Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
22 novembre 2020 7 22 /11 /novembre /2020 05:13

On nous cache tout, on nous dit rien
Plus on apprend plus on ne sait rien
On nous informe vraiment sur rien…

Gildas GIRODEAU : Nuclear parano.

En allant à la pêche, occupation fort prisée lorsque le confinement le permet, Jaume Ferrer ne pensait pas trouver un aussi gros poisson. En bas de la falaise de Cap Béar, non loin de Port-Vendres, gît le corps d’une femme. Il descend pour constater les dégâts, et courageux mais pas téméraire, il informe la police d’une cabine téléphonique. En remontant il trouve dans les herbes une gourmette qu’il empoche.

Paul Feder, qui vit sur une goélette amarrée sur les quai de Port-Vendres, désire s’approvisionner en oursins, et pour cela il possède son vendeur attitré, Loïc Lebozec. Malheureusement, ce jour-là, Loïc n’a pu récolter ses hérissons de mer. Il a toutefois découvert une pierre dont Paul aura l’utilisation. Mais ce n’est pas tout. Loïc pêche parfois des moules au large pour le compte d’un laboratoire. Or une scientifique lui avait donné rendez-vous mais elle ne s’est pas présentée. De plus, et Paul assiste de loin à la scène, il est importuné par un petit vieux qui marche avec une canne.

Le soir même Loïc réveille Paul, qui dort doucement balancé par la houle. Il lui demande de l’héberger car rentrant chez lui, il s’est fait attaquer par un individu. Il a pu échapper au coup de matraque qui lui était destiné et à son agresseur, et a eu le temps d’apercevoir un second individu dans une voiture. Il s’est jeté dans les eaux du port et a nagé jusqu’à l’embarcation de son ami.

Le lendemain matin, alors que Loïc dort encore, Paul va prendre son petit jus chez Raoul. Le cafetier lui tend le journal local. D’après le journaliste, Loïc est recherché par la police pour une affaire de drogue et pour ses accointances avec la morte qui a été identifiée. Il s’agit de Laure Blanchet, une scientifique vivant à Perpignan.

Loïc affirme n’avoir jamais vu cette scientifique. Juste des relations téléphoniques et des moules. Des bivalves qu’il pêchait près d’une des bouées cardinales de la réserve marine de Banyuls et qu’il plaçait dans des emballages isothermes qu’un transporteur express venait chercher. Or, d’après le canard local et son concurrent, une histoire de drogue relierait Loïc à cette Laure. Ce qu’il dément formellement.

Paul convainc Loïc de prévenir les forces de l’ordre. Aussitôt dit, aussitôt fait. Ces braves représentants de l’ordre arriveront dans une demi-heure, le temps de venir de Perpignan. Seulement lorsque les pandores arriveront sur place, ce sera pour récolter Loïc qui vient de se farcir quelques pruneaux, expédiés aimablement par deux individus circulant à bord d’un véhicule noir.

Le commissaire principal Fernand Costes est chargé de cette affaire et demande à Paul Feder, qui fédère tout le monde apparemment, de l’aider à retrouver les assassins. Paul accepte, pour la mémoire de son ami, mémoire salie par cette présomption de marchand de drogue, alors qu’il sait pertinemment que jamais Loïc n’y aurait jamais touché ni vendu.

Paul pense que les policiers se trompent de chemin et qu’ils sont mal embarqués. Les événements vont lui donner raison et les morts vont s’accumuler sur son chemin, tels les cailloux du Petit Poucet.

 

Le lecteur avisé aura compris que cette affaire cache une affaire liée au nucléaire, la nouvelle drogue étatique. Et Gildas Girodeau nous propose par ce roman, qui relève tout autant du policier que de l’espionnage, une diatribe contre les agissements de l’Etat français de l’époque, rappelons que ce roman a été édité pour la première fis en 2009, qui veut nous faire croire que ses mains sont blanches alors qu’il amoncelle les mensonges avec effronterie. Mais ceci n’est pas nouveau.

Les Français sont forcément mêlés à ça. Dans la situation actuelle, si un accident nucléaire a eu lieu ils l’étoufferont par tous les moyens. Les enjeux sont trop importants.

Oui, en plus leur nouveau président s’est fit l’apôtre du nucléaire dans le monde. Partout où il se rend, de la Chine à l’inde en passant par la Libye ou les Emirats du Golfe, il promet le soutien de la France pour l’accès au nucléaire civil et propose la vente de leur nouvel E.P.R.

Ça ne m’étonne guère, la France a toujours penché pour le nucléaire. Le consensus est général, gauche et droite confondues. Sous les manipulations répétées du lobby, ils ont fini par croire que c’était le futur, alors que maintenant c’est franchement le passé. Mais comme leur économie va mal, ils exportent leur savoir-faire.

Ce n’est pas le seul exemple proposé.

Petit aparté : L’E.P.R. deuxième génération de Flamanville (Manche) dont la construction a débuté en décembre 2007, et dont la mise en service était prévue pour 2012, accumule retards et vice de forme si bien (ou mal) que cela est reporté à 2023. Si tout va bien, car les incidents n’en finissent pas de se déclarer et on se demande si un jour il sera opérationnel. Nonobstant, des milliards sont engloutis tous les ans pour rien, alors que cet argent pourrait servir ailleurs, dans la recherche médicale par exemple. Voir à ce sujet l’article détaillé dans le lien ci-dessous :

Avec ce roman qui aurait mérité une plus large diffusion, Gildas Girodeau fait œuvre pie, mais comme écrivit Mathias Lübeck Nul n’est prophète en son pays, et dont la citation complète est : Nul n'est prophète en son pays, mais qu'on veuille l'être à l'étranger on se fait appeler métèque.

De son petit coin catalan, Gildas Girodeau s’élève contre les mensonges, les omissions, les propos faussement vertueux, les écrans de fumée, les thèses supposées complotistes et dénoncées comme telles car trop proches d’une vérité dérangeante. Mais un jour, et peut-être ne serons nous plus là, et nos gouvernants non plus qui entre-temps auront engrangés des pots de vin et auront œuvrés pour laisser l’illusoire trace de leur passage politique à la postérité, pour constater et vérifier les méfaits de toute cette technologie prônée comme le modernisme mais qui pourrait bien être l’ouverture de nos cercueils.

Première édition : Editions Cap Béar. Parution 1er avril 2009.

Première édition : Editions Cap Béar. Parution 1er avril 2009.

Gildas GIRODEAU : Nuclear parano. Suite catalane 2. Collection Noire sœur. Editions Ska. Parution 30 septembre 2020. 150 pages. 4,99€.

Version papier éditée chez Horsain. Parution 27 février 2020. 168 pages. 11,00€.

Partager cet article
Repost0
20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 04:59

Bienvenu chez moi
Pour partager l'ivresse, les doutes, les peines et les joies…

Clarence COOPER : Bienvenue en enfer

Comment ce fait-il qu'on ne trouve jamais de logement, de boulot, d'endroit où étudier, mais qu'en revanche, on puisse trouver de la drogue sans aucun problème ?

Cette question fondamentale, qui reste sans réponse, Clarence Cooper la pose dans un dialogue entre détenus, son narrateur étant enfermé‚ dans un centre de détention dit la Ferme.

En théorie cet établissement doit permettre aux "pensionnaires" de purger une peine carcérale, le tribut à la société, tout en s'habituant progressivement à l'indépendance vis à vis de la drogue. Ce qui n'empêche pas les détenus de garder le contact avec le vice via l'herbe qu'ils fument en cachette.

La discrimination raciale existe, même si quelques matons, deux ou trois, sont Noirs. Ce qui pèse le plus, c'est le manque de femmes, une abstraction sexuelle avivée par les rencontres entre les représentants des deux sexes au cours de pauses-cafés. Des réunions tolérées et encouragées à la fois, en forme de récompense pour bonne conduite, qui ne permettent que des approches orales. Le toucher est interdit. En dehors de ces occasions, la conversation entre homme et femme, même par le langage des signes, les échanges oculaires sont prohibés.

Comment dans ce cas ne pas confondre avec une silhouette celle qui a disparu de votre vie. Un homme ne devrait jamais se repasser les images qu'une femme a laissées en lui.

 

La drogue est toujours présente dans ce roman, comme une obsession, et l'auteur qui affirme...et je crois donc que la meilleure drogue qui soit, c'est la lucidité n'applique pas à lui-même cette réflexion.

C'est ainsi qu'il sera découvert mort en 1978, dans une chambre d'hôtel, les poches vides et les veines bourrées d'héroïne.

Né en 1934 Clarence Cooper subit la dépendance de la drogue et connaît la prison à plusieurs reprises.

Bienvenue en Enfer est une sorte de message autobiographique, qui comme tout conseil (faites ce que je vous dis, ne faites pas ce que je fais), ne s'applique jamais à autrui et est toujours délivré pour les autres. L'on ne peut s'empêcher de tracer un parallèle avec la vie et la fin misérable de Donald Goines.

Clarence Cooper n'est pas un inconnu des amateurs de la Série Noire puisque son roman La Scène a paru en 1962 et réédité de nombreuses fois. L'écriture de Cooper est anachronique, parfois déconcertante mais non dénuée de charme.

Clarence COOPER : Bienvenue en enfer (The Farm – 1967. Traduction Jean-François Ménard). Collection Soul Fiction. Editions de L’Olivier. Parution Avril 1997. 302 pages.

ISBN : 9782879291338

Partager cet article
Repost0
18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 04:56

A ne pas confondre avec Les Amitiés particulières, si chères à Roger Peyrefitte.

Laurence EDMEE : Une étrange amitié.

Echanger quelques balles sur un court de tennis, c’est le meilleur moyen d’échapper au confinement et surtout de se créer des amitiés.

C’est ainsi que Julien et Yves qui fréquentent l’école des Arts et Métiers à Lyon, ont fait la connaissance tour à tour de Stéphanie puis de Catherine. Stéphanie, qui n’est pas de Monaco mais de Grenoble, est en sixième année de médecine. Et elle fait équipe avec Julien, battant régulièrement l’autre équipe, au grand dam d’Yves. Catherine fait ce qu’elle peut, sans plus, tout en étant obnubilée par Yves.

