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27 octobre 2018 6 27 /10 /octobre /2018 05:16

Taper dans le ballon à en perdre la tête !

Roland SADAUNE : Rebonds.

Le match est terminé et si certains spectateurs sont ravis du résultat, la majorité d’entre eux sont assez furieux. La France vient de perdre contre le Portugal en coupe d’Europe de football. Il faut pourtant bien un perdant si l’on veut qu’il y ait un gagnant.

De toute façon, pour Marie Layne, tiens on dirait une chanson des Beach Boys arrangée par Martin Circus, donc pour Marie Layne, ce n’est qu’un épisode parmi tant d’autres dans sa jeune carrière de journaliste. Après être passée par un grand quotidien, l’Hexagone Matin, elle pige désormais pour une feuille locale de la Seine-Saint-Denis, l’InfoFlash, attachée au domaine de la Culture. Mais comme ce sont les vacances, son rédacteur en chef, Vendroux comme le journaliste sportif, lui a demandé de couvrir l’événement.

L’avantage en achetant un billet pour un match de foot, c’est qu’on a droit également à de la boxe et du catch. La sortie du Stade de France est houleuse, et des rixes se profilent. Des pétards fusent à moins que ce soit un attentat. On ne sait jamais. Malgré tout, Marie Layne parvient à s’extirper de l’agglomérat de corps humains, dont certains sont très vindicatifs, et alcoolisés.

Neuf jours plus tard, au petit matin, Marie est réveillée par son rédacteur en chef, par téléphone je précise. Une macabre découverte dans le canal requiert sa présence immédiate. Sur place elle retrouve Philippe Myros, un ancien confère de l’Hexagone qui office dans un journal concurrent. Et une fois de plus, elle qui est sujette à des cauchemars footballistiques, se trouve devant un filet de ballon qui contient… une tête. Un footballeur qui perd la tête sur le terrain, cela existe, mais enveloppée dans un filet ?

Parallèlement à l’enquête effectuée par Marie, qui est toujours devancée sur le terrain par Philippe Myros, le lieutenant Lacoste, peut-être en chemise du même nom car la chaleur règne en ce mois de juillet, est en charge de cette affaire qui devient un jeu de piste macabre car d’autres cadavres sont découverts, victimes collatérales ou non. Et c’est ainsi que tous trois vont parcourir, les uns après les autres, ou conjointement, les villes proches de Saint-Denis, c’est-à-dire Aubervilliers, Drancy, Dugny et autres, lancés sur des pistes comme dans un jeu de l’oie à l’échelle humaine.

En incrustation, une petite voix suit les divagations de Il, le tueur, mais une petite voix dont on ne saura qu’à la fin à qui elle appartient et qui s’élève comme un remords de conscience.

 

Si l’on suit avec plaisir et appréhension les aventures et mésaventures de Marie d’un côté, et du lieutenant Lacoste de l’autre, qui sont en butte à ce redoutable tueur qui ne s’embarrasse d’aucun principe, et de leurs chefs respectifs toujours sur leurs talons sans se déplacer, on est quelque peu frustré par l’épilogue. Moi tout du moins, car chacun peut ressentir différemment la fin, même si parfois il y a des ébauches d’explications.

Comme dans chacun de ses romans, Roland Sadaune met une part de lui-même dans l’intrigue et ses personnages. Ainsi parmi les SDF rencontrés, l’un des protagonistes se nomme la Barbouille, et cela nous ramène, de façon pessimiste à son autre passion-métier, la peinture. Car Roland Sadaune est aussi et surtout artiste-peintre, un statut qui explique sûrement sa capacité à dépeindre aussi bien les divers protagonistes qui parsèment ses romans. Mais comme dans les tableaux, il existe aussi des zones d’ombre. Et ce n’est pas la seule imprégnation de l’auteur dans le récit, et les lecteurs qui le connaissent par ses romans et ses peintures sauront de quoi je parle, ou écris.

 

Roland SADAUNE : Rebonds. Edition Sidney Laurent. Parution le 28 septembre 2018. 250 pages. 18,90€.

ISBN : 979-1032610992

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20 octobre 2018 6 20 /10 /octobre /2018 05:28

J’en reprendrai bien une part !

Jean-Marie PALACH : L’amour entre deux pizzas.

Chaque premier dimanche du mois, Cyrielle, Noémie et Nedjma se retrouvent avec plaisir dans une pizzeria de la place d’Italie, dans le treizième arrondissement parisien. Et pour rien au monde, elles manqueraient ce rendez-vous qui est devenu au fil des ans une institution. Seul un impondérable pourrait empêcher l’une des trois amies à se retrouver et à discuter de choses et d’autres, sans pour autant s’immiscer dans la vie privée de chacune d’entre elles.

Elles se sont connues dix ans auparavant en classe préparatoire aux grandes écoles commerciales à Rennes. Elles proviennent d’horizons différents de la Bretagne, géographiques et sociologiques, mais une solide amitié s’est forgée entre elles. Elles ont réussi professionnellement et depuis Cyrielle travaille dans un prestigieux cabinet de conseil, Noémie s’épanouit dans la communication et l’organisation événementielle, tandis que Nedjma s’est investie dans une association caritative qui se consacre à l’aide de victimes du Trilophérol, un médicament provoquant des effets secondaires graves tels que décès prématurés.

Aucune d’entre elle n’est mariée. Elles privilégient leur avenir professionnel, ne s’encombrant pas d’un amant, ou alors épisodiquement. Seule Nedjma a changé physiquement, devenant quelque peu ronde, toujours vêtue de fringues tristes, et ne perçoit pour son travail, un sacerdoce sans réserve et mais avec abnégation dans l’association, qu’un SMIC. Cela lui suffit ne comptant pas ses heures et n’ayant pas de besoins particuliers. Toutefois, ce n’est pas par hasard qu’elle s’est lancée dans cette voie.

Cyrielle est pressentie pour s’atteler à une tache ardue, que le gouvernement a confiée à son entreprise : définir les modalités d’application d’une loi sur la pénibilité au travail, le compte usure prématurée, sans déplaire au patronat. Le genre de mission dans laquelle est se sent à l’aise, ne comptant pas non plus ses heures. Noémie, quant à elle, va prendre quelques vacances à la Réunion, retrouver ses grands-parents qui y sont installés depuis des années, quittant la métropole afin de se rapprocher d’une partie de leurs racines.

