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2 juin 2018 6 02 /06 /juin /2018 10:10

On ne possède que peu d’éléments biographiques de Roger Ménanteau, d’ailleurs il est la plupart du temps oublié des différents ouvrages et dictionnaires consacrés au roman policier, sauf le DILIPO, mais il faut avouer qu’il se retranche (retranchait ?) volontiers dans sa bulle.

Roger FALLER : un portrait.

Roger Ménanteau écrivait dans un article de Mystère Magazine (voir ci-dessous) Je veux fuir systématiquement tout ce qui est extérieur au fait d’écrire déclarant qu’il a passé sept ans de sa vie en commun et n’en tirer aucun optimisme, mais seulement un besoin de rester dans mon trou. C’est sous le nom de plume de Roger Faller que Roger Ménanteau est le plus connu, un alias qui fut adopté pour ses premiers romans dans la collection Jean Bruce des Presses de la Cité, entre 1960 et 1962, puis lors de son entrée au Fleuve Noir en 1963, maison d’édition qu’il ne quittera plus jusqu’à sa retraite d’écrivain (ou de son éviction comme bien d’autres ?), en 1985.

Mais auparavant Roger Faller avait utilisé d’autres nombreux pseudos dont Roger Valière pour ses premiers romans édités chez La Bonne Presse, collection La Frégate, et celui de Roger Vaneyre chez Ferenczi, collection Mon Roman Policier. Il utilisa une seule fois celui d’Henri Grival pour les éditions Lutèce dans la collection Noire & Rose en 1956, un livre intitulé Et ces dollars… Victor ! Les éditions Ferenczi publiaient de très nombreux petits fascicules de 16, 32 ou 64 pages et c’est ainsi qu’il écrivit pour les collections Mon Roman policier, Police & Mystère, puis pour le Verrou et enfin Feux Rouges sous les alias de R.H. Nova, F.A. Wheeler, F.A. Whaler, Roger Nova, R. Henri Nova, Roger-Henri Nova et Henri Nova. Suite à la menace de procès d’un médecin Lyonnais, il fut obligé d’abandonner très vite ce dernier pseudo pour celui de Roger Nova.

Né le 18 février 1918 à La Flotte en Ré (Charente Maritime) Roger Ménanteau fait carrière dans l’enseignement et le journalisme politique. En juin 1950 il publie dans La dépêche du Midi un article sur L’intellectualisation du roman policier. Ensuite, entre 1956 et 1958, il collabore à différents quotidiens régionaux dont La Voix du Nord et La Dépêche du Midi, rédigeant une cinquantaine d’articles et de reportages notamment sur les pays de l’Est. Selon un article publié dans Télé 7jours du 3 septembre 1965, concernant l’adaptation en téléfilm de Plainte contre X, la signataire déclare qu’elle a rencontré l’auteur au Ministère des Affaires Etrangères, Quai d’Orsay. Etait-il là pour ses activités journalistiques. Etait-il attaché à ce ministère et non pas dans l’Enseignement ? Un changement de parcours professionnel ?

 

Roger FALLER : un portrait.

En 1950 paraît également sa première nouvelle policière dans Mystère Magazine n°34 : Méfiance ! Il en publiera cinq autres pour M.M. et Le Saint Magazine entre 1951 et 1963.

Sa production pour les différentes collections de chez Ferenczi s’élève à plus de soixante titres oscillant entre le roman policier et le roman d’espionnage. C’est en 1958 sous le pseudo de Roger Henri-Nova et Roger Nova que Ménanteau se fait remarquer avec quatre romans : Témoin Capital, Deux trous dans le cuir, qui manque de peu le Grand Prix de Littérature Policière en 1959, Valise pour Prague et Pour cause d’inventaire dans la collection Feux Rouges chez Ferenczi.

Roger FALLER : un portrait.

Dans son article Roger Henri-Nova alias Roger Faller, le pessimiste, explorateur de l’univers de la solitude, (Mystère Magazine n° 205, février 1965) Jacques Siry revient longuement sur Pour cause d’inventaire, qu’il juge son meilleur ouvrage à ce jour mais que l’auteur a raté de peu le chef d’œuvre.

Il compare Roger Henri-Nova à travers son analyse à divers auteurs et non des moindres. Une fois remis de la lecture de cet ouvrage suffocant, lorsqu’on s’efforce de l’analyser, on s’aperçoit que les comparaisons et les réminiscences se présentent en nombre à la mémoire : Frédéric Dard, pour le ton ; le Simenon des jours sombres pour l’atmosphère générale ; Hervé Bazin et Julien Green pour le personnage d’Albertine Hamel, sèche et glaciale, mais regorgeante de fiel et de venin, débordante de haine et de mépris ; Boileau-Narcejac, pour cet isolement d’un mâle démuni face à trois femelles complices (Albertine, Geneviève et Marie-Thérèse, la boniche) ; enfin et surtout Jean-Paul Sartre et Albert Camus pour la signification générale de l’œuvre et pour le caractère d’Armand Tillion.

Plus loin Jacques Siry complète son exposé en écrivant que tout cela fait penser à L’Etranger d’Albert Camus. Dans son épilogue Jacques Siry écrit : Comme on l’aura compris, le monde de Roger Ménanteau est un monde poisseux et étouffant, un monde morbide et désespéré, qui a des relents de rigoles et d’égouts, un monde amer et même atroce, où les coupables triomphent et où les innocents paient pour des fautes qu’ils n’ont pas commises. Les héros en sont des êtres cruels, hypocrites, cyniques et repoussants ; ou veules, mornes, lâches, médiocres, velléitaires, diminués physiquement ou moralement, accablés par une fatalité interne autant que par le poids d’une destinée qui n’a pas de sens, qui ne peut pas en avoir… Là gît l’origine première du pessimisme d’Henri Nova Faller, parce que là gît la base de sa conception de l’existence. Toute son œuvre se résume en effet en une double qui effet à une double démarche d’affranchissement de la société et de recherche de la solitude double démarche qui échoue. Roger Ménanteau complète par cette phrase : L’important n’est pas d’être libre (illusion), mais d’être seul et de savoir l’être.

 

Dans le bulletin du Fleuve Noir n°28 d’avril 1967, il répond à la question Qui êtes-vous Roger Faller par ces réponses laconiques qui parfois dénotent un certain humour.

Nom : Faller.

Prénom : Roger.

Adresse : Puteaux.

Signe Zodiacal : Poissons.

Age : 47 ans.

Lieu de naissance : La Flotte-en-Ré.

Nombre de livres édités : 34.

Héros favori : Se méfie des héros.

Loisirs : Voyages.

Sports pratiqués : Ceux de son âge.

Défauts : Ne fait pas étalage de ses qualités.

Qualités : Ne fait pas étalage de ses défauts.

Ce qu’il aime : N’a pas d’idées préconçues.

Ce qu’il déteste : N’a pas d’idées préconçues.

Pays visités : Toute l’Europe jusqu’à l’Union Soviétique.

Projets : Avoir beaucoup de projets.

Artistes préférés pour incarner son héros (s’il y a lieu) : Les bons.

Devise favorite : Le franc suisse.

Son plus beau vers : Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage.

 

S’il a utilisé comme protagoniste des détectives privés, d’anciens flics, des quidams, il a aussi mis en scène des écrivains et des journalistes. Ainsi dans Quatre heures au poste, il utilise le personnage réel de Ralph Messac, (1924-1999) ancien journaliste à Europe N°1 puis avocat, dont le père Régis Messac écrivit un ouvrage qui fait encore aujourd’hui référence : Le « Detective Novel » et l'influence de la pensée scientifique en 1929.

Roger FALLER : un portrait.

Au Fleuve Noir

Collection Espionnage :

 

358 : Ondes de choc

396 : Double top

439 : Chèque en rouge

451 : Quai 5

483 : Contact!

499 : Alerte au sol...

540 : Exportation interdite

570 : Point d'orgue

602 : Muntplatz, 39

636 : Jeu nul

667 : Dossier Sini

702 : Retour paye...

753 : Pleins risques

820 : Passage protégé

912 : Ultime recours

933 : Cartes sous table

1034 : Sous-sol majeur

1052 : L'Arme du diable

1191 : De plein fouet

1212 : Post mortem

 

Collection Spécial Police :

 

362 : Dernière solution

379 : Plainte contre X

398 : Dolce vita

407 : Quatre heures au poste

452 : Témoignage

487 : Un Si léger sommeil...

526 : Intérêts composés

545 : La Vérité pour finir

580 : La Place du mort

610 : Complaisances

647 : Par comble d'infortune

693 : Le Pavé de l'ours

750 : Les Mauvais cas

765 : La Gueule du loup

806 : Incident de parcours

840 : Le Mauvais bain

865 : Le Passage du bac

896 : Comme mars en carême

1028 : Pourquoi, Nathalie?

1075 : Eternelle reconnaissance

1104 : La Chose jugée

1119 : La Main lourde

1185 : Le Vent du boulet

1256 : L'Ordre des choses

1267 : Les Pires conséquences

1281 : Le Ciel m'est témoin

1301 : La Triste figure

1338 : Le Bon droit

1352 : S'il n'en reste qu'une...

1364 : En fin de comptes

137 : Le Ringard

1419 : Le Marché en main

1433 : Un Signalé service

1445 : La Berlure

1453 : La Bonne parole

1472 : De prime abord

1510 : Le Peu qui reste...

1543 : Le Droit de suite

1559 : La Mort du pêcheur

1602 : Le Linge sale

1637 : Le Coup de pied de l'âne

1658 : Le Champ libre

1664 : Feux verts

1704 : Le Gout du pain

1726 : La Vie de palaces

1748 : Le Petit grain

1779 : La Démarche

1812 : La Dérive

1846 : L'Or en branches

 

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31 mai 2018 4 31 /05 /mai /2018 08:44

Une bande dessinée sans bulle mais qui pétille !

CHRISTOPHE : La famille Fenouillard.

Tout le monde connait La Famille Fenouillard, Le Sapeur Camenber, Le Savant Cosinus, mais qui a lu ces histoires illustrées, signées Christophe, parues en feuilletons à la fin du XIXe siècle ?

La Famille Fenouillard, qui à l’origine s’intitulait la famille Cornouillet, figure pour la première fois dans le Journal de la jeunesse, le 12 février 1889 puis dans Le Petit Français illustré. Elle est même considérée comme la première bande dessinée française, sans bulle mais avec le texte sous les vignettes.

Cette série était destinée aux jeunes, mais les adultes pourront se replonger, s’ils trouvent ce livre dans les différentes versions qui lui ont succédé, en se délectant des aventures et mésaventures pédagogiques et farfelues d’Agénor Fenouillard, bonnetier à Saint-Rémy-sur-Deule (Somme inférieure), de sa femme Léocadie, coincée aux entournures mais qui mène son mari par le bout du nez, et ses deux filles, niaises, Artémise et Cunégonde.

Un soir, madame Fenouillard décide de sortir du train-train quotidien et propose que dès le lendemain ils partent tous en voyage. A la gare, M. Fenouillard s’enquiert de l’heure de départ du premier train pour Bruxelles, ce qui nous amène à constater que l’amabilité des cheminots à cette époque n’était pas usurpée, comme l’on peut se rendre compte sur la vignette ci-dessous qui nous offre un aperçu du talent de dessinateur et de rédacteur de Christophe :

CHRISTOPHE : La famille Fenouillard.

Une attitude qui a bien évolué depuis, mais ce n’est qu’un aparté.

Nous suivons donc la Famille Fenouillard dans des pérégrinations mouvementées, aventureuses, périlleuses, burlesques, qui vont les mener à Paris, le Mont-Saint-Michel, au Havre. Dans la ville portuaire, désirant visiter un navire, ils se retrouveront malgré eux en Amérique et comme madame Fenouillard ne veut pas renouveler l’expérience maritime, ils traverseront le continent pour passer en Asie via le détroit de Béring, sur une plaque de glace, et subiront bien d’autres avanies avant de regagner leur foyer.

En cours de route ils feront la connaissance du docteur Guy Mauve, qu’ils retrouveront sur leur chemin à plusieurs reprises.

 

Jeux de mots, calembours, antiphrases, situations burlesques se suivent en un rythme effréné dans cet ouvrage à tendance plus ou moins pédagogique, mais véritablement écrit dans un but de distraire les lecteurs.

Cela pourrait sembler un peu désuet de nos jours, quelque peu suranné, tant la bande dessinée a évolué, tant au point de vue graphisme que rédactionnel, mais cela apporte un témoignage, une vision sur une époque, sur les mœurs et le comportement des différents protagonistes, sur les vêtements et les technologies.

L’étonnement de la Famille Fenouillard pourrait être comparé au nôtre dans certaines circonstances et leur approche d’un monde qu’elle découvre. Ainsi lorsqu’ils sont au Japon, ils sont interloqués, un peu par manque de culture, par la synthèse entre traditions et modernisme, un mélange culturel et une adaptation à un mode de vie qui allient le folklore, les coutumes et l’intégration à une époque moderne.

 

Le pseudonyme de Christophe n’a pas été choisi au hasard puisque de son véritable patronyme l’auteur s’appelait Georges Collomb !

CHRISTOPHE : La famille Fenouillard. Bibliothèque du Petit Français. Librairie Armand Colin. Parution 1927. 272 pages.

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30 mai 2018 3 30 /05 /mai /2018 08:07

Et on récolte quand ?

Isidore LELONZ : Demain, on s’aime.

Plus connu sous le pseudonyme de Cicéron Angledroit, avec son personnage homonyme de détective privé, Isidore Lelonz joue dans un autre genre, qu’il maîtrise fort bien, afin de différencier l’auteur double qui est lui, le Janus écrivain.

Isidore Lelonz s’est spécialisé dans la nouvelle érotique et les deux contes qui sont présentés dans ce recueil virtuel lorgnent du côté de la science-fiction et de l’anticipation.

La première au titre éponyme du recueil nous emmène sur une lointaine planète annexée. Orian-Jean est content, heureux et fier. Le CAD, Conseil des Affaires Démographiques vient d’accepter sa demande ayant satisfait à tous les tests biologiques génétiques et héréditaires subis. Les naissances sont réglementées et il va pouvoir procréer selon la méthode qui lui conviendra. Oh, il n’a guère le choix. La méthode dite « naturelle », qui selon certaines sources serait la plus agréable. Ou la méthode normalisée, via le système d’insémination, la moins longue et donc n’empiétant pas sur les temps de loisirs. Avec l’avantage de choisir le sexe de l’enfant à venir.

Seulement, il ne sait pas ce qu’est la méthode dite naturelle et il lui faudra tout apprendre et surtout découvrir ce qu’est une femme.

 

La seconde de ces nouvelles, intitulée Diagnostic fatal, nous transporte dans des temps futurs, sur une planète nommée Roberta, en un lieu défini comme le Night-Club. Cent femmes vivent sur cette planète, neuf cents hommes, un quota maximum de mille personnes, pas un de plus. Les hommes travaillent à l’extraction de Géraminium neutroné tandis que les femmes sont à des postes de dirigeantes. Le soir, quand une soirée est organisée, la moitié des hommes sont conviés et servent à distraire les femmes et satisfaire leur besoin sexuel. Il y a peu d’élu et la suite se déroule dans des Baise-Box et ils se livrent à des jeux qui étaient imposés aux femmes quelques siècles ou millénaires auparavant.

 

La vision d’Isidore Lelonz sur notre avenir et l’avenir de la femme n’est guère optimiste, malgré ce semblant de liberté évoqué dans Diagnostic fatal. Le côté érotique est effacé par ce côté pessimiste, un sentiment qui sous des dehors humoristiques plane également dans les romans signés Cicéron Angledroit. Et naturellement, on ne peut que juxtaposer ce nouveau Janus des Lettres à un autre romancier à double facette : Dard/San Antonio.

 

Isidore LELONZ : Demain, on s’aime. Deux nouvelles érotiques. Collection Cullissime. Editions Ska. Parution le 3 avril 2018. 23 pages. 1,99€.

ISBN : 9791023406948

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29 mai 2018 2 29 /05 /mai /2018 07:49

Une affaire pas très Claire !

Patrick TUDORET : Printemps acide.

A quarante six ans et quelques broquilles, le commissaire divisionnaire Le Stang Roch, responsable du DIPJ de Bordeaux, peut s’estimer satisfait de sa carrière dans les forces de l’ordre. Côté marital, c’est un peu moins bien car il est divorcé, mais on ne réussit pas tout dans la vie.

Aussi la nomination comme contrôleur général, signification émanant des instances supérieures sans passer par la voie hiérarchique, le gêne aux entournures. Il ressent cette promotion comme une mise au placard.

Une même impression ressentie par son ancien patron Keller, lorsqu’il lui fait part de cette décision. Roch est monté à Paris afin de lui en parler et il prend une chambre à l’hôtel, dans le quartier de Montparnasse-Bienvenüe. Et dans le métro, alors que sa rame est à l’arrêt, il remarque dans le wagon qui lui fait face une femme aux yeux cernés, pas par la police, qui écrit sur la vitre son prénom et SOS.

Cette femme lui dit vaguement quelque chose, comme un souvenir enfoui dans les limbes de sa mémoire. C’est le soir, alors qu’il cherche à s’endormir, qu’il se remémore un épisode amoureux qui s’est déroulé vingt ans environ auparavant.

Claire ! C’est Claire, qu’il a fréquenté durant quelques semaines et qu’il avait perdu de vue lorsqu’il avait été muté en province. Il n’avait pas répondu à ses lettres, et la vie avait fait qu’il s’était marié avec Marie et depuis divorcé.

Son séjour va être mouvementé, riche, si l’on peut dire, en événements troublants, car outre cette nomination surprise qu’il n’accepte pas de bon cœur, son passé ressurgit apportant son lot de stupéfactions.

Cinq jours dans la vie d’un homme, c’est court, et c’est long. Cela dépend de ce qu’il se passe, et Le Stang les trouvera très longs ces jours qui défilent pourtant à toute vitesse, ponctués d’incidents en tous genres, dont une tentative de meurtre par balle à laquelle il échappera. Et les questions fusent encore plus. Surtout lorsqu’une affaire bordelaise dont il s’est occupé quelques mois auparavant ressurgit inopinément, établissant un lien ténu avec ce qu’il lui arrive. Mais par quel bout prendre ce lien.

Comme c’est un membre bien placé dans la Grande maison, et qu’il sera secondé activement par des collègues, aussi bien à Bordeaux qu’à Paris, il peut fouiner dans les archives, établir des écoutes téléphoniques, accéder à certains dossiers, tous privilèges dont ne bénéficie pas le commun des mortels.

 

Breton pure souche, Roch Le Stang s’érige comme un roc, un menhir, ne laissant que peu de place aux émotions. Pourtant au cours de ces cinq journées, il passera par de nombreux sentiments qui l’amèneront à réfléchir et à étaler des troubles qui lui étaient inconnus, ou enfouis au plus profond de lui-même.

Patrick Tudoret décrit avec réalisme les tenants et aboutissants de la maison Poulaga comme aimait à décrire San-Antonio la fonction policière, mais en haut de l’échelle. Et comme il ne peut y avoir une histoire sans méchants, sans flic pourri, il en met un en scène, mais ce n’est pas le principal. Tout tourne autour du ministère de l’Intérieur et des différents organismes qui régissent le système policier.

Et comme apparemment il connait bien la boutique de l’intérieur, il ne peut s’empêcher de dénigrer les séries et fictions policières françaises, les jugeant peu réalistes, voire peu crédibles. Là-dessus, je n’émettrai aucun jugement, n’étant pas téléphage. Mais les séries américaines sont-elles tout autant crédibles ? Il faut du sensationnel pour attirer le téléspectateur, et moi, je n’adhère pas du tout. Je préfère les bons vieux flics à la Maigret, c’est plus reposant, mais ceci n’est qu’une question de sensibilité. Et l’on sait que ce qui est peu crédible approche souvent de la réalité que l’on ne veut pas voir ou nous montrer.

Patrick TUDORET : Printemps acide. Collection Marge Noire. Editions De Borée. Parution le 19 avril 2018.

ISBN : 978-2812923470

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28 mai 2018 1 28 /05 /mai /2018 09:23

Fallait pas le dire à tout le monde !

Barbara ABEL : Je t’aime.

Un joint est un élément installé entre deux dispositifs, pour assurer une fonction d’étanchéité ou une liaison. C’est la définition donnée par les dictionnaires. Mais un joint peu provoquer également un éclatement et tout ce qui est proche est éclaboussé.

C’est ainsi que Maude découvre Alice, sa belle-fille, en train de fumer un joint dans sa chambre. Un moment d’énervement s’ensuit, compréhensible, car Maude se sent responsable auprès de Simon de l’éducation de cette adolescente un peu difficile mais qui la supplie de ne pas dévoiler cette incartade. Et Maude qui pense qu’un geste de mansuétude pourrait les rapprocher promet de ne pas en parler à Simon, son mari et père d’Alice. Une famille recomposée qui à cause d’une promesse arrachée et non tenue va se décomposer et en décomposer d’autres.

Six mois plus tard, Bruno et Alice sont mollement allongés sur le lit du garçon et s’envoient en l’air grâce à des fumettes non autorisées. La mère de Bruno entre sans crier gare, puis elle crie en découvrant le tableau. Ils sont obligés de s’habiller en hâte et Bruno raccompagne sa copine chez elle. Ils ont l’esprit embrumé et Bruno en cherchant un objet qui a glissé sous son siège perd le contrôle de son véhicule alors qu’il rentre après avoir déposé Alice.

La voiture s’encastre dans un car scolaire, et un gamin de sept ans est victime de cette rencontre inopinée. De même que Bruno. Si Bruno l’a bien cherché, le gamin lui n’avait pas demandé à rentrer chez lui par le car. Mais ses parents, pris par leurs occupations professionnelles, n’avaient pu le récupérer à la sortie des classes.

Une collision qui entraîne inévitablement des dommages collatéraux. La mère de Bruno notamment, qui vit seule et est greffière auprès d’un juge d’instruction, accuse Alice d’avoir incité son fils à consommer du cannabis. Et elle cherche à s’allier avec la mère de Thibaut, le gamin de sept ans décédé accidentellement.

Quant à Alice, n’étant pas au courant de l’accident se désole. Elle n’a aucune nouvelle de son amant et elle apprendra son décès par les réseaux sociaux, ce qui n’est pas le meilleur vecteur pour véhiculer les informations, surtout lorsqu’elles sont douloureuses.

 

Barbara Abel creuse le mental de ses personnages comme on extirperait la chair d’un crabe à l’aide d’un pique à deux doigts. Elle gratte, elle racle la moindre particule jusqu’à attaquer la coque. Elle dissèque, elle autopsie, elle s’intéresse aux antécédents, explore les à-côtés, elle remonte le temps, elle fouine dans les familles, décrit la lente mais implacable décomposition d’une cellule familiale.

Avec sensibilité Barbara Abel expose qu’entre l’amour, le grand amour, celui que l’on croit inexpugnable, indéfectible, imputrescible, et la haine consécutive à une perturbation des sentiments, à des mensonges, à de fausses appréciations, à des idées ancrées, forgées, mais erronées, la frontière érigée est mince, aussi mince qu’une feuille de papier à cigarette, ou à joint.

Barbara Abel poursuit son exploration de la famille dans la tourmente à cause de petits faits qui peu à peu grossissent, gangrènent, se transforment en cancer, explosent. Une continuité de sa vision de la famille en déliquescence comme dans Derrière la haine et Après la fin.

On pourra regretter certaines longueurs, comme ces plats trop caloriques dont on sait qu’ils sont bourratifs mais dont on reprend une part car c’est trop bon.

 

Lorsqu'une mère berce son enfant, elle imagine déjà l'homme qu'il sera plus tard. Une fois adulte, elle ne voit plus en lui que le bébé qu'elle berçait autrefois.

Barbara ABEL : Je t’aime. Editions Belfond. Parution le 3 mai 2018. 464 pages. 19,50€.

ISBN : 978-2714476333

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27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 06:50

Voici pour cent francs du thym de la garrigue

Un peu de safran et un kilo de figues

Voulez-vous, pas vrai, un beau plateau de pêches

Ou bien d'abricots ?

Louis PIERRISNARD : La bastide des ombres.

Dans ce coin du Var, le département précisé-je puisque le fleuve côtier homonyme ne le traverse pas, près de Belgentier sur les hauteurs de la vallée du Gapeau, s’érige une bastide dans laquelle arrive un beau jour le narrateur.

Cela fait bien des années qu’il ne s’est pas rendu dans ce lieu qui transpire le calme, la sérénité. Il venait autrefois avec ses parents et ils étaient logés dans le bastidon, petite construction à l’écart de la bastide. La mère était apparentée aux actuels propriétaires, une famille composée d’Alrieu, le grand-père, d’Anaïs, une vieille femme, et de quatre autres personnes, Simon, Médard, Jeannette et Yvette.

Il est accueilli comme un ami de la famille, mais vu son statut d’adulte et d’ouvrier de la ville, et en référence à son père défunt, le Papé le vouvoie. Et il aura le privilège de manger à la même grande table et dormir dans une chambre à l’étage. La cuisine est bonne, les effluves l’indiquent avant même de tremper sa cuiller dans la soupe.

Mais au cours de la nuit des événements étranges se produisent. Les lumières s’allument toutes seules et une longue plainte, comme un cri prolongé, retentit en provenance de nulle part et de partout. Il a bien entendu une réflexion émanant de Jeannette, à moins que ce soit d’une autre habitante, qui parlait de la lumière, mais sans plus. Au petit matin lorsqu’il fait part de son étonnement, le Papé détourne la conversation en lui demandant s’il a entendu le vent souffler. Les yeux du Papé pétillent de malice.

Foin de ces événements, la journée est belle, et notre narrateur vacancier se promène dans la campagne, admirant la flore, respirant ces senteurs inconnues de la ville, et regardant le Papé faucher à l’ancienne la luzerne. Un environnement bucolique qui incite à déguster la provende de la bastide.

Deux ouvriers de l’EDF, oui, à cette époque on savait quelle était la signification des sigles attribués aux entreprises d’état, deux ouvriers donc viennent pour changer un poteau électrique. Ils doivent remplacer le vieux mât en bois accolé au mur par une érection métallique qui ôte tout charme à la façade de la bastide.

Et justement le charme est rompu lorsque les deux électriciens d’état mettent au jour un squelette. Alors que les deux hommes préviennent la gendarmerie, le Papé et le narrateur font une autre découverte stupéfiante et pourtant ils n’ont pas fumé d’herbe. Une chevalière accrochée à un doigt et un oignon, enfin une montre pour ceux qui n’ont pas connu cet objet. Deux reliques qui sont aussitôt associées à un nom par le Papé.

Pour un mystère, c’en est un, et un gros qui plus est. Notre vacancier va se trouver au cœur d’une enquête menée par le patriarche, et la vieille Anaïs voit se réveiller de vieux fantômes.

 

Naturellement, en cours de lecture, le liseur ne peut s’empêcher de penser à de grands noms de la littérature provençale. Jean Giono, Marcel Pagnol, Alphonse Daudet, et il souffle comme un air de Mistral, le poète pas le vent. Si, le vent aussi. Pour le décor, les senteurs, les bruissements, les personnages, le parler, tout un ensemble qui fait croire que… et pourtant Louis Pierrisnard possède son univers particuliers, sa façon de décrire, sa faconde même, son onirisme, sa poésie, son sens du détail et de la mise en scène, mais également celui du non-dit.

Les mystères s’enchaînent, se suivent et ne se ressemblent pas, se laissent dévoiler comme des poupées russes qui s’emboîtent ou se déboîtent à volonté. Un roman fantasque limite fantastique qui est une ode à la nature, à la Provence et à ses habitants, humains, flore et faune.

 

Vous savez bien, ces étagères de la mémoire où chacun va chercher ce qu’il veut, pour en faire ce qu’il voudra, le gardant intact ou le déformant à loisir grâce à l’outil du temps qui, plus qu’un marteau, une lime ou une pince, peut détruire des merveilles et valoriser des vieilleries !

Louis PIERRISNARD : La bastide des ombres. Collection Terre d’Histoires. Editions City. Parution le 29 novembre 2017. 224 pages. 17,50€.

ISBN : 978-2824611105

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26 mai 2018 6 26 /05 /mai /2018 10:04

Sous les galets, la rage…

Max OBIONE : Ankylose.

Au Havre, pour accéder à la mer, il faut marcher sur les galets, et à moins de posséder des sandalettes, ce qui n’est guère esthétique, Guy préfère rester allonger sur le ventre devant la cabine de plage louée par sa mère, sur le petit bout de terrasse aussi grand que deux serviettes de bain. Ce qui n’est guère confortable non plus, surtout lorsque la copine de sa mère se pose sur son bras et ne semble pas s’en apercevoir.

Josiane, la copine est une délurée, et la mère de Guy est parfois offusquée par ses propos. Entre copines, peut-on tout se dire ? Pas sûr. N’empêche que Guy, quatorze ans, ne perd pas une miette de la conversation, car si son bras est ankylosé, ses oreilles ne le sont pas.

Josiane travaille à la RTF, souvenez-vous l’ancienne ORTF des journées de grève de 1968. Mais là on est au début des années 1960. Les Platters chantent Only you, et Josiane sort avec Jean-Claude Pascal, chanteur célèbre qui susurre dans le poste Nous les amoureux. Enfin, c’est ce qu’elle affirme.

Il fait beau, il fait chaud, et une petite baignade serait la bienvenue pour Josiane qui entraîne Guy dans son sillage. Les vagues sont coquines sur la plage du Havre, elles s’amusent, et la belle Josiane est quelque peu bousculée. Juste un peu. C’est surtout son maillot une pièce qui en subit les conséquences. Le lacet se défait et apparaissent aux yeux extasiés de Guy deux seins qui profitent de la liberté qui leur est accordée. Et Josiane sait jouer des mains aussi.

 

A quatorze ans Guy commence à ressentir comme une barre, placée non pas dans l’estomac, mais un peu plus bas. Il lit, relit, apprend presque par cœur Le Rouge et le Noir de Stendahl. Un bouquin qui ne le quitte pas. Mais il aime aussi compulser Cinémonde, ce magazine qui montre de jeunes, ou moins jeunes, artistes, vedettes de cinéma. Ah Esther Williams en maillot de bain. On se calme.

Mais Guy, quatorze ans je rappelle, n’est pas du genre à se laisser moquer de lui. Et ce qu’il avait pensé être une invitation reste lettre morte.

Avec sensibilité Max Obione nous décrit une époque que seuls les plus de cinquante ans ont pu connaître et les désirs montants, si si j’ai bien écrit montants, d’un adolescent qui se fait des idées.

Alors, Le Rouge et le Noir, c’est bien, mais il y a aussi dans cette nouvelle un petit air de Le Blé en herbe de la scandaleuse, ou considérée comme telle, Colette. Un peu trop en avance pour son époque. De même que Sodome et Gomorrhe de l’ami Proust, mais nous entrons dans d’autres relations. Qui n’auraient sûrement pas été du goût de la mère de Guy Thérèse, qui rit quand… refrain connu.

Cette nouvelle a fait partie du recueil Balistique du désir, publié chez Krakoen en 2007.

 

Max OBIONE : Ankylose. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution 30 octobre 2015. 18 pages. 1,49€.

ISBN : 9791023402063

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25 mai 2018 5 25 /05 /mai /2018 08:09

Attention dessous !!!

Elton G. RANNE : Chute libre.

Une jeune femme éplorée, du nom de Missy, requiert les services d’Ange Gabriel, un détective, pour retrouver son mari. Elle a déjà fait les démarches nécessaires auprès de la police, mais en vain. Mike le fugueur s’est illustré quelques années auparavant dans le domaine de la boxe, avec à son actif un parcours fort honorable.

Comme une enquête n’arrive jamais seule, le lieutenant Pete O’Maley, ami de Gabriel, lui demande de s’intéresser à une autre affaire. Neil Collins, alors qu’ils étaient étudiants, l’avait pris comme tête de Turc, lui fauchant sa petite amie. Depuis, Collins ne s’est pas arrangé, devenant un sous-fifre de la mafia tandis qu’O’Maley a suivi les traces de son père en devenant policier.

Après quelques frasques à New-York, Collins est actuellement en tôle, inculpé dans une affaire de meurtre et condamné à mort. Son passage sur la chaise électrique est imminent. O’Maley demande à Gabriel de reprendre l’enquête depuis le début.

 

Heureux mariage entre anticipation "angélique" et roman noir, ce livre se veut sans prétention et tient plus que ses promesses. Deux enquêtes menées tambour battant, une histoire en incrustation sans compter les démêlés amoureux de Gabriel l'ange et Cruelle la démone tel est le sommaire de ce roman véritable plaisir de lecture bon enfant.

Dans un style rapide, enlevé, humoristique, nos deux auteurs jouent avec subtilité avec les arcanes du polar et de la science fiction et confrontent habilement l’antagonisme Bien/Mal mais sans barrières rigides.

Ils dénoncent non seulement la peine de mort mais surtout le voyeurisme du public qui se délecte à ce spectacle morbide. Des réflexions sociologiques empreintes de bon sens et humanistes. Ce qui n'empêche pas une grosse dose d'humour.

Le personnage de Gabriel, tenaillé par son passé d’archange, avec ses doutes envers les choix d’un Dieu qu’il ose critiquer, est plus que sympathique. Ses amours interdites avec Cruelle, la démone, leurs rendez-vous en fraude, défiant le temps et leurs maîtres respectifs, ajoutent un petit piment qui n’apporte rien à l’histoire, pouvant faire croire à un bouche-trou, mais fait de cet archange quelqu’un de profondément humain.

 

Le personnage d’Ange Gabriel a été créé par Franck Morrisset dans Ange et la mort et ce n’est pas le seul échange qui a été opéré entre les auteurs. Quant à Elton G. Ranne, c’est le pseudonyme d’Anne et Gérard Guéro qui signent également romans, BD et jeux de rôles sous l’alias de… Ange !

 

Elton G. RANNE : Chute libre. Collection SF Polar N°20. Editions Fleuve Noir. Parution octobre 1997. 224 pages.

ISBN : 2-265-06319-3

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24 mai 2018 4 24 /05 /mai /2018 14:10

Mais l’Ange est immortel…

Franck MORRISSET : L'Ange et la Mort.

En l'an de grâce 2044, le 4 mars pour être précis, A. Gabriel, détective amateur, est contacté par son ami le flic O'Malley qui lui demande de participer à un coup de main contre des importateurs de Z33, une drogue particulièrement nocive.

Le même jour, un inconnu le joint par son système de visiophone et le met au défi. Il avoue avoir trucidé une dizaine de prostituées, allégation confirmée par O'Malley peu après. Gabriel n'est pas un détective privé ordinaire. Il ne court pas les enquêtes pour l'argent. C'est un esthète qui préférerait regarder les lumières de San Francisco, assis sur le toit de son immeuble. Seulement les démêlés de sa conscience, sa vision de la justice et de la morale judéo-chrétienne investie par un maître dont il a contesté les faiblesses, les actes, les renoncements, le libre arbitre, l'obligent à se pencher sur les avatars de ses concitoyens.

 

Franck Morrisset, dont on avait lu avec un certain plaisir le précédent roman, Alice qui dormait, confirme ses dispositions pour intégrer Polar et SF, dans cette histoire de tueur en série, fort bien documentée, et les affres de la conscience d'un personnage atypique. Il utilise les ingrédients du roman noir, urbanité pourrie, drogue, etc. pour y faire évoluer un détective qui sans être manichéen n'en joue pas moins avec le feu du Bien et du Mal.

 Un ouvrage découpé en cinq livres qui reprennent en exergue le poème de Baudelaire : Réversibilité. Humour et psychologie sont au rendez-vous dans ce roman dont la transposition SF ne sert qu'à mieux mettre en scène une histoire quasi classique de privé.

Franck MORRISSET : L'Ange et la Mort. Collection Anticipation Polar SF N°1996. Editions Fleuve Noir. Parution novembre 1996. 224 pages.

ISBN : 2-265-05712-6

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23 mai 2018 3 23 /05 /mai /2018 07:53

L’un des rares métiers dans lequel le chômage n’existe pas est bien celui de croque-mort.

Stanislas PETROSKY : Un Havre de paix.

Mais Luc Mandoline est un ordonnateur des pompes funèbres particulier puisqu’il est thanatopracteur et de plus il effectue des remplacements de confrères, ceux-ci ne pouvant assurer leur tâche pour diverses raisons.

Actuellement il se trouve au Havre et il s’en trouve fort à l’aise, même s’il s’ennuie un peu à cause d’une pluie et d’une grisaille persistantes mais une promenade à Etretat en compagnie de son amie Elisa, voir les épisodes précédents, le tire de sa routine. Routine bientôt bousculée car un appel téléphonique le mande d’urgence au centre pénitentiaire de la Porte océane. Un taulard s’est suicidé à l’aide d’un vêtement dans son lit et il doit assister à l’autopsie le lendemain. Puis il faudra le préparer afin de le rendre présentable.

Mais ce prisonnier n’était pas là par hasard lui apprend son ami le commissaire Max Claneboo. William Petit était infiltré afin de pouvoir surveiller un détenu, copiner avec afin de mieux le faire plonger pour trafic à sa sortie proche. L’individu en question traîne derrière lui de nombreuses casseroles, mais jamais de faits probants pour l’inculper de façon définitive. Tout juste pour de petits méfaits, alors qu’il est soupçonné de trafic de drogue, de prostitution, de pédopornographie et autres vilainetés hautement répréhensibles. Seulement ce détenu du nom de Hamed Balkhar, dit le Turc, était à l’infirmerie afin de soigner un gros malaise et donc il ne pouvait être, à moins d’avoir le don d’ubiquité, à deux endroits en même temps.

Heureusement il existe toujours des délateurs dans ce genre d’endroits (dans d’autres aussi d’ailleurs !) et parfois ceux-ci apportent un début de piste pour résoudre une enquête qui tournicote en rond. Ainsi un taulard, surnommé le Chimiste, affirme que l’un des matons ne se gêne pas pour introduire des produits de première nécessité pour les détenus mais qui ne sont pas répertoriés dans la liste officielle.

Assisté, oui Luc Mandoline est parfois un assisté, assisté disais-je de son ami Sullivan, un ancien de la Légion comme lui, Luc fouille et ne tarde pas à mettre le nez où il ne faut pas. Il a reconnu en s’occupant de William Petit une odeur de cyanure, une fragrance qui n’aurait pas dû parfumer le défunt. Alors, à la sortie du Turc, il le suit jusqu’à une boîte de nuit lui appartenant, mais il va bientôt être confronté au videur et à des hommes de main particulièrement vindicatifs.

 

Un petit air des années cinquante flotte sur ce roman, avec toutefois une grosse différence. Les personnages avaient plus de retenue dans leurs expressions, dialogues, altercations à cette époque. Tout du moins dans les romans, car la censure passait par là.

Au début, il existe un petit, non pas le mort, un petit air de meurtre en geôle close mais rapidement Luc, pugnace comme à son habitude arrivera à résoudre le comment. Seulement si le pourquoi est presqu’évident, le qui demeure une inconnue. D’autant de Max Claneboo avait pris seul cette initiative et qu’il doit marcher sur des œufs.

Une intrigue serrée, humoristique parfois, pleine de bruit et de fureur souvent, avec un brin d’humanisme, et une note de pudeur. Un Embaumeur qui se lit avec plaisir.

Ne pas se fier au nombre de pages, car la typographie est extrêmement réduite, semblable à des chiures de mouche disposées en file indienne sur les pages. Mais avec de bonnes lunettes ou une loupe, ça le fait.

 

Stanislas PETROSKY : Un Havre de paix. Collection L’Embaumeur. Editions French Pulp. Parution le 16 mai 2018. 160 pages. 8,50€.

ISBN : 979-1025103302

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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