Entre Julien et Stéphanie, c’est le début d’un grand amour, quant à Yves c’est un bon copain sans plus. Catherine ne lui dit rien, au grand désespoir de la jeune fille.

Ayant obtenu leur diplôme d’ingénieur, ce qu’ils espéraient sans plus, il ne reste plus qu’aux deux amis de trouver une place. Grâce au père de Julien qui est ami avec un entrepreneur de travaux publics, les voilà en partance pour le Soudan, chargés de superviser la construction d’un canal afin d’alimenter en eau la région.

Stéphanie est fort marrie, mais comme le lui fait comprendre Julien elle ne doit pas sacrifier ses études de médecine, alors qu’il ne lui reste plus qu’une année avant d’obtenir son diplôme. Et puis ils ne partiront qu’un an. Avec un peu de bonne volonté, tout devrait s’arranger. Elle les rejoindra lors des vacances de Noël. Une petite coupure qui devrait les satisfaire tous.

Lorsqu’elle les rejoint au bout de quelques mois, elle sent la tension qui s’est installée entre les deux amis. Ils se font la gueule, ils se disputent, pour des bricoles, des anicroches, dans l’exécution des travaux.

Revenant en France, Stéphanie se demande bien ce qui a pu s’ériger entre les deux hommes au point de se détester. Mais un jour, Catherine l’appelle au téléphone. Elle a entendu à la radio que des rebelles se sont emparés d’otages Français. Bientôt la nouvelle est confirmée. Yves qui était en voyage à Khartoum pour régler quelques problèmes est sain et sauf tandis que Julien est porté manquant. Peut-être mort.

Un an après, Stéphanie s’est mariée avec Yves. Ce n’est pas le grand amour comme avec Julien, disons qu’elle a sacrifié à un pis-aller. Elle se souvient toujours des baisers, des caresses, de l’amour que Julien lui prodiguait. Mais elle espère avoir trouvé la sérénité avec Yves, l’ami et le compagnon des beaux jours.

Mais le destin est farceur, même s’il n’est pas toujours drôle.

 

Sous le pseudonyme de Laurence Edmée, se cache Giova Selly qui trouvait un nouveau débouché pour ses romans.

Une étrange amitié est tout autant un roman d’amour, normal c’est dans les gênes de la collection, mais aussi un roman d’aventures, avec un zeste de policier et de suspense psychologique. La jalousie en est le moteur, pourtant, curieusement Stéphanie ne semble pas s’en rendre compte. Elle cultive l’amour et l’amitié, mais ce sont souvent des sentiments incompatibles.

 

Laurence EDMEE : Une étrange amitié. Collection Nous Deux N°54. Groupe éditions mondiales. Parution 1er septembre 1992. 126 pages.

Partager cet article
Repost0
16 novembre 2020 1 16 /11 /novembre /2020 04:14

Quand on partait de bon matin
Quand on partait sur les chemins
A bicyclette
Nous étions quelques bons copains…

Maurice LEBLANC : Voici des ailes.

Deux couples en promenade s’apprêtent à se restaurer dans un établissement du Bois de Boulogne. Les deux hommes comparent leurs montures, en tout bien tout honneur. En effet ils sont arrivés, ainsi que leurs compagnes, en bicyclette, et ils s’extasient devant l’étroitesse des pédaliers, la rigidité des cadres, et autres détails concernant ce moyen moderne permettant de se déplacer partout.

Il est vrai qu’en cette année 1898, la technologie a beaucoup progressé et les bicyclettes sont devenues plus légères, plus maniables et fort agréables à enfourcher.

Les deux couples sont composés de Guillaume d’Arjols et de sa femme Madeleine ainsi que de Pascal Fauvières et de son épouse Régine. Des éléments si dissemblables que l’on se demande comment ils ont pu se marier ou tout simplement se prendre d’amitié.

Au bout d’une année de mariage, Guillaume a repris son habitude de fréquenter les couloirs de théâtres et les boudoirs d’accès facile, n’ayant pas honte d’afficher ses maîtresses. Madeleine est assiégée par les hommes, et elle accueille favorablement leurs hommages. Pour autant elle reste sage, étant d’une nature équilibrée.

Pascal lui est du genre mutique, voire taiseux, sauf lorsqu’un sujet le passionne et dans ce cas il peut être prolixe. Régine est plus gamine et enjouée, alerte et bavarde.

Les deux hommes se sont connus par leurs femmes qui étaient amies de pension.

Comme ils doivent se rendre à Dieppe quelques jours après, pourquoi ne pas y aller à bicyclette, propose Guillaume. C’est un long voyage, mais ils iraient en train jusqu’à Rouen, puis dans la cité portuaire avec leurs vélos, ce qui ne leur prendrait que deux jours. L’idée est adoptée, et les préparatifs achevés, bon voyage Monsieur du mollet…

Puis, comme il fait beau, pourquoi ne pas continuer et visiter la Normandie par petites étapes. Mais bientôt des affinités se créent entre les différents partenaires des deux couples. C’est ainsi que la pétulante Régine est plus souvent en selle aux côtés de Guillaume, tandis que la réservée Madeleine appuie volontiers sur les pédales en compagnie de Pascal.

