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16 juillet 2020 4 16 /07 /juillet /2020 03:05

Roman historique à consonance politique ?

Barbara CARTLAND : Contrebandier de l’amour

Considérée comme la grande prêtresse des romans d’amour, Barbara Cartland, victime de son succès auprès de pseudo-intellectuels probablement jaloux, ne possède pas à son actif que des romances, des livres à l’eau de rose pour Fleurs bleues. En effet sous des dehors très politiquement corrects, mettant en scène des jeunes filles issues de la très haute bourgeoisie et de l’aristocratie, souvent victorienne, ses romans sont nettement plus riches historiquement que présumés et moins sirupeux qu’il y paraît.

Dans Contrebandier de l’amour, l’action se déroule en 1809, alors que règne sur l’Europe Napoléon 1er, encensé par la plupart des Français qui voient en lui un conquérant. Mais pour les Britanniques, il n’est que Bonaparte, un dictateur étendant son emprise sur une grande partie de l’Europe. Ce qui amène à se poser la question sur bien des dictateurs, des hommes politiques influents, vénérés dans leur pays et haïs dans les royaumes ou républiques bordant leurs frontières. Et pour beaucoup le personnage honoré n’est qu’un vil usurpateur, selon du côté de la frontière où l’on se place.

Barbara Cartland ne va pas si loin dans son analyse de la situation politique à l’époque de George III, souverain britannique dont la démence était reconnue et qui fut supplée par son fils Georges IV, qui devint Prince-régent à partir de 1811. Il est donc normal, voire logique, que Barbara Cartland mette l’accent sur la royauté britannique au détriment de l’Impérialisme napoléonien.

 

Nouveau duc de Westcrate, grâce à un héritage inespéré et inattendu, Trydon Raven fuit son château un soir alors qu’il envisageait de se coucher. Une femme est déjà dans son lit, et il sait pertinemment que s’il avait le malheur de succomber, c’en est fait de son célibat et de sa liberté. Dans les coulisses, on veut à tout prix caser une fille afin de lorgner sur sa nouvelle richesse.

Raven ne l’entend pas de cette oreille, ni des deux d’ailleurs, et le voilà chevauchant son fier destrier dans la campagne du Sussex. Le brouillard règne et Raven se perd, se retrouvant près de la mer. Entendant des voix, il se rapproche et il est pris pour un autre par une douzaine de pêcheurs. Ne voulant pas de se dévoiler, il se retrouve à décharger des barils et autres objets de contrebande dans une grotte, sous la houlette d’une jeune femme énergique.

Raven n’est pas trop habitué aux travaux manuels, et inévitablement, il se blesse à une main. Cette femme chef de bande l’emmène dans une riche demeure, et le cache dans une petite pièce meublée avec goût. Il est soigné par une vieille dame qui maugrée, n’appréciant visiblement pas cette intrusion. Mais peu à peu, Nounou se déride et Georgia, la contrebandière, se dévoile un peu. Elle lui confie qu’elle est mariée, son époux étant en mer et dont elle n’a pas de nouvelles depuis leur mariage, mais elle se fait surtout du souci pour son frère Charles. Raven est intrigué par Georgia et son rôle de contrebandière.

Des invités arrivent à l’instigation de sa belle-mère, qui est devenue veuve, et aussitôt Georgia entraîne Raven dans une petite pièce, dite la pièce du prêtre, sous les combles. Il ne doit pas se faire voir, mais il est curieux. Il entend des voix, la marâtre de Georgia qui lui intime de passer une fois de plus la Manche et d’aller chercher un Français sur le Continent. Georgia est obligée de se conformer aux ordres. Une claque est assénée fortement en guise de conclusion. En descendant l’escalier, il aperçoit une petite trappe, et celle-ci poussée, il distingue une dizaine de personnages, des bambocheurs de la haute société et quelques femmes amenées là pour leur plaisir.

Il reconnait en la maîtresse de maison Caroline Standish, une de ses anciennes maîtresses justement, une femme à hommes et surtout une croqueuse de diamants, devenue Lady Grazebrook. Elle l’a mis sur la paille en exigeant des cadeaux couteux, mais depuis il est vacciné. Heureusement pour lui que cet héritage imprévu l’ait remis à flot. Il reconnait également un certain Ravenscroft, bien connu pour ses excès de débauche. Et il se demande, qui peut être cet homme en gris debout dans un coin de la pièce. Un personnage qui l’intrigue.

Georgia lui demande d’effectuer une nouvelle traversée du Channel, afin d’aller récupérer un homme et l’amener en Angleterre. Raven comprend qu’il s’agit d’un espion de l’Empereur qu’il doit convoyer. Il est bien décidé d’en comprendre les finalités et il accepte d’aider Georgia, toujours en dissimulant son identité. En réalité, il n’avoue pas qu’il est le duc de Westcrate, reprenant pour tous son ancien nom de Trydon Raven.

L’opération se déroule sans trop de dégâts, malgré les douaniers et les garde-côtes. Raven emmène Georgia à Londres afin de démêler cette affaire avec l’aide de son ami Pereguine Carrington, auquel il passe la consigne de se taire sur son statut de duc.

 

De nombreuses aventures attendent donc Trydon Raven, duc de Westcrate, devenu un peu le chaperon de Georgia, aussi bien au domaine des Quatre-vents, qu’à Londres et même en France sous les remparts de Calais.

Georgia est une jeune femme forte, énergique, et en même temps une femme fragile, obligée de se conduire en contrebandière pour aider son frère. Elle est dominée par sa belle-mère, une marâtre selon la dénomination de l’époque et qui n’avait pas le sens péjoratif d’aujourd’hui, qui exerce à son encontre, et surtout à celui de son frère, un chantage.

Naturellement, une histoire d’amour se greffe sur cette intrigue romanesque, mi-roman d’aventures, mi-roman historique.

Le Prince de Galles, qui ne régnera que peu de temps après, son père étant reconnu comme fou, étant la cible privilégiée de cet espion qui doit le tuer, sur les ordres de Bonaparte car il n’est jamais question de le nommer Napoléon. Le point de vue des Français et des Européens dans leur ensemble divergeant profondément. Considéré comme un héros national dans notre pays, encore par bon nombre d’historiens, il n’est qu’un dictateur aux yeux des étrangers.

 

Bon Dieu ! s’exclama le duc (s’adressant à Georgia), pour qui donc croyez-vous lutter maintenant ? Vous vous battez pour votre frère et le pays qu’il sert. Vous vous battez pour tous les hommes, les femmes et les enfants de cette île. Ne comprenez-vous pas ce que signifierait pour nous d’être vaincus par Bonaparte ? N’avez-vous donc aucune idée des souffrances, des privations, de la faim qui sont le lot des pays d’Europe actuellement sous la coupe du dictateur ? J’ai vu les paysans chassés de chez eux par l’ennemi, entassés au bord des routes, affamés, assoiffés, ne possédant plus que ce qu’ils portent sur le dos.

 

Evidemment, ce point de vue britannique est dur à encaisser, à propos de celui qui est pour certains une idole. Tout au moins un grand homme. Il faut savoir relativiser, et admettre qu’il a commis des exactions, possédant à son actif des millions de morts.

Alors, évidemment, ce genre de déclaration ne passe pas auprès de tout le monde, certains pouvant se sentir bafoués dans leur orgueil national.

Barbara CARTLAND : Contrebandier de l’amour (Love is contraband). Traduction d’Arlette Rosenblum. Editions J’Ai Lu N°783. Parution le 4 novembre 1977. 256 pages.

ISBN : 2277117838

Première édition : Editions de Trévise. 1970.

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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 03:01

Une vue imprenable ?

Maurice PERISSET : Avec vue sur la mort.

Après avoir visité l’appartement témoin dans un immeuble en construction, Clémentine et Sébastien, son fiancé, se séparent, se donnant rendez-vous pour le soir même.

Clémentine est intriguée par le manège de deux jeunes hommes en voiture qui semblent noter leurs faits et gestes. Mais elle préfère oublier cet incident, comme les deux autres qui se sont déjà produits dans la journée, pour se consacrer à cette soirée prometteuse.

Chez Ludovic, son ancien amant à qui elle devait annoncer la rupture nette et définitive, n’ayant pas vu celui-ci depuis au moins un an, elle avait senti comme une présence. Rien de bien tangible, juste une impression, qui produit un malaise dont on se débarrasse difficilement. Elle tente de tout effacer, de ne penser qu’à son avenir.

Mais Sébastien est abattu sur la route du Sel, en rejoignant Hyères, petite ville touristique sur la Côte d’Azur.

Ce fait est-il lié à ce qu’elle a déjà subi, et Ludovic en est-il l’auteur ? Apparemment non, car une femme a entendu les coups de feu et si son témoignage comporte de nombreux blancs, il permet toutefois de reconstituer le crime.

Pourtant Sébastien était un garçon calme, tranquille, sans passé trouble, employé comme sous directeur dans une agence immobilière (Notez au passage la finesse du titre !).

Le commissaire Jardet, une vieille connaissance, est chargé de l’enquête, et son fils Raphaël, s’il ne s’implique pas directement dans cette histoire comme dans les précédents romans où il apparaît, fournit toutefois à son père des pistes intéressantes.

Le commissaire Jardet est dubitatif. Tout concourt à penser qu’il s’agit d’un crime gratuit, à moins qu’il y ait eu erreur sur la personne. D’autres crimes antérieurs se greffent à cette affaire qui le laisse pour le moins perplexe.

 

Une fois de plus, Maurice Périsset entretien le suspense jusqu’à la dernière ligne. Il tisse son intrigue comme une araignée sa toile, et le lecteur happé dès les premiers mots ne peut s’échapper de ce roman.

Il construit son histoire comme un puzzle et parfois l’on ressent l’impression de tenir en main des pièces de trop, comme égarées dans la trame. Et pourtant tout s’imbrique à la perfection, sans faute note, sans déchet.

Avec un art consommé, Maurice Périsset construit une œuvre dense, un peu en marge de ses précédents romans. Ni intimiste comme dans La montée aux Enfers, ou Le ciel s’est habillé de deuil, et bien d’autres, ni jeu de piste comme dans Les tambours du Vendredi saint, dans lequel certaines scènes particulièrement spectaculaires, Avec vus sur la mort possède toutefois le cachet, la griffe de celui que j’avais qualifié comme l’un des meilleurs représentants français dans le suspense psychologique avec en prime l’émotion.

Les personnages qui gravitent dans ce roman nous touchent, nous émeuvent, au plus profond de nous, même lorsqu’ils se conduisent en être ignobles, car eux-mêmes réagissent au nom de l’amour, de l’amitié.

Un sentiment que l’on ressent plus profondément que dans les précédents ouvrages de Maurice Périsset.

Maurice PERISSET : Avec vue sur la mort. Collection Hermé Suspense. Editions Hermé. Parution septembre 1991. 276 pages.

ISBN : 9782866651428

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6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 04:00

Lorsque le chantre des Cévennes se penche sur quelques épisodes de son existence…

Jean-Pierre CHABROL : La rencontre de Clotilde.

Incontestablement, ces contes s’inspirent, librement ou non, de quelques péripéties qui ont marqué son enfance mais pas que. Des historiettes placées dans le temps mais qui pourraient se dérouler de nos jours, le thème étant intemporel.

Emouvants, touchants, cyniques parfois, humoristiques quelque fois, ces contes sont le reflet d’un mode de vie puisé dans les années d’entre-deux guerres, dans un petit village qui pourrait être Chamborigaud, dans le Gard, puis à Alès. Des communes qui possédaient encore des commerces vivants, de bouche ou d’autre, et qui offraient de l’animation dans le bourg.

Le boucher comme Bartavel, un personnage haut en couleur, mais la main sur le cœur dans La punition du boucher. Presse-bouton, comme lui-même se définit, le photographe qui débarque un jour, s’approvisionnant sans régler ses achats, promettant beaucoup mais donnant peu, dans Le chèque sans provision. Toujours aimable et souriant. Comment lui résister !

Il s’en dégage comme une certaine nostalgie, pourtant Jean-Pierre Chabrol décrit les scènes, les lieux, sans établir de comparaison entre hier et aujourd’hui, mais avec chaleur et une tendresse qui parfois confinent à l’empathie. Normal puisque, sans se mettre réellement ou explicitement en scène, il est l’un des personnages de ces contes.

Narrateur, témoin, ou se cachant derrière l’un des protagonistes, il est présent sans se mettre en avant. Sauf, s’il est impliqué personnellement et intimement, alors il s’exprime à la troisième personne, pudeur oblige. C’est ce qui arrive dans La rencontre de Clotilde, les noms des personnages étant légèrement modifiés mais le contexte relevant de la réalité.

 

Ces nouvelles ne manquent pas d’humour, parfois féroce et cynique, comme dans Cyprien et la femme, ou de ces petites touches émotionnelles et humanistes comme dans La caissière du buffet ou L’enfant du tribunal. Des épilogues qui laissent augurer qu’il existe encore des personnages qui privilégient l’affectif, la sensibilité, l’humanisme, à l’aspect financier et répressif aveugle. Mais pas toutes, car dans Cyprien et la femme, la dernière phrase est terrible dans le mépris affiché par le personnage de Cyprien, un ancien compagnon du narrateur, retrouvé par hasard dans une rue de Paris.

Le maire du dimanche pourrait être une histoire se déroulant de nos jours, tant le contexte n’a pas changé, peut-être même amplifié avec les parachutages effectués par les partis politiques pour placer leurs protégés à des postes de responsabilités dans un but uniquement électoral et comptable. Un maire, avocat marseillais, possédant une résidence secondaire dans la petite ville du Gard, élu parce qu’il possède les oreilles du préfet et d’autres notabilités, ce qui fait la fierté des villageois, mais délègue ses responsabilité auprès du secrétaire de mairie, entre autre, se contentant de signer les papiers dans sa voiture lorsqu’il repart à la fin du week-end, lorsqu’il est venu. Car il n’est pas souvent présent dans la commune qui l’a élu.

Des nouvelles qui sont comme un souvenir, un reportage, une documentation, une histoire de la France dite profonde, des images d’Epinal, même si cela se passe dans les Cévennes, des touches de couleurs, des petits riens qui se perpétuent dans les mémoires, un ensemble qui forge toute une existence.

 

Sommaire :

Le chèque sans provision

La punition du boucher

Le sanglot du mec

La caissière du buffet

Le bistrot survivant

Camargue blues

Le maire du dimanche

Le petit notable

Le bleu-charrette

L'enfant-singe

Le métis au pantalon

L'enfant du tribunal

L'apprenti comédien

Les comédiens à l'hôpital

Cyprien et la femme

On s'aimera quelques jours

Violente

Fanchon

La rencontre de Clotilde

Le temps passe par la fenêtre

Jean-Pierre CHABROL : La rencontre de Clotilde. Contes à mi-voix 2. Collection Librio N°63. Editions E.J.L. Parution avril 1995. 98 pages.

ISBN : 9782277300632

Première édition : Grasset et Fasquelle. 1985.

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4 juillet 2020 6 04 /07 /juillet /2020 03:05

A la mi-Août
On se sent plus dynamique
A la mi-Août
On s'amuse comme des fous…

Ray Ventura

Max OBIONE : Le pont.

Il fait chaud, il fait beau, c’est la canicule. Le narrateur n’est pas serein, d’abord parce que son serin bat de l’aile, ensuite parce qu’il lui faut garder sa mère. C’est moins pénible que garder un gosse turbulent mais quand même.

Sa sœur Mireille lui a confié la gestion de leur génitrice et des appareillages auxquels elle est attachée. Pas de risque qu’elle s’envole la mère. Pas plus que le serin d’ailleurs qui bat de plus en plus de l’aile.

Pour s’occuper, notre narrateur (en fait il n’appartient à personne, c’est une façon de s’exprimer) démonte puis remonte son outil de travail. Il en a soin de son Glock, il ne faut pas qu’il lui fasse défaut à un moment inopportun, ce qui pourrait lui être fatal. Et un revolver, c’est comme un portefeuille, ça ne se prête pas, c’est bien connu. Donc les révisions, l’entretien, c’est pour sa pomme.

Il fait toujours aussi chaud, le serin en a eu marre et il est couché dans sa cage. Dans l’autre pièce, celle où repose sa mère (j’allais écrire gît, mais ce n’est pas encore l’heure) le bip résonne. C’est bien la première fois depuis longtemps que sa mère le réclame. D’ailleurs l’a-t-elle aimé un jour, eu besoin de lui ? Bonne question, mais ce n’est pas l’heure de se la poser et encore moins d’y chercher une réponse.

Il faudrait qu’il appelle l’hôpital, mais en cette période de canicule, un quinze août qui plus est, pas sûr de trouver un palliatif. Débordés comme d’habitude.

 

Sous des dehors bourrus, comme une personne qui cache se pudeur et sa sensibilité en bougonnant, Max Obione nous livre une historiette émouvante et poignante.

Une mère malade et un fils indigne. Des retrouvailles après des années de conflits. Faut avouer qu’il l’avait bien cherché aussi Michel (oui, on apprend que notre narrateur se prénomme Michel au fil du récit) en se laissant enfermé pour cause d’indélicatesse avec la loi et la vie d’autrui.

Mais une petite visite, cela lui aurait fait plaisir, de temps à autre. Et aujourd’hui le voici transformé en garde-malade, en veilleur d’agonisante, en intérimaire de surveillant de moribond.

Michel oscille, et pourtant il n’a pas bu d’alcool, mais il sent monter en lui comme un sentiment qu’il n’avait jamais, ou si peu, ressenti. Et il balance, sachant très bien qu’il ne peut pas la soulager.

Le lecteur est au cœur d’un drame familial, temporisé par cette espèce d’humour noir qui est la caractéristique des auteurs sensibles, humains.

Max OBIONE : Le pont. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution 25 mai 2020. 11 pages. 1,99€.

ISBN : 9791023408157

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28 juin 2020 7 28 /06 /juin /2020 09:52

Un titre de circonstance !

Gilbert PICARD : Monsieur le Maire.

Malgré la mise en garde de l’auteur, on ne peut s’empêcher de mettre un nom et un visage sur le personnage de ce roman.

Ses initiales, sa description physique, ses antécédents, ses prises de position et son parcours politique sont précis et transparents. Les événements décrits dans cet ouvrage sont trop proches de ceux relatés par les médias depuis quelques mois (lors de la parution du roman) pour ne pas les superposer aux avatars niçois.

Maire d’une ville florissante de la Côte d’Azur, dont le nom n’est jamais cité, mais ne peut abuser personne, Joël Modane gère sa cité d’une façon paternaliste, confondant ses intérêts avec ceux de sa municipalité. Ses relations affables avec ses concitoyens en font un homme estimé de tous, parfois même idolâtré. Les menus services qu’il rend, pour démagogiques qu’ils soient, forcent la sympathie et la popularité.

Cependant chaque médaille comporte son revers. Celui de Joël Modane se nomme Robert Gallois, gérant d’un supermarché. Gallois ayant refusé de signer un contrat publicitaire avec un journal local dépendant d’une société créée par le maire, celui-ci n’entérine pas la demande d’extension du supermarché, favorisant l’implantation à proximité d’une grande surface concurrente.

Ruiné, Gallois décide de se venger et porte des révélations au Canard enchaîné sur la fortune de Modane qui sent peu à peu s’effriter autour de lui les fondations de son petit empire. Son allié, le préfet, est relevé de ses fonctions, premier d’une série de coups durs pour le maire qui pense déjà à l’exil. Après la Société varoise d’éditions, une autre de ses sociétés est dans le collimateur du président de la Chambre régionale des Comptes : la Sodéfinco, société financière chargée de renégocier les taux d’intérêts des emprunts de la municipalité, et qui aurait versé des commissions à deux autres sociétés dont il est le président.

 

Tribun à la dialectique féroce et à l’éloquence aisée, Modane a tendance parfois à s’emporter, ne se contrôlant plus dans ses déclarations. Habilement décortiquée de son contexte, une de ces phrases se révèle comme une bombe amorcée par les infos régionales puis nationales, mettant en émoi le monde politique.

L’affaire Modane dépasse les frontières françaises et le père de Suzy, banquier scrupuleux, enquête sur les agissements de son gendre et l’implantation de ses sociétés américaines, mettant sa fille en garde. Traqué, Modane se réfugie derrière ce qu’il pense être une porte de secours. Si l’on continue à le persécuter, il se fait fort de dévoiler certaines magouilles de ses adversaires politiques.

Mais, dans l’ombre, Robert Gallois continue d’alimenter en informations la presse satirique. De tous les côtés, les partis politiques lâchent le maire, ne voulant pas être mêlés, de loin ou de près, au cloaque financier dans lequel Modane s’embourbe.

 

 

Le personnage de Modane, que tout un chacun aura reconnu, oscille entre le cynisme et la naïveté.

Persuadé d’avoir œuvré en toute légalité pour l’expansion de sa ville, il s’inscrit en marge des lois. Cet homme est adulé par les humbles qui le reconnaissent comme leur maître et leur dieu. Un mélange de paternalisme et de féodalité.

Gilbert Picard, tout en le montrant souvent sous son plus mauvais jour, lui accorde quelques excuses implicites. D’ailleurs ne fait-il pas dire à Me Lauteri, expliquant la situation à son ami : « On trouvera bien un journaliste, de préférence de la région, qui écrira un livre plutôt complaisant à votre égard. »

 

Gilbert PICARD : Monsieur le Maire. Collection Saga. Editions Hermé. Parution avril 1991. 294 pages.

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27 juin 2020 6 27 /06 /juin /2020 04:16

Et demain ne sera plus comme avant ?

Muriel MOURGUE : Hier est un autre jour…

Après le cataclysme informatique de 2019, fomenté par un mystérieux groupe intitulé l’Etoile noire composé de terroristes, l’Europe a fini par réagir en anéantissant ces nouveaux délinquants et leur chef.

Les années ont passé, et en 2027, Rose Leprince vient d’être réélue à la tête de l’Etat français. Mais comme souvent ce début de second mandat est quelque peu sujet à des remous. Quoique très appréciée par la majorité de ses collaborateurs et de la plupart de ses homologues internationaux, Rose Leprince, dite la Princesse, va se trouver bientôt confrontée à des manifestations. Des citoyens ont décidé de descendre dans la rue pour exprimer leur colère envers une loi qui est loin de faire l’unanimité.

Ce qui avait incité les gens à descendre dans la rue était un projet de loi sorti du chapeau par deux des ministres, à savoir la ministre de l’environnement jamais avare de trouvailles foireuses et le ministre de la Santé, un ascète au regard de chien battu.

Un beau matin, en se levant, ils avaient décidé que fumer sur la voie publique présentait un danger pour les bébés en poussette et qu’une interdiction totale conduirait progressivement les citoyens réfractaires à renoncer à leur vice. Une interdiction qui était mal passée, même auprès des non-fumeurs. La population ressentait cela comme une atteinte pure et simple à la démocratie.

Pour la ministre de la Sécurité, Régine Grinville, la préconisation est de purement et simplement arrêter la manifestation au moindre incident. Ce que n’approuve pas la Princesse, mais entre les deux femmes le torchon brûle depuis quelque temps déjà. Luc Malherbe, ancien agent des services de renseignements puis directeur de cette officine et devenu le Conseiller personnel de la présidente est lui aussi sceptique. Il déclare :

Il ne faut pas se louper. Trop de laxisme nous affaiblirait, mais une répression trop marquée nous ferait passer pour des fascistes.

Bref ils sont entre l’enclume et le marteau à cause de l’idée saugrenue de deux ministres sans cervelle.

Mais pour l’heure deux autres affaires requièrent toute l’énergie de Luc Malherbe qui a demandé à deux de ses anciens collaborateurs, Angie Werther et Alex Darkness de remettre leur bleu de chauffe.

Trois anciens repentis de l’Etoile Noire ont été assassinés, une femme et deux hommes. Selon les mêmes procédures pour les hommes. Mais ils ne se connaissaient pas, et donc n’avaient pas de contacts entre eux. De plus la Princesse reçoit depuis un certain temps des lettres anonymes dont la teneur est de plus en plus inquiétante. Sans oublier la part de plus en plus grandissante que prennent les néos, néo-nihilistes et néo-romantiques ou gothiques, dans la contre-culture.

Angie revient d’Argentine où elle a revu son père après quelques années loin de lui. Il lui a révélé des secrets de famille qui la laissent abasourdie, et son amie Ellis vient de la quitter pour une raison inconnue. Donc, Angie a accepté de reprendre du service en compagnie d’Alex. Ils seront hébergés dans un hôtel parisien dévolu aux membres des services secrets en mission, et pour tous, ils sont mari et femme. Un statut qui ne les gêne guère car ce n’est qu’une façade destinée à induire en erreur les individus qu’ils doivent approcher. Dont un couple, Blanche et Kendo, des néos qui vont les introduire dans des manifestations, pacifiques, comme un concert. Angie se lie avec Blanche tandis qu’Alex s’est trouvé un point commun avec Kendo, puisque tous deux pratiquent l’art du tatouage à des degrés divers. Et cette approche n’est pas fortuite car Kendo était ami avec l’un des repentis décédés.

La résurgence de l’Etoile noire, et de ses méfaits, serait-elle possible, envisageable, ou n’est que coïncidence fortuite ?

Et pendant ce temps, quid des manifestations ? Ne serait-ce qu’un écran de fumée destiné à cacher d’autres affaires plus délictueuses, portant atteinte à l’intégrité des acquits sociaux ? Comme les 80km/h, les Gilets jaunes, et la révision du système des retraites ?

 

Ce nouveau roman de Muriel Mourgue, publié après le déconfinement, n’est pas sans rappeler des événements récents. Du moins dans l’esprit. Néanmoins il s’agit d’une anticipation politique proche, servant de décor à une enquête sur trois meurtres ayant un point commun ou non. A Angie et Alex de le déterminer et de trouver les coupables.

Mais l’entrée dans les arcanes de la gouvernance met en lumière des problèmes politiques actuels. Problèmes et façons de faire, d’agir des dirigeants et responsables de différents ministères, leur cohésion ou leurs inimitiés. Pourtant il serait mal venu d’effectuer des parallèles entre aujourd’hui et demain, entre réalité et fiction. Mais il n’est pas interdit de penser que tout n’est que répétition et que l’Histoire est un éternel recommencement, avec des divergences parfois, mais le fond du problème demeure le même.

Alors, selon ses sentiments, ses convictions, ses préférences, on peut s’attarder soit sur l’analyse politique, soit sur le déroulé de l’enquête, soit sur les problèmes et secrets familiaux d’Angie, soit sur tout ou partie des composantes de cette intrigue.

Muriel MOURGUE : Hier est un autre jour… Collection Rouge. Editions Ex Aequo. Parution 24 juin 2020. 156 pages. 14,00€. Existe en version numérique : 3,99€.

ISBN : 978-2378739652

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21 juin 2020 7 21 /06 /juin /2020 04:15

Un roman toujours d’actualité !

Christopher STORK : Alter Ego.

Les manipulations génétiques sont arrivées à un stade tel que le bon sens et la morale jugent ses expériences suffisamment poussées, suffisamment avancées pour que nos scientifiques, nos biologistes prennent enfin un peu de repos.

D’ailleurs l’un de ceux-ci ne l’a dit-il déclaré publiquement il y a peu ? (Je précise que cette chronique a été écrite en février 1988).

Mais que se passerait-il si un de ces savants, qui jouent aux apprentis-sorciers, découvrait et mettait en application un nouveau mode de reproduction, comme celui décrit dans Alter Ego par exemple ?

Quel serait le sort et l’avenir de l’humanité déjà bien attaquée par d’autres expériences et qui produisent bon nombre de nuisances, comme la pollution ?

Mieux vaut ne pas trop y penser et plutôt passer un bon moment d’évasion avec qui en fin de compte n’est qu’un roman.

Et si vous le désirez vous pouvez toujours essayer de répondre à cette question posée par l’un des personnages :

Quelle est exactement la différence entre un chef et un dictateur ?

Christopher STORK : Alter Ego. Collection Anticipation N°1604. Editions Fleuve Noir. Parution janvier 1988. 192 pages.

ISBN : 2-265-03750-8

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16 juin 2020 2 16 /06 /juin /2020 03:53

Pris dans le filet…

Jean BOMMART : Le Poisson chinois et l’homme sans nom.

Non seulement le Marie-Félix revient à La Rochelle ses soutes chargées de langoustes, mais avec un matelot récupéré dans la mer des Antilles. L’homme a été repêché transi, frigorifié, et depuis trente quatre jours, il aide à la manœuvre avec tous les autres matelots de l’équipage. Il a été habillé de bric et de broc, et surnommé Johnny par défaut. Car il est muet, mais il comprend toutefois ce qu’on lui dit.

Le Marie-Félix arrive de nuit à La Rochelle, par marée basse, mais les marins sont pressés d’aller à terre, sevrés depuis des jours de leur pinard reconstituant. Le pinard, c’est de la vinasse, ça fait du bien par où ce que ça passe… Refrain bien connu.

Aussi Gustave, dit Gugusse, le capitaine, et ses hommes se rendent dans un troquet, laissant Johnny à la charge de Bastien, le mousse. Seulement Bastien ne respecte pas les consignes et Johnny en profite pour se jeter à l’eau et rejoindre le quai un peu plus loin. Pour tous il s’est noyé, car à cause de la marée basse, ce n’est que de la vase qui entoure le navire.

Toutefois Gugusse fait part de sa découverte halieutique humaine auprès des affaires maritimes qui elles-mêmes en informent la police, un ricochet qui arrive aux oreilles du Capitaine Sauvin dit le Poisson chinois, un agent secret qui prend la nouvelle au sérieux.

Aussitôt, le capitaine Sauvin, qui retrouve avec plaisir le lieutenant de vaisseau Manuel, se met à enquêter et remonte peu à peu la piste de Johnny, grâce à des indices dont la vase laissée près de l’endroit où l’homme a réussi à s’extirper du piège marin.

 

C’est auprès d’une prostituée du port que Sauvin et son ami Manuel récupèrent quelques informations, non sans mal. Et l’affaire mène Le Poisson chinois à Paris mais la trace de l’homme se perd dans les rues de la capitale. Et il faut se méfier des services secrets russes, américains, voire britanniques, qui œuvrent dans l’ombre

Le lecteur suit les déambulations du rescapé et apprend son identité. Identité multiple puisqu’il s’agit d’un espion Russe qui n’est pas du tout muet.

Il change une fois de plus d’identité grâce à une relation auprès des diplomates russes installés dans la capitale qu’il contacte de La Rochelle, puis parvient à gagner Paris, loge dans un petit hôtel et travaille dans un garage afin de subvenir à ses besoins. Il est mal à l’aise car il sait qu’il a failli à sa mission aussi il essaie d’échapper à d’éventuels poursuivants de la police française ou espions russes. C’est ainsi qu’il va faire la connaissance d’une jeune fille d’origine russe et qu’il va intégrer la communauté des Russes blancs installés à Paris. Lui le Russe rouge fraie avec ceux qui ont fui le pays suite à la Révolution d’Octobre.

Pourtant, alors que l’on pourrait croire que cette aventure se déroule durant l’entre-deux guerres, cet épisode se déroule bien fin 1957, puisqu’il est fait référence au lancement du premier Spoutnik.

Tout autant roman d’espionnage que roman policier, voire même roman d’amour par certains côtés, Le Poisson chinois et l’homme sans nom est agréable à lire et n’a pas subi les outrages du temps. L’écriture et la narration sont fluides, et il s’agit véritablement d’un classique parmi les classiques.

 

Jean BOMMART : Le Poisson chinois et l’homme sans nom. Collection Les Trois A… Editions Librairie Arthème Fayard. Parution 26 septembre 1958. 222 pages.

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14 juin 2020 7 14 /06 /juin /2020 04:08

Un poisson d’avril qui ne manque pas d’arêtes !

Michel PAGEL : Nuées ardentes.

En ce premier avril 1976, Malvinov, le jeune assistant toutes fonctions, s’amuse à accrocher des poissons d’avril dans le dos des acteurs, des machinistes, de Francel le réalisateur du film qu’il est en train de tourner sur une plage vendéenne.

Parmi les piégés, Natacha, première assistante, qui reçoit de son amie Florence une carte postale indiquant qu’elle part à New-York avec un garçon dont elle est tombée amoureuse. Une blague car Florence est derrière elle qui se marre. Depuis près d’un an elles ne se quittent pas, surtout au lit.

Sur un yacht, non loin, la fête bat son plein. Etienne Chaffaux, le riche industriel, a convié quelques amis ou connaissances à partager le verre de l’amitié. Parmi ceux-ci, Richard d’Albret, célèbre romancier à succès, accompagné de sa nouvelle conquête et de Sharon, sa maîtresse en titre, qu’il a gardée comme on garde une poire pour la soif. Elle encaisse les avanies car elle est amoureuse de ce goujat. Autre invité, Claude Dumont, le nègre de d’Albret, qui recherche de la documentation pour l’histoire qu’il écrit pour son propre compte. Car cela lui arrive de publier, mais sans réel succès. Et il ne faut pas oublier Madeleine, la femme bigote d’Etienne Chaffaux, et ses deux enfants, Guy et Diane, à peine sortis de l’adolescence.

Diane est un peu rebelle, et belle, ce qui attise la convoitise de son oncle Richard d’Albret, qui est le frère de Madeleine. Entre les deux beaux-frères, les points de divergence et de tension sont nombreux, mais ils se rendent toutefois le soir au restaurant afin d’écluser de nombreux verres et manger un peu. Tout est dans les apparences de famille unie, ou presque.

Claude Dumont boit beaucoup, trop, et il est déjà éméché alors que le repas n’est pas entamé. Il ne peut empêcher Richard de glisser dans le verre d’Etienne, alors que celui-ci est parti soulager sa vessie, une sorte de pastille qui se dilue progressivement. Il s’agit de LSD, une drogue qui exacerbe la libido, et Etienne (à la tienne Etienne !) enfile son verre, recrachant le reliquat de cette pastille pas complètement fondue. Une blague dont les effets pervers se font bientôt sentir. Richard d’Albret signale la présence de deux jeunes femmes installées non loin d’eux. Il s’agit de Natacha et de Florence. Et le repas terminé, les digestifs surtout pour Dumont complètement paf, les trois hommes suivent les deux jeunes femmes sur la plage. Dumont assiste en spectateur incapable d’intervenir au viol, par d’Albret et son beau-frère Etienne, des deux amies. Au moins il peut enregistrer mentalement les conséquences et les comportements des deux violées pour la rédaction de son ouvrage.

 

Quelques mois plus tard, sur le plateau de tournage d’un nouveau film de Francel, une belle inconnue blonde attifée de lunettes noires, avec un petit chat noir qui répond au doux nom de Vengeance sur les épaules, se présente comme recherchant un emploi de comédienne. Il s’agit de Natacha qui a changé de nom, devenant Dany pour tous, et d’apparence physique, désireuse de se venger de la mésaventure survenue sur cette plage vendéenne. Son amie Florence depuis ce viol est en catatonie, quant à Natacha, elle s’en est remise grâce à sa volonté et son désir de vengeance.

Et c’est ainsi qu’elle va prendre dans son filet d’Albret, jouant avec ses nerfs et sa libido, le laissant sur des charbons ardents, peaufinant son scénario en attirant par son charme dans son lit Guy et Diane, se révélant une manipulatrice de charme extrêmement dangereuse pour tous ces protagonistes du drame vécu quelques mois auparavant. Pendant ce temps Florence est toujours dans le coma à l’hôpital, ressassant dans sa tête l’histoire d’une princesse prisonnière dans la tour d’un château d’un homme malfaisant et attendant d’être délivrée. Mais les pensées inconscientes de son esprit se catapultent dans l’esprit de Diane, la jeune fille ressentant parfois les mêmes affres.

Dumont, lui, écrit son histoire qui pourrait être celle de Natacha, Florence, Diane, et les autres. Comme un reflet dans un miroir.

 

Nuées ardentes, écrit en 1987, ne fut publié qu’en 1997, après avoir essuyé les refus de nombreux éditeurs pour des raisons qui n’engagent qu’eux mais incompréhensibles lorsque l’on considère la valeur de ce roman en tout point remarquable. Aussi bien dans le thème, l’écriture, la force de la narration, le déroulement de l’histoire, Natacha intervenant parfois en voix off comme on dit au cinéma, par l’addiction déclenchée, le lecteur ne pouvant poser ce livre même pour régler quelques problèmes d’intendance domestique genre se sustenter ou procéder à une miction.

Chronologiquement, il s’inscrit avant Sylvana, mettant en scène quelques personnages figurant de façon fugitive que l’on retrouvera également par la suite dans les autres ouvrages qui composent cette Comédie Inhumaine.

Tous ces romans peuvent se lire indépendamment les uns des autres, mais ils forment un tout, constituant une saga débordant largement du cadre familial, tout comme auparavant en avaient écrit Balzac dans sa série La Comédie Humaine, ou Emile Zola pour le cycle des Rougon-Macquart, dont les projets étaient de décrire une histoire sociale et naturelle d’une famille élargie mais cette fis dans un registre franchement fantastique.

Dans ce décor, dont le cinéma prend une place non négligeable, il est bon de signaler un personnage, Claude Dumont, qui s’impose comme un second rôle n’apparaissant guère mais dont la présence s’avère l’instigateur involontaire de ce drame. Encouragé il est vrai par Richard d’Albret auquel il déclare :

Je suis un écrivain, moi, pas marchand de soupe.

On peut concilier les deux. Je te l’ai dit cent fois : fais comme moi ! Une scène d’action, une scène de cul, un massacre, une scène de cul… Le massacre est même facultatif. Tu peux le remplacer par tes conneries psychologiques, si ça t’amuse. Mais pense au cul, Claude, c’est ça qui fait vendre et les éditeurs le savent aussi bien que toi et moi…

 

Quelques autres citations pour le plaisir :

Sans mentir, si les courbes de votre corps se rapportent à celles de votre visage, vous êtes le plus beau présent qu’aient jamais fait les dieux au monde.

 

La religion, c’est un truc que les gens ont inventé pour se rassurer. Il y a eu un type bien, autrefois, qui s’appelait Jésus Christ et qui transmettait un message d’amour. Ensuite, des salauds en ont fait une idéologie du sacrifice et de la répression, pour pouvoir contrôler leurs fidèles. Ce qui est mal, c’est de faire du mal, Diane, et c’est tout. Prétendre que la souffrance est meilleure que le plaisir, c’est du masochisme, pas de la piété.

 

Les personnages ne peuvent pas en savoir autant que l’auteur.

 

 

Michel PAGEL : Nuées ardentes.

Réédition Les Moutons électriques. Parution 15 mai 2020. 960 pages. 25,00€.

ISBN : 978-2-36183-620-7

Contient :

1 - Préface

2 - Sylvana.

3 - Nuées ardentes.

4 - Le Diable à quatre.

5 - Désirs cruels.

6 - Les Antipodes.

Michel PAGEL : Nuées ardentes. Collection Etoiles Vives. Orion Editions. Parution mai 1997. 256 pages.

ISBN : 2-84344-001-7  

Réédition couplée avec Sylvana. Editions J’Ai Lu N°6378.

Réédition Omnibus Les Moutons Electriques. La Comédie inhumaine Volume 1. Mai 2020.

ISBN : 978-2-36183-620-7

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13 juin 2020 6 13 /06 /juin /2020 03:44

Hommage à Benny Goodman décédé le 13 juin 1986.

Jean-Pierre JACKSON : Benny Goodman.

S’il ne fallait garder en mémoire qu’un seul fait marquant dans la carrière de musicien de Benny Goodman, ce serait incontestablement celui-ci : Benny Goodman fut le premier à intégrer des Noirs dans ses formations de Jazz se produisant en public.

Il avait déjà à son actif des enregistrements mixtes puisque le 24 novembre 1933 il participait au dernier enregistrement de la chanteuse Bessie Smith et trois jours plus tard il invitait en studio une jeune interprète de dix-huit ans : c’était la première prestation discographique de Billie Holiday. Le 2 juillet 1935 invité par Teddy Wilson il participe à une séance en compagnie de Ben Webster, Roy Elridge, John Trueheart, John Kirby et Cozy Cole afin d’accompagner à nouveau Billie Holiday pour une séance d’enregistrement de trois titres. Il est le seul blanc de cette formation.

Mais c’est un plus tard qu’il enfreindra, avec la complicité du batteur Gene Krupa et de John Hammond directeur artistique chez Columbia, cette loi raciale pour ne pas dire raciste qui stipulait que Noirs et Blancs ne pouvaient se produire sur scène ensemble. Au premier trimestre 1936 le Rhythm Club de Chicago désire engager les trois musiciens, c’est-à-dire Benny Goodman, Gene Krupa et Ted Wilson. Aussi Ted Wilson se produit d’abord seul sur scène, et bientôt Benny et Gene le rejoignent brisant un tabou et enfonçant un premier coin dans le racisme.

Mais Benny Goodman innove également en étant le premier musicien de jazz à se produire au Carnegie Hall, le temple de la musique classique. Benny Goodman est un musicien éclectique et par ailleurs il enregistrera en 1965 sous la direction d’Igor Stravinsky Ebony Concerto écrit par Woody Herman. Mais ce n’était pas sa première incursion dans le domaine classique puisqu’il enregistra dès 1956 le Concerto pour clarinette de Mozart en compagnie du Boston Symphony Orchestra sous la direction de Charles Munch et quelques autres plages dont le Concerto pour clarinette n°1 de Weber avec l’orchestre symphonique de Chicago sous la direction de Jean Martinon, et bien avant, en 1939, un concert au Carnegie Contrastes pour violon, clarinette et piano, une partition de Bartók, avec au piano Béla Bartók lui-même et au violon Joseph Szigeti.

Né le 30 mai 1909 d’un couple d’exilés hongrois juifs de Varsovie, le jeune Benjamin David bénéficie de leçons de musique gratuites. Son père, tailleur dans une fabrique fréquentait assidument la synagogue de Baltimore qui offrait aux jeunes garçons une formation à l’orchestre de la synagogue, profite de l’occasion pour l’inscrire lui et ses frères Harry et Freddy, d’autant que les instruments sont loués à bas prix. Benny est fasciné par la clarinette et devant les progrès de celui qui sera surnommé plus tard King of Swing, terme qu’il n’apprécie que modérément car il sait combien cette distinction peut-être fugace, il bénéficie de cours payants auprès du vénérable professeur Franz Schoepp, qui avait déjà formé notamment Jimmy Noone.

A douze ans il gagne son premier cachet, cinq dollars, alors que son père en gagne vingt par semaine. En 1923 il gagne quarante-huit dollars en se produisant quatre soirs par semaine au Guyon’s Paradise. Dès son premier cachet le jeune Benny avait décidé que la musique serait son métier et qu’il sortirait ses parents de la misère.

Sa réputation grandit rapidement et il deviendra l’un des grands noms du jazz d’avant-guerre soit en étant à la tête de grands orchestres ou de petites formations, genre quartet ou sextet. Mais ce sera avec les petites formations qu’il sera le plus à l’aise notamment son association avec Gene Krupa à la batterie, Ted Wilson au piano et Lionel Hampton au vibraphone.

Il donna également leur chance à de nombreux musiciens qui graveront leur nom au fronton du Jazz, comme Charlie Christian, Wardell Gray ou encore Stan Hasselgard, lesquels décédèrent tous malheureusement jeunes, le premier de tuberculose, le deuxième d’un accident de voiture et le dernier assassiné. Après guerre Benny Goodman, qui ne s’adapte pas au Be-bop, connait une période de latence mais grâce à sa foi en la musique il rebondit et enchaine les tournées principalement en Europe, malgré des problèmes récurrents de sciatique.

Décrié par quelques pisse-froid, pas toujours reconnu à sa juste valeur par des mélomanes partiaux, Benny Goodman a marqué le jazz durant plus de soixante ans, enchainant les succès. Et Jean-Pierre Jackson fait œuvre pie en proposant ce premier ouvrage français consacré à ce grand instrumentiste, le seul d’ailleurs car si des ouvrages de références ont été écrits et publiés aux Etats-Unis, aucun n’a été traduit à ce jour.

Jean-Pierre Jackson s’attache à la jeunesse et à la carrière musicale du clarinettiste sans entrer dans la vie privée, mettant en avant ses qualités, les artistes qu’il a côtoyé, les concerts, tout ce qui se rapporte au monde musical.

Avec quelques belles pages sur ses relations avec les autres musiciens, pour lesquels il professait souvent admiration. Ainsi avec Ted Wilson dont il déclarait : « Teddy jouait parfaitement les morceaux en trio. C’est ce que nous pensions de lui… Un sacré bon musicien. Nous n’avons juste jamais pensé à lui comme étant un Noir ». Peut-être à cause de son origine juive, car il faut se souvenir que certains hôtels et bars du Sud des Etats-Unis arboraient des écriteaux signalant que ces établissements étaient « Interdits aux Noirs, aux Juifs et aux chiens ».

L’ouvrage est complété d’une chronologie, de repères discographiques et bibliographiques, d’un index des noms et d’un autre des titres cités.

Jean-Pierre JACKSON : Benny Goodman. Editions Actes Sud/Classica. Parution 3 novembre 2010. 152 pages.

ISBN : 978-2742795222

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