Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
5 février 2019 2 05 /02 /février /2019 05:12

Le roman noir est comme le frelon asiatique, il a phagocyté le roman d’énigme et de suspense.

Heureusement, certains auteurs ont fait

de la résistance…

Pierre SALVA : Quand le diable ricane.

Vous changez le nom des protagonistes en patronyme anglo-saxon, vous transposez l’action dans le décor d’une petite ville anglaise, Brighton par exemple, vous changez le nom de l’auteur par celui de la Reine du Crime et vous entrez dans l’univers d’un roman christien.

En effet il existe de nombreuses analogies entre cette histoire et celles qu’a écrites Agatha Christie. Dans la trame, la façon de conduire l’enquête, sur l’épilogue qui réserve quelques surprises. Mais examinons ensemble cette intrigue qui joue sur la psychologie et le mensonge.

 

A cause d’une petite phrase entendue lors de la diffusion d’un film à la télévision, Sabine a décidé de reprendre sa liberté. Quadragénaire, elle s’est rendue compte que sa beauté commençait à se flétrir lorsque dans sa glace elle a aperçu quelques rides au coin des yeux. Des pattes d’oie disgracieuses, à son avis. Alors elle a pris un amant, elle qui n’avait jamais vraiment songé à la bagatelle.

L’heureux élu se nomme Patrice, et il est le secrétaire de son mari Adrien, lequel possède une chaîne de supermarchés dans le pays catalan, dont le premier magasin qu’il a créé se situe à Perpignan à quelques kilomètres de leur demeure. Patrice est beau, jeune, mais s’il se montre toujours prévenant à son égard, voire empressé, il n’a jamais osé se déclarer. Jusqu’au jour où remarquant ses quelques rides, elle franchit le pas et devient la maîtresse de Patrice.

Il faut dire qu’Adrien se montre de plus en plus hargneux, vindicatif, avec Sabine et elle ne supporte plus son caractère acrimonieux. Et ce n’est pas parce qu’il est hypoglycémique qu’il doit se conduire ainsi. D’ailleurs, il n’y a guère, il lui avait demandé de procéder à une simulation d’injection avec une seringue dont il disposait, mais elle n’a pas pu. Mais Sabine n’est pas la seule à subir cet atrabilaire. Christian son associé est également parfois victime de ses sautes d’humeur ou encore Bruno, son beau-frère, le demi-frère de Sabine.

Cette phrase, c’est : Je le tuerai… Une phrase qui résonne en elle comme un mantra. Et elle pense que l’occasion favorable pourrait se présenter un soir où Christian et sa femme Charlotte, Marcelle la sœur d’Adrien qui possède des parts dans l’entreprise, Bruno, qui s’est invité pensant pouvoir taper sa sœur, financièrement parlant, car c’est un joueur invétéré qui perd plus qu’il gagne, doivent dîner ensemble. Patrice est là également et Angéla, la femme de chambre Antillaise sert les apéritifs dans la demeure sise sur la Côte Vermeille près de Banuyls.

Adrien est déjà bien éméché tout comme Christian lorsque tout ce petit monde se rend sur le yacht, à l’aide d’un dinghy, où le repas est prévu. A la fin du repas, fort arrosé, tout le monde réintègre la côte, sauf Adrien qui a décidé de dormir sur le yacht.

Après une nouvelle dégustation de boissons alcoolisées, comme s’ils n’en avaient pas assez pris, surtout Christian, tout le monde repart à bord de son véhicule. Sauf Angéla qui avait sa soirée libre comme d’habitude. C’est qu’elle a aussi d’autres occupations pas forcément domestiques et nocturnes.

Vers une heure du matin, Sabine ne pouvant s’endormir, sort et se rend sur la petite plage semi-privée en contrebas de la maison. Elle se rend compte que le dinghy n’est plus accroché au ponton et que la lumière brille sur le yacht.

Le lendemain matin, elle s’inquiète et Angéla se propose de se rendre à la nage sur le yacht. C’est pour découvrir Adrien mort. La police est immédiatement avertie et le lieutenant de gendarmerie Charvet est dépêché sur place en compagnie du légiste. Malgré une mise en scène savante, il est indéniable qu’Adrien est décédé d’une main malveillante. Une piqûre dans le bras, une surdose d’insuline, tout le contraire de la panacée adaptée à son cas. Adrien était un fervent du jeu d’échec, et il s’entrainait souvent à l’aide d’un ordinateur électronique. L’engin ordonne à plusieurs reprises C’est à vous de jouer. Comme si la partie en cours avait été brutalement interrompue.

De plus, outre quelques impressions ou déclarations qui font penser à Charvet que l’on voudrait le mener en bateau, il existe un fait tangible qu’il aimerait bien éclaircir. Brutus, le chien Doberman (vous savez ces aimables canins qui mordent et posent les questions après !), Brutus ne s’est pas manifesté durant la nuit. Or il ne connaissait que ses maîtres et il était impossible à toute personne étrangère au couple, même les familiers comme ceux qui étaient là la veille au soir, de déambuler dans le parc menant à la plage sans qu’il manifeste par un moyen ou un autre sa mauvaise humeur.

 

C’est dans ce contexte qui est un peu un crime en vase clos, avec peu de protagonistes, que Pierre Salva a construit son intrigue. Quelques retours en arrière dans la narration permettent de mieux cerner les personnages, leur comportement, leurs désirs, leurs besoins, mais c’est bien lors de la découverte du cadavre d’Adrien que tout se met en place et s’enchaîne.

Un roman psychologique habilement construit, un peu à la manière d’Agatha Christie et de quelques-uns des maîtres du roman policier de l’âge d’or qui convoquaient les différents protagonistes afin de les confondre.

Le lieutenant Charvet, dans la partie finale, évoque toutes les possibilités, toutes les solutions possibles, pour enfin n’en retenir qu’une, la seule qui s’adapte minutieusement dans un engrenage diaboliquement imaginé.

Un roman d’énigme écrit par un auteur dont on ne parle plus guère de nos jours, et c’est dommage.

