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4 juillet 2020 6 04 /07 /juillet /2020 03:05

A la mi-Août
On se sent plus dynamique
A la mi-Août
On s'amuse comme des fous…

Ray Ventura

Max OBIONE : Le pont.

Il fait chaud, il fait beau, c’est la canicule. Le narrateur n’est pas serein, d’abord parce que son serin bat de l’aile, ensuite parce qu’il lui faut garder sa mère. C’est moins pénible que garder un gosse turbulent mais quand même.

Sa sœur Mireille lui a confié la gestion de leur génitrice et des appareillages auxquels elle est attachée. Pas de risque qu’elle s’envole la mère. Pas plus que le serin d’ailleurs qui bat de plus en plus de l’aile.

Pour s’occuper, notre narrateur (en fait il n’appartient à personne, c’est une façon de s’exprimer) démonte puis remonte son outil de travail. Il en a soin de son Glock, il ne faut pas qu’il lui fasse défaut à un moment inopportun, ce qui pourrait lui être fatal. Et un revolver, c’est comme un portefeuille, ça ne se prête pas, c’est bien connu. Donc les révisions, l’entretien, c’est pour sa pomme.

Il fait toujours aussi chaud, le serin en a eu marre et il est couché dans sa cage. Dans l’autre pièce, celle où repose sa mère (j’allais écrire gît, mais ce n’est pas encore l’heure) le bip résonne. C’est bien la première fois depuis longtemps que sa mère le réclame. D’ailleurs l’a-t-elle aimé un jour, eu besoin de lui ? Bonne question, mais ce n’est pas l’heure de se la poser et encore moins d’y chercher une réponse.

Il faudrait qu’il appelle l’hôpital, mais en cette période de canicule, un quinze août qui plus est, pas sûr de trouver un palliatif. Débordés comme d’habitude.

 

Sous des dehors bourrus, comme une personne qui cache se pudeur et sa sensibilité en bougonnant, Max Obione nous livre une historiette émouvante et poignante.

Une mère malade et un fils indigne. Des retrouvailles après des années de conflits. Faut avouer qu’il l’avait bien cherché aussi Michel (oui, on apprend que notre narrateur se prénomme Michel au fil du récit) en se laissant enfermé pour cause d’indélicatesse avec la loi et la vie d’autrui.

Mais une petite visite, cela lui aurait fait plaisir, de temps à autre. Et aujourd’hui le voici transformé en garde-malade, en veilleur d’agonisante, en intérimaire de surveillant de moribond.

Michel oscille, et pourtant il n’a pas bu d’alcool, mais il sent monter en lui comme un sentiment qu’il n’avait jamais, ou si peu, ressenti. Et il balance, sachant très bien qu’il ne peut pas la soulager.

Le lecteur est au cœur d’un drame familial, temporisé par cette espèce d’humour noir qui est la caractéristique des auteurs sensibles, humains.

Max OBIONE : Le pont. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution 25 mai 2020. 11 pages. 1,99€.

ISBN : 9791023408157

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2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 03:56

C’est quoi la couleur du deuil, déjà ?

Maurice PERISSET : Le ciel s’est habillé de deuil.

A la suite d’une petite annonce, Fabien Duparc, aux ambitions littéraires incontestables mais pas encore exploitées, Fabien Duparc est engagé comme secrétaire par Gabriel Génébuzin.

Depuis une dizaine d’années, Génébuzin vit dans une grande villa provençale, retranché du monde. A la mort de sa femme, il a abandonné les fastes et réunions littéraires de la Capitale. Cependant les rééditions de ses œuvres ont toujours autant de succès.

Fabien est chargé de mettre de l’ordre dans ses papiers, de les classer et d’aménager au propre ses souvenirs, ses mémoires. Mais Fabien ne s’est pas présenté par hasard chez le célèbre romancier à la retraite. Cette annonce était une opportunité qu’il a su exploiter. Le jeune homme fouille, cherche, en quête d’une vérité sur ses antécédents et ceux de l’écrivain.

Outre Agathe, la gouvernante, et Félix, le chauffeur, un autre personnage, Cyril, le neveu du grand homme, vit dans cette maison isolée. Soi-disant en vacances. Mais qui est également à la recherche d’une vérité sur son passé.

De petits faits tangibles rompent la monotonie du temps qui s’écoule. Le sac de Fabien est fouillé ; en pleine nuit un individu farfouille dans sa chambre ; Génébuzin disparaît mystérieusement pendant quelques jours ; ses livres sont abondamment annotés et les papiers que Fabien trie ne semblent pas tous écrits de la même main. En brûlant des archives dans la cheminée, Génébuzin manque mettre le feu à la villa.

 

Dans ce suspense habilement agencé, Maurice Périsset griffe au passage certaines pratiques éditoriales et exploite une affaire qui alimenta quelques années auparavant les coulisses littéraires.

Une affaire qui mit aux prises une brave dame de province et un intellectuel célèbre. Uns histoire qui connut un certain retentissement mais ce n’est pas un cas isolé.

Cependant, à la lecture de ce roman, j’ai ressenti comme un décalage entre le début et la fin. D’ailleurs si l’on s’en réfère à certains événements décrits dans ce roman, l’action devrait se situer en 1973/1974. De là à supposer que Maurice Périsset avait commencé à rédiger ce roman à cette époque, et que, pour une raison ou une autre, il l’a remisé dans un tiroir et l’a complété ultérieurement, il n’y a qu’un pas.

A moins qu’il s’agisse d’une réédition mais rien dans mes recherches bibliographiques ne corrobore ces suppositions.

Une fois de plus j’ai été envoûté par l’écriture sobre et émotionnelle de Maurice Périsset. Un univers intimiste qui se déroule quasiment en lieu clos, dénué de scènes de violence et d’érotisme, tant pis pour les mateurs amateurs.

Ce qui prouve qu’un véritable écrivain, qu’un auteur comme Maurice Périsset peut accrocher le lecteur, le tenir en haleine sans utiliser d’artifices, de subterfuges.

Maurice PERISSET : Le ciel s’est habillé de deuil. Collection Suspense. Editions Hermé. Parution 1er avril 1991. 270 pages.

ISBN : 978-2866651398

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1 juillet 2020 3 01 /07 /juillet /2020 04:17

En se promettant d'aller des millions,
Des milliards de fois, et mêm' davantage,
Ensemble à la chasse aux papillons…

Georges Brassens

Enid BLYTON : Le club des 5 et les papillons

Vive les vacances ! Même si ce ne sont que celles de la Pentecôte, qu’il n’y aura que cinq jours à consacrer aux balades et aux découvertes, c’est toujours bon à prendre.

Et les Cinq, c’est-à-dire Claude, et son chien Dagobert qui est de toutes les entreprises, et ses cousins Annie, Mick et François, repèrent attentivement sur une carte l’emplacement prévu pour installer leurs tentes. Car l’un des camarades de lycée de François leur a proposé de passer quelques jours non loin de chez lui, au Mont-Perdu. Il existe en effet une vieille ferme aménagée en élevage de papillons.

Et pendant ce temps, le père de Claude, qui n’aime pas être dérangé, pourra travailler en toute quiétude dans son bureau, à l’abri du bruit. Le Mont-Perdu n’est pas loin, juste quelques dizaines de kilomètres à parcourir à vélo. Mais auparavant il faut penser au ravitaillement, à emmener quelques bricoles indispensables comme des chandelles, des allumettes, des gâteaux secs et des bonbons, le transistor pour écouter les nouvelles, le pique-nique en cours de route, car il ne faut jamais se laisser abattre. Pour le reste ils le trouveront sur place, car les parents de Philippe, le copain de François, sont agriculteurs et ils pourront les dépanner en pain, fraises, légumes et autres ingrédients nécessaires à la survie alimentaire.

Arrivés sur place, ils sont accueillis par un porcelet rose, tout mignon, qui répond au doux nom de Dudule, suivi par un petit garçon de cinq ans, Jeannot qui n’est autre que le frère de Philippe. Les Cinq sont accueillis à bras ouverts par les parents de Philippe, Philippe lui-même et son chien Clairon qui ne tarde pas à manifester un intérêt amical envers Dagobert. Il ne leur reste plus qu’à découvrir l’endroit sur le Mont-Perdu où ils pourront planter leurs tentes.

En se promenant, ils se rendent à la ferme où sont hébergés les deux éleveurs de papillons. Mais ils sont reçus par une femme acariâtre qui vitupère sur son fils absent. La bâtisse est délabrée, seules les serres aux lépidoptères implantées à côté semblent neuves. Et ils rencontrent l’un des amateurs éclairés passionnés de papillons rares muni d’un filet, pas garni. Mais d’autres personnages plus inquiétants gravitent autour de cette ferme, se prétendant amateurs de papillons mais n’ayant pas l’air de s’y connaitre vraiment.

Mais de là où ils sont les Cinq ont également vue sur un terrain d’aviation particulier car il s’agit d’un établissement destiné à l’essai de nouveaux modèles. Justement le cousin de Philippe est pilote attaché à ce terrain et il leur fournit de plus amples renseignements.

Or, une nuit, les Cinq entendent des avions dans le ciel. Le lendemain ils apprennent par la radio, en écoutant par hasard les infos, que deux avions ont été volés dans la nuit, et que deux pilotes de la base sont manquants, dont le cousin de Philippe. Les journalistes n’hésitent pas à additionner deux plus deux, d’autant que les absents ont toujours tort. Et les appareils d’un nouveau modèle se seraient abîmés en mer.

La tension est à son comble lorsque Jeannot ne donne plus signe de vie ainsi que son porcelet Dudule.

 

Les Cinq se retrouvent au cœur d’un mystère et comme d’habitude ils se sentent presque obligés de le résoudre. Ne serait-ce que pour aider leur ami Philippe et sa famille.

Le hasard les sert comme souvent mais n’est-ce point le lot des enquêteurs en général ?

Une gentille histoire bucolique à lire en toute sérénité mais il m’a semblé que les personnages des Cinq sont un peu plus falots que lorsque Claude Voilier s’en est emparés pour leur inventer de nouvelles aventures, Enid Blyton les ayant abandonnés pour cause de décès.

Pourtant ce n’est pas l’intrépidité qui leur manque, ni le petit côté humoristique de certaines situations comme celles dans lesquelles évolue Dudule.

La question du jour est posée par François :

Pourquoi sommes-nous toujours mêlés à quelque étrange aventure ?

Enid BLYTON : Le club des 5 et les papillons (Five go to the Billycock Hill – 1955. Traduction de Mme Duchêne). Illustrations de Jeanne Hives. Collection Bibliothèque Rose. Editions Hachette. Première publication 1962. Réédition 10 mai 1978. 190 pages.

ISBN : 2010007344

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30 juin 2020 2 30 /06 /juin /2020 04:31

Satan m’habite ?

Sheridan LE FANU : Le baron hanté

Supposons que nous ne sommes que tous les deux, vous le lecteur, et moi le scripteur. Fermez les yeux.

Imaginez un petit village, entouré de bois et de montagnes. Dans ce village, une auberge accueillante. Dans la cheminée crépite un feu de bois guilleret. Trois ou quatre personnes devisent calmement.

Il paraîtrait que Sir Bale Mardyke reviendrait au pays, après de longues années d’absence.

Sur le lac plane une étrange légende : celle de la femme noyée. Mais au fait, la femme noyée, n’était-elle pas de la même famille que Philipp Feltram, secrétaire de Sir Bale ? Et ne serait-ce point un ancêtre de Sir Bale qui serait à l’origine de la noyade de la jeune femme ? Une rumeur, une légende.

Et le lac, omniprésent dans toutes les conversations. Et le lac immuable, aux profondeurs insondables. Certains auraient même vu une main sortir des ondes et happer le voyageur imprudent.

Racontars que tout ça. N’empêche que Philipp Feltram, ce compagnon triste et réservé de Sir Bale, s’est aventuré sur le lac et qu’il est mort noyé. Le docteur constate même la rigidité cadavérique.

Un lac, ce n’est jamais qu’un miroir, un reflet. Où est l’original, où est le reflet.

 

Shéridan Le Fanu est surtout connu en France grâce à Carmilla, son œuvre le plus souvent citée. D’autres livres ont pourtant traversé le Channel, comme Le fantôme de Madame Crowl, un recueil de nouvelles. Ou encore L’Oncle Silas.

Des romans ou nouvelles dans lesquels l’angoisse côtoie la terreur feutrée. A conseiller à tous ceux pour qui angoisse n’exclut pas poésie, à tous ceux qui aiment frissonner, mais qui n’apprécient pas forcément l’étalage sanguinolent de mauvais goût.

Autre édition : Le Hobereau maudit. Traduction de Jean-Louis Degaudenzi. Editions NEO. Parution novembre 1987.

Autre édition : Le Hobereau maudit. Traduction de Jean-Louis Degaudenzi. Editions NEO. Parution novembre 1987.

Sheridan LE FANU : Le baron hanté (The Haunted Baronet – 1870. Traduction de Alain Le Berre) Collection Terre étrangère. Editions Hatier. Parution septembre 1990. 248 pages.

ISBN : 2-218-02764-X

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29 juin 2020 1 29 /06 /juin /2020 04:10

Le grand feuilleton : épisode 4.

Jean de La HIRE : Le défilé suspect.

En cette fin de journée du 24 juin, Paul Mandar dresse un foulard blanc, en signe de demande de paix et de trêve, afin de pouvoir échanger son prisonnier, le cheik, contre les six boy-scouts aux mains des Bédouins rescapés de l’échauffourée.

Le pacte est conclu et en échange du cheik Hadji ben Omar ben Garbit (ceci n’est pas de la publicité !) les prisonniers scouts sont délivrés. De plus à la demande de Paul Mandar, le cheik lui remet un turban sacré ainsi qu’une pierre gravée qui devraient servir de sauf-conduit en cas d’une nouvelle attaque.

Pour fêter cet événement, les scouts britanniques invitent leurs homologues français à partager leur repas qui se révélera un véritable festin. Comme quoi les conserves parfois !

Ils décident de passer une bonne nuit afin de récupérer de leurs émotions et de partir le lendemain ensemble afin de ne favoriser aucune des deux équipes. Et donc, le lendemain, avant de regagner la ligne de départ fixée de l’autre côté du ravin, il faut grimper la pente. L’équipe britannique peine car est accrochée à leur autochenille une remorque contenant les fameuses conserves prévues pour leur voyage.

Un coup de feu en l’air et les deux véhicules s’élancent à l’assaut du désert. Nous suivons l’équipe française qui arrive à Ghadamès. Les scouts visitent la ville, s’y reposent puis à nouveau c’est le départ vers l’aventure.

Mais de nouveaux incidents se dressent devant eux sous la forme de Maltais, des déserteurs de la garnison italienne chargée de défendre Ghadamès, qui veulent s’emparer de leurs équipements. Pourtant, Paul Mandar avait établi un tour de garde rotatif pendant que les autres compagnons se reposaient. Et c’est ainsi qu’au petit matin, Mandar et le reste de ses équipiers s’aperçoivent que Mijon et Moutiers, qui devaient être les derniers à garder le campement, ont disparus.

En partant à leur recherche, ils découvrent un individu qui appartenait au groupe de Maltais. Il est blessé, une cheville tordue, et a été laissé en plan par ses camarades qui ne s’avèrent pas si sympathiques que ça à son encontre. Promesse lui est faite de lui laisser la vie sauve s’il les aide à retrouver Mijon et Moutiers. Darbois est chargé de rester près de leur véhicule tandis que les trois scouts restant partent à la recherche de leurs deux compagnons.

 

Cet épisode mouvementé au début et à la fin se veut également pédagogique.

Alors qu’ils dégustent leur festin improvisé, les scouts remarquent au loin un troupeau d’autruches africaines. C’est ainsi que la vie et les mœurs des autruches, leur mode de reproduction, le système économique et l’élevage qui y est lié, particulièrement en Australie, sont décrits soigneusement par l’un des membres de l’équipe britannique dont le père fut éleveur de ces animaux dans la Nouvelle Galle du Sud.

De même les descriptions géographique, démographique, économique de Ghadamès, sont largement énoncées, un peu à la façon d’un guide touristique. Ce qui permet à l’auteur de reprendre son souffle dans l’épopée des boy-scouts et peut-être de retrouver l’inspiration pour la narration de nouveaux épisodes.

Dont le prochain s’intitule Angoissant mystère.

 

Voir l’épisode précédent :

Jean de La HIRE : Le défilé suspect. L’As des Boy-scouts fascicule N°4. Voyages et aventures modernes autour du monde. Editions J. Ferenczi & Fils. Parution 21 novembre 1932. 16 pages.

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28 juin 2020 7 28 /06 /juin /2020 09:52

Un titre de circonstance !

Gilbert PICARD : Monsieur le Maire.

Malgré la mise en garde de l’auteur, on ne peut s’empêcher de mettre un nom et un visage sur le personnage de ce roman.

Ses initiales, sa description physique, ses antécédents, ses prises de position et son parcours politique sont précis et transparents. Les événements décrits dans cet ouvrage sont trop proches de ceux relatés par les médias depuis quelques mois (lors de la parution du roman) pour ne pas les superposer aux avatars niçois.

Maire d’une ville florissante de la Côte d’Azur, dont le nom n’est jamais cité, mais ne peut abuser personne, Joël Modane gère sa cité d’une façon paternaliste, confondant ses intérêts avec ceux de sa municipalité. Ses relations affables avec ses concitoyens en font un homme estimé de tous, parfois même idolâtré. Les menus services qu’il rend, pour démagogiques qu’ils soient, forcent la sympathie et la popularité.

Cependant chaque médaille comporte son revers. Celui de Joël Modane se nomme Robert Gallois, gérant d’un supermarché. Gallois ayant refusé de signer un contrat publicitaire avec un journal local dépendant d’une société créée par le maire, celui-ci n’entérine pas la demande d’extension du supermarché, favorisant l’implantation à proximité d’une grande surface concurrente.

Ruiné, Gallois décide de se venger et porte des révélations au Canard enchaîné sur la fortune de Modane qui sent peu à peu s’effriter autour de lui les fondations de son petit empire. Son allié, le préfet, est relevé de ses fonctions, premier d’une série de coups durs pour le maire qui pense déjà à l’exil. Après la Société varoise d’éditions, une autre de ses sociétés est dans le collimateur du président de la Chambre régionale des Comptes : la Sodéfinco, société financière chargée de renégocier les taux d’intérêts des emprunts de la municipalité, et qui aurait versé des commissions à deux autres sociétés dont il est le président.

 

Tribun à la dialectique féroce et à l’éloquence aisée, Modane a tendance parfois à s’emporter, ne se contrôlant plus dans ses déclarations. Habilement décortiquée de son contexte, une de ces phrases se révèle comme une bombe amorcée par les infos régionales puis nationales, mettant en émoi le monde politique.

L’affaire Modane dépasse les frontières françaises et le père de Suzy, banquier scrupuleux, enquête sur les agissements de son gendre et l’implantation de ses sociétés américaines, mettant sa fille en garde. Traqué, Modane se réfugie derrière ce qu’il pense être une porte de secours. Si l’on continue à le persécuter, il se fait fort de dévoiler certaines magouilles de ses adversaires politiques.

Mais, dans l’ombre, Robert Gallois continue d’alimenter en informations la presse satirique. De tous les côtés, les partis politiques lâchent le maire, ne voulant pas être mêlés, de loin ou de près, au cloaque financier dans lequel Modane s’embourbe.

 

 

Le personnage de Modane, que tout un chacun aura reconnu, oscille entre le cynisme et la naïveté.

Persuadé d’avoir œuvré en toute légalité pour l’expansion de sa ville, il s’inscrit en marge des lois. Cet homme est adulé par les humbles qui le reconnaissent comme leur maître et leur dieu. Un mélange de paternalisme et de féodalité.

Gilbert Picard, tout en le montrant souvent sous son plus mauvais jour, lui accorde quelques excuses implicites. D’ailleurs ne fait-il pas dire à Me Lauteri, expliquant la situation à son ami : « On trouvera bien un journaliste, de préférence de la région, qui écrira un livre plutôt complaisant à votre égard. »

 

Gilbert PICARD : Monsieur le Maire. Collection Saga. Editions Hermé. Parution avril 1991. 294 pages.

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27 juin 2020 6 27 /06 /juin /2020 04:16

Et demain ne sera plus comme avant ?

Muriel MOURGUE : Hier est un autre jour…

Après le cataclysme informatique de 2019, fomenté par un mystérieux groupe intitulé l’Etoile noire composé de terroristes, l’Europe a fini par réagir en anéantissant ces nouveaux délinquants et leur chef.

Les années ont passé, et en 2027, Rose Leprince vient d’être réélue à la tête de l’Etat français. Mais comme souvent ce début de second mandat est quelque peu sujet à des remous. Quoique très appréciée par la majorité de ses collaborateurs et de la plupart de ses homologues internationaux, Rose Leprince, dite la Princesse, va se trouver bientôt confrontée à des manifestations. Des citoyens ont décidé de descendre dans la rue pour exprimer leur colère envers une loi qui est loin de faire l’unanimité.

Ce qui avait incité les gens à descendre dans la rue était un projet de loi sorti du chapeau par deux des ministres, à savoir la ministre de l’environnement jamais avare de trouvailles foireuses et le ministre de la Santé, un ascète au regard de chien battu.

Un beau matin, en se levant, ils avaient décidé que fumer sur la voie publique présentait un danger pour les bébés en poussette et qu’une interdiction totale conduirait progressivement les citoyens réfractaires à renoncer à leur vice. Une interdiction qui était mal passée, même auprès des non-fumeurs. La population ressentait cela comme une atteinte pure et simple à la démocratie.

Pour la ministre de la Sécurité, Régine Grinville, la préconisation est de purement et simplement arrêter la manifestation au moindre incident. Ce que n’approuve pas la Princesse, mais entre les deux femmes le torchon brûle depuis quelque temps déjà. Luc Malherbe, ancien agent des services de renseignements puis directeur de cette officine et devenu le Conseiller personnel de la présidente est lui aussi sceptique. Il déclare :

Il ne faut pas se louper. Trop de laxisme nous affaiblirait, mais une répression trop marquée nous ferait passer pour des fascistes.

Bref ils sont entre l’enclume et le marteau à cause de l’idée saugrenue de deux ministres sans cervelle.

Mais pour l’heure deux autres affaires requièrent toute l’énergie de Luc Malherbe qui a demandé à deux de ses anciens collaborateurs, Angie Werther et Alex Darkness de remettre leur bleu de chauffe.

Trois anciens repentis de l’Etoile Noire ont été assassinés, une femme et deux hommes. Selon les mêmes procédures pour les hommes. Mais ils ne se connaissaient pas, et donc n’avaient pas de contacts entre eux. De plus la Princesse reçoit depuis un certain temps des lettres anonymes dont la teneur est de plus en plus inquiétante. Sans oublier la part de plus en plus grandissante que prennent les néos, néo-nihilistes et néo-romantiques ou gothiques, dans la contre-culture.

Angie revient d’Argentine où elle a revu son père après quelques années loin de lui. Il lui a révélé des secrets de famille qui la laissent abasourdie, et son amie Ellis vient de la quitter pour une raison inconnue. Donc, Angie a accepté de reprendre du service en compagnie d’Alex. Ils seront hébergés dans un hôtel parisien dévolu aux membres des services secrets en mission, et pour tous, ils sont mari et femme. Un statut qui ne les gêne guère car ce n’est qu’une façade destinée à induire en erreur les individus qu’ils doivent approcher. Dont un couple, Blanche et Kendo, des néos qui vont les introduire dans des manifestations, pacifiques, comme un concert. Angie se lie avec Blanche tandis qu’Alex s’est trouvé un point commun avec Kendo, puisque tous deux pratiquent l’art du tatouage à des degrés divers. Et cette approche n’est pas fortuite car Kendo était ami avec l’un des repentis décédés.

La résurgence de l’Etoile noire, et de ses méfaits, serait-elle possible, envisageable, ou n’est que coïncidence fortuite ?

Et pendant ce temps, quid des manifestations ? Ne serait-ce qu’un écran de fumée destiné à cacher d’autres affaires plus délictueuses, portant atteinte à l’intégrité des acquits sociaux ? Comme les 80km/h, les Gilets jaunes, et la révision du système des retraites ?

 

Ce nouveau roman de Muriel Mourgue, publié après le déconfinement, n’est pas sans rappeler des événements récents. Du moins dans l’esprit. Néanmoins il s’agit d’une anticipation politique proche, servant de décor à une enquête sur trois meurtres ayant un point commun ou non. A Angie et Alex de le déterminer et de trouver les coupables.

Mais l’entrée dans les arcanes de la gouvernance met en lumière des problèmes politiques actuels. Problèmes et façons de faire, d’agir des dirigeants et responsables de différents ministères, leur cohésion ou leurs inimitiés. Pourtant il serait mal venu d’effectuer des parallèles entre aujourd’hui et demain, entre réalité et fiction. Mais il n’est pas interdit de penser que tout n’est que répétition et que l’Histoire est un éternel recommencement, avec des divergences parfois, mais le fond du problème demeure le même.

Alors, selon ses sentiments, ses convictions, ses préférences, on peut s’attarder soit sur l’analyse politique, soit sur le déroulé de l’enquête, soit sur les problèmes et secrets familiaux d’Angie, soit sur tout ou partie des composantes de cette intrigue.

Muriel MOURGUE : Hier est un autre jour… Collection Rouge. Editions Ex Aequo. Parution 24 juin 2020. 156 pages. 14,00€. Existe en version numérique : 3,99€.

ISBN : 978-2378739652

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25 juin 2020 4 25 /06 /juin /2020 04:40

C'est moi la servante du château
J'remplis les vases et j'vide les siaux
J'manie l'balai et pis l'torchon
J'fais la pâtée pour les cochons
Et pis la soupe pour les patrons…

Ricet Barrier.

Maurice LIMAT : Chantespectre.

Au bout du rouleau, Jean-Luc Bernier, le narrateur, répond à une petite annonce assez vague dans la description du travail qui sera demandé à celui qui sera choisi. Il rencontre dans une chambre d’hôtel un homme dont il ne se rappelle pas grand-chose. Il aurait signé un papier, un contrat, mais tout cela est vague dans son esprit. Peut-être la cigarette offerte était-elle droguée.

Quoiqu’il en soit, le voici arrivé au Manoir de Chantespectre, en Picardie, à la disposition du comte de Velmor. Un manoir construit sur d’anciennes ruines dont ne subsistent qu’une tour, des couloirs sombres, des oubliettes, et surtout peuplé de corbeaux et qui résonne d’étranges plaintes lugubres.

Alors qu’il est prêt et près de repartir, de quitter cet endroit sinistre, remettant ses affaires dans sa valise, une lettre est glissée sous la porte de la chambre qui lui est dévolue. Cette missive lui enjoint de rester, malgré son désir de quitter la place. Il comprendra pus tard. Mais pour l’heure, Jean-Luc ne comprend rien. Alors il défait sa valise et advienne que pourra.

Seule une autre personne vit dans ce manoir, une demoiselle d’après Jean-Luc, qui le sert à table, ayant préparé elle-même les plats, et qui fait office de servante. Elle l’invite à rejoindre le comte en sa bibliothèque, mais pour cela il lui faut passer par une sorte de salon. Et dans cette pièce, accrochée au mur, une panoplie dont un poignard qui semble défier notre narrateur. Un poignard Renaissance qui prendra une grande importance dans ce récit.

Quant à celle qu’il prend pour la servante du château (chère à Ricet-Barrier) il s’agit tout simplement d’Elisabeth, la femme du comte. Et le soir, comme elle est confinée au château, que son mari est malade, atteint de la leucémie et autres affections mortifères, elle rejoint Jean-Luc dans son lit. Ce n’est pas de l’amour, mais un passe-temps accouplé à un besoin physique.

Et toujours ce poignard qui fait des siennes, qui se trouve à un endroit où il ne devrait pas être, comme dans le lit de Jean-Luc lorsqu’Elisabeth le rejoint entre ses draps. Elle en a la cuisse balafrée, ce qui ne plait guère à la gente personne. N’y tenant plus, Jean-Luc se débarrasse de l’arme encombrante en la jetant dans les douves.

Et Jean-Luc, qui pourtant n’est pas un indiscret, entend à travers la porte de la chambre du malade, des discussions qui s’enveniment. A moi comte deux mots, pourrait-il s’écrier, mais il se tait sous le coup de la révélation Elisabeth aurait un amant à Paris.

 

C’est dans cette atmosphère délétère, cette ambiance angoissante que se déroule le séjour de Jean-Luc. Il ne se souvient plus exactement dans quelles conditions il a accepté cet emploi, mais il sent confusément qu’il a signé un contrat. Et ce contrat, probablement signé lors de sa rencontre avec un personnage dont il ne se souvient pas des traits, il tient à l’honorer.

Ce roman qui tient plus de l’angoisse que du fantastique, malgré ce poignard qui semble doué de vie, est aussi une incursion psychologique, les pensées prévalant sur les actions.

Depuis mon arrivée, cette lame me hantait et les propos quelque peu fiévreux du comte à son sujet n’étaient pas faits pour m’apaiser. Il me semblait obscurément que, quel que fut celui des deux époux qui songeât au crime, ce serait avec ce poignard qu’il chercherait à armer ma main, pour exécuter le geste fatal.

Un bon roman de Limat, quoiqu’en pensent les détracteurs de l’auteur. L’écriture est élégante, travaillée, et en remontrerait de beaucoup à certains auteurs actuels qui privilégient le sensationnel et les scènes de violence à la simplicité d’une intrigue tournant autour de trois personnages.

 

Maurice LIMAT : Chantespectre. Collection Angoisse n°95. Editions Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1963. 224 pages.

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24 juin 2020 3 24 /06 /juin /2020 04:09

Tout va très bien, Madame la Marquise,
Tout va très bien, tout va très bien.
Pourtant, il faut, il faut que l'on vous dise,
On déplore un tout petit rien…

Claude VOILIER : Le Marquis appelle les Cinq.

En ce mois de juillet, Claude, onze ans, est contente : ses cousins, François, treize ans, Mick, onze ans, et Annie, neuf ans, arrivent pour passer les vacances en sa compagnie à la villa Les Mouettes et cela promet de nouvelles aventures.

Promenades en bateau puis en vélos sont au programme. Les cousins sont toujours accompagnés de Dagobert, le chien de Claude, qui participe à toutes leurs pérégrinations. Les bonnes comme les mauvaises.

A la radio, les informations révèlent qu’une succession de vols d’objets précieux et de bijoux sont perpétrés dans la région. Les cousins n’y font guère attention, pris par leurs promenades à bicyclettes. Ils arrivent à un château, le château de la Mulotière, qu’ils n’avaient encore jamais visité mais la déception les attend. Les objets en vitrine ne sont que de banales bricoles sans grand intérêt.

Le marquis de Penlech qui habite les lieux est tout autant désolé et il leur confie qu’il vient d’avoir la visite non programmée de cambrioleurs qui ont tout emporté, notamment une précieuse collection de montres. Pourtant il était persuadé que son château était un véritable coffre-fort, à l’abri de toute intrusion malveillante.

Peu après, alors qu’ils sont en mer à bord de leur embarcation, ils sont pris dans un orage. L’esquif coule et ils doivent rejoindre la plage à la nage. Arrivés au pied de la falaise, sains et saufs, ils repèrent une grotte qu’ils se mettent en devoir de visiter. Dagobert les précède, leur signalant parfois des dangers, et ils parcourent de nombreux couloirs, grimpent, et se retrouvent au bout d’un certain temps (ce n’est pas précisé) en haut de la falaise, à l’endroit où ils ont pique-niqués peu auparavant.

Ils se souviennent d’un buisson qui bougeait et apparemment ils ne sont pas les seuls à emprunter ce passage. Ils décident donc d’explorer à nouveau les nombreux couloirs, passages, trouées, et leurs ramifications. Et c’est ainsi qu’ils découvrent dans un renfoncement des caisses contenant le produit des vols, dont les montres du marquis. Tandis qu’ils cachent quelques unes de ces caisses dans un autre renfoncement, ils entendent du bruit. Ce sont les bandits qui se sont engouffrés dans la grotte, désireux de récupérer ces caissons.

Naturellement ils se terrent, tentant de faire le moins de bruit possible afin de ne pas dévoiler leur présence. C’est sans compter sans un rat inoffensif qui passait par là tranquillement. Dagobert se lance à la poursuite du rongeur.

 

Ce roman écrit par Claude Voilier, qui a repris les personnages imaginés par Enid Blyton en 1971, après le décès en 1968 de la célèbre créatrice de la série du Club des Cinq, se lit de deux façons différentes : page de gauche le texte pur, page de droite l’adaptation en bande dessinée par Jean Sidobre. Un double plaisir qui permet de lire en deux versions les aventures de Claude, François, Michel et Annie et du chien Dagobert. Plus les personnages récurrents, les parents de Claudine, dite Claude, dont le père un savant qui aime se confiner dans son bureau et détestant être dérangé.

Claude est véritablement le chef de la bande, non seulement parce que c’est chez elle que tous se retrouvent, mais par son caractère difficile. Elle se montre autoritaire, désireuse d’imposer ses décisions, se voulant l’égale, voire plus, des garçons. Et tout comme ses cousins, elle se montre plus mature que son jeune âge le laisserait supposer.

Ils ne vieillissent pas, le privilège d’être des héros de papier. Et cela m’a rappelé l’excellent roman de Michel Pagel, Le Club, dans lequel l’auteur imaginait nos amis devenus adultes se retrouvant pour une réunion familiale cahoteuse.

Mais comme souvent, Le Marquis appelle les Cinq, une légère erreur s’est glissée, qui ne prête pas à conséquence, mais qui peut choquer les lecteurs âgés comme moi qui possèdent peut-être plus de recul. Ainsi à un certain moment, les vélos des quatre, Dagobert se laissant trimbaler, deviennent des vélomoteurs. De nos jours, il s’agirait probablement de vélos électriques, modernisme oblige !

Claude VOILIER : Le Marquis appelle les Cinq. Illustrations de Jean Sidobre. Collection Bibliothèque Rose Imagée. Editions Hachette. Parution mai 1972. 192 pages.

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23 juin 2020 2 23 /06 /juin /2020 06:29

Les vignes de la République ne sont pas les vignes du Seigneur !

Catherine GUIGON : Les mystères du Sacré-Cœur. Première partie : Les vignes de la République.

En cet automne 1872, la capitale se relève doucement des affrontements sanglants entre Communards et Versaillais. Pourtant un petit coin respire la tranquillité. Sur les hauteurs de la Butte Montmartre, le café Au Franc Buveur, qui vient tout juste d’être inauguré, accueille un grand nombre de dégustateurs du vin local, produit par son jeune propriétaire Théo Archibault.

Il peut être fier de lui, Théo Archibault, dont le passé fut mouvementé, qui a appris à soigner les vignes en Anjou. Sa récolte est appréciée des consommateurs, lesquels savourent un breuvage qui se différencie des vins aigrelets auxquels ils sont habitués.

A vingt-quatre ans, Théo aurait tout pour être heureux, ou presque, après avoir vécu une enfance difficile. Non pas que ses parents fussent des persécuteurs, le père étant mort à sa naissance durant la révolution de 1848, puis sa mère aimante quelques années plus tard. Et il a été élevé en partie dans un couvent, appelant une religieuse Marraine, et a connu quelques déboires. Mais dernièrement il a hérité de façon mystérieuse de ce lopin de terre accroché à la Butte. Et il y a son ami Armand, typographe et bricoleur. D’autres amis aussi dont le conseiller municipal, le docteur Clémenceau, toujours prêt à aider ses concitoyens, ne comptant pas ses heures. Enfin, il y a la belle et jeune Julie, avenante et souriante, déambulant avec grâce dans les travées pour servir les clients, mais secrète sur son passé.

A un certain moment, Julie regarde au dehors et s’évanouit pour une cause indéfinissable. Puis c’est au tour de Théo d’être la victime d’un accident de la circulation. Un cocher menant à vive vitesse un attelage et lui assénant des coups de fouets, cela marque les corps et les esprits. D’autant que ce cocher possède un faciès repoussant. Le bon docteur Clémenceau répare les dégâts corporels. Ce n’est que le début des avatars subit par Théo, tandis que Julie déserte le café.

 

Pendant ce temps, dans les beaux quartiers de la capitale, le baron Edouard de Gravigny est chargé de récolter des fonds pour l’édification d’une basilique sur la Butte, à l’initiative du Vœu National. Les Catholiques sont majoritaires dans les instances gouvernementales et œuvrent sans vergogne pour contrecarrer les Républicains.

Et ce qui couvait sous la cendre s’affirme au grand jour. Les terrains sur lesquels poussent les vignes de Montmartre seront préemptés afin que les bâtisseurs puissent ériger cette monstruosité, pour certains, ce monument religieux destiné à rétablir l’ordre moral, pour d’autres.

Le premier spolié sera Théo qui va accumuler les déboires. A la recherche d’un manuscrit, il est accusé de meurtre, et ne devra la vie sauve que grâce à Clémenceau qui apporte un témoignage irréfutable sur son innocence. Mais il n’échappera pas à la déportation dans une île de l’archipel de Nouvelle-Calédonie. Il y fera la connaissance de Louise Michel déportée pour avoir participé activement à la Commune en 1871. De retour en France, il deviendra, à l’instigation de son ami Armand, journaliste au Grand Rapporteur.

Quant à Julie, nous suivons en parallèle ses pérégrinations, portant en elle un lourd secret qui l’handicape, devenant une couturière de talent.

 

Ce roman est le parfait exemple du catalogue des thèmes qui servaient de supports aux nombreux et foisonnants ouvrages publié durant le XIXe siècle, sous la plume de Paul Féval, Eugène Sue, Alexandre Dumas, Xavier de Montépin ou encore Alexis Ponson du Terrail.

On y retrouve assassinats, enlèvements, prévarication, séjours au bagne, vengeance et haine, sans oublier l’amour, l’un des vecteurs de ce genre de récits. Et les personnages qui gravitent dans cette histoire, dont on peut se demander quelle est la part du réel et quelle est la part de la fiction, ont pour nom, outre Clémenceau anticlérical convaincu qui tournera mal par la suite, devenant selon sa propre définition le Premier flic de France, n’hésitant pas à employer la soldatesque avec force tirs nourris contre les vignerons et les ouvriers grévistes des carrière de plâtre, outre Louise Michel, cette forte femme, au sens moral, le docteur Sigmund Freud qui fait son apprentissage de psychanalyste, de Paul Féval qui vient de se convertir, détruisant dans un autodafé ses propres ouvrages, et sa femme la mystique madame Féval, ou encore le jeune Valentin le Désossé. Sans oublier quelques figures marquantes de la politique de cette époque mouvementée : le général Boulanger, Jules Ferry, et bien d’autres.

Un roman qui s’échelonne entre 1872 et 1889, lors de l’Exposition Universelle avec l’érection de la Tour Eiffel. Quant au passé des principaux protagonistes, Théo et Julie en tête, il est dévoilé au fur et à mesure qu’avance l’intrigue, avec de nombreux retours en arrière.

Tout autant roman policier, que roman d’aventures, roman historique que roman d’amour, Les vignes de la République, premier volet des Mystères du Sacré-Cœur, vous fera passer un bon moment de détente. Mais à la fin un retournement de situation incite à lire la suite intitulée Le secret de la Savoyarde.

Catherine GUIGON : Les mystères du Sacré-Cœur. Première partie : Les vignes de la République. Editions du Seuil. Parution 27 février 1998. 336 pages.

ISBN : 978-2020334877

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
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