Et un jour, à l’embranchement de deux chemins, les deux groupes se séparent, volontairement ou non, peu importe, et qu’ils continuent leur périple en couples séparés.

 

Ce court roman est une ode à la nature normande, traversant les cinq départements, mais également un éloge aux bienfaits de la promenade à bicyclette, et naturellement une charmante histoire d’amour qui se développe peu à peu en cours de route.

L’auteur s’attache plus aux pérégrinations de Pascal et Madeleine, laissant Guillaume et Régine batifoler de leurs côtés. Et cet amour naissant surprend ce nouveau couple de vélocipédistes, mais avec pudeur. On est loin du temps où l’on couche d’abord puis échange les prénoms après. C’est tout doucement que les liens se créent, avec des hésitations de part et d’autre, des rougeurs et des pâleurs lors des discussions, des aveux à moitié émis, des baisers chastes volés, et ainsi de suite.

Parfois il règne comme un nuage de libertinage, comme lorsque Madeleine afin de profiter du soleil pédale buste nu, mais cela ne va pas bien loin. Tout est pudiquement décrit, en retenue, contrairement au très érotique roman que Maurice Leblanc écrira plus tard sous le titre Le scandale du Gazon bleu et publié en 1935.

 

Vous pouvez également télécharger gratuitement, en toute légalité, ce roman sur le site de la Bibliothèque numérique romande :

Maurice LEBLANC : Voici des ailes. Editions Libretto. Parution 2 mai 2016. 128 pages. 7,70€. Première édition 1898.

ISBN : 978-2369142638

Partager cet article
Repost0
14 novembre 2020 6 14 /11 /novembre /2020 05:04

Hommage à Joseph Altairac, décédé le 9 novembre 2020.

Joseph ALTAIRAC : H.G. Wells ; parcours d’une œuvre.

Si le nom de Herbert George Wells perdure en littérature et surtout dans le domaine de la science-fiction, grâce à des titres tels que La Guerre des Monde, La Machine à explorer le temps, L’Homme invisible ou encore L’île du docteur Moreau, ne citer que ces romans serait réducteur et dévaloriserait l’homme et son œuvre littéraire. 

Pourtant, ce sont bien ces romans qui lui assurent de nos jours le titre de père de la science-fiction et lui confèrent une aura qui brille toujours. Mais outre cette vision parfois pessimiste de l’Humanité, H.G. Wells se préoccupe, tout comme Dickens, de l’Humain et du côté social dans lequel celui-ci vit. Il dénonce souvent le triste sort réservé à bien des membres de la classe moyenne inférieure. Et il se livre souvent à une impitoyable critique des mœurs sociales et économiques de son temps.

C’est ce que Joseph Altairac écrit dans son analyse de l’Histoire de M. Polly, charmant roman sensible et très souvent humoristique. Car Wells, comme précisé plus haut, n’a pas écrit que des ouvrages de science-fiction, mais aussi des romans et des nouvelles dans lesquels il met en scène des ouvriers, des employés, des boutiquiers n’ayant eu accès qu’à une éducation sommaire et qui constituent ce qu’en Grande-Bretagne on appelle la classe moyenne inférieure ou Low-middle-class.

Wells a toute sa vie dénoncé les injustices qui l’accablent et entravent son émancipation. Pour lui, l’état dans lequel sont laissés les membres de cette classe conduit à un scandaleux gâchis humain. Il est lui-même parvenu, au prix de quelles difficultés, à s’épanouir intellectuellement et socialement grâce à l’éducation, mais cette opportunité exceptionnelle est refusée au plus grand nombre.

Si Joseph Altairac souligne cette forme proche du paupérisme, c’est bien parce que Wells l’a lui-même vécue dans son enfance. Mais pour autant le romancier qui s’érige quelque peu comme le porte-parole de sa classe, n’en sort pas aigri. C’est un utopiste, un réformateur, qui ne sombre pas dans la mélancolie, dans le misérabilisme, dans le pathétique, et garde toujours une forme d’optimisme, même si cela ne se traduit pas toujours dans ses romans, et surtout d’un ton humoristique qui parfois l’a desservi, surtout auprès des critiques comme dans Les Premiers hommes dans la Lune.

 

Au sommaire de cet ouvrage qui permet de mieux connaître Herbert-George Wells et sa production littéraire, Joseph Altairac nous offre une introduction avec quelques dates significatives qui tournent plus ou moins autour de l’œuvre wellsienne et offrent des repères. Ensuite la partie biographique, enrichissante, intitulée De l’apprenti drapier au prophète moderne et De la science-fiction au réformisme social, cette seconde partie étant conséquente car elle apporte un éclairage sur certains romans de science-fiction ainsi que ses romans sociaux.

Puis il s’agit d’établir le rapport entre Wells et la France, au travers des critiques sur celui qui fut surnommé le Jules Verne anglais. Les romans scientifiques furent tout de suite adoptés, avec admiration, mais les romans sociaux restent au second plan.

