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14 mai 2019 2 14 /05 /mai /2019 04:27

Et pourtant, il n’avait pas une dent contre elle !

Patrick S. VAST : Duo fatal.

Quinquagénaire, Geneviève vient de prendre sa décision. Elle va donner sa démission comme secrétaire médicale, profession qu’elle exerce depuis trente ans auprès de Francis Lesigne, dentiste sexagénaire exerçant à Lambersart et dont le cabinet dentaire (je précise car cabinet seul peut parfois être interprété de façon triviale) est situé dans la maison familiale. Elle va partir pour Grasse, se marier avec Norbert, lui aussi sexagénaire. Ils se sont connus par un réseau social, se sont vus durant une quinzaine de jours, et ont décidé de vivre ensemble dans le Midi de la France.

Seulement c’est un coup dur pour le dentiste qui prend le mors aux dents. Il n’accepte pas cette désaffection, et afin de la garder près d’elle, il imagine un moyen radical. La tenir captive dans l’abri antiatomique qu’avait construit son père en 1962. Abri qui depuis a été grandement amélioré, possédant toutes les commodités modernes. Seulement, ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que Geneviève doit prendre impérativement tous les soirs un médicament, son cœur flageolant.

Mais c’est qu’il y tient à Geneviève ! Alors Francis sort son ordonnancier et prescrit de sa plus belle plume illisible la panacée adéquate puis se rend dans une pharmacie. Seulement le potard ne peut lui délivrer le médicament requis pour moult raisons alors Francis se résout à demander à son ami Gérald, médecin généraliste, de lui établir une ordonnance officielle.

Norbert, l’ami de Geneviève, s’inquiète car le soir avance et elle ne rentre pas au bercail. Il prévient la police, et le jeune lieutenant Jimenez est chargé de procéder aux premières recherches. Ce qu’il effectue en dilettante. Le lendemain matin, un journal local relate cette disparition, une fugue peut-être, mais pour l’ancien commissaire Georges (les noms de famille importent peu, donc on s’en passera), donc pour l’ancien commissaire Georges c’est le prélude à une nouvelle affaire d’enlèvements.

Une enquête qui l’a tellement traumatisé cinq ans auparavant que depuis il s’est réfugié dans l’alcool et que sa femme a préféré le quitter en bouclant ses valises. Il se rend devant chez le dentiste et fait connaissance avec Géo (oui, je sais, réminiscences Mickeyennes) un saxophoniste trentenaire et aveugle qui vit seul avec sa chatte Bessie et habite juste en face du cabinet dentaire. Pendant ce temps, Gérald et Richard, autre ami de Francis, se posent des questions. Ils ont vaguement entendu parler d’un abri souterrain chez le dentiste, et ils se demandent si, des fois, leur copain ne détiendrait pas la charmante (si, si…) secrétaire médicale.

 

Avec ce roman de suspense, où la tension monte progressivement, où l’intrigue est machiavélique et habilement maîtrisée, où sans grands effets de manches, sans violence (si un peu quand même lors d’une extraction dentaire et deux ou trois épisodes nécessaires pour entretenir le suspense), le récit se déroule entre Lille et Lambersart avec une incursion à Hardelot, Patrick S. (Pour Samuel) Vast se place entre Georges-Jean Arnaud et le duo infernal Boileau-Narcejac.

Une intrigue à la facture classique, simple et pourtant dans laquelle l’auteur manipule le lecteur, rafraîchissante, qui nous renvoie au bon vieux temps des auteurs précités mais également à Louis C. Thomas (ceci n’est pas anodin car ce romancier était aveugle) et quelques confrères qui respectaient le lecteur en lui offrant une œuvre de qualité sans esbroufe.

Et on retiendra principalement le personnage du saxophoniste aveugle qui joue dans un cabaret lillois, et possède une chatte, Bessie (mais si, je vous l’ai déjà dit) dont le comportement me fait penser à Koko, le chat héros des romans de Lilian Jackson Braun.

Quant à l’univers musical qui se dégage de ce roman il évolue entre jazz et musique classique. Tout pour plaire !

 

Vous pouvez commander cet ouvrage chez votre libraire en indiquant le numéro d'ISBN signifié ci-dessous, ou en vous rendant directement sur le site, pas besoin de prendre le train, ci-dessous :

Patrick S. VAST : Duo fatal. Editions Le Chat moiré. Parution le 2 mai 2019. 256 pages. 9,50€.

ISBN : 978-2956188322

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11 mai 2019 6 11 /05 /mai /2019 04:42

Je suis du pays dont vous êtes :
Le poète est le Roi des Gueux.

Jean Richepin

Hervé SARD : Le crépuscule des Gueux.

Coincée entre la voie ferrée du RER C et le bois des Tantes le bien nommé, entre Viroflay et Chaville, s’étend une bande de terre transformée en jardins ouvriers. Cinq cabanes de jardin construites à l’aide matériaux de récupération, un potager, du linge qui sèche sur un fil tendu entre deux poteaux.

