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9 juin 2020 2 09 /06 /juin /2020 04:01

Les joies de la randonnée !

M.C. BEATON : Randonnée mortelle

Revenue à Londres, à la demande de celui qui lui a racheté la boîte de communication qu’elle avait créée puis vendue, Agatha Raisin n’a qu’une hâte, retourner dans le petit village des Costwolds où elle s’est installée pour une retraite anticipée mais méritée.

Elle a acceptée de travailler quelques mois en dépannage, mais la nature, les amis, la Société des Dames de Carsely, les bavardages autour d’une tasse de thé, les résolutions d’énigmes, lui manquent. De plus son collègue Roy Silver commence à l’énerver par ses remarques parfois fielleuses. Elle vient de terminer sa communication de presse, avec succès, mettant en valeur un jeune chanteur dont elle n’a que faire, uniquement pour embêter un journaliste arrogant. Mais cette fois, c’est bien fini, elle repart à la campagne retrouver ses habitudes, et son voisin James Lacey dont la présence lui manque.

 

Pendant ce temps, Les Marcheurs de Dembley, sous la houlette autoritaire de Jessica Tartinck, s’apprêtent à effectuer leur randonnée hebdomadaire. Jessica s’est imposée, dès son intégration, comme la chef de file du petit groupe composé d’hommes et de femmes amoureux de la marche. Elle ne se contente pas d’emmener ses camarades dans les sentiers balisés, mais elle recense tous les droits de passage existants et oubliés la plupart du temps et annexés par des propriétaires terriens qui ne demandent qu’à agrandir leurs domaines.

Naturellement, les propriétaires terriens et leurs employés, les gardes des domaines, n’apprécient guère ces intrusions intempestives, surtout lorsque Jessica ouvre les barrières et, sans les refermer, traverse un champ de colza, suivant fidèlement le droit de passage alors qu’elle pourrait effectuer un petit détour sans endommager les cultures.

Et ceux qui l’accompagnent regimbent parfois devant son autorité pesante, se conduisant toutefois comme des moutons. Des dents grincent, mais d’autres, comme son amie Dorothy, lui vouent de l’admiration. Personne n’ose se rebeller. Bref, ils balisent.

Jessica a découvert en compulsant ses cartes, qu’un droit de passage existe sur les terres d’un baronnet, Sir Charles Fraith. Toutefois elle écrit au baronnet son intention de traverser le champ de colza. Sir Charles après avoir lu la bafouille décide de proposer aux randonneurs d’effectuer un petit détour et de les inviter à prendre le thé. Une invitation qui ne plaît guère à Gustav, le majordome arrogant.

Agatha, qui apprécie son retour au pays s’intègre aux Randonneurs de Carsely, un groupe dirigé par son ami James Lacey.

 

Deborah, pensant faire bien, se rend chez sir Charles. Il lui offre le thé, comme tout bon gentleman se doit de le faire, et le courant passe si bien entre eux que Sir Charles est agréablement surpris et aimerait revoir cette jeune fille, un peu maigrichonne mais si gentille. En apprenant cette incartade, Jessica est furieuse. Elle envisage de traverser seule ce champ.

Quelques jours plus tard, elle manque à l’appel. Un poids en moins pour les Marcheurs de Dembley, qui retrouvent le sourire. Ils le perdent lorsque Jessica est découverte morte, enterrée sous un petit monticule de terre. La police est naturellement avertie, et les membres des Marcheurs de Dembley sont interrogés, révélant parfois des failles et des imbrications qui ne sont toujours à l’avantage de ces amateurs de marches champêtres.

La présidente de la Société des dames de Carsely, laquelle est apparentée à Deborah, demande à Agatha Raisin, dont la réputation de détective amateur a dépassé les frontières du village, de bien vouloir découvrir l’auteur de ce meurtre.

 

Plus que l’enquête en elle-même, c’est la description d’un microcosme qui retient l’attention du lecteur. En effet, la personnalité de Jessica est complexe, appréciant aussi bien les hommages masculins que féminins, à condition que ce soit elle qui maîtrise le jeu.

La personnalité des différents protagonistes, aussi bien chez les Marcheurs de Dembley que chez les Randonneurs de Carsely, est développée avec humour, révélant les dissensions qui s’élèvent entre les divers participants à ces randonnées. Des jalousies, des rancunes, des faces cachées, des amours contrariées également.

Quant à Agatha Raisin et son ami James Lacey, ils se sentent obligés de se présenter comme époux lorsqu’ils se rendent dans les petites villes voisines, dans le cadre de leur enquête, louant des chambres dans une auberge, afin de détourner l’attention qui ne manquerait pas de se focaliser sur leurs personnes si les villageois, voire les policiers, apprenaient leur rôle d’enquêteurs.

 

 

Dans la presse, on affecte souvent les journalistes vieillissants aux rubriques de faits de société ou de divertissement ou, pire, au courrier des lecteurs.

 

Le problème avec vous, les féministes, est que votre idée de l’égalité, c’est d’adopter tous les défauts des hommes que vous méprisez.

 

Il y a des êtres ainsi faits, qui se fichent pas mal de l’environnement, des baleines ou de quoi que ce soit, mais se servent de la défense de ces causes pour accaparer le pouvoir.

 

M.C. BEATON : Randonnée mortelle (The Walkers of Dembley - 1995. Traduction Jacques Bosser). Série Agatha Raisin enquête. Editions Albin Michel. Parution 2 novembre 2016. 252 pages.

ISBN : 978-2226322708

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6 juin 2020 6 06 /06 /juin /2020 04:04

Et maux croisés ?

Odile GUILHEMERY : Portraits croisés.

Licencié, ce qui ne veut pas dire qu’il possède de nombreux diplômes mais qu’il vient d’être débauché de l’entreprise parisienne où il travaillait, Mathieu Desaulty est rentré au pays, chez papa et maman, à Berck.

Ses parents, le père ancien brigadier de police, sont octogénaires tandis que lui n’a que trente et un ans. Pour autant la différence d’âge n’est pas un obstacle insurmontable pour l’amour filial. Mathieu erre dans les rues de Berck, une habitude matinale prise dès son retour, parcourant le même itinéraire. Et ce matin là, il est abordé par un vieil homme qui lui demande de l’aider à relever sa femme qui vient d’avoir un malaise.

Mathieu se rend donc dans l’appartement du couple, qui est situé au rez-de-chaussée d’une résidence, puis la conversation s’engage tout en dégustant café et croissants. L’homme se nomme Paul Slama, et sa femme, qui approche des quatre-vingt-dix ans, se prénomme Monica. Entre eux ils parlent une langue étrange, le chelha, une langue berbère de Tunisie.

Tout comme le père de Mathieu, Paul Slama avait eu envie de partir à Chicago dans les années 1950. Le père de Mathieu jouait dans un petit orchestre de jazz, du saxo, en compagnie d’un certain Paul Ducroquet qui lui officiait à la batterie. Mais ce Paul Ducroquet est décédé comme sa femme Anna, dans un accident de voiture. Anna était la tante de Mathieu, la sœur de sa mère. Paul Slama confie également que lui et sa femme sont victimes du racisme d’une certaine Sylvette Cholu.

Une photo accrochée au mur attire l’attention de Mathieu. Il pense qu’il s’agit de la fille du couple, mais c’est Monica qui figure sur le cliché. Une Monica jeune mais le photographe ne l’a pas mise en valeur. Il s’est loupé pense Mathieu. Les confidences s’enchainent. Le couple a eu un fils, Louis, qui vit à Londres, tandis que Monica a connu son heure de gloire dans les années 50 comme modèle dans des revues de mode, pour des romans-photos, et même dans des pièces de théâtre et de petits rôles au cinéma.

En sortant de ce petit immeuble, le regard de Mathieu est attiré par la pancarte proposant la location d’un appartement, proposé par l’étude notariale de David Grandet. Les Grandet sont des familles de notables à Berck. Notaire pour Henry Grand, d’autres Grandet sont pharmaciens ou gèrent un magasin d’optique.

Or, Henry, de son nom Grandet, n’est autre qu’un ami du père de Mathieu, et faisait partie du trio de jazz, étant affecté au piano. Intrigué, Mathieu retourne dans l’entrée de la résidence. Il n’existe aucune boîte à lettres portant le nom de Slama, mais il y en a une au premier étage attribuée à Sylvette Cholu-Grandet. La fameuse Sylvette dont se méfient les Slama, et qui traîne derrière elle une réputation sulfureuse, connue comme le loup blanc à Berck.

 

Les principaux personnages sont présentés, ou presque, car d’autres évoluent dans cette intrigue qui s’avère être un puzzle, ou un labyrinthe patronymique. Une intrigue qui prend sa source dans les années 50, et pour certains épisodes un peu avant même, et dont les différentes pièces sont un assemblage de quelques familles, unies les unes aux autres par des liens familiaux ou non, mais qui possèdent ensemble un lourd passé meurtrier.

Peu à peu, le lecteur entre dans cette histoire complexe, voire compliquée, dans des allers et retours entre avant-hier et aujourd’hui, s’immisçant dans des secrets de famille, ouvrant les placards et découvrant des cadavres. Un jeu de miroir déformant que Mathieu essaie de comprendre, le passé et le présent s’amalgamant.

Un bon roman dont le suspense est maintenu, même si peu à peu l’auteur dévoile une partie de ces secrets de familles provinciales, comme des pièces du puzzle prélevées au hasard, qui s’imbriquent doucement, mais qui bientôt sont délaissées au profit d’autres pièces posées un peu au hasard dans une apparence trompeuse.

Parfois il est difficile au lecteur, je parle en mon nom personnel, de suivre tous les protagonistes de cette intrigue et il eut été bon de placer en début de roman la liste des personnages évoluant ou non, dans ce qui se transforme en partie d’échecs. Ou d’établir une sorte d’arbre généalogique, une arborescence des personnages qui parfois jouent un double jeu de substitution.

Alors entre échecs, puzzle ou labyrinthe, le lecteur a le choix du jeu qu’il préfère mais auquel il est convié par une romancière qui a maîtrisé subtilement sa mise en scène, grâce aux multiples connexions entre les protagonistes, les plaçant dans une toile d’araignée.

Odile GUILHEMERY : Portraits croisés. Le Chat Moiré éditions. Parution le 2 mai 2020. 330 pages. 11,00€.

ISBN : 9782956188346

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3 juin 2020 3 03 /06 /juin /2020 04:38

Le grand feuilleton : Episode 1

Jean de La HIRE : Le long courrier aérien.

En cette matinée du 17 mai, alors qu’il prépare ses leçons pour le lycée, Paul Mandar reçoit une lettre recommandée qu’il s’empresse de lire, sa mère penchée sur son épaule.

Cette missive émane de Maurice Rondet-Saint, le président des boy-scouts de France, qui le convoque pour le lendemain. Paul Mandar est un peu étonné mais toutefois il se présente à l’heure dite, en compagnie de sa mère, à ce rendez-vous inhabituel. Rondet-Saint les rassure et leur dévoile ce qui l’a conduit à mander Mandar.

Un milliardaire américain, James Brackfeller, a décidé de consacrer une somme de dix millions de dollars à la réalisation d’une idée.

Deux équipes de six boy-scouts, l’une française, l’autre anglaise, devront s’affronter dans une course autour du monde, en respectant toutefois quelques règles, simples mais contraignantes. Les deux équipes devront passer obligatoirement par des points géographiques déterminés, et les autorités officielles contrôleront leur passage.

Après le départ, situé à Calais, les deux équipes devront traverser toute la France jusqu’à Menton, passer par Tunis, Lac Tchad et Fort-Lamy, Addis-Abbaba, capitale de l’Abyssinie, Bombay, Pékin, Batavia, Sidney, Santiago de Chili, Caracas de Venezuela, Chicago, Québec, Reykjavik d’Islande, Edimbourg, Douvres et Paris. L’arrivée s’effectuera sous l’Arc de Triomphe, l’équipe première devant entourer la dalle du soldat inconnu. Remise à la clé de la prime promise à une œuvre sociale dont bénéficiera principalement le scoutisme de la nation gagnante : collège, école des Arts et Métiers, ou maison de retraite pour parents pauvres de boy-scouts. Une somme est mise à disposition du comité directeur de la course, afin de pallier les frais du voyage, tant pis si l’une des équipes dépense tout en cours de route, elle devra se débrouiller par ses propres moyens, interdiction leur étant faire de recevoir de nouveaux subsides de la part de qui que ce soit.

D’autres restrictions sont définies dans le règlement, comme définis dans l’article 1 : Les boy-scouts pourront user de tous les moyens de locomotion possible. Toutefois l’automobile et l’aéroplane ne leur seront permis que s’ils sont eux-mêmes mécaniciens et conducteurs.

Naturellement, il n’est pas question d’entraver mutuellement et retarder l’autre équipe, et ainsi de suite.

 

Paul Mandar accepte sans réserve cette proposition, de même que sa mère qui en a quand même un peu gros sur le cœur de voir son fils partir à l’aventure.

Ensuite, il s’agit de constituer l’équipe française qui sera composée de cinq autres boy-scouts issus de diverses régions françaises afin d’équilibrer ce petit groupe. Ainsi sont pressentis Jean Cadénac le Méridional, désigné comme le lieutenant de Paul Mandar, Yves Gallec, le Breton, Pierre Moutiers le Tourangeau, Hubert Mijon le Bourguignon et Jacques Darbois le Picard et Franc-Comtois. Tous auraient pu prétendre au titre de capitaine de route car leur valeur physique et morale, leur charisme, leur offraient cette chance mais il en a été décidé ainsi avec l’aval de tous. La fine équipe se prépare activement, s’initiant à la conduite et au mécanisme des avions ainsi qu’à la science de l’automobile.

Le grand départ est programmé de Calais le 15 juin au matin et le 14 juin au soir Paul Mandar et ses coéquipiers font la connaissance de leurs rivaux menés par John Dogg. Tandis que l’équipe anglaise file vers Menton en voiture, selon les règles prescrites, l’équipe française prend le train, direction Menton, via Paris et Marseille. A Menton, ils récupèrent un véhicule, remplissent les formalités et signent les formulaires attestant de leur passage, puis direction Cuers-Pierrefeu afin d’effectuer la traversée à l’aide d’un dirigeable. Ils ne contreviennent pas à l’article 5 du règlement qui stipule qu’il leur est interdit d’accepter des subsides pécuniaires et de se faire aider par des sociétés privées ou gouvernementales sauf en cas de péril mortel. Le directeur de la société commerciale propriétaire du long-courrier Paris étant un ami du père de Cadénac, une acceptation de passage leur avait été accordée.

Ils vont donc pouvoir s’installer à bord, en seconde classe, et voyager par les airs en direction de Bizerte, destination du dirigeable Paris. Durant le vol, ils sont initiés à l’emploi d’un système innovant de parachute et heureusement car le vol va bientôt être confronté à un violent orage.

 

Si la présentation du règlement de cet affrontement sportif de par le monde prend une grande place dans la narration, ainsi que la présentation de l’équipe française, le départ de la grande aventure qui aurait pu se dérouler presque normalement va connaître rapidement des couacs à cause l’orage au dessus de la Méditerranée. Le dirigeable Paris est atteint par des éclairs et nos boy-scouts l’abandonnent, sous l’injonction de l’équipage, et vont pouvoir mettre en pratique les conseils fournis quant à l’utilisation des parachutes.

Nous retrouverons la suite des aventures et mésaventures mouvementées de ces intrépides adolescents dans le fascicule 2 intitulé :

L'auto attaquée.

 

Jean de La HIRE : Le long courrier aérien. L’As des Boy-scouts fascicule N°1. Voyages et aventures modernes autour du monde. Editions J. Ferenczi & Fils. Parution 5 novembre 1932. 16 pages.

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2 juin 2020 2 02 /06 /juin /2020 03:50

C’est un cas, Binet…

BINET : Bidochon mère (môman).

Parfois, l’on pense faire bien mais l’on ne sait pas qu’un petit geste peut déclencher une tornade familiale.

Lorsque Raymonde Bidochon reçoit une lettre émanant d’une voisine de la mère de Robert, elle essaie de prendre toutes les précautions oratoires pour ne pas affoler son mari, béatement affalé dans le canapé. C’est le contraire qui se produit, car Robert est resté mentalement dans les jupes de Môman.

Elle n’a pas grand-chose, Môman, elle s’est juste pincé un doigt dans la porte, mais tout de suite il grossit ce que Raymonde veut lui dire, il amplifie les dégâts, il exagère les conséquences. La gangrène, Môman a la gangrène ! Et, alors il faut tout de suite et immédiatement se rendre à son chevet. Raymonde, fait les valises !

Quelle n’est pas la stupéfaction de Robert et Raymonde, en arrivant chez Môman, de voir celle-ci couper des bûches à l’aide d’une hache maniée vigoureusement. Robert est rassuré, mais il fond devant Môman, le pauvre qui retournerait presque en enfance s’il le pouvait.

Môman est despotique, dominatrice, odieuse, manipulatrice et autres qualités qui exaspèrent Raymonde. Seulement celle-ci est bien obligée de boire la coupe jusqu’à la lie et même l’hallali.

Raymonde est rejetée tandis que Robert est pouponné, et il en profite. Bref tout pour être heureux. Raymonde est réveillée au son du clairon ce qui n’empêche pas Robert de dormir à poings fermés. Tout juste s’il ne suce pas son pouce. Ou alors le soir, Robert et Môman communiquent par de petits coups frappés sur la cloison qui sépare les deux chambres, une forme de télégraphe familial.

Ils rendront visite aussi à des cousins cultivateurs joyeux et fiers de leurs productions maraîchères, énormes car engraissées à l’aide de produits non naturels qui transforment, par exemple, des radis en ballons de rugby qui pourraient nourrir une quinzaine de personnes. Au moins.

 

Une suite de gags qui n’amusent pas Raymonde mais le lecteur, Binet grossissant le trait de la mère possessive et d’agriculteurs qui ne jurent que par les engrais chimiques.

Môman en veut toujours au brave docteur qui avait administré un laxatif à Robert lorsqu’il était tout gamin parce qu’il avait avalé l’œil de son nounours.

Quant aux agriculteurs, Binet dénonce leur credo : faire de la quantité, et pas de la qualité. C’est tellement vrai.

Amusant et l’on s’habitue peu à peu au dessin qui change de la ligne claire, celle que je préfère, mais à chacun son style.

Seulement, la fin m’a déçu quelque peu, comme si Binet ne savait de quelle façon clore son histoire. A moins que je n’ai pas compris le message.

Une lecture distrayante mais, à cause des éloges que j’ai pu lire ici ou là, qui m’a laissé sur ma faim.

BINET : Bidochon mère (môman). Les Bidochon 15. Editions Fluide Glacial. Parution 3 mai 1999. 52 pages.

ISBN : 978-2858152261

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1 juin 2020 1 01 /06 /juin /2020 04:22

Il était un p’tit homme

Qui s’appelait Guilleri

Carabi…

Claude IZNER : Le petit homme de l’Opéra.

Haut comme trois bottes empilées l’une sur l’autre, Melchior Chalumeau n’apprécie pas du tout se faire interpeller sous le sobriquet de Guilleri par les nombreux employés de l’Opéra Garnier, où il exerce, entre autres, la fonction d’avertisseur.

Malgré le mépris affiché, il leur rend de petits services, rémunérés bien entendu, et s’amuse à reluquer les petits rats (au fait, doit-on pour respecter l’écriture inclusive, écrire Les petites rattes de l’Opéra ?) dans leurs évolutions et dans les coulisses.

En cette fin mars 1897, une joyeuse petite troupe de fêtards composée d’Olga Vologda, la danseuse étoile, de quelques musiciens et habitués du foyer de la Danse, célèbrent le mariage de Maria Bugne avec Agénor Féralès. N’ayant pas été invité, mais étant toutefois présent, Melchior refuse la proposition d’Olga de se joindre à eux, préférant flâner dans les environs et ressasser un épisode ancien de sa vie tumultueuse.

Quelques membres de cette petite assemblée décident de faire du canotage sur un lac mais ils se dandinent dans l’embarcation et Tony Arcouet, le clarinettiste, tombe à l’eau. Elle est peu profonde et pourtant il se noie. Il sera suivi dans la tombe par d’autres participants à cette cérémonie les semaines suivantes, mais dans des conditions différentes. Olga, la danseuse étoile, est atteinte d’indisposition lors d’une représentation sur la scène de l’Opéra. Nul ne sait ce qui lui est arrivé, mais Melchior traîne dans les coulisses. D’ailleurs il est toujours non loin lors des incidents ou accidents qui déciment les compagnons d’Olga.

Victor Legris, qui délaisse la librairie Elzévir à cause sa passion pour la photographie, et Joseph Pignot qui est toujours débordé par les clients qui recherchent des incunables, sont sollicités par Eudoxie Maximova, une ancienne, disons connaissance de Kenji, le propriétaire associé, beau-père de l’un et père adoptif de l’autre, d’enquêter sur ces morts suspectes.

Tous les subterfuges leurs sont bons pour délaisser l’échoppe, voire leurs femmes enceintes respectives et se lancer sur les brisées du malfaisant qui distribue des petits cochons en pain d’épice mortifères. Leurs soupçons se portent sur Melchior, mais se référant à leurs anciennes enquêtes, ils se méfient des coïncidences. Melchior est le tueur idéal aux pains d’épice, mais comme le déclare Joseph :

Il est compromis jusqu’aux narines, exact, à moi aussi mon instinct le souffle. Mais je me souviens de nos déboires relatifs à des déductions hâtives, voire malavisées.

Cinq ou six suspects sérieux sont donc recensés mais il leur faut trier le bon grain de l’ivraie.

Sans qu’ils s’en doutent, les deux beaux-frères sont suivis dans leurs démarches par un inspecteur du Quai des Orfèvres, Augustin Valmy, ce qui a du bon et du moins bon.

 

Ce nouvel épisode de la saga des membres de la librairie Elzévir est semblable aux autres pour la construction mais pas pour l’intrigue. En effet cette intrigue est diluée dans les nombreux faits-divers qui se déroulent en cette année 1897, dans les nombreuses références souvent littéraires mais pas que, et dans la vie familiale et professionnelle de nos protagonistes et de leurs compagnes.

Mais le lecteur pourra visiter l’Opéra Garnier, assister à un concert spirituel et profane dans les Catacombes, à s’immerger dans la foire du Trône et se perdre dans les dédales des quartiers miséreux, aujourd’hui dénommés pudiquement quartiers défavorisés, assister à des séances du cinématographe, surtout Victor Legris qui est intéressé par les nouvelles techniques et les appareils adéquats, ou encore d’une pythonisse âgée mais toujours extra-lucide, dont le salon accueille quelques personnalités dont José-Maria de Heredia.

Le tout sur fond musical de Coppélia, d'Arthur Saint-Léon, sur un livret de Charles Nuitter, musique de Léo Delibes, d'après le conte d'Hoffmann L'Homme au sable, et de La Danse macabre de Saint-Saëns d'après le poème Égalité-Fraternité d'Henri Cazalis, tiré des Heures sombres, quatrième partie de son recueil L'Illusion paru en 1875.

 

Roman policier, roman historique, roman social, documentaire reflet d’une époque qui connu bon nombre de tragédies, dont l’incendie du Bazar de la charité, des rebondissements dans l’Affaire Dreyfus, et des nouvelles technologies, aussi nombreuses que celles d’aujourd’hui, le tout dans un environnement touristique en vélocipède en compagnie de Victor Legris, lorsqu’il est seul à se déplacer. Sans oublier l’humour qui se glisse parfois dans la narration.

Claude IZNER : Le petit homme de l’Opéra. Collection Grands Détectives N°4345. Editions 10/18. Parution 20 mai 2010. 352 pages.

ISBN : 9782264049193

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27 mai 2020 3 27 /05 /mai /2020 03:21

Un classique de la littérature jeunesse !

Erich KÄSTNER : Emile et les détectives

Malgré son jeune âge, Emile va prendre le train, et pas pour n’importe où, pour Berlin !

Madame Tischbein, sa mère, ne roule pas sur l’or, loin de là. Le père est mort alors qu’Emile n’avait que cinq ans, et depuis, ils vivotent, la mère travaillant chez elle comme coiffeuse. Elle prépare la valise d’Emile, le vêt de son plus beau costume bleu, adjoint un bouquet de fleurs, et 140 marks qu’il doit remettre à sa grand-mère qui vit chez son autre fille dans la capitale. Il doit faire attention à cet argent qui est glissé dans une enveloppe.

Avant de partir, Emile glisse l’enveloppe dans son costume, vérifie souvent si elle se ne serait pas échappée par hasard, et guère confiant, il accroche cette enveloppe à l’intérieur du costume avec une épingle. Et il n’a plus qu’à monter dans le wagon. Il ne reste plus qu’une place, mais cela lui suffit.

Il est assis en face d’une brave dame qui déconfine ses doigts de pieds et à côté d’un monsieur qui lui raconte des blagues et lui offre une barre de chocolat. Délicate attention dont se réjouit Emile qui s’endort, tout comme son voisin monsieur Grundeis. Mais lorsqu’il émerge de son sommeil, il s’aperçoit que le monsieur si aimable est sorti dans le couloir et que son enveloppe contenant l’argent a disparu. Point n’est besoin d’aller chercher plus loin qui est son voleur qu’il s’empresse de suivre.

Ils descendent à une station, ce n’est pas la bonne mais tant pis, et Emile poursuit son voleur en faisant bien attention à ne pas se faire repérer. Il emprunte un tramway, l’homme s’étant engouffré dedans, mais il n’a pas assez d’argent pour payer son billet. Heureusement un passager le prend en pitié et lui offre de payer son ticket. Un brave homme qu’Emile retrouvera plus tard puisqu’il s’agit d’un journaliste qui se nomme Kästner. Le voleur s’assied à une terrasse de café et Emile attend. Un garçon de son âge le fait sursauter en actionnant une trompe de bicyclette qu’il garde dans la poche de son pantalon. Emile raconte sa mésaventure et Gustave, son nouvel ami, s’empresse de rameuter ses copains afin d’aider Emile, dans la traque du voleur et financièrement aussi car ils auront des frais de déplacements et de téléphone.

Pendant ce temps, Pony Bibi, la cousine d’Emile, s’est rendue à la gare avec sa grand-mère, mais ils ne voient pas le garçon et s’inquiètent. Pourtant Emile pourra prévenir sa tante et la grand-mère qu’il sera en retard et Pony Bibi va le rejoindre avec son vélo dont elle est si fière.

 

Une histoire qui met en valeur la solidarité entre gamins, sans se poser de questions, sans demander s’il y aura une contrepartie. Ils sont tous prêts, même si certains sont légèrement réticents, à se dévouer pour Emile, qu’ils ne connaissaient pas quelques minutes auparavant, l’aventure les attirant. Et celui qui est considéré un peu comme le chef de la bande, surnommé Le Professeur, répartit les tâches, prend Emile sous son aile, suggérant les démarches plutôt que les imposant, écoutant les avis des uns et des autres, les appliquant lorsqu’ils sont justifiés. Tout cela avec abnégation.

Et l’histoire se termine bien, comme en général dans les romans pour enfants, avec une fin en apothéose. Mais un épilogue auquel Emile ne s’attendait pas, désirant simplement récupérer l’argent qui était destiné à sa grand-mère.

Emile et les détectives est le plus connu des romans pour enfant d’Erich Kästner, constamment réédité et publié en plusieurs langues, adapté au cinéma et  la télévision. Kästner a été arrêté deux fois par la Gestapo et a été exclu de l'Union des écrivains. Ses œuvres ont fait l'objet d'autodafés en raison de leur « non-conformité à l'esprit allemand » ; il a pu même observer ces autodafés de près.

 

 

Emile savait depuis longtemps que certaines personnes répètent toujours : Mon dieu ! que tout allait mieux autrefois ! Il ne faisait même plus attention lorsque quelqu’un déclarait que jadis l’air était plus sain, ou que la tête des bœufs était plus grosse. Car en général cela n’était pas vrai ; seulement, ces gens-là n’étaient plus contents de rien.

Erich KÄSTNER : Emile et les détectives (Emil und die Detektive - 1929. Traduction Mme L. Faisans-Maury). Illustrations Daniel Maja. Edition revue et corrigée. Le Livre de Poche Jeunesse N°30. Editions Hachette. 192 pages.

ISBN : 9782013216210

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26 mai 2020 2 26 /05 /mai /2020 03:43

Y’a-t-il un arbitre dans la salle ?

Gérard DELTEIL : Hors-jeu.

Vous êtes bien tranquillement installé dans votre chambre à jouer au Wartronic, un jeu vidéo, avec un camarade.

Soudain, l’écran vidéo devient gris, une odeur de plastic brûlé se dégage du récepteur ainsi qu’un filet de fumée. Puis c’est l’implosion.

Dans le brouillard qui envahit la pièce un curieux personnage se tient debout devant vous, avec à la main une arme étrange ressemblant à un jouet.

Cette situation, deux adolescents la vivent en proie à une frayeur bien justifiée. Ce personnage insolite leur explique qu’il vient de la planète B2 sur laquelle la guerre fait rage entre les Centauriens et les Sidariens. Il ne s’agit ni plus ni moins que de la matérialisation d’un univers ludique.

Cochrane, puisque tel est le nom de ce guerrier, voudrait bien retourner sur B2 et combattre à nouveau, prêter main-forte à ses compagnons. Le meilleur moyen étant de se renseigner auprès du fabricant, Cochrane entame des recherches qui de Paris le mèneront à New-York.

 

Un roman plaisant que Gérard Delteil a dû écrire en s’amusant et qui est truffé de clins d’œil. Une ville de la banlieue parisienne s’appelle Courvilliers, contraction de Courbevoie et d’Aubervilliers. Une référence à Didier Daeninckx.

L’un des personnages se nomme Richard Matheson, du nom d’un célèbre auteur de romans de science-fiction, tandis qu’un autre a pour nom, Ed Lacy, un auteur américain de romans policiers.

Hors-jeu ne renouvelle pas le genre, mais c’est un agréable roman qui sévit dans le système des jeux-vidéos, jeux qui n’avaient pas encore atteint à cette époque la côte et l’engouement dont ils bénéficient de nos jours, et auxquels on joue, confiné ou non.

Gérard DELTEIL : Hors-jeu. Collection Anticipation N°1597. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1987. 192 pages.

ISBN : 2-265-03733-8

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25 mai 2020 1 25 /05 /mai /2020 03:49

Il serait peut-être temps !

Thomas STONE : Suzanne se réveille

Ils se sont mariés jeunes, ne se connaissant guère, n’ayant aucune expérience de la vie et étant encore vierges. Mais la guerre est là qui sépare le couple.

Michel est parti durant quatre ans comme fusilier-marin dans le Pacifique. A son retour, il retrouve Suzanne sa femme qui est restée sage, et son emploi chez un notaire. Mais au bout de quelques semaines, alors qu’en épouse dévouée, Suzanne nettoie le costume de son mari, elle découvre une lettre anonyme adressée à Michel et qui débute en ces termes : Mon chéri, crois-tu que nous avons passé une bonne soirée !… Et le reste est encore plus explicite.

Naturellement, lorsque Michel rentre, plus tard qu’il ne le devrait, et qu’il lu annonce qu’il doit repartir le soir même pour San Francisco, Suzanne n’est guère satisfaite. Avant de lui remonter les bretelles, elle lui offre un whisky, s’en sert un, alors qu’auparavant ils ne buvaient jamais.

Lorsqu’elle avait rencontré Michel, elle se demandait même si un jour elle trouverait un mari. Et Michel, qui commence à se mettre en colère lui rétorque qu’elle est en train d’avouer qu’elle l’a épousé uniquement parce qu’elle voyait en lui le seul mari possible. Enfin, il accepte de dévoiler le nom de sa maîtresse. Eve (un prénom prédestiné ?) Hazen, la fille de son patron, bien connue pour ses frasques, son premier mariage, devenue une veuve joyeuse, puis remariée avec Tommy Travis, un richissime quinquagénaire (un vieux quoi !), dont elle s’est séparée une semaine après les noces, à moins que ce soit lui qui l’ai congédiée, et surtout elle est réputée dans toute la ville pour sa collection d’amants. Une nymphomane conclut Suzanne.

Suzanne sait qu’elle doit reconquérir son mari et elle se fait chatte, pensant pallier son inexpérience en s’offrant à lui. Et Michel, comme tout homme qui se sent supérieur, il la rejoint dans leur lit, mais si la nuit se déroule agréablement, ou presque, rien n’y fait. Un appel téléphonique et Michel quitte l’appartement pour rejoindre Eve et croquer la pomme ensemble. Mais il se rend compte qu’il n’est juste qu’un passe-temps pour la jeune femme et se réfugie à San Diego, s’installant dans un hôtel minable, passant ses soirées à boire.

Pendant ce temps, Travis qui doit revoir son fils Sonny, perdu de vue depuis des années, sa femme ayant déserté le foyer conjugal, demande à Eve de réintégrer leur logement afin de démontrer artificiellement que son ménage n’est pas en déliquescence comme les mauvaises langues le prétendent. Mais c’est une fausse bonne idée. Puis il demande à Suzanne de travailler pour lui, l’aidant à rédiger ses mémoires et les tapant à la machine. Seulement Sonny, qui est fiancé et va se marier prochainement, fait la cour par jeu à Suzanne. La prude et inexpérimentée Suzanne.

 

Roman d’amour ou plutôt de désamour psychologique, Suzanne se réveille est l’œuvre d’une femme, malgré ce pseudonyme masculin.

En effet sous l’alias de Thomas Stone, se cache Florence Stonebraker, auteur de très nombreux ouvrages dits romantiques dont certains ont été édités en France sous son nom et dans la même collection.

En aucun cas ce roman peut être catalogué comme érotique. Seuls, parfois, quelques allusions, et surtout les reproches que se fait Suzanne quant à son inexpérience, ou les propositions de Sonny envers la jeune femme, tournent autour du sexe, mais jamais il n’y a de descriptions érotiques.

 

Tu me reproches d’être froide, frigide, même ? C’est donc de cela que tu m’en veux, Michel ? Je ne vaux rien au lit, et tu es tombé amoureux d’une femme plus experte ? C’est ça ? Evidemment, elle a tant d’expérience et moi j’en ai si peu ! Elle n’a pas manqué de professeurs qui lui ont enseigné la technique de l’amour et moi je n’ai que toi… Voilà ma faiblesse. Peut-être que si je prenais des amants… Comme Eve Hazen…

 

Tout réside dans la psychologie des personnages, dans leurs différences, dans leurs relations sociales plus que physiques ou charnelles, dans des mises au moins parfois difficiles à avouer dans un couple.

Souvent dans les romans noirs américains, comme chez Day Keene par exemple, la femme, la plupart du temps la maîtresse, se montre nymphomane ou rouée, mais rarement l’épouse avoue n’être qu’une oie blanche. Suzanne, dévalorisée depuis son enfance par sa tante qui l’a élevée, continue à se rabaisser, physiquement et mentalement.

 

Suzanne lui apparu comme une étrangère. S’il avait changé, elle n’était plus la même non plus. Elle semblait plus mûre, plus sûre d’elle-même. Dans les petites choses, elle se montrait presque trop gentille, lui apportant son petit déjeuner au lit s’il était enrhumé, lui recommandant de prendre son manteau de pluie si le temps menaçait, semblant oublier qu’il avait fait la guerre, que diable ! Qu’il n’avait rien d’une mauviette… Oui, pour les petites choses, elle était parfaite, mais pour la grande chose, c’est-à-dire le lit, là alors… Quelle déception ! Froide, réservée, toujours un peu craintive, un vrai glaçon ! Il en vint à penser qu’elle n’avait pas le moindre tempérament.

 

Tommy Travis, qui passe lui aussi pour un homme à femmes, ne demande rien de plus que de se retrouver au calme, à lire un bon livre. Il a été jeune, a connu des conquêtes faciles, mais elles ne lui ont jamais apporté la moindre satisfaction. D’ailleurs il est aussi sage dans sa vie sexuelle que dans son alimentation et il ne boit jamais. Que du lait cacheté placé dans un réfrigérateur. Nous sommes loin de l’image du Don Juan collectionneur de bonnes fortunes et dégustateur d’alcools en tous genres.

Le reflet de l’Amérique à la fin de la guerre, narré d’une façon pudique et sobre, par une romancière qui, outre la vingtaine de romans dits conventionnels mettant en scène des femmes chastes, fut également l’auteur de plus de 80 romans de pulps-fictions lesbiens entre 1937 et 1967.

Thomas STONE : Suzanne se réveille (Passion’s Darling – 1946. Traduction de Pierre Drize). Collection Les Romans américains N°57. Editions Ferenczi. Parution 1er trimestre 1957. 96 pages.

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23 mai 2020 6 23 /05 /mai /2020 04:10

Les Moutons Electriques se mettent en cinq pour votre plaisir de lecture…

Michel PAGEL : Sylvana.

Tous les ans, la famille Fontaine passe les vacances au hameau de la Rougemurière, près de Chauché en Vendée, d’où est originaire la mère. Jean et Michel, les jumeaux retrouvent avec plaisir ce petit village de quelques maisons réparties de part et d’autre de la route. Et surtout les cousins et cousines et leurs camarades de jeux.

Les années se déroulent dans la joie et la bonne humeur même si parfois il y a de petites anicroches. Par exemple Michel n’apprécie pas qu’on l’appelle Michou. Un détail. Jean et Michel s’amusent à échanger leurs vêtements afin de perturber les anciens, une mystification qui ne prête pas à conséquence.

La bonne entente entre Jean et Michel va se fissurer lorsque la famille Sauvage, des Parisiens comme eux, achètent une vieille bâtisse en décrépitude depuis des années et considérée comme hantée. Mais Michel le plus hardi, Jean et autres l’ont déjà visitée, à leurs risques et périls. Les Sauvage retapent la bicoque à deux étages, vont à l’église en compagnie de leur fille Sylvana qui communie. Au grand étonnement de Michel, alors qu’elle paraissait distante, frêle, blanche, en se dirigeant vers le curé, après avoir ingéré l’hostie, elle est transformée, rayonnante.

Sylvana s’intègre facilement dans la petite communauté des gamins. Elle leur est reconnaissante pour avoir défendu son vieux chien des coups de bâton administrés par un malotru. Jean et Michel ont quatorze ans et tous deux sont subjugués par cette fille qui est un peu à part des autres gamines, délaissant presque Caroline dont ils étaient vaguement amoureux. Surtout Michel qui jette son dévolu sur Sylvana. Lors d’une fête elle discute beaucoup avec Jean mais accepte néanmoins de danser un slow avec Michel. Il en est tout retourné. La fracture entre les jumeaux s’étend.

Lors d’une fête de village où tous sont rassemblés, déjeunant sous un barnum, Caroline et Sylvana proposent une partie de cache-cache, les garçons, Jean et Michel, devant chercher les filles, Caroline et Sylvana. Seulement, elles sont si bien dissimulées qu’ils reviennent bredouilles. Quant aux filles, elles se sont perdues. Tout le monde les recherche mais au petit matin, seule Sylvana réapparaît, en sang, écorchée et griffée. Caroline est retrouvée morte, ainsi que plus loin son vieux chien.

 

Michel narre cette aventure mais en incrustation Sylvana prend la parole, se dévoilant. Elle sait qu’elle est un vampire, et la communion n’a pas eu les effets escomptés. Elle doit apaiser de temps à autre ce besoin, cette soif de sang.

Les années passent et Michel ressent de la jalousie envers Jean, trop présent, trop affectueux, trop proche de Sylvana. Mais il ne sait pas que la jeune fille, après s’être confiée et rabrouée auprès de la grand-mère des deux adolescents, a avoué son problème à Jean. Et que celui-ci lui a offert d’être son donateur lorsqu’elle est en manque.

Que vont devenir Sylvana, Jean et Michel ? Dès le préambule, le lecteur connait une partie de l’épilogue puisqu’il déclare :

Les faits sont là : Sylvana, ma femme, était un vampire, une de ces créatures qui ont pour survivre un besoin régulier de sang humain. Jean, mon frère, était sa victime, une victime consentante qui s’offrait avec joie, avec amour.

Les faits sont là, immensément ridicules dans leur énoncé figé : Jean est mort et Sylvana s’est suicidée.

 

Donc, dès le début du récit le lecteur est prévenu. Il sait à quoi s’attendre et pourtant il découvre avec impatience, effroi et attendrissement cette histoire émouvante. La montée en puissance, les jeunes années puis l’âge ingrat, et enfin ce besoin irrépressible de sang de Sylvana, le courage, la tendresse, l’amitié, voire l’amour en demi-teinte de Jean envers Sylvana, l’incompréhension de Michel attisé par la jalousie, et les personnages annexes dont Christine la petite amie de Jean qui ne comprend rien aux événements auxquels elle assiste.

Jean et Michel les jumeaux si fusionnels mais qui au fil des ans se démarquent, Jean le sage et Michel le boute-en-train. Malgré leur gémellité, l’un cache à l’autre ce secret sanglant et ce qui suit est irrévocable.

 

Ce roman, le premier de cette Comédie inhumaine comme l’a si bien définie Jean-Daniel Brèque, lorgne du côté de Georges Coulonges et de Christine Renard, pour des raisons simples et personnelles qu’André-François Ruaud indique dans sa préface à la réédition en volume omnibus dans la Bibliothèque du Fantastique au Fleuve Noir.

Mais je me permets toutefois d’y ajouter, au moins trois noms proches de cet univers pagelien, ceux Alexis Ponson du Terrail, d’Alexandre Dumas et de Claude Seignolle. En effet, que ce soit dans La Baronne trépassée de Ponson du Terrail, des histoires fantastiques dont La dame pâle de Dumas, ou encore les nombreux contes puisés dans les légendes des provinces françaises par Claude Seignolle, on retrouve cet aspect romantique imprégné de terroir qui englobe l’histoire narrée par Michel Pagel et qui, outre le thème fantastique développé avec sobriété, pudeur et retenue, est une magnifique histoire d’amour.

 

Ce roman a été réédité à plusieurs reprises dans des volumes omnibus dans les versions suivantes :

La Comédie inhumaine. Bibliothèque du Fantastique. Editions Fleuve Noir. Novembre 1998. Contient :

1 - André-François RUAUD, Préface, pages 9 à 21, Préface

2 - Sylvana, pages 25 à 191, Roman

3 - Le Diable à quatre, pages 195 à 400, Roman

4 - Désirs cruels, pages 403 à 591, Roman

5 - Le Samouraï, pages 595 à 613, Nouvelle

6 - Ce n'était qu'un rêve, pages 617 à 631, Nouvelle

7 - André-François RUAUD, Bibliographie des œuvres de fiction de Michel Pagel, pages 633 à 637, Bibliographie

 

Nuées ardentes, suivi de Sylvana. Collection Fantastique N° 6378. Editions J'Ai Lu. Octobre 2002.

 

Réédition Les Moutons électriques. Parution 15 mai 2020. 960 pages. 25,00€.

ISBN : 978-2-36183-620-7

Contient :

1 - Préface

2 - Sylvana.

3 - Nuées ardentes.

4 - Le Diable à quatre.

5 - Désirs cruels.

6 - Les Antipodes.

 

Michel PAGEL : Sylvana.

Michel PAGEL : Sylvana. Collection Anticipation N°1687. Editions Fleuve Noir. Parution mai 1989. 192 pages.

ISBN : 2-265-04080-0

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22 mai 2020 5 22 /05 /mai /2020 04:34

Hommage bis à Gudule, décédée le 21mai 2015….

GUDULE : Agence Torgnole frappez fort.

A treize ans, Fanny est une gamine sans problème qui poursuit tranquillement ses études en classe de cinquième.

Seulement, Fanny, si elle habite dans une banlieue où les bandes d’adolescents s’amusent à semer la pagaille, n’apprécie pas du tout le sort réservé aux gamins, à certains gamins. Elle voit trop souvent, comme ce samedi, des parents qui excédés, passent leurs nerfs sur leurs enfants en leur octroyant généreusement baffes, torgnoles, gifles et autres remontrances physiques en plus des verbales.

Cela la met hors d’elle, ça l’horripile, la fout en colère, au point qu’elle se demande comment aider les pauvres maltraités, leur venir en aide. L’idée n’est pas longue à germer dans sa tête d’enfant choyée par ses parents. Elle demande à son père de lui prêter la cabane au fond du jardin, celle où il entreposait ses outils de jardinage et qui est à présent désaffectée et mal en point.

Le père ne pose pas de questions, il a confiance en Fanny, et celle-ci, munie d’une autorisation donnée sans restriction, nettoie et retape le cabanon afin d’y installer un bureau. Elle l’aménage sommairement d’un vieux bureau et de quelques objets dont un vieux ventilateur de plafond à pales, de feuilles de papier et de crayons, et inscrit sur un carton l’en-tête de son échoppe de détective : Agence Torgnole.

Elle écrit sur des petites feuilles de papier un slogan susceptible d’attirer les clients puis elle distribue ses tracts dans le supermarché aux gamins victimes de maltraitance. Il n’y a plus qu’à attendre les clients.

Justement, l’un des gamins qu’elle a vu le matin même se faire réprimander, toque timidement à la porte. Elle ne l’entend qu’à la deuxième tentative. Première erreur à corriger : elle ajoute Frappez fort sur la pancarte punaisée à la porte. Elle met en confiance le petit Jérôme en lui proposant un verre de grenadine, s’enquiert de ce qui l’amène, et elle se fera rétribuer en bonbons selon un tarif étudié au plus juste.

Elle distille ses conseils, après mûres réflexions, car les cas qui se présentent, s’ils subissent tous les mêmes conséquences n’en possèdent pas les mêmes causes. Jusqu’au jour où Antoine lui demande de donner une leçon à son père. L’œil d’Antoine s’orne d’une magnifique auréole violacée. Son père a pris la mauvaise habitude de boire et le soir, pour la moindre peccadille, ses poings entrent en action. Un point c’est tout.

Seulement ce qu’envisage Antoine n’est pas du tout du goût de Fanny, qui cherche une solution acceptable et finit par aider l’adolescent.

 

Non sans humour, Gudule traite le sujet délicat de l’enfance maltraitée, mettant en scène une gamine bien dans sa peau et qui aimerait aider ses congénères.

Gudule insère la dose d’empathie nécessaire sans tomber dans le misérabilisme, écrivant un roman humaniste et tendre. Si la morale est sauve, faut bien pour ce genre de romans, quelques scènes ne manquent pas de saveur, de piquant, voire d’héroïsme de la part de Fanny.

L’épilogue pourrait sembler être trop beau pour être vrai, mais est assez vraisemblable pour captiver et absorber l’intérêt des jeunes lecteurs. Tout ne se termine pas mal dans la vie, alors il n’y a pas de raison pour que dans les romans, cela diffère. Il faut savoir rester optimiste.

 

GUDULE : Agence Torgnole frappez fort. Couverture de Miles Hyman. Illustrations intérieures de Véronique Deiss. Collection Souris Noire Plus N°18. Editions Syros. Parution avril 1991. 80 pages.

ISBN : 9782867385896

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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