Enfin la Bibliographie exhaustive comprenant pas moins de 227 titres, nouvelles publiées séparément, et dont certaines ont été reprises en recueils, et romans, commentée, même ceux qui n’ont pas été traduits en France et il y en a beaucoup. Avec le recensement des titres en anglais, la ou les dates des parutions et les éditions, britanniques et françaises.

Pour terminer, un index des titres, la bibliographie critique, les adaptations au cinéma, à la télévision et à la radio, et la chronologie de Wells.

 

Un véritable travail de bénédictin exigeant réalisé par un enthousiaste qui savait faire partager son savoir et sa passion, avec la complicité de quelques amis : Alfu, Jean-Luc Buard, I.F. Clarke, Daniel Compère, Gérard Klein, Simon Lequeux et Jean-Jacques Schleret.

Un livre qui devrait intéresser tous ceux qui lisent avec plaisir de la science-fiction, mais pas que, et désirent en connaître davantage sur l’homme, son œuvre et l’époque durant laquelle il a vécu.

 

Quelques ouvrages chroniqués sur le blog :

Pour vous procurer cet ouvrage, une adresse :

Joseph ALTAIRAC : H.G. Wells ; parcours d’une œuvre. Collection Références N°7. Editions Encrage. Parution avril 1998. 208 pages. 10,00€.

ISBN 2-906389-88-9

Partager cet article
Repost0
13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 05:32

La fameuse Note bleue !

Yves BUIN : Barney Wilen ; Blue melody.

Un petit livre mais un grand moment d’émotion pour qui a déjà écouté ce saxophoniste qui connut bien des éclipses. Qui se souvient aujourd’hui de Barney Wilen ? Les amateurs de jazz, bien évidemment. Les bédéphiles aussi pour la simple et bonne raison que Barney Wilen fut le héros d’une bande dessinée de Loustal et Paringaux : Barney et la note bleue (Casterman-1987). Et bien d’autres qui comme Monsieur Jourdain s’exprimait en prose sans le savoir.

En effet tous ceux qui ont entendu la musique du film Ascenseur pour l’échafaud ne retiennent que le nom de Miles Davis. Seulement le trompettiste, lors des séances d’enregistrement de la musique du film les 4 et 5 décembre 1957, s’était entouré du pianiste René Urtreger, du contrebassiste Pierre Michelot, du batteur Kenny Clarke et du saxophoniste Barney Wilen. Barney Wilen n’avait à l’époque que vingt ans et quelques mois.

Né à Nice le 4 mars 1937, d’un père juif américain et d’une mère française issue de la vieille noblesse provençale, le jeune Bernard-Jean, prénoms qui rapidement se contracteront en Barney, connaitra ses premiers émois musicaux aux Etats-Unis. En effet, son père qui sent le vent de répression se profiler, décide de s’exiler emmenant toute sa famille dans ses bagages, et après quelques déambulations s’installe en Arizona.

C’est en écoutant la radio qui diffuse à longueur de journées chansons populaires, standards et rythmes jazzés, qu’il s’intéresse à la musique, intérêt conforté par le don de son oncle Jessie d’un saxo-alto. A la Libération, la famille rentre à Nice et constitue un petit groupe, Le Cousin’s orchestra, qui se produit dans de petits bals, des fêtes locales et autres réunions conviviales. A treize ans notre futur saxophoniste fréquente les musiciens américains de passage sur la côte. A seize ans il monte à Paris, son père s’étant probablement laissé influencé par un ami de la famille, Blaise Cendrars, un expert en fugue, et le jeune Barney participe en 1955 en compagnie du pianiste Pierre Franzino et du bassiste Paul Rovère au tournoi des amateurs, récompensé par l’obtention de l’éphémère et prestigieuse coupe Jazz Cool, séduisant les membres du jury par son aisance ainsi que sa maturité.

Mais dès l’automne 1954 il fréquente les clubs, reconnu comme une étoile montante. Il jouera avec le pianiste Henri Renaud, Roy Haynes, Jay Cameron, Jimmy Gourley et Joe Benjamin. Sa musique emprunte au bop, dans la lignée de Charlie Parker, puis de John Coltrane, tout en sachant qu’il ne peut se mesurer à ses maîtres et devra graver son propre sillon. Puis il joue avec des membres du Modern Jazz Quartet, à l’instigation de Sacha Distel.

Début 1957, il enregistre ses premières galettes en tant que leader, alors qu’il n’a pas encore vingt ans, aux côtés du pianiste Maurice Vander, père adoptif du batteur Christian Vander, le leader de Magma, ou encore de Charles Saudrais, Gilbert Rovère, Hubert Fol.

Puis ce sera la rencontre avec Miles Davis, l’enregistrement d’Ascenseur pour l’échafaud, une tournée européenne avec les mêmes musiciens. Il enchaine ensuite les tournées, les prestations discographiques jusqu’en 1962, puis sa carrière, principalement discographique, est très souvent entrecoupée d’absence, puisqu’il continue à jouer dans de petits clubs sur la côte niçoise.

Mais il veut se détacher du bop, flirte avec le free jazz puis il part pour le continent africain afin de découvrir de nouvelles musiques, de nouvelles sonorités, d’élargir sa palette musicale, de ne pas se cantonner dans un style et peut-être de remonter aux origines. En décembre 1986 il enregistre la fameuse Note bleue et décède le 25 mai 1996 à l’âge de cinquante-neuf ans, ne reniant jamais son amour pour la musique.

