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15 février 2021 1 15 /02 /février /2021 05:16

Un auteur rémois qui pétille !

Brice TARVEL : La maison à claire-voie.

Le propre d’un prosateur, romancier, nouvelliste, poète, ou les trois, est de se renouveler sans perdre son âme, son identité, même s’il utilise plusieurs pseudonymes.

Le propre d’un éditeur est de proposer un panel de textes nouveaux et anciens, méconnus pour ces derniers, afin de s’imprégner de l’œuvre concoctée en quelques décennies par un auteur dont le seul but est de captiver son lecteur et de le sortir d’une morosité ambiante.

Penchons-nous tout d’abord sur la nouvelle éponyme du recueil, la plus longue, qui nous transporte dans l’Amérique profonde.

La maison à claire-voie. Après quelques années de vie commune avec Matt, Kimi a jeté l’éponge. C’était un échec, Matt, et il était imbuvable malgré tout l’alcool qu’il ingurgitait. Et la voiture de Matt est comme lui, déglinguée, si bien que Kimi tombe en panne au milieu d’une nature aride. Il fait chaud. Conséquence directe, il fait soif. Et Kimi espère bien découvrir parmi les buissons de genévriers et les rochers disséminés un peu partout, une bâtisse accueillante. Mais ce qui se présente à ses yeux n’est qu’une bicoque en bois aux pans verticaux disjoints, entourée d’arbres rabougris sur les branches desquels pendouillent de vieilles canettes de bière et de soda. Des mobiles ruraux incongrus dans ce paysage désolé. C’est l’œuvre du Sonné lui apprend un colosse qui la surprend dans l’expectative.

Ils sont cinq à l’intérieur, Cliff, celui qui l’a interpellée, Oren, le Sonné, Tony et Cochise. Cinq rebuts de la société, des barjots, différents les uns des autres aussi bien mentalement que physiquement. Mom de sa tanière nichée là-haut dans la mezzanine plongée dans l’obscurité, et Cerise, la gamine décharnée qui ne pourrait pas figurer dans une publicité pour des assurances complètent la panoplie humaine. Mais ce serait trop beau s’il fallait en rester là. Car entre ces déjantés et des motards sillonnant le paysage, une guerre larvée a été déclarée. Les moyens ne manquent pas pour se chicaner, voire plus. Et ils en sont à un cheveu de s’exterminer.

 

L’assassin viendra ce soir nous invite à entrer dans l’intimité d’une famille moyenne, très moyenne, avec le père qui pourrait être la réplique de Gros dégueulasse de Reiser, la mère, sur laquelle je ne m’étendrai pas, trop de surface, la fille Perce-neige dont les globes fessiers la plupart du temps ne sont pas recouverts d’une culotte, frustrant les curieux qui aimeraient bien en connaître la couleur, et du fils, une bonne dizaine d’années et dont un copain bidouilleur a traficoté la zapette, plongé dans la lecture des Aventures du Limier des Ténèbres. A la télé, se déroule un programme intitulé L’assassin viendra ce soir. Le principe est de dévoiler en direct la photographie d’un individu, cliché pioché au hasard, qui sera la cible de l’assassin. Et c’est avec un intérêt mitigé que cette famille se rend compte que l’heureux élu n’est autre que le père. L’angoisse monte et atteint son comble lorsque le gamin découvre son père avachi dans son fauteuil un sourire kabyle égayant sa face.

 

Florian n’a pas quinze ans mais devant lui se profile un avenir de petit voyou. Il s’introduit un soir dans une maison, dont la porte n’est pas fermée. A la main il brandit la réplique d’un revolver. Il est tout étonné, en entrant dans une pièce, de se trouver face à face à une vieille femme qui braque une arme qui n’est pas fictive et lui affirme qu’elle l’attendait. Elle lui reproche d’être fautif de la disparition de Pompon, son Persan bleu. Il a beau contester cette affirmation, elle n’en démord pas. Sa vengeance sera terrible.

 

Enfin, dans Les chiens noirs, nous faisons la connaissance d’une famille longeant en voiture le Lac Champlain au Canada. L’homme consomme plus que son véhicule, une Chevrolet qui mériterait de figurer dans un cimetière pour tacots. La pluie tombe, et Rachel n’est pas rassurée. Pas tant pour son homme ou pour elle, mais pour Melinda, leur fille de cinq ans surnommée Choupette. La pluie, des balais d’essuie-glaces qui ne sont plaqués sur le pare-brise que pour la frime, un phare borgne, une voie étroite à l’asphalte dégradé, il leur tarde d’arriver chez Tante Rosanna éleveuse de poulets, qui leur offre un hébergement en attendant que les finances cessent de faire la gueule. Rosanna au plus haut des cieux ! C’est à ce moment qu’un chien noir déboule au milieu de la route. Le réflexe du conducteur le propulse contre un arbre. Ils ne sont pas particulièrement musiciens, alors une voiture en accordéon, à quoi cela peut-il leur servir. Heureusement un indigène, ou autochtone pour ceux qui préfèrent, arrive dans sa guimbarde à plateau. Il accepte de les prendre à bord, de les dépanner, le seul problème, ce sont les trois chiens noirs placés à l’arrière. Or, pour Rachel, chien noir équivaut à une malédiction. Trois en plus, c’est l’entrée de l’enfer.

 

L’inconvénient, lorsque l’on possède près de soixante-dix ans de lectures derrière soi, c’est de plaquer inconsciemment des réminiscences littéraires aux textes que l’on est entrain de lire.

Ainsi je n’ai pu m’empêcher de relier ces textes à quelques noms, comme Reiser mentionné ci-dessus. A Pierre Pelot par exemple et ses paumés vosgiens. A Stephen King ou encore à Graham Masterton, mais pour ce dernier auteur, c’était facile puisque Les Chiens noirs figurent dans le recueil qui lui a été dédié chez Rivière Blanche.

Pour autant se référer à tel ou tel auteur n’est pas à proprement parler (ou écrire) établir des comparaisons. Juste mettre en valeur un contexte, une atmosphère, une ambiance, un décor.

Brice Tarvel possède sa propre personnalité pour ne pas emprunter à des confrères, aussi talentueux soient-ils. Mais il aime se glisser dans la peau de personnages, pour preuve les nouvelles aventures qu’il a imaginé à Harry Dickson ou à Bob Morane. Il prolonge le plaisir avec des nouvelles soignées, grâce à un style littéraire personnel.

Ces nouvelles ne sont ni policières, ni fantastiques, mais jouent sur la frange de ces deux thèmes, oscillant vers le dérisoire, l’humour, l’inquiétude, l’angoisse, portés par la présence d’enfants dont le rôle est parfois primordial.

Brice Tarvel, auteur discret mais prolifique, produit depuis 1971 et ses textes ont été publiés dans de nombreux magazines et fanzine. Il serrait dommage de les oublier et j’espère que Madame Zinédi pourra nous proposer ce que l’on pourrait presque appeler des incunables.

 

Les bêtes, ça n’allait jamais à l’école, rien que pour cette raison, elles méritaient le respect.

 

La maison à claire-voie. Inédit.

L’assassin viendra ce soir. Dans Malpertuis –II, anthologie composée par Thomas Bauduret. Collection Brouillards N°12. Editions Malpertuis. Parution octobre 2010

Le persan bleu. [Sous le pseudonyme de François Barrol].Première parution dans L’Union, n°11356, périodique, 29 octobre 1981.Réédition dans BiblioSF, n°7, périodique, décembre 2013.

Les chiens noirs. Première parution dans Les mondes de Masterton. Anthologie composée par Marc Bailly. Editions Rivière blanche. Collection Fusée», n°23. Parution Janvier 2012.

 

Brice TARVEL : La maison à claire-voie. Collection Textures. Editions Zinédi. Parution 28 janvier 2021. 208 pages. 17,90€.

ISBN : 978-2848592190

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12 février 2021 5 12 /02 /février /2021 05:24

A ne pas confondre avec un certain ZAC de Fred Noro dans la collection  Espiomatic/Infrarouge.

Robert TRAVIS : Welcome to Sarajevo.

Ce n'est plus la guerre, mais ce n'est pas encore tout à fait la paix. Sarajevo peu à peu panse ses plaies sous le contrôle de l'IFOR qui a remplacé la Forpronu.

Une organisation maffieuse en profite pour s'en mettre plein les poches. Corruption, meurtres, rackets sont gérés par Zlatko Bolkan, un truand qui bénéficie d'appuis auprès des hauts responsables de l'état et Mahir Crébic, conseiller du ministre de l'Intérieur. Zlatko professe une admiration sans bornes pour De Niro et espère s'exiler prochainement aux Etats-Unis. Mahir et Zlatko n'ont qu'un but, s'emplir les poches tout en évitant que les Français de l'IFOR viennent mettre leur nez dans leurs trafics.

Le lieutenant Artaud dit Zac, chargé depuis quelques mois de la sécurité du PTT building, apprend par un des ses informateurs, Milan, cette emprise maffieuse. Il fait la connaissance d'Azra, une jeune veuve mère de deux enfants, maîtresse par obligation de Mahir. Ils dînent ensemble mais la jeune femme est surveillée par un sbire de Mahir.

 

Ce deuxième volet des aventures de Zac, tout comme le premier, est fort bien charpenté, mais il pêche par un côté parfois trop documentaire qui hache l'action.

A mi-chemin entre le roman d'aventures et le roman de politique-fiction - mais où commence et où s'arrête la fiction ? - cette série entre dans la mouvance d'ouvrages anglo-saxons tels ceux écrits par Frédéric Forsyth.

Travis dénonce comme bien d'autres avant lui, certaines pratiques, l'utilisation de la pègre par exemple, pour asseoir les intérêts politiques et financiers de quelques personnages.

Il met le doigt dans la plaie, mais n'accable pas d'opprobre une ethnie plus qu'une autre. Il relate simplement les atrocités commises par les deux camps, jetant serbes et bosniaques dans le même panier de crabes. Un roman à lire sans idée préconçue.

Si vous recherchez les livres de cette collection, deux numéros au Fleuve Noir, la collection continuant chez Vauvenargues pour sept titres, parfois le nom de Jean-Yves Proverbio (vrai nom de l’auteur) est substitué à celui de Robert Travis.

Robert TRAVIS : Welcome to Sarajevo. Collection Lieutenant Zac N°2. Editions Fleuve Noir. Parution novembre 1996. 224 pages.

ISBN : 9782265056008

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11 février 2021 4 11 /02 /février /2021 05:03

Entre deux noms d’auteur et deux titres différents pour un même roman, il y a de quoi se pendre…

Carter DICKSON : Un cas pendable sous titré La flèche peinte

Ils se sont rencontrés pour la première fois dans le Sussex le soir de Noël, ils se sont fiancés le Jour de l’An, et le 4 janvier, Jimmy Answell se rend à Londres afin de demander la main de Mary à son père, le respectable, soupçonneux et intègre directeur de la Capital Counties Bank, Avery Hume. Tout content, Jimmy avait même remis à son cousin Reginald un chèque de cent livres, alors que celui-ci n’en demandait que cinquante, en remerciement de l’avoir présenté à la jeune fille.

Théoriquement, tout aurait dû bien se passer. D’ailleurs, à une lettre de Mary destinée à son père, elle avait reçu un message de félicitations. Pourtant lorsqu’elle accompagne Jimmy à la gare, elle est quelque peu pâle et triste. L’inquiétude peut-être. Aussi, lorsqu’il se présente au 12 de Grosvenor Street, à 18h10, Jimmy est reçu par Dyer, le maître d’hôtel, mais se montre nerveux. Answell, tel est le nom qu’il donne au domestique, semble perdre ses moyens. L’émotion. Son chapeau lui échappe des mains, il préfère garder son manteau, et il aperçoit du haut du palier de l’étage une jeune femme qui l’observe.

Enfin le voici devant le maître de maison qui reste sur sa réserve, on le comprend. Pourtant, comme le jeune homme a l’air intéressé, il lui explique la provenance de ses trophées, de la présence de trois flèches posées en triangle sur le manteau de la cheminée, et autres bricoles, et lui offre même à boire. Seulement, lorsque Jimmy Answell goûte son whisky, il lui trouve un drôle de goût et s’endort. A son réveil, une vingtaine de minutes plus tard, il découvre le corps de son ex futur beau-père allongé, une flèche dans le cœur. Les fenêtres son hermétiques closes, la cheminée est fermée, de même que la porte de la pièce qui est close à l’aide d’un fort verrou. Le carafon de whisky est intact. Le principe même d’un meurtre en chambre close.

Dyer, le maître d’hôtel, Amelia Jordan, la secrétaire entraperçue, un voisin proche avec lequel le défunt devait jouer aux échecs, le docteur Spencer Hume, le frère du défunt, ont tous entendu à des moments divers des bruits dans la pièce, Avery Hume déclarer à son hôte, mais vous devenez fou, ou quelque chose comme cela. Ils essaient d’ouvrir la porte. Celle-ci le sera par Jimmy Answell qui est tout ébaubi de ce qui lui arrive. Les policiers rapidement prévenus ne peuvent que constater le décès du propriétaire et arrêter Jimmy Answell.

Quelques semaines plus tard, Jimmy Answell est dans le box des accusés. Il ne s’est toujours pas remis de ce qu’il a vécu le 4 janvier. Sir Henry Merrivale est chargé de la défense du prévenu qui ne communique guère, une attitude qui ne plaide pas à son avantage.

 

Le procès est décrit par Kenwood Blake, qui assiste aux débats en compagnie de sa femme, l’ami et proche collaborateur de Sir Henry Merrivale. Et il transcrit les témoignages des divers témoins, les questions posées par l’avocat général, par le juge et ses assesseurs, ou celles de l’avocat de la défense, Sir Henry Merrivale.

On ne peut s’empêcher d’établir une corrélation entre ce roman et ceux d’Erle Stanley Gardner et son célèbre avocat Perry Mason. L’ambiance du prétoire, les interrogatoires des témoins, les contre-interrogatoires, les détails à approfondir, leurs mensonges parfois, leurs oublis, leurs erreurs ou leurs tergiversations.

La reconstitution orale de ce problème est minutée, et pourtant il existe des zones d’ombres qui peu à peu se dissiperont, grâce au talent de Merrivale. Un minutage serré, les faits et gestes des différents témoins lors de la demi-heure environ qui s’écoule entre l’arrivée de Jimmy Answell et la découverte du drame, ne résolvent pas tout.

Car il existe des points d’achoppement. Par exemple l’empennage de la fameuse flèche, une plume à laquelle il manque un morceau introuvable. Et puis, à plusieurs reprises, Merrivale évoque un judas, sans vouloir préciser à quoi il se réfère. Sauf lors de l’explication finale évidemment.

Ce roman rigoureux dans sa conception ne requiert aucun artifice, aucune résolution puisée dans le fantastique, contrairement à d’autres romans dont La Chambre ardente qui propose deux solutions complémentaires. Il joue uniquement sur un quiproquo fatal.

L’un des meilleurs romans de John Dickson Carr, et de son double Carter Dickson, que personnellement j’ai lu.

Carter DICKSON : Un cas pendable sous titré La flèche peinte

Carter DICKSON : Un cas pendable sous titré La flèche peinte (The Judas Window – 1938. Traduction de Jeanne Fournier-Pargoire). The Yard N°3. Editions des Loisirs. Parution 4e trimestre 1948. 128 pages.

Réédité sous le nom de John Dickson Carr et le titre La flèche peinte. Collection Le Masque Jaune N°1934. Librairie des Champs Elysées. Parution octobre 1988. 224 pages. Une nouvelle version a été traduite par Jeanne Fournier-Pargoire et Danièle Grivel, parue sous le même numéro, en 2003, comportant 285 pages.

ISBN : 9782702418444

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10 février 2021 3 10 /02 /février /2021 05:33

Et dire que cet océan se nomme Pacifique !

Henri VERNES : L’Archipel de la terreur.

Depuis quelques temps, des avions et des navires disparaissent inexplicablement dans l’Océan Pacifique du côté de la Polynésie.

Le dernier en date est un Boeing d’Air-France qui devait rejoindre Papeete, avec comme pilote le commandant de bord Jules Renaud, surnommé Julot-le-Veinard pour voir échappé à moult reprises à des incidents et accidents qui auraient pu lui coûter la vie. Parmi les passagers, Bill Ballantine et la journaliste Sophia Paramount, qui sont attendus par Bob Morane. Attendus, pas vraiment car Sophia s’est imposée comme compagne de vol de Ballantine.

Alors que Bob Morane attend à l’aéroport, Ballantine se laisse aller mais bientôt l’inquiétude se fait sentir tout autant auprès du personnel volant que des voyageurs. L’avion est incontrôlable et bientôt se pose les flots, comme s’il s’agissait d’un hydravion. Un phénomène inexpliqué et inexplicable bientôt suivi d’autres manifestations. Ils se trouvent dans la région de l’Archipel de la terreur, qui porte bien son nom.

Morane, encouragé par un agent de la sécurité aérienne, décide alors de se porter au secours de cet avion en perdition, ayant appris que des événements similaires se sont produits auparavant. Il embarque à bord d’un navire de guerre, le Fulgur, qui se rend sur les lieux de la disparition. Mais arrivé en vue de la côte, une barrière invisible empêche le bâtiment d’aller plus loin. Morane prend place à bord d’un petit côtre dont le mât s’abat brutalement, fauché net.

Parvenu à l’îlot principal, Morane doit affronter des crabes géants et parvient à grimper jusqu’au volcan qui domine. En cours de route il remarque des sortes d’antennes érigées au dessus de la canopée et lorsqu’un orage éclate, il se rend compte qu’il s’agit de capteurs emmagasinant l’électricité de la foudre. Il descend dans le cône du volcan attiré par une lueur verdâtre et parvenu à un lacis de tunnels, il est confronté à des sortes d’insectes métalliques dont les yeux projettent des rayons. Revenu à l’air libre, des sortes de baudruches immenses le poursuivent, dégringolant la pente comme de vulgaires ballons de plage rouges. Il parvient à les éclater à l’aide d’une simple épingle de nourrice alors que toutes ses autres tentatives ont échoué. Enfin il retrouve la carlingue de l’avion ayant transporté son ami Ballantine mais ses ennuis ne sont pas terminés. Les sauterelles métalliques et des ballons similaires à ceux qu’il a crevés se manifestent à nouveau puis des hommes en haillons l’entourent. Ils sont visiblement hypnotisés et le font prisonnier.

 

Louvoyant fortement vers le fantastique lovecraftien, ce roman d’aventures est pratiquement mené tambour battant par Bob Morane, lequel porte presque à bout de bras cette aventure que l’on pourrait qualifier de rocambolesque. Ballantine et Sophia Paramount se contentant d’épisodes ponctuels, placés en début et en fin de roman principalement. Tout repose donc sur les nombreuses péripéties subies par Morane qui parfois frôle les catastrophes.

Les baudruches géantes, légères et pourtant exerçant une force incroyable, ayant un diamètre de deux mètres, bondissant et rebondissant comme des balles, me font penser à cet énorme ballon blanc dit Ballon gardien ou le Rôdeur, qui figurait dans la série télévisée Le Prisonnier de Georges Markstein et Patrick McGooham, série emblématique de la fin des années 1960, qui alliait science-fiction et espionnage sous forme de dystopie, d’allégorie et de contre-culture.

Peut-être Henri Vernes s’est-il inspiré de cette image qui a longtemps marqué les esprits des téléspectateurs, ce fameux ballon venant de la mer et repoussant impitoyablement le Numéro 6 pour l’empêcher de s’évader. L’Archipel de la terreur figurant alors Le Village.

Henri VERNES : L’Archipel de la terreur. Les aventures de Bob Morane N°108. Pocket Marabout N°99. Editions Gérard and Co. Parution juillet 1971. 160 pages.

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9 février 2021 2 09 /02 /février /2021 05:39

A remettre en lumière !

Samuel DHARMA : Le chemin d'ombres.

Depuis quelques temps, Londres et l'Angleterre sont en proie à des émeutes assez violentes organisées par des bandes de loubards. Aussi Marion Darras, une psychologue, apprécie-t-elle l'invitation lancée par quelques chercheurs d’assister à des expériences, en pleine campagne britannique. Une campagne réputée pour sa douceur de vivre.

Pourtant Marion va vite déchanter. D'abord à cause de l'ambiance qui peu à peu se dégrade. Ensuite sur le principe même des expériences qui se font sur des cobayes humains qu'elle a été amenée à côtoyer, à soigner. Enfin parce que parmi les participants de ce séminaire assez spécial, elle retrouve un homme qu'elle a aimé et dont elle n'avait plus de nouvelles depuis six ans.

Le principe de l'expérience est simple. A l'aide de narcotiques, d'électrochocs et d'ordinateurs, les chercheurs vont tenter de connecter les rêves des sujets sélectionnés. Des patients atteints de névroses dues à une enfance difficile. Si le but recherché est concluant, nul n'est capable d'imaginer les suites de cette connexion.

 

Avec Le chemin d'ombres Samuel Dharma stigmatise les expériences médicales dont le but, avoué ou non, est entre autre de permettre des applications militaires. Quoique cette possibilité ici n'est évoquée qu'en toile de fond. Il s'attache plus à analyser le comportement de Marion, la psychologue, mais surtout à introduire une connotation fantastique jouant sur le résultat de la connexion des subconscients des trois patients.

Comme si Dharma, partant d'une idée, l'a abandonnée en cours de route pour en exploiter une autre, plus axée sur le fantastique. Pourtant ce roman témoigne d'une maîtrise d'écriture, d'une recherche d'idées plus nettes, plus affirmées que dans ses précédents romans. Mais surtout il abandonne les scènes de violence, scènes inutiles et gratuites dans lesquelles il se complaisait.

Réédité sous le nom de Patrick ERIS dans une version revue, corrigée, et enrichie aux éditions Lokomodo. Parution janvier 2013. 256 pages. 6,50€.

Réédité sous le nom de Patrick ERIS dans une version revue, corrigée, et enrichie aux éditions Lokomodo. Parution janvier 2013. 256 pages. 6,50€.

Samuel DHARMA : Le chemin d'ombres. Collection Anticipation N°I666. Editions Fleuve Noir. Parution janvier 1989. 192 pages.

ISBN : 2-265-04037-1

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8 février 2021 1 08 /02 /février /2021 05:19

Et l’Ange vint…

David ANGEVIN : Les aigus Bee-Gees.

Ce roman de David Angevin ne s'inscrit pas directement dans la mouvance de la littérature noire, pourtant il existe une atmosphère qui s'y apparente et une ébauche d'enquête rapidement avortée.

Garth est enseignant dans un collège et Emma, sa collègue, est en butte aux agressions sexuelles de ses élèves. La déprime est proche et Garth saura lui rendre le goût de vivre dans une séance de copulation sur la moquette élimée de son appartement.

La voisine de Garth, qui lui prête des magazines dont la teneur est strictement réservée aux adultes, part pour le Mexique. Mais elle ne revient pas et au bout de quelques mois Garth décide de la retrouver en compagnie d'Emma.

Ils feront la connaissance d'un producteur de télé qui avale du Prozac comme d'autres sucent à longueur de journées du Cachou, de stars du porno, et chacun trouvera sa voie, qui comme scénariste, qui comme vedette en page centrale.

 

Les aigus Bee-Gees se découpe en chapitres qui constituent à eux seuls de petites nouvelles, comme les romans de Barry Gifford mettant en scène Sailor et Lula.

Un roman bizarre dans lequel l'intrigue passe au second plan, l'auteur s'ingéniant à privilégier les personnages et les tranches de vie prélevées comme au hasard. Un peu comme si le lecteur feuilletait un album photo.

Un livre qui ne peut laisser indifférent.

 

David ANGEVIN : Les aigus Bee-Gees. Collection Franc-parler. Editions de l'Incertain. Parution juin 1994. 120 pages.

ISBN : 9782906843523

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6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 05:50

La grande course autour du monde…

Paul D’IVOI : La course au radium.

Nonchalamment étendu dans un fauteuil de son appartement parisien, Dick Fann, détective privé anglais, se repose béatement. Il n’a rien d’autre à faire. Sauf que Jean Brot, son serviteur engagé de la veille, un gamin d’une quinzaine d’années, s’introduit dans la pièce en précisant qu’une jeune fille désire lui parler. C’est une question de vie ou de mort, selon elle.

Aussitôt le détective redevient l’homme d’action et reçoit Fleuriane Defrance, Canadienne. Son père, Catulle Defrance, est le syndic de l’Association mondiale du commerce des pierres précieuses. Or quelques mois auparavant, un vol simultané a été perpétré en divers pays, et les individus malhonnêtes se sont emparés de quelques vingt-trois grammes de radium.

Des expériences ont démontré que l’exposition de corindons ordinaires au radium transformait ces pierres de peu de valeur en pierres précieuses tandis que l’exposition des gemmes dans un four électrique amenait une décoloration et une dépréciation de ces mêmes gemmes. Des manipulations préjudiciables dans certaines circonstances mais destinées également pour éloigner des individus peu scrupuleux.

