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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 08:23
Michel LEBRUN : Loubard et Pécuchet.

Une vocation tardive !

Michel LEBRUN : Loubard et Pécuchet.

Anecdote en guise d'introduction :

Lorsqu'au mois de mars 1996, je téléphonai à Michel Lebrun pour le féliciter d'entrer enfin au catalogue de la Série Noire, même si c'était pour une réédition, et souhaitai le retrouver prochainement avec un nouveau titre, il m'a dit d'un ton désabusé :

Oh, tu sais Paul, maintenant c'est trop tard !

Le 20 juin 1996, Michel Lebrun s'éteignait dans son appartement parisien.

 

Pour son dix-septième anniversaire, Pécuchet, appelé plus familièrement Pécu, n'y voyez aucune allusion scatologique, est invité par ses copains à se restaurer dans un entrepôt transformé en garde-meubles dans un quartier d'Aubervilliers.

Sont présent Jojo, le maître des lieux qui a mis les petits plats dans les grands, il n'a qu'à se servir avec tous les meubles et la vaisselle entreposés et dont il a la garde. Sont également présents, le petit Lucien à la face ravagée par l'acné, la Grande Geneviève dite Gin, Léon la Défonce déjà raide bourré et sa copine Crista, et Mimile l'Ordure qui doit son surnom à sa profession puisqu'il émarge à la voirie. Et une inconnue, blonde plantureuse à la poitrine accueillante.

Ils se sont tous cotisés et Marlène, la gironde dame, est son cadeau d'anniversaire !

Deux ans plus tard, nous retrouvons notre ami Pécu dans une résidence surveillée. Il rêvasse sur son pageot lorsqu'il est demandé au parloir. Lucien vient lui rendre une petite visite amicale, s'enquiert de ses conditions de vie et, surtout, lui remet un petit paquet contenant des clefs fabriquées par Léon grâce à de la mie de pain séchée. Léon est serrurier et a la main sûre dans la journée car il n'entame les litrons que lorsque la boutique est fermée. En sus des sésames, le paquet contient une matraque et une bombe paralysante.

Muni des précieuses clefs, Pécu sort de l'établissement en catimini, récupère sur un chantier voisin sa bécane motorisée, et se rend chez sa bru. Ah oui, je ne vous ai pas dis ! Pécu est né un 29 février et comme son anniversaire légal ne se fête que tous les quatre ans, on comprend mieux, n'est-ce pas ? Donc il se rend chez sa bru, qui vit seule car Alain le fils de Pécu l'a quittée, laquelle dort consciencieusement abrutie par les soporifiques. L'appartement est à Pécu mais il l'avait laissé à Alain, qui lors de son divorce l'avait donné à son ex-femme. Un méli-mélo pour Pécu qui ne roule pas sur l'or, loin de là et c'est pour cela qu'il végète dans un hospice pour indigents.

Donc Pécu sait que Roselyne, sa bru, cache son argent chez elle et il investigue soigneusement l'armoire. Il n'a pas besoin de fouiller longtemps pour tomber sur le magot. Seulement l'imprévu se matérialise sous la forme d'un intrus qui se faufile dans la chambre de la Belle au lit dormant. Pécu assomme le Prince Charmant et regagne béatement sa piaule à l'asile.

Je passe sur les détails, la venue de Roselyne qui se plaint du cambriolage, le soupçonnant quelque peu, mais Pécu possède un alibi en béton puisque théoriquement tous les pensionnaires de l'hospice sont consignés le soir. Pécu, grâce au pactole qu'il s'est approprié, loue un petit appartement dans le XVIIe seulement il faut penser à renouveler les rentrées d'argent. Alors il imagine, et mène à bien son projet, dévaliser les personnes ayant un besoin pressant de liquide. Il se place près des distributeurs de billets et assomme proprement les individus qui glissent leurs cartes bleues dans la fente. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si un jour un récalcitrant ne l'envoyait bouler. Il n'obtient de l'aide de la part d'Hélène, une Bibendum moustachue quinquagénaire qui vit dans une Estafette aménagée et est affublée d'un chien, un mastard,

Hélène va prendre Pécu sous son aile protectrice et tutélaire, il y a de la place, et Pécu est bien obligé de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Une association est née mais un troisième larron s'immisce, le voisin de Pécu, Montescourt, officier de police, qui se sent investi d'une mission, celle de protéger l'adolescent prolongé. Montescourt que les lecteurs fidèles de Michel Lebrun avaient déjà rencontré dans L'O.P.A de 4 sous.

Mais à cette époque, les distributeurs de billets ne s'affichaient pas avec arrogance à chaque coin de rue, aussi il leur faut gravir un échelon. Hélène et Pécu vont s'y employer.

 

On retrouve dans ce roman, toute la finesse, l'élégance, l'humour parfois ironique, le machiavélisme des intrigues concoctées par Michel Lebrun.

Une accroche inventive en prologue et au fur et à mesure que se déroule l'action, l'intrigue prend en consistance, toujours sur la corde raide. Michel Lebrun sait retomber sur ses pieds avec un épilogue sous forme de pied de nez jubilatoire.

Et l'ombre de Flaubert se profile dans ce roman, avec quelques allusions et des citations en introduction des différentes parties découpant ce roman.

Il est dommage que Michel Lebrun soit entré si tard dans la collection Série Noire, alors qu'il fit les beaux jours de la collection Un Mystère, puis lors de la disparition de celle-ci offrant des romans de qualité aux jeunes maisons d'édition, dont celles crées par exemple par François Guérif (Red Label) ou Alex Varoux (Engrenage).

Première édition Collection Engrenage N°54. Parution décembre 1982. 192 pages.

Première édition Collection Engrenage N°54. Parution décembre 1982. 192 pages.

Michel LEBRUN : Loubard et Pécuchet. Série Noire N°2415. Parution mars 1996. 176 pages. 6,05€.

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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 07:44
Jean-Paul DEMURE : Découpe sombre.

C'est l'histoire d'un mec...

Jean-Paul DEMURE : Découpe sombre.

Un roman sombre, sanguinolent, sanglant, mais tendre également.

Histoire d'un adolescent qui essaye de s'en sortir, de devenir quelqu'un, de trouver une dignité à laquelle il n'a pas été habitué parce qu'il ne l'a jamais côtoyée, tout ça par le travail. Un travail astreignant mais qui canalise ses pensées, ses pulsions.

Enfant d'H.L.M. miteuse, Victor ne vit plus ses plus moments d'une existence délabrée qu'au contact de ses copains et des filles de rencontre. Parce que, au point de vue famille, mieux vaut ne pas en parler. Circulez, y'a rien à voir !

Alors dégradations par ci, chapardages par là, et comme les phalènes toujours attirées par la lumière, Victor est irrémédiablement aspiré, englué, digéré, recraché par le centre commercial, le Super. Quoi qu'il fasse, où qu'il aille, ses pas le ramènent inlassablement vers les lumières, le factice.

Il existe bien une boîte de nuit, le lieu des rendez-vous galants, mais elle n'est pas épargnée des rafles policières, et Victor goûte au charme d'une nuit passée au poste. Une nuit et quelques compléments offerts généreusement pas la maréchaussée dans le but, oh combien sain et louable de démontrer à tous ces jeunes gens que s'ils proviennent de la poussière, et que si leur destin est de retourner poussière, ce n'est pas pour autant qu'il faut se complaire dans la fange.

Victor va se trouver un petit boulot peinard, homme toute main au Super. A lui les balayages, les manutentions, les remplacements. A la boucherie par exemple. Là il va faire la connaissance d'un désosseur qui le prend sous sa coupe. Le travail au secours de l'âme ! Fini les petits braquages, les fauches, les magouilles, les petites ambitions.

 

Jean-Paul Demure qui a obtenu le Grand Prix de Littérature Policière avec Aix-Abrupto en 1987, ne fignole pas dans la dentelle.

C'est dur, très dur. C'est noir, très noir. C'est rouge sang, c'est tendre, c'est prenant, c'est actuel, c'est délirant, c'est à lire !

 

 

Réédition collection Folio N° 2823. Avril 1996. 256 pages. 8,00€.

Réédition collection Folio N° 2823. Avril 1996. 256 pages. 8,00€.

Jean-Paul DEMURE : Découpe sombre. Série Noire N°2128. Parution février 1988. 288 pages.

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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 09:46
J.A. JANCE : Le sabre et le virus

Le sabre pour éradiquer les virus ?

J.A. JANCE : Le sabre et le virus

Lorsque l'on évoque le Japon, les images qui viennent tout de suite à l'esprit sont l'informatique, modernisme oblige, les Geishas, et le suicide par Hari-Kiri, une façon comme une autre de perpétuer les méthodes ancestrales.

Et même lorsqu'ils vivent loin de la mère patrie, les Japonais ou descendants de Japonais, mettent comme un point d'honneur à entretenir cette image de marque.

Ainsi Tadéo Kurobashi, un Nisei, c'est à dire d'origine japonaise mais né aux Etats-Unis, s'est fait Hara-Kiri avec un sabre, un Tanto, car la spécialisée dans l'informatique, une boite qu'il avait créée, a fait faillite.

Pour des profanes tel que l'inspecteur J.P. Beaumont de la police de Seattle, et son coéquipier Al Lindstrom, cette affaire aurait pu être banale. De même que pour le docteur Baker de l'institut médico-légal.

Mais pour Georges Yamamoto, le patron du laboratoire de police criminelle qui connaissait fort bien le défunt, ce n'est qu'un crime maquillé en suicide. Tadéo Kuromashi, fin connaisseur du rituel ancestral ne se serait pas supprimé comme les Samouraïs dont l'honneur était bafoué, sans observer, sans respecter une mise en scène préliminaire.

Voilà donc J.P.Beaumont sur la piste d'un meurtre à l'ombre duquel se profile la mafia. Beaumont est bien embêté car il doit résoudre sa petite enquête personnelle. Rien de grave mais il aimerait savoir pourquoi il s'est réveillé ce matin là avec une sérieuse gueule de bois et trois doigts de la main droite attachés sur une attelle. Et comment ces trois doigts qui l'handicapent dans sont travail ont pu être cassés.

 

Au fil des romans, le sixième en l'occurrence, le lecteur s'attache de plus en plus à ce personnage dont les aventures, sans être rocambolesques, sont assez variées dans le genre pour ne pas sembler sortir du même moule préfabriqué.

Des enquêtes, des histoires fort honnêtes, sans grand tapage, sans déploiement de force, et qui pourtant accrochent par leur réalisme, leur sens du vécu.

J.A. Jance, sans bruit fait son trou au sein de la Série Noire, ou faisait car les changements de direction éditoriale sont parfois néfastes pour quelques auteurs.

 

J.A. JANCE : Le sabre et le virus (Dismissed with Prejudice - 1989. Traduction de Michel Deutsch). Série Noire N°2222. Parution mars 1990. 320 pages. 7,80€.

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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 08:03
Bill PRONZINI : Histoires pour rire et pour pleurer

Les plus courtes sont les meilleures !

Bill PRONZINI : Histoires pour rire et pour pleurer

C'est du moins ce que prétend un vieil adage et que démontre avec brio Bill Pronzini dans ce recueil de trente nouvelles où il déploie avec talent sa palette de conteur.

Des histoires courtes, incisives, dans lesquelles l'humour et le pathétique se disputent la primauté et dont la force réside à chaque fois dans la chute.

Un épilogue souvent inattendu, en forme de pirouette, mais toujours logique.

Des histoires noires, quelquefois à la limite du fantastique, prenant souvent leur source d'inspiration dans des faits-divers, dans le quotidien, mais narrées avec un petit air de dérision, de cynisme ou de causticité.

Trente nouvelles qui abordent les thèmes de l'amour, de la mort, de la solitude, des travers ou des vertus que recèle chaque être humain.

Le tout traité avec cet amour humour corrosif qui sublime les histoires les plus noires, les plus grotesques, les plus banales, les plus invraisemblables, les situations les plus farfelues.

Des actions longuement muries ou fortuites, débouchant sur des conclusions morales ou immorales.

Trente nouvelles à déguster, à savourer longuement, mais que voulez-vous, c'est comme si l'on présentait une boîte de chocolats avec friandises aux parfums et aux formes différentes.

On veut goûter à tout et bientôt on s'aperçoit qu'il ne reste plus que l'emballage.

L'avantage avec un livre, c'est que la dégustation peut être renouvelée moult fois.

Bil Pronzini, un digne successeur de Fredric Brown et de William Irish.

Bill PRONZINI : Histoires pour rire et pour pleurer (Small Felonies - 1988. Traduction de France-Marie Watkins). Série Noire N°2209. Parution novembre 1989. 256 pages. 7,10€.

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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 10:21
Jerry KENNEALY : Polo et ses poulains

Et quand y'en a poulain, y'en a pour l'autre ?

Jerry KENNEALY : Polo et ses poulains

Nick Polo, détective privé dont on a fait la connaissance dans Solo de Polo, ne pensait certainement pas découvrir ce jour-là un cadavre dans les toilettes pour hommes du champ de courses de Golden Gate Fields.

En réalité, Nick Polo s'était institué le mentor de la belle Jane Tobin, journaliste touche-à-tout mais dont les connaissances sur les milieux hippiques demandent à être approfondies.

Donc il lui enseigne ce qu'est un bookmaker, à quoi sert un stopper, comment faire baisser une cote, ou pourquoi Johnny Aiello, stopper de son état justement, porte un imperméable en plein été.

Johnny Aiello, figure connue des champs de courses, mais dont la carrière sera prématurément stoppée. Nick va enquêter pour le compte de son oncle, bookmaker privé surnommé Pee-Wee.

Mais à fureter dans le monde des courses et des chevaux, il arrive un moment ou un autre où l'enquêteur dérange, ce qui lui permet d'apprécier pleinement cette expression : prendre une avoine.

 

Cette intrigue plongée dans le monde des courses hippiques nous fait penser immédiatement à un autre romancier qui a débuté comme jockey de la Reine et qui a produit de très bons romans : Dick Francis dont vous pouvez retrouver quelques chroniques de ses ouvrages sur ce blog.

 

Jerry KENNEALY : Polo et ses poulains (Polo's Ponies - 1988. Traduction de Madeleine Charvet). Série Noire N°2202. Parution octobre 1989. 192 pages. 6,65€.

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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 10:06

Ah, ma Zaune... à risques...

OPPEL : Zaune.
OPPEL : Zaune.

Au cours d'une partie de poker dans un pavillon inhabité de la banlieue parisienne, Zaune, la belle et flamboyante Zaune, la sage Zaune s'aperçoit avec colère et dépit que son frangin Nanar a repiqué au truc.

Pourtant il lui avait bien promis de ne plus se droguer, de ne plus jouer avec la seringue, de ne plus se transformer en passoire. Peine perdue.

La partie terminée, tout le monde rentre chez soi, retrouver ses petites habitudes. Zaune en profite pour passer un savon à son jeune frère. Mais ils ne sont pas seuls. D'une voiture s'élève une voix se rappelant au bon souvenir de Nanar.

Celui-ci s'enfuit avec ses problèmes et son manque. Il rentre en pleine nuit dans l'appartement familial et repart aussitôt.

Le lendemain matin, Zaune procède à une inspection minutieuse de la chambre du frérot. Elle y découvre un revolver, un kilo de blanche et de jolies liasses de billets verts. Elle n'a pas le temps de se demander ce qu'elle va pouvoir faire de ses trouvailles, le carillon de la porte la sort de sa torpeur. Vite, elle cache le revolver et balance la marchandise dans le vide-ordures.

Sue le palier, un  inspecteur de police fait le pied de grue, désirant rencontrer le drogué en fuite. Elle rembarre le flic et lui fausse compagnie. En tête, une idée, une seule. Retrouver Nanar et le remettre dans le droit chemin, lui sauver la mise.

D'un no man's land banlieusard au Chinatown du 13e en passant par la MJC qu'elle fréquentait toute jeunette, Zaune ne perd pas son temps. Peut-être ses illusions, ou ce qu'il en restait.

Deux malfrats et le flic sont à ses trousses, aux basques du frangin, et à la recherche active de la marchandise. Moustache, l'un des animateurs de la MJC, est un bon gars, il va l'aider. Et le voilà embringué dans une course poursuite qui va laisser des traces aussi bien sur le bitume que dans les corps.

 

Encore une histoire de banlieue, de drogue et de paumés, sauce néo polar, me direz-vous et me ferez remarquer avec juste raison.

Oui, peut-être, mais revue et corrigée par une grande tendresse.

Oppel a supprimé de sa prose nerveuse tous les poncifs, tous les clichés faciles sur la délinquance, le pourquoi du comment et tutti quanti.

Zaune se sent investie d'une mission : protéger son frère, cela ne va pas plus loin. Elle ne se pose pas de questions, elle n'en a pas le temps.

Une histoire dont la banalité se trouve effacée par la force d'évocation avec laquelle Oppel campe ses personnages, transcendée par des courses poursuites à la limite du burlesque et sur laquelle plane l'ombre d'une Jeanne d'Arc inconsciente et banlieusarde en lutte contre la drogue et ses méfaits. Il y a des gagnants et des perdants. Et il y a ceux qui raflent la mise sans avoir participé au jeu.

Réimpression octobre 2004.

Réimpression octobre 2004.

OPPEL : Zaune. Série Noire N°2257. Parution 1991. 192 pages.

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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 08:14
James Hadley CHASE : Méfiez-vous, fillettes !

Il ne faut jamais refuser les avances d'une femme, même si elle est déjà âgée et physiquement mal conservée.

James Hadley CHASE : Méfiez-vous, fillettes !

C'est ce qu'apprend à ses dépends Hamsley, danseur mondain, dont le domaine de chasse est le Club 22 tenu par Grantham.

Madame Polson accuse Hamsley d'avoir voulu la violer, et son mari, le propriétaire du Saint-Louis Banner, est furieux et il exige de Jay Ellinger, journaliste spécialisé dans les affaires criminelles, qu'il se renseigne sur Grantham et le présumé violeur.

Jay Ellinger, mais c'est vraiment pour faire plaisir à son rédacteur en chef qui se trouve sur une chaise éjectable, accepte à contrecœur d'enquêter sur les deux hommes et éventuellement découvrir quelque chose qui serait susceptible d'intéresser les policiers. Il se rend donc au fameux club où il retrouve une de ses connaissances, Perminger dont la femme, Sadie, est également présente mais attablée à un autre endroit. Grantham n'aime pas les journalistes et le fait savoir. Seulement en bon journaliste de chasse, Jay ne lâche pas le morceau facilement.

Grâce à un musicien, Jay apprend qu'un client du nom de Fletcher a foutu le bordel peu avant au Club 22 et s'est fait renvoyé manu militari avec tabassage en règle à la clé. Il se rend immédiatement chez Fletcher qui déclare que sa sœur a été embrigadée de force comme prostituée par Grantham. Seulement il ne peut pas le prouver. Toutefois Jay parvient à savoir que le Club 22 est un bordel dépendant de Tootsie Mendetta, un caïd qui a la main mise sur le trafic de tapineuses de Saint-Louis.

Une prostituée est découverte étranglée. Cela commence à grenouiller dans le quartier. Un homme de Mendetta a aperçu un homme sortir de l'hôtel où a eu lieu le crime. Il a reconnu Raven, un autre truand, qui vient d'arriver à Saint-Louis. Auparavant il était à Chicago, tout comme Mendetta. Il est arrivé à Saint-Louis sans le sou mais pas sans ambition.

Polson demande à Jay d'arrêter son enquête car il est lié à Mendetta, tout comme certains notables de la cité dont le procureur et le juge, mais rien n'y fait. Alors devant son refus, le journaliste est envoyé à New-York suivre un procès criminel.

Raven, qui possède sa garde privée sous forme de trois lascars entièrement dévoués à son service; veut s'emparer des affaires de Mendetta et il ne fait pas dans le détail. Il abat Mendetta et sa maîtresse, seulement Sadie l'a aperçu opérer depuis la fente de sa boite aux lettres. En effet Mendetta et le couple Perminger sont voisins de palier. Benny Perminger était absent à ce moment là à cause d'une crise de jalousie de Sadie.

Sadie est enlevée et Perminger est dans tous ses états et en informe Jay. Raven s'impose dans les maisons closes dont la principale est tenue par une métisse qui sait comment casser les filles qui lui sont confiées. Raven empêche par tous les moyens les péripatéticiennes de continuer à exercer leur métier dans la rue, en employant des moyens radicaux.

Il réforme le système de prostitution et fait enlever des jeunes femmes aussi bien à Saint-Louis que dans des grandes villes comme Kansas City, Denver, Springfield, et augmente son cheptel.

 

Méfiez-vous , fillettes ! est un roman noir, dur, âpre, qui se décline sur trois périodes de quelques jours chacune. Juin, août et septembre. Dans ce conflit entre truands puis la mainmise de Raven sur la prostitution, James Hadley Chase est du côté des prostituées malgré elles. Il insiste sur le rôle joué par la mère maquerelle et les sbires de Mendetta puis de Raven, sur les méthodes employées afin de briser la résistance des victimes. Les policiers ne se sentent pas concernés par les disparitions qui leur sont signalées et ne font aucun effort dans leurs recherches. Seuls les chauffeurs de taxi regrettent que la prostitution affichée dans les rues soit éradiquée au bénéfice des maisons closes par Raven car les courses nocturnes deviennent quasiment nulles.

Raven sait qu'il y aura toujours des clients pour son petit négoce de chair fraîche et il sait comment s'y prendre pour augmenter ses bénéfices. Sadie est devenue sa maîtresse officielle, mais il est persuadé qu'elle a le ressort brisé, tout comme certaines prostituées placées sous la coupe de la métisse. Mais c'est mal connaître les ressources morales de ces jeunes femmes.

James Hadley Chase insiste également sur le racisme ambiant qui règne sur la cité même parmi les prostituées autochtones. Il ne s'attarde pas sur les sévices infligés à ces futures prostituées, mais ce qui choque le plus ces jeunes femmes, c'est de se réveiller, après une séance viol au cours de laquelle elles étaient endormies, auprès d'un nègre, mot qui était couramment usité à l'époque, d'un Chinois ou d'un Philippin. Chase jette l'opprobre aussi bien sur les proxénètes que sur les clients, car s'il n'y avait pas de demande, cette profession n'existerait pas.

 

La seule passion de Raven réside dans une occupation qui lui prend parfois des heures, et toute la surface qu'une pièce de l'appartement qu'il occupe. C'est un fanatique des petits trains et il a installé un immense circuit ferroviaire qui lui détend les nerfs.

 

Curiosité :

Ce roman porte la double signature de James Hadley Chase et de Raymond Marshall, cet auteur étant publié aux débuts de la Série Noire indifféremment sous ces deux noms. Par la suite seul celui de J. H. Chase sera apposé sur les couvertures des romans publié dans cette collection puis les inédits dans la collection Poche Noire.

 

Ce roman a été adapté au cinéma par Yves Allégret en 1957 avec dans les rôles principaux : Antonella Lualdi, Robert Hossein et bien d'autres comédiens dont vous pouvez retrouver la liste ici.

James Hadley CHASE : Méfiez-vous, fillettes !
Réédition Poche Noir N°91. 1969.

Réédition Poche Noir N°91. 1969.

Réédition Carré Noir N°60. 1972.

Réédition Carré Noir N°60. 1972.

Réédition Collection Chase N°17. Parution mai 1996. 272 pages.

Réédition Collection Chase N°17. Parution mai 1996. 272 pages.

Réédition Folio Policier N°490. Parution décembre 2007. 8,00€.

Réédition Folio Policier N°490. Parution décembre 2007. 8,00€.

James Hadley CHASE : Méfiez-vous, fillettes ! (Miss Callaghan comes to grief - 1941. Traduction de Jacques Legris). Série Noire N°41. Parution octobre 1949. 254 pages.

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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 11:02
James N. FREY : Du plomb dans la tête

Surtout ne pas dépasser la dose prescrite !

James N. FREY : Du plomb dans la tête

Ancien boxeur, Joseph Zanca dit le Tank effectue de petits boulots pour une mystérieuse agence.

Il supplée en quelque sorte les flics, lui qui ne les aime guère. Sauf un, Donaldson, qui semble être embarqué dans une très sale affaire.

C'est Samantha, la fille de Donaldson, qui appelle à la rescousse Zanc. Mais ces deux là ne sont guère faits pour s'entendre. Pour Samantha, le mieux pour débrouiller une affaire compliquée, c'est de se servir de ses petites cellules grises. Zan ne demande pas mieux, mais faudrait-il encore qu'il ait en main toutes les données. Et comme il le constate :

Traquer un tueur en sa compagnie, c'est attirer la catastrophe sur sa tête comme l'arbre attire la foudre.

Et bizarrement, tout ce qu'ils entreprennent semble enfoncer davantage Donaldson dans la panade.

 

Flics pourris et drogue au programme. Plus évidemment quelques cadavres pour épicer le récit qui, s'il n'est pas sans saveur, aurait gagné à être réduit.

 

Je dois avouer qu'au début j'ai eu du mal à accrocher, mais peu à peu que se précisait la trame, que les personnages prenaient de l'ampleur, que l'action devenait moins confuse, la lecture est devenue plus agréable.

L'épilogue, l'identité du coupable, est archi-classique et la traduction d'un autre roman de James N. Frey nous permettrait de mieux appréhender cet auteur qui au demeurant ne manque pas de qualités.

James N. FREY : Du plomb dans la tête (A Killing in Dreamland - 1988. Traduction de Michel Deutsch). Série Noire N°2211. Parution janvier 1990. 320 pages. 7,80€.

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 10:17
Donald WESTLAKE : Le ciel t’aidera ?

Si t'es sage !

Donald WESTLAKE : Le ciel t’aidera ?

Donald Westlake faisait partie à la fin des années 1980, avec Bill Pronzini, Stuart Kaminsky et Lawrence Block, des valeurs sûres de la Série Noire. Ceux que l’on pourrait qualifier de la troisième génération du roman policier ou noir américain.

Et lire un Westlake, c’est assurément le meilleur moyen de chasser la mélancolie et la morosité que peut-être vous ressentez durant les longs mois d’hiver ; mélancolie et morosité entretenues par le vent et la pluie qui continuellement déferlent, surtout à l’approche de la nuit.

Voilà pour la note poétique et passons maintenant à la note humoristique. En effet Westlake, c’est l’humour, souvent de situation, mais aussi d’écriture et je pense, quoi que étant ignare en langue anglo-saxonne, qu’il faut rendre hommage à la traductrice Rosine Fitzgerald, pour le travail effectué afin d’en rendre toute la subtilité qui se dégage dans cette adaptation.

Westlake nous propose dans Le ciel t’aidera ? une nouvelle aventure de Dortmunder, un voleur ma foi bien sympathique. Une aventure qui commence bien mal puisqu’étant poursuivi par la police new-yorkaise pour un coup raté, Dortmunder n’a d’autres ressources que de se réfugier dans un couvent de religieuses. Un étrange marché est conclu entre la mère supérieure et son invité surprise : Dortmunder est chargé d’aller délivrer une des religieuses, Sœur Marie de la Grâce, détenue contre son gré par son père au soixante-seizième étage d’une tour.

Plus facile à dire qu’à faire mais faisons confiance à Dortmunder et laissons-nous entraîner dans cette histoire distrayante à la limite du loufoque.

 

Une petite citation ?

Dortmunder s’assit dans le lave-vaisselle, se cogna la tête, fit entrer sa jambe gauche, se cogna la tête, s’enfonça en se tortillant, donnant à son dos une courbe intéressante et jusqu’alors inconnue, et se retrouva la tête baissée pour voir son ventre, les jambes enlacées en nœud de vache et d’une façon générale, en train de se convertir en contorsionniste.

Editions Rivages Noir N°727, sous le titre Bonne conduite. Nouvelle traduction de Patricia Christian. Parution mars 2009. 368 pages. 9,15€.

Editions Rivages Noir N°727, sous le titre Bonne conduite. Nouvelle traduction de Patricia Christian. Parution mars 2009. 368 pages. 9,15€.

Donald WESTLAKE : Le ciel t’aidera ? (Good behavior – 1985. Traduction de Rosine Fitzgerald). Série Noire N° 2120. Parution janvier 1988. 320 pages.

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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 08:35
Dominic STANSBERRY : Un manifeste pour les morts

Un hommage ambigu rendu à Jim Thompson...

Dominic STANSBERRY : Un manifeste pour les morts

Au bout du rouleau, Jim Thompson se réfugie dans l’alcool et le tabac, malgré les efforts consentis auprès de sa femme Alberta.

Pourtant il a encore envie d’écrire, et lorsque Miracle, un metteur en scène lui aussi sur le déclin, lui propose d’écrire un scénario et d’en faire un roman, il est partant.

Une entreprise sans grand avenir mais que Jim accepte car le couple doit déménager, trouver quelque chose de plus petit, de moins onéreux. Il se rend à son studio dans la ferme intention de s’atteler à la tâche demandée, mais un inconnu déboule, une arme à la main avec l’intention de le tuer sous un prétexte vaseux. Thompson le met en fuite.

L’inconnu, qu’il surnomme l’Oki à cause de son accent hérité de l’Oklahoma, a laissé sa voiture en bas de l’immeuble où Jim travaille. Dans le coffre gît le cadavre d’une jeune femme. Et c’est ainsi que Jim Thompson est amené à enquêter tout en brouillant les pistes des policiers.

 

Ce ne serait qu’une histoire banale si Thompson n’était pas le héros malgré lui de ce roman dont l’intrigue est quelque peu convenue. Et il est dommage justement que ce soit Thompson, ou tout autre auteur de roman noir, qui soit mis en scène. Cela ne relève guère la légende, ou même l'estime que l’on peut professer à l’encontre de ce genre de bonhomme, méconnu, méprisé de son vivant.

Il aurait mieux valu que l’auteur de ce récit prenne pour héros un détective placé financièrement et moralement sur la corde raide. Utiliser un personnage connu relève plus du racolage que d’une fiction améliorée. Mais, car il y a un mais…

Mais d’un autre point de vue on peut comparer le style de Dominic Stansberry à celui de Jim Thompson, un Jim Thompson vieillissant qui confond réel et imaginaire, noyé dans les brumes de l’alcool qui le ronge et d’une paranoïa issue de sa dipsomanie.

Toutefois cet ouvrage possède l'avantage de donner envie de lire ou relire les romans de Jim Thompson, un point positif.

Dominic STANSBERRY : Un manifeste pour les morts (Manifest to the dead – 2000. Traduction d’Emmanuel Jouanne). Série Noire N°2696. Parution novembre 2003. 224 pages. 10,05€.

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