 

Ce survol rapide de la vie de Barney Wilen est plus longuement développé par Yves Buin, mais les amateurs de sensationnel, de déclarations fracassantes, d’intrusions intempestives dans la vie privée du musicien, seront déçus.

L’auteur s’attache surtout à décrypter le musicien, ses rapports avec la musique, son parcours professionnel, sa discographie et les artistes avec lesquels il a enregistré, offrant leur chance à des artistes débutants comme Daniel Humair, Alain Jean-Marie, Laurent de Wilde, Enrico Rava…

Bizarrement alors qu’il possédait un visa américain, il ne fut jamais reconnu aux Etats-Unis, seulement par les musiciens américains de passage en France, mais encensé au Japon.

Cet ouvrage, indispensable à tous ceux qui apprécient le jazz et désirent parfaire leurs connaissances sans avoir l’impression de lire Gala, Voici et autres magazines people, est complété par trois articles extraits de Jazz Magazine (février 1961, février 1966 et avril 1972) ainsi qu’une discographie complète et les titres coups de cœur d’Yves Buin.

A la question : Vous considérez-vous comme un musicien français (jazz magazine n° 127 de février 1966) ? il répond : J’ai un passeport français, j’habite Paris : je me considère comme un musicien du monde, temporairement français. Ce n’était pas une question innocente et la réponse non plus, mais pour en savoir le pourquoi je ne peux que vous conseiller de lire ce document.

Yves BUIN : Barney Wilen ; Blue melody. Collection Castor Music, Le Castor Astral. Parution avril 2011. 128 pages.

ISBN : 9782859208622

Partager cet article
Repost0
11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 04:29

A la recherche du tant perdu…

Gilles VIDAL : Loin du réconfort.

Franck, le narrateur a tant perdu dans sa vie.

Perdu du temps, des occasions, des illusions, une mère, un père, une arrière-grand-mère, des amantes…

Ivina, sa dernière en date, une belle blonde prometteuse d’avenir puisqu’elle porte leur fils, Ivina n’est plus. Il la découvre chez eux, attachée à une chaise, le ventre ouvert, et je vous laisse deviner la suite. Ivina, rappelle-toi…

Il se résout à appeler la police et malgré leurs dires, ils savent qu’il n’est pas coupable, il est appréhendé. Dans le bureau des pleurs ou des aveux il est confronté à un homme qui, sans être aimable mais pas persécuteur non plus, l’interroge et à la sortie lui remet un papier blanc sur lequel, il le compulsera plus tard, est inscrit un nom et une adresse.

Pour l’heure, Franck a d’autres occupations. Le voyage au cimetière, au jardin des souvenirs. Il rencontre le père d’Ivina, un Biélorusse du nom de Sergueï, arrivé en France dans des conditions mal définies.

Puis c’est le départ, un long voyage à bord de son véhicule assez vieillot, écoutant ses morceaux préférés qui vont de la musique classique aux groupes des années 1960, tout en prenant des notes dans un petit carnet. Car Franck est écrivain, mettant sa plume au service d’entreprises ou autres. Avec l’espoir de rédiger son roman.

Il se rend dans un petit village puis se dirige vers la mer, calmée mais pas lui, accumulant en cours de route des rencontres pas toujours heureuses.

 

Le lecteur à la lecture de ce texte empreint de poésie et de nostalgie, se croit sur un matelas pneumatique, dirigeant ses regards vers les nuages qui s’échelonnent dans le ciel à la queue-leu-leu, se déchirant parfois ou se rattrapant.

Comme autant de souvenirs, d’épisodes familiaux ou personnels vécus par le narrateur. Des digressions, certes, mais qui en apprennent plus sur celui qui se confie, que ne pourraient le faire des analyses oiseuses édictées par des professionnels de la psychologie.

Dans Géronima Hopkins attend le Père Noël, Gudule écrit :

Dans un texte à la première personne, l’auteur, lui aussi, s’implique différemment. Il ne raconte pas, il se raconte. Vraie ou fausse, l’histoire n’est plus une histoire, mais son histoire. Le livre devient aveu, confession. Véritable confession. Aveu authentique. Ainsi truque-t-on sa propre mémoire.

Et Gilles Vidal narre avec tant de conviction cette histoire, que le lecteur a du mal à distinguer quelle part prendre entre le fictif et le réel, entre le vécu et l’imaginé, et il se trouve balloté comme un yoyo, descendant jusqu’aux tréfonds des souvenirs et remontant jusqu’aux épisodes présents, frénétiquement ou nonchalamment.

 

Nous traversons nos existences en nous accrochant comme des sangsues à nos biens matériels, mais en réalité nous ne possédons rien, pas plus qu’un seau l’eau qu’il contient.

Il est une contrée qui s’appelle l’enfance.

Gilles VIDAL : Loin du réconfort. Editions Zinédi. Parution le 29 octobre 2020. 168 pages. 16,90€.

ISBN : 978-2848592152

Partager cet article
Repost0
9 novembre 2020 1 09 /11 /novembre /2020 05:44

Mais pas sans cervelle ?

Gilles SCHLESSER : Mort d’un académicien sans tête.

Prénommé Oxymor, par un père farceur dont le patronyme est Baulay, on ne peut qu’aimer les mots, voire les maux. Oxy est journaliste indépendant travaillant pour plusieurs journaux et magazines, et sous l’impulsion de deux amis, Paul Mistraki qui dirige les éditions Visconti, et Lazare, qui n’est pas un saint, il décide de rédiger des articles consacrés à des membres de l’Académie Française et un ouvrage alphabétique.

Son ami Mistraki lui a fait visionner une émission télévisée, la Grande Librairie pour ne pas la nommer, au cours de laquelle Jean Mareuil, le poulain et la tête de gondole des éditions Visconti, et l’académicien Edmond de Rohan-Soubise, auteur de nombreux ouvrages de références, surtout apologiques de sa propre personne, se sont écharpés.

C’est ainsi qu’il se rend rue Bellini, le bureau de Rohan-Soubise, afin d’obtenir un entretien avec le maître. Maître et demi lorsqu’il le retrouve, adossé tenant entre ses petits bras sa tête encadrée. Il a été décapité à l’aide d’un coutelas malais de collection et la toile signée Soutine dont le cadre servait de support éparpillée en plusieurs lambeaux représentant la femme à l’écharpe blanche.

Le commandant Cathala, chargé de l’enquête en compagnie de ses adjoints qui jouent dans la catégorie deux poids deux mesures, et Oxy se connaissent bien. Cinq ans auparavant ils ont été mêlés à la résolution d’un crime, puis ils ont fraternisé, puis le temps a passé et comme à chaque fois dans ce genre de conditions, ils se sont perdus de vue.

Si Oxy est rapidement écarté des possibles coupables (le mot est adéquat dans ce cas), les prétendants à l’embastillement foisonnent. En premier lieu, Jean Mareuil, qui avait également rendez-vous avec Rohan-Soubise, désirant s’attirer ses bonnes grâces pour son élection à l’académie. Lazare, ami d’Oxy et écrivain fantôme de l’académicien décapité, mais pour lui cela signifierait un manque de rentrée d’argent. Et il ne faut pas oublier les gitons que Rohan-Soubise payait pour satisfaire sa libido. Car, quoique marié à une ravissante femme plus jeune que lui, il recherchait d’autres plaisirs.

 

C’est ainsi qu’Oxy se retrouve plongé malgré lui, quoiqu’il l’ait cherché, dans une recherche familiale. Car en effectuant ses recherches, indépendamment de Cathala, Oxy découvre des liens que sa grand-mère, fille-mère, a entretenus avec les Surréalistes d’André Breton. Notamment avec Robert Desnos.

Débute alors un retour en arrière, pour Oxy, tandis que Cathala, plus pragmatique se contente de se pencher sur une piste islamique, puis sur des proches de Rohan-Soubise. Notamment Jean Mareuil qui était l’amant de la femme de l’académicien.

Un roman qui oscille entre des pistes contradictoires, et qui s’avère jubilatoire dans sa description des personnages, dans l’ambiance qui règne, et les nombreuses balades et découvertes que l’auteur nous propose à travers d’anecdotes souvent amusantes, érudites et littéraires.

 

A partir d’une certaine somme, l’argent n’a pas d’odeur.

Gilles SCHLESSER : Mort d’un académicien sans tête. Editions City. Parution 23 août 2017. 272 pages.

ISBN : 978-2824610290

Réédition City Poche 6 mars 2019. 7,90€.

Partager cet article
Repost0
8 novembre 2020 7 08 /11 /novembre /2020 05:28

Hommage à Ricardo Montserrat, décédé le 18 octobre 2020, à Conceptiỏn au Chili.

Ricardo MONTSERRAT : No Name.

Un livre qui, tels les galets ricochant sur la mer des souvenirs, emmène la narratrice en sauts de puce à la recherche de son passé. Vi, diminutif de Victor - drôle de prénom pour une femme mais comme le père désirait un garçon… ! – est une “ internective ” chilienne qui met ses dons de détective et sa passion pour l’informatique au service du nouveau gouvernement chilien.

Elle profite d’un séjour en France pour retrouver son géniteur exilé en Bretagne depuis la prise de pouvoir de Pinochet. Seulement l’ancien ministre de Salvador Allende, généalogiste renommé, n’aura pas le plaisir de revoir sa fille qui n’a que de vagues souvenirs de ce père expatrié.

Il est mort, assassiné, ses meurtriers recherchant vraisemblablement des papiers. Meurtre peu ordinaire qui en entraîne d’autres, camouflés en accidents. Bizarrement les autres trucidés ont un point commun, qui ne l’est guère : Ils s’appellent tous Pinochet, Bretons, fils de Bretons.

Quel rapport avec ce père prématurément décédé que Vi se faisait une joie de retrouver, pour ne pas dire découvrir, avec Pinochet le dictateur déchu et ces morts homonymes.

Moha, le généalogiste défunt, était-il à la recherche d’une parentèle et dans quel but ?

Vi sera aidée dans cette enquête qui se présente et s’impose à elle par un flic, qui ressemble à Alain Delon, et un forain propriétaire d’un manège pour enfants qui se nomme Merlin. Mais à force de vouloir rattraper ses souvenirs, il arrive que ceux-ci vous dépassent, surtout lorsqu’ils s’intègrent dans la mémoire d’un peuple meurtri.

 

Un roman que l’on pourrait prendre comme un jeu mais qui laisse des traces, des bleus à l’âme et une réflexion d’autant moins innocente que ce roman a été écrit avant les évènements et démêlés judiciaires récents de l’ancien dictateur.

Ricardo Montserrat est né le 12 avril 1954 à Saint Brieuc de parents antifascistes catalans émigrés en France. Sous les années Pinochet il part au Chili pour lutter contre ce qu’il appelle la cultura de la muerte. Rentré en France en 1991, il anime de nombreux ateliers d’écriture auprès des exclus de la dictature économique, rmistes, chômeurs, ouvriers privés d’emploi et licenciés, et de nombreux ouvrages écrits en commun seront édités : zone mortuaire publié à la Série Noire, Pomme d’amour chez Ramsay, et d’autres. Ce qui ne l’empêche pas de produire des romans personnels, des pièces de théâtre, des traductions pour le théâtre, la musique et la danse, des pièces radiophoniques, des essais.

No name prend pour décor les lieux où il a vécu, la Bretagne et le Chili, et tout naturellement les épisodes politiques qui l'ont marqué.

 

Ricardo MONTSERRAT : No Name. Editions Mercure de France. Parution 24 février 1998. 144 pages.

ISBN : 9782715220980

Partager cet article
Repost0
7 novembre 2020 6 07 /11 /novembre /2020 04:52

En France, les maisons closes sont fermées !

James MELVILLE : Le neuvième Netsuke

A Kobé, comme dans bien d’autres villes nippones, existent des hôtels d’amour permettant aux couples illégitimes, et aux prostituées, d’assouvir leur passion ou d’exercer leur petit métier en toute impunité.

Et c’est dans l’une des chambres sophistiquées du Fantasia Hôtel (lits tournants, TV Couleur, vidéo…) qu’a été découvert le cadavre d’une jeune femme dont le principal revenu résidait dans le commerce de ses charmes.

Le commissaire Otani, désirant compléter l’enquête de son adjoint Kimura et peut-être découvrir de nouveaux indices, y loue une chambre pour deux heures en compagnie de sa femme. Un prétexte qui devient récréation, mais n’entrons pas dans les détails et respectons leur vie privée.

Donc Otani fouille cette chambre à l’ambiance érotique et sa femme trouve, cousu dans l’ourlet des rideaux qui masquent le lit, les entourant tel un baldaquin, un netsuke, petite figurine d’ivoire haute de cinq centimètres, fort délicatement ciselée, et en vogue au XVIIIe siècle. Le personnage féminin représenté par cette statuette ne correspond pas aux canons de la beauté définis par les artistes et la mode de l’Empire du Soleil Levant.

Otani s’adresse au conservateur du musée de Kyoto afin d’obtenir de plus amples renseignements sur ce qui s’avère être une pièce de collection. Le musée détient sept netsukes et celui en possession d’Otani complète ou presque la collection représentant les neuf muses de la Grèce antique. Jugeant cette figurine comme une pièce à conviction, Otani refuse de se dessaisir de ce que les responsable du musée qualifie de trésor national, à la valeur inestimable.

Le comportement de Ninja Noguchi, un de ses collègues, plonge le commissaire dans la plus profonde perplexité, d’autant qu’il est convoqué par les hautes autorités policières de la capitale.

Cette figurine, et le meurtre qui y est lié, fait remonter à la surface la période trouble de la guerre américano-japonaise, prenant ses racines dans les Philippines, et de hauts personnages affiliés à la Diète, assemblée politique nippone, semblent compromis.

 

Plus qu’un roman policier, alerte mais à la trame fragile, ce livre permet de plonger dans un univers oriental, mystérieux, courtois, loin des clichés dus à certains auteurs qui ne trouvaient en l’exotisme que l’alibi du péril jaune.

Vu par un Anglais connaissant fort bien les us et coutumes de ce pays, nous progressons sur les traces du commissaire Otani dans un pays partagé entre le désir de se moderniser, de s’ouvrir à l’Occident, et celui de garder intact et de protéger ses traditions, divisé entre son passé et son avenir.

Un roman plein de fraîcheur, de suavité, mais qui ne tombe pas dans le piège de l’onctuosité outrancière, et des yakusas, ce qui nous change de la noirceur de certains romans américains et de leurs gangsters arrogants.

James Melville a écrit une dizaine de romans policiers mettant en scène le commissaire Otani dont Mortelle cérémonie ou Le samouraï récalcitrant.

James MELVILLE : Le neuvième Netsuke (The ninth Netsuke – 1982. Traduction de Gilles Berton). Editions Philippe Picquier. Parution octobre 1991. 192 page.

ISBN : 9782877300957

Réédition : Collection Grands Détectives N°2369. Editions 10/18.

Parution avril 1993.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables