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19 février 2019 2 19 /02 /février /2019 05:10

Aven que pourra, et pour la galette on repassera…

François LANGE : La bête de l’Aven.

Il pleut toujours en Bretagne ? Préjugé ! Car en ce début de mois de juillet 1858, il fait chaud et beau. Ou inversement.

L’inspecteur de police François Le Roy est assoiffé et pour éteindre le feu qu’il a dans la gorge, il se rend à l’Auberge du Lion d’or, déguster avidement quelques bolées de cidre rafraîchissant. Nonobstant, il remarque que trois individus attablés au fond de la salle semblent tenir un conciliabule dont il aimerait connaître la teneur.

Comme le patron est une mouche (un mouchard ou indic en argot) il lui demande d’écouter ce qu’ils se disent et de lui en rapporter la teneur. Car l’un des hommes, un borgne, ne lui dit rien qui vaille. Et c’est ainsi qu’il apprend que le borgne envisage l’attaque d’une malle-poste, chargée d’or et d’argent destiné à des banques de Bretagne, du côté de Pont-Aven. Un braquage qui devrait se dérouler à la Croix Saint-André très exactement. Voilà une affaire qui l’intéresse au plus au point et qui va le changer de la monotonie dans laquelle il commence à s’engoncer.

Alors qu’il s’apprête à exposer à son supérieur hiérarchique, le commissaire Montépin (qui ne se prénomme pas Xavier), sa décision d’enquêter sur une possible attaque de diligence, son patron lui signifie qu’il est chargé d’aller résoudre une affaire de meurtres de jeunes filles dans la région de Pont-Aven. Normalement cela ne ressort pas de sa juridiction, mais l’ordre vient d’en-haut, du ministère via le préfet.

Alors direction Pont-Aven et François Lange espère bien faire d’une pierre deux coups. Contrer le ou les dévaliseurs de diligence dans la plus pure tradition du Far West breton aux pruneaux (oui, il y aura échange de coups de feu !) et résoudre le mystère des jeunes filles attaquées par une mystérieuse bête aux griffes acérées.

L’inspecteur de police sera aidé dans son enquête par un lieutenant de gendarmerie, un ami dont il a fait la connaissance lorsque tous deux étaient sur le front de Crimée. Ce qui aide dans les relations, parfois difficiles, entre les représentants de la gendarmerie et ceux de la police.

 

Comme souvent, l’une des deux affaires se trouve opportunément résolue en conclusion de l’autre. Hasard heureux, oui, mais l’on sait que le hasard est le Dieu des policiers. Sans le hasard, souvent, ils passeraient à côté d’indices troublants. Et il ne faut pas oublier qu’à cette époque, ils ne possédaient pas l’arsenal technologique dont ils disposent maintenant, avec la police scientifique qui déblaie bien le terrain.

Un récit intéressant qui mêle histoire et terroir, sans pour autant que l’un de ces deux thèmes empiète sur l’autre et affadisse ou ralentisse le roman. Le suspense est soutenu et l’angoisse s’infiltre doucement, même si le lecteur sent dès le départ que l’animal est une bête humaine. L’auteur joue sur l’ambigüité du personnage qui pourrait évoluer aussi bien aujourd’hui, peut-être dans des conditions différentes mais avec une approche similaire.

Plaignons ces pauvres gendarmes qui, si j’ai bien lu et bien compris, sont des vétérans des campagnes napoléoniennes. Comme il semble que ces références ne soient pas relatives à celles de Napoléon III, il est donc nécessaire de se reporter à celles de Napoléon 1er. La dernière, celle de Waterloo, datant de 1815, soit quarante trois ans auparavant, on peut penser sans se tromper que nos braves gendarmes sont alors âgés d’au moins soixante-trois ans. Bigre ! Et on se plaint !

Ce petit point d’histoire éclairci, ou non, reste que ce roman est plaisant, agréable, et l’on suit les aventures de François, dit Fañch, Le Roy avec intérêt, tout autant pour l’aspect historique que pour le développement de l’intrigue. Et personnellement, j’ai découvert un peintre, Camille Bernier, aux toiles naturalistes classiques et minutieuses, qui ne fut pas l’un des peintres de l’école de Pont-Aven mais exerça son art dans la région bien avant l’heure.

 

François LANGE : La bête de l’Aven. Série Fañch Le Roy 2. Editions du Palémon. Parution le 15 février 2019. 208 pages. 10,00€.

ISBN : 978-2372605519

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9 février 2019 6 09 /02 /février /2019 05:56

A la recherche d’une grand-mère perdue…

Karine LEBERT : Pour l’amour de Lauren

Continuant ses recherches sur sa grand-mère originaire de Normandie, Gemma s’est installée près de Honfleur.

Elle a appris incidemment l’existence de Philippine par sa mère Lauren qui juste avant son décès trois mois auparavant avait découvert une photo cachée dans un vêtement d’enfant. Lauren elle-même ne connaissait pas sa mère Philippine dont on lui avait toujours tu le destin. Il est vrai qu’elle était toute jeunette lorsque Philippine était décédée en Normandie, à Barfleur.

C’est en remontant le passé que Gemma s’était lancée sur les traces de sa grand-mère maternelle mariée à un soldat américain dont elle avait fait la connaissance dans le camp Philip Morris à Gonfreville-l’Orcher, près du Havre. Un camp cigarettes comme étaient surnommés ces terrains militaires américains dans lesquels travaillaient quelques normands. Et le destin avait voulu que Philippine s’éprit d’Ethan et qu’elle devint une war bride. Une épouse de guerre.

Gemma a eu bien du mal à retrouver la famille Lemonnier, dont son oncle et ses cousins sis à Pont-l’Evêque. Car Philippine avait été en quelque sorte bannie par sa famille à cause de sa décision de se marier avec un soldat américain, puis de le suivre dans son pays natal alors que l’un des leurs a été tué par un G.I. dans des circonstances mal définies.

Gemma a décidé, parallèlement à sa quête, de s’installer à Honfleur et d’y ouvrir une boutique. Elle s’est fait quelques amis et est tombée amoureuse de ce coin de terre dont sa grand-mère était originaire. Elle rencontre quelques anciennes war bride qui, tout comme Philippine, étaient parties aux USA mais dont le destin, pour des raisons diverses, fut contrarié. C’est ainsi qu’elle parcourt la Normandie, se rendant à Etretat, à Bayeux ou encore à Barfleur.

Mais elle se rend également en Louisiane, à La Nouvelle-Orléans, où vit encore une partie de la famille d’Ethan, son grand-père. Elle tient à découvrir pourquoi on lui a toujours caché cette existence, et surtout le fait qu’Ethan serait retourné en Normandie sur les pas de Philippine, au début des années 1950, et pourquoi la figure de Philippine a toujours été occultée auprès de Lauren. Il ne faut pas retourner le passé comme l’on retourne la terre fertile, mais les secrets sont bien enfouis, comme honteux.

 

S’intercale dans ce récit, celui de Philippine, rédigé à la première personne tel un journal, narrant son arrivée à New-York puis les désillusions et les déceptions enregistrées par la jeune war bride.

Désillusion d’abord car la maison familiale d’Ethan ou vivent parents, frères, cousins, ne correspond pas à la photo qu’il lui avait montrée. Au lieu de dépendances, il s’agit d’une immense demeure coloniale mal entretenue. Car les affaires ont peu à peu périclité. Philippine participe à la vie de la communauté, et après avoir cueilli les pommes en Normandie, elle cueille le coton. Une activité qui lui semble plus pénible.

Le caractère d’Ethan évolue et il ne s’empresse plus auprès de sa jeune femme. Il se met à boire et le soir se rend dans des bars au Carré Français ou ailleurs. Une dipsomanie qui n’est pas seulement due à la chaleur moite, étouffante de la Louisiane, chaleur à laquelle Philippine a du mal à s’habituer. La naissance de Lauren, un bébé auquel il prodigue sa tendresse, n’améliore guère son caractère vindicatif et acrimonieux. De plus, tout autant lui que les membres de sa famille se montrent racistes, ce qui ne convient guère à Philippine. Philippine garde des contacts épistolaires avec ses anciennes compagnes de voyage mais les lettres qu’elle poste à l’intention de ses proches en Normandie restent sans réponse.

 

Un double récit donc dans ce roman, celui d’une quête et celui de la découverte de l’Amérique des années d’après guerre. Pour Philippine c’est le rêve américain qui se précise, lorsqu’à New-York elle a peur de monter dans un ascenseur, et qu’elle découvre ces immenses constructions appelées gratte-ciels. Mais c’est un rêve américain qui s’effiloche au contact de sa belle-famille.

Avec ce roman double, Karine Lebert reconstitue la saga d’une famille éclatée pour de multiples raisons dont la principale n’est précisée qu’à la fin. Pour Gemma, c’est le départ d’une vie nouvelle, sur les terres de son ancêtre, son désir de s’installer, malgré les objurgations de son père, riche industriel, et de son intention de lui couper les vivres si elle n’obtempère pas.

Deux destins de femmes, deux femmes qui réagissent différemment dans des époques perturbées ou dans des lieux dont elles n’ont pas l’habitude, qu’elles ne connaissent pas et découvrent petit à petit, avec les aléas qui se dressent devant elles.

Philippine tend à se démarquer de sa famille, à se montrer une jeune fille puis une jeune femme aspirant à la liberté, mais contrainte par son statut de sexe féminin à se plier à l’homme, le maître de maison. Gemma est une jeune femme moderne, qui au contraire refuse la domination patriarcale et n’en fait qu’à sa guise. Presque.

Mais toutes deux sont volontaires, tenaces, pugnaces comme bien des femmes confrontées à un destin frondeur. Karine Lebert nous brosse deux beaux portraits de femmes fortes, mais elle évoque également le destin des celles qui ont connu bien des déceptions, transportées dans un pays dont elles découvraient les us et coutumes auxquels elles n’étaient pas préparées, une épopée méconnue mais poignante. Et c’est avec tendresse et émotion qu’elle nous invite à partager ces destins qui furent hors du commun.

 

Ce sont toujours les riches qui se plaignent le plus.

Karine LEBERT : Pour l’amour de Lauren. Les amants de l’été Tome 2. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution le 17 janvier 2019. 416 pages. 20,50€.

ISBN : 978-2258161955

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30 janvier 2019 3 30 /01 /janvier /2019 05:49

Othon en emporte le vent…

Alexandre DUMAS : Othon l’archer.

En cette fin d’année 1340, Karl de Hombourg, qui a durant de longs mois participé dans les Flandres à la guerre opposant la France de Philippe de Valois aux troupes d’Edouard III d’Angleterre sur l’ordre de l’empereur Louis V de Bavière, revient au pays.

Il arrive en vue du château de Godesberg où vit son ami et frère d’armes, le comte Ludwig, landgrave de Godesberg. De la lumière jaillit de toutes les fenêtres, et il pense, à juste raison, qu’il s’y déroule une fête. Mais son ami est pensif, préoccupé, en proie à de sombres pensées et ne participe pas à la joie générale. Ludwig, caché derrière une tenture, montre l’objet de sa déprime. Emma, sa femme si belle, est en train de danser avec Albert son frère de lait et leur connivence est manifeste.

Or, la ressemblance entre Othon, fruit des épousailles de Ludwig avec Emma, et Albert est criante, frappante. Si frappante qu’elle frappe également Karl de Hombourg. La suspicion est née dans l’esprit du comte de Godesberg à causes des insinuations de son cousin et conseiller Godefroy lequel aurait évoqué un possible cocufiage dont Othon serait issu. Karl ne peut qu’acquiescer, Othon étant la copie conforme d’Albert.

Ludwig, comte de Godesberg, décide donc d’envoyer Emma dans un couvent, tandis que le jeune Othon devra intégrer un monastère. Mais Karl n’est pas persuadé de l’adultère supposé d’Emma et provoque en duel Godefroy. Celui-ci, mortellement blessé, lui fait quelques confidences et se confesse auprès d’un prêtre avant de décéder. Le religieux apprend alors au comte de Godesberg qu’entre Emma et Albert, la connivence établie n’était pas celle d’amoureux transis, mais d’un frère et d’une sœur.

Aussitôt le landgrave décide qu’Emma et Othon réintègreront le château. Emma est mortifiée tandis qu’Othon a échappé aux gardes chargés de l’accompagner.

Othon, âgé environ de seize ans, rencontre au cours de ses pérégrinations dans les bois une bande d’archers qui se rendent à la fête de l’arc, comme tous les ans, organisée par le prince Adolphe de Clèves. Il démontre à ses nouveaux compagnons qu’il est expert dans le maniement de l’arc, accomplissant quelques exploits avec ses flèches. Et il se lie d’amitié avec quelques uns de ses nouveaux compagnons de route.

S’ensuivent quelques épisodes épiques dont la rencontre, dans un château en ruines, de fantômes, puis arrivé près du prince de Clèves, il s’éprend da la jeune fille du seigneur du lieu, Hélèna. Attirance réciproque. Mais il ne peut dévoiler son statut de jeune noble ce qui va l’handicaper dans sa conquête amoureuse, malgré de nouveaux exploits comme archer et combattant. Car Hélèna est fiancée, contre son gré au comte de Ravenstein.

Le chevalier au Cygne va-t-il pouvoir démêler un imbroglio d’apparence insoluble ?

 

Ce conte germanique publié pour la première fois dans le journal Le Siècle en 1838 fut recueilli en 1857 dans un recueil avec d’autres contes sous le titre de Contes pour les Petits. Les autres textes ayant été publiés dans le Monte-Cristo dans une série intitulée L’homme aux contes, dont le titre pourrait avoir été suggéré par Gérard de Nerval. Mais il semblerait que cette affirmation serait un hommage à son ami qui s’était suicidé en 1855.

Mais il est vrai également que Dumas, avant d’écrire ses pièces de théâtre, avait adapté en français des œuvres de Schiller, Andersen et Walter Scott. Et il n’est pas farfelu de penser qu’en écrivant Othon l’archer, Dumas ne se soit pas inspiré d’une histoire qu’il aurait aménagée à sa façon.

Quelle que soit l’origine de ce texte, Othon l’archer s’inscrit dans la veine romantique en exaltant certaines vertus indispensables mais avec un plongeon dans une aura quelque peu fantastique et guerrière.

La jalousie attisée par des insinuations, la fidélité battue en brèche par des allégations fallacieuses, déclenchent le départ aventureux d’Othon qui devra par ses seules qualités d’archer, d’adolescent courageux qui va conquérir le cœur de sa belle, tout en influant sur le comportement au départ négatif du prince de Clèves. Car il cache son statut de jeune noble prouvant que la valeur ne réside pas dans le fait qu’il est fils de comte mais dans son esprit entreprenant et courageux, allié à ses démonstrations d’habileté.

 

Vous pouvez télécharger gratuitement cet ouvrage et d’autres en vous rendant à l’adresse ci-dessous :

Autres chroniques sur des romans d’Alexandre Dumas :

 

Alexandre DUMAS : Othon l’archer. Collection L’Aube poche/Les Populaires. Editions de l’Aube. Parution le 21 juin 2007. 155 pages.

ISBN : 978-2752603555

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9 janvier 2019 3 09 /01 /janvier /2019 05:20

Normal, à cette époque, le GPS n’existait pas…

Marc FLAMENT : L’île des boucaniers perdus.

Abordé par un marin borgne, d’où son surnom de Bâbord-amures, le capitaine François Lenormand se voit remettre un parchemin signé Jambe-de-Bouc.

Etonnant parchemin qui est le testament d’un flibustier léguant ses quelques possessions à divers compagnons, dont un couteau à double tranchant à Bâbord-amures, quoiqu’il ne l’ait jamais vraiment aimé, sa paire de pistolets au capitaine et surtout une Bible qui devrait faire leur fortune, si le destinataire parvient à déchiffrer le message glissé à l’intérieur. Un secret qui doit conduire à une cachette dans laquelle est dissimulé un trésor.

Etrange testament qui précise que les Frères de la Côte doivent enterrer leur ancien compagnon en buvant et chantant. Direction l’auberge Au Squelette ricanant, où effectivement une assemblée de marins ripaille tandis le cadavre de Jambe-de-Bouc est assis sur une chaise, trônant à la place d’honneur.

Quoiqu’encore jeune, le capitaine François Lenormand possède une réputation flatteuse mais justifiée de meneur d’hommes, de courage, de ténacité, de droiture et d’honneur. Il n’en faut pas plus pour que les anciens compagnons de Jambe-de-Bouc le désignent tout naturellement comme capitaine de l’expédition qui va être envisagée pour récupérer le fameux trésor. Petit-pape, Bâbords-amures, Pot-au-noir, la Sarcelle, d’anciens matelots de Lenormand, tous le pressent à accepter, d’autant qu’ils ont un navire, La Marie-des-Isles, à leur disposition.

Cette frégate de seize pièces, des canons moitié de fer moitié de bronze, possède un gréement encore en bon état mais la coque laisse à désirer. Mais Lenormand, avant d’accepter définitivement l’honneur qui lui est échu, désire explorer le coffre du mort. Parmi des colifichets et vêtements féminins, des armes blanches, des objets de marine et une centaine de piastres, un parchemin décrivant le contenu du trésor caché, git un ouanga, une amulette qui sert à jeter un sort ou à porter bonheur dans le culte vaudou et qui serait peut-être à l’origine de la mort de Jambe-de-bouc. Ainsi que la fameuse Bible qui est en très mauvais état.

 

Enfin, La Marie-des-Isles est prête à appareiller et destination le trésor de Jambe-de-Bouc. Mais avant d’arriver à destination, François Lenormand doit déchiffrer l’énigme de la Bible et affronter moult dangers. Dont un combat à l’arme blanche entre le capitaine et le félon Bâbord-amures, lequel tombera à l’eau bientôt rejoint par son sac de marin, une tempête tropicale, un combat naval contre une frégate anglaise. Un combat disproportionné et il faudra toute l’énergie et l’ingéniosité de François Lenormand pour se dépêtrer d’un engagement qui tourne malgré tout en sa faveur. Enfin c’est l’arrivée en vue de l’île de Mayaguana qui leur réservera une surprise fantômatique puisqu’ils seront en présence de zombies.

 

Un roman pour adolescents qui ne prend pas justement les adolescents pour de petits enfants, L’île des boucaniers perdus est un véritable roman d’aventures maritimes qui ne connait aucun temps mort. Juste quelques cadavres en cours de route et quelques escales.

Un voyage parmi la flibuste qui rappelle quelque peu L’île au trésor de Stevenson, mais également d’autres romans maritimes épiques avec une reconstitution soigneuse mais non pesante de l’époque dans cet endroit des Caraïbes qui fait toujours rêver les petits et les grands.

Un hommage aux marins qui se montrent courageux devant l’adversité et ingénieux afin de régler des problèmes apparemment insolubles leur permettant d’affronter des situations périlleuses.

Le lecteur ressent le roulis et le tangage de ces bâtiments à voiles, balloté par le vent et la tempête, la pluie ou la chaleur, et les embruns qui fouettent les visages burinés des vieux loups de mer. Le côté fantastique apportant à l’histoire son grain de sel… marin !

Marc FLAMENT : L’île des boucaniers perdus. Collection Bibliothèque Verte. Editions Hachette. Parution le 6 juin 1981. 190 pages.

Illustrations de François Dermaut.

ISBN : 978-2010080418

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5 janvier 2019 6 05 /01 /janvier /2019 05:32

Sans rature, ni surcharge !

François LANGE : Le manuscrit de Quimper.

En ce début d’année 1858, l’inspecteur François Le Roy croule sous les dossiers et il ne sait pas par quel bout les prendre.

D’abord la vague de cambriolages dont la région de Quimper est victime. Et les spoliés par la même occasion. Son patron, le chef de la police municipale, Victor Montépin, et le préfet, Alphonse Le Mire, ami du ministre de l’Intérieur (il faut toujours soigner ses relations !) le pressent d’aboutir. Les cambriolés sont principalement des bourgeois, des notables de la cité et de ses environs, alors forcément, ça grogne.

Mais un autre événement détourne son attention. Emile Salaün, un riche antiquaire du centre-ville, est sauvagement assassiné, dans l’appartement qu’il occupait dans un hôtel. Pourtant aucun objet de valeur n’a été pris, d’après les premières constatations de François Le Roy et de son adjoint, Brieuc Caoudal. Seule une voisine, une boutiquière dont l’échoppe fait face à l’hôtel de Tromelin, lieu du drame, a aperçu un individu dont le comportement a éveillé son attention, alors qu’il s’introduisait dans le bâtiment.

C’est peu, mais au moins Le Roy tient un début de piste. Il est en poste à Quimper depuis presque trois ans et auparavant il a servi dans les troupes coloniales, tout comme Brieuc Caoudal, des épisodes et des souvenirs qui naturellement les rapprochent, mais aussi durant la guerre de Crimée et à la prise de Sébastopol.

Un manuscrit, dit de Quimper et à l’origine du meurtre de l’antiquaire, convoité par une dangereuse société secrète, la Compagnie du Lys bleu, est au centre de cette enquête qui donne bien du mal à l’enquêteur d’origine bigoudène. Et il faut un coup du hasard pour que les deux affaires, les cambriolages des riches demeures et le meurtre de l’antiquaire se rejoignent. Comme souvent cela arrive même de nos jours, la résolution d’une affaire permettant de trouver la solution d’affaires plus ou moins classées, faute d’éléments d’enquête.

 

Un premier roman captivant et qui devrait être suivi d’autres enquêtes non moins intéressantes et historiques. Seulement, il faudrait que l’auteur se montre plus rigoureux dans la chronologie et la datation de certains épisodes. Si la fin de la prise de Sébastopol, historiquement datée décembre 1855, et que début 1858, François Le Roy est en poste à Quimper depuis près de trois ans, cela pose un petit problème qui pourrait être considéré comme une affirmation prêtant à confusion et induire un soupçon de faux témoignage. De même, il ne peut partager des souvenirs avec Brieuc Caoudal de campagnes menées sous l’Ancien Régime et l’Empire, l’Ancien Régime, si l’on parle du régime social et politique, se terminant officiellement en 1789 et plus précisément dans la nuit du 4 août 1789 avec l’abolition des privilèges. Abolition tout à fait relative par ailleurs.

C’est bien le personnage de François Le Roy qui est prépondérant dans le récit, même si l’intrigue est bien menée. C’est un homme méthodique, qui dans son bureau a placé une carte de Quimper et sa région, et il signale les lieux des cambriolages à l’aide d’aiguilles à bout rouge, un peu l’ancêtre de la signalisation actuelle dans certains sites de géo-localisation. De même il dessine les lieux sur lesquels il intervient, la disposition des meubles, des objets, tout comme le fait la Scientifique en prenant des photos.

Pour le reste, c’est un homme pointilleux, presque, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, ne s’encombrant pas de flagornerie envers ses chefs, sachant ce qu’il veut et menant son enquête avec rigueur. Fañch Le Roy est promis à un bel avenir… littéraire.

François LANGE : Le manuscrit de Quimper. Série les enquêtes de Fañch Le Roy N°1. Editions du Palémon. Parution le 12 octobre 2018. 192 pages. 10,00€.

ISBN : 978-2372605342

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28 décembre 2018 5 28 /12 /décembre /2018 05:10

Les hommes du Nord ont dans le cœur le trésor qu’ils n’ont pas dehors…

Jérôme NEDELEC : Le trésor des hommes du Nord.

Mais avant de posséder ce trésor il leur faut le trouver. Et comme il ne leur est pas destiné car ce ne sont que de simples intermédiaires, il leur faut le troquer contre une juste et honnête ( ?) rétribution.

En l’an 853, les vikings remontent la Ligeria (Loire) jusqu’au monastère de Glannafolium (Saint-Maur de Glanfeuil) dans notre actuel département du Maine et Loire. Ils veulent récupérer une relique destinée à des bretons du pays de Roton (Redon).

Leur entreprise menée à bien ils remontent la Visnonia (la Vilaine) et arrivent au monastère dirigé par l’abbé Conwoïon. Gudrogr, le chef des Morlaerien, autrement dit les pirates du Nord, réclame par l’entremise de leur interprète Margid, une jeune parturiente bretonne, leur dû en échange du tribut promis mais les négociations sont difficiles.

Fidweten, le chroniqueur chargé de la rédaction du mémoire, narre cette entrevue consignée par l’un de ses rédacteurs, et tout irait bien si, dans la nuit, l’objet convoité n’était dérobé à ceux-là même qui s’en étaient emparés en pays Liger.

Une enquête est diligentée mais au même moment s’interpose une délégation de Bretons, au service de Salaün, l’un des prétendants au trône, et dirigée par sa femme Wembrit à la forte personnalité.

Enquête policière effectuée par le moine Fidweten et Margid l’interprète, mais surtout roman historique dédié à une époque méconnue avec un certain machiavélisme dans l’intrigue, tout concourt à happer le lecteur qui découvre un univers différent, et non moins attachant, de ce qui nous est proposé habituellement dans ce genre d’ouvrage.

Tour à tour, quelques-uns des protagonistes prennent la parole, s’exprimant à la première personne, ce qui offre un point de vue personnel à chaque fois, n’ayant pas toutes les cartes en main et donc ils entretiennent un suspense dont ils n’ont pas la solution. Sauf un, mais ce qui offre une lecture rapide et vive, dévoilant la psychologie des personnages et une vision à chaque fois personnelle des événements qui se déroulent dans une atmosphère belliqueuse et de méfiance.

 

Le bas Moyen-âge n’est guère décrit dans les manuels d’histoire, et plus particulièrement les approches entre Francs et Bretons. Des siècles qui pourtant furent riches en épisodes au cours desquels le rapprochement entre les deux peuplades a connu bien des avatars.

On ne connait de cette période que la légende du roi Arthur qui pourtant se déroula quelques siècles auparavant, et l’invasion viking principalement à Paris et sur les territoires devenus depuis lors la Normandie. Pourtant les raids organisés par les Hommes du Nord s’échelonnèrent un peu partout en Europe, et principalement sur les rives océaniques, jusqu’en l’ile de Noirmoutier, l’Aquitaine et même la Galicie.

Sous couvert d’une aventure historique, et d’une enquête policière, Jérôme Nédélec nous entraîne à la découverte d’un pan de l’Histoire, d’épisodes souvent ignorés, et qui sont consignés dans des ouvrages de référence avec des personnages ayant réellement existés, tel Les gestes des Saints de Redon dont l’auteur s’est inspiré.

Un court roman qui aurait pu être plus largement développé mais Jérôme Nedelec revient sur certains épisodes de cette période dans son autre roman, Les Frontières liquides (L’armée des Veilleurs tome 1) chez le même éditeur et dont je parlerai… l’année prochaine.

Jérôme NEDELEC : Le trésor des hommes du Nord. Collection Les Mystères du Pays de Redon. Stéphane Batigne éditeur. Parution le 6 juin 2018. 144 pages. 12,50€.

IBSN : 979-1090887619

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26 décembre 2018 3 26 /12 /décembre /2018 05:49

Un Noël sans Dickens n’est plus vraiment Noël !  

Même si ce n’est pas tout à fait Dickens !

Louis BAYARD : L’héritage Dickens.

Imaginez ! Vous entrez dans une pièce plongée dans les ténèbres et qui vous est inconnue. Vous connaissez l’emplacement de l’interrupteur, donc vous n’êtes pas plus déboussolé que cela et pourtant. L’ampoule, dite à économie d’énergie, ne commence à diffuser qu’une pâle lueur qui se met peu à peu à rayonner et atteindre sa pleine puissance qu’au bout de quelques secondes. Les ténèbres se dissipent pour votre plus grand plaisir. Entrer dans ce roman fournit à peu près cette sensation d’obscurité qui se dissipe graduellement.

Londres, décembre 1860. Tiny Tim, alias Timothy Cratchit, le héros imaginé par Charles Dickens dans un Conte de Noël et plus précisément dans le deuxième rêve que fit Ebeneezer Scrooge au cours des trois nuits qui précèdent et suivent la Nativité, Tiny Tim se trouve dans un désarroi compréhensible car sa famille est pratiquement décimée avec la mort de ses parents et de la plupart de la fratrie.

Son père est décédé six mois auparavant. Il croit le distinguer partout où il se rend, derrière des vitrines, dans la rue, dans des boutiques, mais ce n’est que son esprit qui mène la danse. Il n’a pas vu son frère Peter qui, marié, tient un studio photographique, depuis cette même date, et pour se renflouer financièrement il est soumis à l’obligation de rendre visite à l’ancien employeur de son père, Scrooge, alias monsieur N. ou encore oncle N. auprès duquel il perçoit une rente.

De son handicap à la jambe droite, il ne reste qu’une légère claudication et des douleurs qui se réveillent lors des changements de saison. Son attelle a été donnée à un ferrailleur et ses béquilles brûlées dans la cheminée. Ce que regrettait sa mère, qui affectionnait l’humour noir, car disait-elle, c’était bien pratique pour se gratter le dos.

Aussi, ayant eu l’opportunité de trouver un logement, un individu nommé Georges lui ayant obligeamment glissé une carte sur laquelle figure une adresse, il s’installe chez Miss Sharpe, une tenancière de maison close. Officiellement il est employé en tant que comptable mais en réalité il est précepteur, enseignant l’alphabet à la maîtresse de maison, lui apprenant à lire dans le roman de Daniel Defoe, Robinson Crusoé. Ce qui permet à celle-ci d’extrapoler sur les relations entre le naufragé et Vendredi.

Lors de ses pérégrinations dans la capitale britannique, Tim aperçoit sur la chaussée le cadavre d’une gamine entre deux policiers dubitatifs. L’épaule de la gosse est tatouée d’un G. Ses journées sont fort occupées, et le soir il aide volontiers le vieux capitaine Gully à repêcher des cadavres dans la Tamise. Le plus souvent ce sont des animaux. Rarement, ils ont la chance de remonter à la surface celui d’un être humain, et dans ce cas, la menue monnaie et les bijoux deviennent leur bien. Seulement cette fois c’est celui d’une gamine, tatouée elle aussi, qu’ils draguent dans leur filet. Tim aperçoit une autre fillette, sauvage, qui s’enfuit à son approche, mais semble souvent se trouver sur son chemin.

Une de ses déambulations lui font rencontrer Colin, surnommé le Mélodieux à cause du charmant filet de voix qu’il possède. Colin est un gamin d’onze ans, effronté, hardi, solitaire, amusant, collant parfois, téméraire, indépendant, débrouillard. Colin lui présente alors Philomela, en abrégé Philly, et Tim parvient peu à peu à l’apprivoiser.

Seulement d’autres personnes paraissent attachées à Philly. Une bonne sœur dont la cornette se dresse sur son chef telle une tente de camping, et déambule une Bible sous le bras. Elle veut absolument prendre en charge Philly et l’envoyer dans un refuge, au grand dam de la gamine. Puis c’est un homme qui essaie de l’enlever et de l’enfourner dans un cabriolet armorié, dans lequel se cache un homme au visage chafouin.

 

Si Louis Bayard, un Américain comme ne l’indique pas son nom chevaleresque, n’est pas fidèle au style et dans la forme, il respecte le fonds des romans de Charles Dickens.

Par exemple Charles Dickens a toujours mis en scène des enfants dans ses histoires, des gamins en prise avec les vicissitudes de la vie. Oliver Twist, bien évidemment, David Copperfield, La petite Doritt, Barnaby Rudge, De Grandes espérances, Nicholas Nickleby, et Timothy Cratchit dans Un chant de Noël connu également le titre de Conte de Noël.

Des enfants, souvent orphelins, issus d’une famille pauvre, cherchant à s’élever sans tomber dans la voyoucratie malgré les tentations et perversions auxquels ils sont confrontés. Et si l’on retrouve, dans cet Héritage Dickens dont le titre français met l’accent justement sur l’œuvre du grand écrivain britannique, Timothy, le « héros » de Un chant de Noël, ce sont bien les enfants qui l’accompagnent dans ses pérégrinations qui prennent le pas.

Les gamines dont la vie misérable, pour ne pas dire misérabiliste, est sujette à la concupiscence d’adultes dévoyés. La référence à Dickens apporte un regain d’intérêt, d’abord par l’aura dont jouit toujours cet auteur, mais également historique par la description des mœurs et des docks londoniens.

Il est évident que Louis Bayard aurait pu placer son intrigue de nos jours, dans des lieux semblables, ou en l’exportant dans des pays réputés pour l’accueil réservé aux adultes qui recherchent des sensations procurées des corps juvéniles. Cela n’aurait peut-être pas eu la force et l’attrait que cette histoire possède en la transposant au XIXème siècle.

Première édition : Editions du Cherche-midi. Parution 22 septembre 2011. 400 pages. 21,00€.

Première édition : Editions du Cherche-midi. Parution 22 septembre 2011. 400 pages. 21,00€.

Louis BAYARD : L’héritage Dickens. (Mr Timothy – 2003. Traduction de l’américain par Jean-Luc Piningre). Réédition : Pocket. Parution 6 février 2014. 452 pages. 8,90€.

Première édition : Editions du Cherche-midi. Parution 22 septembre 2011. 400 pages. 21,00€.

ISBN : 978-2266245463

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24 décembre 2018 1 24 /12 /décembre /2018 05:42

Méfiez-vous des repas de Noël !

Il se pourrait que ce soit de l'art scénique !

Deryn LAKE : L’apothicaire et le banquet empoisonné.

Transportons-nous au XVIIIème siècle, précisément en l’an de grâce 1758. A Londres, en ce mois de novembre plutôt frisquet, la confrérie des maîtres apothicaires s’est offert un banquet.

Rawlings, apothicaire débutant, alors qu’il venait d’effectuer ses emplettes chez un herboriste proche du lieu des agapes, sauve de l’empoisonnement un des convives, Maître Alleyn. Il le transporte jusqu’au domicile du malade et le confie à sa famille. Le lendemain il apprend que son patient n’a pas survécu, décédé d’une forte dose d’arsenic. Le poison aurait été dissimulé dans un pot de farine ayant servie à la préparation d’une sauce. Si les autres convives ont été intoxiqués, seul Alleyn n’a pas survécu. Les apothicaires étaient-ils tous visés ou seul Alleyn était-il en point de mire du meurtrier ?

Rawlings, enquêteur à ses heures, est convié par John Fielding, magistrat de la cité, de débrouiller l’affaire et ses soupçons se portent sur trois personnages. Un apothicaire mis à l’écart de la confrérie, un père de famille ayant perdu son fils à cause d’un mauvais diagnostic et le majordome qui s’était, la veille, entretenu vertement avec le responsable de la confrérie pour une misérable affaire d’argent.

Rawlings est intrigué par le comportement de l’influent et riche apothicaire Francis Cruttenden, qui entretient de troubles relations avec la famille du défunt.

 

Rawlings, dans ce nouvel opus, tombe amoureux de la fille de maître Alleyn, ce qui perturbe ses amours avec la belle Coralie Clive, actrice de son état, qui fait passer son métier avant le mariage.

Un roman plein de rebondissements, et même si l‘identité du coupable ne fait aucun doute au lecteur, les dernières pages sont pour le moins intéressantes par un épilogue qui met en lumière les rapports tendus entre la France et l’Angleterre.

Ce qui n’empêche pas les notables et les nobles de s’adonner à une consommation non négligeable de champagne.

 

Deryn LAKE : L’apothicaire et le banquet empoisonné. Collection Moyen format aux éditions du Masque. Parution 10 avril 2002. 310 pages. 14,70€.

ISBN : 978-2702497258

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11 décembre 2018 2 11 /12 /décembre /2018 06:38

Le vol d’e.car ? On n’arrête pas le progrès !

Olivier ONDET : Le vol du siècle.

Arrivée depuis une semaine à Narbonne, comme avocate chez Maître Ovalie, Mandoline accepte de bon cœur la proposition de son amie Florence de se rendre à Narbonne-plage afin de passer une soirée agréable.

Et effectivement la soirée fut une réussite. Ce qui l’est moins, c’est le retour. A trois heures du matin, alors qu’elles roulent peinardement en écoutant de la musique, devant leur véhicule se dresse une voiture qui leur barre la route. Un accident provoqué par un sanglier qui n’avait pas traversé dans les clous. Tant pis pour lui, l’animal se retrouve dans le fossé. Quant au conducteur il est quasiment mort. Et lorsque Mandoline se penche au dessus du corps inconscient, une voix sort d’un haut-parleur.

Les deux jeunes femmes sont intriguées, mais il s’agit juste du loueur du véhicule accidenté qui s’inquiète, désirant avoir des précisions. La voix appartient à Esko, un informaticien qui en compagnie d’une petite équipe vient de mettre au point une voiture tout électrique capable de se conduire toute seule, sans la présence d’un chauffeur, ou presque.

Le théâtre du drame rappelle au major Bonflair, arrivé rapidement sur les lieux, que douze ans auparavant un même accident s’était produit, avec quatre morts à la clé dont un jeune champion de kitesurf prometteur au volant d’une voiture de sport et sa copine. Un endroit accidentogène, perdu en pleins vignobles languedociens du massif montagneux de la Clape. Et l’homme serait-il victime du mât de son char à voile entreposé à l’arrière du véhicule.

Esko, avec l’aval de sa directrice qui plaide à New-York leur invention auprès de banquiers, se rend immédiatement sur place afin de comprendre pourquoi et comment l’accident s’est produit, en interrogeant l’ordinateur de bord sur place et à distance. Ses premières constatations sont assez défavorables au conducteur qui ne devait pas dépasser une certaine vitesse. Quelque chose cloche quelque part, et il lui faut trouver ce qui ne va pas, l’avenir de « sa » voiture sans conducteur étant en jeu. Il va enquêter sur le système d’exploitation et les probables défaillances en compagnie d’Alex, le chef des programmeurs resté à Paris, et la jolie Mandoline qui la première était sur place.

Car ce cabriolet est un prototype et le conducteur un testeur qui devait respecter une feuille de route. Esko en vient à se demander si un de leur concurrent n’aurait pas bidouillé à distance le système informatique, provoquant un bug mortifère.

Mais le major Bonflair de son côté ne reste pas inactif, se renseignant auprès de l’un de ses anciens collègues, actuellement en retraite et qui avait couvert le premier accident. Un accident dû à une vitesse excessive, certes, mais le conducteur n’aurait peut-être pas pu éviter la camionnette venant en face. Or le conducteur était le fils de Maître Ovalie, l’actuel adjoint-au maire.

L’accidenté dans le cabriolet prototype était un employé d’un important vigneron de la région, ce que découvre avec stupéfaction Florence, l’amie de Mandoline qui elle aussi émarge sur la feuille de paie de ce viticulteur, mais dans un autre service. Un jeune homme qui transportait dans son véhicule les pièces d’un char à voile, adepte également du kitesurf, et de sports nautiques.

Esko, Mandoline, Florence, Bonflair vont être amenés à enquêter, chacun recherchant des indices dans le domaine qui leur est propre. Le hasard remonte à la surface un cadavre, le corps d’un jeune homme qui faisait partie de la bande de kitesurfeurs évoluant sur l’étang de Sigean.

 

Entre hier, les fouilles archéologiques effectuées sur l’emplacement d’un antique port romain, et demain, avec les progrès technologiques d’une voiture électrique sans conducteur, en passant par aujourd’hui avec les problèmes liés à l’implantation d’une centaine, voire plus, d’éoliennes géantes, avec inévitablement les affrontements entre les pour et les contre, Olivier Ondet déroule gentiment son intrigue qui joue quand même un peu sur les coïncidences pas forcément fortuites.

Etant de la génération des vétérans de la vie (à mon âge, on ne parle plus de seniors !) je suis un peu inquiet de la prolifération des nouvelles technologies, du tout numérique, de ce que le commun des mortels ne peut pas maîtriser. Et le moindre pépin peut entraîner des déboires, voire des catastrophes dont les conséquences sont difficilement maîtrissables.

La partie historique est aussi intéressante, sinon plus que la partie réservée aux nouvelles technologies, une anticipation ou une réalité, je ne sais pas n’étant pas assez pointu sur ce que l’auteur décrit. Mais cela présage un avenir pas forcément glorieux, et lorsque l’on stigmatise tous ceux qui sont considérés comme des assistés, l’on se rend compte que tous nous devenons des assistés de l’informatique qui nous bouffe nos idées de liberté d’entreprendre, de se gérer soi-même. Seul l’avenir sera réservé à une élite d’informaticiens et les autres devront subir.

L’auteur d’ailleurs répond en partie aux questions que l’on peut se poser :

L’article faisait également état d’une polémique sur la sécurité de ce genre de voiture : serait-il possible d’en prendre le contrôle à distance ? De sauver des vies si un conducteur perdait connaissance ? Ou au contraire de déclencher massivement des accidents si un terroriste prenait le contrôle de plusieurs voitures ?

 

Depuis quelques temps, je me rends compte également que la langue française régresse et que certains mots sont devenus obsolètes. Olivier Ondet n’est pas seul en cause, ayant relevé chez bien de ses confrères de telles aberrations (pour moi !) dont celles qui suivent :

…Le jeune homme qui s’était tué il a y douze ans…

Je préférerais lire :

… Le jeune homme qui s’était tué douze ans auparavant…

Ou encore : Il était rentré très tard hier soir… Il était rentré très tard la veille au soir, ne serait pas mieux ?

Mais Olivier Ondet n’est pas le seul, et de loin, à pratiquer ce petit cafouillage entre narration et dialogue.

Esko, Finlandais d’origine, est quelqu’un qui n’est vraiment pas pressé comme le démontre la phrase suivante :

Le serveur apporta le dessert – une île flottante – qu’il engloutit en quelques minutes.

Quelle voracité !

 

Un roman agréable qui entraîne le lecteur plus loin qu’il aurait pu penser au début, avec des problèmes ethniques qui ont défrayé la chronique à la fin du siècle dernier, ou sociologiques qui relèvent tout simplement de la tolérance, un sentiment négligé de nos jours.

Olivier ONDET : Le vol du siècle. Thriller. Le Papillon Rouge éditeur. Parution le 19 octobre 2018. 316 pages. 17,90€.

ISBN : 978-2490379026

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9 décembre 2018 7 09 /12 /décembre /2018 05:34

Où l’on apprend que Nestor Burma aimait Brigitte M.

Michel QUINT : Les belles de Grenelle.

N’allez surtout pas fantasmer, cette Brigitte M. qui vient d’être égorgée dans le parc Georges Brassens à Paris, s’appelait Brigitte Merlier.

Ayant découvert une photo représentant Burma jeune dans les affaires de la jeune femme, la commissaire divisionnaire Stéphanie Faroux mande à Burma de venir immédiatement afin de comprendre pourquoi il est impliqué, tout au moins photographiquement, dans ce meurtre. Nestor est désarçonné par cette découverte qui le projette quelques décennies en arrière. Et il n’a aucun mal à indiquer où demeurait Brigitte puisque les fenêtres de son appartement donnent sur le parc.

Cet appartement il le connait bien, car alors qu’il était adolescent, jeune libertaire ne sachant ce que serait son avenir mais déjà bourru et solitaire, il était souvent invité chez les parents de Brigitte. Les deux jeunes gens s’aimaient, surtout Brigitte car lui désirait garder ses distances question de principes, mais inconstant et bête comme un garçon peut l’être à cet âge là, et même après, ils avaient rompu, navigant chacun de leurs bords. Brigitte était devenue documentariste et avait signé plusieurs ouvrages et documentaires sur des personnalités du spectacle et autres, toujours avec rigueur et conscience professionnelle.

Retrouver le meurtrier de Brigitte devient une obligation morale pour Nestor Burma qui évolue en marge des investigations de Stéphanie Faroux, pour laquelle il ressent un sentiment mitigé. La commissaire divisionnaire a trouvé un pendant d’oreille près du corps, et lorsque Burma découvre le bijou jumeau alors qu’il investigue en compagnie de Stéphanie et de la Scientifique, il se garde bien de le dire. Au contraire, il cache cet objet se promettant de le faire parler et en connaître l’origine. Un bijou apparemment unique réalisé par un artisan, peut-être receleur d’or.

Il fouille dans l’appartement qui a été dévasté et trouve le carnet d’adresses de Brigitte. Et dans la boîte aux lettres, il récupère une bafouille émanant d’une petite maison d’éditions, proposant un contrat à six chiffres, sans virgule. Brigitte venait d’écrire un manuscrit mais impossible d’en trouver trace. Auprès de la maison d’éditions dirigée par une femme effondrée par la nouvelle du décès de Brigitte il n’en apprend guère plus. Sauf que ce livre devait être un brûlot et dérangerait peut-être jusque dans les arcanes du pouvoir. C’est ainsi que Nestor Burma remonte une filière sur laquelle plane l’ombre de quelques vedettes féminines du cinéma, dont Arletty, et de seconds rôles indispensables pour qu’un film soit réussi tels que Carette, Pierre Larquey, et quelques autres, aujourd’hui oubliés mais qui connurent leur petite heure de gloire.  Ainsi que la présence prégnante de Romy Schneider.

Les oubliés du cinéma, c’est le titre, approximatif, d’un festival qui doit être projeté dans un vieux cinéma de quartier, rendant hommage à tous ceux qui en furent les figures populaires, dont Viviane Romance, Arletty et je ne vais pas les citer toutes et tous. Et Nestor se verra convié aussi au Salon du Livre de Paris, salon auquel devait participer Brigitte et où il sera à même de s’imprégner de sa présence par procuration.

Quant à ses adjoints, la belle et délurée Kardiatou et le musclé Mansour, ils n’ont pas le temps de chômer, remontant entre autre à l’origine de la boucle d’oreille. Et son pote Jamie Wilcox est invité à se pencher sur quelques traces ADN sans oublier les analyses laboratoire de Nestor, analyses sanguines qui pourraient contenir, outre les Gamma GT (qui ne veut pas dire Grand Tourisme) des bricoles susceptibles de nuire à sa santé.

Si ce roman est émaillé de nombreuses références cinématographiques il nous envoie également quelques morceaux musicaux jazzy, avec la réminiscence d’un cornettiste oublié de nos jours, Bix Beiderbecke.

On retrouve un Burma parfois désabusé, nostalgique, bien dans l’esprit de Léo Malet mais avec la touche stylistique incomparable de Michel Quint. Car reprendre un personnage qui a marqué son époque tel que Nestor Burma n’est guère chose aisée. Et Michel Quint endosse avec sa personnalité l’imper de Léo Malet sans pour autant dénaturer ce héros mythique.

 

Dans la même collection :

Michel QUINT : Les belles de Grenelle. Série Les nouvelles enquêtes de Nestor Burma N°3. Collection Polar. Editions French Pulp. Parution le 15 novembre 2018. 208 pages. 1500€.

ISBN : 979-1025103661

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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