L’endroit a été surnommé le Quai des Gueux, un terrain appartenant à la SNCF qui dans sa grande mansuétude tolère cet aménagement. Cela dure depuis vingt ans, depuis que Luigi a aménagé ce camp de fortune. Capo, Krishna, Bocuse, Betty Boop et la Môme vivent dans une entente parfaite et presqu’en autarcie. Ils n’ont pas l’électricité et ont raccordé l’eau courante à un point d’eau. Parfois Bocuse, qui est le cuistot, d’où son surnom, effectue des remplacements dans une supérette tandis Betty Boop récupère les détritus dans les poubelles. Pas n’importe quoi, juste ce qu’il leur faut pour vivre. Pas de gâchis non plus chez eux. Ce sont des SDF. Sans Domicile Fiable. A moins que ce sigle signifie Sans Doute Foutus. Allez savoir.

Luigi est de retour depuis quelques mois après avoir purgé dix-sept ans de prison pour un meurtre qu’il a avoué. Il se trimballe avec un chariot de supermarché, dans lequel il emmagasine quelques bricoles. Et ce jour-là, alors qu’il rentre tranquillement, la Môme lui dit de dégager rapidement. Ce n’est pas parce qu’elle est fâchée, mais juste pour le prévenir. Trois Bleus sont venus peu auparavant et elle a peur que Luigi soit incarcéré de nouveau. Le motif réside en trois corps de jeunes femmes retrouvées sur les rails, en piteux état. En pièces détachées, très exactement. Pour la Môme c’est un dingue qui a accompli ce forfait mais elle a peur pour Luigi, à cause de ses antécédents.

Trois femmes, à quelques jours de distance. L’inspecteur Evariste Blond (prononcez Blonde comme James Bond) du 36 quai des Orfèvres hérite de l’enquête. Il en profite pour convier sa stagiaire Christelle, qui doit terminer dans peu de jours son bain dans l’antre de la Criminelle et s’ennuie copieusement à rédiger ses rapports. Il lui demande si Timothée, son fiancé qui vient la chercher de temps à autre, pourrait les aider. Christelle se défend de posséder un quelconque ami encore moins un ami, ce n’est juste qu’un sous-colocataire qui vit avec elle, un point c’est tout. Des précisions qui ne sont pas à négliger et dont se moque Evariste Blond.

Timothée va s’infiltrer, s’il le peut, dans le Quai des Gueux tandis que lui et sa nouvelle et toute fraîche adjointe vont repérer les lieux. Et pour faire bonne mesure, Sonier, Florence pour les intimes, agent des RG, est elle aussi sur l’affaire car dans sa partie c’est une spécialiste. Son travail, c’est de travailler sur les ordinateurs, à la recherche de sites plus ou moins malsain. Et il faut aussi écouter les avis du médecin-légiste. De quoi en perdre la tête.

Comme les deux jeunes femmes dont la partie pensante n’a pas été retrouvée. Un point de l’affaire à élucider, l’autre étant : meurtre ou suicide. Et s’il s’agit d’un suicide, où les têtes ont-elles pu se planquer ?

Pendant ce temps, Luigi déambule à pied avec son chariot avec en tête (oui, lui, il l’a sur les épaules) retrouver son copain Jérôme et Lula, là-bas du côté d’Ermenonville. Tout en sachant que son passage en prison, sans toucher le bonus du Monopoly, et que les Bleus qui sont à sa recherche, c’est bien pour lui mettre les morts des jeunes femmes sur le dos. Déjà qu’il y a dix-sept ans…

 

Hervé Sard bouscule les à priori, les préjugés, les opinions toutes faites sur le monde, de plus en plus débordant du cadre strict d’une cour des miracles, des mal logés, des SDF, des marginaux. De ceux qui sont rejetés par la société mais sont récupérés lors de certaines échéances. Les faire-valoir, malgré eux, d’âmes bien pensantes à des fins électoralistes.

Mais il n’entre pas dans le misérabilisme de bon aloi, il ne force pas le trait. Ce sont des personnages comme vous et moi, pas aujourd’hui penserez-vous mais demain peut-être, qui ont connu le malheur, n’ont pas réussi à surmonter les difficultés, ou ont choisi délibérément la voie de la liberté. Quelques scènes sont particulièrement significatives. Et il est démontré que les plus démunis peuvent eux aussi pratiquer la charité envers les plus riches qu’eux. En certaines circonstances. Et si le mot n’était pas un peu galvaudé, je parlerais d’humanisme.

Si je devais retenir, outre l’histoire dans son ensemble, quelques impressions de lectures, ce seraient les échanges quasi philosophiques entre Timothée et Krishna. Sur la religion, sur Dieu, ou celui qui est appelé Dieu quelle que soit la religion, et autres pensées sur le bonheur, la théorie de l’univers.

Les hommes ont créé la religion. Donc les hommes ont créé Dieu. Croire en Dieu, c’est croire en l’homme.

Ou

Il est préférable de connaître l’ignorance que d’ignorer la connaissance.

Enfin

Le plaisir est l’ingrédient d’un mets dont nul ne connait la recette.

Bien entendu, pour apprécier toute la saveur de ces citations, il faut les lire dans le contexte, mais je n’ai pu résister au plaisir de vous en dévoiler la teneur. Et comme pense Krishna :

Remuer la boue, ça ne la fait pas disparaître, et si le niveau baisse c’est qu’elle a éclaboussé.

Première édition : Collection Forcément Noir. Editions Krakoen. Parution le 17 décembre 2011. 298 pages.

Première édition : Collection Forcément Noir. Editions Krakoen. Parution le 17 décembre 2011. 298 pages.

Réédition collection Lunes Blafardes N°24. Editions Après la Lune. Parution le 24 octobre 2013.

Réédition collection Lunes Blafardes N°24. Editions Après la Lune. Parution le 24 octobre 2013.

Hervé SARD : Le crépuscule des Gueux. Collection La Gidouille Noire. Editions La Gidouille. Parution le 24 avril 2019. 15,00€.

ISBN : 979-1092842449

 

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10 mai 2019 5 10 /05 /mai /2019 04:54

La nuit est chaude, elle est sauvage…

Philippe HUET : La nuit des docks.

Quelques années après avoir vécu la réorganisation, ou le chambardement, comme on veut, dans les journaux havrais, Gus Masurier s'est vu propulsé chef des informations générales.

Une promotion qu'il vit dans un placard, mais au moins il est tranquille, attendant les dépêches, les triant, assistant au bouclage du quotidien.

L'intrusion de Philippe Maso, le fils d'un ancien confrère décédé trois ans auparavant, terminant sa vie comme un clodo, le dérange presque, l'obligeant à sortir de sa léthargie.

Selon Philippe, Franck ne serait pas mort d'un coup de pouce du destin, mais de la volonté de certaines personnes. D'ailleurs il a retrouvé un carnet sur lequel Franck avait consigné quelques notes ayant trait à une affaire de vols sur le port. Des containers seraient fracturés nuitamment et des marchandises de valeur disparaîtraient avec la bénédiction d'huiles maritimes.

Pour Gus il ne s'agit que d'affabulations, jusqu'au jour où Philippe est à son tour retrouvé nageant dans le port, une balle dans la tête. Gus prend alors le mors aux dents et décide d'enquêter, remuant la boue et prenant dans son filet de trop gros poissons pour lui. Et le pêcheur se demande s'il n'est pas lui-même une proie.

 

Nous retrouvons dans La nuit des docks le personnage sympathique de Gus Masurier, le journaliste héros de Quai de l'oubli. Ce n'est plus un simple localier, sa vie professionnelle a évolué, mais il se débat toujours dans sa vie sentimentale.

Il s'engonce dans un train-train d'où il a du mal à émerger, et son instinct de chasseur ne se réveille qu'avec difficulté. Mais tel un chien de chasse, lorsqu'il est sur une piste, il ne la lâche plus, quoiqu'il puisse arriver.

La ville du Havre, comme toute les villes reconstruites après la guerre, est froide, sans âme, et pourtant Philippe Huet nous transmet une certaine magie : la vie portuaire, avec son code de conduite, ses drames, son ambiance particulière.

Gus est un être attachant, héros malgré lui, ne se prenant pas au sérieux malgré son statut de trublion. On le retrouvera par la suite avec plaisir dans de nouvelles aventures.

Philippe HUET : La nuit des docks. Coll. Spécial Suspense. Editions Albin Michel. Parution novembre 1995. 270 pages.

ISBN : 9782226079763

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8 mai 2019 3 08 /05 /mai /2019 04:47

Une façon comme une autre de s’envoyer en l’air ?

Caroline QUINE : Alice et la fusée spatiale

Lorsqu’Alice entre dans le salon de leur maison, elle est intriguée par l’attitude studieuse de son père, maître Roy avocat dont la réputation s’étend au-delà de leur ville, River City.

Il est plongé dans la pénombre, copiant des chiffres et des lettres sur une feuille de papier. Il est tout simplement en train d’essayer de décrypter des petites annonces parues dans un journal de Floride.

Il faut avouer que les petites annonces qu’il passe au crible sont pour le moins sibyllines. Pour Alice il s’agit ni plus ni moins de messages codés qu’elle se propose de déchiffrer. Elle étudie les combinaisons possible et se rend compte qu’en extrayant les mots chiffrés 1, 5, 9 et 13 ou en prenant la première lettre de ces mots elle obtient un autre message beaucoup plus lisible celui-ci.

Cela confirme les suppositions de monsieur Roy : ces messages concernent une affaire dont il s’occupe actuellement.

Des explosifs ont été introduits dans la base de la NASA, le Centre Spatial du Cap Kennedy, dans des sacs d’oranges. Or le client de monsieur Roy, un certain Billington, qui est propriétaire d’une plantation, est suspecté d’avoir introduit les fruits dans un but de réaliser un attentat ou un sabotage. Il a été libéré sous caution en attendant de passer en jugement. Mais l’espèce d’oranges qu’il cultive ne sont pas les mêmes que celles découvertes. Seul lien avec monsieur Billington, le chauffeur qui a effectué la livraison et à présenter un papier au nom du planteur et a signé le registre.

Comme il n’a pas le droit d’exercer en Floride, c’est un de ses collègues qui va s’occuper du dossier. Alice propose de l’accompagner en compagnie de ses amies Bess, Marion et Sarah, et d’enquêter sur place. Et voilà tout ce petit monde embarquant pour la Floride. Seulement, à l’arrivée, personne pour les accueillir. La confusion est rapidement éclaircie lorsqu’enfin ils peuvent arriver au domaine. Ils sont arrivés à l’aéroport de Melbourne (Floride dois-je me permettre de préciser) alors que l’intendant du domaine, Antin Resardos, était allé les chercher à Orlando en compagnie de sa femme Tina.

Pas d’excuses et un accueil mitigé de la part du couple ce qui met monsieur Roy, ainsi qu’Alice, sinon en colère du moins sur la réserve quant à leur comportement.

Débute alors un séjour ponctué d’incidents. Tina, prétextant un mal de tête se couche et Alice et ses amies sont obligées de préparer les repas. Lorsque Marion et Bess veulent téléphoner pour prévenir leurs parents de leur arrivée, elles entendent un homme déclarer qu’il faut surveiller les faits et gestes des visiteurs. Apparemment l’appareil téléphonique est relié en plusieurs endroits. Puis explorant le domaine, elles échappent à une dégringolade de paniers d’orange dans un entrepôt. Heureusement, Ned, Bob et Daniel, les camarades d’Alice et de ses copines, doivent effectuer eux-aussi un séjour non loin. Les parents de Ned louent pour l’été une maison sur l’île Merritt, au bord de l’eau.

Pour se rendre chez madame Nickerson, la solution le plus rapide est d’emprunter un canot à moteur. Alice en déniche un et hop, tout le monde à bord et visite à la charmante dame qui leur apprend que près de chez elle, une grande demeure est à vendre et que cela pourrait intéresser monsieur Roy. Mais dans le parc de la propriété voisine, des animaux peu accueillants se promènent en liberté. Des fauves non apprivoisés gardés par un dompteur.

La visite du centre spatial est également programmée et Sarah retrouve un membre de sa famille qui y travaille. Le jeune homme se propose de leurs fournir des renseignements sur le site. Et quand elles reviennent chez monsieur Billington, Alice s’aperçoit que des photographies la représentant en compagnie de son père ont été dérobées.

 

Tout est mis en place pour donner une intrigue dont les coïncidences sont nombreuses, et les incidents provoqués pour nuire à Alice et compagnie trop abondants pour être crédibles.

Mais peu importe, cette aventure en Floride au pays des oranges et des fusées ne manque pas d’actions d’éclat, de surprises en tout genre, et d’un final détonant.

Mais cela ne remet pas en cause la série en elle-même, car sous le nom de Caroline Quine, se cache un collectif d’auteures américaines. Certaines s’en sortent mieux que d’autres c’est tout. Et puis, il ne s’agit que d’un roman pour jeunes adolescents et ceux-ci sont parfois plus conciliants, plus complaisants que nous adultes, avec toutes ces années qui pèsent sur nos épaules.

Caroline QUINE : Alice et la fusée spatiale (Mystery of the Moss-covered Mansion – 1971. Texte français d’Anne Joba). Illustrations de Jean-Louis Mercier. Bibliothèque Verte. Editions Hachette. Parution le 26 juin 1980. 190 pages.

ISBN : 2010035127

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7 mai 2019 2 07 /05 /mai /2019 04:40

Hommage à Philippe Carrèse, romancier, dessinateur, musicien et réalisateur de téléfilms dont Plus belle la vie.

Philippe CARRESE : Une petite bière, pour la route.

L’action est resserrée dans le temps et l’espace dans ce roman humoristique qu’est Une petite bière, pour la route.

Parce que son père, débitant de tabac, ne pouvait se déplacer, Lucas Rozarian se dévoue pour assister à la messe de funérailles d’Albert Scandolini. Il est l’unique représentant d’une famille dont il ne fait même pas partie.

La mise en bière est effectuée par un croque-mort larmoyant qui n’a jamais pu s’habituer à la vue de cadavres et le curé entame la cérémonie jusqu’à l’arrivée impromptue d’un individu qui déclare être le neveu du mort. Puis une femme en pleurs versant des torrents de larmes sur le cercueil clos et réclamant à voir une dernière fois son amouuuuur !

Ceci serait banal sauf si les incidents ne se multipliaient pas, si le neveu ne susurrait pas à l’oreille de Lucas qu’il va le tuer, si le chauffeur du corbillard ne leur faussait pas compagnie emportant avec lui son chargement.

 

Totalement décapant, hilarant, ce roman burlesque me fait penser au bon vieux temps où la littérature policière était considérée comme avant tout un produit de délassement, et si j’osais, je comparerais ce livre à ceux écrits par Fred Kassak.

La touche stylistique marseillaise en plus avec des dialogues imagés. Sans oublier que Carrèse a illustré lui-même ce livre à l’aide de petits croquis d’un trait de plume vif, rapide, sans prétention mais drôle.

 

Philippe CARRESE : Une petite bière, pour la route.
Philippe CARRESE : Une petite bière, pour la route.
Philippe CARRESE : Une petite bière, pour la route.

Philippe CARRESE : Une petite bière, pour la route. Illustrations intérieures de l’auteur. Collection Grand Format. Editions Fleuve Noir. Parution le 2 novembre 2002. 216 pages.

ISBN : 9782265068766

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5 mai 2019 7 05 /05 /mai /2019 08:15

Un conseil ou un ordre ?

René REOUVEN : Faites-les taire !

Assister en direct à un meurtre, cela peut entraîner de multiples et fâcheuses conséquences pour les témoins.

La première étant bien évidemment que le tueur recherche les dit témoins pour les effacer à leur tour du monde des vivants. Une seule solution : la protection de la police, à condition bien sûr que les voyeurs involontaires daignent établir auprès des forces de l’ordre un rapport circonstancié et précis de ce qu’ils ont vu.

Parmi ces témoins une petite fille et une jeune femme. La jeune femme se présenté à la police (spontanément ?) au bout de quelques jours de réflexion quant à la petite fille elle reste introuvable.

François-Frédéric Lachouan qui vit une peine de cœur, sa petite amie Véronique vient de le quitter, n’attend plus rien de la vie. Aussi quand son ami Pupenier, inspecteur de police, lui propose une mission à haut risque, il accepte.

Cela lui changera les idées. Il doit convoyer et protéger la jeune femme dans une ville sur la Côte d’Azur. Le ou les tueurs lui colleront peut-être au train et les flics n’auront plus qu’à cueillir tout ce beau monde.

 

L’occasion rêvée pour René Reouven d’écrire un roman humoristique à l’intrigue jubilatoire, pleine de rebondissements parfois désopilants.

Abandonnant le mythe holmésien, René Reouven renoue avec son personnage de Lachouan, fonctionnaire à l’Education Nationale, redoutable bretteur dialectique et caustique.

Lachouan qui a déjà eu les honneurs de deux enquêtes, dont Un tueur en Sorbonne, prend goût à ses aventures extraprofessionnelles et envisage de s’établir comme détective privé.

Un bel avenir prometteur sous la plume talentueuse, acérée, joyeusement féroce et précise de René Reouven.

 

René REOUVEN : Faites-les taire ! Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution le 12 février 1991. 204 pages.

ISBN : 978-2207238189

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4 mai 2019 6 04 /05 /mai /2019 04:08

Les épisodes se suivent mais ne se ressemblent pas...

Luis ALFREDO : Kidnapping. Itinéraire d’un flic. Episode 3.

Où nous retrouvons le commandant René Charles de Villemur assistant à une manifestation politique organisée par une femme digne descendante de son père que tout le monde reconnaitra même si je ne précise pas que celui-ci est borgne et aveugle dans son racisme.

Si de Villemur est présent dans cette réunion, c’est pour se laver le cerveau car il sait bien que ce ne sont pas les déclamations et déclarations enflammées et populistes qui vont le pousser à voter contre nature. Non il a encore l’esprit et les yeux encombrés de la vision d’un certain Vialle qui s’est suicidé.

Mais le travail ne laisse aucun répit aux serviteurs de l’Etat, et alors qu’il vitupère intérieurement contre cette bande d’oligophrènes, de lobotomisés, qui composaient l’auditoire de la sosie de Lucy Ewing (souvenez-vous : Dallas, ton univers impitoyaaaaableee !). Le scripteur de cet article ne fait que puiser dans le texte de l’auteur, mais il n’en pense pas moins que pareillement. Retournons, après cet aparté, à René Charles de Villemur qui est dérangé, téléphoniquement, par un appel de son adjoint Octave qui joue sur plusieurs games.

Octave avait été contacté par monsieur Cherelle qui désirait l’informer que sa femme Véronique n’était pas rentrée et qu’il s’inquiétait. Toutes les suppositions traversent l’esprit d’Octave mais il préfère en référer à son supérieur, René Charles de Villemur donc, car outre monsieur Cherelle, étaient assemblés dans l’appartement d’une luxueuse résidence les époux Buchan et monsieur De Saint-Mont. Une belle brochette de personnalités, sinon respectables mais possédant un grand nombre de relations, ce qui implique qu’il vaut mieux éviter les maladresses oratoires ou autres.

Donc René Charles se présente chez Cherelle (abandonnons les monsieur, cela retarde l’histoire et après tout nous ne les fréquentons pas) et aussitôt il interroge le maître de céans. De Saint-Mont se mêle de la conversation, affirmant que Véronique n’aurait pu fuguer, réclamant même que René Charles lance un avis de recherche.

Le commandant n’a de conseils, ni encore moins d’ordres péremptoires je précise, à recevoir de qui que ce soit et surtout de la part de De Saint-Mont, dont il connait les antécédents.

Toutefois et néanmoins, il va enquêter dans ce qui semble un cas à prendre avec des gants, et nonobstant l’intervention de son patron le commissaire Régénay, il va conduire cette enquête à sa façon, avec l’aide précieuse d’Octave, et les quelques indiscrétions de De Saint-Mont sur ses relations avec Véronique.

 

Le lecteur assiste en direct à l’enlèvement de Véronique Cherelle, je ne dévoile rien puisque le titre l’annonce, mais tout ce qui suit qui va attiser sa curiosité. Même s’il sait déjà quelle est la motivation de ce Kidnapping.

Tout en nuances et avec sobriété Luis Alfredo narre cette histoire qui change profondément dans le ton avec les deux précédents épisodes, tout en gardant un René Charles de Villemur aussi incisif et ironique. Et l’auteur laisse de côté la vie privée de son « héros » pour mieux se concentrer sur l’histoire et l’enquête.

Mais se pose alors la question : que nous réserve le prochain épisode, titré Emasculation (tout un programme !), de cet Itinéraire d’un flic dans la ville rose ?

A suivre…

 

Luis ALFREDO : Kidnapping. Itinéraire d’un flic. Episode 3. Feuilleton numérique. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution 23 avril 2019. 60 pages. 2,99€.

ISBN : 9791023407686

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3 mai 2019 5 03 /05 /mai /2019 06:51

Avant de se marier ?

Gregory McDONALD : Fletch se défonce

Depuis trois mois qu’Irwin Maurice Fletcher, Fletch pour les intimes, travaille pour le News-Tribune, il n’a pas vraiment réussi à s’imposer comme journaliste.

Que ce soit pour rédiger les manchettes, les notices nécrologiques ou les annonces de mariage, son anticonformisme prend le dessus et les articles ainsi rédigés ne sont guère du goût de son directeur, ni de son rédacteur en chef, ni même de ses collègues.

Pourtant, il est plein de bonne volonté, aussi Franck Jaffe, son patron, lui donne une dernière chance : interviewer Donal Habeck, avocat et mécène, qui a décidé d’offrir cinq millions de dollars au musée local. Une misère, quoi !

Mais lorsque Habeck est retrouvé dans le parking du journal, du plomb dans la tête, Fletch est dessaisi de l’enquête journalistique. A la place, on lui demande, primo de penser à son futur mariage qui doit avoir lieu dans quelques jours, secundo, d’enquêter sur une association assez spécialisée : le Service Amitié Ben Franklin.

Fletch estime que le reportage sur la mort de Donald Habeck doit lui être confié, aussi va-t-il essayer de mener de front ces trois occupations. Malheureusement pour lui certaines personnes lui mettent des bâtons dans les roues.

C’est mal connaître Fletch. Il est tenace, persévérant, malin, anticonformiste, et comme les chats, il sait toujours retomber sur ses pieds.

 

Ce roman, peut-être écrit dans un but cinématographique, est une succession de dialogues, vifs et incisifs, désopilants, et les quelques scènes d’action décrites sont dans l’ensemble burlesques et d’un comique visuel.

En lisant cet ouvrage, difficile de croire que quelques années plus tard Gregory McDonald écrira ce livre poignant qu’est Raphael, derniers jours, et dont le titre original est The Brave.

Gregory McDONALD : Fletch se défonce (Fletch Won – 1985. Traduction d’Alain Dorémieux). Collection J’Ai Lu policier N°2288. Editions J’Ai Lu. Parution le 16 février 1988. 288 pages.

ISBN : 9782277222880

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2 mai 2019 4 02 /05 /mai /2019 04:56

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants,

dans ces wagons plombés
Jean Ferrat.

Stanislas PETROSKY : Ils étaient vingt et cent…

Stanislas Petrosky, l'auteur, est jeune, trop jeune pour avoir connu ce camp de concentration dédié aux femmes, celles qui étaient rejetées, honnies, bannies par le nazisme, de par leur religion, leur ethnie, leurs idées politiques ou leur comportement sexuel, tout comme cela fut le cas pour les hommes.

Pourtant il nous entraîne dans ce cœur inhumain de Ravensbrück comme s'il y avait vécu, mais en tant qu'observateur, car on ne peut pas rester insensible devant les horreurs qui y ont été perpétrés, et en tant qu'artiste adoubé par les autorités militaires pour dépeindre des scènes macabres et terrifiantes.

Il se coule dans la peau de Gunther, l'auteur et son personnage ne faisant plus qu'un, et décrit avec des mots simples mais efficaces les sévices et brutalités encourus par ceux et celles qui ont vécu dans cet enfer.

 

Né en 1920, Gunther a quatre-vingts dix-neuf ans et, atteint d'un cancer, il sait qu'il n'en n'a plus pour longtemps. A l’Ehpad Jacques Prévert où il végète, les employés lui ont concocté une petite fête pour son anniversaire. Un verre de mousseux et un gâteau avec une seule bougie dressée dessus, faut pas trop dépenser non plus.

Mais les souvenirs affluent et il se remémore sa jeunesse puis ses longues années passées au camp de Ravensbrück.

Tout jeune, Gunther a été attiré par le dessin, qu'il pratique en autodidacte. Au grand désespoir de ses parents, au lieu d'aider à la ferme, il préfère s'installer dans la nature et se consacrer à mettre sur des feuilles ses impressions d'artiste en herbe. Il a vingt ans lorsque les nazis entreprennent la construction d'un camp près du lac où il habite. Son père le considérant comme une bouche inutile le donne à l'armée, et Gunther se retrouve à trimer sur un chantier qui deviendra le camp de Ravensbrück.

Les conditions sont dures, le travail est difficile, surtout pour quelqu'un qui préfère user d'un crayon que de la pelle.

Le commandant du camp, l'Hauptsturmfuher Koegel, est assisté d'officiers militaires féminins. Il en comprend la raison lorsque le 15 mai 1939, débarquent plus de huit-cents femmes en provenance du camp de concentration de Lichtenburg. Puis d'autres convois arrivent, et Gunther et ses compagnons doivent raser le crâne des prisonnières. Il assiste impuissant aux exactions commises sur les détenues. Il parvient à dégotter un crayon et un carnet et il commence à croquer ce qu'il voit, ce qui lui sert d'exutoire. Un jour la chef des gardiennes le surprend alors qu'il dessine les regards plein de désarroi et de détresse de ces pauvres prisonnières.

A son grand étonnement, elle apprécie ses dessins, et il est bombardé dessinateur officiel du camp, obligé d'être présent et représenter des scènes quasi insoutenables. Par exemple lorsque le chirurgien du camp dissèque des membres sur des prisonnières vivantes non anesthésiées.

Les mois passent. Gunther reste le même qu'à ses débuts, il n'est pas converti au nazisme, et ce qu'il dessine au contraire l'éloigne encore plus de ce régime tortionnaire.

Jouer un rôle, porter un masque, je ne pouvais pas faire autrement, question de survie. Pourtant vingt-cinq ans était un bon âge pour se révolter, mais cela m'était impossible, même avec la plus forte des convictions. Je n'avais aucune chance de m'en sortir face à ces déments en armes, alors je ne disais et ne faisais rien, mais je restais intérieurement le même, un opposant farouche à leurs idées, penchant du côté des opprimés et non de celui des bourreaux.

 

D'autres travaux sont entrepris, un four va être construit, et il cache dans un recoin de briques réfractaires une caisse contenant ses dessins, ceux qu'il a fait en double, à l'insu des SS et des soldats, tous plus virulents les uns que les autres, par idéologie ou par peur de se retrouver eux-aussi prisonniers. Car d'autres convois arrivent en permanence. Même des gamines, des Tsiganes, des Juifs, des sous-races comme définis par Hitler, des lesbiennes, des communistes, des droits communs, un mélange distingué par la couleur des insignes accrochés à leurs vêtements.

Un jour il participe à l'arrivée d'un nouveau convoi ferroviaire, une femme en descend et elle lui sourit. Aussitôt il tombe amoureux d'elle et il essaie de lui démontrer qu'il n'est pas comme les autres, qu'il n'est pas un soldat malgré la défroque dont il affublé, qu'il est du côté des détenus. Grâce à quelques relations qu'il s'est fait, il parvient à la placer comme couturière, alors qu'elle n'a jamais cousu un bouton de sa jeune vie.

 

Les tortures, les exactions, les supplices, les expériences chirurgicales diverses, les stérilisations féminines pratiquées même sur des gamines, les coups de schlague, les humiliations, les dégradations, les exécutions s'intensifient, surtout lorsque des rumeurs font état d'avancées de troupes russes.

Un livre âpre, rude, poignant, délivrant des images qui s'imprègnent dans l'esprit, comme si le romancier s'était mué en graveur sur cerveau.

Gunther décrit ce camp de la mort au jour le jour, souvent écœuré de ce qu'il voit, dessinant encore et encore. Il relate fidèlement souvenirs sans rien changer, sans minimiser ces années d'horreur. Il les restitue en son âme et conscience afin de montrer les effets néfastes d'une guerre déclenchée et entretenue par une idéologie inhumaine. Transmettre aux générations futures un tel témoignage sur le nazisme est faire œuvre pie, et malgré les déclarations répétées encore dernièrement d'un président d'honneur, d'horreur, il ne s'agit de détails dans un conflit. Les militants de ce parti Effet Haine devraient lire cet ouvrage afin de se rendre compte à quoi les entraînent ces idées idéologiques délétères.

Mais je doute de l'efficacité d'une telle démarche en constatant l'esprit obtus dont ils font preuve.

Ce roman est la réédition corrigée, revisitée, améliorée, enrichie de Ravensbrück, mon amour… paru aux éditions Atelier Mosesu en février 2015.

Stanislas PETROSKY : Ils étaient vingt et cent…

Stanislas PETROSKY : Ils étaient vingt et cent… Collection Grands Romans. Editions French Pulp. Parution le 11 avril 2019. 240 pages. 18,00€.

ISBN : 979-1025105412

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30 avril 2019 2 30 /04 /avril /2019 04:53

La peinture à l’huile, c’est bien difficile, mais c’est bien plus beau…

Anne-Laure THIEBLEMONT : Femme Masquée.

Lorsqu’elle rentre chez elle, Audrey Lambert est stupéfaite et suffoquée. Sa sœur Catherine est recroquevillée dans sa pièce, tenant dans ses bras un tableau de Seurat et leur femme de ménage, Ottavia, est dans le coma. Un vol sans aucun doute qui s’est mal terminé.

Catherine refuse d’alerter la police car leur père, collectionneur et marchand d’art n’avait jamais assuré les tableaux et objets de valeurs qu’il possédait, n’ayant aucune preuve d’achat. Certifications et autres papiers nécessaires pour les déclarations lui manquant. Il existe bien une alarme, mais Catherine, psychologue, la débranche lorsqu’elle reçoit ses patients.

Les deux sœurs sont totalement différentes, aussi bien physiquement que psychiquement. Et parfois cela crée des heurts. Audrey se demande bien pourquoi Catherine tient autant à ce tableau de Seurat alors que d’autres, peut-être plus prestigieux, manquent à l’appel. Audrey, qui tient un stand sur les Puces de Saint-Ouen, réparant et embellissant des objets décoratifs, n’a pas la force de caractère de sa sœur, pourtant lorsqu’elle aperçoit Jean Darrieux en compagnie de Catherine, elle peste. Elle n’aime pas celui qui fut l’associé de son père.

Un père et une mère qui se montraient indifférents à son égard et elle se demande toujours si elle les aimait ou non. Mais aujourd’hui ils sont décédés et les deux sœurs, toutes deux divorcées, vivent seules dans le grand hôtel particulier qui leur a été légué, au milieu de tableaux et d’objets d’art constituant une véritable richesse.

En examinant bien le revers du Seurat, du tableau signé Seurat je précise, Audrey est intriguée par une inscription comportant lettre et chiffres. Elle se renseigne auprès d’un spécialiste, un galeriste qui lui fournit sans problème l’explication de cette sorte de rébus. Ce qui l’amène à approfondir son enquête dans les milieux de l’art, à la célèbre salle Drouot, mais également en Suisse ou à Montcalm dans le Gard.

Et cela ne sera pas sans incident car elle est persuadée être suivie. Mais qui peut ainsi en vouloir à cet héritage paternel acquis d’une façon fallacieuse ? Et pourquoi ? Une quête qui interfère entre relations familiales et l’origine de ces biens obtenus durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Une plongée dans l’histoire proche qui joue sur deux tableaux. L’origine des œuvres d’art, leur acquisition mais également la lente dégradation relationnelle entre deux sœurs que tout oppose.

Cette histoire dans l’Histoire, qui intéressera les amateurs d’art pictural mais pas que, n’est pas souvent traitée dans les romans policiers. Pour mémoire citons Maudits soient les artistes de Maurice Gouiran qui abordait ce sujet, mais Anne-Laure Thiebelmont va plus loin dans cette introspection.

Ce n’est pas déflorer l’intrigue que de dire que la spoliation des détenteurs juifs de tableaux de maîtres est l’un des ressorts de cette intrigue, mais c’est bien tout ce qui tourne autour qui donne son sens à cette narration fluide.

Mais pour l’auteur, spécialiste en la matière, c’était un peu se comporter en fildefériste qui se produirait en sabots. En effet l’histoire se déroule dans les années 2010 ou 2012. Un des protagonistes déclare être en partie responsable de ce qui est arrivé soixante-dix ans auparavant. En 1940 donc ou 1942. Or il est délicat de remonter si loin et de retrouver des témoins de cette époque ayant activement participé à quelques-uns des événements. Et d’autres détails de dates me turlupinent, mais je vous laisse le soin de chercher ce qui pour moi est une erreur, mais qui en fin de compte ne l’est pas. Peut-être.

L’auteur aurait pu m’éclairer sur ces écarts mais elle est décédée en 2015. Hélas !

Quoiqu’il en soit, malgré mes toutes petites réserves, il reste que ce roman qui prend sa source dans des faits réels avec des personnages évoqués ayant réellement existés, est une admirable introduction à un épisode plus ou moins méconnu de la Seconde Guerre Mondiale, ce que l’on pourrait qualifier de détail parmi les atrocités commises, lesquelles ont plus retenu l’attention des historiens en général.

Anne-Laure Thiéblemont

Anne-Laure Thiéblemont

Anne-Laure THIEBLEMONT : Femme Masquée. Editions Cohen & Cohen. Parution le 28 février 2019. 168 pages. 20,00€.

ISBN : 978-2367490601

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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