborder.

Alan Radcliffe les accueille dans un vaste hall dans lequel se tiennent déjà les autres invités. Cette pièce est encombrée d’une haute vitrine renfermant une collection de dix poignards égyptiens, d’un grand sphinx sculpté dans un bloc crayeux, mais qui contrairement à l’original possède encore son nez, une cheminée sur laquelle sont gravés des hiéroglyphes. Et assis dans des fauteuils, Jack Mallowan, un médecin, Nancy Buckingham qui aurait pu servir de modèle pour la fabrication de la poupée barbante, le beau Christian Mertz et les frères Smythe, Bernard et Paul, deux professeurs et amis de Radcliffe père.

Ramsès et Isis, les jumeaux, ne perdent pas une miette des échanges verbaux et du décor. Mais leur étonnement ne fait que commencer. D’abord Alan Radcliffe accuse les participants à cette réunion d’avoir délibérément assassiner son père en le poussant dans une fosse, la terre en s’effondrant l’enfouissant. Mais il ne peut avancer le nom du ou des criminels. Ensuite, il invite les jumeaux à l’aider à extirper d’une sorte de cagibi des caisses de différentes grandeurs. Ces objets sont numérotés étant affectés à chacun des membres présents, lors de l’ouverture de ces caissons, c’est la stupeur qui étreint tous ces personnages. Ces parallélépipèdes contiennent un tronc, un bras, une jambe, une tête…

Un squelette démantibulé se propose à la vue de ces hommes et femmes, et enfants naturellement. Il ne s’agit que de répliques mais si bien réalisées que tout le monde les prend au premier abord pour des morceaux de cadavre. Puis Alan abandonne ses invités, les laissant s’écharper verbalement. Et il n’est pas question de quitter le manoir à cause de la crue de la rivière. Ils sont piégés. La tension monte, les échanges de mots doux sont acrimonieux, les reproches fusent. Jusqu’au moment où ils découvrent Radcliffe mort, un poignard fiché dans le dos. Et l’une des griffes du sphinx est recouverte d’un vernis rouge. Bientôt d’autres griffes seront ainsi peinturlurées annonçant de nouveaux cadavres.

 

Naturellement, le lecteur avisé pensera aussitôt à l’un des romans les plus célèbres d’Agatha Christie, dont je tairai le nom uniquement par respect pour l’auteur et pour ceux qui n’ont pas lu cet ouvrage, qui figure comme l’un des classiques de la littérature policière.

Mais d’autres références littéraires sont également disséminées dans ce texte et surtout dans les noms des personnages. La première de ces références étant naturellement le personnage de Mallowan, le second mari d’Agatha Christie, archéologue et égyptologue. La seconde référence se tient dans le patronyme d’Elizabeth Peters qui est celui d’une célèbre romancière américaine qui utilisa l’Egypte des Pharaons comme décor pour ses romans. Elizabeth Peters, à ne pas confondre avec Ellis Peters dont le centre d’intérêt était la période médiévale britannique, a été à de nombreuses reprises traduites en France, soit sous son nom, notamment au Fleuve Noir et au Livre de Poche, mais également sous le pseudonyme de Barbara Michaels dans la collection Nous Deux.

Or, les patronymes de Radcliffe, de Bliss ou de Smythe, par exemple, sont les noms de certains personnages d’Elizabeth Peters donc il n’y a pas d’ambigüité.

Michel Amelin, grand connaisseur des reines du crime, Anglo-Saxonnes ou Américaines de préférence, et des romancières dont la spécialité s’est forgée dans l’écriture de romans dits à l’eau de rose, mais il ne faut pas oublier que les roses possèdent des piquants, Michel Amelin s’est amusé dans l’écriture de ce roman pour notre plus grand plaisir, mais il n’est pas sûr que les jeunes adolescents découvriront ces subtilités.

 

 

Réédition : Maxi poche Jeunesse. Editions de la Seine. Parution le 5 juin 2006. 192 pages.

Réédition : Maxi poche Jeunesse. Editions de la Seine. Parution le 5 juin 2006. 192 pages.

Michel AMELIN : Dans les griffes du Sphinx. Polar gothique N°405. Bayard Poche. Parution mai 1997. 144 pages.

ISBN : 978-2744116094

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5 février 2019 2 05 /02 /février /2019 05:12

Le roman noir est comme le frelon asiatique, il a phagocyté le roman d’énigme et de suspense.

Heureusement, certains auteurs ont fait

de la résistance…

Pierre SALVA : Quand le diable ricane.

Vous changez le nom des protagonistes en patronyme anglo-saxon, vous transposez l’action dans le décor d’une petite ville anglaise, Brighton par exemple, vous changez le nom de l’auteur par celui de la Reine du Crime et vous entrez dans l’univers d’un roman christien.

En effet il existe de nombreuses analogies entre cette histoire et celles qu’a écrites Agatha Christie. Dans la trame, la façon de conduire l’enquête, sur l’épilogue qui réserve quelques surprises. Mais examinons ensemble cette intrigue qui joue sur la psychologie et le mensonge.

 

A cause d’une petite phrase entendue lors de la diffusion d’un film à la télévision, Sabine a décidé de reprendre sa liberté. Quadragénaire, elle s’est rendue compte que sa beauté commençait à se flétrir lorsque dans sa glace elle a aperçu quelques rides au coin des yeux. Des pattes d’oie disgracieuses, à son avis. Alors elle a pris un amant, elle qui n’avait jamais vraiment songé à la bagatelle.

L’heureux élu se nomme Patrice, et il est le secrétaire de son mari Adrien, lequel possède une chaîne de supermarchés dans le pays catalan, dont le premier magasin qu’il a créé se situe à Perpignan à quelques kilomètres de leur demeure. Patrice est beau, jeune, mais s’il se montre toujours prévenant à son égard, voire empressé, il n’a jamais osé se déclarer. Jusqu’au jour où remarquant ses quelques rides, elle franchit le pas et devient la maîtresse de Patrice.

Il faut dire qu’Adrien se montre de plus en plus hargneux, vindicatif, avec Sabine et elle ne supporte plus son caractère acrimonieux. Et ce n’est pas parce qu’il est hypoglycémique qu’il doit se conduire ainsi. D’ailleurs, il n’y a guère, il lui avait demandé de procéder à une simulation d’injection avec une seringue dont il disposait, mais elle n’a pas pu. Mais Sabine n’est pas la seule à subir cet atrabilaire. Christian son associé est également parfois victime de ses sautes d’humeur ou encore Bruno, son beau-frère, le demi-frère de Sabine.

Cette phrase, c’est : Je le tuerai… Une phrase qui résonne en elle comme un mantra. Et elle pense que l’occasion favorable pourrait se présenter un soir où Christian et sa femme Charlotte, Marcelle la sœur d’Adrien qui possède des parts dans l’entreprise, Bruno, qui s’est invité pensant pouvoir taper sa sœur, financièrement parlant, car c’est un joueur invétéré qui perd plus qu’il gagne, doivent dîner ensemble. Patrice est là également et Angéla, la femme de chambre Antillaise sert les apéritifs dans la demeure sise sur la Côte Vermeille près de Banuyls.

Adrien est déjà bien éméché tout comme Christian lorsque tout ce petit monde se rend sur le yacht, à l’aide d’un dinghy, où le repas est prévu. A la fin du repas, fort arrosé, tout le monde réintègre la côte, sauf Adrien qui a décidé de dormir sur le yacht.

Après une nouvelle dégustation de boissons alcoolisées, comme s’ils n’en avaient pas assez pris, surtout Christian, tout le monde repart à bord de son véhicule. Sauf Angéla qui avait sa soirée libre comme d’habitude. C’est qu’elle a aussi d’autres occupations pas forcément domestiques et nocturnes.

Vers une heure du matin, Sabine ne pouvant s’endormir, sort et se rend sur la petite plage semi-privée en contrebas de la maison. Elle se rend compte que le dinghy n’est plus accroché au ponton et que la lumière brille sur le yacht.

Le lendemain matin, elle s’inquiète et Angéla se propose de se rendre à la nage sur le yacht. C’est pour découvrir Adrien mort. La police est immédiatement avertie et le lieutenant de gendarmerie Charvet est dépêché sur place en compagnie du légiste. Malgré une mise en scène savante, il est indéniable qu’Adrien est décédé d’une main malveillante. Une piqûre dans le bras, une surdose d’insuline, tout le contraire de la panacée adaptée à son cas. Adrien était un fervent du jeu d’échec, et il s’entrainait souvent à l’aide d’un ordinateur électronique. L’engin ordonne à plusieurs reprises C’est à vous de jouer. Comme si la partie en cours avait été brutalement interrompue.

De plus, outre quelques impressions ou déclarations qui font penser à Charvet que l’on voudrait le mener en bateau, il existe un fait tangible qu’il aimerait bien éclaircir. Brutus, le chien Doberman (vous savez ces aimables canins qui mordent et posent les questions après !), Brutus ne s’est pas manifesté durant la nuit. Or il ne connaissait que ses maîtres et il était impossible à toute personne étrangère au couple, même les familiers comme ceux qui étaient là la veille au soir, de déambuler dans le parc menant à la plage sans qu’il manifeste par un moyen ou un autre sa mauvaise humeur.

 

C’est dans ce contexte qui est un peu un crime en vase clos, avec peu de protagonistes, que Pierre Salva a construit son intrigue. Quelques retours en arrière dans la narration permettent de mieux cerner les personnages, leur comportement, leurs désirs, leurs besoins, mais c’est bien lors de la découverte du cadavre d’Adrien que tout se met en place et s’enchaîne.

Un roman psychologique habilement construit, un peu à la manière d’Agatha Christie et de quelques-uns des maîtres du roman policier de l’âge d’or qui convoquaient les différents protagonistes afin de les confondre.

Le lieutenant Charvet, dans la partie finale, évoque toutes les possibilités, toutes les solutions possibles, pour enfin n’en retenir qu’une, la seule qui s’adapte minutieusement dans un engrenage diaboliquement imaginé.

Un roman d’énigme écrit par un auteur dont on ne parle plus guère de nos jours, et c’est dommage.

A noter que ce roman, publié en 1984, n’a pas perdu en cours de route un des aspects qui font aujourd’hui l’actualité.

Mais, maintenant il y a une certaine renaissance du catalanisme. Evidemment, ce serait ridicule de demander l’indépendance de la Catalogne, mais une certaine autonomie interne, avec une bonne part faite à notre culture, ce serait une solution raisonnable.

Pierre SALVA : Quand le diable ricane. Le Masque Jaune N°1739. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution mars 1984. 224 pages.

ISBN : 9782702415160.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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