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13 avril 2019 6 13 /04 /avril /2019 04:58

Il n’y a pas de sot d’omis…

Luis ALFREDO : Itinéraire d’un flic. Feuilleton policier numérique. Deuxième épisode.

Cela fait déjà six mois que l’affaire de la rue de l’Abbé-Sicard c’est déroulée, comme décrite dans l’épisode précédent, et que Christian a pris ses affaires et a déménagé.

René-Charles de Villemur, commandant de police, a repris son train-train habituel, réaménageant son habitation selon son goût. Mais ce matin là, le voilà à nouveau plongé dans une affaire de meurtre. Un boucher hippophagique a été assassiné d’une façon peu orthodoxe et encore moins catholique. Jamais l’appellation Trou de balle n’a été employée avec autant de justesse puisque le meurtrier a enfoncé l’arme à feu dans la partie charnue arrière du défunté, l’enduisant préalablement de vaseline, puis a tiré. De gel aqueux selon le légiste. Gel aqueux, un produit de circonstance ?

Il est chargé de régler cette enquête en compagnie de son adjoint Octave, seulement il est convoqué chez son supérieur hiérarchique et se voit signifier qu’une journaliste les suivra dans leurs déplacements. Une intrusion qui ne lui sied guère, mais après tout un chef, c’est un chef, et parfois il faut bien lui obéir, même à contrecœur.

Or donc, cette Patricia Boyer, ainsi se nomme-t-elle, la trentaine assurée, qui fait vilain lorsqu’elle ne sourit pas, et c’est souvent, aux pattes d’oie discrètes autour des yeux, interfère donc dans cette enquête. Mais ce qui lui importe, c’est la psychologie des policiers, pas comment ils font sur le terrain à interroger les témoins. Le lendemain, nouveau coup dur pour un représentant de commerce qui décède dans les mêmes conditions, selon le même principe.

Les deux hommes ne se fréquentaient pas, apparemment ne se connaissaient pas. Si le boucher était célibataire, sans relation féminine connue, le commercial était marié en instance de divorce ou quelque chose comme ça. Donc la piste du sexe, de la jalousie pourrait être écartée, éventuellement. Et rien dans leurs affaires personnelles n’indique une quelconque déviance, un attrait pour des revues osées, une femme cachée.

Toutefois, cette intrusion d’une journaliste dont le caractère est versatile, le plus souvent revêche, un peu soupe-au-lait, aux sourires distribués avec parcimonie, aux réflexions parfois désobligeantes mais qui essaie de s’allier les bonnes grâces d’Octave et du commandant, intrigue de Villamur. Il s’en ouvre auprès d’un sien ami, journaliste, lui demandant des renseignements professionnels et privés concernant cette Patricia Boyer, et si cela ne suffit pas il va s’enquérir auprès de son autre ami Nadal, détective privé mais pas que, de lui fournir de plus amples indications lui permettant de cerner la personnalité de la jeune femme.

Celle-ci n’a pas eu un parcours facile car elle a perdu sa sœur qui s’est suicidée deux ans auparavant. Et depuis elle n’a rédigé que deux reportages.

Jamais deux sans trois. Un troisième cadavre est découvert. Il s’agit d’un homme bien connu des services de police, comme on dit, car il était notamment un petit trafiquant. Il ne leur reste qu’à découvrir le lien entre ces trois cadavres.

 

Le lecteur se doutera rapidement de l’identité du responsable mais ce qui importe c’est surtout le pourquoi du comment.

Le côté psychologique prime, de Villemur se montrant tour à tour affable, souriant, ou distant. Il soupçonne même Octave son adjoint de coucher avec Patricia. A moins que ce soit le contraire. Pourtant, selon son ami le journaliste quelque chose cloche dans cette supposition. Petite anecdote qui ne manque pas de piquant : avant de se rendre à la convocation de son patron, de Villemur enfonce dans sa poche un ancien journal, l’Humanité, afin de prouver son côté communiste. De quoi faire perdre ses moyens à son commissaire qui à chaque fois en bafouille.

Et puis, s’il est un gros fumeur, il possède ses manies. Cigarettes de tabac de Virginie mentholées le matin, papier maïs l’après-midi, et cigares le soir. Mais ne vous effrayez-pas, la fumée n’est que virtuelle.

Patricia, elle, est plutôt réservée, ne suivant les deux policiers dans leur enquête qu’avec réticence. Ce n’est pas ce qui l’intéresse le plus. Elle veut étudier leur profil, mental et non physique.

L’épilogue confirme les conjectures de Villemur, et celles du lecteur, et nonobstant, montrera un aspect positif, quoique forcé, car l’enquête se déroule et se clôt selon un schéma qui n’était pas prévu au départ.

 

Luis ALFREDO : Itinéraire d’un flic. Feuilleton policier numérique. Deuxième épisode. Collection Noire sœur. Editions Ska. Parution 02 avril 2019. 56 ou 80 pages selon le support de lecture. 2,99€.

ISBN : 9791023407655

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9 avril 2019 2 09 /04 /avril /2019 04:30

Un roman solide, qui n’est pas construit de briques… et de broc !

Georges-Jean ARNAUD : Le Néant des pierres.

Imaginez une bicoque, à l’écart de la ville, non loin d’un super marché. Imaginez une maison dont le rez-de-chaussée sert de rendez-vous à des toxicomanes, à de jeunes voyous, à des adolescents qui découvrent le simulacre de la reproduction, simulacre tarifé ou non. Imaginez au premier étage une famille qui vivote avec un téléphone qui ne communique avec l’extérieur que dans un sens, celui de la réception, du minimum électrique, pas d’eau chaude sinon le compteur disjoncte. Imaginez cette famille composée d’une mère dont le cerveau est en berne vingt deux heures sur vingt quatre, un fils, Tony, qui assure l’essentiel grâce à de petits boulots et de rapines, une fille, Julie, un peu naïve, une peu simplette, un peu amoureuse de son frère aîné, déboussolée quoi. Et le père, Germain, qui traîne derrière lui des espérances de fortune, des cadavres, des regrets, des espérances qui tournent en eau de boudin. De l’argent, ils en ont eu, mais acquis par quel mystère, et dilapidé dans quelles conditions ?

Imaginez plus loin, une sorte de ferme perdue entre vignoble et garrigue, habitée par une vieille mais robuste femme, hommasse dans son comportement, frustre et madrée, fusil en bandoulière quelle que soit la saison, chassant malgré les interdits, amassant le pécule sans vergogne.

Le trait d’union entre Lucrèce, prénom de cette baroudeuse anachorète, et Germain (et sa famille) réside en une simple histoire de parentèle. Ce fut sa belle-mère, c’est toujours sa belle-mère, mais il la fuit, comme on fuit le diable, personnification du remords. Car un autre lien les attache, depuis dix-sept ans, l’enlèvement sur la plage de Leucate d’une gamine de cinq ans, la rançon encaissée, et la disparition de la fillette. Depuis, Germain et sa famille errent de ville en ville, dix sept ans de vagabondages et de déménagements, avec toujours au bout du compte Lucrèce qui réclame de l’argent, encore de l’argent, une rente qu’il fournit jusqu’à épuisement. Epuisement financier mais également moral.

Imaginez cette famille traquée, au bout du rouleau, vivant d’expédients, dans une atmosphère lourde, compressée, étouffante, oppressante, angoissante, obsédante, vivant au jour le jour, avec comme phare une génitrice confondant les prénoms d’une fille qu’elle tarabuste et de sa mémoire surgissant par à-coups celui d’une gamine source de richesse dix sept ans auparavant.

Imaginez cette Lucrèce sangsue accueillant un Germain trop confiant dans son rôle d’acteur de seconde zone animé de componction, secouant une faiblesse collée à sa peau comme une carcasse de crocodile dont les larmes affaibliraient, amolliraient une marâtre haïe.

Imaginez cette ambiance suffocante, traumatisante, avec en silhouette obsédante, une jeune femme qui dix sept ans après un événement oublié de tous, sauf les parties concernées, c’est à dire les familles ravisseuses et les familles spoliées, se met à la recherche de l’ombre d’une sœur vomie, encombrante, adulée par une mère méprisante qui reportait l’affection qu’elle aurait dû vouer à son aînée sur une cadette qui ne la méritait pas. Point de vue tout à fait personnel qui ronge la mémoire de la rescapée d’une famille qui a vécue durant des années dans la mémoire d’une disparue quasiment sanctifiée.

Imaginez un univers confiné entre trois points d’ancrage qui peu à peu se rejoignent inexorablement, attirés par l’âme, la présence indéfectible d’une absente minant les esprits.

Imaginez, non n’imaginez plus mais laissez-vous porter dans ce nouvel opus du géant de la littérature populaire, qui se dresse tel un roc, un menhir à six faces, du haut de cinquante ans de carrière, et qui ne s’érode pas. Trois larges pans représentant l’espionnage, le policer, la science-fiction, et trois autres plus réduits symbolisant l’angoisse, l’érotisme, l’historique.

 

Dans sa postface, Serge Perraud annonce que ce titre est le 401ème roman écrit par cet auteur prolifique, le deuxième publié aux éditions du Masque. Pour la bonne bouche comme disent les gastronomes en culottes longues qui se délectent de lectures saines, j’ai choisi une citation extraite de ce nouveau roman, qui j’en conviens, placée hors contexte peut paraître anodine mais prend toute sa signification à la lecture du texte.

Tu ne sais pas ce qu’est une jeune fille, tu as toujours été vieille.

Georges Jean Arnaud signe ce nouveau roman qui le confirme comme auteur hors normes. Il s’inscrit comme l’auteur majeur, pour ne pas dire plus, du dernier demi siècle passé et il entame le XXIème siècle en fanfare. Certains diront qu’il y a eu aussi Simenon, mais je leur ferai remarquer humblement que ce fut un Belge même s’il vécu longtemps en France et que sa production, sauf peut-être les romans dits noirs et qu’il considérait comme littéraires, sont datés, tandis que ceux d’Arnaud, Georges Jean de ses prénoms, restent de petits chefs d’œuvre.

Georges-Jean ARNAUD : Le Néant des pierres. Grand Format. Editions du Masque. Parution 10 octobre 2001. 310 pages.

ISBN : 978-2702479902

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6 avril 2019 6 06 /04 /avril /2019 07:16

Vertiges ou vestiges de l’amour ?

Michel BUSSI : J’ai dû rêver trop fort.

Continuant sa série de romans aux titres empruntés à des chansons, Un avion sans elle, Maman a tort, On la trouvait plutôt jolie, le nouveau livre de Michel Bussi nous invite à revisiter le succès d’Alain Bashung. Il nous incite surtout à prendre l’avion en compagnie de son héroïne, Nathalie dite Nathy, hôtesse de l’air quinquagénaire sur des vols longs courriers, qui a une hirondelle tatouée sur l’épaule.

Elle est mariée avec un menuisier-ébéniste qui se prénomme Olivier, un prénom de circonstance, possède deux filles, Laura et Margot, et vit en Normandie à Porte-joie, une ancienne commune de l’Eure qui jouxte la Seine. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, si une succession de coïncidences ne venaient interférer avec son prochain déplacement prévu pour Montréal, du 12 au 13 septembre 2019.

Mais sur sa liste des prochains vols prévus à la suite les uns des autres, outre Montréal, figurent Los Angeles et Jakarta. Commence un calcul de probabilités difficile à résoudre. Car c’est exactement le parcours qu’elle a eu à effectuer vingt ans auparavant. Mais avant de partir, elle se rend compte que son tiroir secret a été fouillé, ses papiers et une pierre du temps qu’elle garde précieusement depuis cette date, chamboulés. Une chanson est diffusée par son autoradio, Let it be. Et lorsqu’elle se positionne devant la porte d’embarquement, la M, comme par hasard, elle retrouve son amie Florence, hôtesse de l’air elle aussi, qui va voler en sa compagnie, de même que le commandant de bord, Jean-Max Ballain, qui approche de la retraite et est connu pour ses nombreuses conquêtes féminines. D’ailleurs de petits malins ont quelque peu détourné son patronyme en Jean Ballain Max !

Bref, la petite équipe est reconstituée comme vingt ans auparavant. C’est tout ? Non, se rendent également à Montréal Robert Smith et ses musiciens. Le groupe The Cure qui vingt ans auparavant avait fait frissonner Flo, toute pétillante de côtoyer de telles célébrités.

Parmi le personnel navigant, Nathy retrouve deux autres collègues qu’elle connait bien et Charlotte, une stagiaire. Manque à l’appel Ylian, le musicien à la guitare et à la casquette écossaise dont elle avait fait la connaissance à cette même porte M et avec lequel elle avait découvert Montréal, puis qu’elle avait retrouvé à Los Angeles puis à Barcelone et enfin à Jakarta. La première fois était un hasard mais pas la suite. C’était l’appel du cœur et des sens qui la poussait à le retrouver ou à le rechercher.

Non franchement, il y a trop de coïncidences, car à Montréal, d’autres faits se produisent, comme si quelqu’un s’attachait à vouloir lui faire remonter le passé du cœur dans la tête. Elle revit des événements, des émotions qui l’avaient bouleversée vingt ans auparavant, qui ne s’étaient jamais vraiment effacés mais seulement dilués au cours des années et de la vie familiale.

 

Toutes ces coïncidences mises bout à bout ne relèvent pas du hasard, mais elles ont été programmées par une main malveillante, Nathy s’en persuade de plus en plus. A moins qu’en présence d’un puis deux faits qui nous ramènent en arrière, on a le sentiment d’être assailli par des coïncidences, alors qu’inconsciemment on crée, on recherche des concordances. Et ceux-ci passeraient peut-être inaperçus dans d’autres circonstances. Non, ça ne marche pas comme ça se dit-elle.

C’est à elle personnellement que cette main manipulée par une tête pensante diabolique en veut. Elle s’en persuade et bientôt toutes ces concordances lui donnent raison. Pour quelle raison ? Dans quel but ? Et comment interpréter cette agression à San Diégo alors qu’elle venait de visiter Tijuana, comme elle l’avait fait vingt ans auparavant. De même qui peut s’amuser à lui prendre et remettre sa pierre du temps qu’une commerçante inuite lui avait donné à Montréal alors qu’elle parcourait la ville lors de son précédent voyage avec Flo et Jean-Max Ballain ?

Un manipulateur malin (ou une, il ne fait exclure personne) qui s’arrange pour perpétrer ses forfaits à son insu et le lecteur tente de mettre un nom sur cette personne malveillante. Mais celui ou celle auquel il peut penser ne se trouve pas forcément à l’endroit où elle évolue. A moins de posséder des accointances, des complices, mais comment étayer ces suppositions, ces conjectures ?

Et lorsque, enfin, le lecteur, moi le premier, découvre la vérité, il se dit que Michel Bussi une fois de plus nous a entraîné dans une histoire qui n’a rien de fantastique, que tout est logique, et particulièrement bien construite. Avec son lot de surprises et un retournement final particulièrement détonant, comme un déferlement.

Un roman musical, qui nous transporte au-delà de nos rêves, en compagnie d’Alain Bashung, des Beatles, des Cures et de combien d’autres.

Un roman d’amour et de passion, émouvant, qui prend aux tripes, et qui démontre que le don de soi n’est pas un vain mot.

Un roman qui se décline entre hier et aujourd’hui, entre 1999 et 2019. Et le lecteur ne peut se perdre dans les dates, entre ces différents chapitres, car un repère distingue, sur le haut des pages de droite, les deux périodes. Une hirondelle pour 1999 et un petit empilement de galets pour 2019. Mais chut, je ne vous ai rien dit.

 

Quand on enterre un être, combien d’amours secrètes enterre-t-on avec ? Combien de passions jamais avouées, happées par le néant, disparaissent comme si elles n’avaient jamais existé ?

 

Michel BUSSI : J’ai dû rêver trop fort. Editions Presses de la Cité. Parution le 28 février 2019. 480 pages. 21,90€.

ISBN : 978-2258162839

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5 avril 2019 5 05 /04 /avril /2019 07:03

Tu veux qu'j'te chante la mer
Le long, le long, long des golfes
Pas très clairs

Alain BERNIER et Roger MARIDAT : Pièges dans le Golfe.

Anna Verdon ne supporte plus la vie étriquée qu’elle mène entre ses parents, l’un alcoolique et chômeur patenté, l’autre se plaignant sans cesse et se reposant sur sa fille en toutes occasions.

Seul trouve grâce à ses yeux son jeune frère, Jean-Charles, un mou qui a besoin du soutien permanent de sa sœur, laquelle va même jusqu’à payer ses études. Ambitieuse, Anna aspire au confort matériel, à une situation professionnelle élevée, à la reconnaissance de ses capacités professionnelles.

Elle décide donc de quitter le foyer familial entraînant avec elle Jean-Charles. L’opportunité de se faire une place au soleil lui est offerte par une de ses anciennes camarades qui se marie.

Laurence travaille chez Gallouédec, le parfumeur bien connu, mais elle envisage de quitter son emploi, aussi Anna pense pouvoir, grâce à ses compétences se faire embaucher. Elle imagine un stratagème qui devrait lui apporter tout rôti le patron susceptible de reconnaître ses capacités. Elle feint une noyade alors que Gallouédec (quarante ans de plus aux artères) se baigne dans l’océan, et l’accroche dans ses filets.

Seulement au lieu de trôner derrière un bureau, la voilà lascive (pas trop quand même) dans un lit. Avec un mariage à l’horizon. Elle qui se croyait devenir directrice, pourquoi pas P.D.G., de l’entreprise, ne règne que sur la maison.

Piètre avenir qu’elle résoudra en poussant son mari un peu plus tôt que prévu dans le vide. Youpi se dit-elle, enfin je règne et je procure à mon petit frère une place digne de lui. Sauf que c’est un incapable et que les ennuis financiers se pointent à l’horizon.

 

Roman policier que l’on pourrait cataloguer rétro, Pièges dans le Golfe (je n’aime pas trop le titre qui induit en erreur même si l’histoire se déroule dans les environs du Golfe du Morbihan) ravira les amateurs de suspense, même si l’histoire, et donc l’épilogue, semble issu d’un moule maintes fois utilisé.

Bernier et Maridat, qui produisirent d’excellents romans au Fleuve Noir sous le pseudonyme d’Eric Verteuil, n’en sont pas à leur coup d’essai et sous couvert de gentillette romance visitent d’un œil acéré quelques travers de la France profonde (ce qui ne veut pas dire que la capitale est exempte de tout vice, mais les relations entre personnages se révèlent parfois différentes de la province).

Anna s’érige en femme ambitieuse, désireuse d’assumer une volonté de réussite en utilisant en priorité son intelligence, sa culture, ses qualités intrinsèques, et mettant au rencart ses fesses et ses sentiments sauf si les premiers ingrédients se révèlent inopérant. Et encore !

Mais il faut prévoir le retour de bâton et l’épilogue ne manque ni de charme, ni de morale. Selon le point de vue où l’on se place.

 

Alain BERNIER et Roger MARIDAT : Pièges dans le Golfe. Liv Poche Suspense n°57. Liv’Edition. Parution 9 mars 2004. 244 pages.

ISBN : 978-2844970572

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25 mars 2019 1 25 /03 /mars /2019 05:09

Il est vrai qu’il y verra mieux !

William IRISH : La Liberté éclairant le mort.

Bien connu en France pour au moins deux de ses romans adaptés au cinéma, La mariée était en noir et La sirène du Mississipi, William Irish de son véritable patronyme Cornell Woolrich, fut un insatiable et infatigable rédacteur de nouvelles dont l’un des aspects principaux résidait dans le suspense et l’angoisse qui englobaient pratiquement tous ses textes.

Et quand j’écris bien connu, ce sont surtout les films, les réalisateurs et les interprètes des films qui sont connus, car le nom de William Irish ne dit presque plus grand-chose sauf à quelques vieux routiers de la littérature policière américaine de suspense. La mariée était en noir par exemple, film de François Truffaut en 1968 avec Jeanne Moreau, et La sirène du Mississipi du même François Truffaut avec Jean-Paul Belmondo, Catherine Deneuve et Michel Bouquet. Mais pour vous rafraîchir la mémoire, le mieux est peut-être de vous rendre sur un site qui lui est consacré.

Ce recueil, composé de quatre nouvelles, est presque la quintessence de son œuvre, ou plutôt de l’esprit qui anime son œuvre. Un suspense habilement ménagé avec une dose d’humour sous-jacent, et dont l’épilogue laisse parfois au lecteur le soin d’imaginer certains aspects de l’histoire. En dire trop, de la part de l’auteur, aurait effacé les parts d’angoisse et de suspense, qui imprègnent ses nouvelles.

 

La Liberté éclairant le mort (The Corpse in the Statue of Liberty – Traduction de M. B. Endrèbe) :

Accusé par sa femme de trop regarder la télévision et de boire des bières en rentrant du travail, ceci après sept mois de mariage - au lieu de se cultiver, lire par exemple, d’aller dans des musées ou autre - un jeune policier décide de visiter la statue de la Liberté. Il prend le bateau qui rejoint l’île sur laquelle est érigée la statue en compagnie de quelques passagers puis grimpe jusqu’au faite. A mi-montée, il aperçoit un homme, en surcharge corporelle, qui se repose sur un banc disposé exprès, entame une conversation, puis continue son ascension. En haut il peut découvrir New-York et l’océan, mais surtout une jeune femme inscrivant quelque chose sur le montant des vitres, comme bien des visiteurs le font. Il redescend, ne retrouve pas l’inconnu sur son banc puis interroge le liftier qui dirige l’ascenseur situé dans le socle de la statue. L’employé n’a pas vu l’inconnu aussi notre policier remonte jusqu’au banc pour découvrir le cadavre dans une sombre anfractuosité menant au bras de la statue. Le travail d’un policier ne s’arrête jamais. C’est également un bon moyen de visiter cette statue comme si vous y étiez.

 

Entre les mots (Murder Obliquely – Traduction de M.B. Endrèbe: cette nouvelle, la plus longue du recueil, met en scène quelques personnages, dont Dwight Billings, un homme riche qui envoie un jour une nouvelle policière. Annie Ainsley, la directrice d’un périodique consacré à la publication de nouvelles policières, et son assistante, Joan, ne sont pas vraiment emballées par ce texte mais comme il faut boucler le magazine et qu’il y a une place à combler, elles le corrigent et en informent l’auteur avant de le publier. Annie est agréablement surprise lorsque ce trentenaire se présente au bureau, elle une quadragénaire qui n’a jamais eu d’amoureux dans vie. Ils font plus ample connaissance, elle se rend chez lui, un appartement luxueux qu’il a reçu en héritage, et prennent un verre ensemble. Seulement la petite amie de Dwight arrive en compagnie d’un bellâtre, et repart, après une altercation, en laissant sur place, manteau et vêtements, quasiment nue. En réalité Dwight est toujours marié et Annie se trouve entre deux feux. Une étude psychologique sur deux personnages, Dwight et Annie, qui à l’évidence s’aiment mais ne peuvent conclure. C’est également une leçon d’écriture destinée aux lecteurs qui se piqueraient de rédiger des nouvelles.

 

Le mari de Miss Alexander (Murder Obliquely – Traduction M.B. Endrèbe) : Vétéran de la dernière guerre, ayant perdu une main dans un combat, Blaine Chandler attend le retour de sa femme, chez lui seul, non, pas seul puisqu’il est en compagnie de son chien. Elle n’a pas déserté le foyer conjugal miss Alexander, mais elle fréquente les tournages cinématographiques. Elle est devenue une vedette fort demandée et souvent les correspondants au téléphone ont la mauvaise habitude d’oublier son nom de Chandler, pourtant connu en littérature, au profit de celui de sa femme. Sa main manquante est un handicap qui le gêne dans certaines démarches même s’il parvient sans difficulté, ou presque, à allumer ses cigarettes avec une allumette d’une seule main. Mais le tournage d’un film est parfois dangereux et il apprend que sa femme vient d’être victime de brûlures. Elle n’est pas décédée, heureusement, mais il en résultera toutefois quelques conséquences.

 

Pour acquit (I.O.U.- 1938. Traduction de G. Sollacaro) : Jeune inspecteur de police, Clinton regagne sa demeure là-haut sur la colline, à bord de son antique véhicule. Sa délicieuse femme et sa non moins délicieuse fille de sept ans l’attendent et ils doivent aller cinéma. La gamine s’engouffre dans le véhicule alors que Clinton et sa femme finissent de se préparer. Hélas, le frein à main a peut-être été mal mis ou la gamine a joué avec, le véhicule commence à descendre la rue. Clinton a beau courir, il ne peut empêcher sa voiture de basculer par-dessus le parapet et tomber dans la rivière. N’écoutant que son courage, Clinton se jette à l’eau, oubliant qu’il ne sait pas nager. Heureusement, un automobiliste passant par là sauve d’abord le père, puis la fille. Tout est bien qui finit bien. L’inconnu repart sans attendre de remerciements. Cinq ans plus tard, il demandera à Clinton de faire un geste en sa faveur, accusé qu’il est de meurtres. Un cas de conscience se présentera alors à Clinton.

 

Quatre nouvelles d’inspiration différente mais qui mettent en avant tout le talent de William Irish, et jouent sur le côté psychologique des personnages.

 

William IRISH : La Liberté éclairant le mort. Recueil de nouvelles. Collection Un Mystère N°419. Editions Presses de la Cité. Parution 26 juin 1958. 192 pages.

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13 mars 2019 3 13 /03 /mars /2019 05:57

Attention aux éclaboussures !

William P. McGIVERN : La nuit de l’égorgeur

Le lieutenant Tonnelli, de la police de New-York a une hantise : le 15 octobre. Date fatidique qui s’approche à pas de géant. 15 octobre. Depuis quatre ans, un 15 octobre, une jeune fille est assassinée, égorgée. Aucune piste ne permet de cibler l’Egorgeur malgré toutes les recherches effectuées, soit à partir d’archives de la police, soit de documents de presse. Rien. Et le 15 octobre qui arrive inexorablement. Une autre jeune fille est probablement en danger, mais l’Egorgeur ne doit à aucun prix accomplir son forfait.

Pendant ce temps dans un immeuble banal dont les fenêtres donnent sur Central Park, se déroule un drame familial. Luther Boyd est un militaire en retraite qui aime à se retremper dans cette atmosphère si particulière des casernes et des camps d’entrainement. Lubie ou besoin que n'apprécie pas particulièrement sa femme Barbara. Ce qui est l’une des causes de leur séparation. Entre eux deux, Kate fillette de onze ans qui se raccroche à ses parents et dont la maturité précoce lui fait comprendre bien trop de choses.

Kate possède un petit chien qu’elle promène en début de soirée, avec interdiction formelle de traverser la rue. Kate est une petite fille obéissante nais il existe dans la vie des impondérables et inexorablement le plus obéissant des enfants déroge toujours à cette règle de conduite.

En cette fin d'après-midi, un chaton et une dame chargée de bagages feront que Kate se retrouvera seule dans Central Park. Seule, pas tout à fait, puisque l’Egorgeur est là, prêt à bondir sur sa proie.

Aussitôt la disparition de Kate signalée, son père puis la police dirigée par Tonnelli, vont, séparément ou main dans la main, selon les circonstances, vont effectuer des recherches qui au fil des heures semblent de plus en plus hypothétiques.

 

Après une mise en place un peu laborieuse de tous les éléments et les acteurs de ce drame, William P. McGivern nous entraine dans une chasse à l’homme frénétique, haletante, menée tambour battant. L’épilogue reste constamment incertain.

Dans ce roman efficace une place prépondérante est accordée au lieu : Central Park. Central Park qui depuis quelques années devient le lieu de prédilection de bon nombre d’écrivains.

La personnalité de l’Egorgeur, ses particularités physiques, ne sont pas rappeler le personnage frustre de Steinbeck dans son roman Des souris et des hommes. Comme Lennie, l’Egorgeur fait pitié mais ce n’est pas pour autant que ses gestes sont excusables.

Réédition dans le volume Paniques, les thrillers des années 80. Editions Omnibus.

Réédition dans le volume Paniques, les thrillers des années 80. Editions Omnibus.

William P. McGIVERN : La nuit de l’égorgeur (Night of the juggler – traduction de France-Marie Watkins). Collection J’ai Lu Thriller N°6005. Editions J’ai Lu. Parution le 21 décembre 1987. 256 pages.

ISBN : 2277060054

Première édition : Collection Paniques. Editions Presses de la Cité. 1984.

Réédition dans le volume Paniques, les thrillers des années 80. Editions Omnibus.

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12 mars 2019 2 12 /03 /mars /2019 05:15

Un graffiti original !

Xavier-Marie BONNOT : La première empreinte.

Michel De Palma, commandant au SRPJ de Marseille, surnommé Baron par ses amis et ses collègues, réputé comme un policier sérieux et efficace, se voit confier une enquête sur le décès d’une préhistorienne retrouvée noyée dans la calanque de Sugiton.

Le fils d’un ancien chimiste de morphine, reconverti comme limonadier est lui aussi découvert noyé, un accident semble-t-il, au même endroit. Cette calanque de Sugiton recèle, par 38 mètres de profondeur, une grotte préhistorique dans laquelle ont été découvertes des reproductions de bisons et autres animaux, ainsi que celles de mains en négatif ou l’effigie sommaire de l’homme tué, sensée représenter l’image du premier meurtre de l’histoire.

Une main en négatif, comme celle retrouvée auprès de corps de jeunes femmes assassinées apparemment sans raison. Pourtant il existe un lien entre ces meurtres, un lien ténu que De Palma rembobine avec obstination, comme un fil d’Ariane fragile et prêt à casser à tout moment. Mais le policier, féru de musique classique et principalement d’opéra, est têtu et même s’il traîne derrière lui un boulet, cela ne l’empêche pas de persévérer, contre vents et marées.

 

Malgré quelques longueurs, La première empreinte de Xavier–Marie Bonnot est un roman remarquable autant par l’écriture que par la maîtrise du sujet, son sens du détail précis et minutieux (trop peut-être) et par le décor, lieux magiques chargés d’histoire. Il faut signaler aussi que ce livre, lors de sa première parution, possédait un glossaire, parfois superfétatoire, et était expurgé d’un exotisme marseillais qui alors faisait florès.

Première édition : Spéciales 6 Editions L’écailler du Sud. Parution 2002.

Première édition : Spéciales 6 Editions L’écailler du Sud. Parution 2002.

Réédition Pocket Thriller N°13206. Parution 31 Aout 2007. 472 pages

Réédition Pocket Thriller N°13206. Parution 31 Aout 2007. 472 pages

Xavier-Marie BONNOT : La première empreinte. Réédition Editions Belfond. Parution le 7 mars 2019. 400 pages. 12,00€.

ISBN : 9782714481276

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24 février 2019 7 24 /02 /février /2019 05:46

Mais bon pied, bon œil ?

Gilbert GALLERNE : Mauvaise main.

Il suffit de traverser la rue pour trouver du travail, qu’il a dit, l’homme aux piques plus nocives que le frelon asiatique.

Alors Eric, informaticien au chômage, et sa femme Elise, employée dans une boutique de chaussures, renvoyée par son patron parce qu’elle est enceinte, peut-être n’avait-il pas trouvé chaussure à son pied, ont décidé de quitter Annecy pour se rendre dans les Vosges. Mais retrouver sa famille vingt ans après l'avoir quittée, pour Eric c'est comme un espoir de repartir d'un bon pied à défaut d'une bonne main.

Suite à un accident à l’âge de cinq ans à la scierie familiale, il avait été envoyé chez une tante qui l’avait élevé et servait également de famille d’accueil. C’est là qu’il a rencontré Elise, une enfant de la DASS. Vingt-cinq ans, une prothèse à la place d'une main perdue dans un accident, Eric n’a guère de débouché et c’est pourquoi il revient dans ce coin des Vosges, près de Saint-Dié, perdu dans la nature et la scierie ne tourne qu'au ralenti.

Il retrouve la tribu avec appréhension. Et il faut avouer qu'il arrive un peu comme un chien dans un jeu de quilles. Eléonore, sa mère lui affirme qu'il a fait un mauvais choix en revenant, mais de toute façon s'il ne l'a pas vue depuis l'âge de ses cinq ans et son accident à la scierie, c'est un peu sa faute.

Eléonore, c’est la matriarche mais elle n’a pas réussi à dresser Léo, le lion, son frère aîné, dix ans de plus que lui, marié avec Rose-Marie et père de quatre enfants dont Bernard, qui est un peu le chef de bande des gamins. Michel, son autre frère, fait ce que Léo commande. C'est un être frustre marié avec Annabelle, et ils ont trois gamins dont Ludovic et Solange. Enfin Marcel, son oncle qui ne sait pas parler. Il couine, il glapit, il végète et est considéré comme le simplet de la famille. Pourtant il en aurait des choses à dire, Marcel, qui s'accroche comme un pantin à la grille d'entrée, pour voir au-delà, mais rien ni personne ne passe.

Léo s'érige en maître incontesté de la scierie. Il décide pour tout le monde, impose sa loi et éventuellement exerce le droit de cuissage. Comme les tyranneaux du temps jadis. A croire que le temps s'est arrêté à la scierie. D'ailleurs la scie ne tourne plus guère, juste pour faire du bruit. Pourtant la famille ne manque de rien, et Léo possède même une Peugeot 607 qu'il remise dans l'un des bâtiments. Parfois ils sortent ensemble le soir, Michel et lui, pour aller Dieu, ou le Diable, sait où. Eric se rend à Saint-Dié, effectue une petite visite à madame Paule Emploi, il rédige des CV, des lettres, mais rien n'y fait, il ne reçoit aucune proposition d'emploi.

L'ambiance dans la scierie est lourde, délétère, et Elise souhaite repartir, mais sans argent comment survivre. Et puis l'enfant frappe à la porte et c'est Eléonore qui procède à l'accouchement, comme pour les autres femmes de la famille. Heureusement Elise trouve en Annabelle une complice ainsi qu'avec Ludovic. Mais Annabelle possède elle aussi un fil à la patte. Quant à Ludovic, contrairement à son cousin Bernard, c'est un enfant calme, qui aime lire, souhaite pourvoir prolonger ses études. Léo l'oblige à manquer parfois l'école, pour aider à la scierie, mais il se demande bien pourquoi, car il n'y a que peu de travail. C'est le dédain et la jalousie qui guident Léo.

Chaque famille possède son habitation, en bois, et les dépendances se dressent tout autour d'une cour centrale, donnant l'impression d'un village de western. Afin de justifier son appartenance à la famille Eric est sollicité, avec autorité, par Léo à participer à une des virées nocturnes. Le côté obscur des rentrées financières.

 

Le lecteur entre de plain pied dans une ambiance qui ne sera pas sans lui rappeler quelques romans de Pierre Pelot. Le décor, les forêts vosgiennes, un lieu quasi abandonné en pleine nature; les personnages, des hommes âpres, durs, avec un chef de famille qui s'érige en dictateur sans scrupule, imposant sa loi par tous les moyens, une véritable brute qui aime broyer ceux qui sont sous sa coupe. On pourrait également évoquer Jim Thompson dans certains de ses romans âpres et durs.

Mais peu à peu, l'histoire bifurque, et le lecteur se lance sur la route, à pleine vitesse, s'arrête à une aire de parking et assiste à des actes illégaux. Puis c'est le début d'une lente décomposition familiale qui explose dans un cataclysme que l'on pouvait pressentir tout en le redoutant. Pourtant un jour à Saint-Dié, une sorcière l'avait lu dans les lignes de la main d'Elise, mais peut-on croire une vieille femme un peu folle.

Véritable roman noir, violent parfois, qui malgré la nature environnante ne joue pas dans le thème bucolique (ce serait plutôt Bu, alcoolique) Mauvaise main conte l'histoire d'un homme qui abandonné recherche avec espoir une famille à laquelle se raccrocher. Si au départ on apprend pourquoi il possède une prothèse plastique, les conditions dans lesquelles il a perdu sa main sont peu à peu dévoilées, même si au cours du prologue certains éléments sont mis en place.

Un roman qui s'articule autour de la famille, l'explore, la dissèque, l'analyse, les parts d'ombres étant mises au jour avec subtilité et sans concession. Pourtant il existe quelques scènes où l'humour se fraie une petite place, mais un humour pathétique comme la scène au cours de laquelle Marcel, qui ne se lave jamais, est nettoyé à l'aide d'un jet d'eau dans la cour devant la tribu réunie.

Gilbert GALLERNE : Mauvaise main. Collection Polar. Editions French Pulp. Parution le 10 janvier 2019. 272 pages. 18,00€.

ISBN : 979-1025104613

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13 février 2019 3 13 /02 /février /2019 05:47

Hommage à Georges Simenon né officiellement le 12 février 1903 à cause d’une mère superstitieuse !

Georges SIMENON : Le château des Sables Rouges.

Dans les environs de Delfzijl, en Hollande, s’érige une sorte de château, un manoir mystérieux entouré de canaux qui servent de douves.

Deux savants, l’un britannique, l’autre français, ont disparu dans des conditions énigmatiques. L’inspecteur Sancette, qui doit son nom à son numéro de poste téléphonique à la Préfecture de Police de Paris où il est employé au Deuxième bureau, est envoyé dans le hameau de Roodezand (les sables rouges) afin d’enquêter et dénouer l’affaire.

Dans l’auberge, l’une des trois maisons du hameau, où il prend pension, Sancette retrouve Mower de l’Intelligence Service, lui aussi dépêché sur place.

Nous sommes en janvier 1929 et la neige recouvre tout, gelant les eaux des canaux. Sancette possède sa méthode d’investigation qui diffère de celle de Mower. Peu importe pourvu que le résultat soit au bout du compte.

Le soir, alors qu’il se promène près des canaux afin de s’imprégner des lieux et de l’atmosphère, Sancette aperçoit une jeune fille arrivant en voiture et dérapant dans un trou d’eau. Il lui sauve la vie et elle l’invite à entrer dans le manoir. Elle pense que Sancette est venu donner une conférence, comme ses prédécesseurs.

Son père, le comte Van Dijkstra, est installé dans le salon. C’est un homme mutique, comparable à une statue de cire lisant un ouvrage ancien. Il ne possède qu’un vieux serviteur pour assurer le service. Sancette est tout étonné, mais il ne peut refuser, lorsque proposition lui est faite de s’installer au manoir.

Il va passer une drôle de nuit. Enfin, drôle n’est pas le qualificatif exact car Sancette va surtout vivre une nuit éprouvante. Il aperçoit des hommes arrivant au manoir, puis il décide de visiter les lieux. Dans une salle située dans les caves, il assiste à une réunion de ces individus chantant des psaumes et lisant l’Apocalypse. Mais il n’en sait pas plus car il est assommé.

 

Ce roman, écrit juste avant Pietr le Letton, ne sera publié qu’en 1933, pourtant Georges Simenon tenait beaucoup à cette histoire, au point qu’il pensait l’éditer sous son patronyme. Mais le succès de Pietr le Letton, et par voie de conséquence de Maigret, ont fait que l’inspecteur Sancette n’aura pas connu la renommée littéraire auquel l’auteur pouvait prétendre.

Mais il existe de nombreuses analogies entre Sancette et Simenon. L’ambiance, l’atmosphère qui sont décrits dans cet ouvrage font penser à un seul et même personnage. De même que les réactions des deux hommes, qui sous l’emprise de la boisson mais sans vouloir se l’avouer, ruminent dans un brouillard enfiévré, les sens perturbés et les pensées évanescentes.

Il traversa une fois de plus le canal gelé, et il glissa, s’étala sur le dos, les jambes en l’air, ce qui le mortifia d’autant plus qu’il ne voulut pas s’avouer que l’alcool était cause de sa maladresse.

Il règne sur cette intrigue une aura de mystère proche du fantastique.

Il n’y a que le premier pas dans le domaine de l’invraisemblance qui coûte. Ce pas fait, il n’existe plus de frontières nettes entre le réel et l’irréel.

Confiné durant des décennies dans une petite collection populaire, Le Château des sables rouges ne connut pas de rééditions avant l’exhumation suggérée par Georges Simenon à Francis Lacassin qui désirait rééditer les premiers Maigret, avant la naissance officielle de celui-ci. Et c’est ainsi que les lecteurs purent redécouvrir outre ce roman, Train de nuit, La jeune fille aux perles, La femme rousse et La maison de l’inquiétude.

Francis Lacassin, dans sa préface, explique mieux que je pourrais le faire, les avatars de ce roman et ses à-côtés.

Première édition : Publié sous le pseudonyme de Georges Sim. Collection Criminels et Policiers. Nouvelle série. N°6. Editions Tallandier. Parution juillet 1933.

Première édition : Publié sous le pseudonyme de Georges Sim. Collection Criminels et Policiers. Nouvelle série. N°6. Editions Tallandier. Parution juillet 1933.

Georges SIMENON : Le château des Sables Rouges. Collection La Seconde Chance. Editions Julliard. Parution avril 1991. 178 pages.

ISBN : 978-2260008071

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9 février 2019 6 09 /02 /février /2019 05:56

A la recherche d’une grand-mère perdue…

Karine LEBERT : Pour l’amour de Lauren

Continuant ses recherches sur sa grand-mère originaire de Normandie, Gemma s’est installée près de Honfleur.

Elle a appris incidemment l’existence de Philippine par sa mère Lauren qui juste avant son décès trois mois auparavant avait découvert une photo cachée dans un vêtement d’enfant. Lauren elle-même ne connaissait pas sa mère Philippine dont on lui avait toujours tu le destin. Il est vrai qu’elle était toute jeunette lorsque Philippine était décédée en Normandie, à Barfleur.

C’est en remontant le passé que Gemma s’était lancée sur les traces de sa grand-mère maternelle mariée à un soldat américain dont elle avait fait la connaissance dans le camp Philip Morris à Gonfreville-l’Orcher, près du Havre. Un camp cigarettes comme étaient surnommés ces terrains militaires américains dans lesquels travaillaient quelques normands. Et le destin avait voulu que Philippine s’éprit d’Ethan et qu’elle devint une war bride. Une épouse de guerre.

Gemma a eu bien du mal à retrouver la famille Lemonnier, dont son oncle et ses cousins sis à Pont-l’Evêque. Car Philippine avait été en quelque sorte bannie par sa famille à cause de sa décision de se marier avec un soldat américain, puis de le suivre dans son pays natal alors que l’un des leurs a été tué par un G.I. dans des circonstances mal définies.

Gemma a décidé, parallèlement à sa quête, de s’installer à Honfleur et d’y ouvrir une boutique. Elle s’est fait quelques amis et est tombée amoureuse de ce coin de terre dont sa grand-mère était originaire. Elle rencontre quelques anciennes war bride qui, tout comme Philippine, étaient parties aux USA mais dont le destin, pour des raisons diverses, fut contrarié. C’est ainsi qu’elle parcourt la Normandie, se rendant à Etretat, à Bayeux ou encore à Barfleur.

Mais elle se rend également en Louisiane, à La Nouvelle-Orléans, où vit encore une partie de la famille d’Ethan, son grand-père. Elle tient à découvrir pourquoi on lui a toujours caché cette existence, et surtout le fait qu’Ethan serait retourné en Normandie sur les pas de Philippine, au début des années 1950, et pourquoi la figure de Philippine a toujours été occultée auprès de Lauren. Il ne faut pas retourner le passé comme l’on retourne la terre fertile, mais les secrets sont bien enfouis, comme honteux.

 

S’intercale dans ce récit, celui de Philippine, rédigé à la première personne tel un journal, narrant son arrivée à New-York puis les désillusions et les déceptions enregistrées par la jeune war bride.

Désillusion d’abord car la maison familiale d’Ethan ou vivent parents, frères, cousins, ne correspond pas à la photo qu’il lui avait montrée. Au lieu de dépendances, il s’agit d’une immense demeure coloniale mal entretenue. Car les affaires ont peu à peu périclité. Philippine participe à la vie de la communauté, et après avoir cueilli les pommes en Normandie, elle cueille le coton. Une activité qui lui semble plus pénible.

Le caractère d’Ethan évolue et il ne s’empresse plus auprès de sa jeune femme. Il se met à boire et le soir se rend dans des bars au Carré Français ou ailleurs. Une dipsomanie qui n’est pas seulement due à la chaleur moite, étouffante de la Louisiane, chaleur à laquelle Philippine a du mal à s’habituer. La naissance de Lauren, un bébé auquel il prodigue sa tendresse, n’améliore guère son caractère vindicatif et acrimonieux. De plus, tout autant lui que les membres de sa famille se montrent racistes, ce qui ne convient guère à Philippine. Philippine garde des contacts épistolaires avec ses anciennes compagnes de voyage mais les lettres qu’elle poste à l’intention de ses proches en Normandie restent sans réponse.

 

Un double récit donc dans ce roman, celui d’une quête et celui de la découverte de l’Amérique des années d’après guerre. Pour Philippine c’est le rêve américain qui se précise, lorsqu’à New-York elle a peur de monter dans un ascenseur, et qu’elle découvre ces immenses constructions appelées gratte-ciels. Mais c’est un rêve américain qui s’effiloche au contact de sa belle-famille.

Avec ce roman double, Karine Lebert reconstitue la saga d’une famille éclatée pour de multiples raisons dont la principale n’est précisée qu’à la fin. Pour Gemma, c’est le départ d’une vie nouvelle, sur les terres de son ancêtre, son désir de s’installer, malgré les objurgations de son père, riche industriel, et de son intention de lui couper les vivres si elle n’obtempère pas.

Deux destins de femmes, deux femmes qui réagissent différemment dans des époques perturbées ou dans des lieux dont elles n’ont pas l’habitude, qu’elles ne connaissent pas et découvrent petit à petit, avec les aléas qui se dressent devant elles.

Philippine tend à se démarquer de sa famille, à se montrer une jeune fille puis une jeune femme aspirant à la liberté, mais contrainte par son statut de sexe féminin à se plier à l’homme, le maître de maison. Gemma est une jeune femme moderne, qui au contraire refuse la domination patriarcale et n’en fait qu’à sa guise. Presque.

Mais toutes deux sont volontaires, tenaces, pugnaces comme bien des femmes confrontées à un destin frondeur. Karine Lebert nous brosse deux beaux portraits de femmes fortes, mais elle évoque également le destin des celles qui ont connu bien des déceptions, transportées dans un pays dont elles découvraient les us et coutumes auxquels elles n’étaient pas préparées, une épopée méconnue mais poignante. Et c’est avec tendresse et émotion qu’elle nous invite à partager ces destins qui furent hors du commun.

 

Ce sont toujours les riches qui se plaignent le plus.

Karine LEBERT : Pour l’amour de Lauren. Les amants de l’été Tome 2. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution le 17 janvier 2019. 416 pages. 20,50€.

ISBN : 978-2258161955

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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