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5 novembre 2020 4 05 /11 /novembre /2020 04:52

Le Père Noël sera-t-il confiné ?

GUDULE : Géronima Hopkins attend le père Noël.

A soixante-trois ans, Henriette Lemartyr, plus connue sous le pseudonyme de Géronima Hopkins, est une romancière en vue, et ses ouvrages, des bluettes à l’eau de rose, s’arrachent comme des bouquets de fleurs, ou des petits pains, selon l’appétit des lectrices.

Au moment où nous la découvrons, elle est dans un lit, couchée avec le Père Noël. Un fantasme qui remonte à son enfance. Le Père Noël n’est plus en état de marche, dégoulinant de sang partout. Mais au moins, il a auparavant satisfait Géronima, sa libido et ses désirs. Elle aussi a été éclaboussée, un dommage collatéral qui ne prête guère à conséquence.

Alors elle se remémore, entre deux corrections de ses romans en cours, des améliorations concernant surtout Futur Père qu’elle signera peut-être pour une fois de son véritable patronyme, car dans le fond et la forme il est totalement différent de sa production habituelle.

Géronima a toujours cru au Père Noël et à l’aube de ses douze ans, le 24 décembre 1949, elle avait décidé de le surprendre en s’installant dans le salon familial, devant la cheminée. Et effectivement, tout à coup, descendant du conduit, le Père Noël est devant elle. Comment il se fait qu’elle se blottisse dans ses bras, et qu’il commence à lui retrousser sa chemise de nuit, l’appelant fillette, comme son père ?

Les Noëls suivants, elle n’aura pas le plaisir de le surprendre, mais cet épisode restera marqué à jamais dans sa mémoire. Et depuis cinquante ans, elle attend toujours le Père Noël, n’ayant jamais connu d’autres caresses.

Elle est installée près de Plonovez, tout au bout de la Bretagne, dans une demeure rustique, n’ayant à son service qu’une vieille femme qui ne vient qu’une fois par semaine. Elle reçoit la lettre d’une admiratrice qui signe Baby Golgotha. Comme la jeune femme réside dans la région, elle lui donne rendez-vous Aux bons amis, un bar de la petite commune. Elle est tout étonnée de découvrir une jeune fille au crâne rasé, la bouille maladive, affublée d’un gros coquard. Un accident de drap explique Bab, mais il ne faut pas en vouloir à Nono, son compagnon qui la fait grimper aux rideaux si bien qu’elle pardonne tout.

Et, intriguée, Géronima va découvrir le fameux amateur de coups et de douleurs (des coups et des douleurs, on ne discute !), une espèce de brute qui va même lui faire la cour. Elle n’apprécie pas ses manières de rustre, mais pour autant elle ressent dans son corps des fourmillements, à l’instar de ceux qu’elle a ressenti ce fameux soir de Noël alors que la main du Père Noël ( ?) la pelotait et tentait de s’insinuer en elle.

 

Ce qui pourrait être un conte de Noël, Géronima Hopkins attend le Père Noël est bien entendu un court roman destiné aux adultes, alimentant une certaine nostalgie. Celle de l’attente du distributeur de cadeaux, car à cette époque, la découverte des jouets, quand il y en avait, des friandises, et du sapin illuminé, s’effectuait le matin de Noël. La veille, pour certaines familles, c’était messe de minuit obligatoire, ou mini-réveillon, et au lit.

Gudule, alias Anne Duguël, ne se contente pas de délivrer un roman qui touchera peut-être certains lecteurs, ou plutôt lectrices, mais elle va plus loin, en expliquant l’origine de bien des romans. Une origine puisée auprès de proches, de voisins, de personnes rencontrées par hasard, et qui servent de support pour ses descriptions.

Et d’ailleurs certaines de ses rencontres, fortuites ou pas, sont sollicitées. Ainsi Baby Golgotha, dit Bab, écrit : Mon plus grand rêve serait d’être un jour l’héroïne d’un de vos romans, mais je sais que c’est impossible.

Et Géronima, qui s’exprime à la première personne, étant la narratrice, déclare :

Je dois à ce Je une bonne partie de mon succès, j’en ai la conviction. Mais ce n’est pas son seul intérêt.

Dans un texte à la première personne, l’auteur, lui aussi, s’implique différemment. Il ne raconte pas, il se raconte. Vraie ou fausse, l’histoire n’est plus une histoire, mais son histoire. Le livre devient aveu, confession. Véritable confession. Aveu authentique. Ainsi truque-t-on sa propre mémoire.

GUDULE : Géronima Hopkins attend le père Noël. Editions Albin Michel. Parution novembre 2001. 192 pages.

ISBN : 978-2226127396

Réédition Collection Piment. France Loisirs. Parution août 2002. 148 pages.

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4 novembre 2020 3 04 /11 /novembre /2020 04:47

Un roman épistolaire et polyphonique

Frédéric LENORMAND : Un beau captif.

Le 7 prairial an VI, soit en langage universel le 26 mai 1798, un jeune garçon, âgé probablement de treize à quatorze ans, surgi de nulle part, vêtu tel un petit seigneur mais chaussé de sabots, est conduit à la maison d’arrêt de Châlons-sur-Marne par le garde-champêtre de Mairy. Il refuse de révéler sa véritable identité auprès de Nicolas-Joseph Lecacheur, directeur du jury ou commissaire de police, et est incarcéré dans la prison dont la concierge, Rosalie Delaunay n’est autre que l’épouse Lecacheur. Etait, car depuis 1792, une loi permet le divorce.

Si Lecacheur reste sur la réserve concernant ce gamin qui affirme être de noble naissance, sans apporter de véritables preuves, Rosalie Delaunay s’entiche de ce vagabond, lui aménageant des appartements luxueux. Elle le cajole et bientôt elle est persuadée qu’il s’agit de Louis XVII, le Dauphin qui officiellement est décédé en la prison du Temple en 1795 à l’âge de dix ans.