Au cours de leurs agapes mensuelles, elles retrouvent en un client qui les dévisage attentivement Julien, un ancien condisciple, dont les études n’étaient pas brillantes mais qui, grâce à l’une des Trois Grâces, ainsi étaient-elle surnommées, a réussi ses examens et est devenu expert-comptable. En sortant du restaurant, Nedjma est légèrement perturbée et elle manque se faire écraser par une camionnette. Heureusement un passant a attrapé l’étourdie par le bras et l’a ramenée sur le trottoir. Son sauveur n’est autre que son oncle Radouane qui la suivait, désirant lui parler de son père, très malade en son manoir breton.

 

Le premier dimanche du mois suivant, elles se retrouvent avec plaisir, comme toujours, mais entre temps un grand nombre d’événements auront bouleversé leurs vies. Positivement ou négativement, c’est ce que le lecteur découvrira au fil des chapitres qui sont consacrés alternativement à chacune d’entre elles.

Dans ce conte moderne, quelque peu utopique, l’auteur se met en scène par personnages interposés, et le lecteur attentif pourra en retrouver certains aspects dans des circonstances que je me garderai bien de dévoiler.

Utopique car des personnages de l’état, que je ne nommerai pas, sont présentés sous leur plus beau jour, leurs plus beaux atours intellectuels, mais ils oublient qu’ils ne reflètent qu’une des facettes de la société, et pas la plus conséquente. Et je me permets d’émettre des réserves, non pas sur leur professionnalisme, mais à cause des soupçons de conflits d’intérêt qui pèsent sur elles et de leurs antécédents qui ne plaident pas toujours en leur faveur. Mais ça, on peut en retrouver quelle que soit la couleur politique des gouvernements successifs.

Mais ce roman, ou conte, demande de la part du lecteur une action ludique, celle du décryptage. Et l’amène à se poser quelques questions, dites de bon sens. Par exemple :

Les grandes écoles, dont la vitrine est enjolivée, ne sont que des usines à production de technocrates souvent coupés de la réalité alors que le bonheur est à chercher dans le pré. En effet bien souvent des décisions sont prises dans un sens contraire de ce quelles devraient être. Mais c’est l’égo qui commande dans bien des cas.

Ce président se moque des contradictions, remarque Nedjma. On se demande s’il ne les recherche pas pour faire le buzz.

Ou alors, il ne s’en rend pas compte, avance Noémie.

Le problème de l’usure prématurée ou du handicap sont évoqués dans ce récit. Mais sous une forme utopique, car l’on se rend compte que les dernières décisions prises par le gouvernement et la majorité présidentielle au Parlement vont à l’encontre des préconisations, elles sont même balayées d’un revers de manche.

Pourquoi ne pas promettre de mesurer l’usure prématurée découlant du travail de chaque salarié et de la compenser par divers moyens : formation, temps partiel, retraite anticipée ? Présenté comme cela, tout le monde signe, emballé c’est pesé, et une voix de plus pour le magicien capable d’exaucer les rêves les plus fous, y compris ceux jamais formulés. Peu importe qu’aucun pays au monde n’ait jamais dépassé le stade des études. Tous ont renoncé dès qu’ils ont réalisé l’ampleur du défi, pas fous. Qu’à cela ne tienne, rien n’arrête le génie français, surtout en période électorale, paroles, paroles…

Enfin, ce n’est qu’un dernier exemple, la lecture, sous toutes ses formes même audio, est une panacée plus efficace que bien des panacées distribuées, ou plutôt vendues souvent fort cher. Mais qu’est-ce qu’un livre ? On sait bien que les auteurs ne rapportent rien à l’Etat, ils ne sont pas productifs, dixit un ou une ministre, de la Culture ou autre. Oubliant que derrière l’auteur, se nichent bien des métiers qui eux sont productifs. Libraires, imprimeurs, papeteries, et divers supports liés à l’informatique, vendeurs par correspondance, transports postaux ou autres, journalistes et médias spécialisés, graphistes, et la liste ne s’arrête pas là.

Quant au titre, il est facilement déchiffrable, donc je ne m’étendrai pas dessus. Mais on peut y voir, avec les pizzas proposées par le pizzaiolo, que l’on finit souvent par revenir aux valeurs sûres.

Jean-Marie PALACH : L’amour entre deux pizzas. Collection Romance. Editions Les Bas-bleus. Parution le 20 septembre 2018. 174 pages. 12,90€.

ISBN : 978-2930996141

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19 octobre 2018 5 19 /10 /octobre /2018 06:49

Donc, si je comprends bien, il y en a un premier ?

Pierre Mac ORLAN : Le tueur N°2.

Comme bon nombre de ses confrères romanciers, Gaston Leroux, Georges Simenon et bien d’autres qui avaient débuté leurs carrière dans le journalisme, Pierre Mac Orlan se muait à l’occasion en reporter pour des médias papier. Des reportages d’inspiration diverse et parfois l’affaire qu’il couvrait pouvait donner lieu à un roman.

Le tueur N°2 en est un exemple significatif même si l’intrigue déborde largement du cadre du reportage. En prenant quelques éléments d’une histoire qui s’est réellement déroulée, Mac Orlan construit une histoire qui s’intègre parfaitement dans l’esprit des romans policiers et noirs de l’époque, c’est-à-dire 1935.

Amputé d’une jambe suite à une blessure sur l’Yser provoquée par la Première guerre mondiale, qui n’était pas encore ainsi dénommée à l’époque, Miele Vermeulen ne travaille pas moins comme jardinier dans les environs de Zeebrugge et Knokke-sur-mer. Il vient justement d’être embauché par Mademoiselle Gertrude Gal, une comédienne, qui vient d’arriver en résidence dans une belle villa de style normand.

Lorsqu’il arrive dans le hall, l’effervescence règne. Les malles et les valises encombrent le passage. Une odeur nauséabonde de rat crevé s’échappe de l’une d’elle. Après ouverture, constatation est faite qu’il s’agit d’un cadavre en décomposition qui a été placé dans ce coffre de voyage. Aussitôt Mademoiselle Gertrude Gal fait prévenir immédiatement les policiers de Knokke, tout en constatant que cette malle ne fait pas partie de ses bagages. Un supplément qui n’est pas du tout de son goût et surtout de son odorat. Dernière précision, il s’agit du corps nu d’une femme sans tête.

 

Quelques jours auparavant, à la gare de Victoria Station à Londres, un employé des chemins de fer britanniques a découvert une grande valise suspecte oubliée à la consigne depuis une dizaine de jours. Ce bagage dégageait une odeur suspecte et à l’intérieur étaient nichés les quatre membres d’un corps humain, enveloppés dans un journal. Bertie O’brien, de Scotland Yard est immédiatement prévenu, et son attention est attirée par un article et une photo figurant sur ce journal.

Une certaine Jenny Lowland, de Londres, est recherchée pour un héritage. Or cette femme, le sergent Prince la connait. Il s’agit de Joan Burlington, ancienne girl et capitaine d’une troupe de danseuses, et probablement une proxénète ( ?), ou prostituée. Ne reste plus donc à rechercher l’ami de cette femme démembrée.

 

L’affaire des cadavres de Londres et de Knokke en Belgique se recoupent et le détective O’Brien va être amené, lui est ses adjoints à enquêter de concert avec les policiers belges, se déplaçant sans relâche à Londres, à Brighton, et dans les environs de Knokke et avec des ramifications françaises. L’ami de Joan Burlington est retrouvé, mais pour autant l’affaire n’est pas résolue. S’il avoue le meurtre de Joan Burlington, le cadavre londonien n’est pas celui de la jeune femme. Peut-être celui de Knokke. Mais il réfute avoir un second meurtre sur les bras. Dans ce cas un autre tueur serait dans la nature.

 

Un roman dans lequel Pierre Mac Orlan déploie sa palette de conteur, en proposant une intrigue à double facette, avec des phrases courtes, parfois lapidaires, du moins au début du récit. Ensuite, il devient plus prolixe et son sens poétique s’exprime davantage.

Une véritable machination dans laquelle les policiers, le détective Bertie O’Brien en tête, en perd un peu la sienne, et le lecteur également. Mais ses adjoints ne sont pas des bras cassés, et s’ils sont obligés de marcher sur des œufs, leur cerveau est intact.

Un roman intéressant, qui pourrait être le reflet de l’actualité, les progrès scientifiques n’étant toutefois pas encore autant évolués que de nos jours, ce qui donne du charme à la lecture.

Pierre Mac ORLAN : Le tueur N°2. Préface de Francis Lacassin. Collection L’Imaginaire N°264. Editions Gallimard. Parution 10 octobre 1991. 238 pages.

Première parution : Collection Police Sélection N°7. Editions Librairie des Champs-Elysées. Parution 1935.

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17 octobre 2018 3 17 /10 /octobre /2018 05:23

Sur le parking des anges

Plus rien ne les dérange

La folie les mélange

C'est la nuit qui les change…

Jean-Pierre ANDREVON : Le parking mystérieux.

Un banal parking bitumé, entouré de tours et de barres d’immeubles, des édifices décrépits aussitôt érigés, et pourtant pour Fabien, c’est un parking bien particulier.

Fabien n’a qu’une petite douzaine d’années, et à cause de son asthme qui le perturbe trop souvent, il est malingre. Il marche la tête baissée, et ce jour-là, revenant de l’école, il découvre une griffe. Mais pas n’importe quelle griffe. Une griffe énorme, grosse comme un couteau ou une serpe. Il la range délicatement dans son sac et franchit la porte de la tour où il habite en compagnie de sa mère Christelle, shampouineuse.

Trois gamins, des adolescents ou en passe de l’être, telle Chafia qui, à douze ans, est déjà bien proportionnée devant et derrière, et les deux grands qui ne manquent pas de se moquer de lui, l’interpellent lui parlant en verlan. Mais peu lui chaut, il a hâte de rentrer chez lui, et en attendant sa mère, il examine sa griffe. Ce n’est pas la première fois qu’il découvre un tel objet incongru sur ce parking, mais là il s’agit d’une pièce de choix, d’une pièce unique dont il aimerait bien connaitre l’origine.

Comme souvent depuis quelques temps, Fabien va manger seul, Cristelle ayant rendez-vous avec un ami. Elle est divorcée et le père est parti un beau ( ?) jour en claquant la porte.

La nuit Fabien entend des bruits bizarres dans l’escalier, des Vroupp, des Rrraaac, des Flaaatchhh, comme si une animal pesant descendait l’escalier. Et il aperçoit derrière les vitres de sa fenêtre une libellule immense, d’au moins un mètre d’envergure.

Un matin, grand remue-ménage sur le parking. Un homme vitupère, sa voiture a été écrasée, comme si un météorite était tombé dessus. Pourtant rien aux alentours. Et Fabien distingue sur le bitume une sorte de décaissement circulaire. Pas très profond, mais quand même, il le sent sous ses pieds.

De quoi l’asphyxier et d’ailleurs ceci ne manque pas de se produire. Il a beau utiliser son dilatateur, rien n’y fait et son professeur inquiet lui ordonne de rentrer chez lui. Sa mère inquiète demande au toubib de passer et Fabien est quelque peu soulagé, mais cela n’est que temporaire. Au bas de l’escalier un vieux monsieur en fauteuil roulant lui demande de pousser son « carrosse » dans la cage de l’ascenseur. L’homme, d’origine étrangère, ne vit dans l’immeuble que depuis quelques mois, et il occupe seul le quatorzième étage de la tour. Fabien est invité à lui rendre visite, une visite qui sera fructueuse pour ses bronches et son appétit de découvertes.

 

Ce court roman destiné aux adolescents à partir de douze ans, est plus qu’une simple fantaisie fantastique dans un univers onirique.

En effet, outre les démêlés de Fabien avec sa maladie, et sa solitude quelques soirs par semaine, sa mère préférant se rendre au restaurant avec un ami qu’il ne connait pas, un message est inclus dans l’intrigue.

Si les gamins de la cité se conduisent en petits voyous pas très méchants sauf par la parole, si une gamine est déjà une véritable bombe à retardement, ce sont les deux personnages clés qui gravitent dans cette histoire qui sont importants, outre Fabien.

D’abord l’homme à la voiture écrasée, qui se révèlera être un chasseur raciste ayant traqué, et abattu, des animaux en Afrique, et l’homme au fauteuil roulant qui prône la conservation de la nature, faune et flore africaines. Un antagonisme qui ne peut que dégénérer. Et pour bien faire passer ce message, rien de mieux que d’y intégrer une dose de fantastique dont on se demande s’il s’agit d’un élément réel ou d’images virtuelles nées dans l’esprit de Fabien. Car le lendemain de la découverte de la griffe, il ne reste plus que de la poussière dans son sac.

Fabien est un gamin solitaire, par force, timide, réservé, et dont l’imagination débordante peut lui jouer des tours. Mais est-ce seulement son imagination qui l’entraîne dans cette aventure ?

Et il faut se méfier, car Jean-Pierre Andrevon possède l’art de faire monter le suspense et de l’entretenir avec simplicité tout en laissant le champ libre à toutes les possibilités.

 

Jean-Pierre ANDREVON : Le parking mystérieux. Illustrations couverture et intérieur : Siro. Collection Les Fantastiques. Editions Magnard Jeunesse. Parution le 5 juin 1997. 112 pages.

Réédition Editions Seine. Collection Maxi Poche Jeunesse. Parution le 4 janvier 2009.

ISBN : 978-2210977488

 

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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 05:01

Crieur de journaux, un métier d’avenir ?

Oui, si l’on traverse la rue !

André GILLOIS : 125 rue Montmartre.

L’agitation règne au 125 rue Montmartre, comme plusieurs fois par jour. C’est l’un des dépôts des Messageries de la Presse Parisienne, et les vendeurs se pressent afin de récupérer les lots de France-Soir, Paris-Presse, Le Monde, qu’ils vont vendre dans les rues.

Chacun d’eux possède son endroit particulier et Pascal propose aux automobilistes ses éditions toutes fraîches sorties des imprimeries, à un feu rouge près du Pont de l’Alma.

Ce jour-là, Mémène, la gérante du dépôt s’inquiète. Pascal n’est pas à l’heure du rendez-vous de la distribution. Secrètement elle l’aime bien son Pascal, un garçon large d’épaule, secret, peut-être timide, solitaire aussi. Enfin il arrive, et prend le double de sa charge habituelle. Elle est étonnée, mais lui tend quand même les journaux.

Secret, Pascal l’est. Il ne fréquente pas les autres vendeurs de rue, et ne se confie jamais sur son passé. Pourtant un évènement l’a obligé à sortir de sa réserve naturelle. Alors qu’il se reposait sous une pile du pont de l’Alma, il a aperçu un homme prêt à se jeter dans la Seine. Il intercepte rapidement le candidat au suicide et bientôt les deux hommes se mettent à discuter. Ou plutôt, Pascal écoute l’histoire de Didier.

Didier est marié, mais sa femme, la mère de celle-ci et son frère, n’en avaient qu’à son argent et à sa ferme dans le Lot. Il narre à Pascal comment il a connu cette suceuse d’argent et sa décision de se jeter à l’eau, alors que sa femme et ses complices envisageaient de le placer dans un asile. Pascal ressent envers cet homme perdu comme un début d’amitié, et c’est pour cette raison qu’il lui propose de vendre des journaux, en lui fournissant les ficelles du métier. Et les voilà tous deux présentant leurs journaux aux automobilistes.

Seulement, Georges, un photographe de presse qui déambule en compagnie de son amie Albertine, remarque les deux hommes. Et entre deux baisers et deux photos, Georges prend des clichés de ces vendeurs de rue. Car il est toujours à l’affût d’une photo et d’un sujet de reportage.

Didier va loger chez Pascal tandis le beau ténébreux se réfugie chez Mémène, dont le mari alcoolique tient un hôtel qui sert parfois aux amoureux, ou autres, en manque de tendresse. Et comme Pascal et Mémène elle-même ressentent un vide dans leur existence, nous refermerons discrètement la porte de la chambre qui les accueille.

Le lendemain, Didier est lâché dans la nature avec ses journaux, mais Georges l’aperçoit qui les glisse dans une bouche d’égout. Il est interloqué. Un épisode parmi d’autres dans sa vie de photographe. Néanmoins il le suit.

Didier demande à Pascal de l’accompagner jusque chez sa femme qui habite à Passy, et de récupérer de l’argent. Pascal se laisse embobiner et se glisse dans le parc d’une belle demeure. Il s’empare des billets glissés dans le tiroir d’un secrétaire mais lorsqu’il veut ressortir, le portillon donnant sur la rue est fermé à clé. Il se fait assommer par des policiers qui viennent d’arriver sur les lieux et il est arrêté. Seulement dans la maison un homme est mort, le mari de la fameuse femme selon elle. Or il ne s’agit pas de Didier, au grand étonnement de Pascal. Pascal narre ses mésaventures au commissaire Dodelot qui prend l’enquête en mains.

Le commissaire Dodelot ressent immédiatement une forme d’antipathie à l’encontre de Catherine Barachet qui se tamponne les yeux secs à l’aide d’un mouchoir, afin de faire croire qu’elle est attristée.

 

Il faut peu de choses pour compliquer une affaire et également peu d’éléments pour la résoudre. Il suffit de mettre en place les bons témoins et analyser les situations. Une intrigue classique, bien enlevée, avec peu de personnages, et dont les figures marquantes sont Pascal, Didier et celle qui est considérée comme la femme de Didier, sans oublier Georges qui sera quelque peu le déclencheur, normal pour un photographe.

Naturellement tout tourne autour de Catherine, puisque Didier prétend qu’elle est à l’origine de sa déchéance et de sa fuite, de son envie de suicide. Une machination bien huilée, un piège fomenté avec machiavélisme, mais il existe toujours un grain de sable pour enrayer tout le mécanisme.

Didier en réalité est un être faible, soumis et amoureux :

Elle avait été séduite par sa soumission comme d’autres femmes le sont par les hommes qui les dominent. Et Didier qui cherchait une maîtresse au sens exact du terme, avait trouvé en elle l’autorité un peu froide qu’exerçait sa mère quand il était petit.

Un roman d’époque dans lequel évolue un commissaire bon enfant, situé dans le Paris des années 1950 et qui permet, entre autres, de mieux connaître la profession de vendeurs de journaux, profession exercée par des individus placés en marge de la société, pour diverses raisons. Des hommes principalement qui subsistent grâce à la vente à la criée de journaux dont ils ne tirent pas grand bénéfice.

Ainsi, pour un journal qui coûtait vingt francs, le vendeur percevait la somme de six francs.

Tu gagnes six francs par journal. Tu en vends facilement cinquante, au début. Avec ça tu bouffes si tu ne bois pas trop. Mais tu n’as pas une gueule à boire. Est-ce que tu as de quoi acheter les premiers ? Sinon tu laisses n’importe quoi en gages.

Car la plupart du temps les vendeurs avançaient l’argent pour pouvoir proposer leurs journaux. De nos jours, cette profession est obsolète, comme bien d’autres.

 

Le récit ne manque pas d’humour comme peuvent le démontrer les exemples ci-dessous :

Tu n’embrasses pas mal, dit-elle, quand tu ne penses pas à ce que tu fais.

Ce n’est pas pour dire, marmonna Pascal qui souffrait de la tête, mais ils ne volent pas leur nom, les cognes.

 

Le commissaire se nomme Dodelot. Est-ce un hommage à Francis Didelot, grand auteur de romans policiers de cette époque ? Et, ce qui n’a rien à voir, le juge d’instruction s’appelle Faverolle, ce qui est peut-être un hommage anticipé à un ami blogueur.

 

André GILLOIS : 125 rue Montmartre.

 

Ce roman, Prix du Quai des Orfèvres 1958, a été adapté au cinéma par Gilles Grangier en 1959. Sur un scénario de Jacques Robert, André Gillois et Gilles Grangier, les dialogues étant signés Michel Audiard. Avec dans les rôles principaux : Lino Ventura, Andréa Parisy, Robert Hirsch,  Dora Doll, Jean Desailly, Alfred Adam, Lucien Raimbourg.

André GILLOIS : 125 rue Montmartre. Collection Le Point d’interrogation. Editions Hachette. Parution 4e trimestre 1958. 192 pages.

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14 octobre 2018 7 14 /10 /octobre /2018 05:40

Si cela pouvait être vrai, je lirai longtemps encore !

André CAROFF : Mme Atomos prolonge la vie. La Saga de Madame Atomos 3.

Dans ce troisième volume consacré à la saga de Madame Atomos, nous pouvons retrouver trois histoires de la plus célèbre « héroïne » de ce prosateur qui évolua dans tous les genres et quasiment toutes les collections des Editions Fleuve Noir de la belle époque.

Au sommaire de ce numéro 3 :

Préface de Francis Saint Martin.

L'erreur de Mme. Atomos.

Mme. Atomos prolonge la vie.

Les monstres de Mme. Atomos.

L'Affaire Atomos, une nouvelle inédite de Win Scott Eckert.

Première édition : Collection Angoisse N°140. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1967. 224 pages.

Première édition : Collection Angoisse N°140. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1967. 224 pages.

Rhode Island, le plus petit état des USA, est le théâtre de phénomènes étranges depuis quelques semaines. Les enfants ne grandissent plus, ne grossissent plus, et pourtant les toubibs ne relèvent aucune maladie. Ils sont en bonne santé mais leur aspect physique est dans un état stationnaire. Les vieillards cacochymes retrouvent leur souplesse, leur agilité, leur fougue et leur vision d'antan.

Smith Beffort, qui coule des jours heureux en compagnie de sa femme Mie Azusa, ex Miss Atomos, et de son fils Bob, collectionne les entrefilets dans les journaux et il est intrigué par ces événements qui apparemment n'alertent pas les autorités du pays. Ainsi selon un court article, les hôpitaux sont vides, les pharmacies et les laboratoires au chômage.

C'est dans ce contexte qui n'en est qu'à ces prémices que le docteur Alan Soblen retrouve son ami Smith Befford. Il a participé durant un mois à une conférence à Providence. Il lui démontre son agilité et que sa myopie ne l'indispose plus pour lire le journal. Seulement au bout de quelques heures, Soblen perd ses nouvelles facultés et revient à son état normal.

Smith pense que Mme Atomos leur joue un nouveau tour à sa façon en prolongeant ainsi la vie. Car cela ne va pas sans conséquences.

Ce nouveau paradis attire bon nombre de personnes mal en point qui arrivent à Rhode Island persuadés recouvrer leur jeunesse, et c'est par milliers puis par centaines de milliers de migrants que se traduit ce nouvel exode sur une terre qui ne mesure que 66 km sur 77. Mais bientôt, sous l'afflux de cette population, le paradis va se transformer en enfer. Six mois ont passé depuis la première apparition du phénomène et en ce mois de janvier il neige abondamment, un problème climatique rédhibitoire.

 

Car le phénomène ne touche pas seulement les humains mais les animaux et les plantes qui ne vieillissent plus ni ne croissent. Smith Befford et Soblen s'en aperçoivent rapidement sur place. Smith rencontre le chef du FBI à New-York mais celui-ci n'est pas convaincu. Alors jouant le tout pour le tout Smith décide de faire intervenir la force Dragon Vert, des truands qu'il a recruté et organisé en petite armée, afin de défendre le pays en cas de récidive.

Lorsqu'il revient chez lui, Mie est affolée. Elle reçoit des appels téléphoniques anonymes. Une femme ou un homme, elle ne peut le déterminer, téléphone de cabines publiques, progressant vers leur maison. Le dernier appel, auquel Smith assiste, est édifiant. Le correspondant sait exactement ce que le couple et les policiers censés les protéger effectuent comme mouvements, et peut répéter leur conversation. Smith et ses hommes découvrent des micros et des caméras miniaturisés cachés dans leur logement. Mie et l'enfant vont être mis à l'abri dans l'Oregon, tandis que Smith et les membres du Dragon vert vont le rejoindre à Providence et s'éparpiller dans tout l'Etat, à la recherche d'installations maléfiques.

Pendant ce temps la population amalgamée sur le petit territoire en vient aux mains, et les émeutes provoquent plus de dégâts que la famine qui commence à sévir.

Effectivement l'un des groupes découvre enfouie sous terre une sorte de plaque de tôle. Elle a été repérée au manque d'absence de neige sur une petite parcelle de terre. L'herbe est verte, une anomalie dans l'immensité blanche.

Un nouveau combat s'engage entre Mme Atomos et ses sbires d'un côté et les forces du Dragon vert de Smith de l'autre. Et il semble que Mme Atomos est en passe de gagner son pari de destruction des Etats-Unis. Pour enfoncer le clou elle fait kidnapper Mie et Bob.

 

André Caroff part du postulat émis par le sociologue Philip Hauser le 28 juillet 1966, qui affirmait que la Terre compterait sept milliard quatre cents millions d'âmes en l'an 2000, alors qu'au moment où cette déclaration était annoncée il n'y avait que (!) trois milliards trois cents millions d'habitants. Cette prévision, ou extrapolation, était presque juste puisque le chiffre annoncé a été atteint en 2015, en l'an 2000 le montant de personnes vivant sur la planète s'élevant à six milliards cent-trente millions, environ.

Or le projet de Mme Atomos est de réduire à la famine la population des Etats-Unis via une explosion démographique entraînant l'éradication totale des Etats-uniens. La vie et la mort sont dans l'ordre naturel de la régulation de l'existence, et un déséquilibre conscient programmé d'un côté comme de l'autre ne peut que conduire à la disparition de tout être vivant sur la planète.

Grâce à des inventions diaboliques dont elle a le secret, Mme Atomos désire venger les morts d'Hiroshima et de Nagasaki, par tous les moyens. André Caroff vogue sur la fibre de l'anticipation tout dénonçant un système de famine programmée né dans un esprit de châtiment. Mais l'enjeu délétère de Mme Atomos pourrait sembler n'être qu'un pari mortifère que les spéculateurs et les scientifiques pourraient réaliser à plus ou moins long terme. Par exemple les légumes produits à base de fortes doses d'engrais et de semences modifiées, liées à une accumulation de pesticides, de produits phytosanitaires, contiennent moins de vitamines et de nutriments que quelques dizaines d'années auparavant et sont donc moins énergétiques et caloriques. Mais ceci est un autre problème.

 

A noter que si le choix de Rhode Island n'est pas anodin, étant le plus petit état des USA et donc plus facilement contrôlable par Mme Atomos, l'enfant le plus célèbre de la ville de Providence n'est autre que Howard Phillips Lovecraft, l'un des plus grands fantastiqueurs américains, voire mondial. En outre, le nom de Beffort, l'agent du FBI, me fait songer à Alexandre Breffort, qui avant de devenir journaliste, scénariste, homme de théâtre et écrivain, accumula les petits boulots dont celui de chauffeur de taxi pendant cinq ans, métier pratiqué par André Caroff.

 

Pour commander cet ouvrage, n'hésitez pas à vous rendre à l'adresse mise en lien ci-dessous :

 

André CAROFF : Mme Atomos prolonge la vie. La Saga de Madame Atomos 3. Collection Noire N°3. Editions Rivière Blanche. Parution juillet 2007. 404 pages. 25,00€.

ISBN : 978-1-932983-87-6

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12 octobre 2018 5 12 /10 /octobre /2018 06:51

Scandale dans la famille !

Annie ERNAUX : La honte.

En juin 1952, la petite Annie a douze ans. Elle assiste désemparée à un incident qui va la marquer à tout jamais et auquel peu d'enfants, heureusement, sont les témoins : son père désirant supprimer sa mère dans un accès d'exaspération.

Une photo rescapée de son enfance où elle pose en compagnie de son père lors d'un voyage à Lourdes fait ressurgir les images de cette année 1952 et immédiatement remontent à la surface les petits faits marquants que seule une enfant peut ressentir et emmagasiner au plus profond de soi, sans vouloir vraiment s'en délivrer et qui pèsent sur toute une existence.

 

Annie Ernaux avec pudeur renoue avec le passé, celui d'une génération qui a connu les années d'après-guerre alors que tout était régi par les à-priori, les quand dira-t-on, que le monde commençait au bout du quartier, que l'esprit était obnubilé par la transformation du corps, que l'eau chaude sur l'évier n'était réservé qu'à une élite, que les plus démunis étaient rangés dans la catégorie des "économiquement faibles".

Elle dévoile et se délivre d'un pan de son adolescence, narre avec simplicité ce basculement, ce "dessillement" qui l'amène à ranger les gens en catégories, les pauvres d'un côté, les nantis de l'autre, les faux-bourgeois en forme de traits d'union, comme les arbitres de la société qui n'était pas encore de consommation.

Une biographie dans laquelle pourront se reconnaître bon nombre de lecteurs nés pendant ou juste après la seconde guerre mondiale, parce qu'ils ont connus eux aussi cette période semi léthargique, découvrant peu à peu ce modernisme dont nous sommes aujourd'hui plus ou moins esclaves.

Réédition Folio N°3154. Parution 2 février 1999. 142 pages. 4,85€. ISBN : 978-2070407156

Réédition Folio N°3154. Parution 2 février 1999. 142 pages. 4,85€. ISBN : 978-2070407156

Annie ERNAUX : La honte. Collection La Blanche. Editions Gallimard. Parution 25 février 1997. 132 pages. 12,50€.

ISBN : 978-2070747870

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9 octobre 2018 2 09 /10 /octobre /2018 06:10

Le crime du golf ?

Jean-Paul NOZIERE : La maison des pendus.

Jardinier au golf du Val des sources, Tonio aime aussi pratiquer, hors saison, le braconnage en compagnie de son chien Loupiot.

Ce jour de la fin mars, il découvre dans la cabane de chasse située non lion du golf son responsable Victor, surnommé Tété, mort assis sur un banc, tenant son arme, un Merkel de grande valeur. Une balle en plein cœur, et son chien Dakar a lui aussi reçu une balle mortelle. Un suicide apparemment, d’autant qu’une feuille déposée non loin précise que Tété s’est donné volontairement la mort. Quelque chose cloche toutefois, car ce n’est pas avec une carabine que l’on peut se tuer. Alors, n’écoutant que son courage, relatif, Tonio appelle les forces de l’ordre de Sponge, la ville proche, avec le portable de Tété.

Le décor est mis en place, il ne reste plus qu’à remonter le temps et découvrir les différents personnages qui gravitent dans cette histoire pleine de secrets et de rebondissements.

 

Tonio est donc jardinier au golf du Val des sources en compagnie de Maxime, Joseph et Marie, surnommée Marie-couche-toi là, justement pour sa propension à partager le lit de ses collègues, contre rétribution. Faut pas abuser non plus. Ils sont sous les ordres de Victor, dit Tété, et ils ressentent parfois une certaine acrimonie à son encontre. Etre dirigés par un Noir, un Sénégalais pensent-ils avec raison, sinon pourquoi aurait-il appelé son chien, un magnifique griffon Khortals, Dakar, ne leur convient guère. Ils ne disent pas Noir entre eux, mais nègre ou négro, ce qui démontre leur ressentiment. D’autant qu’il habite seul une demeure de prestige toutefois entachée par un sombre drame. Les anciens propriétaires ont été retrouvés pendus, suicidés probablement.

Tonio et ses collègues pensent que la richesse parfois ostentatoire de Victor provient d’un trésor qui fut caché dans la maison. Or cet argent ils aimeraient bien en voir la couleur.

Seulement, le directeur du golf embauche sur recommandation Marcus, un prêtre défroqué qui depuis quelques années était novice dans un couvent proche. Et comme si cela ne suffisait pas, s’ajoute au personnel la belle Lucie qui s’occupera de l’accueil et qui écoute à longueur de journée des chansons des années 1960 et 1970. Des rengaines sirupeuses dont elle fait profiter son entourage. Et Victor s’entiche de ces deux nouvelles recrues, leur proposant d’habiter dans des chambres, elles sont nombreuses, de sa demeure, au lieu de vivre dans des mobile-home comme les autres employés.

Tous ces personnages possèdent leurs secrets, leurs failles, qu’ils gardent jalousement par devers eux. Une coupure de presse provenant d’un journal sénégalais dévoile quelque peu le passé de Victor. Il n’était pas, selon le journaliste, jardinier dans un golf de ce pays africain, mais simple caddy. Et il serait mêlé à une sombre affaire, ce qui l’aurait obligé à se réfugier en France.

 

Deux parties composent ce roman, après la présentation et la découverte du cadavre. Deux parties qui sont l’avant et l’après de ce suicide, ou meurtre maquillé en suicide. Et le lecteur apprend peu à peu les origines, les secrets, les tensions, les rapprochements entre deux clans, tout ce qui va amener au drame. Ensuite ce sont les démarches effectuées par un policier de Sponge concernant la fin brutale de Victor. Et sa frustration lorsqu’il se voit destitué de l’enquête, alors qu’il est persuadé tenir un fil dans cet embrouillamini. Ce sont également les déambulations et le devenir des employés du golf qui sont narrés.

On pénètre peu à peu dans l’esprit des personnages, qui se dévoilent soit par leurs actions au cours du récit, soit par des retours dans le passé. Mais à petites doses, afin d’entretenir le suspense pour une intrigue dont l’épilogue est moral, ou presque.

La religion est évoquée, non seulement parce que Marcus est un moine ou plutôt un novice défroqué, mais parce qu’elle est un ingrédient du comportement de certains protagonistes. Une sorte d’envie et de besoin s’exprimant également sous une forme de rejet.

Un roman tendre et dur à la fois, qui permet à Jean-Paul Nozière d’affirmer tout son talent de conteur, sortant des sentiers battus, avec des personnages atypiques et pourtant si proches, le reflet de l’humain dans ce qu’il a de meilleur et de pire.

 

Jean-Paul NOZIERE : La maison des pendus. Collection Polar. Editions French Pulp. Parution le 13 septembre 2018. 416 pages. 18,00€.

ISBN : 979-1025103807

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25 septembre 2018 2 25 /09 /septembre /2018 07:24

Une autre facette littéraire du créateur

d’Arsène Lupin !

Maurice LEBLANC : La frontière.

Quarante ans ont passé depuis la défaite de Sedan, mais Morestal, maire et conseiller de Saint-Elophe dans les Vosges, examine chaque jour de chez lui la frontière avec l’Allemagne.

Ancien entrepreneur et propriétaire d’une scierie florissante il a fait construire une grande demeure au hameau du Vieux-Moulin d’où il peut surveiller la région, et principalement la partie des Vosges devenue allemande. Il remarque ce matin-là à l’aide de son télescope sur pied qu’un poteau allemand marquant la frontière vient d’être mis à bas. Et ce n’est pas la première fois qu’un tel incident de ce genre se produit.

Un homme arrive en catimini le prévenant qu’un déserteur doit passer la frontière le soir même. Mais Morestal n’aime pas trop ce Dourlowski à la mine chafouine. D’autant que son fils, professeur quadragénaire et sa femme Marthe doivent arriver bientôt. Ils résident à Paris et ne se sont pas vus depuis un certain temps. Justement ils sont aux portes du jardin. Les retrouvailles vont toutefois se teinter d’acrimonie.

En effet, autant Morestal est un revanchard, n’acceptant pas la spoliation d’une partie du territoire français par l’Allemagne, autant Philippe est un pacifiste convaincu, ayant déjà deux ouvrages à son actif. Il vient d’en publier un troisième, La Paix quand même, sans nom d’auteur. Bientôt la conversation tourne autour de ce sujet qui divise les deux hommes, mais Morestal ignore que c’est son fils qui a publié cet ouvrage qu’il déclare tendancieux et antipatriotique.

L’arrivée de Jorancé, le commissaire spécial, et de sa fille Suzanne, clôt les débats. Philippe est content de retrouver la jeune fille qui vit seule avec son vieux père, sa mère étant partie en goguette à sa naissance. Suzanne a vécu quelques temps avec Marthe et Philippe à Paris, le professeur la promenant dans la capitale à la découverte des monuments et l’emmenant à des spectacles.

Mais entre Suzanne et Philippe se sont tissés des liens qui pourraient faire éclater le ménage. Philippe tente de résister aux assauts de la belle Suzanne, mais avec de plus en plus de difficultés.

Morestal a le malheur de dessiner un croquis sur lequel il dessine un passage dans la frontière, puis qu’il jette dans une corbeille. Alors qu’il a le dos tourné Dourlowski s’empare du document. Morestal et Jorancé se rendent de nuit dans le bois où doit passer le déserteur, et ils sont accompagnés pendant un certain temps de Philippe qui les quitte afin de rejoindre Suzanne. Mais erreur ou pas, ils sont faits prisonniers par des Allemands qui leur reprochent d’avoir franchi la frontière.

 

Toute l’intrigue de ce roman tourne autour de la personne de Philippe Morestal et propose deux histoires passionnantes. La confrontation entre le père qui prône la revanche en aidant les déserteurs dans un esprit belliqueux envers les Allemands et le fils pacifiste convaincu, et l’amour qui s’instaure entre Philippe et Suzanne sous les yeux de Marthe.

Ce fait divers marque d’une façon négative les relations franco-germaniques. Morestal est libéré mais est obligé d’être soigné par le docteur de famille à cause d’un cœur défaillant. Cela ne l’empêche pas de vilipender les Uhlans qui détiennent son ami Jorancé. Cet incident remonte jusqu’aux plus hautes instances gouvernementales, aussi bien du côté français que du côté allemand. Et le spectre de la guerre est ressenti différemment. Comment réagira Philippe dans ce conflit qui se prépare ? Un cas de conscience qui le divise.

 

La Frontière est un roman prémonitoire car publié en 1911, il anticipe certains événements qui vont précéder la guerre de 1914/1918. Evidemment la déclaration de guerre n’est pas sujette à cet épisode, mais c’est la confrontation entre les esprits belliqueux et les pacifistes qui est ici analysée. Et il faut bien reconnaître que la frontière entre les deux pays était une véritable passoire. Et les soldats Alsaciens intégrés de force dans l’armée allemande n’avaient qu’une envie, celle de franchir la ligne bleue des Vosges.

Roman de guerre, roman d’anticipation non scientifique, roman de paix et roman d’amour également, La Frontière n’a pas subi les outrages du temps, et se lit avec plaisir. Ce roman pourrait très bien avoir été écrit par un auteur actuel, seul le style littéraire différencie car aucune fausse note n’est à relever, aucune vulgarité, aucune grossièreté, aucune scène équivoque n’est à déplorer. C’est également un reportage, un témoignage sur l’état d’esprit d’une partie de la population française.

 

Ceux qui regardent en avant peuvent encore comprendre les croyances d’autrefois, puisqu’elles furent les leurs quand ils étaient jeunes. Mais ceux qui s’accrochent au passé ne peuvent pas admettre des idées qu’ils ne comprennent pas et qui heurtent leurs sentiments et leurs instincts.

Mais la chasse mon garçon, c’est l’apprentissage de la guerre.

Toutes les douleurs individuelles, toutes les théories, tout disparraissait devant la formidable catastrophe qui menaçait l’humanité, et devant la tâche qui incombait à des hommes comme lui, affranchis du passé, libres d’agir suivant une conception nouvelle du devoir.

Le monde aura entendu la protestation de quelques hommes libres, de professeurs comme moi, d’instituteurs, d’écrivains, d’hommes qui réfléchissent et qui n’agissent que d’après leurs convictions, et non comme des bêtes de somme qui vont à l’abattoir pour s’y faire égorger.

Si vous préférez la version pour liseuse, vous pouvez télécharger gratuitement le texte de La Frontière sur le site suivant :

A découvrir également :

Maurice LEBLANC : La frontière. Collection Mikros Classique. Editions de l’Aube. Parution 5 avril 2018. 296 pages. 14,00€.

Première publication dans L’Excelsior du 16 décembre 1910 au 23 janvier 1911. Publication en volume chez Lafitte en septembre 1911.

ISBN : 978-2815927949

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23 septembre 2018 7 23 /09 /septembre /2018 06:36

Araignée du matin, chagrin

Araignée du soir, plumard ?

Philippe HERIAT : L’araignée du matin.

J’avais quinze ans. J’étais vierge. J’attendais l’amour. Ce fut l’amitié qui vint d’abord.

C’est par ces lignes que le narrateur, Larive, entame son récit, alors qu’il est âgé de trente-quatre ans. Il se remémore.

Son arrivée au lycée Lakanal de Sceaux, son logement à Bourg-la-Reine, ses dimanches avec son grand-père au Châtelet, ses différentes désillusions sont décrites avec une sorte de ressentiment.

D’abord, alors que la rentrée s’est effectuée deux semaines auparavant en Première A, le professeur de français, latin et grec, un certain monsieur Niquet (je ne m’étendrai pas sur ce patronyme) demande à ses élèves de narrer leur plus belle journée de vacances. L’exemple type de rédaction proposée à l’époque et même plus tard. Larive y met tout son cœur et pense être, sinon le premier, au moins parmi les premiers. Cruelle désillusion, il est dernier et ses condisciples se gaussent devant les saillies de Niquet, en bons futurs flagorneurs. Seul un élève, un Parisien faraud du nom de Berthet, le félicite, déclarant qu’un type à l’Œuvre écrit tout bonnement pareil. Il est bon à cet âge de trouver du soutien.

Comme ses parents sont en poste à Saigon, il loge chez une institutrice qui tient également une pension pour une dizaine de collégiens. Il possède sa chambre particulière mais il est astreint à quelques contraintes d’horaires. De plus madame Hermentier, le nom de la logeuse, est réfractaire à l’électricité, aussi doit-il faire ses devoirs à la lampe à pétrole dans la salle d’étude. Il s’essaie à rimailler, et quand madame Hermentier découvre ses poèmes, c’est pour se moquer de lui devant tout le monde. Elle lui déclare même qu’il a une araignée dans la tête.

Il est déçu mais va trouver une compensation en l’amitié qu’il se découvre au contact de Max Berthet. Celui-ci s’est fracturé une jambe et la mère du gamin demande à se qu’il vienne rendre visite à l’éclopé. Le début d’une relation amicale en laquelle Larive compte beaucoup. C’est la première fois qu’il a un ami, et il le crie à tout le monde. Il philosophe et ses camarades s’esbaudissent.

Tu me fais bien rigoler, dit un de nos camarades. L’amour, l’amitié ! Dans ces bateaux-là, on ne se montre jamais comme on est, et on ne veut rien voir chez le voisin. D’abord, en amour, les femmes ne sont plus elles-mêmes, et en amitié… Tu connais, toi, une amitié absolument désintéressée ?

L’année scolaire était terminée, les vacances ont passé, et cette conversation se déroulait, alors qu’ils étaient au Lycée Louis-Le-Grand à Paris, sur la terrasse des jardins du Luxembourg. Larive enregistre sa première désillusion. Max lui annonce qu’il a une maîtresse, madame Crespelle, une veuve, et il lui propose de la rencontrer.

Alors, l’amour, ce n’était donc pas notre amitié ? Se plaint Larive le soir, seul dans sa chambre.

Effectivement, madame Crespelle reçoit chez elle les deux amis, et Larive est subjugué. D’autant qu’une lettre, qu’il doit retourner à l’expéditrice, l’informe qu’elle le préfère à Max. Il n’est qu’un jouet et cette belle amitié dont il s’enorgueillissait vole en éclats, sans bruit.

 

Retour sur l’adolescence, au moment où les sens commencent à s’éveiller, L’araignée du matin est un court roman sobre dans lequel le narrateur expose ses espoir, ses doutes, ses affres.

Sa déception est immense lorsqu’il se rend compte qu’il a été trahi. Par Max, par madame Crespelle ? Par les deux ? Et il va jusqu’à penser à se suicider mais il faut savoir que des impondérables se glissent dans les décisions mûrement envisagées. Et l’adolescent perdu dans ses illusions trimbalera durant vingt ans cette araignée qui s’est logée dans sa tête. Et qui continue à tisser sa toile car Larive ne peut échapper à ses souvenirs.

Et le passage entre l’adolescence et la maturité est ponctuée par La Grande guerre, car Berthet pour des raisons qui lui sont personnelles s’engage avant d’être appelé, et Larive en fera tout autant.

Ce volume est complété par une nouvelle, Le départ de Valdivia.

Philippe HERIAT : L’araignée du matin. Illustrations de Antral. Collection Le Livre Moderne Illustré N°222. Editions J. Ferenczi et Fils. Parution le 23 mai 1935. 160 pages.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
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