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2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 03:56

C’est quoi la couleur du deuil, déjà ?

Maurice PERISSET : Le ciel s’est habillé de deuil.

A la suite d’une petite annonce, Fabien Duparc, aux ambitions littéraires incontestables mais pas encore exploitées, Fabien Duparc est engagé comme secrétaire par Gabriel Génébuzin.

Depuis une dizaine d’années, Génébuzin vit dans une grande villa provençale, retranché du monde. A la mort de sa femme, il a abandonné les fastes et réunions littéraires de la Capitale. Cependant les rééditions de ses œuvres ont toujours autant de succès.

Fabien est chargé de mettre de l’ordre dans ses papiers, de les classer et d’aménager au propre ses souvenirs, ses mémoires. Mais Fabien ne s’est pas présenté par hasard chez le célèbre romancier à la retraite. Cette annonce était une opportunité qu’il a su exploiter. Le jeune homme fouille, cherche, en quête d’une vérité sur ses antécédents et ceux de l’écrivain.

Outre Agathe, la gouvernante, et Félix, le chauffeur, un autre personnage, Cyril, le neveu du grand homme, vit dans cette maison isolée. Soi-disant en vacances. Mais qui est également à la recherche d’une vérité sur son passé.

De petits faits tangibles rompent la monotonie du temps qui s’écoule. Le sac de Fabien est fouillé ; en pleine nuit un individu farfouille dans sa chambre ; Génébuzin disparaît mystérieusement pendant quelques jours ; ses livres sont abondamment annotés et les papiers que Fabien trie ne semblent pas tous écrits de la même main. En brûlant des archives dans la cheminée, Génébuzin manque mettre le feu à la villa.

 

Dans ce suspense habilement agencé, Maurice Périsset griffe au passage certaines pratiques éditoriales et exploite une affaire qui alimenta quelques années auparavant les coulisses littéraires.

Une affaire qui mit aux prises une brave dame de province et un intellectuel célèbre. Uns histoire qui connut un certain retentissement mais ce n’est pas un cas isolé.

Cependant, à la lecture de ce roman, j’ai ressenti comme un décalage entre le début et la fin. D’ailleurs si l’on s’en réfère à certains événements décrits dans ce roman, l’action devrait se situer en 1973/1974. De là à supposer que Maurice Périsset avait commencé à rédiger ce roman à cette époque, et que, pour une raison ou une autre, il l’a remisé dans un tiroir et l’a complété ultérieurement, il n’y a qu’un pas.

A moins qu’il s’agisse d’une réédition mais rien dans mes recherches bibliographiques ne corrobore ces suppositions.

Une fois de plus j’ai été envoûté par l’écriture sobre et émotionnelle de Maurice Périsset. Un univers intimiste qui se déroule quasiment en lieu clos, dénué de scènes de violence et d’érotisme, tant pis pour les mateurs amateurs.

Ce qui prouve qu’un véritable écrivain, qu’un auteur comme Maurice Périsset peut accrocher le lecteur, le tenir en haleine sans utiliser d’artifices, de subterfuges.

Maurice PERISSET : Le ciel s’est habillé de deuil. Collection Suspense. Editions Hermé. Parution 1er avril 1991. 270 pages.

ISBN : 978-2866651398

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20 juin 2020 6 20 /06 /juin /2020 03:57

Il y en avait une de trop !

Louis C. THOMAS : Pour le meilleur et pour le pire.

Professeur de philosophie dans une institution versaillaise, plus par occupation que par besoins financiers réels, Hervé Savenay est dans le box des accusés, soupçonné d’avoir tué sa sœur, avec laquelle il vivait dans leur maison de Saint-Cloud. Le mois de juillet commence vraiment mal pour lui.

Anne-Marie, âgée de quarante ans alors que lui en a vingt-neuf, a élevé son frère depuis la mort tragique de leurs parents. Seulement, il a commis l’impensable : il s’est marié deux ans auparavant avec Catherine. Une union qui déplaisait fortement, pour ne pas dire plus, à Anne-Marie qui a toujours considéré Hervé comme son bien. Possessive, jalouse, elle n’a jamais accepté l’intruse dans le domicile familial. Elle avait tellement couvé son petit frère que celui-ci était vierge lorsqu’il a couché pour la première fois avec Catherine, qui lui a tout appris. Mais n’entrons pas dans les détails, cela relève de la vie privée.

Or début mai, Catherine est partie avec son bagage au bout du bras, et depuis Hervé n’a jamais eu de nouvelles de sa femme. Il a demandé à une officine de détectives privés d’enquêter, payant assez grassement pour des résultats maigrelets.

Il est au bout du rouleau mentalement, d’ailleurs il est suivi par un docteur qui lui préconise des calmants susceptibles de lui remettre les neurones dans le bon ordre de marche. Et un soir, il décide de se suicider. Ni plus, ni moins, à l’aide d’une arme à feu provenant de son père. C’est à ce moment qui aurait pu être fatal et en même temps une délivrance, que surgit hors de la nuit, non pas Zorro mais un homme qui prétend s’appeler Ribérac et être détective privé.

Au compte-gouttes et promesse de gros billets à l’appui, Ribérac prétend pouvoir fournir des informations, alors que lorsqu’il était employé dans l’officine, il n’y avait jamais eu de résultats probants. Comme depuis il a donné sa démission, il est libre. Hervé accepte ce marchandage afin de pouvoir remonter la piste de Catherine et retrouver sa femme.

Anne-Marie confisque le Browning dont voulait se servir Hervé et le cache afin qu’il ne récidive. Ribérac revient à la charge et lui remet un bijou de famille qu’Hervé avait offert à Catherine. Une preuve selon le détective qui affirme avoir rencontré début mai la jeune femme. Une collègue de Catherine se manifeste, affirmant elle aussi avoir rencontré en coup de vent sa copine début mai, et bientôt entre Nathalie, c’est son nom, et Hervé, les atomes sont tellement crochus qu’ils se retrouvent dans le même lit.

 

Louis C. Thomas est, était puisqu’il est décédé le 10 mai 2003, le spécialiste du roman policier de suspense psychologique mais pas que. En effet il fut l’auteur de nombreuses pièces radiophoniques dans le cadre des Maîtres du mystère, et le scénariste de nombreux scenarii pour la série télévisée des Cinq dernières minutes.

Peu de personnages dans ce roman, comme souvent, et qui fait penser un peu à une pièce de théâtre. Tout tourne autour d’Hervé, le personnage principal, de sa sœur Anne-Marie, de Ribérac le détective privé et de Nathalie, la jolie et accueillante collègue de Catherine. Plus quelques personnages, des seconds rôles, plus particulièrement à la fin, dans le prétoire.

Et l’épilogue ne manque pas de suspense, car si Hervé est accusé d’avoir tué sa sœur, ce dont il se défend, le fantôme de Catherine est omniprésent.

 

Louis C. THOMAS : Pour le meilleur et pour le pire. Collection Les Maîtres de la Littérature Policière. Editions du Rocher. Parution février 1985. 246 pages.

Première édition : éditions Opta. 1976.

ISBN : 9782268003528

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6 juin 2020 6 06 /06 /juin /2020 04:04

Et maux croisés ?

Odile GUILHEMERY : Portraits croisés.

Licencié, ce qui ne veut pas dire qu’il possède de nombreux diplômes mais qu’il vient d’être débauché de l’entreprise parisienne où il travaillait, Mathieu Desaulty est rentré au pays, chez papa et maman, à Berck.

Ses parents, le père ancien brigadier de police, sont octogénaires tandis que lui n’a que trente et un ans. Pour autant la différence d’âge n’est pas un obstacle insurmontable pour l’amour filial. Mathieu erre dans les rues de Berck, une habitude matinale prise dès son retour, parcourant le même itinéraire. Et ce matin là, il est abordé par un vieil homme qui lui demande de l’aider à relever sa femme qui vient d’avoir un malaise.

Mathieu se rend donc dans l’appartement du couple, qui est situé au rez-de-chaussée d’une résidence, puis la conversation s’engage tout en dégustant café et croissants. L’homme se nomme Paul Slama, et sa femme, qui approche des quatre-vingt-dix ans, se prénomme Monica. Entre eux ils parlent une langue étrange, le chelha, une langue berbère de Tunisie.

Tout comme le père de Mathieu, Paul Slama avait eu envie de partir à Chicago dans les années 1950. Le père de Mathieu jouait dans un petit orchestre de jazz, du saxo, en compagnie d’un certain Paul Ducroquet qui lui officiait à la batterie. Mais ce Paul Ducroquet est décédé comme sa femme Anna, dans un accident de voiture. Anna était la tante de Mathieu, la sœur de sa mère. Paul Slama confie également que lui et sa femme sont victimes du racisme d’une certaine Sylvette Cholu.

Une photo accrochée au mur attire l’attention de Mathieu. Il pense qu’il s’agit de la fille du couple, mais c’est Monica qui figure sur le cliché. Une Monica jeune mais le photographe ne l’a pas mise en valeur. Il s’est loupé pense Mathieu. Les confidences s’enchainent. Le couple a eu un fils, Louis, qui vit à Londres, tandis que Monica a connu son heure de gloire dans les années 50 comme modèle dans des revues de mode, pour des romans-photos, et même dans des pièces de théâtre et de petits rôles au cinéma.

En sortant de ce petit immeuble, le regard de Mathieu est attiré par la pancarte proposant la location d’un appartement, proposé par l’étude notariale de David Grandet. Les Grandet sont des familles de notables à Berck. Notaire pour Henry Grand, d’autres Grandet sont pharmaciens ou gèrent un magasin d’optique.

Or, Henry, de son nom Grandet, n’est autre qu’un ami du père de Mathieu, et faisait partie du trio de jazz, étant affecté au piano. Intrigué, Mathieu retourne dans l’entrée de la résidence. Il n’existe aucune boîte à lettres portant le nom de Slama, mais il y en a une au premier étage attribuée à Sylvette Cholu-Grandet. La fameuse Sylvette dont se méfient les Slama, et qui traîne derrière elle une réputation sulfureuse, connue comme le loup blanc à Berck.

 

Les principaux personnages sont présentés, ou presque, car d’autres évoluent dans cette intrigue qui s’avère être un puzzle, ou un labyrinthe patronymique. Une intrigue qui prend sa source dans les années 50, et pour certains épisodes un peu avant même, et dont les différentes pièces sont un assemblage de quelques familles, unies les unes aux autres par des liens familiaux ou non, mais qui possèdent ensemble un lourd passé meurtrier.

Peu à peu, le lecteur entre dans cette histoire complexe, voire compliquée, dans des allers et retours entre avant-hier et aujourd’hui, s’immisçant dans des secrets de famille, ouvrant les placards et découvrant des cadavres. Un jeu de miroir déformant que Mathieu essaie de comprendre, le passé et le présent s’amalgamant.

Un bon roman dont le suspense est maintenu, même si peu à peu l’auteur dévoile une partie de ces secrets de familles provinciales, comme des pièces du puzzle prélevées au hasard, qui s’imbriquent doucement, mais qui bientôt sont délaissées au profit d’autres pièces posées un peu au hasard dans une apparence trompeuse.

Parfois il est difficile au lecteur, je parle en mon nom personnel, de suivre tous les protagonistes de cette intrigue et il eut été bon de placer en début de roman la liste des personnages évoluant ou non, dans ce qui se transforme en partie d’échecs. Ou d’établir une sorte d’arbre généalogique, une arborescence des personnages qui parfois jouent un double jeu de substitution.

Alors entre échecs, puzzle ou labyrinthe, le lecteur a le choix du jeu qu’il préfère mais auquel il est convié par une romancière qui a maîtrisé subtilement sa mise en scène, grâce aux multiples connexions entre les protagonistes, les plaçant dans une toile d’araignée.

Odile GUILHEMERY : Portraits croisés. Le Chat Moiré éditions. Parution le 2 mai 2020. 330 pages. 11,00€.

ISBN : 9782956188346

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25 mai 2020 1 25 /05 /mai /2020 03:49

Il serait peut-être temps !

Thomas STONE : Suzanne se réveille

Ils se sont mariés jeunes, ne se connaissant guère, n’ayant aucune expérience de la vie et étant encore vierges. Mais la guerre est là qui sépare le couple.

Michel est parti durant quatre ans comme fusilier-marin dans le Pacifique. A son retour, il retrouve Suzanne sa femme qui est restée sage, et son emploi chez un notaire. Mais au bout de quelques semaines, alors qu’en épouse dévouée, Suzanne nettoie le costume de son mari, elle découvre une lettre anonyme adressée à Michel et qui débute en ces termes : Mon chéri, crois-tu que nous avons passé une bonne soirée !… Et le reste est encore plus explicite.

Naturellement, lorsque Michel rentre, plus tard qu’il ne le devrait, et qu’il lu annonce qu’il doit repartir le soir même pour San Francisco, Suzanne n’est guère satisfaite. Avant de lui remonter les bretelles, elle lui offre un whisky, s’en sert un, alors qu’auparavant ils ne buvaient jamais.

Lorsqu’elle avait rencontré Michel, elle se demandait même si un jour elle trouverait un mari. Et Michel, qui commence à se mettre en colère lui rétorque qu’elle est en train d’avouer qu’elle l’a épousé uniquement parce qu’elle voyait en lui le seul mari possible. Enfin, il accepte de dévoiler le nom de sa maîtresse. Eve (un prénom prédestiné ?) Hazen, la fille de son patron, bien connue pour ses frasques, son premier mariage, devenue une veuve joyeuse, puis remariée avec Tommy Travis, un richissime quinquagénaire (un vieux quoi !), dont elle s’est séparée une semaine après les noces, à moins que ce soit lui qui l’ai congédiée, et surtout elle est réputée dans toute la ville pour sa collection d’amants. Une nymphomane conclut Suzanne.

Suzanne sait qu’elle doit reconquérir son mari et elle se fait chatte, pensant pallier son inexpérience en s’offrant à lui. Et Michel, comme tout homme qui se sent supérieur, il la rejoint dans leur lit, mais si la nuit se déroule agréablement, ou presque, rien n’y fait. Un appel téléphonique et Michel quitte l’appartement pour rejoindre Eve et croquer la pomme ensemble. Mais il se rend compte qu’il n’est juste qu’un passe-temps pour la jeune femme et se réfugie à San Diego, s’installant dans un hôtel minable, passant ses soirées à boire.

Pendant ce temps, Travis qui doit revoir son fils Sonny, perdu de vue depuis des années, sa femme ayant déserté le foyer conjugal, demande à Eve de réintégrer leur logement afin de démontrer artificiellement que son ménage n’est pas en déliquescence comme les mauvaises langues le prétendent. Mais c’est une fausse bonne idée. Puis il demande à Suzanne de travailler pour lui, l’aidant à rédiger ses mémoires et les tapant à la machine. Seulement Sonny, qui est fiancé et va se marier prochainement, fait la cour par jeu à Suzanne. La prude et inexpérimentée Suzanne.

 

Roman d’amour ou plutôt de désamour psychologique, Suzanne se réveille est l’œuvre d’une femme, malgré ce pseudonyme masculin.

En effet sous l’alias de Thomas Stone, se cache Florence Stonebraker, auteur de très nombreux ouvrages dits romantiques dont certains ont été édités en France sous son nom et dans la même collection.

En aucun cas ce roman peut être catalogué comme érotique. Seuls, parfois, quelques allusions, et surtout les reproches que se fait Suzanne quant à son inexpérience, ou les propositions de Sonny envers la jeune femme, tournent autour du sexe, mais jamais il n’y a de descriptions érotiques.

 

Tu me reproches d’être froide, frigide, même ? C’est donc de cela que tu m’en veux, Michel ? Je ne vaux rien au lit, et tu es tombé amoureux d’une femme plus experte ? C’est ça ? Evidemment, elle a tant d’expérience et moi j’en ai si peu ! Elle n’a pas manqué de professeurs qui lui ont enseigné la technique de l’amour et moi je n’ai que toi… Voilà ma faiblesse. Peut-être que si je prenais des amants… Comme Eve Hazen…

 

Tout réside dans la psychologie des personnages, dans leurs différences, dans leurs relations sociales plus que physiques ou charnelles, dans des mises au moins parfois difficiles à avouer dans un couple.

Souvent dans les romans noirs américains, comme chez Day Keene par exemple, la femme, la plupart du temps la maîtresse, se montre nymphomane ou rouée, mais rarement l’épouse avoue n’être qu’une oie blanche. Suzanne, dévalorisée depuis son enfance par sa tante qui l’a élevée, continue à se rabaisser, physiquement et mentalement.

 

Suzanne lui apparu comme une étrangère. S’il avait changé, elle n’était plus la même non plus. Elle semblait plus mûre, plus sûre d’elle-même. Dans les petites choses, elle se montrait presque trop gentille, lui apportant son petit déjeuner au lit s’il était enrhumé, lui recommandant de prendre son manteau de pluie si le temps menaçait, semblant oublier qu’il avait fait la guerre, que diable ! Qu’il n’avait rien d’une mauviette… Oui, pour les petites choses, elle était parfaite, mais pour la grande chose, c’est-à-dire le lit, là alors… Quelle déception ! Froide, réservée, toujours un peu craintive, un vrai glaçon ! Il en vint à penser qu’elle n’avait pas le moindre tempérament.

 

Tommy Travis, qui passe lui aussi pour un homme à femmes, ne demande rien de plus que de se retrouver au calme, à lire un bon livre. Il a été jeune, a connu des conquêtes faciles, mais elles ne lui ont jamais apporté la moindre satisfaction. D’ailleurs il est aussi sage dans sa vie sexuelle que dans son alimentation et il ne boit jamais. Que du lait cacheté placé dans un réfrigérateur. Nous sommes loin de l’image du Don Juan collectionneur de bonnes fortunes et dégustateur d’alcools en tous genres.

Le reflet de l’Amérique à la fin de la guerre, narré d’une façon pudique et sobre, par une romancière qui, outre la vingtaine de romans dits conventionnels mettant en scène des femmes chastes, fut également l’auteur de plus de 80 romans de pulps-fictions lesbiens entre 1937 et 1967.

Thomas STONE : Suzanne se réveille (Passion’s Darling – 1946. Traduction de Pierre Drize). Collection Les Romans américains N°57. Editions Ferenczi. Parution 1er trimestre 1957. 96 pages.

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20 mai 2020 3 20 /05 /mai /2020 04:17

Ah si j'étais riche...

Georges DUHAMEL : Le notaire du Havre.

Âgé de cinquante ans, Laurent Pasquier, chercheur et professeur de biologie au Collège de France, entreprend de narrer l’histoire familiale. Dans le prologue de ce récit, il nous présente ses ancêtres, paternels et maternels, et quelques ramifications qui s’avèrent indispensables, non pas pour la compréhension de l’histoire, mais pour poser les bases de cette saga qui s’étalera sur dix volumes.

Né en 1881, Laurent Pasquier ne possède que peu de souvenirs de sa petite enfance. Comme tout un chacun de nous. Aussi ce que l’on peut appeler ses mémoires débutent en 1889, alors que la Tour Eiffel est à peine achevée. Son père Eugène-Etienne-Raymond, né en 1846, mais son épouse ne l’appellera que Raymond ou encore plus familièrement Ram, est employé chez Cleiss et parallèlement entame des études de médecine. Sa mère, Lucie née Delahaie, un an plus jeune, sera le pivot, malgré elle, des espoirs et désillusions subies les deux années durant lesquelles se déroule cette histoire.

Outre Laurent, il ne faut pas oublier les garçons Joseph, l’aîné, puis Ferdinand, qui précède également Laurent, et Cécile la petite dernière de deux ans, avant la prochaine qui ne naîtra quelques mois après la fin de ce tome. Il y eut auparavant deux autres enfants, Marthe et Michel, décédés en 1884 de la scarlatine, alors que Laurent n’avait que trois ans. Mais il ne s’en souvient que par les propos de ses parents.

Donc en cette année 1889, alors que les parents ont déménagé à moult reprises, établis à l’époque à Nesles-la-Vallée, Lucie reçoit un courrier du notaire du Havre, l’informant qu’à la suite du décès de la tante Augustine elle en est l’héritière. Théoriquement.

Car les deux sœurs de Lucie qui vivaient à Cusco au Pérou, sont aussi héritières potentielles. Elles ont disparu lors d’un séisme et nul ne sait si elles sont toujours vivantes ou non. Lucie va donc recevoir un tiers de l’héritage en attendant le résultat des démarches entreprises par le notaire et le consulat général de France. Sinon, il faudra attendre les trente ans requis pour les porter définitivement décédées. Autre problème, cet héritage est en grande partie composé de titres dont ne pourra disposer Lucie qu’à la majorité de ses enfants.

La famille s’installe néanmoins rue Vandamme à Paris, non loin de la Gare Montparnasse, de la rue du Maine et de la rue de l’Ouest, dans un appartement plus grand. Raymond pourra ainsi disposer de son bureau, les enfants et les parents se partageant les autres chambres, tandis que Lucie se réserve la salle pour ses travaux de couture. Ils ne roulent pas sur l’or, loin de là, mais vivent avec l’espoir d’une lettre en provenance du notaire leur annonçant la bonne nouvelle.

Parmi leurs voisins, Wasselin, un homme qui s’emporte facilement contre sa femme et surtout leur fils Désiré qu’il traite d’enfant déchu. Désiré se trouve dans la même classe que Laurent, malgré ses trois ans de plus, et les deux gamins deviennent amis. Quant à Wasselin, comptable, il change régulièrement de patron et surtout, il propose souvent des plans financiers qui s’avèrent tous plus ou moins toxiques. Ce qui n’empêche pas le père de Laurent d’écouter les sirènes financières et d’y perdre des plumes.

 

Ce premier volet de la saga familiale des Pasquier nous plonge dans les espoirs, souvent déçus, d’une famille modeste. Ils sont confrontés à la pénurie d’argent récurrente, ce qui reflète une époque, mais pourrait se décliner aussi de nos jours.

Les petites joies et les grands abattements quasi quotidiens sont narrés avec réalisme mais sans tomber dans le misérabilisme. La pauvreté est le lot de bien des ouvriers et la famille Pasquier subit les coups du sort sans vraiment se plaindre, avec une sorte de fatalité. La mère dans ces cas là ne compte plus ses heures devant sa machine à coudre, payée chichement par des couturiers qui lui confient les coupons de tissus prédécoupés ou non.

Il n’y a pas souvent de viande dans les gamelles et le plat principal consiste en lentilles, ce qui ne les gêne guère, pourvu qu’il soit agréable à l’œil du père. Alors la mère parsème par-dessus ces légumes du persil afin de donner un peu de couleur.

Raymond, sous l’impulsion de Wasselin, effectue des placements hasardeux, et l’affaire des titres de la société Incanda-Finska nous ramène à ces scandales financiers dont l’affaire du Canal de Panama et celle de l’Union générale, banque catholique française qui fit faillite lors d’un krach boursier. Un fois de plus on ne peut s’empêcher d’évoquer des affaires récentes, américaines, qui déteignirent sur les bourses mondiales. L’appât du gain facile attire toujours les plus démunis, que ce soit dans des placements boursiers ou les jeux de hasard. Un roman qui ne peut vieillir quel que soit le contexte.

Si Raymond se laisse facilement influencer par Wasselin, Lucie est plus réfléchie. Elle a la tête sur les épaules et est pragmatique devant les envolées utopiques de son mari.

Le point positif réside dans l’amitié des deux garçons, Laurent et Désiré, mais qui se clôturera tragiquement.

 

Le notaire du Havre, dont il est souvent question dans le roman, est un peu comme l’Arlésienne. On en parle, la famille Pasquier reçoit des lettres, rarement, de sa part, mais il n’apparaît jamais.

Or, justement, j’ai acheté ce roman parce que je pensais qu’il y avait une relation avec cette ville portuaire où j’ai passé mon enfance, croyant retrouver quelques images. Nostalgie…

Par certains points, ce roman pourrait être considéré comme un roman noir dont le thème serait la finance délétère, comme cela a déjà été traité à maintes reprises par Hector Malot dans Les Millions honteux, ou par Emile Zola dans L’argent. Mais les exemples ne manquent pas.

 

C’était vraiment un homme du dix-neuvième siècle qui n’a pas voulu douter du savoir souverain, de ce siècle qui a fait la sourde oreille aux avertissements de Schopenhauer et s’est plu tenacement à confondre science et sagesse.

Georges DUHAMEL : Le notaire du Havre. Chronique des Pasquiers 1. Le Livre de Poche N°731. Parution 20 janvier 1971. 256 pages.

Première édition : Le Mercure de France 1933. Nombreuses rééditions.

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18 mai 2020 1 18 /05 /mai /2020 04:39

Brantonne signant la couverture d’un Espionnage du Fleuve Noir ? C’est pas clair comme aurait Chazal !

Robert CHAZAL: La nuit des espions.

Hiver 41. Les responsables de l’antenne des services secrets allemands, basée à Londres, confient à Elga des documents confidentiels qu’elle doit remettre dans un petit village de Normandie à l’un de ses compatriotes.

Les services secrets britanniques sont sur les dents et investissent l’immeuble où se tient la réunion. Elga parvient toutefois à échapper au filet.

Aussitôt les Anglais ripostent et un agent féminin se rend en France afin de rencontrer l’espion allemand et lui fournir de faux documents. Parallèlement un agent masculin est lui aussi envoyé en France afin de prendre si possible la place du Teuton au cas où Elga parviendrait à quitter le sol britannique et accomplir sa mission.

La rencontre entre la femme et l’homme a lieu à l’endroit indiqué, mais chacun est sur ses gardes. N’est-il pas en face de l’ennemi ou au contraire de son compatriote ?

Comme le déclare Robert Hossein dans sa préface : « ...La situation est complexe. L’homme et la femme peuvent être l’un et l’autre Anglais ou Allemand. L’on voit le jeu des combinaisons : deux Anglais; deux Allemands; un Anglais et une Allemande; un Allemand et une Anglaise. Et cela sans certitude possible. Avec la complication supplémentaire des rapports sentimentaux inévitables entre deux êtres jeunes, beaux, et qui, s’ils ne sont pas de la même race géographique, sont de la même espèce humaine ; celle des audacieux, des aventuriers, des conquérants, des héros ».

 

Cette intrigue, qui se déroule quasiment en vase clos, est l’adaptation romancée du film La nuit des espions, coécrit et réalisé par Robert Hossein avec dans les rôles principaux Robert Hossein et Marina Vlady.

Sur la fiche Wikipedia de ce film, il est précisé que le scénario aurait été adapté d’après le roman La Nuit des espions de Robert Chazal, pourtant c’est bien le contraire qui s’est produit, comme l’indique toujours Robert Hossein dans sa préface. Et comme le précise le bandeau sur l’ouvrage.

Donc, puisqu’il s’agit d’une novellisation de ce scénario, le roman pêche d’un manque de liant, de lyrisme. Il est écrit d’une façon sèche, dense, froide, presque comme s’il s’agissait d’un nouveau scénario. Chaque geste, chaque action sont décrits soigneusement, mais il manque ce petit plus du romancier qui se libère d’un carcan pour en faire une œuvre originale. Il manque la sympathie, l’affection de l’auteur pour ses personnages. Il manque l’émotion.

 

Robert Chazal, né le 3 septembre 1912 à Saint-Nom-la-Bretèche (Yvelines) a été rédacteur en chef de Cinémonde, chef du service des spectacles de Paris-Presse, puis de France-Soir et du Journal du Dimanche. Critique cinématographique de France-Soir, il était président d'honneur du Syndicat de la critique de cinéma et a produit de nombreuses émissions radiophoniques et télévisées, dont Pour le cinéma. Il fut également l'auteur de romans et d'ouvrages sur le cinéma, consacrés à Marcel Carné, Jean-Paul Belmondo, Louis de Funès, Gérard Depardieu, Les années Cannes.

Cet ouvrage possède deux particularités. C’est un numéro bis dans cette collection et, une fois n’est pas coutume, la couverture n’est pas signée par Gourdon mais par Brantonne.

Robert CHAZAL: La nuit des espions. Collection espionnage N°211bis. Editions Fleuve Noir. Parution 4e trimestre 1959. 224 pages.

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17 mai 2020 7 17 /05 /mai /2020 06:38

Merlin l’Enchanteur ou le chanteur ?

Chantal ROBILLARD : Merlin enquête au Palais du Rhin.

Fief de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, le Palais du Rhin, situé dans la Neustadt à Strasbourg, connait en ce matin de fin novembre une agitation inhabituelle.

Le cadavre d’une jeune femme a été découvert dans la salle de bal de L’Empereur, ce qui n’est vraiment pas sa place. Une parfaite inconnue touchée dans le dos et en plein cœur, par ce qui semble être une lame très fine, une seringue, ou encore tout autre objet pointu qui n’est pas retrouvé, lancé d’une distance de deux mètres environ par une main ferme. Pas de trace de sang.

Interrogé, le concierge affirme que c’est une femme de ménage qui lui a signalé cette anomalie cadavéreuse dans un endroit habituellement fermé. A la demande du Commandant Merlin, le gardien des lieux s’empresse d’aller chercher la technicienne de surface qui est au sous-sol, réfugiée dans la cafeteria afin de se remettre de ses émotions. La brave dame n’aura plus l’occasion de narrer sa macabre découverte car le concierge la retrouve morte, d’une façon identique dans le local syndical. Presque. De très légères différences dans l’accomplissement du crime et du matériel employé sont relevées. Et lors de l’autopsie, des traces de coups sont relevés sur son corps.

Si l’identité de la première victime est rapidement établie, celle de la seconde reste inconnue. La femme, une quadragénaire, découverte dans la salle de bal de l’Empereur se nommait Violaine de Saint-Péry et habitait Nancy. La femme de ménage est inconnue au bataillon. Elle faisait partie d’une équipe, mais dépendait d’une boite de nettoyage suite à l’externalisation des services d’entretien. Or, cette entreprise vient de fermer ses portes sans laisser d’adresse.

Le roi Merlin et sa cour, pardon, le commandant Merlin et son équipe sont en charge de cette affaire qui débute mal. Le directeur du centre est en voyage, et les responsables des divers services sont tous en déplacement pour diverses raisons incombant à leurs fonctions. Tandis que les uns se rendent à Nancy pour enquêter sur cette madame de Saint-Péry (à ne pas confondre avec deux seins en péril) qui avait gardé son nom de jeune fille, plus prestigieux que celui de son mari, Grandidier. D’ailleurs celui-ci, paléontologue, est en déplacement dans les pays de l’Est.

C’est la mère de la jeune femme qui a en charge la garde des deux enfants du couple, et cela n’arrange guère cette égyptologue qui a un déplacement de prévu. Quant à la femme de ménage de la morte, elle travaillait au noir, dépendant d’une boîte qui a aussi mis la clé sous la porte.

Le sac à main de la nettoyeuse décédée est retrouvé dans une chasse d’eau et son identité est enfin connue. Bizarrement c’est la même ou presque que celle de la femme de ménage de Violaine de Saint-Péry. Toutes deux sont originaires de pays ayant connus de nombreux démêlés, l’Albanie et le Kosovo. Et puis Merlin se demande ce que font dans cette salle des sarcophages dans lesquels le tueur n’aurait pu se confiner.

L’arme du crime pourrait être une flèche, ou un trait, lancé à l’aide d’une sarbacane, ce qui induit que le meurtrier doit avoir du souffle. Peu à peu Merlin et son équipe composée de son adjoint Arthur, Liselotte Lance, la seule femme, qui fait équipe avec Govin, les deux H, Yvain Hummel et Elias Hamm, et Caradec et Jauffré qui tous deux ne se déplacent qu’en fauteuil roulant suite à des lésions subies lors d’attentats. Ces deux derniers sont préposés aux recherches informatiques principalement.

 

Merlin qui ne reste pas les deux pieds dans le même sabot (même en parcourant l’Alsace et la Lorraine) entend parfois une petite voix grave de femme qui s’exprime dans sa tête et le nomme Sire Merdynn. Il retrouve toutefois avec plaisir d’anciennes connaissances qui ont travaillé avec lui lorsqu’il était en poste à Paris, au fameux 36 Quai des Orfèvres, et repense souvent à l’attentat du Bataclan, dont sa fille, illustratrice de livres pour enfants, a réchappé de justesse. Il a de temps en temps des nouvelles de son fils qui pour des raisons professionnelles vit au fin fond du Canada.

Enfin c’est un grand lecteur, principalement de Donna Léon, auteur américaine à laquelle il voue un culte particulier peut-être à cause du lieu, Venise dite la Sérénissime, dans lequel évolue son personnage, le commissaire Brunetti.

 

Roman policier classique, Merlin enquête au Palais du Rhin ne possède qu’une toute petit once, représentée par la petite voix, de fantastique. Elle est développée dans la nouvelle qui suit le roman, Zoo d’Echime qui peut être considérée comme une suite.

Tout tourne autour de Merlin et de son groupe, qu’il dirige tel un patriarche. Il sait se faire aimer d’eux même si parfois il ne peut s’empêcher d’avoir un mouvement d’humeur. Il faut dire que le procureur qui au début avait été désigné et ne manquait pas de leur imposer la pression, part en vacances. Il est remplacé par la procureure adjointe, une jeune femme d’aspect fragile un peu pète-sec. Or coïncidence ou non, cette gente dame fait partie de la même chorale que Merlin, lequel en ce moment répète le Messie (mais si !) d’Haendel, avec sa voix de basse.

Les relations entre les divers membres de ce groupe prennent une extension qui va au-delà de l’enquête, car lorsque celle-ci est bouclée, ou presque, d’autres événements interfèrent, pour la plus grande joie et la surprise du lecteur, lequel entre dans l’intimité de certains des protagonistes. Ce qui fournit un aspect humain à cette intrigue.

Et entre les déplacements à Nancy, Colmar et autres lieux, les préparations du célèbre marché de Noël débutent, toujours avec cette appréhension d’attentats meurtriers.

Donc plus qu’un roman policier, il s’agit d’un roman social qui m’a fait penser aux enquêtes de Steve Carella et du 87e commissariat d’Isola, la série chère à Ed McBain.

Enfin certaines scènes de ce roman s’insèrent, ou inversement, dans Merlin et la fée des flashs publié chez Nutty Sheep.

 

Chantal ROBILLARD : Merlin enquête au Palais du Rhin. Collection Blanche N°2188. Editions Rivière Blanche. Parution mai 2020. 256 pages. 20,00€.

ISBN : 978-1612279732

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28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 03:56

Si je t’oublie pendant le jour
Je passe mes nuits à te maudire…

Maurice LIMAT : Cauchemar parfumé.

Allongé sur le divan violine du docteur Cardec, psychanalyste, l’entrepreneur Marcel Sorbier annonce sans emphase : Je deviens fou… Puis il ajoute : J’ai peur de cette femme… parce qu’elle n’existe pas !

Son père avait créé l’entreprise familiale de transports, et âgé de vingt-cinq ans, il avait été envoyé à Singapour chez des amis qui tenaient un comptoir commercial afin d’y parfaire ses connaissances. C’est là-bas que Marcel Sorbier a fait la connaissance de Lotusia, une Malaisienne sensuelle qui lui avait fait goûter une drogue dite Colora, un mélange d’alcaloïde de pavot, de chanvre, d’autres composants végétaux et même d’animaux. Selon une légende y serait incorporé du sang humain. La drogue des Dieux.

C’était il y a vingt ans, et depuis, Marcel Sorbier avait succédé à son père, s’était marié avec Florence et eut un fils, Alain, âgé d’un peu plus de dix-sept ans maintenant. Mais depuis quelques mois, non seulement il a une maîtresse, Norma, la reine du strip-tease, mais s’est à nouveau plongé dans le vice de la drogue, s’approvisionnant chez une négociante clandestine, madame Raâmbo. Et depuis il est assailli par des rêves érotiques qui se transforment en cauchemars prémonitoires délivrés par son ancienne amante la trop belle Lotusia.

C’est ainsi, cela s’est confirmé par la suite, que sa femme va tomber malade sans préciser que ce serait d’anémie, puis que son comptable, responsable d’écritures frauduleuses, s’est suicidé, ou encore d’un début d’incendie dans l’un de ses garages. Et Norma, sa maîtresse, serait-elle en danger elle aussi ?

Un soir, comme souvent, il prétexte un conseil d’administration pour se rendre au Tip et Top, un cabaret dans lequel se produit Norma. Au bar il aperçoit Mario Sonatelli, un gigolo qui est également le protecteur de Norma. Après la prestation, très appréciée des consommateurs, de Norma, il la rejoint dans sa loge. Le beau Mario est déjà présent. Sorbier est mal à l’aise, pourtant ils se comportent en amants. Ils s’embrassent et batifolent sur le divan tandis que Sorbier joue les voyeurs. Ce n’est pas la première fois qu’il assiste à ce genre d’ébats mais ce soir-là, il est en colère. Alors il se rend chez la mère Raâmbo, qui ressemble à un magot au visage grêlé par la vérole, et s’enfume de sa drogue préférée. Il rentre chez lui au milieu de la nuit et le lendemain il apprend que Norma a été égorgée dans sa loge.

L’inspecteur Farnèse est chargé de l’enquête et rapidement les soupçons se portent sur le beau Mario, qui nie toute implication dans ce meurtre. Sorbier se rend en famille dans sa propriété à Cerisiers et de s’astreindre à une cure. Seulement de nouveaux rêves l’assaillent. Il est persuadé que son fils Alain est en danger, tandis que celui-ci, alarmé par l’humeur négative, anxieuse, de son père, décide d’enquêter afin de découvrir ce qui provoque l’angoisse paternelle.

 

Cauchemar parfumé est plus un roman psychologique, qu’un roman érotique, malgré l’avertissement de la quatrième de couverture qui précise que ce livre est réservé aux adultes.

Quelques scènes supposées érotiques sont seulement esquissées et la séance de strip-tease vaut son pesant de ballons. En effet Norma arrive sur scène couverte de ballons et les spectateurs ne distinguent aucune partie de son corps. Charge à eux de dévoiler son anatomie en crevant les ballons à l’aide du bout incandescent de leurs cigarettes ou cigares.

L’engrenage infernal dans lequel est happé Marcel Sorbier est finement disséqué par Maurice Limat, qui s’attarde peut-être parfois un peu trop sur les pensées, réflexions, angoisses, de son personnage, à mettre en parallèle avec la sérénité et le désir de compréhension de son psychanalyste. Cette obsession soudaine qui se réveille alors que son voyage à Singapour date de vingt ans, obsession qui prend des formes accrues par l’inhalation de la fumée toxique, vénéneuse et parfumée provenant de la lente combustion de cette pâte qui fait penser à l’opium mais est un mélange encore plus nocif.

Et Marcel Sorbier navigue dans le doute. Et si c’était lui qui avait assassiné Norma ? Il ne se souvient de rien, incapable de dire ce qu’il s’est passé, ce qu’il a fait, entre sa sortie de chez Raâmba et son retour chez lui. Un laps de temps évanoui dans sa mémoire, et cela le tenaille, le ronge.

 

Edité une première fois en 1955, réédité chez le même éditeur en 1968, Cauchemar parfumé aurait très bien pu être intégré dans la collection Angoisse du Fleuve Noir tant la montée de l’angoisse, justement, est prégnante. Seulement il n’y pas une once de fantastique dans cette histoire, dans laquelle un homme se démène entre souvenirs et machiavélisme. Quant à l’inspecteur Farnèse, qui mène l’enquête, il apparait dans certains romans policiers publiés notamment en fascicule chez Ferenczi.

Un Maurice Limat qui nous démontre que les romans de cet auteur, adulé par certains, décrié par d’autres, tiennent la route et de nos jours ils n’ont pas perdu leur force et leur intérêt. Une intrigue presque intemporelle qui pourrait aujourd’hui, voire demain, être publiée quasiment telle quelle sans de véritables changements.

Maurice LIMAT : Cauchemar parfumé. Collection Parme 2e série. N°21. Editions de l’Arabesque. Parution 3e trimestre 1968. 224 pages.

Première édition : Nouvelle collection Eclectique N° 2. Editions de l’Arabesque. Parution 1955.

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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 05:11

…C'était sa dernièr' séance
Et le rideau sur l'écran est tombé…

Georges-Jean ARNAUD : Virus.

La séance de cinéma terminée dans le petit café de Feuilla, Bernard Maury range son matériel et s’apprête à rentrer à Rivesaltes où il est propriétaire d’un cinéma, le Rialto.

Sa petite chienne Pipette qui le suit partout n’a pas l’air en forme, et lui boit plus que d’habitude. De l’eau ou une bière car il a de la route à parcourir, vingt-cinq kilomètres environ, sur une petite route de montagne dont une partie en corniche, d’un côté le flanc de la montagne, de l’autre un ravin. Un seul véhicule peut circuler, toutefois un emplacement pour se garer est prévu.

Il se retrouve nez à nez avec son employé, Aguil, lui aussi projectionniste et était dans un village, qui lui propose de l’éclairer à l’aide d’une torche par l’arrière de son véhicule. Maury entame la descente à reculons mais bientôt dans un virage, Aguil, dont l’action était préméditée, se déplace légèrement sur la gauche, induisant dans l’erreur Maury. C’est la chute fatale. Aguil descend afin de se rendre compte. Maury est bien mort, mais la petite chienne Pipette a disparu. Il met le feu au véhicule puis rejoint Rivesaltes, la conscience tranquille, presque.

Car les gendarmes, en la personne de l’adjudant Millet est déjà là, prévenus par des voisins qui ont aperçu le début d’incendie. Aguil prétexte une panne pour justifier son retard.

Mais pour François Maury, le frère de Bernard, l’accident a été provoqué. Les mêmes conclusions que l’adjudant. Juste des suspicions, pas de preuves pour étayer leurs soupçons.

François, étudiant en médecine, était chez son frère, et sa belle-sœur Michèle, pour passer ses vacances. En réfléchissant, il constate quelques anomalies dans le récit d’Aguil, d’autant que celui-ci est proche de Michèle. Trop proche. Et une pointe de jalousie s’enfonce dans le cœur de François qui en compagnie de l’adjudant Millet va enquêter. Sa conviction est forgée. Aguil est coupable et Michèle peut-être sa complice. Mais il lui faut retrouver Pipette afin d’étayer certaines de ses conjectures. Et le comportement d’Aguil, maladif peut-être du paludisme, lui offre de nombreuses questions à creuser.

 

Georges-Jean Arnaud avec ce roman entamait sa fructueuse collaboration dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir, son deuxième roman dans cette maison d’éditions après L’enfer des humiliés dans la collection Grands romans.

Déjà il fait montre d’une grande maîtrise dans la construction de ses intrigues, mais il faut avouer que depuis une décennie il avait fourni de très nombreux romans policier, d’espionnage ou de charme, pour l’Arabesque ou Ferenczi.

Il trouve son style, unique, mettant en scène peu de personnages et s’attachant surtout à la psychologie des différents protagonistes, sans pour autant négliger l’intrigue. Si un gendarme évolue dans cette histoire (deux ou trois car en de certaines occasions l’adjudant Millet met à contribution ses hommes), on ne peut pas parler d’enquête policière à proprement parler. C’est François qui se tape pratiquement tout le boulot, se déplaçant, et surtout tentant d’asticoter Aguil et Michèle par ses propos soupçonneux, afin de les amener à se dévoiler.

Le titre de Virus, adapté pour l’intrigue, est toutefois trop révélateur, et enlève au lecteur le charme de la déduction et de la découverte.

 

Georges-Jean ARNAUD : Virus. Collection Spécial Police N°226. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1960. 224 pages.

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16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 05:32

Certifié sans OGM !

COLETTE : Le blé en herbe.

Dans ce roman de 1923, Colette, alors âgée de cinquante ans, narre tout en pudeur les approches amoureuses et sexuelles de deux gamins, Phil, seize ans, et Vinca, quinze ans. Mais cela ne se circonscrit pas à ces relations d’enfants se connaissant depuis leur naissance, se côtoyant à Paris, et qui se retrouvent ensemble dans une grande maison non loin de Cancale avec leurs parents pour les vacances estivales.

A cet âge où l’adolescence commence à trouver en leur cœur des bourgeons amoureux, Phil et Vinca jouent, pêchent les coquillages, se disputent parfois pour des fadaises, mais sont comme des amants platoniques. Ils découvrent qu’ils s’aiment alors que depuis des années pour eux c’était l’amitié qui prévalait.

Il suffit qu’un jour, alors que Phil se promène seul, il est abordé dans la campagne par madame Dalleray, la Dame en blanc, une trentenaire qui a loué une maison pour l’été non loin de la leur. Elle s’intéresse au garçon et peu à peu celui-ci va la retrouver chez elle. Elle sera son initiatrice et le déniaisera. Mais Vinca s’aperçoit de ce manège nocturne. La Dame en blanc repart chez elle et entre les deux enfants, la jalousie et l’amour se disputent la prépondérance. Et les parents dans tout ça ? Ce sont les Ombres comme les appellent Phil et Vinca. Des personnages secondaires, très secondaires.

Ce roman sera diversement apprécié par les tenants de la morale, alors qu’il n’y a rien, sauf un ou deux passages légèrement suggestifs, et le film qui en sera adapté en 1954 sera également sous les feux des critiques négatives.

 

« Avec Le Blé en herbe, Autant-Lara retrouve ses ennemis de base. Les intégristes de tout poil se déchaînent. Ainsi, une association baptisée « Cartel d’action morale et sociale à Paris » lui envoie ce texte "gratiné" : « Votre projet, tiré de l’œuvre de Colette, nous déplaisait en raison des répercussions morales néfastes que ne pourrait manquer d’avoir un tel film sur l’ensemble de la jeunesse de notre pays. Du reste, nous songions déjà à le dénoncer aux autorités lorsque nous avons appris par la presse que vous renonciez à la réalisation de ce film, par suite de l’état de santé d’Edwige Feuillère ». Malheureusement pour nos censeurs autoproclamés et heureusement pour le cinéma, le film se fera, en 53, avec une Edwige Feuillère qui a retrouvé sa robuste santé. Colette qui assista à la première projection publique ne cacha pas sa satisfaction. La critique accueillit le film sans enthousiasme mais la jeunesse s’y précipita en masse. En ce milieu des années cinquante, Le Blé en herbe fit beaucoup pour l’éveil de la sexualité des adolescents « coincés » dans une France encore bien puritaine. »

— Francis Girod, Discours prononcé lors de sa réception sous la Coupole en hommage à Claude Autant-Lara

 

Depuis les mœurs ont évalué, et les amours enfantines ne choquent plus guère, sauf quelques bigots confits dans leur méconnaissance de la vie. Pourtant de nos jours comment serait accueilli cet ouvrage, qui est devenu un classique, avec le déchaînement des associations féministes ?

Un homme qui s’intéresse à une jeune fille est considéré comme un prédateur sexuel. Mais une femme qui prête son corps à une éducation sentimentale ne peut-elle être qu’une initiatrice et donc faire œuvre pie ?

 

Il est de notoriété publique que Colette, qui était anticonformiste, puisait souvent dans sa vie privée pour écrire ses romans. Peut-on imaginer que la Dame blanche ne soit autrement que Colette qui eut pour amant durant un certain temps Bertrand de Jouvenel, le fils de son deuxième mari, Henri de Jouvenel, alors qu’il n’avait que dix-sept ans. Il était né en 1903 et donc cette passade ce serait déroulée en 1920. Et Colette ayant divorcé d’Henri de Jouvenel en 1923, ce roman celait peut-être leur rupture.

 

Ce roman a été adapté au cinéma par Jean Aurenche, Pierre Bost et Claude Autant-Lara, dans une réalisation de Claude Autant-Lara, en 1954. Les principaux interprètes en furent : Pierre-Michel Beck : Phil Audebert, l'adolescent, Nicole Berger : Vinca Ferret, l'adolescente, et Edwige Feuillère : Mme Dalleray, la dame en blanc.

 

Les romans emplissent cent pages, ou plus, de la préparation à l’amour physique, l’événement lui-même tient en quinze lignes, et Philippe cherchait en vain, dans sa mémoire, le livre où il est écrit  qu’un jeune homme ne se délivre pas de l’enfance et de la chasteté par une seule chute, mais qu’il en chancelle encore, par oscillations profondes et comme sismiques, pendant de longs jours.

COLETTE : Le blé en herbe. J’AI LU N°2. Edition du 12 septembre 1978. 128 pages.

Première édition Flammarion. 1923.

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