Fleuriane sent que les voleurs de radium la surveillent pour l’amener à la cachette de pierres précieuses transformées en vils corindons, et elle a peur pour son père resté au Canada. Aussi elle se propose d’organiser une course automobile, et elle demande à Dick Fann d’être son mécanicien. Ce qui lui permettrait de rejoindre l’autre côté de l’Atlantique en compagnie d’autres concurrents.

C’est à ce moment que Jean Brot introduit un policier émérite en la personne de monsieur Ginat. Celui-ci demande d’enquêter sur un vol de pierres précieuses en la boutique d’un joailler installé rue de la Paix, le sieur Larmette. Dick Fann se rend au lieu indiqué et s’aperçoit que le célèbre joailler a pipé les dés et que le vol est du pipeau.

Bientôt c’est le grand jour du départ de la course automobile, qui part de Paris, traverse l’Atlantique, se rend de New-York à San-Francisco, remonte à Valdez en Alaska, traverse le détroit de Béring, puis parcourant la Sibérie, revient à Paris via Moscou. Parmi les concurrents, Dick Fann qui sert de mécanicien, c’est-à-dire de chauffeur à Fleuriane, le jeune Jean Brot ainsi que dame Patorne, la dame de compagnie de Fleuriane. Ils voyagent à bord d’une De Dion de 30 CV. Mais Larmette, le joailler prétendument spolié, participe également à cette course en compagnie de Botero, l’ingénieur qui a mis au point leur véhicule de 100 CV, sorte de tout terrain. Larmette s’attache aux pas, ou plutôt aux roues de Fleuriane, dans l’espoir que celle-ci l’amènera à son père et aux corindons trafiqués. La vie de Catulle Defrance, de sa fille Fleuriane, et bien entendu des accompagnateurs de la jeune fille, est menacée. Ils s’en rendront rapidement compte.

Car voyage ne s’avère pas être de tout repos. De nombreux incidents, voire accidents, ponctuent ce périple. Dick Fann est obligé de se grimer à afin de pouvoir mieux surveiller les agissements de Larmette et consorts. De plus il se trouve embarqué dans une enquête à la demande de Gregson, chef de la police new-yorkaise, à l’initiative de Larmette qui a présenté les deux hommes l’un à l’autre. Pendant ce temps Fleuriane, Jean Brot et madame Patorne continuent leur périple à travers les Etats-Unis, conduits par un nouveau mécanicien, un homme à la solde de Larmette. Larmette lui-même se trouve parfois devant, parfois derrière Fleuriane qui sera rejointe par Dick Fann en cours de route. Jean Brot, qui tient un carnet de voyage, transcrit leurs péripéties, nombreuses et mouvementées, lorsque Dick Fann est occupé par ailleurs.

 

Il existe une similitude entre Dick Fann, détective privé britannique, et Sherlock Holmes. C’est un adepte de la déduction par l’observation. Il pourra démontrer ses talents à moult reprises au cours de ce voyage qui s’inspire de The Great Race, un événement médiatisé durant les années 1907 et 1908 en France et aux États-Unis. Et qui n’est pas sans rappeler le film de Blake Edwards, La grande course autour du monde, sorti en 1965, avec Tony Curtis, Jack Lemmon et Nathalie Wood dans les rôles principaux. Fatalitas !

Des autres concurrents, il n’est est pas question, l’auteur s’attachant à décrire les aventures partagées par Dick Fann et ses compagnons d’une part, et dans un moindre nombre d’épisodes, à Larmette et consorts.

Les personnages mis en scène ne manquent pas d’originalité apportant au récit des touches d’humour, dans une intrigue débridée.

Le radium a été découvert par Marie Curie et son mari Pierre en 1898 et de nombreux romanciers se sont emparés de cette donnée scientifique pour l’imposer dans des romans de science-fiction. Tout naturellement Paul d’Ivoi y a trouvé un emploi dans ce roman d’aventures fantaisistes et policières, teintées de fiction scientifique, et lui offrant quelques débouchés originaux, le tout combiné à cette fameuse course évoquée ci-dessus.

Le point de départ semble un peu faible, tiré par les cheveux comme disait le chauve, mais il est rapidement gommé par l’accumulation d’épisodes, reliés ou non, qui constituent l’intrigue, un peu dans l’esprit, mais par anticipation, de la série télévisée animée composée de 34 épisodes et qui s’intitulait Satanas et Diabolo et les fous du volant.

 

Paul D’IVOI : La course au radium. Illustrations intérieures de Louis Blomfeld. Les voyages excentriques N°16. Editions J’ai Lu N°1544. Parution 10 octobre 1983. 512 pages.

ISBN : 9782277215448

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5 février 2021 5 05 /02 /février /2021 05:02

Lorsque l’Oncle Paul se lâche en fin d’article !

Pierre LAVAUR : Vous êtes trop jolie.

A vingt-deux ans, la trop jolie Jeannine Brémond ne manque pas de prétendants. Peut-être sont-ils attirés également par sa richesse en plus de sa joliesse et de sa grâce. Seuls deux jeunes hommes semblent avoir ses faveurs.

L’un, Jacques Daubry, vingt-six ans, beau garçon et de tournure aimable, issu d’excellente famille, promis à un bel avenir dans l’administration, s’est déclaré, mais elle a réservé sa réponse. Timide, il a attendu un certain temps qu’elle se décide mais elle a toujours repoussé l’engagement qu’il attendait.

L’autre, Fernand Lastours, semble avoir sa préférence mais celui-ci la dédaigne. C’est un actif, travaillant comme ingénieur d’usine. Son seul tort est d’être lui aussi timide, mais sans oser se déclarer. Pourtant il l’aime, Jeannine en est convaincue.

De leur côté, les parents de Jeannine verraient d’un œil favorable cette union. D’ailleurs, malgré leur souhait de garder leur fille à la maison, ils la pressent de se marier car elle en a l’âge. Et ils aimeraient aussi devenir grands-parents. Ils sont unanimes : Fernand Lastours, qu’ils connaissent bien pour le recevoir fréquemment, serait leur préféré.

Incidemment, alors qu’elle se promène dans un parc, Jeannine rencontre Daubry. Elle lui affirme toute son affection, sans plus. Quant à Fernand Lastours, il est bien obligé de s’expliquer sur son manque d’entrain et se non-demande en mariage. Il affirme qu’il l’aime mais qu’elle est trop jolie pour lui

Une phrase qu’il n’aurait jamais dû prononcer car Jeannine emploie les grands moyens, pensant ainsi que Fernand la demandera en mariage. Pas besoin de plus d’explication, l’illustration de couverture est assez parlante pour que je m’étende davantage sur le sujet. Seulement, et après, comment réagira le jeune homme inconscient de ses paroles ?

 

Un roman sentimental qui, comme souvent se clôt sur une note dramatique. Presque. Mais il est des paroles qu’il vaut mieux éviter de prononcer, même si l’on est sincère, on ne prévoit jamais les réactions que cela peut entraîner.

Les temps ont bien changé depuis ce début des années 1930, et une femme se conduirait-elle ainsi après avoir entendu ce genre de réponse ? Pas sûr, et même cette réplique pourrait éventuellement être considérée comme du non-harcèlement ou du harcèlement à l’envers. Les réactions ne seraient sûrement pas les mêmes de nos jours.

Et puis, entre temps, il y aurait eu essayage, et chacun aurait pu émettre son opinion sur d’autres capacités. Etait-ce mieux avant ? Mais comme disait la jeune mariée : je préfère avant parce qu’après c’est pendant !

Pierre LAVAUR : Vous êtes trop jolie. Collection Le Roman du Dimanche N°75. Editions Librairie Contemporaine. Parution 1933. 30 pages.

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4 février 2021 4 04 /02 /février /2021 04:38

Une collection éphémère ! Une de plus…

Robert TRAVIS : Piège à Naqoura.

Commerçant à Naqoura au Sud Liban, Khalil a été surpris par deux soldats de la FINUL en train d'ouvrir un paquet compromettant. Il les accuse d'avoir volé un appareil-photo ce qui n'est pas du goût de leurs chefs, l'adjudant Le Goffic et un Irlandais.

Le Lieutenant Jacques Artaud, surnommé Zac à cause d'un défaut de prononciation de son prénom lorsqu'il était enfant, prend lui aussi la défense des militaires, et ordonne à Khalil de quitter le village. Le commerçant décide de se venger et s'en remet à son plus jeune frère, Fouad, responsable d'un camp du Hezbollah.

Peu après Le Goffic et Zac échappent, alors qu'ils patrouillaient en deux endroits différents, à des attentats. Zac, blessé, se voit octroyer une permission de huit jours. Il en profite pour se rendre à Beyrouth où il fait la connaissance de Sandra et de sa copine Mina. Une rencontre qui n'est pas le fruit du hasard.

Sandra et Khalil marchent main dans la main dans la réalisation de petits trafics. Il s'éprend de Mina malgré sa propension à la boisson. Ils échappent à une tentative d'enlèvement et Mina les conduit tous les trois dans une maison qu'elle possède dans la banlieue de Beyrouth. C'est reculer pour mieux sauter.

Khalil est assisté de Gabriel un tueur qui a déjà essayé de supprimer Zac, de Walid et Abou Addas, deux autres comparses. Il s'adresse au commissaire Mourad, à qui il révèle ses intentions. Enlever Mina, obtenir une rançon et la tuer en faisant porter le chapeau à Zac. Deux jours plus tard, Khalil et ses hommes kidnappent Zac et Mina.

 

Ce roman d'aventures dans un Liban décimé par la guerre, déchiré par des communautés extrémistes, et où l'ONU tente de rétablir une paix précaire sans beaucoup de moyens, permet de faire la connaissance d'un nouveau héros qui ne s'inscrit pas dans la lignée des baroudeurs genre superman.

Zac est sympathique, possède ses faiblesses comme tout un chacun.

Robert Travis, à ne pas confondre avec Robert Travert, l'auteur du fameux Autopsie d'un meurtre est le pseudonyme d'un aventurier moderne ayant parcouru le monde et auteur de nombreux romans notamment chez Lattes. Il est fort documenté sur les armes, les décrit, ce qui apporte un goût d'authenticité, ce dont le lecteur se passerait volontiers à part les mordus d'armes à feu.

Le Lieutenant Zac n’aura connu que deux numéros au Fleuve Noir, et cinq ou six autres chez Vauvenargues/Vaugirard.

Robert TRAVIS : Piège à Naqoura. Collection Lieutenant Zac N°1. Editions Fleuve Noir. Parution mai 1996. 216 pages.

ISBN : 9782265055995

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3 février 2021 3 03 /02 /février /2021 05:15

Allo Papa Tango Charlie…

Captain W.E. JOHNS : Worrals au dessus de la forêt vierge

Familièrement appelée Worrals, Joan Worralson survole l’Afrique à bord de son Kingfisher en compagnie de son amie Betty Lowell surnommée Frecks à cause de ses éphélides nombreux. Elles sont parties de Londres en épuisant toutes leurs économies dans l’achat de cet avion que maîtrise parfaitement Worrals. Tout comme Frecks, elle est officier d’aviation, démobilisée, et comme pour certains, l’après-guerre est synonyme d’un retour à la vie civile assez compliqué et ennuyeux.

Elles avaient fait la connaissance de Bill Ashton, lieutenant aviateur dans la R.A.F. et s’étaient liées d’amitié. Bill était même tombé amoureux de Worrals, mais la jeune fille, trop éprise de son indépendance n’était pas prête à se laisser passer la bague au doigt. Par dépit, Bill s’était envolé en Afrique du Sud afin de retrouver son oncle Dick, qu’il n’avait jamais vu. Oncle Dick, associé avec Andrew Macintosh, est l’heureux possesseur d’une concession aurifère, à Magube Drift, à la lisière du désert du Kalahari. Seulement les conditions d’exploitation ne sont guère favorables et les deux hommes végètent malgré la présence de filons prometteurs, des problèmes de logistique entravant leurs recherches.

Lorsque Bill était parti, il avait promis d’écrire tous les quinze jours à Worrals. Elle a bien reçu une lettre expédiée du Cap, au contenu quelque peu embrouillé, comme s’il l’avait rédigée sous l’emprise de la boisson, mais depuis rien. Deux mois se sont écoulés et Worrals inquiète s’est décidée à rejoindre Bill en compagnie de Frecks. Elles ont pour objectif immédiat Impala Vley, un aérodrome provisoirement abandonné, afin de se ravitailler en carburant.

Seulement, à l’atterrissage, quelle n’est pas leur déconvenue en se voyant refuser le précieux carburant par deux hommes qui se déclarent être les nouveaux propriétaires du terrain d’aviation. Ils sont armés et n’hésiteront pas à leur tirer dessus si elles ne partent pas immédiatement. Elles obtempèrent mais Worrals est bien décidée à fournir du liquide à son avion qui a soif. Elle se pose sur une piste tracée par des animaux et revient à la nuit à l’aérodrome en compagnie de Frecks. Elles s’emparent de quelques bidons dans une réserve, en cachent d’autres, et peuvent s’envoler vers Magube Drift.

L’oncle Dick est lui aussi sans nouvelles de son neveu Bill parti deux mois auparavant pour Le Cap et jamais revenu. Il leur explique la situation et les démêlés qu’il a avec les deux hommes qui se sont approprié le terrain d’aviation et les installations, lesquels sont toujours propriété de l’état. En outre, deux tribus d’indigènes se combattent, les Hereros et les Ovambos. Les Hereros ne leur posent aucun problème, surtout que l’Oncle Dick et son ami ont sauvé la vie de leur chef. Quant aux Ovambos, ils semblent avoir pactisé avec Shardwell et Gronck, les deux spoliateurs.

Worrals et ses nouveaux amis, vont tenter de contrecarrer les deux indélicats et retrouver Bill. Mais le combat va être rude, ce qui ne dérange guère la jeune fille intrépide. Seulement d’autres éléments, et non des moindres se dressent sur leur chemin. Lors d’un voyage de Worrals au Cap, celle-ci est appréhendée par un policier sous couvert qu’il a découvert qu’elle transportait un sachet de diamants. Elle retourne la situation grâce à son courage et à sa malice.

Mais des animaux sauvages rôdent dans la forêt : lions, rhinocéros, éléphants, et indigènes qui se montrent plus vindicatifs que les carnassiers quadrupèdes.

 

Délaissant son héros fétiche, Captain Johns nous offre en Worrals une héroïne courageuse, téméraire, audacieuse, qui ne se laisse pas monter sur les pieds par les êtres humains qui se montrent plus féroces que les espèces animales.

Un roman enlevé avec deux amies dissemblables mentalement, mais qui savent se surpasser dans des conditions délicates comme le prouve Frecks en de nombreuses situations. Elles tiennent tête aussi bien aux deux malfrats, qu’aux Ovambos et aux animaux ou encore au policier qui n’hésite pas à se rendre sur le terrain.

Un bon roman d’aventures qui rend hommage au courage féminin, à l’esprit d’entreprise que déploient Worrals et Frecks, et qui nous fait planer.

Captain W.E. JOHNS : Worrals au dessus de la forêt vierge (Worrals in the Wilds – 1947. Traduction S. Hot). Collection Captain W.E. Johns. Presses de la Cité. Parution le 20 janvier 1957. 192 pages.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
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