Bientôt Rosalie est rejointe dans sa conviction par d’autres personnalités issues de tous bords, tandis que des voix contraires s’élèvent, traitant ce gamin d’imposteur. Des nobles, des émigrés la plupart du temps, revenus en France, se rendent auprès de l’adolescent, notamment une marquise, ancienne dame d’atour de Marie-Antoinette qui reconnait formellement le Dauphin. A la voix, car elle est atteinte de cécité. Mais aux questions qu’elle lui pose, il répond avec assurance, fournissant les bonnes réponses, du moins celles qu’elle attendait.

Il explique qu’il a été aidé dans son évasion par un inconnu qui aurait déposé sur sa paillasse au Temple un garçonnet et que lui se serait caché dans un panier de linge emporté par la blanchisseuse. Et d’autres détails complètent son récit et ses allégations.

 

Plus qu’un roman, Un beau captif est un exercice de style, composé d’échanges épistolaires, de rapports, de témoignages, d’extraits de journaux intimes, de documents qui parfois se complètent, parfois se contredisent.

Ceci n’est pas pour rebuter Lecacheur, par son goût de l’enquête et en même temps par son désir de contrer, contrarier, son ex-femme. Une enquête à rebondissements, située dans une période trouble, le Directoire, durant laquelle fleurissent de nombreux complots, aussi bien du côté des Royalistes que des Jacobins, et qui se terminera par le coup d’état du 18 brumaire An VIII et la période du Consulat qui verra la montée en puissance de Napoléon Bonaparte. Mais ceci est une autre histoire comme l’écrivit Rudyard Kipling.

Les différentes pièces qui constituent ce roman, surtout celles qui s’avèrent contradictoires mais sont nécessaires, ralentissent un peu l’intrigue, mais apportent un goût de véracité à l’histoire.

Car cet épisode est véridique et si tout ceci est englobé comme une fiction, il n’en est pas moins réel. D’ailleurs les sceptiques peuvent cliquer sur le lien ci-dessous afin de connaître les tenants et les aboutissants de cet épisode légèrement abracadabrant, pour ne pas écrire rocambolesque puisque ce terme n’existait pas alors.

 

Frédéric LENORMAND : Un beau captif. Editions Fayard. Parution 3 mai 2001. 306 pages.

ISBN : 978-2213609461

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2 novembre 2020 1 02 /11 /novembre /2020 05:27

A consommer avec modération !

Christopher NICOLE : Un petit blanc

En ce mois d’aout 1936, la Guyane britannique est en effervescence. Les travailleurs des plantations se soulèvent, des autochtones et des coolies originaires des Indes orientales principalement. Ils sont menaçants, brandissant coutelas, se dirigeant vers la demeure de leur maître.

Rupert, un jeune garçon âgé de six ans, joue aux soldats de plomb, et est bientôt rejoint par son copain Johnnie Sikram. Le garçon est un peu plus vieux et c’est le fils du maître d’hôtel de la plantation Longdene. Jouer avec Rupert est un rite qu’il apprécie. Tous les après-midi, après l’école, il va s’amuser à cache-cache avec Rupert. Mais ce jour-là, la déferlante des ouvriers en colère gâche sa joie.

Le jeune Rupert ne se démonte pas et aussitôt il s’engouffre dans la demeure et ressort avec deux pistolets. Deux colts qu’il décharge sans coup férir sur les ouvriers en colère. Pour le principe, car ce sont des pistolets factices et ses munitions, des amorces. Mais cela produit son petit effet, tout autant auprès des ouvriers de la plantation que des domestiques. Bientôt les policiers arrivent en renfort afin de mettre bon ordre à ce soulèvement.

Ce petit blanc, blond et frêle, qui accumule tous les ans des maladies, est considéré comme un petit héros. Puéril mais quand même, il a de l’avenir. Du moins c’est ce que pense sa famille, son père évidemment, son oncle Simon, qui lui offre même un verre de whisky pour récompenser son courage, sa mère et les autres femmes de la maison ainsi que la domesticité.

Mais cet éclat spontané le marquera à jamais. Il ne se sentira plus jamais en phase dans cette ambiance dans laquelle évoluent Noirs et Blancs. Malgré quelques unions entre races, le mariage de certains des habitants en provenance de la Grande-Bretagne avec des autochtones, ce soulèvement laissera des traces. Aussi bien chez les Noirs dont la prépondérance se fait de plus en plus prégnante que chez les Blancs qui ne sont après tout que des colonisateurs.

 

Né en Guyane Britannique, Christopher Nicole, né le 7 décembre 1930 à Georgetown au Guyana, a probablement vécu de l’intérieur les incidents qu’il décrit. Et peut-être connu ce petit garçon qui va devenir un adolescent séduisant, pathétique, partagé, déchiré, par ses passions, ses désirs, ses remords, et ses peurs.

La reconstitution d’une époque trouble qui se décline quelques années avant le grand conflit mondial, mais entraînera d’autres soulèvements, le rôle des Blancs se montrant parfois délétère envers les populations locales.

Si l’histoire semblait intéressante, j’avoue m’être ennuyé à la lecture du roman. Il y manque un peu de mouvement, d’humour, même si l’intrigue ne s’y prête guère, d’un petit quelque chose d’indéfinissable qui fait, qu’une fois la dernière page tournée, on reste dubitatif. Mais comme ce n’est pas le seul que je possède, une nouvelle tentative s’impose.

Pour en savoir un peu plus sur cet auteur prolifique, plus de deux cents romans, mais peu traduit en France, une quinzaine au Fleuve Noir, chez Buchet-Chastel, à la Série Noire, aux Presses de la Cité… je vous invite à cliquer sur le lien ci-dessous.

 

Christopher NICOLE : Un petit blanc (White Boy – 1966. Traduction de Lily Jumel). Collection Grands Romans. Editions Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1970. 316 pages.

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29 octobre 2020 4 29 /10 /octobre /2020 05:37

Hommage à Daniel Piret décédé le 22 octobre 2020.

Daniel PIRET : Projet espoir suivi de Le crépuscule des idoles.

Ecrits au début des années 80 pour les éditions Fleuve Noir et la collection Anticipation, ces deux romans ne furent pas publiés car Daniel Piret fit partie de la charrette qui propulsa bon nombre d’auteurs, lesquels pourtant firent la renommée de la maison d’édition, vers la sortie par le bon vouloir d’un nouveau directeur.

Heureusement les manuscrits étaient bien rangés et ils n’ont pas pris une ride, même si l’action du Crépuscule des idoles se déroule en 2008, soit un avenir très proche au moment de l’écriture. Il est amusant d’ailleurs de comparer notre époque à celle décrite par Daniel Piret dans ce roman. Et comme déclare l’un des protagonistes : “ La morale n’a rien à voir avec la finance et le désintéressement n’est qu’une utopie ”.

Quant à Projet espoir, dont l’action se situe dans quelques millénaires, Daniel Piret nous propose la vision pessimiste mais réaliste d’une humanité déchirée. Comme toujours une majorité de pauvres hères est asservie par une minorité méprisante et arrogante. Seulement, les plus faibles, au lieu de s’unir, ne pensent qu’à s’entredéchirer, creusant un peu plus le fossé. Seul un humaniste, un utopiste penseront certains, qui fasse preuve d’abnégation, allié à un être doté de facultés dont il n’a pas conscience, peut faire pencher la balance et retourner la situation. Mais pour combien de temps ?

 

Projet espoir : A la suite d’une “ dernière ” guerre mondiale qui se révèle être un véritable cataclysme, la Terre est scindée en deux entités. D’un côté les Tours et les Maîtres des Tours, personnages puissants mais que personne ne connaît, imposant l’ordre avec une armée de Brigade de sécurité composée de soldats appelés les Noirs, de l’autre la Cité, un territoire peuplé de mutants, tels les hommes-courtilières, les hommes-poissons, les harpies, les Marqués, et les Normaux, en nombre restreint.

L’air est vicié, une brume acide plane sur les décombres, des nuées urticantes flottent au ras du sol, la nourriture est rare. Ces survivants traqués par les Tours et les Noirs, sont dirigés par le Sacrificateur qui selon les renseignements obtenus préparerait une subversion.

Cham et ses amis Lusi et la jeune Maud sont envoyés en mission afin de tuer le Sacrificateur. Ils s’efforcent de passer inaperçus, et sont pris en charge par deux Normaux mais sont démasqués. Lusi reste sur le carreau tandis que Cham et Maud parviennent à s’échapper. De retour aux Tours, ils se ressourcent dans un endroit paradisiaque, rare privilège. Il leur faut retourner accomplir leur mission, supprimer le Sacrificateur, avant que celui-ci parvienne à fédérer les différents habitants de la Cité. Et de la façon dont ceux-ci se comportent, cela ne risque pas d’être pour demain. Ils parviennent bravant moult dangers auprès de cet homme qui se montre affable et conciliant. Cham va alors découvrir que sa mission est peut-être un piège mais surtout qu’il peut changer le cours du destin de la Terre, hypothétiquement pour des jours meilleurs.

 

Le crépuscule des idoles : Suite à une déception amoureuse, Samuel, jeune adolescent de dix-sept ans considéré comme utopiste, certains le qualifieraient d’anar, a tenté de se suicider en entrant dans un transformateur électrique. Le professeur Joly constate que si Samuel est mort cliniquement, son cerveau continue à travailler, et que son activité a même augmentée, dépassant nettement plus que la moyenne. Son activité cardiaque a également repris.

Relié à un ordinateur afin d’évaluer son encéphalogramme, et au grand étonnement du professeur Joly et d’un informaticien spécialiste de cybernétique, le docteur Sunday, Samuel semble correspondre avec la machine. Cette conversation mentale dépasse même l’entendement puisqu’il communique avec le Grand Coordinateur, l’ordinateur central qui régit les Etats-Unis d’Europe, lequel est aussi en liaison avec les autres appareils des grandes nations. En guise d’ultimatum, le Grand Coordinateur organise une panne immense qui perturbe le pays pendant quelques minutes.

Samuel est alors mis au secret, sous la garde d’androïdes, près de l’appareil devenu pour tous l’Idole, et ni sa famille ni son amie Lydia ne peuvent le voir. Seul Sunday s’autorise le droit de visite. Bientôt le Grand Coordinateur prend des initiatives inattendues, telles que parler, émettre des avis, et pis (ou pire pour certains), donner des ordres. Ainsi les dettes des pays pauvres sont effacées, des livraisons de provisions alimentaires sont distribuées, au grand dam des spéculateurs qui ne peuvent que constater les résultats. Tout semble en règle, personne, chefs d’états, informaticiens, banquiers, profiteurs, personne ne peut contester les décisions prises. Le système des vases communicants est engagé.

Vous pouvez commander cet ouvrage directement aux éditions Rivière Blanche en dirigeant le pointeur de votre souris sur le lien ci-dessous :

Pour en savoir un peu plus sur l’auteur, je vous propose un portrait de Daniel Piret :

Deux chroniques concernant d’autres ouvrages parus chez Rivière Blanche :

Daniel PIRET : Projet espoir suivi de Le crépuscule des idoles. Préface de Rémy Lechevalier. Collection Rivière Blanche 2049. 248 pages. 17,00€.

ISBN : 978-1-934543-36-8

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27 octobre 2020 2 27 /10 /octobre /2020 04:55

Hommage à P.-J. Hérault, décédé le 26 octobre 2020.

P.-J. HERAULT : Les bâtisseurs du monde

Lorsqu’il sort de sa nouvelle hibernation, qui a duré près de six cents ans, Cal est surpris d’apercevoir à ses côtés Louro. L’ordinateur H1 de la base des Loys dans laquelle il s’était enfermé, a construit une réplique de son ami vahussi, un robot recouvert d’une peau dont la ressemblance humaine est à s’y méprendre. Lou, c’est son nom, parle et agit comme un être humain. Il suffit de lui donner les bonnes instructions, qu’il suit fidèlement. Il est même capable d’anticiper, comme s’il possédait une intelligence non artificielle.

Décidé à visiter à nouveau la planète Vaha et se rendre compte des améliorations apportées grâce à ses conseils, Cal demande à H1 de lui fabriquer trois autres robots, mais exige qu’ils soient différents afin de ne pas ressembler à des clones. Puis il part à la découverte, espérant que ses conseils prodigués quelques siècles auparavant ont été appliqués.

Après avoir trouvé où son fils a été enterré et repris la bague dont il était muni, Cal se dirige vers le port de Semoul à bord d’un char à voiles rudimentaire. En chemin il rencontre un chasseur solitaire et agressif. Cal parvient à l’apaiser en discutant aimablement avec Sistaz, c’est ainsi que se nomme le chasseur. L’homme se méfie des prêtres, malgré tout il accepte de monter à bord du char.

En cours de route, ils rencontrent une chaîne humaine, des prisonniers attachés par le cou les uns derrière les autres. Ils sont encadrés par des soldats en armes, arc et épée. Deux autres personnages les accompagnent, plus petits que les Vahussis. Ce sont des Hommes-de-Frahal. Cal refuse de se plier aux injonctions de l’un des prêtres et la bagarre est déclenchée, laissant sur le carreau les soldats et les Hommes-de-Frahal. Ensuite Cal s’enquiert de quel forfait ont été reconnus coupables les prisonniers. L’un d’eux, Divo, se fait le porte-parole de ce petit groupe d’hommes libérés et explique dans quelle situation se trouve le pays Vahussi.

Le territoire des Vahussis est dirigé par un Seigneur et les prêtres. Les habitants doivent obéissance à Frahal, un dieu fabriqué de toutes pièces et la moindre incartade est violemment réprimée. Cal est révolté par cette nouvelle civilisation imposée alors que son but était de pousser les Vahussis sur la voie de la civilisation et de l’indépendance.

Alors il va s’élever contre cette forme d’esclavage religieux et bâtir un port sur une langue de terre, et dans lequel les Vahussis désireux de s’affranchir de ce diktat pourront se réfugier. Pour cela, il demande à l’ordinateur de la base de lui fabriquer quelques centaines de robots qui devront bâtir cette nouvelle ville et construire des navires. Pour communiquer avec H1, il possède un micro émetteur-récepteur implanté dans une dent. Et il offre à ses amis de la première heure, Sistaz et Divo, des postes clés, des responsabilités dont ils s’acquittent avec reconnaissance.

 

Alors que dans Rescapé de la Terre, Cal prônait la tolérance et le pacifisme, deux vertus qu’il exhorte encore, nous assistons dans ce deuxième volet à de multiples combats entre Vahussis et Hommes-de-Frahal. Mais Cal est soutenu dans son entreprise par l’ordinateur qui lui fournit des hommes-robots, des technologies dont il se garde bien de révéler l’origine auprès de ceux qu’il veut aider à sortir des griffes de la religion et surtout de ceux qui s’en servent à des fins personnelles et politiques.

Il fabrique une imprimerie rudimentaire, des armes plus perfectionnées que les arcs, des arbalètes, et il va même jusqu’à enseigner comment distiller de l’alcool. Ce qui va à l’encontre des préceptes qu’il défendait dans Rescapé de la Terre.

Un roman sociologique entrecoupé de très nombreuses scènes de batailles. La science-fiction et l’aventure font bon ménage, et l’on se demande ce qui prime de l’un sur l’autre.

C’est également un roman qui se veut un vibrant hommage à la liberté, refusant des contraintes imposées par des hommes se réclamant d’un Dieu inaccessible et invisible, ou d’une morale ressemblant à celle qui était en vigueur sur Terre, lorsque Cal l’a quittée. Par exemple, autrefois les femmes se mettaient en couple et pouvait quitter leur compagnon, à n’importe quel moment, sans que cela entraîne une quelconque forme de jalousie. Mais depuis la main mise des prêtres sur la vie des Vahussis, il n’en va plus de même. Un couple n’a plus le droit de se séparer, au nom de la morale. Sinon, la femme est condamnée à être brûlée par les prêtres, au Temple, quant à l’homme il est condamné aux bricks (voir image) pour dix ans.

Et voilà, songe Cal, la bonne vieille morale terrienne se retrouve ici. Il est probable qu’elle y fait autant de ravages.

 

P.-J. HERAULT : Les bâtisseurs du monde
Réédition collection Anticipation N°1722. Editions Fleuve Noir. Parution novembre 1989.

Réédition collection Anticipation N°1722. Editions Fleuve Noir. Parution novembre 1989.

Réédition Milady Poche dans Cal de Ter 1. Parution avril 2013.

Réédition Milady Poche dans Cal de Ter 1. Parution avril 2013.

P.-J. HERAULT : Les bâtisseurs du monde (Cal de Ter 2). Collection Anticipation N°714. Editions Fleuve Noir. Parution février 1976. 224 pages.

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23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 16:06

Allo ? Ne coupez pas !

Gérard GUEGAN : Eurydice ne répond plus.

Journaliste, Christian Lassalle s'intéresse à ce qui se passe dans un centre de réveil réservé aux personnes atteintes d'un coma profond.

Observateur en situation irrégulière, c'est pratiquement le seul homme au milieu d'un aréopage de personnel soignant féminin. Le cas d'Eurydice, prénom qu'il a attribué spontanément à une jeune fille victime d'un accident, l'intéresse particulièrement. Il veut s'identifier à Orphée et l'aider à remonter des Enfers où elle se trouve.

Il se heurte au personnel soignant, notamment à Isabelle Robert, médecin phoniatre, une blonde wagnérienne qui traîne une réputation d'incendiaire. Mais à travers cette patiente dont il s'est entiché, et dont il perçoit une solitude comme un rejet de la société, il se penche sur son propre passé. Un traumatisme le taraude. Celui de son amour pour Jérôme. Une blessure qu'il a tenté de cicatriser avec Mathieu. Sont intacts toutefois ses révoltes contre l'injustice, son besoin de marginalisation.

Un libraire bossu lui met le doigt dans la plaie en lui déclarant: A une bonne question, il n'existe jamais de bonne réponse.

Pourtant c'est une bonne réponse qu'il voudrait entendre de la part d'Eurydice qui progressivement renaît à la vie. Une vie totalement déphasée par rapport à ses antécédents familiaux. Un décalage s'est produit et Eurydice se noie dans ses souvenirs telle une sirène à qui l'on aurait coupé son appendice ichtyologique.

 

Eurydice ne répond plus est un roman parabole qui s'inscrit dans l'œuvre déjà imposante de Gérard Guégan. Le héros, journaliste, se lance dans une quête, un peu à la recherche du Graal de l'identité.

Il se déplace comme un chevalier romanesque et combat l'injustice créée par ses semblables et les avatars de la vie.

 

 

Gérard GUEGAN : Eurydice ne répond plus. Editions de l'Olivier. Parution janvier 1995. 160 pages.

ISBN : 9782879290676

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20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 03:24

Les fonctionnaires sont comme les livres d'une bibliothèque: ce sont les plus haut placés qui servent le moins.

Georges Clémenceau.

Léo GESTELYS : Nuit d’épouvante.

Tu peux aller te rhabiller déclare René Fortier à sa jeune modèle qui peut également quitter la pose. Fortier est un jeune sculpteur installé dans une petite impasse du 14e arrondissement parisien, une cité dédiée aux artistes.

Liette, diminutif de Juliette, est secrètement amoureuse du sculpteur qui lui ne pense qu’à Gemma Ricardo, danseuse étoile. Il envisage même de l’emmener en voyage, son oncle de province lui ayant envoyé la coquette somme de dix mille francs accompagnée d’une mercuriale. Il s’est empressé d’empocher l’argent, mais n’a pas lu la missive.

Puis il se rend dans un restaurant fréquenté par quelques amis et confrères, et vers minuit rentre chez lui, insouciant. A l’entrée de la ruelle, il aperçoit une forme ramassée sur un banc. Il l’interpelle, lui pose la main sur l’épaule. L’individu chavire. Il est mort, probablement de froid. Alors René Fortier se dirige immédiatement vers une borne d’urgence et contacte la police du quartier.

Son devoir accompli, il rentre chez lui, et est fort étonné que la lumière dans sa chambre soit allumée. C’est pour découvrir Liette allongée dans son lit et endormie. Pour l’éternité. Il se prend les pieds dans un vêtement et se rend compte qu’il s’agit du manteau de Liette. Le col d’hermine est taché de sang. Alors il demande à son ami Axel, un peintre norvégien qui vit dans un pavillon voisin, de prévenir la police.

Bientôt le commissaire spécial, les hommes de l’identité judiciaire, le procureur de la république, le juge d’instruction, sont sur place et pour tous, il est indéniable que Fortier est le coupable tout désigné. D’autant que le cadavre sur le banc n’est autre que l’oncle du sculpteur qui avait annoncé son arrivée dans la capitale. Leur conviction est faite. Sauf pour le jeune inspecteur Larsac qui sent que l’affaire n’est pas si simple, à cause d’un simple bout de papier traînant sous un rideau, papier que personne n’avait remarqué, sauf lui.

 

Il suffit de peu de chose pour accuser sans preuve, juste sur de simples présomptions et des déductions hâtives. Seul, ce simple représentant des forces de l’ordre émargeant dans le bas de l’échelle de la fonction publique et policière s’obstine, pensant à raison que Fortier, coupable désigné, est la victime d’une embrouille. Ce qui justifie la citation placée en exergue de ma chronique.

Une intrigue simple, comme il y en avait beaucoup dans ces petits fascicules de 32 pages, l’auteur ne pouvant extrapoler à l’infini. Et souvent, ces histoires ne se terminent pas dans la joie et la bonne humeur. Le protagoniste principal ressentant un goût amer pour s’être montré négligent et imprévoyant.

Léo GESTELYS : Nuit d’épouvante. Collection Mon Roman Policier N°17. Editions J. Ferenczi et Fils. Parution 1er trimestre 1946. 32 pages.

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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 03:26

Allez hop tout le monde dans les étoiles…

James BLISH : Les villes nomades. L’intégrale.

Considéré comme l’un des auteurs majeurs de la science-fiction, James Blish est peut-être moins connu que ses confrères que sont Isaac Asimov, Poul Anderson, Robert Silverberg, Robert Heinlein ou encore Frédéric Pohl. Il est vrai que ce fut un véritable scientifique, possédant un bagage dans la recherche médicale et la zoologie. Il est vrai que son aura en tant qu’auteur vivant n’aura duré qu’un quart de siècle, approximativement de 1952 à 1975. Pourtant il reste l’auteur d’une tétralogie qui marquera toute une génération, celle des Villes-Nomades, déclinée, selon les références, de 1952 à 1962. A l’origine de ses romans, souvent des nouvelles publiées notamment dans Astounding Stories, comme The Bridge dont le thème sera repris dans Aux Hommes les étoiles et que l’on pourrait résumer ainsi : des scientifiques et techniciens, basés sur Jupiter V, bâtissent un pont au-dessus de Jupiter.

L’engin principal appelé Coccinelle, manipulé depuis la base, glisse sur des rails. Le froid, la glace et le vent perturbent l’avancée des travaux. Mais ceci n’est que l’un des thèmes majeurs contenus dans le roman, et concerne l’anti-gravité.

L’autre thème majeur est la recherche de l’immortalité par des essais secrets effectués sur des nouveau-nés, dans les laboratoires de la firme pharmaceutique Pfitzner, nom à rapprocher des laboratoires Pifzer, société pharmaceutique américaine crée en 1849. La découverte principale étant l’ascomycine qui est un anti-agathique permettant de prolonger la vie des patients l’utilisant de soixante-dix ans.

Enfin, mais ce qui n’est pas entièrement développé dans ce roman, la présence des Croyants, des membres d’une secte religieuse prête à recourir à n’importe quelle méthode pour se faire entendre, dénonçant les nouvelles technologies et les projets humains, comme la construction du grand Pont, comparant cette entreprise à la tour de Babel d’autrefois.

Certains déplorent l’argent englouti dans la construction du grand Pont, alors qu’il pourrait servir dans la recherche sociale, et que l’Occident s’est soviétisé. Et les hommes fuient ce nouvel état totalitaire en arrachant de la Terre, grâce à l’anti-gravité, des cités telles que New-York, s’envolant vers les étoiles.

 

Gérard Klein, romancier, directeur de collection et critique, dans son article intitulé James Blish, l’intellectuel de la SF paru dans Fiction N°70 de septembre 1959, écrivit : Le thème général qui sous-tend cette œuvre, qui lui sert en quelque sorte de toile de fond, relève de l’effort de l’homme pour s’imposer à l’univers, dans le cadre de l’histoire. C’est un hymne à la puissance de l’homme que cette œuvre.

Quand à Daniel Riche dans son article Un humaniste de la SF : James Blish, publié dans Univers 05 de juin 1976, écrit : …le scientifique exigeant quant à la plausibilité de ses hypothèses et la rigueur de ses démonstrations et l’écrivain porté par un enthousiasme qui autorise les plus folles extrapolations.

L’inconvénient avec les romans d’anticipation écrit dans les années 1950 et dont l’action est située au début des années 2010, réside dans ce que le laps de temps écoulé ne peut être crédible en ce qui concerne certaines évolutions. Les voyages dans l’espace par exemple. Pourtant certaines de ces extrapolations s’avèrent aujourd’hui prémonitoires en ce qui concerne les aspects religieux et les manifestations de prosélytes intégristes ou fanatiques, et le problème de l’affectation de l’argent dépensé dans l’application de technologies visant à contrer les autres états dans un but de prépondérance, au détriment de la recherche médicale dans le souci du bienfait de l’humanité.

Rigoureux, James Blish se montre parfois aride dans l’écriture de ses intrigues et leur développement, mais son propos de visionnaire reste d’actualité.

 

Sommaire :

Aux hommes les étoiles (They Shall Have Stars - 1952, 1954, 1957. Traduction de Michel Chrestien). Collection Présence du Futur N°80. Editions Denoël. Parution février 1965. Rééditions février 1973, novembre 1980, janvier 1992 et mars 1995.

Les Villes nomades (A Life For The Stars – 1962. Traduction de Michel Deutsch). Collection Présence du Futur N°99. Editions Denoël. Parution mars 1967. Rééditions août 1971, novembre 1981 et mai 1993.

La Terre est une idée (Earthman Come Home – 1953, 1959. Traduction de Michel Deutsch). Collection Présence du Futur N°103/104. Editions Denoël. Parution août 1967. Rééditions août 1971, mai 1982 et mai 1993.

Un coup de cymbales (A Clash Of Cymbals – 1958. Traduction de Michel Deutsch). Collection Présence du Futur N°106. Editions Denoël. Parution février 1968. Rééditions août 1971, décembre 1982 et mai 1993.

 

James BLISH : Les villes nomades. L’intégrale.

James BLISH : Les villes nomades. L’intégrale. Couverture cartonnée. Préface d’Alex Nicolavitch. Editions Mnémos. Parution le 18 septembre 2020. 680 pages. 35,00€.

ISBN : 978-2-35408-800-2

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17 octobre 2020 6 17 /10 /octobre /2020 03:46

Sans rire, il est difficile d’être un bouffon du roi…

Michel ZEVACO : Triboulet.

A cinquante ans, François 1er est las de sa maîtresse Madeleine Ferron, dite la Belle Ferronnière. Il a jeté son dévolu sur une adolescente de dix-sept ans, Gilette. Il annonce à ses courtisans cette décision et Triboulet, le Fou du Roi, un bossu dont les réparties sont sarcastiques, et font souvent rire jaune ceux à qui il s’adresse, l’entend. Même le roi est importuné dans certaines circonstances et ne mâche pas ses mots. Mais rien n’y fait.

Triboulet oyant la déclaration de François 1er est bouleversé, car Gilette est sa fille. Ou du moins, il considère l’orpheline comme sa fille, l’ayant élevée. Et Gilette est persuadée que Triboulet est son géniteur.

Afin de parvenir à ses fins François 1er avertit Jean Ferron, le mari de la Belle Ferronnière de son infortune, et va jusqu’à lui donner la clé de la chambre dans laquelle elle reçoit son royal amant. Cela ne se fait pas, surtout de la part d’un personnage aussi important, et elle médite sa vengeance.

Gilette, lorsqu’elle apprend l’envie du roi, est chagrinée. Elle aime un malandrin du nom de Mandred, qui vit dans la cour des Miracles en compagnie d’un autre jeune homme de son âge, Lanthenay. Tous deux sont orphelins, comme bon nombre de personnages qui gravitent dans ce roman. Orphelins, ou enlevés à leurs parents dans leur plus jeune âge.

Gilette aime Mandred, depuis qu’elle l’a aperçu de sa fenêtre et Mandred aime Gilette depuis qu’en déambulant dans la rue il l’avait vue appuyée à sa fenêtre. Pourtant autant ils ne se sont jamais parlé.

De nuit il rencontre le roi, accompagné de quelques-uns de ses fidèles, importunant Gilette (cela commence à devenir rasoir penserez-vous) et le provoque. Il est arrêté et promis à la pendaison. Il en réchappera grâce à un subterfuge. Il aura à cœur de venger l’honneur de sa belle et aidé de Lanthenay et des membres de la cour des Miracles en s’introduisant dans le palais royal.

Le roi François qui ne deviendra 1er lorsque François II accèdera, pour quelques mois, au trône, apprend que Gilette dont il voulait faire sa maîtresse est sa fille. Pourtant il sera toujours le cul entre deux chaises, ressentant un vague amour paternel mais surtout une grosse envie de la coucher dans son lit.

 

Tout comme Alexandre Dumas, Michel Zévaco s’inspire de l’histoire de France, mettant en scène des personnages célèbres et des épisodes réels. Il les déforme un peu parfois, tout comme le fit son célèbre prédécesseur. Mais ses romans sont parfois plus hauts en couleurs, plus exubérants, plus démesurés, plus épiques, plus théâtraux dans la description des événements et des combats.

Zévaco narre des intrigues d’amour et de haine, dans lesquelles coups fourrés, trahisons, empoisonnements et transmissions de maladies, vengeance, amitiés, combats, foisonnent offrant des heures de lecture passionnantes.

Parmi les personnages réels, outre la Belle Ferronnière, on retrouve Etienne Dolet, écrivain, poète, imprimeur, humaniste et philologue, qui prend une part active dans le cours de l’intrigue, et surtout François 1er et Ignace de Loyola, fondateur et premier supérieur de la Compagnie de Jésus, les Jésuites.

Et il reste fidèle à ses idées anarchistes, pour lesquelles il fût arrêté à plusieurs reprises et purgeât plusieurs mois en prison pour ses déclarations : Les bourgeois nous tuent par la faim ; volons, tuons, dynamitons, tous les moyens sont bons pour nous débarrasser de cette pourriture.

Michel Zevaco n’est pas tendre envers le roi et le jésuite. François 1er est ainsi décrit :

François 1er était un type de reître policé. Sous le vernis brillant de son imagination, sous le faste de ses prétentions à la poésie et aux arts, ce qu’on trouvait en lui, c’était l’homme de la bataille. On en a fait un ténor, c’était un tueur.

 

Quant à Loyola, c’est un religieux prêt à tout pour imposer ses idées.

Savez-vous, leur dit-il, qu’il est permis de mentir dans l’intérêt et pour la gloire de Dieu ?...

Savez-vous qu’aucune action n’est condamnable, si elle tend au bien de l’Eglise et à la gloire de Dieu ? Je dis aucune action : même le vol, même le meurtre…

Il faut qu’on le sache ! Tout est permis, tout est juste, tout est bon qui conduit au triomphe de Jésus et de la Vierge. Si la fin proposée est bonne, tous les moyens sont bons.

 

Et lorsqu’il s’entretient avec Rabelais, il lui déclare, en présence de Manfred et de Calvin :

Ces philosophies, je leur déclare une guerre à mort. Ce sera avant peu l’extermination des hérésies, et de la science. La science est maudite. L’ignorance est sacrée. En Espagne, nous avons commencé à traquer les faiseurs de livres. En France, j’ai obtenu du roi chrétien François de Valois que les mêmes poursuites soient commencées. Malheur ! Trois fois malheur aux hérétiques et aux savants ! Il y a à Paris un homme de perdition : Etienne Dolet… Nous voulons tuer la science. Pour tuer la science, nous tuerons l’imprimerie. Pour tuer l’imprimerie, nous tuerons Dolet.

Un peu plus loin il ajoute :

Il faudra choisir entre la croix et le bûcher. Ou la croix dominera le monde, ou le monde deviendra un véritable bûcher !

 

Une étrange conception de la région qui n’est pas très catholique !

Ce roman possède une suite qui s’intitule La Cour des Miracles. A lire prochainement sur cet écran. En attendant, je vous laisse juge des bienfaits et des méfaits des Jésuites, et de l’influence sur ceux qui en ont reçu l’éducation. Comme un certain président actuel.

 

Vous pouvez lire ce roman en le téléchargeant gratuitement et légalement en pointant votre curseur sur le lien ci-dessous :

Michel ZEVACO : Triboulet. Texte établi d'après l'édition Arthème Fayard, Le Livre populaire 1948. Version numérique gratuite sur Bibliothèque électronique du Québec. 482 pages.

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15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 03:08

Entre Robinson et Tarzan…

P.J. HERAULT : Le rescapé de la Terre.

Lorsqu’il se réveille de son hibernation forcée, Cal pense n’avoir été confiné dans sa cellule spatiale que durant dix jours. En touchant sa chevelure qui s’est allongée comme celle d’un hippie, son raisonnement l’amène à croire à quelques mois, voire quelques années. Mais en fixant le calendrier numérique à quatre chiffres, il n’est plus obligé de calculer. Le cadran affiche le 6 avril 1631. Alors qu’il a été opéré en juillet 2296.

Et voilà, cela fait au moins plus de neuf mille ans qu’il voyage dans l’espace, alimenté par des espèces de sonde. Et il entend un message enregistré par son ami Giusse, un message qui n’est pas porteur d’espoir, car cela signifie que si ce message lui est diffusé, il n’est que le seul rescapé d’une catastrophe.

Il arrive en vue d’une planète bleue, le seul genre de planète qui, comme chacun sait, est susceptible d’abriter une présence humaine. L’atterrissage s’effectue en douceur et il peut récupérer des caisses de survie. Il s’imprègne du paysage composé d’une végétation abondante puis s’éloigne jusqu’à une falaise au milieu de laquelle il distingue une grotte.

Il parvient à grimper, explore cette caverne, et l’aménage en hissant ses caisses à l’aide d’un treuil qu’il fabrique grâce aux divers objets contenus dans ses caissons. Il s’installe confortablement selon les moyens du bord, qui sont quand même conséquents puisqu’il possède deux tubes laser dont il doit limiter l’usage, et d’autres bricoles, puis part à la découverte de son nouvel environnement grâce aux cartes issues de l’ordinateur de bord et qu’il a imprimées. La faune ne manque pas et il peut s’alimenter sans problème en chassant et fumant la viande ou en pêchant les poissons qui foisonnent dans une rivière proche.

Mais parmi ces animaux certains ne sont guère accommodant comme ces espèces de babouins belliqueux. Pris en tenaille par de gros ursidés il est sauvé par un homme qui est muni d’une lance. Alors il fait la connaissance d’une tribu dont les représentants, mâles et femelles, ont les cheveux blonds, presque blancs. C’est un Vahussi, nom de cette peuplade qui vit sur cette terre d’asile et s’exprime dans un langage que ne comprend pas Cal. Pourtant à l’aide de geste il apprend que son sauveteur se nomme Lourogastoyu, rapidement abrégé en Louro tout simplement.

Louro l’emmène dans son village et Cal est pris en charge par une jeune fille dénommée Meztiyano laquelle lui enseigne avec patience leur langue et leur mode de vie. Par exemple, il n’existe pas de mariage proprement dit mais la femme peut s’installer en couple avec un homme, puis changer de partenaire sans que cela pose problème. Et inversement. Ils ne connaissent pas la jalousie. Ils sont aussi individualistes et tolérants. En contrepartie Cal, pacifique de conviction, apprend à ses nouveaux amis l’art de fabriquer des arcs, et de s’en servir, puis à construire une roue qui va les aider pour déplacer de grosses charges, à nager puis à construire des petits bateaux. Car si ces hommes et femmes vivent près d’un grand lac, ou de la mer, ils se conduisent en béotiens devant cet élément liquide.

Mais en aucun cas, Cal ne veut devenir un chef de tribu, juste se montrer comme un guide ou un aide dans certaines situations. Par exemple lorsque les Vahussis sont en butte à la vindicte d’envahisseurs esclavagistes. Il tombe amoureux de Meztiano, à la mode des Vahussis et la jeune femme semble être dans les mêmes dispositions. Il en résultera la naissance d’un fils.

Au cours d’une de ses déambulations il découvre une sorte de tumulus qui s’avère être une base souterraine, contrôlée par un ordinateur extraterrestre endormi aménagé par un ancien peuple, les Loys.

 

Le rescapé de la terre est le premier volume d’une série prometteuse, admirablement servi par un auteur qui ne sombre pas dans la violence. Il met en scène une sorte de Robinson arrivant sur une planète inconnue et qui est obligé de se débrouiller contre la nature parfois hostile. Tout comme son prédécesseur, Cal récupère des outils et des armes qui vont l’aider dans son installation.

Mais contrairement à ce qu’il se passe parfois dans bien des romans d’aventures et de robinsonnades, Cal ménage les représentants de la tribu des Vahussis. Sans se montrer paternaliste, il est un peu leur protecteur dans certaines conditions difficiles, ne désirant pas devenir le chef mais au contraire se mettant à leur service.

La narration est selon les chapitres, à la première personne ou à la troisième, selon les circonstances.

S’il y a un côté Robinson dans les aventures de Cal, il existe également une légère analogie avec Tarzan :

Alors, à tout hasard, je reste ainsi, immobile, les regardant calmement. Puis je me frappe la poitrine des deux poings, en poussant un hurlement, allez savoir pourquoi. Paniqués, les trois babouins font demi-tour et s’enfuient !

 

Réédition collection Anticipation N°1716. Editions Fleuve Noir. Parution 8ctobre 1989.

Réédition collection Anticipation N°1716. Editions Fleuve Noir. Parution 8ctobre 1989.

Réédition Collection Imaginaire. L’intégrale Cal de Ter volume 1. Editions Milady.

Réédition Collection Imaginaire. L’intégrale Cal de Ter volume 1. Editions Milady.

P.J. HERAULT : Le rescapé de la Terre. Série Cal de Ter. Tome 1. Collection Anticipation N°691. Editions Fleuve Noir. Parution 4e trimestre 1975. 224 pages.

Réédition collection Anticipation N°1716. Editions Fleuve Noir. Parution 8ctobre 1989.

Réédition Collection Imaginaire. L’intégrale Cal de Ter volume 1. Editions Milady. Contient : Le rescapé de la Terre, Les bâtisseurs du Monde et La planète folle. Parution Mars 2012. 600 pages. Réédition du même en Poche, éditions Milady. Parution avril 2013. 480 pages.

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