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15 janvier 2019 2 15 /01 /janvier /2019 05:38

Oniria, où tu voudras quand tu voudras…

Jimmy GUIEU : Oniria.

Depuis une quinzaine de nuits, l’ingénieur chimiste Raymond Dubray est la proie d’un rêve récurrent inquiétant. Une créature enchanteresse, vêtue d’un voile arachnéen, dans un décor de lande, surgissant de la brume avec en fond sonore une envoûtante mélopée, s’impose à son esprit avant de se dissoudre peu à peu, la musique devenant de plus en plus hallucinante et douloureuse. Elle se nomme Oniria.

Enfin, un matin, il s’aperçoit en se réveillant qu’il a inscrit un mot sur un bout de papier posé sur sa table de nuit. C’est bien son écriture mais il ne se souvient de rien. Acide glutamique. Il a probablement agi en état de somnambulisme, allant chercher un papier et un stylo rouge dans sa serviette et rédigeant ces deux mots dans le noir. Acide glutamique, un produit dont personne ne se sert dans le laboratoire où il travaille.

Pendant le même temps, Micheline Laurent, la secrétaire laborantine de Raymond Dubray, est assaillie par le même rêve à deux exceptions près. Cette fois il s’agit d’un homme qui sort des limbes dans le même décor. Et au petit matin, elle se rend compte qu’elle a noté sur un bout de papier la mention Trichloréthylène.

Les deux collègues s’estiment mutuellement et non seulement s’apprécient mais ressentent une amitié sincère entre eux. Arrivés au laboratoire, coïncidence, le directeur du laboratoire demande à Dubray de travailler sur le glutaminol afin d’étudier la composition d’une spécialité pharmaceutique nouvelle. Etonnement de la part du chimiste, mais également de celle de Micheline puisque le patron en profite pour lui réclamer de distiller sept litres de trichloréthylène, dans le but d’essayer de nouveaux types de flacons spéciaux en matière plastique.

Les deux amis en arrivent à se confier et à confronter la teneur de leurs rêves. Et d’après les recherches qu’ils ont effectuées au cours de la journée, décident de procéder à une expérience le soir même chez le chimiste, seulement un petit incident se produit. Ils sont anesthésiés et ils se retrouvent à terre profondément endormis. Ils rêvent, couchés l’un à côté de l’autre, d’Oniria qui cette fois se compose des deux entités. Un couple de poltergeists selon Raymond.

Ils sont réveillés beaucoup plus tard par Pierre Deschamp, un collègue et ami biochimiste qui doit procéder à des expériences sur des souris de laboratoire, et qui est fort étonné de les retrouver ensemble. Les résultats des tests auxquels il procède sont assez édifiants. Raymond et Micheline sont à nouveau assaillis par leurs rêves récurrents et ils retrouvent les deux entités qui déclarent s’appeler Yanhoa et Talg’hor. Mais le décor n’est plus le même. Cette fois ils sont dans une sorte de laboratoire.

 

Reconnu comme un spécialiste des phénomènes paranormaux, Jimmy Guieu intègre cette discipline dans ce roman, quelque peu verbeux, alors que je m’attendais à une histoire onirique.

En s’aidant de découvertes récentes, lors de la parution de ce roman, dont l’acide aminé glutamique qui fut employé en neurologie-psychiatrie comme psychostimulant mais abandonné en 2005 et en explorant la métempsycose, le psychisme, le double de l’être humain dans des émanations provenant d’un univers mental, et peut-être réel, Jimmy Guieu se complait à la relation d’expériences scientifiques et surtout psychiques qui alourdissent la narration.

Il met en scène un phénomène paranormal provoqué par l’inhalation de produits utilisés de façon aléatoire, et souvent des expériences ratées ont débouché sur des résultats surprenants, mais ces entités nées concomitamment dans les esprits de Raymond et de Micheline, deviennent des êtres venant de l’au-delà sans pourtant être de chair s’imposant à leurs cerveaux.

Ce roman s’adresse plus aux esprits scientifiques et à ceux qui s’intéressent aux phénomènes paranormaux qu’à un lecteur désireux de passer un bon moment de lecture tranquille avec une histoire angoissante mais limpide.

 

A défaut de comprendre par quels moyens – psychiques ou mécaniques – cette influence fut exercée, on peut valablement penser que la suggestion s’opéra en nous par un phénomène, encore assez mal connu, appelé perception inconsciente ou subception. Cette propriété de notre cerveau démontre l’existence d’une conscience inconsciente, qui se manifesta, pour mon compte, lors de notre sommeil. Mais la subception apparaît aussi chez des sujets aptes à sombrer volontairement ou involontairement dans une sorte de schizoïdie. J’entends par là, pour des sujets sains d’esprit et non pas des schizophrènes, la faculté de s’isoler de l’ambiance extérieure et de perdre tout contact avec elle.

 

Réédition : collection Super luxe N°66. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1979.

Réédition : collection Super luxe N°66. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1979.

Réédition : collection Science-fiction Jimmy Guieu N°72. Editions Presses de la Cité. Parution mai 1989.

Réédition : collection Science-fiction Jimmy Guieu N°72. Editions Presses de la Cité. Parution mai 1989.

 

Pour en savoir un peu plus sur Jimmy Guieu :

 

Jimmy GUIEU : Oniria. Collection Angoisse N°92. Editions Fleuve Noir. Parution 4e trimestre 1962. 224 pages.

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14 janvier 2019 1 14 /01 /janvier /2019 05:38

Quand Jean-Pierre Andrevon écrivait des nouvelles pour Charlie Hebdo !

Jean-Pierre ANDREVON : C’est tous les jours pareil.

En 1975, à la demande de Georges Wolinski, Jean-Pierre Andrevon a fourni pour Charlie Hebdo, auquel il collaborait depuis 1971, douze nouvelles. A l’origine il y en avait une vingtaine, mais peut-être le côté irrévérencieux de certains textes a fait que certaines ont été écartées par manque de place ou parce que le Professeur Choron, qui alors était aux manettes de ce magazine satirique, ne les avait pas appréciées.

L’on constatera que plus de quarante ans plus tard, elles n’ont pas perdu de leur virulence et que les hommes politiques sont toujours aussi méprisants et arrogants que dans les années 70, quoi que puissent en dire ou faire nos dirigeants.

Ces nouvelles et d’autres avaient été éditées par Lionel Hoebeke, dans la collection Changer de fiction au Dernier Terrain Vague, vingt-sept au total. Les années ont passé, et il était juste et nécessaire de les ressortir de l’oubli, de les retravailler, de leur insuffler un petit goût de jeunesse en les adaptant à notre époque, et, en compagnie de quelques inédits, les voilà qui s’offrent à vous, pour vous faire sourire tout en vous confortant dans votre idée du malaise actuel et de votre rejet d’une certaine forme, voire d’une forme certaine, de la politique. Je ne veux pas vous laisser croire que je pense que c’était mieux avant, mais au moins est-on tenter de dire que ce n’était pas pire.

 

Une colère lucide et désabusée, une violence traitée par la dérision, la causticité et l’ironie acerbe, animent Jean-Pierre Andrevon lorsqu’il rédige ces textes avec une plume trempée dans le vitriol. Quel que soit le thème traité, des thèmes qui, je me répète, sont toujours d’actualité et prennent encore plus de force au fur et à mesure que le temps passe.

Dans Le pet par exemple, pet n’étant pas dans l’esprit du scripteur cette flatulence parfois nauséabonde qui émane d’une digestion mal canalisée mais signifie faire le guet, nous sommes en présence d’un flic qui doit surveiller les abords d’une banque susceptible d’être braquée. Et à la moindre approche d’une personne, ou d’un groupe de personnes, qu’il juge suspect, ce policier n’hésite pas à user de son arme, au grand plaisir des badauds qui applaudissent. Mais à chaque fois il s’agit d’une bavure. Et lorsque la journée se termine et qu’enfin des hommes, habillés comme des actionnaires, pense-t-il, s’introduisent dans l’établissement, il ne réagit pas. L’heure de sa fin de service vient de sonner. Naturellement s’il encourt les blâmes de sa hiérarchie, ce ne sont pas pour les motifs décrits. Et la sanction sera à la hauteur financière de ses méprises. A noter que pour se fondre dans l’actualité, l’auteur précise que ce policier a prénommé l’un de ses enfants, le petit dernier, Emmanuel en l’honneur du président. Fayot !

Et puisque nous sommes dans le domaine policier, que penser de En attendant le client, dont le narrateur est un médecin exerçant son art aux urgences de la police. Des manifestants blessés, des cabossés par des exactions policières, une femme violée, lui sont amenés et à chaque fois son diagnostic est totalement délirant et à côté de la plaque. Tout ça avec la présence d’un journaliste de Libération. Un journal de gauche, donc une quantité négligeable. Il préfère voir l’un des gardiens de la paix présent dans le local compulser Le Figaro, un quotidien impartial. Evidemment. Mais le ton change complètement de registre lorsqu’on lui amène un policier blessé, le petit doigt luxé. Le pauvre. Une fiction, pensez-vous. Naturellement.

Changeons de registre avec La passe, qui, comme son titre l’indique met en scène une travailleuse du trottoir. Une respectueuse comme l’on dit lorsque l’on est bien éduqué. Mais ça, c’était avant la répression, alors que pourtant, cette brave dame n’oublie pas de pratiquer un prix majoré de la TVA, ce qui normalement alimente les caisses de l’Etat. Hypocrites.

Dans Le procès, nous assistons à la confrontation entre une juge d’un âge déjà avancé et d’une jeune femme qui a porté plainte pour viol. Ce monologue, narré à la façon de certains humoristes dont Pierre Palmade, démontre que même entre femmes la solidarité n’existe pas toujours, la juge accablant la jeune femme en lui signifiant :

J’ai les idées larges, et il m’arrive moi-même de goûter aux joies iodées de la mer pour ensuite livrer mon corps aux caresses du soleil. Mais j’ai de la pudeur, moi, mademoiselle. Je porte un maillot. Une pièce, s’il vous plait. Je n’aurais pas l’impudence de dilapider les secrets de mon intimité à toute la France. Alors, je vous le demande : ne comprenez-vous pas que la vision d’un corps féminin dénudé est un appel non équivoque à un acte charnel ?

Je pourrais aligner les exemples de ces textes qui égratignent, qui grattent, qui démangent, mais qui dans le même temps procurent un bien fou, à condition que le lecteur soit phase avec l’état d’esprit de l’auteur, des textes qui sont autant de dénonciations de problèmes sociologiques.

Toutefois, je vous en ai réservé deux petites dernières dont Bilan présidentiel, qui aurait pu convenir à quelques présidents dont en particulier un qui collectionnait les diamants et un autre qui appréciait la tête de veau. Mais ce bilan présidentiel semble n’avoir été écrit que pour l’actuel locataire de l’Elysée. S’adressant à ses concitoyens, celui-ci détaille le nombre de ses repas, de bouteilles vidées, d’animaux tués au cours de parties de chasses, de rapports sexuels… Je cite :

Mes fonctions sexuelles sont normales pour un homme comme moi dans la force de l’âge ; j’ai tiré soixante-seize coups dans l’année écoulée, le dernier en date pas plus tard qu’hier au soir dont treize dans le réceptacle conjugal. Avouez que concernant une union de vingt-trois ans, la moyenne est encore fort honorable.

Et il enfonce le clou, si je puis dire, en déclarant :

J’ajoute que les rumeurs faisant état d’une possible homosexualité sont sans fondement.

L’emploi du mot juste !

Enfin, dans La plume à gauche, Jean-Pierre Andrevon se met lui-même en scène. Comment ? Je vous laisse découvrir son texte.

 

Première édition : Le Dernier Terrain Vague. Parution 3e trimestre 1977. 160 pages.

Première édition : Le Dernier Terrain Vague. Parution 3e trimestre 1977. 160 pages.

Ces tranches de vie, ces réflexions non dénuées de bon sens, ces nouvelles sont regroupées en sections dont vous pouvez prendre connaissance ci-dessous :

 

Sommaire :

Le boulot.

Le pet

La passe

En attendant le client

La plume à gauche

Un peu de douceur

Culture bio

A l'école

Youkaïdi Youkaïda

 

Les arts.

Le réalisme

La galère

 

Loisirs et vacances.

L'ouverture

Au camp

Sur le périph'

 

L’empire de la science.

Sur le chantier

Maître de la Terre

La mécanique

Bricolo

L'éternité moins un jour

Entropie

 

L’armée.

Pas de malaise

Un week-end crevant

L'affaire du combat dans les garrigues

 

La politique.

Décrets et signatures

La Corse : une situation confuse

Bilan présidentiel

Ecrivez au journal, on vous répondra

 

Le Q.

Le petit doigt

Le procès

Quand faut s'y mettre

Simulation

Trois Ave et on n'en parle plus

Une grosse

 

La vie et rien d’autre.

Mal foutu

Ami des bêtes

La débrouille

Sympas et tout

Je n'ai pas vu les lumières se rallumer

 

Et ce volume se termine par des Précisions bibliographiques dont on peut très bien se passer, mais qui m’ont semblé indispensables.

Jean-Pierre ANDREVON : C’est tous les jours pareil. Nouvelles. Collection KholekTh N°37. Editions de La Clef d’Argent. Parution décembre 2018. 272 pages. 13,00€.

ISBN : 979-10-90662-51-3

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13 janvier 2019 7 13 /01 /janvier /2019 05:11

Il n'appartient qu'à la tête de réfléchir, mais tout le corps a de la mémoire.

Joseph Joubert (1754 – 1824)

Hervé HUGUEN : Châtiment pour mémoire.

Mourir à quatre-vingt-dix ans, c’est plus que dans la logique des statistiques. D’autant que l’homme découvert chez lui, une vieille ferme sise près de Roscoff, Auguste Morvan, veuf depuis quelques mois, était malade et n’avait plus grande espérance de vie.

Seulement, Francine, qui vient soulever la poussière tous les deux jours, découvre Auguste dans son fauteuil, la poitrine trouée d’une décharge de chevrotines, ce qui ne pardonne pas.

Aussitôt la brave dame alerte la gendarmerie et c’est l’adjudant Morgane Le Cerf, de Saint Pol de Léon, assistée de son adjoint Vachet qui procède aux premières constatations après s’être rendue sur le théâtre d’un épisode profanatoire peu banal dans un cimetière.

Pas de cadavre, cette fois, mais des inscriptions sur la tombe d’un couple d’octogénaires décédés à deux ans d’intervalle quelques années auparavant. Assassin, par deux fois, en lettres rouges sang et au singulier.

Il semble que ces deux faits, apparemment sans lien, auraient en point commun une vengeance. D’autant qu’une lettre a été déposée près du cadavre d’Auguste, qui ne l’est plus guère, une missive anonyme bien évidemment, composée à l’aide de mots entiers ou non découpés dans des journaux. Toutefois, la médecin légiste, en procédant à l’autopsie, ne s’attendait certes pas à une découverte qui change tout mais ne résout rien.

Si Auguste vivait seul, sans enfant, il n’en va pas de même du couple dont la tombe a été profanée. Et Morgane débute son enquête en interrogeant la fille du couple qui vit non loin. Naturellement celle-ci en tombe des nues. Le nom d’Auguste Morvan lui dit vaguement quelque chose. Elle se souvient que son père fréquentait parfois un Auguste, ancien agriculteur mais elle ne peut apporter guère plus de précisions.

Le commissaire Nazer Baron, qui vit au Croisic, est mandé au téléphone par son chef de la DIPJ de Rennes, qui lui-même a été contacté par le capitaine de gendarmerie de Saint-Pol-de-Léon. En effet sur la missive déposée près d’Auguste Morvan figurait l’inscription A l’attention du commissaire Baron. Le texte figurant sur la feuille est plutôt sibyllin : Plus la patience est grande, plus la vengeance est belle.

Il ne reste plus à Nazer Baron que de se rendre à Roscoff, et dans la région léonarde et collaborer avec Morgane Le Cerf pour rechercher le début d’un commencement de début de fragment d’embryon de pas grand-chose de morceau de fil qui pourrait le conduire à la résolution de cet énigmatique correspondant qui s’est inspiré d’un historien et écrivain malien, Massa Makan Diabaté, et de son ouvrage Le Boucher de Kouta, pour rédiger ces deux lignes.

Seulement Nazer Baron ne comprend pourquoi cette missive lui a été adressé car il ne connait, pas même de nom, la victime récente et le couple. Pourtant il sent que quelque chose le ramène à une affaire ancienne dont il ignore les tenants et les aboutissants et dont il l’un des morceaux du puzzle. Et il arrivera à attraper un bout du fil et à remonter le temps en interrogeant, en compagnie de Morgane, qui se révèle être sa bonne fée, des personnes ayant toutes plus ou moins connu les défunts. D’autant qu’une troisième victime est à déplorer, victime qui possédait un lien avec les deux précédents défunts.

 

Et c’est ainsi que le lecteur va retrouver un protagoniste aperçu fugitivement dans un ouvrage précédent d’Hervé Huguen : Le troisième des deux et qui semblait avoir été oublié par l’auteur dans la suite des enquêtes de ce commissaire aux allures de Maigret

Et tout comme Simenon, Hervé Huguen privilégie les aspects psychologiques et sociologiques dans les enquêtes qui sont confiées à son héros. Mais il y apporte un élément qui ne manquera pas d’intéresser les lecteurs, le côté historique plus ou moins proche. En effet, les racines du mal sont enfouies depuis soixante ans dans les limbes de la mémoire collective, mais le drame qui est à l’origine de ceux auxquels Nazer Baron se trouve confrontés ressurgit soudain sur une impulsion logique, voire nécessaire de comprendre.

Et comme le déclare si bien Morgane Le Cerf :

La haine est comme le hareng, mon capitaine, elle a besoin de mariner.

Contrairement à bon nombre de ses collègues et confrères, de fiction ou réels, le commissaire Nazer Baron se révèle être non seulement sympathique mais, à mon avis, qui provoque l’empathie, ce qui n’est guère courant à cette époque de violences au cours de laquelle ceux-ci ne se montrent pas à leur avantage.

 

Hervé HUGUEN : Châtiment pour mémoire. Série Nazer Baron N°14. Editions du Palémon. Parution le 28 septembre 2018. 256 pages. 10,00€.

ISBN : 978-2372605311

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12 janvier 2019 6 12 /01 /janvier /2019 05:28

Une pêche miraculeuse ?

Laurence  GOUGH: Mort à l’hameçon

Lors d’une partie de pêche en solitaire, l’inspecteur Willows découvre le cadavre d’une jeune fille dans un cours d’eau à l’ouest de Vancouver. Les renforts locaux déclinent rapidement l’identité de la morte, Naomi, qui s’est enfuie du domicile paternel un an auparavant. Elle arbore un tatouage et un photomaton est glissé dans la poche de son short représentant un adolescent supposé être son petit ami.

Félix Newton, milliardaire californien quelque peu barjot, confie le soin à Mannie, un tueur névropathe, de supprimer certaines personnes. Il s’acquitte de sa première mission –surveillé à son insu par Junior – en lardant de coups de couteau dans une camionnette aménagée en bordel ambulant un ado faisant le tapin. Claire Parker, l’équipière habituelle de Willows, découvre le cadavre en sortant d’un restaurant où Orwell aurait bien aimé la baratiner. Il s’agit du gamin représenté sur la photo. Des revues pornographiques trouvées dans le véhicule permettent de remonter les traces du tueur. La commerçante qui a vendu les magazines décrit Mannie, et les vêtements dont il s’était affublé pour perpétrer son forfait sont retrouvés près de la plage. Claire et Willows ont la confirmation auprès de prostituées que les deux adolescents vendaient leurs corps sans être sous la coupe d’un proxénète. Une contractuelle que courtise Orwell lui apprend qu’elle a été baratinée par un quidam – Junior en l’occurrence – spécialiste du pliage de papier, transformant le P.V. qu’elle lui avait mis en animal. Ce qui met la puce à l’oreille de Willows et Claire puisqu’un billet de 100 $ a été retrouvé soigneusement plié dans la fourgonnette. Félix est contrarié par la découverte du corps de Naomi et peu satisfait du travail de Mannie. Carly qui vit avec un ex-jockey fait partie de la liste à éliminer. Mannie s’introduit dans l’appartement du couple après avoir tué leur chien et un comparse afin de récupérer une cassette vidéo compromettant Félix. A son retour, Carly, est alertée par des traces de sang sur le palier et s’enfuit. Le père de Naomi se suicide, confessant dans une lettre le meurtre de sa pécheresse de fille. Par le double du P.V. Willows situe l’adresse de la propriétaire du véhicule. Il s’agit de Misha. Sa demeure est surveillée et Junior pris en filature. Il se rend chez Mannie, filé par les policiers. Arrivé sur place il tire sur les flics et est grièvement blessé. Mannie tente de s’enfuir et est rattrapé par Willows. Le policier l’abat croyant être menacé.

 

Le roman de Laurence Gough est intéressant mais incomplet puisque plusieurs pistes ne sont pas explorées et que des zones d’ombres subsistent à l’épilogue, même si des pistes sont évoquées, par exemple l’avenir que se réserve la peu scrupuleuse Misha. Mais que devient par exemple la fameuse cassette vidéo ? Et le récit est parfois encombré de trop de détails ou de marques publicitaires dont n’a rien à faire le lecteur francophone. Mais la traductrice doit-elle couper dans le vif, c’est un autre débat.

Laurence  GOUGH: Mort à l’hameçon (Death on a N°5 hook – 1988. Traduction de Laetitia Devaux). Collection les Noirs N°41. Editions Fleuve Noir. Parution le 01 mars 1998.

ISBN : 978-2265061774

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10 janvier 2019 4 10 /01 /janvier /2019 05:02

Ceci n’est pas pour les végans… !

Serge BRUSSOLO : Les écorcheurs.

Les caisses du royaume sont vides et pour les renflouer, il n’y a qu’une solution : aller chercher les trésors où ils se trouvent, c’est-à-dire au fond de l’océan.

Un vieux navire est spécialement affrété mais ce bâtiment traîne derrière lui une réputation peu flatteuse. De plus son château arrière est construit de bric et de broc. Ses sculptures proviennent d’un théâtre désaffecté Grand Guignol pour pervers, ou encore d’une église dédiée à Saint Goom l’Irradié.

En guise de figure de proue est clouée une caricature monstrueuse, un gorille de métal ancien automate. L’on ne peut pas dire que soient réunies les conditions idéales d’une calme croisière.

Pourtant un jeune adolescent épris d’aventures et de liberté n’est pas découragé, et il embarque sur cette nef dont l’équipage n’est qu’un ramassis de malandrins, et dont le capitaine apparemment ne connait rien à la navigation.

Seul le quartier-maître possède l’autorité nécessaire et les notions de navigation indispensables à un voyage sans problèmes. Sans problèmes ai-je écrit ? C’est sans compter avec les éléments incontrôlables qui hantent le navire.

Et vogue la galère parmi l’horreur, l’angoisse et l’épouvante.

 

Dans un entretien accordé au magazine L’écran fantastique, Serge Brussolo avoue que son adolescence a été bercée par les romans d’aventures. Repris par son démon, il a décidé d’écrire, je cite :

Une SF folle, qui utilise de bonnes idées délirantes avant de les rationaliser dans une espèce de logique absurde afin d’en faire quelque chose de crédible. J’utilise une SF où tout s’interpénètre : le surréalisme, le fantastique et le roman policier.

Fin de citation.

En lisant Les écorcheurs, j’ai eu l’impression parfois de retrouver Pierre Mac Orlan et Jean Ray dans certains de leurs écrits. Je ne sais pas s’ils influencèrent Serge Brussolo, mais quoiqu’il en soit, le délire littéraire qui habite cet auteur en fait l’un des grands Angoisseurs français.

Serge BRUSSOLO : Les écorcheurs. Collection Science-fiction N°1. Patrick Siry éditeur. Parution septembre 1988. 160 pages.

ISBN : 2-7391-0000-0

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9 janvier 2019 3 09 /01 /janvier /2019 05:20

Normal, à cette époque, le GPS n’existait pas…

Marc FLAMENT : L’île des boucaniers perdus.

Abordé par un marin borgne, d’où son surnom de Bâbord-amures, le capitaine François Lenormand se voit remettre un parchemin signé Jambe-de-Bouc.

Etonnant parchemin qui est le testament d’un flibustier léguant ses quelques possessions à divers compagnons, dont un couteau à double tranchant à Bâbord-amures, quoiqu’il ne l’ait jamais vraiment aimé, sa paire de pistolets au capitaine et surtout une Bible qui devrait faire leur fortune, si le destinataire parvient à déchiffrer le message glissé à l’intérieur. Un secret qui doit conduire à une cachette dans laquelle est dissimulé un trésor.

Etrange testament qui précise que les Frères de la Côte doivent enterrer leur ancien compagnon en buvant et chantant. Direction l’auberge Au Squelette ricanant, où effectivement une assemblée de marins ripaille tandis le cadavre de Jambe-de-Bouc est assis sur une chaise, trônant à la place d’honneur.

Quoiqu’encore jeune, le capitaine François Lenormand possède une réputation flatteuse mais justifiée de meneur d’hommes, de courage, de ténacité, de droiture et d’honneur. Il n’en faut pas plus pour que les anciens compagnons de Jambe-de-Bouc le désignent tout naturellement comme capitaine de l’expédition qui va être envisagée pour récupérer le fameux trésor. Petit-pape, Bâbords-amures, Pot-au-noir, la Sarcelle, d’anciens matelots de Lenormand, tous le pressent à accepter, d’autant qu’ils ont un navire, La Marie-des-Isles, à leur disposition.

Cette frégate de seize pièces, des canons moitié de fer moitié de bronze, possède un gréement encore en bon état mais la coque laisse à désirer. Mais Lenormand, avant d’accepter définitivement l’honneur qui lui est échu, désire explorer le coffre du mort. Parmi des colifichets et vêtements féminins, des armes blanches, des objets de marine et une centaine de piastres, un parchemin décrivant le contenu du trésor caché, git un ouanga, une amulette qui sert à jeter un sort ou à porter bonheur dans le culte vaudou et qui serait peut-être à l’origine de la mort de Jambe-de-bouc. Ainsi que la fameuse Bible qui est en très mauvais état.

 

Enfin, La Marie-des-Isles est prête à appareiller et destination le trésor de Jambe-de-Bouc. Mais avant d’arriver à destination, François Lenormand doit déchiffrer l’énigme de la Bible et affronter moult dangers. Dont un combat à l’arme blanche entre le capitaine et le félon Bâbord-amures, lequel tombera à l’eau bientôt rejoint par son sac de marin, une tempête tropicale, un combat naval contre une frégate anglaise. Un combat disproportionné et il faudra toute l’énergie et l’ingéniosité de François Lenormand pour se dépêtrer d’un engagement qui tourne malgré tout en sa faveur. Enfin c’est l’arrivée en vue de l’île de Mayaguana qui leur réservera une surprise fantômatique puisqu’ils seront en présence de zombies.

 

Un roman pour adolescents qui ne prend pas justement les adolescents pour de petits enfants, L’île des boucaniers perdus est un véritable roman d’aventures maritimes qui ne connait aucun temps mort. Juste quelques cadavres en cours de route et quelques escales.

Un voyage parmi la flibuste qui rappelle quelque peu L’île au trésor de Stevenson, mais également d’autres romans maritimes épiques avec une reconstitution soigneuse mais non pesante de l’époque dans cet endroit des Caraïbes qui fait toujours rêver les petits et les grands.

Un hommage aux marins qui se montrent courageux devant l’adversité et ingénieux afin de régler des problèmes apparemment insolubles leur permettant d’affronter des situations périlleuses.

Le lecteur ressent le roulis et le tangage de ces bâtiments à voiles, balloté par le vent et la tempête, la pluie ou la chaleur, et les embruns qui fouettent les visages burinés des vieux loups de mer. Le côté fantastique apportant à l’histoire son grain de sel… marin !

Marc FLAMENT : L’île des boucaniers perdus. Collection Bibliothèque Verte. Editions Hachette. Parution le 6 juin 1981. 190 pages.

Illustrations de François Dermaut.

ISBN : 978-2010080418

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8 janvier 2019 2 08 /01 /janvier /2019 05:11

Elle est belle, elle est mignonne,
C’est une bien gentille personne…

Pierre MAC ORLAN : Mademoiselle de Mustelle et ses amies.

Ce roman, dont la première publication a eu lieu en 1913, puis réédité en 1928, était signé Pierre du Bourdel, un des nombreux pseudonymes utilisés par Pierre Mac Orlan pour sa production dite érotique.

Je ne reviendrai pas sur le parcours de cet ouvrage, Jean-Jacques Pauvert dans sa présentation ayant déblayé le chemin avec l’aide de Pascal Pia, auteur de Livres de l’Enfer, du XVIe siècle à nos jours.

Anastasie étant passée par là, ce roman ne fut tiré sous le manteau qu’à une centaine environ d’exemplaires. Mais la fin des années 1960 et début 1970 sonnèrent la délivrance pour les romans (et leurs auteurs) dits paillards, grivois, érotiques et plus, et les collections dédiées à ce genre d’ouvrage, ainsi que de nombreuses maisons d’éditions qui enfin pouvaient avoir pignon sur rue officiellement, firent florès. Et l’on trouvait sur les étals des libraires ces ouvrages licencieux en toute impunité.

Sans réelle portée littéraire mais rédigé toutefois sobrement, sans vulgarité ou presque, ce Mademoiselle de Mustelle et ses amies (sans oublier les éléments mâles) est une aimable et facétieuse mise en bouche pour les amateurs d’érotisme teintée de scatologie.

Un apprentissage de la vie pour la jeune et belle Lucette, dite Lulu, dont on fait la connaissance alors qu’elle n’a que treize ans. Si elle a déjà connu les prémices des plaisirs saphiques, elle découvre le simulacre de la reproduction un jour qu’elle s’est introduite dans la chambre de sa mère, une jeune veuve de trente deux ans, s’étant dissimulée derrière un paravent. Madame de Mustelle possède un amant M. de Boëme qui lui procure de nombreuses jouissances mais ce jour là il lui demande de procéder à une évacuation séminale par la porte de service. Madame de Mustelle, après quelques minauderies, accepte cette introduction au préalable lubrifiée. A cette vue, Lucette en est toute émoustillée.

Et elle va parfaire son éducation amoureuse, charnelle, mais pas encore sentimentale, avec quelques personnes de fort bon aloi, dont Ketty, la jeune gouvernante anglaise, Justine la soubrette, Firmin le valet, la grosse et dodue Alice et quelques autres, qui pratiquent sans vergogne les échanges manuelles, buccales et autres, ne laissant de répit à aucun trou, quel qu’en soit le propriétaire.

On ne quittera Lulu à l’âge de quinze ans, ayant sacrifié à de nombreuses expériences qui lui forgent le corps et l’esprit.

Evidemment, ce roman érotico-pornographique n’est pas à placer entre toutes les mains et sous tous les yeux. Il ne s’adresse qu’à des personnes consentantes désireuses de parfois leur éducation ou raviver une flamme en voie d’extinction. Mais je me demande si les censeurs ont réagi à cause des scènes décrites explicitement ou si l’âge de la gamine n’entrait pas en compte dans leurs décisions. D’autant que Marcelle, la sœur cadette de Lulu, n’est pas en reste, désirant elle aussi participer à ces jeux érotiques.

 

Autres ouvrages de Pierre Mac Orlan dont les chroniques sont publiées sur ce blog :

 

Pierre MAC ORLAN : Mademoiselle de Mustelle et ses amies. Roman pervers d’une fillette élégante et vicieuse. Présentation de Jean-Jacques Pauvert. Collection Lectures amoureuses N°23. Editions de La Musardine. Parution le 26 juin 2008. 160 pages.

ISBN : 978-2842713348

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7 janvier 2019 1 07 /01 /janvier /2019 05:13

Jean Ray, ton univers impitoyaaableee !

Jean RAY : Le Carrousel des Maléfices.

Ceux qui ont lu Le Carrousel des Maléfices, penseront peut-être que cette réédition n’est pas indispensable dans leur bibliothèque, ce en quoi ils auraient tort, car ce volume comporte neuf textes qui ne figuraient pas dans les éditions précédentes, que ce soit dans les divers éditions et rééditions Marabout ou à la Librairie des Champs-Elysées ou encore chez Néo.

Que dire de plus que ce qui a déjà été écrit, et par plus spécialiste que moi ? Rien ou presque. Que cet auteur nous prend par les yeux, que l’on ne peut lâcher un texte entamé, et qu’il nous offre de délicieux frissons. Jean Ray nous entraîne, nous enchaîne dans son univers particulier, glauque, humide, poisseux, fuligineux, et si l’on sort la nuit, on se demande si l’on ne va pas se trouver nez à nez avec l’une de ses créatures humaines déambulant dans des ruelles sordides qui ne sont pour nous que des endroits faiblement éclairés.

Mais au travers de courts textes, regroupés sous le titre Histoires drôles, qui ne dépassent pas parfois une page, il joue avec nous dans une ambiance humoristique et pourtant noire, très noire. Ainsi dans ses Histoires drôles la dérision l’emporte sur le fantastique habituel.

 

Dans M. Gless change de direction, Jean Ray revisite et détourne le mythe de Jack l’Eventreur avec malice. C’est le premier texte qui ne figurait pas dans la version initiale du Carrousel des maléfices.

Certains de ces textes, dont La formule et Monsieur Banks et le boulet Langevin par exemple possèdent en commun le thème de l’espace-temps, ou Quatrième dimension. Des historiettes qui se déroulent de nos jours, ou du moins à l’époque où elles ont été écrites, ou dans des milliers d’années, un peu comme de l’anticipation pseudo scientifique, ou encore qui reprennent le mythe de la vie éternelle mais toujours avec cet humour particulier qui a fait la renommée du fantastiqueur belge.

 

Dans sa longue postface, c’est-à-dire à lire après s’être imprégné de l’ambiance qui se dégage des nouvelles de Jean Ray, et que par esprit de contradiction j’ai lue en priorité, Arnaud Huftier, le grand maître et spécialiste de l’œuvre de l’un des représentants majeurs de la littérature belge, dresse un bilan sur les dix volumes composant cette édition dans des versions dites originales et intégrales. Et apporte un éclairage sur les divers thèmes chers à Jean Ray, et principalement celui de la petite bourgeoisie et son emblème des nourritures terrestres, nourritures si vivifiantes et pourtant parfois mortifères.

Bref un recueil à déguster sans crainte d’indigestion, et qui ne vous fera pas mourir d’ennui.

 

Sommaire :

Le carrousel des maléfices

Mathématiques supérieures

La tête de monsieur Ramberger

Bonjour, Mr. Jones !

Histoires drôles : Drôle d'histoires ; Soirée de gala ; Merry-fair ; La tête parlante ; Merry-go-round ; Le toboggan.

Têtes de lune

Le banc et la porte

Croquemitaine n'est plus

Puzzle

L'envoyée du retour

La sotie de l'araignée : l'ombre

S.A. La mouche

S.A. Le crabe

S.A. La fileuse

S.A. Le monstre

S.A. Les évadées

Le beau dimanche

Le Ressaract

La sorcière

Les gens célèbres de Tudor Street

Trois petites vieilles sur un banc

La conjuration du lundi

Un tour de cochon

Smith... comme tout le monde

Autres textes

Mr. Gless change de direction

La Princesse Tigre

Je cherche Mr. Pilgrim

L'expérience de Laurence Night (Thunder-powers)

La formule (A story of fourth dimension)

M. Banks et le boulet Langevin

Le tueur et le fantôme

La fausse clé

Le crime des autres

Postface et bibliographie d’Arnaud Huftier.

 

Pour découvrir les anciennes éditions, vous pouvez visiter sans dommage le lien ci-dessous :

Jean RAY : Le Carrousel des Maléfices. Alma Editeur. Parution le 29 novembre 2018. 292 pages. 18,00€.

ISBN : 978-2362792793

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6 janvier 2019 7 06 /01 /janvier /2019 05:57

Un plongeon nostalgique et amusant dans la littérature populaire…

Patrick DENIEUL : Dans l’ombre de Belphégor.

Jeune journaliste vacataire, Samuel Dorfan est en poste à Redon comme pigiste pour Infos du Pays de Redon. Et il espère bien tenir un sujet d’enquête et de reportage qui le propulsera sur le devant de la scène et lui permettra de se faire un nom, une réputation et obtenir enfin une place stable dans un grand quotidien.

Des vols de bijoux sont perpétrés dans des coffres placés dans une banque désaffectée et dont la porte est fermée de l’intérieur. Le cambrioleur est un petit farceur qui s’amuse à remplacer les objets dérobés par des billets de banque provenant de jeux de société, et il signe son forfait avec une carte, le 9 de pique, sur laquelle est inscrite au dos la mention Belphégor.

Or alors qu’il guette de nuit l’apparition de Belphégor, ou celui qui se cache sous se déguisement, il aperçoit une silhouette fantômatique se dirigeant vers la Tour Gothique. Il s’élance et empoigne aux épaules celui qu’il pense être le malandrin. Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que l’individu se défend et lui plante dans le cou une seringue. Dorfan est immédiatement plongé dans les bras de Morphée et lorsqu’il se réveillera, ce sera dans un endroit inconnu pour lui. L’obscurité règne et il ne peut s’évader.

L’agresseur ne perd pas son temps puisqu’il s’empare des papiers, des clés de sa victime et qu’il va jusqu’à s’affubler de son identité. Dorfan 2 loge dans la chambre de Dorfan 1 chez la Di Razzi, Pulchérie de son prénom, une ancienne actrice. Le lendemain de son forfait il est réveillé par des éclats de voix. Sa logeuse se prend de bec avec un chimiste, le peu sympathique Robert Soleret, se plaignant de ne pouvoir retrouver son costume. Olga, la nièce de Pulchérie déclare à Dorfan 2 que les deux antagonistes qui sont en train de se disputer pour une histoire de chiffon font partie de l’Académie des Fantômes et qu’ils s’amusent à imiter la gloire locale, le fameux Belphégor créé par Arthur Bernède, l’enfant du pays.

 

Le lecteur est entraîné dans une histoire belphégorienne et rocambolesque dans laquelle gravitent quelques personnages dont il découvre peu à peu l’importance, ou non, dans cette intrigue mouvementée et virevoltante. Deux sœurs dont une paralytique et une qui se prétend voyante, et quelques autres protagonistes hauts en couleurs, dont un mystérieux Prieur, évoluent dans ce roman qui emprunte avec bonheur aux bons vieux romans-feuilletons qui firent la gloire de Bernède, naturellement, mais également celle de romanciers comme Ponson Du Terrail, Léon Sazie, Arnould Galopin, Jean de La Hire et bien d’autres qui ont marqué notre enfance par leurs écrits épiques, invraisemblables mais passionnants.

Le burlesque côtoie le tragique, le mystère imprègne l’histoire, l’usurpation d’identité étant une des clés de l’intrigue et tous ces personnages farfelus ou équivoques évoluent sous nos yeux ébaubis, tous ces éléments font penser à un jeu de rôle grandiloquent. Or justement, l’auteur a inventé un jeu d’immersion qui est évoqué dans un article du journal Ouest-France que le lecteur curieux pourra découvrir en cliquant ici.

 

Patrick DENIEUL : Dans l’ombre de Belphégor. Collection Les Mystères du Pays de Redon. Editions Stéphane Batigne. Parution le 6 juin 2018. 144 pages. 12,50€.

ISBN : 979-1090887602

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5 janvier 2019 6 05 /01 /janvier /2019 05:32

Sans rature, ni surcharge !

François LANGE : Le manuscrit de Quimper.

En ce début d’année 1858, l’inspecteur François Le Roy croule sous les dossiers et il ne sait pas par quel bout les prendre.

D’abord la vague de cambriolages dont la région de Quimper est victime. Et les spoliés par la même occasion. Son patron, le chef de la police municipale, Victor Montépin, et le préfet, Alphonse Le Mire, ami du ministre de l’Intérieur (il faut toujours soigner ses relations !) le pressent d’aboutir. Les cambriolés sont principalement des bourgeois, des notables de la cité et de ses environs, alors forcément, ça grogne.

Mais un autre événement détourne son attention. Emile Salaün, un riche antiquaire du centre-ville, est sauvagement assassiné, dans l’appartement qu’il occupait dans un hôtel. Pourtant aucun objet de valeur n’a été pris, d’après les premières constatations de François Le Roy et de son adjoint, Brieuc Caoudal. Seule une voisine, une boutiquière dont l’échoppe fait face à l’hôtel de Tromelin, lieu du drame, a aperçu un individu dont le comportement a éveillé son attention, alors qu’il s’introduisait dans le bâtiment.

C’est peu, mais au moins Le Roy tient un début de piste. Il est en poste à Quimper depuis presque trois ans et auparavant il a servi dans les troupes coloniales, tout comme Brieuc Caoudal, des épisodes et des souvenirs qui naturellement les rapprochent, mais aussi durant la guerre de Crimée et à la prise de Sébastopol.

Un manuscrit, dit de Quimper et à l’origine du meurtre de l’antiquaire, convoité par une dangereuse société secrète, la Compagnie du Lys bleu, est au centre de cette enquête qui donne bien du mal à l’enquêteur d’origine bigoudène. Et il faut un coup du hasard pour que les deux affaires, les cambriolages des riches demeures et le meurtre de l’antiquaire se rejoignent. Comme souvent cela arrive même de nos jours, la résolution d’une affaire permettant de trouver la solution d’affaires plus ou moins classées, faute d’éléments d’enquête.

 

Un premier roman captivant et qui devrait être suivi d’autres enquêtes non moins intéressantes et historiques. Seulement, il faudrait que l’auteur se montre plus rigoureux dans la chronologie et la datation de certains épisodes. Si la fin de la prise de Sébastopol, historiquement datée décembre 1855, et que début 1858, François Le Roy est en poste à Quimper depuis près de trois ans, cela pose un petit problème qui pourrait être considéré comme une affirmation prêtant à confusion et induire un soupçon de faux témoignage. De même, il ne peut partager des souvenirs avec Brieuc Caoudal de campagnes menées sous l’Ancien Régime et l’Empire, l’Ancien Régime, si l’on parle du régime social et politique, se terminant officiellement en 1789 et plus précisément dans la nuit du 4 août 1789 avec l’abolition des privilèges. Abolition tout à fait relative par ailleurs.

C’est bien le personnage de François Le Roy qui est prépondérant dans le récit, même si l’intrigue est bien menée. C’est un homme méthodique, qui dans son bureau a placé une carte de Quimper et sa région, et il signale les lieux des cambriolages à l’aide d’aiguilles à bout rouge, un peu l’ancêtre de la signalisation actuelle dans certains sites de géo-localisation. De même il dessine les lieux sur lesquels il intervient, la disposition des meubles, des objets, tout comme le fait la Scientifique en prenant des photos.

Pour le reste, c’est un homme pointilleux, presque, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, ne s’encombrant pas de flagornerie envers ses chefs, sachant ce qu’il veut et menant son enquête avec rigueur. Fañch Le Roy est promis à un bel avenir… littéraire.

François LANGE : Le manuscrit de Quimper. Série les enquêtes de Fañch Le Roy N°1. Editions du Palémon. Parution le 12 octobre 2018. 192 pages. 10,00€.

ISBN : 978-2372605342

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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