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15 juin 2019 6 15 /06 /juin /2019 04:47

Et si le passé était devant soi ?

Mildred DAVIS : Passé décomposé

A la suite d’un incendie qui a ravagé un théâtre au cours d’une représentation, Jane Walcutt est soignée dans une clinique située à l’écart de la ville.

Elle vit dans un fauteuil roulant ayant perdu l’usage de ses jambes. Mais, plus grave, elle est devenue amnésique. Sa mémoire s’effiloche. Elle tente bien d’attraper quelques brins mais ceux-ci se dissolvent rapidement, lui glissent entre les doigts comme de la fumée.

Le docteur se montre bon et compréhensif avec elle, tout comme Zee, son infirmière.

Mais une impression diffuse de peur s’installe en elle. Peut-être parce que les autres patients relèvent plus de l’asile psychiatrique que de la maison de repos, de la maison de santé où elle est soignée.

Jane cherche à comprendre, à recomposer ce passé qui s’effrite dans sa mémoire. La visite de son fiancé ne lui fait pas battre le cœur. Elle ne ressent aucune sensation agréable à son contact. De même la présence de son tuteur n’arrive pas à éveiller en elle la moindre joie, à faire vibrer la moindre parcelle de sa mémoire en grève.

Pourtant un visiteur, dont les gestes et les paroles contredisent son apparence de bourgeois riche, ce visiteur laisse planer une menace. Elle ne doit pas recouvrer la mémoire. Elle a oublié certaines choses, certains événements ? Qu’elle ne tente surtout pas de les faire resurgir, cela pourrait lui coûter cher.

Jane sent pourtant qu’elle détient un secret, lié soit à l’incendie du théâtre soit à d’autres événements qui défrayent la chronique.

Zee, l’infirmière qui s’occupait d’elle, l’abandonne et sa remplaçante est toujours là, à la surveiller, à épier ses moindres faits et gestes, ses moindres conversations.

 

Thèmes récurrents dans l’œuvre de Mildred Davis, l’atmosphère qui peu à peu se tend, le danger multiforme, la menace imprécise mais réelle, atteignent un paroxysme poignant dans Passé décomposé.

L’héroïne est confrontée à deux périls : l’un physique clairement exposé par l’inconnu, l’autre plus moral et mental. Elle est amnésique, certes, mais quel secret renferme sa mémoire et celle-ci est-elle à jamais évanouie ?

Mildred Davis, dans ce roman qui date de 1967 et n’est pas à proprement parler d’un roman policier, sait une fois de plus faire monter la tension autour de ses personnages.

L’angoisse qui étreint Jane, Mildred Davis sait nous la faire partager jusqu’au dénouement qui, comme dans la plupart de ses œuvres et plus particulièrement dans Trois minutes avant minuit, se déroule en un crescendo cauchemardesque.

 

Réédition Rivages/Mystère. Parution le 1er septembre 1995. 206 pages.

Réédition Rivages/Mystère. Parution le 1er septembre 1995. 206 pages.

Mildred DAVIS : Passé décomposé (Walk into Yesterday – 1966/1967. Traduction de Gérard de Chergé). Editions du Terrain Vague. Parution juin 1991. 208 pages.

ISBN : 2852081423

Réédition Rivages/Mystère. Parution le 1er septembre 1995. 206 pages.

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14 juin 2019 5 14 /06 /juin /2019 04:42

Que deviennent les héros de nos lectures juvéniles ?

Michel PAGEL : Le Club.

Comme nous ils vieillissent, et subissent les tracasseries inhérentes aux adultes. Finis les moments d'insouciance, finies les aventures et les découvertes, la joie de se retrouver lors des vacances.

Trente ou quarante ans après avoir vécu des épisodes palpitants, surtout pour les lecteurs, François revient à Kernach, deux jours avant Noël. Il pensait que sa cousine Claude serait à l'attendre à la gare, mais ayant eu un empêchement elle a délégué comme chauffeur Dominique. François ne va pas tarder à l'apprendre, Dominique est l'amie de cœur et de lit de Claude, qu'elle appelle Claudine. Les temps changent. Cécile la mère de Claude est toujours vivante, mais ne quitte pas son fauteuil roulant. L'âge est passé par là. Et la tête n'est plus ce qu'elle était.

Ils doivent tous se retrouver dans la villa des Mouettes, cette bâtisse où ils ont passé leurs vacances. Tous ? Non, Dagobert est mort, bien évidemment. Il a terminé sa vie de chien, le fidèle canin qui a participé à leurs aventures.

François est devenu commissaire de police, est resté célibataire, et peut-être même qu'il n'a jamais connu de femmes. Sous des dehors d'homme sûr de lui, il a gardé des appréhensions enfantines envers les personnes du sexe, de l'autre sexe. Pas pour autant qu'il s'est tourné vers les hommes. Ce serait plutôt un misanthrope.

Débarquent Pilou et sa jeune compagne Mélodie. Pilou, Pierre-Louis pour l'état-civil, qui est une pièce rapportée n'étant pas de la famille mais a partagé quelques-unes des aventures des quatre cousins. Pilou dont les conquêtes sont de plus en plus jeunes.

Annie et sa fille Marie arrivent elles aussi dans un véhicule déglingué en provenance du Cantal où elles vivent depuis une dizaine d'années. Le parcours d'Annie est chaotique. Marie est le fruit du troisième mari d'Annie, qu'elle n'a pratiquement pas connu. Comme les deux précédents, il a quitté Annie et depuis celle-ci vivote d'expédients, d'alcool et de cachets contre la déprime permanente qu'elle traîne comme un boulet. D'ailleurs Annie aussi elle traîne Marie comme un boulet et la gamine se ramasse les torgnoles comme grêlons lors d'un orage.

Seuls Mick et Jo arriveront un peu plus tard. Ils vivent au Canada, mais promis ils seront là pour Noël. Mick, le quatrième de la bande, le frère de François et d'Annie. Jo, la Gitane, une rapportée elle aussi et que François n'apprécie pas du tout. Son côté misogyne.

Faut dire que depuis le cataclysme, du moins cet événement considéré comme un immense et brutal bouleversement dans leur vie, les relations ne sont plus les mêmes entre les quatre anciens gamins devenus adultes. Chacun a fait sa vie, comme il a pu, pourtant restent les souvenirs.

Claude a parfois des absences, ou plutôt elle se sent projetée ailleurs, sur une plage du Dorset, se trouvant en présence d'un chien et d'enfants qui rappellent étrangement les gamins qu'ils furent il y a fort longtemps.

La neige commence à tomber et le lendemain les cousins et amis ne peuvent sortir de la villa. La neige bloque tout. Cécile, la mère, est retrouvée morte. Elle porte d'étranges traces qui laissent à penser qu'elle a été assassinée. Pourtant aucune trace de pas n'est visible dans cet épais manteau blanc.

Un véritable huis-clos étouffant, malgré la froideur de la température extérieure, englue les habitants de la demeure. D'autres morts ponctueront cette journée et Mick n'est toujours pas présent, accompagné qu'il devrait être de Jo.

 

Lorsque les personnages de papier prennent vie, cela donne une nouvelle dimension à leurs aventures passées, mais également un éclairage sur leur nouvelle vie.

Mélodie met les pieds dans le plat au cours du repas qui suit les retrouvailles :

Quand Pierre-Louis m'a dit qui vous étiez, je ne l'ai pas cru. C'était vraiment vous, les héros de ces bouquins ? Il vous est vraiment arrivé tout ça ?

Complétant ces questions innocentes, Mélodie affirme les avoir tous lus, dans les versions cartonnées et même les suites. A quoi Annie s'insurge, niant ces derniers ouvrages qui ne furent que pures fictions. Mais les membres du Club n'aiment pas parler du passé. Claude temporise. Mélodie se demande comment ces romans ont été écrits, si ce sont eux qui ont raconté leurs aventures ou bien si leurs parents s'en sont chargés. Elle ne songe pas à s'étonner que l'auteur est un nom anglo-saxon - mais peut-être croit-elle à un pseudonyme.

Et Michel Pagel pointe du doigt l'un des aspects qu'enfants nous n'avions pas forcément soulevé, pourquoi ces traductions, publiées dans le désordre, mettaient en scène des enfants au nom français évoluant dans une région française.

Il ne s'agit pas vraiment d'une histoire de mondes parallèles, ni d'une interconnexion de deux périodes qui se rejoignent, mais d'une fiction dans la fiction, d'une fantasmagorie juvénile qui prend corps sous nos yeux, avec ce que Claude et François appellent un cataclysme survenu lors de leur jeune adolescence. Et ce cataclysme va influer sur leur adolescence et leur passage à l'âge adulte.

Et Michel Pagel, au lieu de détruire un mythe, le perpétue, offrant ce que l'on pourrait une suite à une œuvre déjà conséquente et ouvrant de nouveaux horizons.

Un ouvrage prenant qui nous ramène quelques décennies en arrière tout en le plaçant dans notre époque. Une véritable réussite écrite avec brio et maîtrise, tout en conservant la part de mystère qui plane dans l'existence de ces adultes encore gamins, perturbés par ce bouleversement, cette révolution qui nous a tous marqué.

 

Michel PAGEL : Le Club. Collection Hélios. Les Moutons électriques éditeur. Parution le 6 juin 2019. 204 pages. 8,90€.

ISBN : 978-2361835620

Première édition : Collection Bibliothèque voltaïque. Les Moutons Electriques éditions. Parution 4 mars 2016. 160 pages. 15,00 €.

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13 juin 2019 4 13 /06 /juin /2019 04:45

Avec l’âge, les raideurs se déplacent…

Jérôme ZOLMA : Papy blues.

Il en est bien conscient Gaspard, pensionnaire depuis quelques semaines de la maison de retraite Foyer du Roussillon, nommée également Maison de l’Avenir, non loin de Collioure.

Plusieurs causes à cette décision que l’on ne prend souvent que poussé à l’extrême en attendant une place libre au cimetière local. D’abord il vit seul depuis longtemps, sa femme ayant déclaré forfait par maladie. Et puis l’arthrose, c’est pas rose, et un genou en capilotade, pour passer les vitesses, ce n’est pas l’idéal. Cela grince de partout, surtout le genou. Enfin, comme son ami Charly, depuis près de soixante-dix ans, connu sur les bancs de l’école secondaire voire tertiaire, avec lequel il a commis de sacrées parties de rigolade quand ils étaient jeunes, lui a fait un signe, il s’est résolu à le rejoindre.

Alors à quatre-vingt-six balais déplumés, Gaspard s’est résolu à rejoindre le mouroir. Au moins il peut parler du bon temps avec Charly dont les enfants sont dispersés, comme ceux de Gaspard. Et encore, ils n’ont pas à se plaindre, car dans le pavillon voisin, ce sont les perturbés de la comprenette qui y sont logés. Eux ça va côté neurones.

Il a fallu à Gaspard le temps de s’habituer à sa nouvelle résidence, heureusement Charly est là et la défection inopinée d’une résidente lui permet de s’assoir pour les repas à la même table que son copain. Car se faire de nouvelles connaissances n’est pas aisé. Gaspard fait ainsi la connaissance de sa nouvelle voisine de réfectoire. Hélène ! Elle est belle Hélène, et elle ne le prend pas pour une poire. Et comme elle est amie avec Charly, les présentations sont vite faites.

Ils se trouvent des affinités et passent de plus en plus de temps ensembles. Elle est plus jeune Hélène et le temps ne semble pas avoir de prise sur son physique, ni sur son caractère. Donc les deux nouveaux amoureux s’isolent souvent sur un banc, parlant de ci et de ça, de tout et de rien, s’attirant les regards jaloux des autres pensionnaires ou amusés des employés.

Et puis un matin, Gaspard est alerté par l’affairement des soignants et la présence de quelques flics et du capitaine de gendarmerie, Stanislas Wokcjak. A son grand émoi il apprend qu’Hélène a été assassinée durant la nuit, d’une balle de revolver. Ses bijoux et l’argent liquide qu’elle possédait ont été dérobés. L’intrus a grimpé jusqu’à sa chambre par l’extérieur. Son dernier amour est parti et Gaspard ressent plus qu’un vide. Un gouffre sentimental qu’il va essayer de combler en tentant, avec l’aide de Charly, de retrouver le coupable, et lui faire subir la vengeance du talion.

Les deux amis, malgré la présence du capitaine de gendarmerie et ses mises en garde, se mettent en chasse comme deux vieux épagneuls catalans. Au début ils pensent que le personnel, du moins un des membres, pourrait être le coupable, puis leur enquête va diverger tout en livrant au capitaine de gendarmerie des éléments d’informations qui leur semblent capitaux mais sans plus. D’autant que d’autres personnes dites du troisième âge, les seniors selon les bien-pensants, les vétérans à mon avis, sont trucidées de la même façon mais pas avec la même arme.

 

Dans un contexte policier, Jérôme Zolma s’attache à visiter une maison de retraite pour personnes encore à peu près valides physiquement et possédant toute leur tête, presque. Car quelques dérapages peuvent exister, et dans ce cas, c’est direction le pavillon voisin, où survivent les rescapés d’Alzheimer et de Parkinson réunis. Pas pour longtemps.

Alors la description de ce milieu, que nous sommes tous plus ou moins susceptibles d’intégrer, sauf si un membre de la famille daigne s’occuper de leurs ascendants décrépits, cette description n’est pas trop rébarbative. Car il faut savoir rendre hommage au personnel soignant, la plupart du temps notre ire devant se porter sur les responsables, les actionnaires et les contrôleurs de gestion, les responsables du personnel, qui font tout pour réduire au maximum les frais.

Ceci nonobstant, et en attendant de se déplacer à trois pattes, voire quatre quand les rhumatismes et l’arthrose nous démantibulent la carcasse et qu’il n’y a pas encore de Décryp’Oil efficace pour résorber la rouille des articulations, c’est ce côté émouvant qui suinte de ce roman lequel pourrait être un roman d’amour si les dégâts des os ne passait pas par là.

Si, en fin de compte et de conte, il s’agit bien d’un roman d’amour et d’amitié, que ce Papy Blues, ce rapprochement, plus ou moins charnel, qui enjolive les derniers jours, allez, ne soyons pas pessimistes, les dernières années, de ceux qui ne peuvent plus que regarder derrière eux, l’avenir étant bouché, mais espèrent quand même. Et c’est bien par amour que Gaspard va tenter de résoudre ce meurtre, avec ses faux pas et sa canne, ses tergiversations, ses fourvoiements, ses supputations plus ou moins farfelues surtout lorsqu’il s’agit de mener l’enquêteur accrédité par l’Etat dans des impasses.

Mais émergent de temps à autre quelques traits d’humour, noir je le concède, mais quand même, cela fait du bien et déride. Un sujet délicat traité avec pudeur.

 

Les humains sont généralement en vie jusqu’à leur décès.

Quand on envoie la force publique pour virer des ouvriers et qu’on se fait matraquer par des nazillons en uniforme bleu, ça n’aide pas à créer des amitiés.

Jérôme ZOLMA : Papy blues. Collection Noir austral. Editions TDO. Parution le 8 février 2019. 284 pages. 15,00€.

ISBN : 978-2366522693

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12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 04:57

Miroir, mon beau miroir…

Michael McDOWELL : Toplin

Le héros narrateur oscille entre la schizophrénie et la paranoïa dans un univers trouble. Mais, à moins qu’il ne perçoive le monde dans lequel il évolue comme à travers une glace déformante, les autres protagonistes de cette histoire eux aussi ne sont pas tout à fait nets et sains d’esprit. C’est comme un univers régi par Lewis Carroll revu et corrigé.

Il ne s’agit pas de raconter la quête et l’obsession d’un être perturbé dans un monde normal, mais bien de mettre en présence plusieurs individus qui chacun vivent leurs psychoses personnelles, comme si la normalité n’existait plus.

 

Parce qu’il lui manque une épice essentielle, ou qu’il juge comme telle, pour la confection de son dîner, le narrateur est amené à prendre son repas dans un restaurant dont la serveuse est d’une laideur telle qu’il la considère comme un anachronisme. Il se sent chargé, investi d’une mission : tuer cette malheureuse.

Lui qui aspire à la perfection en toute chose, qui est d’une maniaquerie maladive, considère cet être scrofuleux comme une tare, un abcès répugnant. Il s’érige, je cite, en : Parfait spécimen de l’humanité.

Son appartement est truffé de miroirs :

J’ai des miroirs partout, de toute une gamme de taille, de toutes sortes de formes, et d’un large éventail de cadres. Les miroirs, on l’ignore en général, ont différentes textures. Je suis conscient de cette propriété des miroirs, mais elle ne m’affecte guère. Quand je regarde dans mes nombreuses glaces, elles me montrent toujours des images de ma perfection avec d’infimes altérations. Il n’y a là rien de déconcertant.

Mais ce sont des images en noir et blanc ou plus ou moins grisâtres car à la suite d’un accident, de blessures occasionnées par des sternes, il a perdu la notion des couleurs.

 

Un livre envoûtant où le fantastique cède le pas à la terreur créée par les subconscient mégalomaniaque d’un être perturbé psychiquement.

Mais ce texte peut être également lu comme une parabole, riche d’enseignements pour le lecteur, nous qui nous croyons souvent meilleurs que notre prochain, et pensons détenir la vérité en toute chose.

Cette collection éphémère n’aura connu que trois titres, me semble-t-il, et était dirigée par François Truchaud, le découvreur en France de Graham Masterton.

Michael McDOWELL : Toplin (Toplin – 1985. Traduction de Patrick Marcel). Collection Hantises. Editions Gréco. Parution novembre 1989. 192 pages.

ISBN : 2-7396-0010-0

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11 juin 2019 2 11 /06 /juin /2019 04:34

Troublez-moi ce soir…

David COULON : Trouble passager.

Auteur de deux romans, dont L’invasion des crapauds des profondeurs qui a obtenu un succès d’estime, Rémi Hutchinson galère pour écrire son troisième ouvrage.

Il a quarante ans, une femme, un fils, et avait une fille, Mélissa. Avait, car la gamine a disparu cinq ans auparavant, à la sortie de l’école, montant à bord d’une voiture bleue au lieu de prendre le car scolaire, et depuis le restant de la famille gère le quotidien tout en gardant à l’esprit cette amputation familiale.

Ils vivaient à Caucriauville, sur les hauteurs du Havre et ils ont déménagé près d’Yvetot, non loin de Rouen. Rémi essaie d’avancer sur son nouveau roman tandis que sa femme Lucie enseigne dans un lycée de la Vallée du Cailly. Et comme il faut bien préserver les apparences, Rémi accepte d’accompagner Lucie à une invitation d’année scolaire. Ce n’est pas ce que préfère Rémi, les cocktails guindés, mais bon, pour une fois, il sacrifie à ce qui ressemble à une obligation.

Au cours de cette soirée, Rémi est abordé par une des étudiantes présentes parmi l’assemblée. Et comme elle déblatère sur les profs, sur l’un d’eux principalement réputé comme le Don juan de l’établissement, elle lui propose de s’exprimer par code, comme l’un des protagonistes rédigeait des messages dans le roman L’invasion des crapauds des profondeurs. D’ailleurs elle lui demande de dédicacer l’exemplaire qu’elle possède. Au grand étonnement de Rémi, ce livre est déjà dédicacé, A Marc, ami fidèle parmi les fidèles… Rémi est troublé et Sofia, j’avais oublié de dévoiler son prénom, Sofia lui explique qu’elle l’a trouvé dans une solderie.

Seulement, Lucie les aperçoit ensemble. Pas de crise de jalousie, car depuis cinq ans le couple n’a plus de rapports charnels. Toutefois, Lucie apprend à Rémi, Hutchy pour les intimes, que Sofia n’est pas inscrite comme étudiante à son lycée. Et rentré chez lui, enfin chez eux, il découvre dans la poche de son pantalon un papier sur lequel est inscrit ce petit message : Baltimore. Sof. Yv.

Baltimore, cela ne lui dit rien, sauf une ville des Etats-Unis. Mais en compulsant son ordinateur, il tombe sur un jeu vidéo en ligne auquel il se connecte et s’inscrit sous son pseudonyme de Hutchy. Sofia lui envoie un message signant SOF.YV. 17 ans, par la boîte de conversation du jeu. Puis une sorte d’elfe placé en incrustation, qui prétend savoir ce qu’il vient chercher sur ce jeu, lui donne rendez-vous le lendemain après-midi au lieu dit La Butte au diable. Signé Monica 15 ans.

Rémi alias Hutchy vient de mettre la main et tout le reste dans un engrenage infernal, car il est capturé par les deux jeunes filles, séquestré et enchaîné. Fini la liberté. Ce qu’il ne comprend pas, c’est l’accusation qu’elles portent à son encontre, l’accusant de pédophilie.

 

Roman angoissant, troublant, Trouble passager monte progressivement en pression. La lente dégringolade d’un père qui pleure sa fille disparue dans des conditions étranges, et qui est envahi par des souvenirs de vacances campagnardes, alors qu’il entrait dans l’adolescence, près du lac de Rabodanges dans l’Orne. Et la fuite au Canada de son père, parti chercher il ne sait quoi. Et dans ses rêves la vision d’un homme muni d’un masque bleu s’introduisant dans sa tente.

Aspiré dans une spirale diabolique, Hutchi ne sait pas comment se défendre d’une telle accusation, d’autant que d’autres surprises, pas toujours réjouissantes lui sont réservées. On se souvient de quelques autres romans de séquestration, dont Le Carcan de Bill Pronzini, Mygale de Thierry Jonquet, Séquestrée de Chevy Stevens, la liste est longue, mais le propos n’est pas tout à fait pareil, même s’il s’agit d’une histoire de vengeance. Et pas question de syndrome de Stockholm pour le protagoniste principal.

Le lecteur vibre avec cet homme, cherchant la faille, car bien évidemment il existe une faille dans ce roman, dans cette histoire démoniaque. Mais David Coulon joue avec les nerfs, et lorsqu’on arrive à l’épilogue, on se dit qu’il y a une dichotomie entre le début et la fin. Et en relisant le commencement du récit, on s’aperçoit que non, que l’auteur avait jalonné son intrigue avec un déroulement implacable, pervers, féroce.

 

David COULON : Trouble passager. Collection Angoisse. Editions French Pulp. Parution le 11 avril 2019. 288 pages. 19,00€.

ISBN : 979-1025104699

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10 juin 2019 1 10 /06 /juin /2019 04:15

… Le Père et le Sain d’Esprit ?

Gaétan BRIXTEL : Le fils.

Mais son esprit à Vincent Deschamps n’est pas très sain. Souvent il prend la clé des champs, au grand désespoir de ses parents.

Son père, fatigué, mais qui dissimule son état derrière un sourire. Sa mère qui rit en crescendo, mais c’est un faux rire. Ils font comme si… Comme si tout allait bien.

Quant à Vincent, il est bipolaire. Ce qui ne veut pas dire qu’il voyage du Pôle Nord au Pôle Sud, mais que son mental est changeant, passant sans prévenir d’un état volubile à celui de mutique, de la logorrhée joyeuse au bégaiement accablé, de souriant à triste, de la souplesse de l’acrobate à la raideur de l’arthritique. Un peu comme si un jumeau négatif habitait sa tête et son corps. Et c’est trop souvent que le négatif prend le pas sur le positif.

Il vit chez lui, a bien une copine nommée Adélie, elle a les pieds sur terre Adélie, mais ça se bouscule dans sa tête. Tellement qu’il préfère revenir chez les parents, dans un havre de refuge. Il ne récupère pas sa chambre transformée en lingerie, mais celle de son frère aîné. Et il lui passe par la tête des envies de scarifications, envies qu’il ne réfrène pas. Alors il lui faut des bandages, des pansements, il extériorise ainsi ses pulsations négatives. Il se marque comme un animal promis à l’abattoir.

 

Passant du Je au Il, comme si son « héros » se dédoublait, comme si le personnage était un prolongement de lui-même, Gaétan Brixtel déroule son histoire misérabiliste qui l’emmène dans un centre de miséricorde.

Car Gaétan Brixtel est un peu le double de ses personnages, il feint de trouver un partenaire de jeu, un partenaire d’histoire à raconter, se regardant dans le miroir de la vie.

A chaque fois, on se demande s’il n’est pas le protagoniste malheureux qui veut s’émanciper d’un traumatisme et en même temps il apporte une force au récit qui serait écrit par un autre que lui.

Une nouvelle psychologique qui se mue en introspection et que l’on pourrait rapprocher, mais non comparer, à La Nausée de Sartre et à La Tête contre les murs d’Hervé Bazin.

Une nouvelle intimiste qui fouaille le dedans de nous et de notre intellect. Gaétan Brixtel doit continuer à écrire, à évacuer ses pensées, sa détresse, et, pourquoi pas, prolonger ce besoin par un roman. Mais ce n’est pas une obligation.

 

Gaétan BRIXTEL : Le fils. Collection Noire Sœur. Nouvelle numérique. Editions Ska. Parution 2 juin 2019. 30 pages. 2,99€.

ISBN : 9791023407754

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7 juin 2019 5 07 /06 /juin /2019 04:03

Une femme fait ce qu’elle veut d’un homme, quand elle le laisse commander !

Janine LE FAUCONNIER : Celle qui devait disparaître.

Détective privé en vacances près de Bayonne, Sigfried Morel part un peu précipitamment en Bretagne, réclamé par une vieille dame. S’il accepte ce déplacement, c’est parce que la comtesse Hélène de Kerennac veut l’entretenir d’un souci et qu’elle se réfère à la tante Isabelle du détective avec laquelle elle est amie.

Arrivé au manoir de Kerennac, Morel fait la connaissance de la comtesse et de ceux qui y vivent. Henry, le petit-neveu trentenaire qu’elle a élevé lorsque les parents sont décédés et sa jeune sœur Louise, Olivia la femme quadragénaire d’Henry, David, autre neveu de la comtesse dont Louise est amoureuse, Octavie, la parente pauvre qui accessoirement sert de dame de compagnie, plus quelques employées, Nelly, la jeune femme de chambre et Mathilde la cuisinière.

A quatre-vingt-deux ans, la comtesse est encore en pleine possession de ses moyens physiques et intellectuels. Seulement elle est un peu (beaucoup) directive et entend diriger la maison à sa façon. Ce qui n’a pas empêché Henry de se marier avec Olivia alors que celle-ci était devenue veuve dans des conditions troubles. Pourtant Henry était fiancé avec Isabelle de Braville, une charmante jeune fille habitant non loin, la petite protégée de la comtesse. Cette rupture inattendue n’a guère plu à la comtesse mais pour une fois Henry s’est affirmé vis-à-vis de sa parente.

 

La comtesse dévoile ce qui l’a conduite à appeler Morel à la rescousse. Elle a échappé à un accident mais pas Thérèse, la jeune fille qui lui servait de dame de compagnie. Faut préciser que le manoir est construit bizarrement et que pour passer d’une pièce à une autre il faut emprunter des couloirs et des escaliers. Or donc, selon elle, une corde avait été disposée comme un piège destiné à la faire tomber. Mais c’est Thérèse qui a bénéficié de la chute sans avoir eu le temps de demander L’ai-je bien descendu. Et depuis Thérèse se remet lentement d’une fracture du bassin.

La comtesse n’a pas voulu mêler la police à cette tentative de meurtre, il s’agit selon elle d’affaires privées, et si elle a quémandé Morel, c’est à cause de sa parenté avec sa tante, une vieille amie parisienne. Elle n’oublie pas d’ajouter qu’elle possède une preuve en exhibant la corde traîtresse.

Morel accepte d’enquêter, en attendant une nouvelle tentative qui ne manque pas de se produire, au détriment de Nelly qui en douce, le matin alors qu’elle apporte le petit-déjeuner à la comtesse dans sa chambre, ne se gêne pas pour absorber une partie du thé matinal.

 

Dans ce roman au goût christien, oui, Agatha n’est pas loin du moins spirituellement, dans ce roman donc Morel interroge tout à tour les différents protagonistes, dont le caractère est propre à chacun d’eux. Henry proche de la comtesse et l’héritier principal de la vieille dame ; David, gamin de caractère blagueur qui aime les farces et se montre cynique, sarcastique ; Louise, un peu naïve et osons le dire un peu mièvre ; Octavie, sotte, curieuse et cupide ; Olivia qui traîne derrière elle un lourd passé de possible meurtrière ; les employées de maison. Sans oublier Isabelle la fiancée déchue et peut-être déçue.

Roman christien dont l’intrigue se déroule quasiment en vase-clos, avec réunion des personnages en épilogue et un retournement de situation que n’aurait pas désavoué la Reine du crime.

Janine Le Fauconnier s’attache à l’aspect psychologique des différents protagonistes sans pour autant alourdir le récit qui se lit d’une traite. Un roman que l’on pourrait qualifier rédigé à l’ancienne mais possède un charme vénéneux certain.

 

Janine LE FAUCONNIER : Celle qui devait disparaître. Collection Le Masque Jaune N°1363. Librairie des Champs Elysées. Parution le 25 février 1975. 192 pages.

ISBN : 2702403506

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3 juin 2019 1 03 /06 /juin /2019 04:31

Un éditeur qui se prend d’amitié pour un auteur, ça existe toujours ?

Janine LE FAUCONNIER : Un tiers en trop.

Le narrateur, un éditeur, recueille un adolescent qui vient de perdre sa mère, tombée accidentellement dans un escalier, et son père qui s’est suicidé.

Il a fait la connaissance d’Eric lorsque celui-ci lui a présenté un manuscrit. L’ouvrage était mal bâti, mal ficelé, bref impubliable, mais le quadragénaire s’est épris d’amitié envers ce gamin un peu perdu.

Seulement Eric se montre peu à peu sous son vrai jour : pervers, manipulateur, faussement naïf, enjôleur. Pourtant le narrateur, malgré les conseils et mises en garde d’un de ses (très) proches amis continue à garder confiance en Eric, persuadé que le jeune homme va enfin entrer dans le droit chemin.

Plusieurs années plus tard, il couche sur le papier les faits qui se sont déroulés, et dont il fut un acteur plus ou moins consentant, essayant de démêler un imbroglio sentimental, affectif, et de comprendre ce qui lui a échappé.

Les années soixante et soixante-dix sont ainsi restituées dans une ambiance parisienne bourgeoise, apparemment tranquille, mais le ver était dans le fruit.

 

Une étude de mœurs et une introspection psychologique qui ravira ceux qui sont lassés des romans de sérial-killers, des plongées dans les banlieues en proie à la crise et des road stories répétitives.

 

Janine LE FAUCONNIER : Un tiers en trop. Editions de Fallois. Parution octobre 2000. 250 pages.

ISBN : 978-2877063951

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14 mai 2019 2 14 /05 /mai /2019 04:27

Et pourtant, il n’avait pas une dent contre elle !

Patrick S. VAST : Duo fatal.

Quinquagénaire, Geneviève vient de prendre sa décision. Elle va donner sa démission comme secrétaire médicale, profession qu’elle exerce depuis trente ans auprès de Francis Lesigne, dentiste sexagénaire exerçant à Lambersart et dont le cabinet dentaire (je précise car cabinet seul peut parfois être interprété de façon triviale) est situé dans la maison familiale. Elle va partir pour Grasse, se marier avec Norbert, lui aussi sexagénaire. Ils se sont connus par un réseau social, se sont vus durant une quinzaine de jours, et ont décidé de vivre ensemble dans le Midi de la France.

Seulement c’est un coup dur pour le dentiste qui prend le mors aux dents. Il n’accepte pas cette désaffection, et afin de la garder près d’elle, il imagine un moyen radical. La tenir captive dans l’abri antiatomique qu’avait construit son père en 1962. Abri qui depuis a été grandement amélioré, possédant toutes les commodités modernes. Seulement, ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que Geneviève doit prendre impérativement tous les soirs un médicament, son cœur flageolant.

Mais c’est qu’il y tient à Geneviève ! Alors Francis sort son ordonnancier et prescrit de sa plus belle plume illisible la panacée adéquate puis se rend dans une pharmacie. Seulement le potard ne peut lui délivrer le médicament requis pour moult raisons alors Francis se résout à demander à son ami Gérald, médecin généraliste, de lui établir une ordonnance officielle.

Norbert, l’ami de Geneviève, s’inquiète car le soir avance et elle ne rentre pas au bercail. Il prévient la police, et le jeune lieutenant Jimenez est chargé de procéder aux premières recherches. Ce qu’il effectue en dilettante. Le lendemain matin, un journal local relate cette disparition, une fugue peut-être, mais pour l’ancien commissaire Georges (les noms de famille importent peu, donc on s’en passera), donc pour l’ancien commissaire Georges c’est le prélude à une nouvelle affaire d’enlèvements.

Une enquête qui l’a tellement traumatisé cinq ans auparavant que depuis il s’est réfugié dans l’alcool et que sa femme a préféré le quitter en bouclant ses valises. Il se rend devant chez le dentiste et fait connaissance avec Géo (oui, je sais, réminiscences Mickeyennes) un saxophoniste trentenaire et aveugle qui vit seul avec sa chatte Bessie et habite juste en face du cabinet dentaire. Pendant ce temps, Gérald et Richard, autre ami de Francis, se posent des questions. Ils ont vaguement entendu parler d’un abri souterrain chez le dentiste, et ils se demandent si, des fois, leur copain ne détiendrait pas la charmante (si, si…) secrétaire médicale.

 

Avec ce roman de suspense, où la tension monte progressivement, où l’intrigue est machiavélique et habilement maîtrisée, où sans grands effets de manches, sans violence (si un peu quand même lors d’une extraction dentaire et deux ou trois épisodes nécessaires pour entretenir le suspense), le récit se déroule entre Lille et Lambersart avec une incursion à Hardelot, Patrick S. (Pour Samuel) Vast se place entre Georges-Jean Arnaud et le duo infernal Boileau-Narcejac.

Une intrigue à la facture classique, simple et pourtant dans laquelle l’auteur manipule le lecteur, rafraîchissante, qui nous renvoie au bon vieux temps des auteurs précités mais également à Louis C. Thomas (ceci n’est pas anodin car ce romancier était aveugle) et quelques confrères qui respectaient le lecteur en lui offrant une œuvre de qualité sans esbroufe.

Et on retiendra principalement le personnage du saxophoniste aveugle qui joue dans un cabaret lillois, et possède une chatte, Bessie (mais si, je vous l’ai déjà dit) dont le comportement me fait penser à Koko, le chat héros des romans de Lilian Jackson Braun.

Quant à l’univers musical qui se dégage de ce roman il évolue entre jazz et musique classique. Tout pour plaire !

 

Vous pouvez commander cet ouvrage chez votre libraire en indiquant le numéro d'ISBN signifié ci-dessous, ou en vous rendant directement sur le site, pas besoin de prendre le train, ci-dessous :

Patrick S. VAST : Duo fatal. Editions Le Chat moiré. Parution le 2 mai 2019. 256 pages. 9,50€.

ISBN : 978-2956188322

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12 mai 2019 7 12 /05 /mai /2019 04:33

Horace, oh désespoir…

Alexandre DUMAS : Pauline.

Lorsqu’Alexandre Dumas entremêlait roman gothique (architecture anachronique, n’est-ce pas ?) appelé originellement roman noir, et littérature romantique.

En cette fin d’année 1834, l’entrée d’Alfred de Nerval dans la salle d’armes de Grisier, renvoie l’auteur quelques temps en arrière.

Il se souvient avoir aperçu lors d’un voyage en Suisse puis en Italie son ami en compagnie d’une femme pâlotte, d’aspect maladif, un épisode qu’il avait oublié. Il connaissait vaguement cette jeune femme prénommée Pauline. Alfred de Nerval revient s’entraîner et remontant sa manche, le narrateur et Grisier peuvent discerner la cicatrice d’une blessure provoquée par une balle.

Tous deux sont avides de savoir comment Alfred de Nerval fut blessé et celui-ci promet de narrer le soir même l’incident au cours d’un repas. C’est cette relation que Dumas nous propose, car plus rien ne s’oppose à la publication de cette histoire.

Alfred de Nerval prend donc la succession de Dumas pour raconter dans quelle condition il a fait la connaissance de Pauline de Meulien et pourquoi le romancier les a aperçus aux cours de ses voyages en Suisse et en Italie.

Alors qu’il étudie la peinture, Alfred de Nerval et sa sœur héritent une forte somme d’un oncle défunt. Aussi il décide de voyager et part au Havre pour se rendre en Angleterre. Apprenant que deux camarades d’atelier sont en villégiature dans un petit village qui se nomme Trouville (cela a bien changé depuis), il décide de leur rendre une petite visite. Et comme il n’est pas pressé, il loue un bateau afin de peindre la côte. Mais il n’avait pas prévu un fort coup de vent doublé d’une pluie violente qui l’entraînent du côté de Dives.

Il aborde sur le rivage et apercevant au loin un parc et une bâtisse, il s’y rend, alors que la nuit est tombée, afin de se mettre à l’abri. Il s’engage dans le parc puis s’introduit dans une chapelle en ruine et se réfugie dans le cloître. Il est réveillé par un bruit puis il remarque un homme qui débouche d’un escalier souterrain et enfoui une clé sous une dalle.

Peu après, il est recueilli par des pêcheurs qui acceptent de le reconduire à Trouville. Il apprend que les ruines sont celles de l’abbaye de Grand-Pré, attenantes au parc du château de Burcy, la demeure d’Horace de Beuzeval. Horace, le mari de Pauline de Meulien ! Son esprit ne fait qu’un tour, car il est toujours amoureux de la jeune femme n’ayant toutefois pas osé déclarer sa flamme.

Selon les marins, l’épouse serait décédée depuis peu et va bientôt être inhumée. Or il se rend compte que le cadavre de la morte cachée sous un suaire n’est pas celui de Pauline.

Il décide alors de revenir aux ruines et découvre sous la dalle une clé qui lui permet d’ouvrir quelques portes et comme il s’était muni de pinces, de fracturer le cadenas d’une geôle. Or dans cette prison souterraine est retenue depuis quelques jours et contre son gré Pauline. A bout, n’espérant plus aucun secours, elle vient de boire un verre d’eau déposé par Horace, son mari prévenant, et qui contient du poison. Des traces de poudre tapissent encore le fond du gobelet. Alfred de Nerval aide la jeune femme à s’échapper.

Il la prend sous son aile tutélaire et débute alors le récit de Pauline, dévoilant comment et pourquoi elle est enfermée par son mari Horace de Beuzeval.

Mais dans la région, des vols sont commis par une bande qui écume la région. Des vols accompagnés de meurtres parfois.

 

Construit un peu comme un roman gigogne, Pauline, relève du romantisme et diffère profondément de sa production actuelle car Dumas est surtout auteur de pièces de théâtre à succès (ou non). Pauline est donc son premier roman, publié directement en volume et ne comporte que peu de dialogues, ce qui le change de sa production habituelle, surtout théâtrale.

Mais à la lecture de cet ouvrage, on se rend compte que le début de ce roman est la reprise des chapitres des Impressions de voyages, paru en 1833 et qu’il est le creuset de romans ultérieurs, dont Le comte de Monte-Cristo et Salvator. Il utilise des thèmes récurrents comme les duels qui font florès dans bon nombre de ses romans d’inspiration historique, dont notamment Les Trois mousquetaires.

Souvent Dumas revisite sa production antérieure et dans certaines de ses nouvelles, comme Marie et Le Cocher de cabriolet, on retrouve la figure de jeune fille séduite et abandonnée. Mais dans Pauline, il place résolument son intrigue dans son époque contemporaine alors que la plupart de ses récits empruntent à l’Histoire. C’est la période riche du romantisme littéraire, et Dumas ne pouvait pas ne pas y sacrifier. Mais ce roman emprunte également au roman noir, qui par la suite est devenu roman gothique, dans la lignée d’Ann Radcliffe et d’Horace Walpole (Horace, comme l’un des personnages principaux de Pauline !).

Et Alexandre Dumas aime se mettre en scène dans ce genre de romans, accréditant ainsi une véracité du récit, et on ne peut s’étonner que le personnage principal se nomme Alfred de Nerval. Un hommage non déguisé à son ami Gérard de Nerval, et le côté artistique est présent puisqu’Alfred de Nerval est peintre.

Ce ne sera pas la seule fois où l’on retrouvera les deux hommes, Dumas et de Nerval puisque dans Contes dits deux fois, Dumas se met en scène et retrouve de Nerval dans le rôle de conteur.

 

Alexandre DUMAS : Pauline. Edition présentée, établie et annotée par Anne-Marie Callet-Bianco. Collection Folio Classique N°3689. Editions Gallimard. Parution le 22 mai 2002. 256 pages. 4,30€. Version numérique 3,99€.

ISBN : 9782070412303

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