A noter que ce roman, publié en 1984, n’a pas perdu en cours de route un des aspects qui font aujourd’hui l’actualité.

Mais, maintenant il y a une certaine renaissance du catalanisme. Evidemment, ce serait ridicule de demander l’indépendance de la Catalogne, mais une certaine autonomie interne, avec une bonne part faite à notre culture, ce serait une solution raisonnable.

Pierre SALVA : Quand le diable ricane. Le Masque Jaune N°1739. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution mars 1984. 224 pages.

ISBN : 9782702415160.

Partager cet article
Repost0
26 janvier 2019 6 26 /01 /janvier /2019 05:19

Dans l’antre d’une maison close ouverte à tous…

Guy de MAUPASSSANT : A la feuille de rose, maison turque.

La feuille de rose est l’une des figures, pas forcément de style, servant de préliminaires amoureux, également nommée pétale de rose. Son appellation contrôlée est l’anulingus, mais il n’est point besoin de pratiquer le latin pour s’adonner à cette pratique qui remonte à la nuit des temps, et peut-être même avant. Qui sait ?

Je ne m’étendrai pas sur la façon de procéder, de nombreux sites vous indiqueront de visu comment procéder, et ne dites pas que vous donnez votre langue au chat, ce n’est pas là que ça se passe. Mais entrons dans le vif du sujet, si je puis dire.

Cette pièce de théâtre écrite et jouée par Maupassant lorsqu’il avait vingt-cinq ans, en compagnie de quelques-uns de ses commensaux, dont Octave Mirbeau, devant un parterre d’invités dont Gustave Flaubert et quelques femmes. Certains ont apprécié cette prestation grivoise, salace et gouailleuse, d’autres comme Edmond de Goncourt l’ont trouvée dégradante. Mais comme l’a chanté Jacques Brel dans Les Bourgeois, avec l’âge les centres d’intérêts se déplacent, les récriminations et revendications également.

Remercions toutefois Max Obione d’avoir apporté un éclairage lumineux sur cette pièce de théâtre, qui ne fut jouée que deux fois puis oubliée, ou censurée, jusqu’en 1945. Petite précision oblitérée dans la préface, A la feuille de rose, maison turque, fut adaptée à la télévision, sur un scénario de Patrick Pesnot, par Michel Boisron en 1986 pour La Série rose.

 

A la feuille de rose, maison turque, ainsi se nomme la maison close, ou bordel, n’ayons pas peur des mots, dirigée par monsieur Miché. Il est aidé par Crête de Coq, un ancien séminariste chargé, entre autre, de laver les capotes afin qu’elles puissent connaître une seconde vie, et un second vit. Nous laisserons le soin à Maupassant de décrire ce passage plus ou moins méticuleux mettant en exergue l’hygiène, ou le manque d’hygiène, régnant dans ce genre d’établissement accueillant.

Monsieur Miché dirige trois pensionnaires, Raphaële, Fatma et Blondinette, qui pratiquent les diverses positions demandées, gentiment mais avec contrepartie pécuniaire, par des clients en manque d’affection charnelle.

Et nous découvrirons, au cours des scènes légères, grivoises, imagées, quelques clients venant satisfaire leurs besoins, dont un couple de Normands en balade. L’homme, monsieur Beauflanquet, maire de Conville, pense se trouver dans un hôtel et réclame une belle chambre avec deux lits et un cabinet de toilette. C’est un certain monsieur Léon qui leur a recommandé l’établissement.

Débute alors toute une série de quiproquos, madame Beauflanquet n’étant pas si naïve qu’on pourrait le penser et qui a pour amant justement ce monsieur Léon. Tandis que monsieur Beauflanquet va se retrouver dans les bras et entre les cuisses de Raphaële. Mais d’autres clients se présentent.

La première scène toutefois donne le ton de ce conte quelque peu salace (mais ça ne lasse pas !) entre monsieur Miché et un vidangeur bègue. Ce qui entraîne inévitablement des jeux de mots, des allusions équivoques et des confusions comme dans les comédies de boulevards. Pareillement avec le client Anglais, lequel émet dans des réparties grivoises sans véritablement s’en rendre compte.

 

Pourtant derrière cette pièce de théâtre qui peut se montrer choquante ou amusante selon la sensibilité des lecteurs, Maupassant qui débutait alors dans le domaine littéraire, il n’avait que vingt-cinq ans, se cache une étude de mœurs acerbe sous forme de gaudriole. Ce n’est pas tant un anathème envers la prostitution qui est dressé, d’autant qu’il était un habitué parait-il (mais ça je n’ai pas vérifié) des prestations tarifées, mais un constat sur la façon de gérer une maison close et l’hygiène qui y est pratiquée. Et un regard caustique sur certains membres ( ?!) de la société.

Avec, dans le titre, des références exotiques fort prisées à l’époque, et le phantasme des harems.

 

Guy de MAUPASSSANT : A la feuille de rose, maison turque. Préface de Max Obione. Pièce de théâtre version numérique. Collection Perle rose. Editions Ska. Parution le 1er octobre 2015. Environ 75 pages. 4,99€.

ISBN : 9791023404494

Partager cet article
Repost0
25 janvier 2019 5 25 /01 /janvier /2019 05:52

Toujours se fier à l’appellation d’origine contrôlée !

Patricia MacDONALD : Origine suspecte.

Apercevant la maison de ses voisins en feu, Kevin alerte les pompiers puis se rend sur place afin de sauver éventuellement les habitants.

Greta décède mais les hommes du feu parviennent à sortir des flammes Zoé, la fille. Kevin est légèrement blessé mais il s’en sort. Quant à Alec, le mari, revendeur de motoneiges, il n’était pas présent au moment du drame. Les soupçons se portent aussitôt sur lui, l’incendie s’avérant criminel.

Britt productrice d’une émission de télé, sœur de Greta, qu’elle n’avait pas vue depuis des années à cause d’un différent familial mais qui restait en correspondance avec sa nièce Zoé, accourt immédiatement. Elle regrette de ne pas avoir fait le premier geste qui l’aurait réconciliée avec Greta.

