Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
11 octobre 2019 5 11 /10 /octobre /2019 04:26

Grand prix de littérature policière 1990.

Hervé JAOUEN : Hôpital Souterrain.

Pierre devenu notaire un peu par accident est un être sensible, rêveur, dont les pensées dérapent à tout propos, souvent dans un sens pessimiste.

C’est un fabulateur introverti, extrapolant les événements, vivant à la limite de la paranoïa, grossissant les petits faits qui peuvent aussi bien survenir à sa famille qu'à lui-même.

Isabelle, sa femme, se révèle quant à elle plus sensée, les pieds sur terre, quoique son caractère de cochon, ses manières et ses paroles agressives, laissent transparaître une vulgarité provocatrice et une acrimonie indisposant son entourage.

D'ailleurs Angeline, leur petite fille de sept ans, se réfugie plus volontiers sous l'aile protectrice paternelle. Elle se sent plus en confiance, plus rassurée, plus écoutée, plus proche de son père que de sa mère qui ne lui ménage pas les rebuffades.

Lors d’une visite guidée du fameux hôpital souterrain de Jersey, un hôpital militaire nazi construit par des prisonniers russes lors de la seconde guerre mondiale, Angeline disparaît. Malgré les recherches entreprises aussit8t, nulle trace de la petite fille. Plusieurs thèses sont avancées: enlèvement, accident, sorcellerie, mais aucun fait saillant ne permet de retenir l'une ou l'autre de ses suppositions.

 

Pour Hervé Jaouen qui, à partir d'un fait divers authentique mais transposé, a construit ce roman, c'est l'occasion de mettre en scène le naufrage de cette famille, de la mésentente chronique entre le père et la mère, du constat d'échec qui couvait depuis des années.

Dans une atmosphère parfois onirique, fantastique ou sordide, ce drame d'un couple qui se déchire s'exacerbe au fil des pages, l'épilogue émouvant dans sa simplicité est grandiose dans l'horreur.

Hervé Jaouen est un spécialiste du roman noir contemporain, rappelez-vous Coup de chaleur, La mariée rouge ou encore La chasse au merle, ses premiers romans.

Mais dans ce roman cette noirceur est parfois tempérée par un petit côté fantastique entretenu par les légendes et la réalité concernant les fameuses sorcières émigrées à Salem en Amérique du Nord.

Un récit admirable analysant la dégradation d'un couple écrit avec sensibilité et parfois férocité, mais sans oublier une touche d'humour pour pimenter le tout.

 

Réédition Folio 3 novembre 1992

Réédition Folio 3 novembre 1992

Réédition Folio 23 juin 2000.

Réédition Folio 23 juin 2000.

Hervé JAOUEN : Hôpital Souterrain. Editions Denoël. Parution 3 avril 1990. 326 pages.

ISBN : 978-2207236918

Partager cet article
Repost0
17 septembre 2019 2 17 /09 /septembre /2019 04:54

Toute la pluie tombe sur moi...

Michèle LESBRE : Ecoute la pluie.

Une station de métro, un vieil homme voûté en imperméable beige avec une canne qui lui sourit, puis alors que la rame longe les quais, cet inconnu saute sur les rails, tel un cabri.

La narratrice est choquée par cet incident, ce suicide en direct et elle ressort de la station alors qu’elle doit prendre un train pour rejoindre son amant épisodique à leur lieu de rendez-vous habituel, l’hôtel des Embruns.

Déboussolée, elle vaque dans les rues, accroche son regard à une vitrine, est tentée par une robe verte, qu’elle achète, puis oublie sur un banc. Elle rentre chez elle, ressasse ce qu’elle a vu, retourne vers le banc, mais naturellement le sac contenant son emplette a disparu.

Elle revient chez elle. Le témoin lumineux de son répondeur téléphonique clignote, mais elle n’écoute pas le message. Elle se décide à appeler l’hôtel afin de prévenir l’aubergiste de sa défection momentanée, se promettant de prendre la train du matin suivant.

Elle ne peut dormir, remâche ses souvenirs, se souvenant des déplacements effectués avec son amant photographe, de leurs voyages à l’étranger, de leurs ruptures provoquées par leurs déplacements, leurs séjours à l’hôtel des Embruns ou ailleurs, tout un flot de réminiscences qui l’obsèdent.

Puis elle ressort, se rend au commissariat, seulement pour se présenter comme témoin de la chute volontaire du vieillard, et parcourt la ville alors que la pluie tombe.

 

Une déambulation dans les souvenirs et dans la ville (C’est beau une ville la nuit…), que la narratrice narre à son amant absent, un monologue qui prend des chemins détournés, voguant entre présent et passé, entre cet épisode auquel elle a assisté sans pouvoir influer sur le cours des événements, et ses rencontres avec amant qui ponctuent son passé et qui l’attend peut-être impatiemment.

Un court roman intimiste, dense et bouleversant selon la quatrième de couverture, puissant, réaliste, si réaliste que l’on est à même de se demander s’il ne s’agit pas d’une histoire vécue.

Ou que l’on se forge en regardant autour de soi, sur un quai de métro en attendant la rame. Et en se projetant, mentalement, sur des possibilités de distorsion de l’histoire, d’un dénouement qui probablement ne se produira jamais, d’un destin qui ne peut être contrarié.

 

Première édition : Sabine Wespieser Editeur. Parution 7 février 2013.

Première édition : Sabine Wespieser Editeur. Parution 7 février 2013.

Michèle LESBRE : Ecoute la pluie. Collection Folio 5773. Editions Gallimard. Parution le 13 mai 2014. 112 pages. 6,20€.

Première édition : Sabine Wespieser Editeur. Parution 7 février 2013.

ISBN : 978-2070454426

Partager cet article
Repost0
2 septembre 2019 1 02 /09 /septembre /2019 04:34

Un excellent roman sous un tel emballage, c’est comme verser un vin grand-cru millésimé dans un verre plastique…

Celia FREMLIN : L’heure bleue

Dur dur, d’être un bébé, chantait ( ?) Jordy en 1992. Dur dur d’être une maman pourrait scander Louise Henderson dont toutes les nuits sont perturbées par son fils Michael, sept mois. Elle n’en peut plus, d’autant qu’il faut assurer le ménage, la cuisine, et s’occuper de ses deux filles de huit et sept ans. Car son mari Mark est fort pris par son travail. Elle sait qu’il travaille dans l’aéronautique, mais sans plus.

Mais les plus embêtées par les cris quotidiens, ce sont peut-être les voisines. Car Michael ne se contente pas de pleurer la nuit, la journée aussi. Et quand il s’exprime, c’est comme si un camion de pompier, toutes sirènes hurlantes, passait et repassait dans la rue. En parlant de repasser, il faudrait aussi s’intéresser au linge en attente, au repassage, aux boutons à recoudre des chemises de Mark.

Sans oublier qu’une nouvelle locataire arrive et que la pièce située au second étage doit être débarrassée des livres de sa belle-mère. Justement Véra Brandon arrive. Miss Brandon, environ la quarantaine, habituée à donner des ordres puisqu’elle est enseignante. Et elle affirme qu’elle va s’arranger, pas la peine de s’inquiéter pour elle.

Elle est discrète, ne faisant aucun bruit, ou si peu, lorsqu’elle descend l’escalier ou lorsqu’elle rentre. Sauf quand elle veut que la famille Henderson sache qu’elle est là. Si discrète que lorsque Louise et sa belle-mère, persuadées que Vera Brandon est sortie, viennent récupérer les livres sur les étagères, se trouvent quasiment nez à nez avec la jeune femme. Elle est juste accoudée à sa table nette de tous papiers ou ouvrages.

Seulement un sentiment de déjà vu s’infiltre dans les esprits de Mark et de Louise. Mark est persuadé l’avoir rencontrée quelque part, mais où, impossible de fixer son attention sur un endroit précis. Quant à Louise, se sont les décalcomanies représentant des escales collées sur sa valise. D’autres personnes aussi s’en font la remarque, sans plus. Pourtant Louise n’est pas rassurée. Même si, un soir, Mark et Vera échangent autour du thème de Médée, un dialogue de spécialistes qui laisse Louise indifférente. D’ailleurs elle a Michael à s’occuper. Et elle est si fatiguée.

De petits faits l’importunent, lui titillent l’esprit. Une nuit, Michael étant particulièrement virulent, elle décide promener l’enfançon dans son landau. Elle va jusqu’au parc mais s’endort. Lorsqu’elle reprend ses esprits, plus de landau et bien évidemment, plus de gamin.

 

La tension monte de plus en plus, et il faudra la curiosité d’un gamin chargé de veiller sur Michael, car bien sûr, lorsque Louise a besoin de sortir pour une raison ou pour une autre, aucune de ses amies n’est disponible pour veiller dessus. Pourtant elles n’hésitent pas à requérir à ses services le cas échéant et Louise ne refuse jamais, ou n’ose pas.

Donc c’est ce gamin un peu trop curieux et indiscret, mais dans ce cas la curiosité devient une qualité, qui mettra le doigt sur la faille, ainsi que Margery et Harriet, les deux filles de Louise.

 

Celia Fremlin décrit la vie quotidienne d’une mère débordée par un gamin bruyant, le lot de bien des parents, peu aidée et devant supporter toutes les charges matérielles de la famille. Elle se rend souvent chez Nurse Fordham, afin de trouver une solution, mais il n’y en a pas. Et ses amies, toujours prêtes à en donner, avancent leurs théories souvent contradictoires.

Les préoccupations féminines sont exposées avec simplicité mais également avec force. Dans les années 1950, l’homme ne participait pas aux travaux ménagers et la femme au foyer se coltinait toutes les tâches. L’heure bleue est presque un reportage sur ces années qui suivent la fin de la guerre. Mais c’est surtout un suspense psychologique, dans lequel les différents personnages possèdent leur caractère entier, ou malléable, suivant les circonstances, avec des gamines, des adolescentes qui ne sont en rien intéressées par les événements extérieurs.

Vera Brandon s’impose à l’esprit du lecteur comme le protagoniste qui passe en coup de vent, s’efface à la moindre occasion et qui pourtant prend une place importante dans cette intrigue qui tourne autour d’un gamin et de sa mère somnolente en journée.

L’aspect policier est un prétexte, d’ailleurs seul un policier est présent comme figurant, mais c’est la confrontation intense et évanescente entre Vera Brandon et Louise Henderson qui prédomine. Quant aux autres personnages, on pourrait penser à des caricatures. Des pantins confits dans leurs jugements et leurs préjugés.

 

Depuis quelque temps, Le Masque a perdu son identité et son âme. D’abord cette couverture, horrible à mon humble avis comme on dit, est-elle susceptible d’attirer le lecteur ? Je ne pense pas, même si les libraires consciencieux proposent cet ouvrage dans le rayon polar.

Ensuite, l’affubler d’un bandeau l’annonçant comme Prix du Masque étranger de l’année, alors que ce roman date de 1958 et qu’il a été édité en France, dans la collection Le Masque Jaune justement, en 1996, c’est, il me semble, se moquer du monde. Le Masque se démasque et est tombé bien bas…

Première édition : Le Masque jaune N°2281. Librairie des Champs-Elysées.  Série Les Reines du crime. Parution septembre 1996. 284 pages.

Première édition : Le Masque jaune N°2281. Librairie des Champs-Elysées. Série Les Reines du crime. Parution septembre 1996. 284 pages.

Celia FREMLIN : L’heure bleue (The Hours before dawn – 1958. Traduction de Marie-Thérèse Weal). Collection Le Masque Poche. Editions Le Masque. Parution 5 juin 2019. 300 pages. 8,50€.

ISBN : 978-2702449264

Première édition : Le Masque jaune N°2281. Librairie des Champs-Elysées.  Série Les Reines du crime. Parution septembre 1996. 284 pages.

ISBN : 9782702426180.

Partager cet article
Repost0
24 août 2019 6 24 /08 /août /2019 03:35

Pratique pour ne pas perdre le nord…

Gilles VIDAL : La boussole d’Einstein.

Si Félix Meyer revient dans sa ville natale située près de l’océan, après plus d’une décennie de pérégrinations, de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel, parfois en louant un petit studio, s’établissant dans divers pays pour ses occupations, ce n’est pas par nostalgie mais parce que sa sœur Carole, seule rescapée familiale, vient de décéder dans des circonstances étranges et dramatiques.

Carole a été retrouvée écrasée par un chauffard qui s’y est repris plusieurs fois lui roulant sur la tête afin d’achever le travail mortifère. Bref, il ne s’agit donc pas d’un suicide, d’un accident, mais bel et bien d’un meurtre. Suffit de trouver le motif de cet acharnement.

Félix Meyer se rend auprès de la lieutenant Aurélie Costa qui s’occupe de l’affaire. Le lieutenant ou la lieutenante se demande Félix, une réflexion et une question qui lui évitent de trop penser. Un dérivatif spirituel. Mais Aurélie Costa est surchargée de dossiers en instance et ne sait plus où donner de la tête.

Alors Félix se renseigne, va visiter l’appartement de Carole mais ses investigations ne lui apprennent pas grand-chose. Toutefois il est étonné de ne pas voir de photos dans cet appartement, comme si le ménage mémoriel avait été fait. Mal d’ailleurs car il découvre sous le lit une bague masculine dont le chaton est surchargé d’inscriptions bizarres et illisibles. Ce sera pour plus tard.

Il rencontre également une de ses collègues, un voisin qui a pris des photos de l’événement, quelques autres personnes, et à la morgue où le corps de Carole est entreposé à des fins d’autopsie, il prélève une mèche de cheveux.

 

Une intrigue simple et tortueuse à la fois mais éclipsée par le rôle tenu par des personnages atypiques. En effet si l’on sait, ou presque, au départ quels sont les antécédents de Félix Meyer, son engagement par la suite pour une entité inconnue n’est dévoilée que progressivement.

De même, tous ces protagonistes possèdent une fêlure intime, psychique, morale, physique, ce qui leur offre une aura de mystère peu à peu dissipée. Le lecteur avance dans l’intrigue à la suite des dévoilements de ce qui pousse les personnages à évoluer dans la vie et souvent cela remonte à loin. Dans leur tendre enfance.

Et l’auteur place ses révélations comme autant de bougies dans une pièce obscure, les allumant une à une, avec parcimonie au départ, puis lorsque l’éclairage est suffisant, toutes les zones d’ombre s’effacent progressivement.

Gilles Vidal joue avec le lecteur, lui proposant une sorte de puzzle littéraire à reconstituer patiemment, mais le tableau terminé, la vue d’ensemble est réjouissante. D’autant que la touche finale d’humanité se révèle conforme aux souhaits du lecteur, souhaits qu’il n’osait penser qu’ils seraient réalisés.

Les métaphores placées ici ou là apportent une petite touche d’humour non négligeable, mais qui n’entament en rien l’aspect psychologique du roman.

 

Il menait désormais une vie aussi bien rangée qu’une paire de draps au fond d’une armoire.

 

Gilles VIDAL : La boussole d’Einstein. Editions ZINEDI. Parution le 6 août 2018. 230 pages. 17,90€.

ISBN : 9782848591919

Partager cet article
Repost0
19 août 2019 1 19 /08 /août /2019 04:17

Grandeur et décadence dans une île paradisiaque !

Pierre BENOIT : Erromango.

Auréolé de son diplôme universitaire d’ingénieur agronome de Sidney et de sa médaille de Melbourne, Fabre débarque sur l’île d’Erromango dans les Nouvelles-Hébrides.

Il vient prendre possession du domaine de Pilbarra que le précédent gérant, Sullivan, abandonne, ayant passé six ans de sa vie à la culture du coprah. Sullivan en profite pour lui donner quelques conseils, des informations sur les résidents et autochtones de l’île d’Erromango, et sur d’autres coloniaux qui vivent dans les îles voisines. Mais à cette soirée où les deux hommes font connaissance, sont invités également l’ancien capitaine du navire qui a amené Fabre, et son remplaçant. Là aussi il y a passation de pouvoir.

Le capitaine Magdalena est un vieux marin qui bourlingue entre Sidney et l’archipel des Nouvelles-Hébrides et autres îles de plus ou moins grande importance. Le Myosotis apporte des denrées et repart chargé de coprah et diverses productions. Il assure également le transport du courrier. Ses haltes sont aléatoires, mais chacun s’y fait.

Si Fabre doit se méfier des Canaques qui vivent sur les hauteurs de l’île, leur réputation étant entachée de cannibalisme, il doit également se défier des deux autres résidents. Un certain Jeffries, l’un des deux Blancs installés sur l’île, veuf depuis des années, considéré comme un ours et un malotru, aurait tué dans des conditions un des prospecteurs pour un vague différent.

L’autre Blanc vivant sur l’île depuis des décennies est un vieux pasteur presbytérien, le Révérend Gibson, qui s’était proclamé évêque et roi d’Erromango. Mais son esprit n’est plus tout à fait en conformité avec ses fonctions.

Quant à Bliss et Cross, s’ils n’habitent pas sur l’île, ils y abordent plus ou moins régulièrement, apportant au Myosotis le coprah qu’ils achètent à un prix dérisoire à leurs indigènes et le revendent avec une marge bénéficiaire conséquente. Ils ne possèdent pas bonne réputation même s’ils se montrent très polis.

Pendant que les trois hommes devisent, le jeune capitaine Simler, dont c’est la première affectation, se montre inquiet quant au temps. Il ne connait pas la région et craint une tornade, vérifiant le baromètre constamment.

 

Fabre, d’origine française mais né en Australie, vient s’installer, non pas pour récolter du coprah comme ses confrères, mais pour élever des moutons, une idée osée mais pas dénuée de pertinence. Il possède de sérieuses références dans ce domaine et a importé des ovins en provenance de Sologne, qu’il est allé lui-même chercher sur place, et dont il pense que la constitution devrait leur permettre de s’apprivoiser facilement. Et, effectivement, les premières semaines lui donnent raison. Bientôt il est même à la tête d’un petit cheptel enregistrant de nombreuses naissances. Il est aidé en cela par des Canaques venant d’autres îles, ainsi que d’un boy qu’il a recruté et de Gabriel, l’ancien serviteur de Sullivan.

Tout irait pour le mieux s’il ne s’adonnait pas à la boisson. Progressivement, inconsciemment, il boit un verre puis deux, et ne les compte plus. Ce n’est parce qu’il n’a rien à faire, car il a remis à neuf les dépendances, et que le soir il écoute les disques qu’il a amené et ceux que lui a laissé Sullivan, sur son gramophone. Non, c’est la pensée d’une jeune femme qui le titille. La Dame de Rose Bay, comme il l’a surnommée.

Il l’a connue à Sidney en fréquentant un hôtel réputé pour son hall dans lequel les jeunes femmes de la bonne société mais qui s’ennuient viennent prendre un verre et plus si affinité. Il a donc connu une jeune femme mariée dont le mari était parti pour son travail et pour une fois, lui volage s’en était entiché durant trois semaines. Puis un jour elle est partie.

Ce souvenir s’est imposé à son esprit lorsque lors d’une soirée à bord du Myosotis, trois mois environ après son arrivée au domaine Pillbara, il a narré ses soirées à quelques coloniaux qui partaient en goguette à Sidney et lui avaient demandé s’il connaissait des adresses. Alors il avait signalé cet endroit, prodiguant ses conseils sans retenue, parlant même de la Dame de Rose Bay. Mais revenu dans son bungalow, il s’est imaginé, à tort ou à raison, que cette jeune femme pouvait être l’épouse décédée de Jeffries. Et cette idée le ronge jusqu’à le pousser à boire jusqu’à plus soif et à négliger son troupeau. Les remords le taraudent. De petits faits en apparence insignifiants mais pourtant lourds de sens qui l’amènent à cette supposition et deviennent bientôt à une évidence.

Débute une lente descente aux enfers ponctuée par des incidents divers dont une tornade qui bouscule tout sur son passage.

 

Publié en 1929, ce roman possède une étude psychologique comme en a écrit Georges Simenon. Et l’on pourrait croire que Pierre Benoit a copié sur l’écrivain belge mais à l’époque de la parution de ce roman, Georges Simenon n’avait pas encore rédigé ses romans durs, noirs.

Ce roman fut-il le déclencheur chez Simenon pour écrire à côté des Maigret qui lui apportèrent la célébrité des romans noirs qui par la suite ont largement alimenté la veine cinématographique ?

Il est vrai qu’Erromango détonne quelque peu parmi la production habituelle de Pierre Benoit. Il connaissait déjà, et dès son premier roman, Koenigsmark, et surtout le suivant L’Atlantide les faveurs du public, le propulsant écrivain populaire aux très nombreux succès. Ce romancier-voyageur met en scène le colonialisme sans en faire l’apologie. Il s’attache à décrire les coloniaux, leur façon d’investir un pays, mais surtout il explore leur psychologie.

Erromango en est le parfait exemple, et avant la lettre c’est un roman dur, âpre, poignant, dénué de cet amphigourisme et de cette grandiloquence qui souvent imprégnait les romans de cette époque. Pas de longues phrases ou de digressions ennuyeuses, mais une narration vivante, rendant bien le caractère d’un homme qui, parti avec de grandes ambitions, se laisse peu à peu submerger par une forme de remords quant à ses actions passées et son dédain pour la femme en général, et qui s’aperçoit d’un seul coup qu’il est peut-être passé à côté du bonheur et a provoqué le malheur de celle qu’il aimait.

Mais il ne s’en rend compte que dans la solitude et des souvenirs alimentés par une chanson découverte par hasard sur un disque trouvé dans les affaires de son prédécesseur.

 

Première parution : Editions Albin Michel. 1929.

Première parution : Editions Albin Michel. 1929.

Réédition : Collection La Petite Vermillon. Editions de La Table Ronde. Parution 11 février 1998. 336 pages. 8,70€.

Réédition : Collection La Petite Vermillon. Editions de La Table Ronde. Parution 11 février 1998. 336 pages. 8,70€.

Pierre BENOIT : Erromango. Le Livre de Poche N°516/517. Parution 1er trimestre 1960. 448 pages.

Partager cet article
Repost0
19 juillet 2019 5 19 /07 /juillet /2019 04:42

J’ai la mémoire qui flanche, je m’souviens plus très bien…

Clive BARKER : Cabale

Devant Boone, onze photographies, représentant onze êtres humains sauvagement assassinés.

Boone est-il l’auteur de ces boucheries ? Peut-être, mais il ne s’en souvient pas. Pourtant sur l’insistance du psychiatre Decker, il est prêt à avouer tous ces crimes qu’il ne se rappelle pas avoir commis.

Cette introspection dans une mémoire défaillante l’amène au bord du gouffre et pour échapper à son moi psychopathe, une seule solution : disparaître dans la mort.

Sorti du bureau du psychiatre Decker, il se jette contre un camion mais ce geste ne lui occasionne que quelques contusions. Emmené à l’hôpital il va y trouver son destin en la personne d’un autre blessé qui lui enseigne l’emplacement du Midian.

Midian, lieu mythique, dont il avait déjà entendu parler au gré de ses rencontres mais sans vraiment y attacher une importance énorme.

Midian, c’est une sorte de refuge, un endroit où l’on souhaite être emporté. Un endroit où les péchés, réels ou imaginés, sont pardonnés.

C’est décidé. Boone part pour Midian avec à ses trousses Decker le psychiatre, un personnage malfaisant, et Lori, une jeune femme dont l’amour lui servira de protection et d’antidote.

 

Débutant comme un banal roman policier psychologique, Cabale bien vite se transforme en un véritable roman d’horreur, de terreur, d’épouvante.

La quête d’un homme ayant soif de laver des péchés qu’il n’est pas sûr d’avoir commis, traînant à sa suite le bien et le mal.

Un combat orchestré par des morts-vivants et des démons au milieu d’un cimetière et d’un quartier fantôme.

Le tout conté magistralement par un Clive Barker en pleine possession de son art et démoniaque à souhait, voilà de quoi faire passer une excellente nuit blanche aux lecteurs en mal de frissons.

 

Réédition J’ai Lu épouvante N°3051. Parution juin 1991.

Réédition J’ai Lu épouvante N°3051. Parution juin 1991.

Clive BARKER : Cabale

Clive BARKER : Cabale (Cabal – 1988. Traduction Jean-Daniel Brèque). Collection Blême. Editions Albin Michel. Parution février 1990. 278 pages.

ISBN : 2-226-03932-5

Partager cet article
Repost0
10 juillet 2019 3 10 /07 /juillet /2019 04:55

Ce doit être humide dedans !

Paul VIALAR : La maison sous la mer.

A Dielette au début des années 1930, dans la falaise, existait une mine sous-marine d’extraction de minerai. Et toutes les fins d’après-midi, Flora accompagne son mari jusqu’à la mer, non loin du wharf où accostent les cargos qui embarquent le minerai amené à place par un système de bennes va-et-vient accrochées à un filin d’acier.

Flora et Lucien sont jeunes, guère plus de vingt ans et leur vie est réglée sur le travail à la mine. Ils habitent non loin, à Flamanville, et c’est le même rituel tous les soirs. Lucien rentre dans la nuit et selon la fatigue il s’occupe de Flora puis il s’endort. Flora dans la journée a toujours quelque travail à effectuer tandis que Lucien se repose béatement.

Parfois elle se promène sur la falaise, longeant le précipice, regardant vers le bas, du côté de la mer. Quant à regarder vers l’horizon, elle peut toujours même si elle sait que l’avenir est bouché, qu’ils sont condamnés à végéter. Seulement sa vie si bien rangée bascule le jour où se promenant elle est face à un bouc hargneux qui s’est mis en tête de la précipiter en bas de la falaise.

Heureusement, un homme est là, un inconnu providentiel, qui lui sauve la vie. Constant est un quadragénaire qui roule sa bosse en travaillant de ci de là, donnant un coup de main, se faisant embaucher durant quelques jours, quelques semaines. Il est libre Constant, et tient à sa liberté.

Il était vraiment libre, sans autres liens et sans autres attaches que ce qui était devenu inconsciemment devenu la règle de sa vie.

Flora tombe immédiatement amoureuse de cet homme fort, protecteur, prévenant, expérimenté, mature, sans attaches. Et ce sentiment est réciproquement partagé. Il travaille à la mine et même s’il peut coucher à l’auberge, il a découvert au cours de ses pérégrinations dans la région, une chambre à ciel ouvert. Et il l’emmène dans ce petit nid d’amour caché dans un petit îlot qu’ils peuvent gagner à marée basse. Une aiguille rocheuse semblable à l’aiguille creuse chère à Maurice Leblanc.

 

Mais Constant est depuis quelque temps l’équipier de Lucien à la mine. Ils travaillent en couple, s’entendant parfaitement. Le contremaître, afin de pallier l’absence d’ouvriers, leur confie le transport à bord des bennes. Et à cause d’un incident technique, l’un va sauver la vie à l’autre. Ils ont lié une solide amitié ignorant que l’un couche avec la femme de l’autre. Jusqu’au moment où, en discutant, Lucien apprend son infortune, Constant étant tout autant stupéfait que son équipier du forfait dont il est à moitié responsable. Flora ne lui ayant jamais avoué qu’elle était mariée.

 

Si jamais vous vous rendez à Flamanville, non loin des Pieux dans la Manche, vous ne reconnaitrez pas cet endroit aujourd’hui défiguré par la centrale nucléaire qui est édifiée sur le site, sans parler du réacteur de l’EPR deuxième génération qui connait déboires sur déboires (et coute cher aux contribuables !).

Le petit port de Diélette existe toujours et depuis 1997 un nouveau port a été adjoint à l’ancien, la commune devenant Port-Diélette. Quant à la mine de fer, elle est fermée depuis 1962.

Si Paul Vialar évoque l’époque où l’extraction du minerai de fer était en pleine effervescence, il n’apporte guère de précisions sur le travail de ceux qui travaillaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Toutefois il souligne la pénibilité de ce travail et décrit assez succinctement les galeries s'étendant sous la mer qui en rendait l'exploitation difficile du fait des infiltrations.

Il s’attache surtout à mettre en valeur les sentiments qui animent ses trois personnages principaux, et la fascination que Constant exerce sur Flora qui devient dépendante de cet homme mûr. Elle est mariée et découvre soudain un attrait auprès d’un homme différent de celui qu’elle connait, qu’elle côtoie quotidiennement. Il est d’ailleurs et tout autant Lucien que Flora, ils n’ont jamais vraiment vécu en dehors de leur lopin de terre.

Pourtant Constant, si lui aussi est subjugué par cette jeune femme qui s’immisce dans sa vie de façon brutale, n’est pas un voleur, un Don Juan, un bellâtre. Il l’aime et jamais il n’aurait pu imaginer qu’elle appartenait à un autre.

Une histoire d’amour qui ne peut se terminer que par une crise de jalousie compréhensible de la part de Lucien, alors que Constant ne pensait pas marcher sur les brisées d’un autre. La faute est à imputer à Flora qui se sent dominée par Constant, alors qu’il ne fait rien pour, et qui découvre dans ses bras la vie. Elle ne joue pas les coquettes, elle ne se sent pas coupable, elle découvre tout simplement une autre facette de la vie, de l’amour.

Une histoire simple, racontée simplement, mais qui se termine dans un drame. Un roman noir de terroir au temps où les autochtones ne connaissaient guère autre chose que leur canton, et végétaient dans un immobilisme qui ne favorisaient guère l’épanouissement.

 

Paul VIALAR : La maison sous la mer.

Ce roman a été adapté au cinéma par Henri Calef en 1946, sous le titre éponyme, et tourné principalement à Flamanville. Avec, dans les rôles principaux : Viviane Romance, Clément Duhour et Guy Decomble.

Paul VIALAR : La maison sous la mer. Editions J’ai Lu N°417. Parution le 1er trimestre 1973. 192 pages.

Première édition Denoël 1941.

Partager cet article
Repost0
8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 04:36

Vous dansiez ? Et bien nagez maintenant...

Sarah DUNANT: La noyade de Polichinelle.

Détective privée, Hannah Wolfe vit de petites enquêtes qui ne la passionnent que moyennement. De temps en temps son ami Constant, lui-même directeur d'une agence, lui propose une affaire, par amitié. La surveillance dans de grands magasins ou la recherche de personnes disparues.

Justement, une vieille dame s'inquiète. Depuis deux mois, elle n'a plus de nouvelles de Carolyn, une jeune fille qu'elle a en partie élevée et à qui elle a inculqué l'amour de la danse, ayant été danseuse elle-même. Elle n'a pas reçu sa carte postale mensuelle, une défection qui n'est pas dans les habitudes de Carolyn, même si celle-ci n'envoyait que de petits mots succincts, au texte banal et mensonger.

Après une rapide enquête dans les milieux de la danse, Hannah se trouve dans une impasse. Carolyn, après un accident à la cheville, a vu sa carrière compromise, puis elle a navigué dans de petites troupes, descendant peu à peu le pente. Hannah est sur le point d'abandonner cette enquête quand le corps de la jeune fille est retrouvé dans la Tamise.

Pourtant deux faits incitent Hannah à continuer ses recherches. D'abord Carolyn était enceinte de huit mois et une parturiente ne se suicide pas lorsqu'elle est sur le point d'accoucher. Ensuite, Hannah n'avait rien trouvé de spécial au domicile de Carolyn, or les policiers découvrent, posée en évidence, un petit mot d'adieu.

Hannah, superstitieuse, se lance à fond dans cette affaire, encouragée par un client anonyme qui paie ses frais. Scott, un danseur ayant côtoyé Carolyn, lui confie que la jeune fille était partie pour Paris, suite à une petite annonce. De fil en aiguille, Hannah remonte la piste jusqu'à un certain Jules Belmont propriétaire d'une compagnie aéronautique. Agé de soixante-dix ans, marié pour la troisième fois, Belmont est un personnage difficile à approcher, toutefois Hannah arrive à forcer les barrages.

Carolyn, selon Belmont, avait été employée comme dame de compagnie de la jeune épouse malade de Belmont, qui vit près de Senlis. Selon celle-ci, Carolyn, enceinte, les aurait quittés depuis longtemps, seulement une carte postale non envoyée prouve le contraire.

Elle fait la connaissance de Daniel Devieux, le neveu de Belmont. Hannah croit que Devieux était l'amant de Carolyn. En réalité Carolyn avait été embauchée comme mère porteuse, la femme de Belmont étant stérile. Mais comme cela arrive dans bien des cas, au bout d'un certain temps Carolyn n'avait plus apprécié cet état et elle s'était échappée, retournant à Londres, où elle fut découverte morte. Devieux avait été chargé de retrouver Carolyn, mais il était arrivé trop tard selon lui. Un alibi confirmé par la tour de contrôle d'Heathrow. Hannah fait son rapport à la mère adoptive de Carolyn et elle apprend que le notaire qui soit disant l'avait embauchée n'a jamais été contacté par sa cliente. Hannah reçoit la photocopie du dossier médical de Carolyn.

Elle s'informe auprès d'un ex-amant, docteur en médecine. Le donneur étant Rhésus négatif, Carolyn aussi, il n'y avait aucun problème pour l'enfant à venir. Or Carolyn présentait des symptômes d'éclampsie, produisait des anticorps, ce que le toubib qui la suivait avait décelé tardivement.

 

Sarah Dunant aborde un sujet sensible avec délicatesse, celui de la procréation pour autrui.

Caustique, sarcastique, fière, Hannah passe parfois par des moments de déprime. Mais volontaire, courageuse, elle sait trouver les ressources physiques et morales nécessaires pour continuer ses recherches sans pour cela s'ériger en superwoman.

Et ce n'est pas parce qu'elle est célibataire qu'elle est exempte de problèmes. Hannah Wolfe, héroïne sympathique et humaine, devrait trouver une place de choix dans le cœur des lecteurs.

 

Sarah DUNANT: La noyade de Polichinelle. (Birth marks – 1991. Traduit de l'anglais par Augustine Mahé). Collection Crime. Editions Calmann-Lévy. Parution le 1er avril 1994. 272 pages.

ISBN : 978-2702120644

Partager cet article
Repost0
7 juillet 2019 7 07 /07 /juillet /2019 04:24

Un roman métaleptique…

LE MINOT TIERS : Des miroirs et des alouettes.

S’apercevoir que le texte d’un manuscrit trouvé par hasard vous correspond, un épisode que vous vivez véritablement, que les coïncidences sont si nombreuses qui vous vous demandez s’il ne s’agit pas d’un rêve éveillé, voire d’un cauchemar, cela peut perturber et naturellement vous vous posez des questions.

C’est ce que ressent le narrateur qui écrit à la première personne ce qui vient de lui arriver, lisant un manuscrit écrit à la première personne. Deux narrateurs en un, comme si l’un était le miroir légèrement déformé de l’autre.

Une mise en abîme littéraire empruntant au fantastique tout autant qu’au roman policier, d’ailleurs le narrateur et son double sont tous deux policiers, donc enquête il y a. D’autant que dans la maison dont ils héritent, le propriétaire vient de décéder, retrouvé à son bureau, un décès qui n’est pas expliqué. Et, afin de couronner le tout, une nouvelle effectue le lien entre ces deux textes qui se rebondissent, se catapultent, une nouvelle écrite en double et c’est le début de ce roman étrange.

Petit aparté à la manière de l’auteur, cet ouvrage me fait penser à Vous qui n’avez jamais été tués d’Olivier Séchan (Le père de Renaud pour ceux qui l’ignoreraient) et Igor Maslowski, roman publié en 1951. Un auteur à succès s’éveille un matin ressentant une étrange sensation et lorsqu’il se regarde dans la glace il ne se voit pas. Et un corps inanimé, le sien, est couché dans son lit. Pour le reste se reporter au roman des deux auteurs.

 

Mais peut-on parler de roman dans le cas de Des miroirs et des alouettes ?

Oui si l’on suit la trame romanesque et pourtant il s’agit plus de la part de l’auteur le besoin de jeter sur le papier ses impressions, ses ressentis, ses pensées, voire ses divagations. Donc il s’agirait plus d’un récit et, excusez du peu, et même si cela n’a aucun rapport, j’ai établi inconsciemment une démarche à la manière de Jean-Paul Sartre dans Les mots. Pourquoi se référer à cet ouvrage ? Je ne sais. Une association d’idée, une impression tenace qui s’est imposée à mes neurones et s’y est agrippée comme une mouche engluée dans une toile tissée par un arachnide envahissant.

D’ailleurs Le Minot Tiers, qui ne nous roule pas dans la farine, et dont ce n’est pas le véritable patronyme, avoue ingénument :

D’ailleurs, quelle est l’intrigue ? Faut-il une intrigue ? L’élucidation de la mort de ce pauvre homme ? A quoi bon. Depuis Proust les romans n’ont plus besoin d’être construits autour d’une intrigue. Il suffit de raconter sa vie et tout le monde est content. Surtout si on critique bien les autres. La critique, ça c’est important.

 

Mais alors, un roman sans intrigue, cela sert à quoi ? A se défouler serait-on tenté de penser. A partager des points de vue. Et pourquoi écrire tout simplement ? Une question primordiale que peuvent se poser les lecteurs et dont seuls les auteurs possèdent la réponse.

Depuis quand écrit-on pour être lu ? On écrit pour être édité, pour se faire connaître, pour raconter des histoires, parce que l’on en a besoin. Être lu ce n’est pas le plus important. Ecrire est le pire acte d’égoïsme : on écrit pour soi !

Ah bon ?

Mais il ne faut jamais écrire pour plaire à un potentiel lecteur ! Il faut écrire quand cela devient viscéral, impérieux. Si des gens ont envie de lire, tant mieux. Ce sera la cerise sur le gâteau. Les pires écrivains sont ceux qui écrivent pour plaire, pour être lus, pour exister auprès d’un lectorat qui leur donnera le sentiment qu’ils sont aimés… Inutile de vous citer des noms, vous les aurez reconnus.

 

Après cette déclaration, cette profession de foi, l’auteur aborde d’autres sujets qui s’avèrent plus futiles mais sont également des petits coups de griffes. Anodins certes, mais qui portent, surtout dans le contexte actuel. Ainsi un chien fait partie de la distribution des acteurs de ce livre. Un border colley ou border collie selon l’orthographe habituelle.

Parait que c’est la race de chien la plus intelligente. Le sien a une pensée complexe. C’est un peu le Président des toutous.

Un clin d’œil amusant qui dépasse largement le cadre de ce faux roman qui mériterait d’être lu malgré les réticences affichées de l’auteur qui louvoie, se demandant s’il est un écrivain ou non et s’il écrit pour vous et moi. Une curiosité à découvrir !

 

LE MINOT TIERS : Des miroirs et des alouettes. Editions La Ligne d’erre. Parution 23 juin 2019. 200 pages. 13,00€.

ISBN : 9782956788102

Partager cet article
Repost0
4 juillet 2019 4 04 /07 /juillet /2019 03:49

Silence ! On tue…

Mildred DAVIS : Crime et chuchotements

Vouloir gagner sa vie comme maître-chanteur, cela comporte bien des aléas, et même cela peut s’avérer dangereux.

Johnny Mac Léod, qui exerçait ses talents dans la petite ville de Highlands, près de New-York, en fera l’amère expérience.

Une main anonyme lui plantera une nuit un pic à glace dans le cœur, genre de traitement auquel un individu résiste rarement. Pourtant Johnny aurait dû se douter que cela finirait mal un jour.

Maman Mac Léod ne peut laisser ce crime impuni et même si son fils était un maître-chanteur, elle estime qu’il ne devait pas périr de cette façon et si prématurément.

Alors elle s’installe, elle s’incruste sans vergogne chez les différents clients de son fils. Bientôt ses soupçons se portent sur Stacy, une jeune fille de bonne famille qui s’est fiancée récemment.

 

De Mildred Davis, on connait surtout La Chambre du haut, roman écrit alors qu’elle n’avait que dix-huit ans, et Trois minutes avant minuit, des romans que l’on peut qualifier de chefs-d’œuvre, sans exagérer.

Crime et chuchotements est de la même veine que ces deux ouvrages mais l’angoisse et le suspense se développent de façon plus insidieuse.

La peur s’instaure parmi les familles incriminées, mais au lieu de resserrer les liens, elle contribue à mettre à nu leurs défauts. Chacun va commencer à se regarder un peu en chien de faïence, cédant à la délation et à l’intolérance.

On se bouffe le nez, on jette en pâture des petits faits, des phrases perfides, en essayant de protéger un semblant de tranquillité. Circulez, y’a rien à voir, c’est chez les autres que ça se passe.

Et comme bien souvent chez Mildred Davis, l’épilogue se concrétise dans la douleur.

 

Réédition Rivages/Mystère. Editions Rivages. Parution le 1er avril 1995. 228 pages.

Réédition Rivages/Mystère. Editions Rivages. Parution le 1er avril 1995. 228 pages.

Mildred DAVIS : Crime et chuchotements (The Sounds of Insects – 1966. Traduction de Gérard de Chergé). Collection Bibliothèque de l’Insolite. Editions Terrain Vague. Parution avril 1990. 242 pages.

ISBN : 2852081180

Réédition Rivages/Mystère. Editions Rivages. Parution le 1er avril 1995. 228 pages.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables