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14 mars 2020 6 14 /03 /mars /2020 05:12

Et demain sera un autre jour…

Geneviève STEINLING : Hier, il sera trop tard.

Rien n’est plus propice à laisser vagabonder son esprit que d’assister à une messe. Pour certains la méditation prend le pas sur le quotidien, pour d’autres ce sont les souvenirs qui remontent à la surface comme des bulles délétères crèvent dans la vase d’un marais infesté.

Pour Marie-Jeanne, c’est toute son enfance qui remonte à la surface, des maux pas roses dans une ambiance morose. Il lui en a fait voir de toutes les couleurs celui qui gît dans le cercueil posé devant l’autel. Et elle se souvient de toutes les avanies qu’elle a dû subir sous sa férule d’alcoolique notoire. Des mesquineries et des punitions qu’elle avalait dans la naïveté de son enfance.

Sa mère, bigote comme il pouvait y en avoir dans les années soixante, obnubilée par la religion, passait l’éponge des coups d’humeur de son mari comme on chasse une mouche. Pour Marie-Jeanne, ces souvenirs sont trop prégnants pour les effacer d’un coup de gomme rageur.

La cérémonie mortuaire terminée, elle s’enfuit de l’église comme si elle avait le diable aux trousses, dans le froid, la pluie, la nuit. Elle quitte son village du Haut-Jura, sa grand-mère, sa mère, son frère Christian, emportant pour seuls bagages ses souvenirs, ses cauchemars.

 

Elle glisse sur la chaussée mouillée et un taxi qui passe par là manque l’écraser. L’homme qui est à l’intérieur l’aide à se relever et l’emmène à la gare où il doit prendre un train. Il ne s’agit pas d’un enlèvement, car Marie-Jeanne est consentante. Il va à Paris, elle aussi. Un voyage non programmé en compagnie d’un inconnu. Et lorsqu’il lui demande son nom, elle répond Michèle. Elle commence une nouvelle vie avec un nouveau prénom, à défaut de pouvoir changer de nom.

Très gentil le monsieur qui lui paie sa place lorsque le contrôleur leur demande leurs billets, et comme elle ne sait pas où se rendre, une fois arrivée sur place, il l’emmène chez lui en proche banlieue. Il lui offre même de passer la nuit dans la chambre de sa fille Madeleine, qui est décédée trois ans auparavant. La pièce est restée dans son jus, comme il est de bon goût d’affirmer maintenant lorsque rien n’a été changé depuis des années, avec les affiches de personnalités diverses et décédées. Ou encore la photo de Madeleine dans un cadre.

Le lendemain, elle ne se décide pas à partir, et Jean-Jacques, son hôte d’une nuit, accepte qu’elle reste. Sous certaines conditions. D’abord il va l’appeler Madeline, du prénom de sa fille. Elle va se vêtir avec les habits de la défunte, se coiffer pareil. Bref endosser un personnage. Et si elle peut se promener partout dans la maison, il lui est interdit de se rendre au grenier. Comme dans le conte de Barbe-Bleue. Pourtant la nuit précédente elle avait entendu, ou cru entendre une voix qui lui enjoignait de partir.

 

Marie-Jeanne devenue Michèle va pouvoir bénéficier d’une vie privée et Jean-Jacques pousse la complaisance à lui octroyer un emploi comme hôtesse d’accueil dans un hypermarché. Et peu à peu elle va faire la connaissance d’hommes avec lesquels elle s’entend bien, mais la déveine, la malchance, les occasions manquées se succèdent. Deux ans se passent, et elle va bientôt fêter son anniversaire, elle atteint l’âge qu’avait Madeleine lorsqu’elle est morte.

 

Une histoire simple mais poignante, qui du Haut-Jura jusqu’à Paris, entraîne une jeune fille un peu naïve, un peu perdue, un peu cabossée par la vie, dans une succession de petites joies, de grosses peines.

De 1978 à 1980, le lecteur suit le parcours de Marie-Jeanne aussi bien dans le réel que dans ses souvenirs, et il participe mentalement à cette succession d’épisodes qui l’accablent plus ou moins.

Il voudrait pouvoir lui prodiguer des conseils, mais que peut-on dire à une jeune fille majeure depuis peu et qui n’a rien connu de la vie, engoncée qu’elle était entre son père alcoolique et sa mère bigote. Son frère Christian était là, bien sûr, mais à Paris, ce n’est eux qu’elle regrette le plus. Lili, sa poupée lui manque.

Un roman simple, ai-je écrit, oui, jusqu’à un certain point. Car le final ne manque pas de remettre tout en question, d’expliquer des faits jusque là cachés, des faits et des épisodes dont Marie-Jeanne ne veut pas se souvenir. Juste des images indélébiles. Et le dénouement est assez imprévu même si le lecteur s’attend à un retournement de situation comme dans tout bon suspense qui se respecte.

 

 

On ne peut pas empêcher les gens de parler mais on peut s’empêcher de les écouter.

Geneviève STEINLING : Hier, il sera trop tard. Publication indépendante (Amazone). Parution le 19 février 2020. 200 pages. 8,50€.

ISBN : 979-8608276651

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12 mars 2020 4 12 /03 /mars /2020 05:10

Les frères ennemis ?

Guy de MAUPASSANT : Pierre et Jean.

Ancien bijoutier à Paris, Roland a pris sa retraite au Havre et il s’est découvert une passion pour les balades en mer et la pêche qu’il pratique en compagnie de deux amis anciens navigateurs.

Ce jour-là, à bord de La Perle, sa petite embarcation, ses deux fils rament de concert, ou de conserve comme diraient les sardines. Autant Jean, le cadet de vingt-cinq ans, est blond, calme et doux, et vient de terminer ses études de Droit, autant son frère Pierre, âgé trente ans, est noir de cheveux, emporté, instable, rancunier et se destine à une carrière médicale. Deux frères au caractère totalement opposé et cela se ressent dans leur façon de manier les rames.

A bord, sont également présentes, la mère, Louise, une petite bourgeoise quinquagénaire, et madame Rosémilly, une jeune veuve de vingt-trois ans, leur voisine qui est devenue leur amie. Une partie de pêche agréable même si le père Roland bougonne car il n’a pas pris autant de poissons qu’il aurait souhaité, les femmes étant réticentes à se lever tôt.

Rentrés chez eux, les Roland, qui ont invité madame Rosémilly, apprennent qu’un notaire désire les rencontrer, pour une histoire d’héritage inattendu. En effet, un vieil ami de la famille du nom de Maréchal, qui ne s’est jamais marié, et qu’ils n’avaient pas revus depuis des années, depuis leur départ de Paris et même avant, vient de décéder, léguant toute sa fortune à Jean. Pour une bonne nouvelle, c’est une bonne nouvelle, même s’ils sont quelque peu attristés par cette annonce. Pierre et surtout Jean ne se souviennent plus trop de cet homme prodigue.

Pierre ressent une pointe s’insinuer en son esprit. Pourquoi Jean et uniquement Jean comme seul héritier ? Une question qui ne tarabuste pas les autres membres de la famille, mais lorsqu’il en parle à une serveuse qu’il connait plus ou moins, et à un ami pharmacien, un vieux Polonais dont les affaires périclitent faute de clientèle dans ce quartier d’indigents, une même réflexion, émise différemment mais dont le sens est identique, l’amène à se demander si derrière cet héritage ne se cacherait pas une faute commise par sa mère. Et Jean ne serait-il pas le fils de ce Maréchal trop prodigue de sa fortune ?

Ses espoirs de s’installer dans un grand appartement de prestige sont bientôt balayés car non seulement il jongle avec les finances, mais de plus sa mère et son frère, qui ignoraient ses intentions, viennent de louer ce logement. Et d’autres petits faits attisent la jalousie qui le taraude, pourtant il ne possède aucune preuve.

 

Presque tout ce court roman est axé sur Pierre, sur ses réactions, sur ses sentiments, sur ses recherches, ses envies, ses espoirs, ses désillusions, sa jalousie, ses colères, ses affrontements verbaux envers son frère, ses insinuations et ses piques envers sa mère. Sa mère qui peu à peu se renferme, se recroqueville, tandis que le père et son frère ne se rendent compte de rien, ou presque. Il est possédé par une violence intérieure qu’il a du mal à canaliser et qui ne s’évacue oralement qu’envers certains membres de la famille.

Car Pierre ne peut s’empêcher de faire part de ses soupçons à Jean qui ne comprend pas ce qui arrive. Quand à la très jeune veuve, madame Rosémilly, elle se trouve en porte-à-faux dans ce drame familial.

Un roman psychologique dont les deux frères sont les principaux protagonistes dans une situation qui n’est pas nouvelle. Seulement, contrairement à ce qu’il se passait dans les familles aisées, chez les nobles, ce n’est pas l’aîné qui se trouve favorisé mais bien le cadet. Or cet état de fait n’est pas le cadet des soucis de Pierre.

Un peu la parabole biblique d’Abel et Caïn, cette jalousie qui fait se dresser deux frères l’un contre l’autre, deux frères totalement différents physiquement et moralement. Et l’on peut se demander comment il se fait que les parents, le père surtout, ne se soit aperçu de rien.

Ce roman est précédé d’une préface de l’auteur sur le Roman en général.

Guy de MAUPASSANT : Pierre et Jean. Collection Librio N°151. Editions E.J.L. Parution 6 juin 2018. 128 pages. 2,00€.

ISBN : 978-2290165454

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6 mars 2020 5 06 /03 /mars /2020 04:18

Je vous ai apporté des bonbons,

car Fleur est périssable…

Patrick LACHEZE : Fleur.

Petite fille de huit ans, Fleur est atteinte d’un mal terrible et incurable.

Elle ne parle pas, elle n’entend pas. Elle n’émet et ne perçoit aucun son. Rien. Le silence total.

Ce qui ne l’empêche pas de ressentir de la douleur physique et mentale lorsque son frère Philippe, son aîné de cinq ans, la violente.

C’est tellement facile de martyriser un être sans défense !

Jusqu’au jour où Fleur se sent animée, habitée, d’un pouvoir étrange qui lui permet de commander les objets à distance. Et c’est le drame.

La mère de Fleur ne peut qu’imaginer ce qu’il s’est passé et se tromper sur les motifs de Fleur à se rebeller.

Fleur qui est seule dans sa tête, qui ne peut communiquer avec personne, qui ne peut expliquer à personne le pourquoi de son geste. Fleur qui se rend compte que l’amour que sa mère aurait pu éprouver envers l’enfant handicapée qu’elle est, n’est plus que dans la compassion, de la pitié, de la commisération.

Dans l’hôpital psychiatrique où Fleur est internée, vivent toutes sortes d’exclus de la société, des exclus physiques et mentaux.

Fleur ayant maîtrisé son pouvoir saura semer la pagaille dans cette prison.

 

Pas franchement science-fiction, ce roman est plus axé sur l’épouvante, l’horreur, tout en privilégiant l’aspect psychologique.

Un roman terrifiant qui pourrait être un roman parabole ou prémonitoire, mais qui ne laisse en aucun cas le lecteur sur sa faim.

 

Quelques mots sur l’auteur :

Patrick Lachèze est né le 18 novembre 1957 à Clermont-Ferrand (Puy de Dôme).

Jeunesse heureuse passée sous le signe des livres qui ont toujours constitué le centre d’intérêt principal de mes jours et de mes nuits jusqu’à la rencontre de la femme de ma vie avec laquelle j’ai eu deux enfants.

Après le bac, une année en fac (psychologie) et un concours réussi : entrée dans le monde du travail et dans l’administration par la même occasion.

Le goût de la lecture étant toujours présent, ma bibliothèque s’étoffe au fil des ans et déborde dans toutes les pièces, ou presque, de mon habitation. Le temps que je parviens à consacrer à l’écriture est hélas beaucoup trop réduit, et ma production est assez dérisoire.

 

Le genre préféré de Patrick Lachèze se décompose en SF, Fantastique et Bande dessinée. Parmi les Français, ses auteurs de prédilection son t Serge Brussolo, Pierre Pelot, Jean-Pierre Andrevon, Joël Houssin, Serge Lehman ou encore Maurice Dantec. Les auteurs étrangers se nomment Dan Simmons, J. G. Ballard, Philip K. Dick, John Brunner, Theodore Sturgeon, Cordwainer Smith, Lovecraft et beaucoup d’autres.

En ce qui concerne la littérature dite générale, Umberto Eco, Perez-Reverte, Philippe Djian, Le Clézio, sans oublier les classiques : Hugo, Zola, Poe, Conrad, Sartre, Dumas, sans oublier les auteurs de la littérature populaire : Maurice Leblanc, Gaston Leroux, Ponson du Terrail, Féval…

A la question Pourquoi, il répond :

J’ai des goûts très éclectiques et je trouve autant de plaisir à lire Léon Malet ou Bob Morane (ce n’est pas un auteur mais un personnage, précision du scripteur) que Robbe-Grillet ou Margueritte Duras. Mes critères d’appréciation dépendent du plaisir, évasion pure ou jouissance plus intellectuelle, que procure la lecture de tel ou tel ouvrage. Il est cependant évident que la SF et les romans dits populaires ont souvent ma préférence, car ils se dévorent et je suis un lecteur boulimique.

 

Je précise qu’il est également l’auteur de deux nouvelles :

L'Amour qui s'en va est comme la mosaïque hermétique et fragile de l'agonie d'un cosmonaute. Miniature n° 1, octobre 1989.

Le Chasseur. THX 1138 N°1. 1997.

(Portrait établi d’après une correspondance avec l’auteur le 23 septembre 1998).

Patrick LACHEZE : Fleur. Collection Anticipation N°1703. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1989. 192 pages.

ISBN : 2-265-04170-X  

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1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 05:36

Il était une fois… dans trois mille ans !

Kurt STEINER : Aux armes d’Ortog.

Jeune berger, Dal Ortog est chargé de surveiller le troupeau de mégathériums parti pâturer dans les bois environnant le village de Galankar. Une occupation qui demande son attention car les mouches, aussi grosses que des mains s’attaquent aux yeux des imprudents. Heureusement il possède un masque aux multiples usages. Quant aux hybrides, il les repousse à l’aide d’un coagulant.

Mais ce jour là, lorsqu’il rentre au village, tout est calme. Trop calme. Son père, âgé de soixante ans, vient de décéder. Soixante ans c’est jeune, pourtant le Maisonnier-Banneret Jaral Kerr Jaral lui parle de sénescence, euphémisme pour désigner la vieillesse.

Trois clans s’affrontent ouvertement ou non. Les nobles, les prêtres et les Sopharques, par doctrines interposées, dont celles de la gérontologie. Et lorsque le prêtre Akar, lors de son homélie parle de Rédemption, de Félicité suprême, de fallacieux amour de la vie terrestre, Dal jure de lutter pour sa race et quitte la cérémonie funèbre. Il n’accepte pas l’attitude de résignation de la plupart de ceux qui composent l’assistance, et naturellement, il est recherché pour sacrilège par Jaral Kerr Jaral lui-même, qu’il considérait comme son ami.

En réalité, c’est pour mieux le soustraire à la vindicte des nobles et de la prêtrise et en compagnie de quelques fidèles et de Jaral Kerr Jaral, Dal s’enfuit juché sur un Equus (une nouvelle race de cheval) vers Lassénia, la capitale.

Mais les épreuves en tout genre s’élèvent devant la petite troupe. Les Mlols, les hybrides, des habitants d’autres villages, et la cohorte armée partie à leur recherche déciment les compagnons de Dal qui parvient presque seul à la capitale. Et ses aventures ne s’arrêtent pas là car prisonnier, il doit affronter d’autres prisonniers dans une arène puis il sera promu Chevalier-Naute avec la mission de se rendre dans les environs de Bételgeuse, en tant que commandant d’un d’équipage composé de différents soldats et scientifiques à la recherche de documents sur le passé et vérifier la présence ou non du Prophète.

 

Kurt Steiner nous offre avec Aux armes d’Ortog un roman hybride jouant aussi bien sur les thèmes de l’anticipation et de la science-fiction que sur celui de la fantasy.

L’action est censée se dérouler à l’aube du cinquantième siècle (et non au XXXe comme écrit sur les quatrièmes de couvertures des rééditions chez Robert Laffont et J’Ai Lu), et deux cent cinquante ans après la Guerre Bleue qui a anéanti une grande partie de la population répartie sur les trois planètes, Terre, Mars et Vénus. Non seulement les habitants ont subi les conséquences de cette Guerre, mais elle a également effacé les traces des civilisations des millénaires précédents.

Tout en possédant des armes et du matériel sophistiqué, les survivants qui peu à peu repeuplent la Terre oscillent entre âge médiéval et civilisation avancée. Pour preuve les mégathériums qui constituent les troupeaux d’élevage, mais également les joutes organisées dans des arènes et qui font penser aux combats de gladiateurs romains, mais dans des conditions quelque peu différentes, adaptées à l’époque. D’où ce côté fantasy avec combats épiques à l’aide d’arcs, et une épreuve se déroulant dans un labyrinthe dans lequel les participants se dirigent ou se perdent grâce à un système qui pourrait être une forme de réalité virtuelle. C’est ainsi que Dal Ortog fera la connaissance d’un personnage haut en couleur, le Maisonnier-Baron Zlotan Charles Henderson de Nancy, imprégné de connaissances anciennes entre mythologie et Ancien régime et capable de décrypter des langues anciennes. Le thème de l’opéra de l’espace qui était en vogue à l’époque n’est pas omis non plus avec cette mission vers Alpha du Centaure et Betelgeuse à bord d’un engin sophistiqué.

Mais l’aspect scientifique et épique ne pourraient se satisfaire de cette intrigue que si une idylle amoureuse ne se glissait dans entre une jeune fille, celle d’un notable de la capitale, et Dal Ortog, le jeune berger déterminé à l’ascension fulgurante dans la hiérarchie sociale.

Quant au titre de ce roman, il se justifie par le blason que devra se choisir ce jeune homme lors de sa nomination comme Chevalier-Naute, ce qui nous ramène à la période médiévale.

Réédition : Collection Ailleurs et demain. Editions Robert Laffont. Parution 1975.

Réédition : Collection Ailleurs et demain. Editions Robert Laffont. Parution 1975.

Réédition : Collection science-fiction J’ai Lu. 1er trimestre 1981.

Réédition : Collection science-fiction J’ai Lu. 1er trimestre 1981.

Kurt STEINER : Aux armes d’Ortog. Collection Anticipation N°155. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1960. 192 pages.

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24 décembre 2019 2 24 /12 /décembre /2019 08:38

Les Survenants, c’est comme des Revenants qui ne seraient pas nés… !

René REOUVEN : Les Survenants.

S’étant rendu à Bordeaux pour des raisons personnelles, Gilbert Gréjac, psychanalyste, assiste sur les conseils d’un ami à un concert de guitares autophonique sur la dune du Pyla.

Un chien qui se promène, répondant au nom de Spirou, dont le comportement étrange l’intrigue, puis la rencontre impromptue avec une jeune femme prénommée Odélie Duchâtelet, cette musique émanant dont on ne sait d’où, cette soirée va bouleverser la vie de Gilbert Gréjac.

Peu à peu il se rend compte que non seulement sa personnalité se modifie, que ses habitudes changent du tout au tout, mais que ses souvenirs eux-mêmes prennent des chemins de traverse. Ce n’est pas tellement le fait de ne plus fumer du jour au lendemain ou de se retrouver gaucher qui le perturbent vraiment, mais d’autres indices qui le conduisent à se poser des questions.

Et que dire de cette modification de prénom en Justin sur ses pièces d’identité ainsi qu’une altération de la photographie qui le représente. C’est lui sans être lui.

Il se confie à l’un de ses confrères mais celui-ci ne peut lui apporter de réponses concrètes sur ces manifestations. Alors, il effectue quelques recherches afin de trouver où réside Odélie. Ayant découvert qu’elle vit à Saint-Guénolé dans le pays Bigouden, il se rend sur place.

Dans le grenier de sa petite maison, la jeune musicologue a installé des harpes qui vibrent sous l’action du vent. Un concert initié par l’oncle de la jeune femme, qui depuis est interné et vit dans un état végétatif.

Odélie avoue qu’elle-même a perçu de nombreuses modifications dans sa façon de vivre. Elle était de mœurs libérées, elle est devenue pudique et réservée. Ce qui entraîne les deux jeunes gens à parfois s’affronter ou au contraire à se confier. Et, tout comme Gilbert/Justin, elle est devenue Odélie/Jeanne.

Ils se rendent parfois dans l’établissement où a été interné l’oncle Philippe, qui a des sursauts, reprenant pour quelques moments ses esprits. Il a fait des recherches sur ceux qu’il nomme les Survenants, des entités qui ne sont pas nées mais attendent l’occasion propice pour investir les corps et les esprits de leurs « jumeaux ». Ainsi il est persuadé que son Survenant n’est autre qu’Antoine Galois, un descendant virtuel d’Evariste Galois, un célèbre mathématicien mort en duel à l’âge de vingt ans en 1832.

Gilbert Gréjac, lors d’une analyse avec son confrère Pojols, précise sa pensée :

Elles investiraient notre personnalité de la même façon que des émissions de radio intempestives viennent brouiller celle sur laquelle tu t’es branché, sans que tu aies manœuvré le bouton de réglage.

Tandis que pour Philippe, l’oncle d’Odélie, il émet l’hypothèse suivante :

Notre monde, celui que nous connaissons, était peut-être considéré comme virtuel par des créatures qui, derrière leurs propres écrans, ne verraient en nous que des images de synthèse.

 

Ce roman de René Reouven détone par rapport à la production habituelle de cet auteur qui pourtant avait déjà abordé le fantastique et la science-fiction, dans notamment dans Les Grandes profondeurs.

On retrouve certes l’érudition dont fait preuve dans chacun de ses ouvrages cet ancien documentaliste de l’Education Nationale, mais l’aspect historico-humoristique y est effacé au profit d’un concept psychologique.

Et je n’hésite pas à affirmer, contrairement à de nombreux critiques et chroniqueurs, que ce roman non seulement ne m’a pas intéressé mais au contraire, que je me suis ennuyé à sa lecture. Mais ceci n’engage évidemment que moi, car malgré tout cette intrigue est solide. Mais trop verbeuse, trop sérieuse malgré son contexte, trop introspective à mon goût.

Ce qui ne m’empêchera pas de lire, ou relire, d’autres ouvrages de René Reouven, surtout ses intrigues policières dans lesquels il prend le XIXe siècle comme support et met en scène personnages fictifs et réels.

 

René REOUVEN : Les Survenants. Collection Présences N°31. Editions Denoël. Parution le 24 octobre 1996. 256 pages.

ISBN : 2-207-24370-2

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7 décembre 2019 6 07 /12 /décembre /2019 05:39

Oh Marie si tu savais Tout le mal que l'on me fait…

Jeanne DESAUBRY : Point de fuite.

Enceinte de sept mois ou sept mois et demi, Marie est effondrée. Elle n’a plus de nouvelles de René depuis deux jours. Pourtant, il lui avait téléphoné le 23 novembre 1980, se montrant comme à son habitude, s’inquiétant de la santé de son fils à venir. Car nul doute, pour lui, ce sera un fils.

Marie se morfond, tricotant de petits chaussons en laine jaune, la couleur du maillot des vainqueurs du tour de France. S’il n’est pas vainqueur, au moins René est l’un des équipiers de l’Artiste. Il est le régisseur de Coluche qui ose se présenter à la présidentielle, affrontant les ténors de la politique. Il a quand même sa voix à faire entendre même si certains se gaussent. Mais je m’éloigne du sujet. René.

Alors elle téléphone à Dany-la-hargneuse, la légitime, la mère de ses filles. Elle non plus n’a pas de nouvelles de René. Elle l’a vu le dimanche soir et depuis plus rien. Et de plus René ne lui avait pas dit que Marie était enceinte.

Elle n’obtient aucune réponse concrète auprès de Jim, qui gravite dans l’entourage de l’Artiste, mais rien. Ils ont même téléphoné aux hôpitaux, pas de René. Enfin la police se manifeste. Et les nouvelles ne sont guère réjouissantes. Pas réjouissantes du tout même. René a été retrouvé, mort, dans un terrain vague de la banlieue de Paris. Selon les premières constatations, son corps a été transporté après son assassinat.

Marie n’a qu’un recours. Sa mère qui n’hésite pas à la retrouver chez elle. Le père aussi, mais la mère, c’est comme une confidente à qui on ne cache rien, ou presque. Ce n’est pas comme les autres, Jim, Nino le chauffeur de vedette qui pour l’heure trimbale Thierry l’imitateur. La mort de René, elle, n’est pas une imitation.

Et le 26 novembre, un mercredi, elle se rend à la convocation du 36 Quai des Orfèvres. Elle est accompagnée de ses parents. Ils sont reçus par Marc Perrin, celui qui est venu chez elle. Elle le reconnait. Et puis elle aura affaire aussi avec Vallois, le Janséniste, et un peu plus tard avec Sargent. Qui ne rit pas malgré la chanson. Le rire du Sargent.

Le début d’une longue descente aux enfers pour Marie qui peut compter sur Maman, comme s’obstine à dire Perrin. Quant à elle, il l’appelle Marie, tout simplement. Comme s’il s’agissait de quelqu’un qu’il connait depuis longtemps. C’est vrai qu’elle est jeune, Marie. Un peu plus de vingt ans. Dix-huit ans d’écart avec René Gorlin. Son amant, le père de son futur enfant.

 

Marie est victime de rumeurs et d’insinuations malveillantes, de racontars, de dénis, d’omissions, tout autant de la part des petits valets de l’Artiste que de Dany la légitime. Sans oublier les journalistes, ces rapaces de l’information. Et même elle, la première qui oublie de raconter certains faits qu’elle juge de peu d’importance. Mais ce n’est que son jugement. Des faits divers, des faits d’hiver, alors que Noël approche et que Marie s’inquiète pour son gamin.

Et on suit tout au long du récit, un style télégraphique, haché, heurté, la plupart du temps, Marie dans ses déambulations, dans ses pensées, dans ses affres, ses meurtrissures.

Un récit adapté d’une histoire vraie, qui montre le désarroi d’une jeune parturiente primipare, avec ses personnages fictifs et réels.

Une affaire qui fit du bruit à l’époque, mais souvent chassée des chroniques et des mémoires, par l’aura de l’Artiste. Par sa volonté de se présenter à la Présidentielle, aux remous que cela a suscité et qui ont éclipsé tout ce qui gravitait autour. Une affaire qui conduira peut-être celui qui est mort quelques années plus tard d’un accident de moto à se retirer de la compétition. Car bien des zones d’ombres restent en suspens, alimentées là encore par de fausses révélations ou de justifications erronées. Et on pourrait croire que quelqu’un porte le bonnet dans cette affaire, comme l’aurait dit un certain Christian.

Un ouvrage poignant et émouvant qui trouve sa justification dans la dédicace placée en début de volume mais que je me garde bien de vous dévoiler, afin de garder le suspense.

Edition du Horsain : Version papier. Parution le 1er décembre 2019. 260 pages. 6,90€.

Edition du Horsain : Version papier. Parution le 1er décembre 2019. 260 pages. 6,90€.

Jeanne DESAUBRY : Point de fuite. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution le 1er décembre 2019 Version numérique 199 pages. 4,99€.

Edition du Horsain : Version papier. Parution le 1er décembre 2019. 260 pages. 6,90€.

ISBN : 978-2369070665

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3 décembre 2019 2 03 /12 /décembre /2019 05:55

Au premier temps de la valse…

de Vienne évidemment !

Jacques DECREST : Les trois jeunes filles de Vienne.

Afin d’aider un ami, et comme il n’a pas encore repris le travail, le commissaire Gilles accepte d’enquêter en tant que bénévole.

En effet il rentre de voyage et son esprit est encore embué des bons moments passés en compagnie de sa fiancée Françoise. Mais comme il ne peut rien refuser à Durand, le rédacteur en chef de l’Echo de France, il accepte de rencontrer Jean Maréchal, qui malgré son patronyme n’est que capitaine.

L’homme reçoit les deux amis chez lui. Il déplore le vol de documents qu’il avait amené chez lui afin de les étudier. Il explique que l’inventeur d’un gaz extrêmement nocif, le Z.392, avait confié les documents à la direction de l’Artillerie, où il travaille, et que son chef lui avait demandé de les examiner. Il avait glissé la chemise dans sa serviette puis était rentré chez lui, avait posé l’objet sur la table puis était reparti à un rendez-vous galant à Montparnasse. Il est rentré chez lui plus tard qu’il ne le pensait, et c’est au petit matin qu’il s’est aperçu de la disparition des documents.

Il est le seul à posséder la clé de son appartement qui n’a pas été fracturé. Il existe bien une seconde clé, avoue-t-il avec réticence, mais il l’a confiée à celle avec qui il avait rendez-vous. Elle ne l’a pas quitté de la soirée.

M. Gilles et son ami Durand se rendent le lendemain soir à Montparnasse et après quelques tentatives infructueuses, découvrent enfin Maréchal en charmante compagnie dans un bar. Sa compagne se nomme Erika Rousnyak et à un certain moment elle est appelée au téléphone. Maréchal aperçoit les deux hommes et ne peut que les inviter à sa table. Revenue Erika, annonce qu’elle doit partir rejoindre un certain Ianosh Ergstein, son cousin, qui lui-même s’en va le lendemain et elle doit le charger de quelques commissions pour ses parents.

Maréchal a fait la connaissance d’Erika Rousnyak sur un bateau qui remontait le Danube. Elle est Hongroise et à Paris elle s’est installée à Auteuil dans un atelier d’artiste où elle s’adonne, irrégulièrement à la sculpture.

Le lendemain le commissaire Gilles prend le train pour Vienne. Dans le train de nuit il repère Ergstein. Un vieux monsieur, habillé en jaquette, et sa femme, imposante dame, véritables caricatures d’un couple à la Dubout, sont également présents. A Salzbourg, Ianosh interpelle sur le quai une jeune femme, Maridi, et le policier les perd de vue. Il retrouvera leur présence au wagon-restaurant, ce qui lui permet de faire connaissance de Maridi.

Il côtoiera ainsi Maridi mais également deux autres jeunes femmes, toutes originaire d’Hongrie, une châtain, une rousse et une brune, à Vienne, ainsi que ce monsieur Boudier qui se prétend touriste mais sera souvent présent, trop souvent, sur son chemin. Heureusement le commissaire Gilles possède à Vienne un vieux copain Franzl, qui lui sert de guide et d’interprète.

 

De roman policier, Les trois jeunes filles de Vienne plonge insensiblement dans le roman d’espionnage, mais c’est l’atmosphère qui prime.

Ce roman s’inscrit également dans un contexte historique et politique car de nombreuses références sont établies avec la princesse Zita, ex-impératrice, dont le retour en Hongrie serait programmé alors qu’elle a été obligée de s’exiler en compagnie de son mari l’archiduc Charles d’Autriche, en Suisse puis à Madère. Le peuple hongrois est très patriote déclare monsieur Boudier.

Il existe un parti assez nombreux qui réclame les anciennes frontières. C’est un rêve.

A quoi Gilles répond :

C’est pour les rêves que l’on meurt le plus facilement.

 

On peut rapprocher une ressemblance certaine, une similitude indéniable, dans le style littéraire, entre Jacques Decrest et Georges Simenon. Dans les tournures de phrases, dans l’état d’esprit du commissaire Gilles, dans la façon de narrer les événements, de décrire le temps ou le décor, d’exposer les impressions ressenties par le policier. Parfois dans les non-dits aussi.

Gilles était parfois comme égaré, hors de lui-même, à mi-chemin du rêve et de la réalité.

Le commissaire Gilles pense souvent à sa fiancée Françoise, c’en est même une obsession. Il lui écrit souvent lors de son départ puis de son séjour, envoyant des messages, des cartes postales, des fleurs. Le côté fleur bleue du commissaire.

Jacques DECREST : Les trois jeunes filles de Vienne. Une enquête de M. Gilles. Collection Détective N°19. Editions Gallimard. Parution 1934. 256 pages.

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9 novembre 2019 6 09 /11 /novembre /2019 05:49

Il est le seul ?

Georges MOREAS : Le flic qui n'avait pas lu Proust.

A l'école nous jouions aux gendarmes et aux voleurs, et cela ne nous empêchait pas d'être copains. Alors, pourquoi dans la vie, un flic et un truand n'auraient-ils pas une certaine sympathie, une certaine affinité, un certain respect l'un pour l'autre ?

C'est ce qui arrive entre Coppa, le gangster, et Georges Moréas, ou plutôt son double, le narrateur. Spécialiste de l'évasion, Coppa est plus qu'un voleur haut de gamme. C'est aussi un aventurier.

Et les rumeurs, qu'il ne dément pas, circulent parmi les pontifes de la police comme quoi il serait à la tête d'une immense fortune : lors de l'une de ses pérégrinations qui l'avaient mené en Afrique, il se serait approprié le trésor d'un dictateur en fuite.

Coppa lui donne rendez-vous dans un café, mais les deux hommes tombent dans un traquenard. Coppa parvient à s'échapper. Il est à nouveau arrêté alors qu'il s'apprêtait à passer la frontière espagnole sous une fausse identité. Lors de son transfert vers Paris il est abattu ainsi qu'un des inspecteurs qui l'accompagnait.

Le policer remet sa démission et part pour le Kibonda, en compagnie de la fille de Coppa afin d'exécuter ses dernières volontés. Mais il se demande quel rôle il tient dans ce drôle de jeu.

 

Roman policier tout autant que roman d'aventures, Le flic qui n'avait pas lu Proust permet à Georges Moréas de philosopher sur certains événements et sur la condition des flics, ou plutôt de ceux appartenant à certains services. Il entre dans ce roman comme une grande part de désabusement, et l'on n'est pas sans associer le narrateur à l'auteur.

Georges Moréas nous entraîne dans une ronde infernale où la manipulation est reine, mais dans un contexte nouveau, à la frange d’un système politique.

Georges MOREAS : Le flic qui n'avait pas lu Proust. Collection Les Noirs grand format. Editions Fleuve Noir. Parution janvier 1996. 328 pages.

ISBN : 978-2265057173

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20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 06:56

Et ils se cachent pour mourir ?

Frédéric DARD : Puisque les oiseaux meurent

Tranquillement installé dans son jardin, allongé sur une chaise longue, offrant au soleil de juin son visage, Laurent s’abandonne à laisser ses idées vagabonder. Il écoute les oiseaux pépier, piailler, chanter, s’ébrouer dans les ramures des arbres.

Il est tiré de son inconscience par Martine, sa maîtresse en titre, qui va passer quelques jours avec lui à Villennes, en banlieue parisienne. Lucienne, la femme de Laurent, une chanteuse aux nombreux succès discographiques, est en tournée et donc Laurent peut bénéficier d’une paix conjugale relative. Elle ne l’a jamais sermonné, mais il pense qu’elle sait qu’il a connu plusieurs liaisons après leur mariage. Comme une entente tacite.

Le téléphone sonne. Il pleure même. La gendarmerie de Lisieux annonce à Laurent que sa femme Lucienne Cassandre vient d’avoir un accident. Elle a été transportée à la clinique Sainte Thérèse. Le mieux serait que Laurent se rende sur place. Dernière petite précision : le monsieur qui l’accompagnait est décédé.

Laurent se rend à Lisieux où il obtient auprès d’un gendarme des précisions complémentaires. Et surtout de la part du chirurgien de la clinique qui lui révèle que sa femme a été touchée au foie et qu’elle est en sursit. Deux ou trois jours peut-être. Au téléphone, Bardin, l’imprésario de la chanteuse, signale qu’elle n’avait aucun gala de prévu. Ni à Angers ni à Caen.

Martine a accompagné Laurent à Lisieux et elle rentre à Villennes en tant qu’aide-soignante de la blessée. Le temps que Laurent, muni du nom du défunt, se rende près de Caen où l’homme était propriétaire d’un haras. Le père confirme que Lucienne venait assez régulièrement. Et il retrouve même posé sur un meuble un objet appartenant à sa femme.

Puis il rentre chez lui. Il est intrigué par le manège d’un oiseau, un verdier qui s’introduit dans la chambre conjugale où repose la survivante. La jalousie le taraude et il découvre qu’il aimait sa femme. Il en veut à Martine de rester à ses côtés et dans le même temps, il est content qu’elle le soutienne dans son malheur.

Seulement Lucienne, qui émerge tout doucement de son coma, ne veut pas que Laurent chasse ce volatile. Elle l’appelle même Doudou, diminutif du prénom de son amant supposé, Edouard. Pourtant elle nie avoir eu des relations avec le propriétaire du haras, avouant toutefois l’avoir rencontré afin d’acheter un cheval pour son mari.

 

La première partie de ce roman est consacrée à l’arrivée de Martine, l’annonce de l’accident de Lucienne puis aux différentes démarches effectuées par Laurent mais surtout pourrait être catalogué comme un roman sentimental. La seconde partie, au contraire, s’ancre dans un registre fantastique avec la présence de cet oiseau qui envahit la chambre et perturbe Laurent.

Mais cette perturbation n’est-elle pas engendrée par la jalousie ressentie par Laurent avec l’annonce de la mort du passager dans la voiture. Laurent est persuadé que Lucienne le trompait alors que lui ne s’est jamais gêné pour donner des coups de canif dans le contrat de mariage.

Une disposition de l’esprit favorable à des interprétations qui ne sont que des fabulations ? Reporte-t-il sur cet oiseau qui l’importune cette jalousie et ne se forge-t-il pas des idées sur une relation qui serait inexistante ?

Soin est donné au lecteur de bâtir sa propre conception de ses quelques heures au cours desquelles Lucienne sort de son coma et tient tête à son mari, défendant la présence de Doudou, alors que lui est perturbé et s’adonne à la boisson.

Le remords le ronge-t-il vraiment ou n’est-ce qu’un excès de jalousie lui insufflant des pensées négatives ?

 

Première édition : Collection Spécial Police N°241. Parution 1960.

Première édition : Collection Spécial Police N°241. Parution 1960.

Réédition Presses Pocket N°799. Parution 15 octobre 1970.

Réédition Presses Pocket N°799. Parution 15 octobre 1970.

Frédéric DARD : Puisque les oiseaux meurent. Editions Pocket. Parution 10 octobre 2019. 192 pages. 6,70€.

ISBN : 978-2266296663

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20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 06:56

Et ils se cachent pour mourir ?

Frédéric DARD : Puisque les oiseaux meurent

Tranquillement installé dans son jardin, allongé sur une chaise longue, offrant au soleil de juin son visage, Laurent s’abandonne à laisser ses idées vagabonder. Il écoute les oiseaux pépier, piailler, chanter, s’ébrouer dans les ramures des arbres.

Il est tiré de son inconscience par Martine, sa maîtresse en titre, qui va passer quelques jours avec lui à Villennes, en banlieue parisienne. Lucienne, la femme de Laurent, une chanteuse aux nombreux succès discographiques, est en tournée et donc Laurent peut bénéficier d’une paix conjugale relative. Elle ne l’a jamais sermonné, mais il pense qu’elle sait qu’il a connu plusieurs liaisons après leur mariage. Comme une entente tacite.

Le téléphone sonne. Il pleure même. La gendarmerie de Lisieux annonce à Laurent que sa femme Lucienne Cassandre vient d’avoir un accident. Elle a été transportée à la clinique Sainte Thérèse. Le mieux serait que Laurent se rende sur place. Dernière petite précision : le monsieur qui l’accompagnait est décédé.

Laurent se rend à Lisieux où il obtient auprès d’un gendarme des précisions complémentaires. Et surtout de la part du chirurgien de la clinique qui lui révèle que sa femme a été touchée au foie et qu’elle est en sursit. Deux ou trois jours peut-être. Au téléphone, Bardin, l’imprésario de la chanteuse, signale qu’elle n’avait aucun gala de prévu. Ni à Angers ni à Caen.

Martine a accompagné Laurent à Lisieux et elle rentre à Villennes en tant qu’aide-soignante de la blessée. Le temps que Laurent, muni du nom du défunt, se rende près de Caen où l’homme était propriétaire d’un haras. Le père confirme que Lucienne venait assez régulièrement. Et il retrouve même posé sur un meuble un objet appartenant à sa femme.

Puis il rentre chez lui. Il est intrigué par le manège d’un oiseau, un verdier qui s’introduit dans la chambre conjugale où repose la survivante. La jalousie le taraude et il découvre qu’il aimait sa femme. Il en veut à Martine de rester à ses côtés et dans le même temps, il est content qu’elle le soutienne dans son malheur.

Seulement Lucienne, qui émerge tout doucement de son coma, ne veut pas que Laurent chasse ce volatile. Elle l’appelle même Doudou, diminutif du prénom de son amant supposé, Edouard. Pourtant elle nie avoir eu des relations avec le propriétaire du haras, avouant toutefois l’avoir rencontré afin d’acheter un cheval pour son mari.

 

La première partie de ce roman est consacrée à l’arrivée de Martine, l’annonce de l’accident de Lucienne puis aux différentes démarches effectuées par Laurent mais surtout pourrait être catalogué comme un roman sentimental. La seconde partie, au contraire, s’ancre dans un registre fantastique avec la présence de cet oiseau qui envahit la chambre et perturbe Laurent.

Mais cette perturbation n’est-elle pas engendrée par la jalousie ressentie par Laurent avec l’annonce de la mort du passager dans la voiture. Laurent est persuadé que Lucienne le trompait alors que lui ne s’est jamais gêné pour donner des coups de canif dans le contrat de mariage.

Une disposition de l’esprit favorable à des interprétations qui ne sont que des fabulations ? Reporte-t-il sur cet oiseau qui l’importune cette jalousie et ne se forge-t-il pas des idées sur une relation qui serait inexistante ?

Soin est donné au lecteur de bâtir sa propre conception de ses quelques heures au cours desquelles Lucienne sort de son coma et tient tête à son mari, défendant la présence de Doudou, alors que lui est perturbé et s’adonne à la boisson.

Le remords le ronge-t-il vraiment ou n’est-ce qu’un excès de jalousie lui insufflant des pensées négatives ?

 

Première édition : Collection Spécial Police N°241. Parution 1960.

Première édition : Collection Spécial Police N°241. Parution 1960.

Réédition Presses Pocket N°799. Parution 15 octobre 1970.

Réédition Presses Pocket N°799. Parution 15 octobre 1970.

Frédéric DARD : Puisque les oiseaux meurent. Editions Pocket. Parution 10 octobre 2019. 192 pages. 6,70€.

ISBN : 978-2266296663

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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