Entre Alec et Britt le courant ne passe pas, et Zoé est partagée. Elle obéit à son père, à contrecœur, avec parfois une certaine réticence mais ressentant aussi de profonds élans d’amour filial. Britt, qui ne pensait être sur place que quelques jours, s’installe. Elle essaie d’apprivoiser aussi bien le père que la fille. Toutefois elle ne peut s’empêcher de penser qu’Alec est à l’origine de l’incendie.

Tout concourt à alimenter ses soupçons. D’ailleurs une lettre envoyée par une agence de détectives privés et destinée à Greta, lui est remise et est aussitôt subtilisée par le veuf. Pourquoi sa sœur s’était elle adressée à cette agence ? Avait-elle des doutes sur la fidélité de son mari ?

Elle se lie avec les voisins dont Harry Carmichael, légèrement brûlé en voulant sauver la fillette et sa femme Caroline qui attend un enfant. Ils sont installés depuis peu et hébergent Vicky qui possède un petit chat. Caroline rabroue sans cesse la jeune fille, lui imposant des notions d’hygiène, alimentaire principalement, et pestant contre l’animal qui risque d’avoir une influence néfaste sur la santé du futur bébé.

 

Ce roman contient une double intrigue dans cette histoire rondement menée et rigoureuse et pose quelques questions d’éthique, plus aux Etats-Unis d’ailleurs qu’en France.

Les personnages sont parfois à double facettes, particulièrement celui d’Alec, dont les faits et gestes entretiennent les soupçons, ce qui maintient un suspense permanent.

Patricia MacDonald maîtrise avec brio son sujet, qui pourtant n’était pas si évident au départ. Un roman qui donne envie de lire ses autres productions.

 

Réédition Le Livre de Poche Policier/Thriller. Parution 1er juin 2005. 508 pages.

Réédition Le Livre de Poche Policier/Thriller. Parution 1er juin 2005. 508 pages.

Patricia MacDONALD : Origine suspecte. Collection Spécial Suspense. Editions Albin Michel. Parution le 3 septembre 2003. 416 pages.

ISBN : 978-2226141590

Partager cet article
Repost0
24 janvier 2019 4 24 /01 /janvier /2019 05:41

Aux Iles Hawaï
Tous les amoureux
Se disent des mots charmeurs
Ils sont si jolis
Et si langoureux
Ecoutez-en la douceur

Mildred DAVIS : Le tournant mystérieux

Prolégomènes indispensables mais pouvant être dédaignés par le lecteur peu soucieux d’authenticité.

Il est annoncé dans Wikipédia et le Dilipo de Claude Mesplède que la version éditée par Le Rocher est l’intégrale du roman. En vérité, je vous l’écris, ceci n’est qu’une affabulation destinée à tromper le lecteur. Il s’agit de la réédition légèrement, très légèrement remaniée de la version Intimité. Seule figure un prologue qui n’est qu’un résumé succinct de cette histoire, et le texte a été redécoupé en chapitres qui n’existaient pas sans la première version française. Pour le reste, quelques changements ont été effectués, mais c’est à la marge. Par exemple, Robert, l’un des protagonistes, devient Brooke, la phrase d’une chanson en hawaïen est ajoutée, quelques coquilles ont été rectifiées, mais rien de bien plus probant pour justifier la mention version intégrale.

D’ailleurs aucun nom de traducteur n’apparait dans une version comme dans l’autre. Si la version Le Rocher eut été intégrale, donc retraduite, il semble logique que dans ce cas, le nom du traducteur y figurât et que le nombre de pages fut plus conséquent.

 

Maintenant que ces précisions sont apportées, passons à la chronique, qui est le but de cet article.

Après de longues années passées sur le continent, Rosemary revient à Hawaï en compagnie de Robert, son mari depuis deux ans. Elle est accueillie par sa sœur cadette, France, et son fiancé Art, ainsi que quelques amis. Seulement cette arrivée est accompagnée de souvenirs qui perturbent son esprit.

Sept ans que son père a disparu, probablement mort, et des phénomènes étranges l’assaillent. France recevait des lettres signées Harry, mais depuis qu’elle est sur l’île, c’est Rosemary qui est la victime d’incidents mystérieux et angoissants. D’abord au cours de la réception organisée lors de son retour, elle entend un Indien se pavaner en parlant de réincarnation puis elle est la proie d’images, de résurgences d’épisodes issus de son enfance. Elle s’évanouit puis se rend compte qu’elle a été hypnotisée.

Mais d’autres phénomènes se produisent, soit à nouveau des images récurrentes, soit des incidents plus prosaïques, comme lorsqu’elle elle reçoit en plein visage un objet enflammé lancé par un danseur de torches chargé d’animer une soirée. Elle se retrouve avec quelques brûlures qui se révèleront sans grande conséquence. Ou tel ce petit chien qui lui avait été offert et qu’elle retrouve mort dans une cabane près d’une plage où elle était partie se ressourcer mentalement.

Tout tourne autour de son père disparu depuis des années, disparu ou mort, et de la mort de sa mère, lors de la naissance de sa sœur cadette alors qu’elle-même n’avait que trois ans. Pourtant elle n’avait jamais subi ce genre de désagréments lorsqu’elle était sur le continent. Et une phrase tourne boucle dans tête comme un mantra obsédant : Toute dette contractée maintenant sera payée plus tard.

 

S’il n’atteint pas le degré d’intensité qui se dégageait des romans tels que La chambre du haut ou encore de Trois minutes avant minuit, ce roman est imprégné toutefois d’une angoisse diffuse, de surnaturel. La réincarnation et l’hypnotisme en sont les ressorts principaux englués dans une vaste manipulation dont Rosemary se sent être au milieu de la cible.

Ce roman offre également un jeu de réflexion dont je vous donne la teneur mais pas la solution : former quatre triangles équilatéraux avec six allumettes. Amusez-vous bien avant de trouver la solution dans ce roman qui vous captivera, même si parfois, l’histoire semble engluée dans des non-dits, comme dans une brume mentale.

Le tout dans le cadre enchanteur de l’archipel hawaïen avec en toile de fond la présence séculaire des Grandes Familles, dont Rosemary est l’une des descendantes. Des familles de missionnaires qui ont asservi Hawaï et tiennent sous leur coupe les autochtones.

 

Des gens qui ont des idées aiment les partager.

Seuls les gens riches peuvent se permettre d’être impolis.

Les célibataires ont une vie moins usante que les hommes mariés.

Réédition : Bibliothèque du suspense. Éditions du Rocher. Parution avril 2003. 188 pages.

Réédition : Bibliothèque du suspense. Éditions du Rocher. Parution avril 2003. 188 pages.

Mildred DAVIS : Le tournant mystérieux (Strange Corner – 1967. Traducteur inconnu). Collection Intimité N°347. Les Editions Mondiales Del Duca. Parution juillet 1975. 224 pages.

Réédition : Bibliothèque du suspense. Éditions du Rocher. Parution avril 2003. 188 pages.

Partager cet article
Repost0
15 janvier 2019 2 15 /01 /janvier /2019 05:38

Oniria, où tu voudras quand tu voudras…

Jimmy GUIEU : Oniria.

Depuis une quinzaine de nuits, l’ingénieur chimiste Raymond Dubray est la proie d’un rêve récurrent inquiétant. Une créature enchanteresse, vêtue d’un voile arachnéen, dans un décor de lande, surgissant de la brume avec en fond sonore une envoûtante mélopée, s’impose à son esprit avant de se dissoudre peu à peu, la musique devenant de plus en plus hallucinante et douloureuse. Elle se nomme Oniria.

Enfin, un matin, il s’aperçoit en se réveillant qu’il a inscrit un mot sur un bout de papier posé sur sa table de nuit. C’est bien son écriture mais il ne se souvient de rien. Acide glutamique. Il a probablement agi en état de somnambulisme, allant chercher un papier et un stylo rouge dans sa serviette et rédigeant ces deux mots dans le noir. Acide glutamique, un produit dont personne ne se sert dans le laboratoire où il travaille.

Pendant le même temps, Micheline Laurent, la secrétaire laborantine de Raymond Dubray, est assaillie par le même rêve à deux exceptions près. Cette fois il s’agit d’un homme qui sort des limbes dans le même décor. Et au petit matin, elle se rend compte qu’elle a noté sur un bout de papier la mention Trichloréthylène.

Les deux collègues s’estiment mutuellement et non seulement s’apprécient mais ressentent une amitié sincère entre eux. Arrivés au laboratoire, coïncidence, le directeur du laboratoire demande à Dubray de travailler sur le glutaminol afin d’étudier la composition d’une spécialité pharmaceutique nouvelle. Etonnement de la part du chimiste, mais également de celle de Micheline puisque le patron en profite pour lui réclamer de distiller sept litres de trichloréthylène, dans le but d’essayer de nouveaux types de flacons spéciaux en matière plastique.

Les deux amis en arrivent à se confier et à confronter la teneur de leurs rêves. Et d’après les recherches qu’ils ont effectuées au cours de la journée, décident de procéder à une expérience le soir même chez le chimiste, seulement un petit incident se produit. Ils sont anesthésiés et ils se retrouvent à terre profondément endormis. Ils rêvent, couchés l’un à côté de l’autre, d’Oniria qui cette fois se compose des deux entités. Un couple de poltergeists selon Raymond.

Ils sont réveillés beaucoup plus tard par Pierre Deschamp, un collègue et ami biochimiste qui doit procéder à des expériences sur des souris de laboratoire, et qui est fort étonné de les retrouver ensemble. Les résultats des tests auxquels il procède sont assez édifiants. Raymond et Micheline sont à nouveau assaillis par leurs rêves récurrents et ils retrouvent les deux entités qui déclarent s’appeler Yanhoa et Talg’hor. Mais le décor n’est plus le même. Cette fois ils sont dans une sorte de laboratoire.

 

Reconnu comme un spécialiste des phénomènes paranormaux, Jimmy Guieu intègre cette discipline dans ce roman, quelque peu verbeux, alors que je m’attendais à une histoire onirique.

En s’aidant de découvertes récentes, lors de la parution de ce roman, dont l’acide aminé glutamique qui fut employé en neurologie-psychiatrie comme psychostimulant mais abandonné en 2005 et en explorant la métempsycose, le psychisme, le double de l’être humain dans des émanations provenant d’un univers mental, et peut-être réel, Jimmy Guieu se complait à la relation d’expériences scientifiques et surtout psychiques qui alourdissent la narration.

Il met en scène un phénomène paranormal provoqué par l’inhalation de produits utilisés de façon aléatoire, et souvent des expériences ratées ont débouché sur des résultats surprenants, mais ces entités nées concomitamment dans les esprits de Raymond et de Micheline, deviennent des êtres venant de l’au-delà sans pourtant être de chair s’imposant à leurs cerveaux.

Ce roman s’adresse plus aux esprits scientifiques et à ceux qui s’intéressent aux phénomènes paranormaux qu’à un lecteur désireux de passer un bon moment de lecture tranquille avec une histoire angoissante mais limpide.

 

A défaut de comprendre par quels moyens – psychiques ou mécaniques – cette influence fut exercée, on peut valablement penser que la suggestion s’opéra en nous par un phénomène, encore assez mal connu, appelé perception inconsciente ou subception. Cette propriété de notre cerveau démontre l’existence d’une conscience inconsciente, qui se manifesta, pour mon compte, lors de notre sommeil. Mais la subception apparaît aussi chez des sujets aptes à sombrer volontairement ou involontairement dans une sorte de schizoïdie. J’entends par là, pour des sujets sains d’esprit et non pas des schizophrènes, la faculté de s’isoler de l’ambiance extérieure et de perdre tout contact avec elle.

 

Réédition : collection Super luxe N°66. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1979.

Réédition : collection Super luxe N°66. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1979.

Réédition : collection Science-fiction Jimmy Guieu N°72. Editions Presses de la Cité. Parution mai 1989.

Réédition : collection Science-fiction Jimmy Guieu N°72. Editions Presses de la Cité. Parution mai 1989.

 

Pour en savoir un peu plus sur Jimmy Guieu :

 

Jimmy GUIEU : Oniria. Collection Angoisse N°92. Editions Fleuve Noir. Parution 4e trimestre 1962. 224 pages.

Partager cet article
Repost0
27 décembre 2018 4 27 /12 /décembre /2018 05:05

J'aime les filles qu'on voit dans "Elle"
J'aime les filles des magazines

Michel AMELIN : Personne ne m’aime, j’aime personne.

Ah si les parents savaient combien peut souffrir un enfant qui pose comme mannequin pour des catalogues !

Virginie longtemps a servi de modèle mais depuis quelques mois c’est terminé. L’acné juvénile et les dents protégées par des rails de chemin de fer disgracieux ne sont pas compatibles avec les critères de beauté exigés par les grandes marques de vêtements pour enfants. Mais sa mère reste dans sa bulle de rêve, gardant précieusement tout ce qui est en rapport avec la courte mais fructueuse carrière de sa fille.

Virginie souffre, non pas de ne plus s’exhiber dans les pages des magazines, mais de la résurgence continuelle de son passé de petite fille modèle auprès de ses condisciples au collège. La jalousie anime garçons et filles et elle se calfeutre dans son mental se croyant la cible de toutes les moqueries. Elle se recroqueville, et rechigne à se rendre à l’école. Un vrai parcours du combattant lorsqu’elle sort de chez elle, sac à dos en bandoulière.

Elle est devenue la tête de turc de Suzanna, Manuel et Robin, les inséparables, et de quelques autres aussi sans oublier quelques enseignants qui ne se privent pas de l’humilier.

Ce matin là, elle est assise à côté de Suzanna qui, mielleuse, lui demande ce qui ne va pas, lui promettant d’être une tombe. Une tombe, cela ne parle pas n’est-ce pas, aussi Virginie peut lui confier ses problèmes, ses soucis, elle ne dira rien. Mais Virginie sait qu’aussitôt qu’elle aura le dos tourné, Suzanna s’empressera de faire partager ses secrets, ses révélations, à tout le monde. Alors elle trouve une parade en avouant que Tristan, qui officiellement est le petit ami de Suzanna, l’importune, la dérange, la harcèle. Naturellement, cela tourne en eau de boudin…

Ensuite c’est la prof de français, une véritable bombe que personne n’a encore jamais réussi à désamorcer, qui lui demande, suite à la lecture d’un poème de Baudelaire de donner son avis sur cette question fondamentale : Beauté extérieure ou beauté intérieure ?

Evidemment cela renvoie Virginie à son enfance, lorsqu’elle était photogénique et à aujourd’hui où elle ressemble plus à un sapin de Noël avec ses boutons sur la figure en guise de loupiotes et son appareil dentaire en forme de guirlande buccale. Le vilain petit canard transformé en cygne ou le contraire ?

Virginie ne se laisse pas démonter, mais la journée est longue, et rentrant chez elle, elle est animée d’une soif de revanche.

 

Michel Amelin regroupe en une journée les tracas, les soucis, les harcèlements, l’état d’esprit mesquin des adolescents, les brimades auxquels Virginie est confronté à longueur de journée. Et à la maison ce n’est guère mieux.

Il analyse les réactions, la force de caractère de ce qui se passe réellement en plusieurs semaines et il en fait un condensé afin de mieux imprégner l’esprit du lecteur. Alors naturellement cela semble irréaliste mais pourtant cela existe, par petites doses quotidiennes, et il faut une force de caractère à toute épreuve pour ne pas se laisser aller à des sentiments de destruction de soi. La révolte gronde, intérieurement, mais lorsqu’elle explose l’on ne sait quels dégâts cela peut occasionner.

Un beau texte tout en finesse, une description, une dissection, une introspection de ce qui anime les adolescents entre eux, mais également de l’origine de ces rejets de l’un par les autres. Certains d’entre les condisciples de Virginie lui reprochent d’être riche, ce qui n’est pas prouvé, pour avoir été une enfant modèle, une forme de jalousie, mais ils ne savent pas les souffrances qu’elle a dû endurer tout au long de sa prime jeunesse devant les appareils photos et l’exigence de sa mère. Exigence et fierté qui a conduit son père a déserté le domicile conjugal.

Michel AMELIN : Personne ne m’aime, j’aime personne. Collection Les romans de Julie N°7. Editions Milan. Parution le 24 avril 2001. 126 pages.

ISBN : 978-2745902986

Partager cet article
Repost0
26 décembre 2018 3 26 /12 /décembre /2018 05:49

Un Noël sans Dickens n’est plus vraiment Noël !  

Même si ce n’est pas tout à fait Dickens !

Louis BAYARD : L’héritage Dickens.

Imaginez ! Vous entrez dans une pièce plongée dans les ténèbres et qui vous est inconnue. Vous connaissez l’emplacement de l’interrupteur, donc vous n’êtes pas plus déboussolé que cela et pourtant. L’ampoule, dite à économie d’énergie, ne commence à diffuser qu’une pâle lueur qui se met peu à peu à rayonner et atteindre sa pleine puissance qu’au bout de quelques secondes. Les ténèbres se dissipent pour votre plus grand plaisir. Entrer dans ce roman fournit à peu près cette sensation d’obscurité qui se dissipe graduellement.

Londres, décembre 1860. Tiny Tim, alias Timothy Cratchit, le héros imaginé par Charles Dickens dans un Conte de Noël et plus précisément dans le deuxième rêve que fit Ebeneezer Scrooge au cours des trois nuits qui précèdent et suivent la Nativité, Tiny Tim se trouve dans un désarroi compréhensible car sa famille est pratiquement décimée avec la mort de ses parents et de la plupart de la fratrie.

Son père est décédé six mois auparavant. Il croit le distinguer partout où il se rend, derrière des vitrines, dans la rue, dans des boutiques, mais ce n’est que son esprit qui mène la danse. Il n’a pas vu son frère Peter qui, marié, tient un studio photographique, depuis cette même date, et pour se renflouer financièrement il est soumis à l’obligation de rendre visite à l’ancien employeur de son père, Scrooge, alias monsieur N. ou encore oncle N. auprès duquel il perçoit une rente.

De son handicap à la jambe droite, il ne reste qu’une légère claudication et des douleurs qui se réveillent lors des changements de saison. Son attelle a été donnée à un ferrailleur et ses béquilles brûlées dans la cheminée. Ce que regrettait sa mère, qui affectionnait l’humour noir, car disait-elle, c’était bien pratique pour se gratter le dos.

Aussi, ayant eu l’opportunité de trouver un logement, un individu nommé Georges lui ayant obligeamment glissé une carte sur laquelle figure une adresse, il s’installe chez Miss Sharpe, une tenancière de maison close. Officiellement il est employé en tant que comptable mais en réalité il est précepteur, enseignant l’alphabet à la maîtresse de maison, lui apprenant à lire dans le roman de Daniel Defoe, Robinson Crusoé. Ce qui permet à celle-ci d’extrapoler sur les relations entre le naufragé et Vendredi.

Lors de ses pérégrinations dans la capitale britannique, Tim aperçoit sur la chaussée le cadavre d’une gamine entre deux policiers dubitatifs. L’épaule de la gosse est tatouée d’un G. Ses journées sont fort occupées, et le soir il aide volontiers le vieux capitaine Gully à repêcher des cadavres dans la Tamise. Le plus souvent ce sont des animaux. Rarement, ils ont la chance de remonter à la surface celui d’un être humain, et dans ce cas, la menue monnaie et les bijoux deviennent leur bien. Seulement cette fois c’est celui d’une gamine, tatouée elle aussi, qu’ils draguent dans leur filet. Tim aperçoit une autre fillette, sauvage, qui s’enfuit à son approche, mais semble souvent se trouver sur son chemin.

Une de ses déambulations lui font rencontrer Colin, surnommé le Mélodieux à cause du charmant filet de voix qu’il possède. Colin est un gamin d’onze ans, effronté, hardi, solitaire, amusant, collant parfois, téméraire, indépendant, débrouillard. Colin lui présente alors Philomela, en abrégé Philly, et Tim parvient peu à peu à l’apprivoiser.

Seulement d’autres personnes paraissent attachées à Philly. Une bonne sœur dont la cornette se dresse sur son chef telle une tente de camping, et déambule une Bible sous le bras. Elle veut absolument prendre en charge Philly et l’envoyer dans un refuge, au grand dam de la gamine. Puis c’est un homme qui essaie de l’enlever et de l’enfourner dans un cabriolet armorié, dans lequel se cache un homme au visage chafouin.

 

Si Louis Bayard, un Américain comme ne l’indique pas son nom chevaleresque, n’est pas fidèle au style et dans la forme, il respecte le fonds des romans de Charles Dickens.

Par exemple Charles Dickens a toujours mis en scène des enfants dans ses histoires, des gamins en prise avec les vicissitudes de la vie. Oliver Twist, bien évidemment, David Copperfield, La petite Doritt, Barnaby Rudge, De Grandes espérances, Nicholas Nickleby, et Timothy Cratchit dans Un chant de Noël connu également le titre de Conte de Noël.

Des enfants, souvent orphelins, issus d’une famille pauvre, cherchant à s’élever sans tomber dans la voyoucratie malgré les tentations et perversions auxquels ils sont confrontés. Et si l’on retrouve, dans cet Héritage Dickens dont le titre français met l’accent justement sur l’œuvre du grand écrivain britannique, Timothy, le « héros » de Un chant de Noël, ce sont bien les enfants qui l’accompagnent dans ses pérégrinations qui prennent le pas.

Les gamines dont la vie misérable, pour ne pas dire misérabiliste, est sujette à la concupiscence d’adultes dévoyés. La référence à Dickens apporte un regain d’intérêt, d’abord par l’aura dont jouit toujours cet auteur, mais également historique par la description des mœurs et des docks londoniens.

Il est évident que Louis Bayard aurait pu placer son intrigue de nos jours, dans des lieux semblables, ou en l’exportant dans des pays réputés pour l’accueil réservé aux adultes qui recherchent des sensations procurées des corps juvéniles. Cela n’aurait peut-être pas eu la force et l’attrait que cette histoire possède en la transposant au XIXème siècle.

Première édition : Editions du Cherche-midi. Parution 22 septembre 2011. 400 pages. 21,00€.

Première édition : Editions du Cherche-midi. Parution 22 septembre 2011. 400 pages. 21,00€.

Louis BAYARD : L’héritage Dickens. (Mr Timothy – 2003. Traduction de l’américain par Jean-Luc Piningre). Réédition : Pocket. Parution 6 février 2014. 452 pages. 8,90€.

Première édition : Editions du Cherche-midi. Parution 22 septembre 2011. 400 pages. 21,00€.

ISBN : 978-2266245463

Partager cet article
Repost0
17 décembre 2018 1 17 /12 /décembre /2018 13:14

Comme j’aime… !

Aline BAUDU : Sous la carapace

Selon les âges, les cultures, les décisions parfois aberrantes des créateurs de mode, la Femme peut être enrobée telle qu’elle est représentée par Rubens ou Botero, ou filiforme, sac d’os monté en échalas exigé par des couturiers qui s’inquiètent plus de leur réputation que de la santé de leurs mannequins.

Comme l’affirme la sagesse populaire, il vaut mieux faire envie que pitié. Tout autant les hommes que les femmes aux formes rondelettes étaient considérés comme des bons vivants, aux mœurs libres, à l’esprit joyeux. Les maigriots étant des personnages fourbes, sournois, amers.

Seulement il faut une juste mesure et ni trop gros ni trop maigre devient une doctrine que ne suit pas toujours le métabolisme qui n’en fait qu’à sa tête. Et selon les exigences de chacun, ou imposées par l’entourage, il faut alors se conformer à un régime strict ou pas, conseils fournis par des diététiciens ou des charlatans.

Lulu, la narratrice, est mal dans sa peau. Ce n’est pas qu’elle soit à l’étroit, au contraire. Il y a trop de graisse autour de ses os. Au début elle ne prenait qu’un cachet et maintenant elle en est arrivée à vingt-deux, alors il a fallu prendre une décision énergique. Elle va en cure d’amaigrissement dans une clinique spécialisée en compagnie d’autres pensionnaires qui eux aussi sont affligés de surcharge pondérale.

Les débuts sont difficiles, et elle a du mal à s’intégrer. Son premier repas elle le prend seule, mais peu à peu elle s’intègre dans une petite communauté. Elle fait du sport, joue aux cartes, déroge parfois au régime, après tout il n’y a pas de mal à se faire du bien. Quoi que…

 

Vivez votre différence, et acceptez les autres comme ils sont. Mais encore faut-il s’accepter soi-même. Lulu est entraînée dans une spirale, une descente aux enfers à défaut d’une descente dans les cuisines.

Une nouvelle ancrée dans le quotidien, avec des personnages qui vivent dans un malaise constant, souvent à cause du regard méprisant ou apitoyé des autres. De ceux qui ricanent car ils se sentent bien, beaux, répondant à des canons de beauté qui évoluent au fil des siècles. Il ne faut pas déroger et se fondre dans l’uniformité, quitte à devenir des clones.

Un texte dérangeant, car après tout, on est peut-être concerné : on dépasse les critères d’une mode exigeante liée à une santé défaillante. Mais on n’est pas toujours responsable d’un métabolisme incontrôlable. Et l’on devient la cible des regards de ceux qui ne sont pas comme nous. Et inversement.

 

A lire également d’Aline Baudu :

Aline BAUDU : Sous la carapace. Nouvelle numérique. Collection Mélanges. Editions SKA. Parution le 1er décembre 2016. 11 pages. 1,99€.

ISBN : 9791023405644

Partager cet article
Repost0
15 décembre 2018 6 15 /12 /décembre /2018 05:19

Mais ce ne sera pas pire que si c’était moins bien !

Williams EXBRAYAT : Ma vie sera pire que la tienne.

Dans la lignée de son célèbre homonyme, le grand Charles, Williams Exbrayat creuse son propre sillon, en marge des sentiers battus de la littérature policière, noire, populaire.

Mais cette homonymie n’est que patronymique, car l’univers littéraire qui les rassemble se décline différemment, tous deux étant de fort bon aloi. D’autant que Williams Exbrayat s’autoédite et donc ne bénéficie d’aucun support éditorial.

Construit comme un triptyque, chaque panneau narrant une histoire et l’ensemble s’intégrant dans une suite logique, ce roman pourrait être lu comme un recueil de nouvelles - d’ailleurs chaque partie possède son propre épilogue - indépendantes mais complémentaires. Ce qui confère un charme indéfinissable au récit qui oscille entre humour noir, dérision et une forme de désespoir liée à des événements qui n’entrent pas dans le cadre du récit mais l’engendre.

 

Première partie : Cloches célestes.

Le narrateur, dont on saura le nom par la suite, un prénom qui par ailleurs ne lui convient guère mais chut…, donc le narrateur a entrepris avec deux copains, des bras cassés comme lui, de dévaliser une villa de rupins semblant abandonnée, du moins vide de tout occupant. C’est en pleine campagne, alors pas de raison de se gêner pour s’approprier l’argenterie. Seulement, lorsque l’argent te rit au nez, tu risques de tomber sur un os. Et l’os se précise sous la forme de trois individus en blouse blanche avec masques chirurgicaux sur le nez et lunettes de protection.

Les trois hommes sont tombés dans un repaire de petits chimistes en herbe et en gélules de captagon, une drogue qui comme le tabac peut nuire à la santé. Terminé le chapardage, il n’y a plus qu’à prendre ses cliques et ses claques, aïe ça fait mal, et tenter de se sauver. Mais ce n’est pas du cinéma, et le narrateur et ses copains, Mycose et Paulo, sont embarqués dans une histoire dont ils n’avaient pas imaginé la fin. Surtout Paulo et Mycose. Car si le narrateur s’en sort, c’est parce qu’il possède du répondant, qu’il se réfugie dans la campagne profonde et la maison d’un oncle décédé, qu’il aime Leïla, sa copine dont il n’a plus de nouvelles, et qu’il doit s’occuper de Disco Boy, le bouledogue bringé de feu son oncle qui se délecte de grandes lampées de bière tout comme son nouveau maître.

 

Deuxième partie : Braquage(s).

Trois anciens présidents de la république ont décidé de braquer un casino. Ce qui étonnera le lecteur qui sera mis en présence de Chirac, Hollande et Sarkosy, car comment imaginer que ces trois hommes puissent s’attaquer à un établissement de jeux. Ne vous leurrez pas, ces trois hommes portent des masque mais leur intention est bien de s’emparer de l’argent, ce qu’ils réussissent à faire tout en emmenant en otage une hôtesse, ce que les romanciers machistes appelleraient une belle plante mais restons courtois et digne. Donc ils prennent en otage Sahora, une ancienne athlète qui a dû abandonner la course à pied à cause d’une cheville défaillante. Chirac pète les plombs en arrosant un couple de flics, deux copains qui ne demandaient rien à personne, et Hollande est blessé par une balle perdue. C’est ce qu’on écrit en général car le projectile n’est pas perdu puisqu’il a atteint la jambe du niais. Je parle du braqueur bien entendu. Et ils s’enfuient jusqu’à un endroit situé non loin où s’est installé le narrateur de la première partie. Le Patron des trois chimistes n’est pas satisfait de la spoliation dont il est la victime et il se lance en compagnie de ses sbires sur la trace des présidents.

Bien entendu la rencontre est inévitable, des morts sont dispersés dans les bois et les fourrés, tandis que le policier rescapé se met activement à leur recherche.

 

La troisième partie, Malbête, est un peu la synthèse des deux premières, Une suite dont on a perdu en cours de route quelques protagonistes et qui nous en fera découvrir d’autres, toujours dans une histoire qui relève de la pérégrination débridée, d’autres événements se greffant sur les deux précédents récits.

 

Dans un style particulier, narration à la première personne d’abord, puis narration normale à la troisième personne, et enfin parole est donnée à quelques uns des personnages qui s’investissent, volontairement ou non, dans cette intrigue débridée, décalée, étonnante et détonante, diabolique presque. Un roman déstructuré et pourtant à la structure, la construction précise, implacable, laissant toutefois au lecteur la possibilité de combler quelques manques.

Tout au long du récit, un personnage apparait en compagnie de ses deux chiens et une bête rousse nargue animaux et humains. Sont-ils là pour le décor ou jouent-ils leur partition comme ces rôles très secondaires, au théâtre et au cinéma, qui paraissent insignifiants mais marquent profondément de leur empreinte la pièce dans laquelle ils évoluent comme figurants ?

Penchés sur les épaules de Williams Exbrayat, tapis dans l’ombre, j’ai cru reconnaître ces auteurs américains de premier plan, pour la plupart injustement oubliés de nos jours, dont Jim Thompson, Charles Williams, Day Keene ou encore Brett Halliday. Seulement, ceci ne se passe pas aux Etats-Unis, mais pour la plus grande partie en Ardèche.

Un autre avis sur ce roman ? N’hésitez pas à vous rendre sur le site ci-dessous :

Williams EXBRAYAT : Ma vie sera pire que la tienne. Independently published chez Amazon. Parution 29 août 2018. 232 pages. 12,99€. Version Kindle : 3,99€.

ISBN : 978-1719901536

Partager cet article
Repost0
13 décembre 2018 4 13 /12 /décembre /2018 06:07

Et sans carburant ? Une économie des sens !

David AGRECH : Deux mille kilomètres avec une balle dans le cœur.

Décerné pour la première fois en 1930 pour le roman de Pierre Véry Le Testament de Basil Crookes, le Prix du Roman d’Aventures est spécifique aux Editions du Masque, nouvelle appellation de La Librairie des Champs Elysées créée par Albert Pigasse. A l’origine ce prix était remis sur manuscrit, mais à la fin des années 60, il est devenu un prix d’éditeur. Certains des récipiendaires ont connu une carrière remarquable au sein même du Masque, ou chez d’autres éditeurs.

Ainsi Charles Exbrayat, Alexis Lecaye, Jacques Chabannes, Yves Dermèze, Michel Grisolia, Paul Halter, Jean Bommart, pour n’en citer que quelques uns dans le désordre. Certains se sont comportés honorablement, d’autres n’ont effectué qu’un petit tour et puis s’en va, liste que je me garderai bien d’établir par correction envers ces auteurs disparus de la scène littéraire prématurément. Souhaitons à David Agrech qui vient d’obtenir ce prix de pouvoir emprunter la voie de ses glorieux aînés.

 

Daniel Ferrey, qui a tenté de devenir traducteur d’anglais et effectué de petits boulots pour payer ses études, végète dans un quotidien sans relief. Son beau-frère Victor, investisseur immobilier, et sa sœur Sandrine l’hébergent de temps à autre, mais surtout grâce à Victor il peut gagner quelque argent en pariant sur les champs de course. Pas de grosses sommes, mais de quoi rembourser la mise que Victor lui a obligeamment prêtée au départ et en engrangeant de petits bénéfices.

Il ne joue pas à l’aveuglette, mais scientifiquement, étudiant les chances des chevaux participants aux courses, jouant ses favoris placés, ce qui lui rapporte grosso modo du dix pour cent. Mais alors qu’il attend sagement son bus, près d’un abribus où la photo d’un mannequin attire son œil et même les deux, une voiture arrive, et un individu lui tire quelques balles dont une dans le ventre.

Alors qu’il gît sur le bitume, son inconscient lui ordonne de ne pas tomber dans les pommes et il croit que la belle de papier est descendue de son support, lui prodiguant des encouragements à survivre jusqu’à l’arrivée des secours.

Il se remet tout doucement de ses blessures et lorsqu’il sort de l’hôpital, Victor lui offre un séjour au Maroc dans un hôtel de luxe afin qu’il se rétablisse dans le calme et la sérénité. C’est vraiment sympa de la part de son beau-frère, et Daniel ne peut que le remercier même s’il se demande s’il n’y a pas un coup fourré quelque part. Ce qui lui importe surtout c’est de retrouver son ange gardien et il parvient à obtenir son adresse. C’est ainsi qu’il fait la connaissance d’Anja, Norvégienne, et qu’ils sympathisent. Toutefois elle n’est pas la bonne fée désirée et il continue ses recherches pour enfin tomber sur Clara, une péripatéticienne.

 

Ceux qui souhaitent lire un roman d’action vont être frustrés, mais ceux qui privilégient les histoires de suspense psychologique vont être comblés.

Narré à la première personne ce roman est comme un sandwich, deux tranches d’action enveloppant deux histoires d’amour plus ou moins épaisses, pimentées de réflexions sur le système financier des paris hippiques et surtout comment ne pas perdre trop d’argent, la préférence allant aux petits gains assurés, le tout agrémenté des salades de Victor.

Parfois on pourrait penser lire une Harlequinade notamment lorsque les jeunes femmes relatent leur parcours, pourtant je n’ai pu m’en détacher lisant quasiment tout d’une traite.

Comme quoi, il suffit parfois de peu de choses pour installer une relation de confiance entre l’auteur et le lecteur et se trouver accroché. Mais j’attends du prochain roman de David Agrech une autre approche du roman policier afin qu’il nous démontre sa capacité à se renouveler. S’il y en a un autre…

David AGRECH : Deux mille kilomètres avec une balle dans le cœur. Le Masque Jaune N°2530. Editions Du Masque. Prix du roman d’aventures. Parution 13 octobre 2010. 384 pages. 8,00€.

ISBN : 978-2702435120

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables