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9 juillet 2019 2 09 /07 /juillet /2019 04:15

Gondolier t'en souviens tu
Les pieds nus, sur ta gondole…

François DARNAUDET : Le Möbius Paris Venise.

En 1904, Alex Lex, le narrateur de ce roman-miroir-tiroir, est devenu à vingt ans l’assistant de Gaston Leroux. Il est reporter et l’a assisté au cours de nombreux reportages, notamment à Venise où le hasard se transforme en un coup de dé. Un dé lancé en l’air, providentiellement, mais dont Alex Lex, dont le second prénom n’est pas Dura, et qu’il ne s’explique pas.

Et en cette année 1910, alors que ses reportages sont régulièrement publiés dans des journaux tels que Le Matin ou L’Excelsior, que ses nouvelles policières ou d’anticipation le sont dans Le journal des voyages, qu’il dessine et peint, ayant illustré les fascicules populaires du Sâr Dubnotal, en cette année 1910 donc, tandis qu’en compagnie de son amie Aline, qui cumule les emplois de secrétaire et de maîtresse, il est dérangé dans une séance de baisers mouillés au champagne par un visiteur impromptu.

Ce visiteur ne lui est pas inconnu. Il s’agit de Rainer Maria Rilke qui fut le secrétaire d’Auguste Rodin, et le poète autrichien lui demande de lui rendre un petit service. Mais aucun des deux n’imagine que ce service va entraîner Alex Lex dans une aventure gigogne.

En effet, il implore Alex d’aller rendre visite dans l’atelier de Rodin afin d’admirer les fragments de plâtre de l’immense composition à laquelle travaille depuis de nombreuses années le sculpteur. Je vous en conjure, allez voir cette œuvre tragique aux bubons de plâtre effervescents. Alex Lex ne peut se défiler et il effectue un repérage en compagnie d’Aline, qui n’est pas partie et donc il n’a pas besoin de crier son nom.

Il s’introduit dans la magnifique demeure entourée d’un jardin de ville champêtre, et, hypnotisé, il franchit cette Porte de l’Enfer de plâtre.

 

François DARNAUDET : Le Möbius Paris Venise.

On retrouve Alex Lex qui vit dans une boîte de bouquiniste accrochée sous le pont du Rialto. Il se rend, comme tous les jours chez son ami Despons qui a repris un café, le Rosa Salva, mais qui également spécialiste dans l’archéologie des mondes anciens et a établi sa fortune dans le trafic d’antiquités. Il a aussi rendez-vous avec le Doge lequel lui confie une mission qui ressemble à une supercherie. Plutôt, les individus sur lesquels il doit enquêter semblent issus d’une supercherie. Des écrivains morts depuis longtemps et qui violent, volent et tuent un peu partout dans la Sérénissime. Trois revenants qu’il doit découvrir et réexpédier dans leur foyer, c’est une image, et qui ont pour noms Lord Byron, Giorgio Baffo et Baron Corvo. Et un ami du Doge, un original centenaire du nom d’Estanidov avec qui il déguste un fragolino, se plaint d’avoir été spolié de six aquarelles originales d’Hugo Pratt. Des illustrations pour les poésies érotiques de Baffo.

Et c’est ainsi qu’Alex Lex se trouve entraîné dans une sorte de spirale infernale débutant dans la Venise 2 du Möbius à la recherche des Surréalisés de Venezia. Il rend souvent visite à Denska Stevenson, qui vit dans la bibliothèque Saint-Marc fondée par Pétrarque. Il sera amené à voyager ainsi entre la Sérénissime et le Paris 3 à la recherche de surréalisés qui commettent les mêmes crimes et qui se nomment Lautréamont, Sade et Colin des Cayeux.

Cette spirale se recoupe mais à chaque fois, lors des points de jonction, Alex se retrouve dans Venise ou Paris, mais des différences notables changent le décor, jusqu’au moment où les deux cités n’en font plus qu’une, le Parnise.

 

On retrouve dans ce roman tout ce qui alimente, attise, nourrit les passions de François Darnaudet. Venise, La Sérénissime, qui sert de décor à de nombreux ouvrages, mais également la peinture et la sculpture, Auguste Rodin en tête. Sans oublier la littérature avec en tête de gondole Isidore Ducasse, alias Lautréamont.

Un roman envoûtant qui absorbe le lecteur, le vampirise, le phagocyte, l’ingère et le digère, par la magie des actions en forme d’allers et retours, par la magie aussi des décors, et naturellement de tous ces personnages qui évoluent dans des cités reconstituées.

Un roman déroutant ? Non, un roman déboussolant dans lequel François Darnaudet se hisse à la quintessence de son art littéraire et il marie avec élégance imaginaire et érudition.

 

Cet ouvrage contient en outre, Les nouvelles amères qi se décomposent ainsi :

Le retour de l’autobiographie fantastique.

Une baignoire en zinc dans la pièce du fond.

Le baiser de Möbius.

Dans les jardins vénéneux de l’Ombre.

Boris, ses motos, les Bardenas et autres déserts, dont vous pouvez retrouver une chronique ici.

 

François DARNAUDET : Le Möbius Paris Venise. Suivi de cinq nouvelles fantastiques. Collection Fractales/Fantastique. Editions Nestiveqnen. Parution le 14 juin 2019. 264 pages. 19,00€.

ISBN : 978-2915653977

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7 juillet 2019 7 07 /07 /juillet /2019 04:24

Un roman métaleptique…

LE MINOT TIERS : Des miroirs et des alouettes.

S’apercevoir que le texte d’un manuscrit trouvé par hasard vous correspond, un épisode que vous vivez véritablement, que les coïncidences sont si nombreuses qui vous vous demandez s’il ne s’agit pas d’un rêve éveillé, voire d’un cauchemar, cela peut perturber et naturellement vous vous posez des questions.

C’est ce que ressent le narrateur qui écrit à la première personne ce qui vient de lui arriver, lisant un manuscrit écrit à la première personne. Deux narrateurs en un, comme si l’un était le miroir légèrement déformé de l’autre.

Une mise en abîme littéraire empruntant au fantastique tout autant qu’au roman policier, d’ailleurs le narrateur et son double sont tous deux policiers, donc enquête il y a. D’autant que dans la maison dont ils héritent, le propriétaire vient de décéder, retrouvé à son bureau, un décès qui n’est pas expliqué. Et, afin de couronner le tout, une nouvelle effectue le lien entre ces deux textes qui se rebondissent, se catapultent, une nouvelle écrite en double et c’est le début de ce roman étrange.

Petit aparté à la manière de l’auteur, cet ouvrage me fait penser à Vous qui n’avez jamais été tués d’Olivier Séchan (Le père de Renaud pour ceux qui l’ignoreraient) et Igor Maslowski, roman publié en 1951. Un auteur à succès s’éveille un matin ressentant une étrange sensation et lorsqu’il se regarde dans la glace il ne se voit pas. Et un corps inanimé, le sien, est couché dans son lit. Pour le reste se reporter au roman des deux auteurs.

 

Mais peut-on parler de roman dans le cas de Des miroirs et des alouettes ?

Oui si l’on suit la trame romanesque et pourtant il s’agit plus de la part de l’auteur le besoin de jeter sur le papier ses impressions, ses ressentis, ses pensées, voire ses divagations. Donc il s’agirait plus d’un récit et, excusez du peu, et même si cela n’a aucun rapport, j’ai établi inconsciemment une démarche à la manière de Jean-Paul Sartre dans Les mots. Pourquoi se référer à cet ouvrage ? Je ne sais. Une association d’idée, une impression tenace qui s’est imposée à mes neurones et s’y est agrippée comme une mouche engluée dans une toile tissée par un arachnide envahissant.

D’ailleurs Le Minot Tiers, qui ne nous roule pas dans la farine, et dont ce n’est pas le véritable patronyme, avoue ingénument :

D’ailleurs, quelle est l’intrigue ? Faut-il une intrigue ? L’élucidation de la mort de ce pauvre homme ? A quoi bon. Depuis Proust les romans n’ont plus besoin d’être construits autour d’une intrigue. Il suffit de raconter sa vie et tout le monde est content. Surtout si on critique bien les autres. La critique, ça c’est important.

 

Mais alors, un roman sans intrigue, cela sert à quoi ? A se défouler serait-on tenté de penser. A partager des points de vue. Et pourquoi écrire tout simplement ? Une question primordiale que peuvent se poser les lecteurs et dont seuls les auteurs possèdent la réponse.

Depuis quand écrit-on pour être lu ? On écrit pour être édité, pour se faire connaître, pour raconter des histoires, parce que l’on en a besoin. Être lu ce n’est pas le plus important. Ecrire est le pire acte d’égoïsme : on écrit pour soi !

Ah bon ?

Mais il ne faut jamais écrire pour plaire à un potentiel lecteur ! Il faut écrire quand cela devient viscéral, impérieux. Si des gens ont envie de lire, tant mieux. Ce sera la cerise sur le gâteau. Les pires écrivains sont ceux qui écrivent pour plaire, pour être lus, pour exister auprès d’un lectorat qui leur donnera le sentiment qu’ils sont aimés… Inutile de vous citer des noms, vous les aurez reconnus.

 

Après cette déclaration, cette profession de foi, l’auteur aborde d’autres sujets qui s’avèrent plus futiles mais sont également des petits coups de griffes. Anodins certes, mais qui portent, surtout dans le contexte actuel. Ainsi un chien fait partie de la distribution des acteurs de ce livre. Un border colley ou border collie selon l’orthographe habituelle.

Parait que c’est la race de chien la plus intelligente. Le sien a une pensée complexe. C’est un peu le Président des toutous.

Un clin d’œil amusant qui dépasse largement le cadre de ce faux roman qui mériterait d’être lu malgré les réticences affichées de l’auteur qui louvoie, se demandant s’il est un écrivain ou non et s’il écrit pour vous et moi. Une curiosité à découvrir !

 

LE MINOT TIERS : Des miroirs et des alouettes. Editions La Ligne d’erre. Parution 23 juin 2019. 200 pages. 13,00€.

ISBN : 9782956788102

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1 juillet 2019 1 01 /07 /juillet /2019 04:54

Qui se dévoue pour aller le décrocher ?

Roland C. WAGNER : Un ange s’est pendu.

Disquaire dans le XIVe arrondissement parisien, Elric vient d’accepter de mettre en vente quelques exemplaires du disque d’un nouveau venu sur la scène rock. Il propose même à Vince, un jeune homme quelque peu dégingandé, de le mettre en présence de Richard, un journaliste musical, un gourou dans son domaine, un peu comme Philippe Manœuvre.

Ils se rendent donc dans la cantine habituelle, un restaurant où Richard déguste quelques whiskies en compagnie de son amie Suzy. Richard ne fait guère attention au convive que lui a amené Elric mais peu à peu au cours de la soirée sa défiance s’estompe, les whiskies aidant à instaurer un début d’amitié.

Malgré leur état d’ébriété avancé, Richard propose de raccompagner Elric chez lui à Juvisy, en banlieue, car depuis longtemps il n’y a plus de train de desserte. Arrivé en bas de l’immeuble dans lequel Elric ne s’est pas engouffré, mais ça les trois amis ne s’en sont pas rendu compte, Vince découvre le portefeuille qu’Elric a oublié dans la voiture. C’est à ce moment que tout dérape.

Elric, alors qu’il allait franchir le seuil de l’entrée, a aperçu un ange pendu au bout d’une corde nouée à un réverbère. En compagnie de Suzy et de Vince, Richard frappe à la porte d’Elric, et il est reçu par son copain qui déclare qu’il n’a pas quitté son appartement de la soirée et que d’ailleurs il dormait. Et il ne connait pas de Vince.

Lorsqu’il redescend, Richard s’aperçoit que sa voiture a été volée. Alors, il remonte chez Elric, bien décidé à éclaircir cette affaire, et il se retrouve face à un inconnu qui déclare résider dans l’appartement depuis des années et en pas connaître ce fameux Elric dont s’enquiert Richard. Suzy et Vince, restés dehors, sont abordés par un vieux clochard qui recherche son chien, un chien jaune. Il leur remet trois pièces de monnaie, un message pour son chien et déclare s’appeler Isaac.

Pendant ce temps Elric a assisté au décrochage du pendu par deux anges qui ont disparu. Il continue son chemin et entre dans un bar à moitié décrépit. La serveuse est quelconque, un peu vulgaire et ne connait pas la résidence où habite Elric. D’ailleurs elle précise que le lieu se nomme Font’nay-la-Boisserie. Mais les pérégrinations d’Elric ne font que débuter puisqu’il va continuer son périple en compagnie de Maggie, suite à une bagarre déclenchée par le refus du paiement en pièces inconnues de la serveuse et des autres consommateurs.

 

Elric et Maggie d’un côté, Suzy, Vince et Richard de l’autre sont étonnés par les différences enregistrées lors de leurs tribulations et ne se reconnaissent pas dans le décor qu’ils arpentent.

Ils vont faire de nouvelles rencontres, pas toujours aimables, entraînés qu’ils sont dans un faisceau chromatique, dérivant d’univers en univers. Ils sont les pions involontaires d’une sorte de jeu de go, une partie acharnée entre deux individus qui ne ménagent ni leur peine ni les coups bas, trichant à l’occasion.

 

Ce roman de Roland C. Wagner, le deuxième publié dans la collection Anticipation du Fleuve Noir mais peut-être le premier écrit, augurait déjà d’une grande imagination et d’un talent véritable. Certes, il existe quelques scories comme le signalait André-François Ruaud dans la revue Fiction N°398 du 1er juin 1988, mais il n’empêche que la carrière de Roland C. Wagner était bel et bien lancée.

Roland C. Wagner, en compagnie de nouveaux auteurs dont Michel Pagel, dépoussiérait quelque peu la science-fiction française, redonnant un nouveau souffle à une vieille collection confite dans les thèmes abordés. Un ange s’est pendu relève plus du fantastique d’aventures que de science-fiction ou d’anticipation, ancré dans l’époque de parution du roman.

Roman de débutant, qui pour André-François Ruaud, toujours dans le même article de Fiction, déclarait : ce second roman risque de décevoir plus d'un lecteur, car il s'agit là d'une œuvre relativement mineure, alimentaire pour tout dire, et qui plus est entachée de quelques défauts.

Les années passant et avec le recul nécessaire, puisque le lecteur va peut-être retrouver une époque qu’il a connue, tout au moins au début du texte, ce roman ne semble pas si mineur.

 

 

Mon estomac fait autant de bruit qu’un meeting politique.

 

Un écrivain n’a pas toujours expérimenté ce dont il parle

 

L’ennui avec les intellos dans ton genre, ronchonna Vince, c’est qu’ils ne peuvent pas s’empêcher d’étaler leur culture.

 

Roland C. WAGNER : Un ange s’est pendu. Collection Anticipation N°1614. Editions Fleuve Noir. 192 pages. Parution mars 1988.

ISBN : 2-265-03789-3

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30 juin 2019 7 30 /06 /juin /2019 04:15

Moi, j’aime bien l’Entre-deux. Entre-deux mers, par exemple…

Mais ce n’est pas le sujet de ces nouvelles…

Pascal MALOSSE : Contes de l’entre-deux.

Si ces nouvelles sont cataloguées fantastiques, n’allez par croire que l’auteur sacrifie à la facilité. Pas de vampires, de fantômes dans le sens par lequel ils sont la plupart du temps représentés, d’animal féérique ou maléfique, de tour de magie ou autre.

Non, Pascal Malosse joue avec une autre thématique du fantastique, la distorsion du temps et la métalepse. Le tout s’intègre dans une aura d’étrange, de bizarre, de cauchemar éveillé. Dans un monde qui pourrait être, qui est le notre. Juste des faits de société, des épisodes mis en avant et exploités comme dans une glace déformante ou mis sous la loupe. Ce qui n’exclut pas parfois une petite touche d’humour.

Et comme on ne décrit mieux que ce que l’on connait, Pascal Malosse place les décors de certaines de ses nouvelles en Allemagne ou en Pologne, mais dans des époques différentes, propices à entretenir cette sensation de baroque, d’insolite, de reflets dans un miroir.

Une sensation de solitude, d’isolement ressentis par un personnage qui pourtant est entouré par une foule, des collègues, des inconnus, qui se déplacent en toute liberté mais qui l’ignorent ou au contraire l’abordent comme s’ils se connaissaient de longue date.

Reprenant sans vergogne une partie de la quatrième de couverture, je me contenterai de vous indiquer quelques-unes des intrigues qui surgissent au détour des pages, sans pour autant déflorer ce qui se déroule avant ou après.

C’est bien ce parfum [l’étrange] qui baigne les Contes de l’entre-deux et accompagne ses héros, qu’il s’agisse pour eux de disputer une partie d’échecs contre un chat qui parle, de rencontrer les fantômes d’une usine abandonnée, de trouver son chemin dans les compartiments d’un train lancé dans une course folle, ou encore affronter les conséquences du fait d’avoir toujours raison.

 

Je conçois que cela peut être frustrant pour le lecteur de ne pas connaître la teneur de ces historiettes, mais en même temps cela entretient le suspense, comme le fait l’auteur, avec malice et talent. Et pour reprendre le titre de l’une de ces nouvelles, je pourrais conclure que l’auteur est en parfaite maîtrise de l’illusion.

 

Sommaire :

Le réveil.

L’église de Konrad.

La fabrique.

Droit dans la brume.

Les Yeux noirs.

Bain de cendres.

Jeu d’enfant.

L’homme qui avait toujours raison.

Clandestine.

Filature par une nuit d’été.

Le fleuve oublié.

Le casino des âmes.

Gare centrale.

Maîtrise de l’Illusion.

En boîte.

Dissociation.

L’idée.

 

Pascal MALOSSE : Contes de l’entre-deux. Collection Absinthes, éthers, opiums N°30. Editions Malpertuis. Parution le 14 juin 2014. 122 pages. 11,00€.

ISBN : 978-2917035344

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9 juin 2019 7 09 /06 /juin /2019 04:38

Sans faire de taupinières...

Robert DARVEL : L'homme qui traversa la Terre. Roman d'amour et de vengeance.

Le zoo de Bréval, un zoo comme un autre puisqu'il possède comme pensionnaire un rhinocéros indien, est toutefois le théâtre de deux incidents, sans aucun rapport entre eux, c'est l'auteur qui nous l'affirme.

La santé de Dürer, le mammifère herbivore appartenant à la famille des Rhinocerotidae, ordre des Périssodactyles, inquiète la belle et jeune Emerance de Funcal, fille de monsieur Funcal, riche et redoutable homme d'affaires, et fiancée de Louis Zèdre-Rouge, un savant dont les neurones sont perpétuellement en ébullition et qui vient de mettre au point, ou presque, une invention qui devrait révolutionner le monde moderne.

Emerance s'inquiète donc de Dürer et elle demande à examiner l'animal dont la peau pèle. Elle entre dans la cage, veut flatter le rhinocéros, placide habituellement, mais qui n'apprécie pas le geste, peut-être trop appuyé et lourd sur le corps de l'unicornis, et elle se fait bousculer. Rien de grave. Mais cette main pesante et les frissons qui parcourent la belle Emerance sont probablement dus à un incident qui s'est produit la veille dans le laboratoire de Louis Zèdre-Rouge, en compagnie de Gilping, l'assistant du savant.

Remise de ses émotions, Emerance rentre chez son père, or, en cours de route, un étrange phénomène se produit. Elle marche sur le bitume mais ses pieds s'enfoncent comme s'il ne s'agissait que de vulgaire boue.

Elle a été exposée la veille, une maladresse de Gilping probablement, au rayon ZR, mais elle a confiance. Louis Zèdre-Rouge a sûrement, elle n'en doute point, mis au point le procédé inverse, le rayon RZ.

Seulement les conséquences sont plus graves qu'elle pouvait penser. Rentrée chez elle, elle est accueillie par son père en colère. Il vitupère contre Louis Zèdre-Rouge, passant sous silence que la faute n'en incombe point au savant mais à son assistant. Louis, prévenu, se rend chez de Funcal où il est reçu plus que fraîchement. Mais les deux amants peuvent se voir, dans la salle de bain, elle nue et lui habillé, et se réconfortent mutuellement.

Ils se rendent au laboratoire, ils c'est-à-dire Louis Zèdre-Rouge, Thomas Gilping et Emerance afin de procéder à de nouvelles expériences avec le rayon RZ qui doit, théoriquement contrebalancer les effets du rayon ZR. Les jours passent et Louis calcule toujours d'improbables spéculations afin de remédier au désagrément du funeste rayon. Funeste ? Et oui, Louis aperçoit Emerance s'enfoncer dans le sol bétonné, et bientôt il ne reste plus de la jeune fille qu'une vague trace bientôt effacée.

Louis Zèdre-Rouge est accusé d'avoir attenté à la vie d'Emerance et est emprisonné. Mais il se promet bien de sortir de geôle, car incarcéré pour un crime qu'il n'a pas commis, et spolié de ses inventions, il compte bien rendre la monnaie de leur pièce à ceux qui sont à l'origine du drame. Selon les journaux, à scandale ou non, il se serait pendu dans sa cellule.

Dix ans plus tard, en Islande, à Snæfellsjökull exactement, où cas l'envie vous prendrait d'aller visiter les lieux, des ouvriers-racleurs altérés, en langage courant des altéracs (comme Joseph ?), travaillent en sous-sol afin d'extraire un minerai fort convoité pour la réalisation de procédés modernes n'étant plus astreints à fonctionner à la vapeur et au gaz. Ils explorent la lithosphère pour le compte de Funcal, dont l'empire ne cesse de grandir. Un empire en pire.

 

Si ce roman est placé sous les augustes parrainages de Jules Verne et de Paul Féval, il ne faut pas non plus oublier ces étonnants précurseurs du roman de merveilleux scientifique, à la trame et aux intrigues débridées que furent Paul d'Ivoi, Arnould Galopin, Jean de la Hire, Ernest Pérochon ou encore Maurice Renard et quelques autres dont l'imagination débordante produisait des feuilletons extraordinaires qui offraient des heures de lecture rafraîchissantes aux grands comme aux petits.

Mais Robert Darvel, tout en possédant ce don de romancier-hypnotiseur (dont on ne peut lâcher les romans avant le mot fin), va plus loin dans l'extrapolation tout en employant les recettes des grands anciens, mais sans la lourdeur de la narration, parfois, ou le style ampoulé, voire amphigourique et emphatique qui étaient de mise.

Robert Darvel possède et exploite habilement une élégance d'écriture au service du roman populaire, faisant la nique aux détracteurs de la littérature dite de genre ou populaire, qui justement avancent effrontément, et sans avoir lu les ouvrages, que ceux-ci sont mal écrits, bourrés de fautes et donc sans intérêt. Les pauvres qui se contentent de romans de la Blanche aux nombreuses coquilles qu'ils placent devant leurs yeux d'intégristes de la littérature les prenant pour une nouvelle forme d'orthographe.

En vérité, je vous le dis, Robert Darvel mérite de figurer dans votre bibliothèque en compagnie des plus grands noms de la littérature de l'imaginaire.

Robert DARVEL : L'homme qui traversa la Terre. Roman d'amour et de vengeance. Collection Hélios. Parution le 6 juin 2019. 240 pages. 8,90€.

ISBN : 978-2-36183-563-7

Collection La Bibliothèque Voltaïque. Les Moutons électriques éditeurs. Parution 6 octobre 2016. 224 pages. 15,90€. Existe en version numérique : 5,99€.

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6 juin 2019 4 06 /06 /juin /2019 04:56

La moutarde leur monte au nez !

A mort à Roma !

B. &F. DARNAUDET, G. GIRODEAU et Ph. WARD : Détruire Roma !

Tous les ingrédients de l’heroïc-fantasy, ou presque, se catapultent dans ce roman échevelé écrit à huit mains et quatre têtes pensantes.

Nous retrouvons avec plaisir les principaux protagonistes des deux ouvrages précédents, mais les auteurs leur fournissent des épisodes les mettant plus ou moins en valeur.

Posel Virt Schneesturm est surnommée le Cardinal du Nord ou le Blizzard vivant, car pour l’heure, et peut-être encore pour longtemps, son sexe alimente les débats. En effet son appartenance à la catégorie mâle n’est pas établie et il serait possible que Posel soit une femme, la papesse de la Dernière nouvelle foi. Ma foi, peu nous chaut, ce sont ses intentions qui comptent et lorsque nous entrons par effraction dans l’histoire, elle chemine vers le fief teutonik de Marienburg afin d’y trouver des alliés pour la réalisation de son entreprise.

Elle est accompagnée du sénéchal Laguerre qui lui propose de monter en Nederland afin de s’allier avec les Libéraux de Bolkestein et si cela ne l’agrée guère, elle accepte néanmoins car la parole du sénéchal est sage. Mais Simon de Malfort tempête car il se sent seul, pensant à une défection de Laguerre, alors que celui-ci se dirige vers Paris. Malfort doit couper la route aux troupes du sultan An-Nisâr. Un jeune chevalier conseille de se diriger vers Poitiers afin de couper la route aux Arabes. Il se nomme Martel.

Pendant ce temps, Xavi El Valent et ses compagnons, le Dard M’Odet, Lo Singlar et quelques autres se trouvent confrontés à une horrible bête. Xavi se défend vaillamment mettant tout son cœur à l’ouvrage, brandissant son fidèle Glaive de justice qui en rougit de plaisir, mais le Tre (c’est le nom de son adversaire) sait où donner de la tête. Elle lorsqu’elle est coupée, elle repousse multipliée par trois. L’hydre n’est pas loin.

A Roma, au Vatikan, trente vieillards vêtus de rouge, s’apprêtent à élire un nouveau pape, officiel selon leurs critères. Pedro de Luna a exigé la tenue d’un nouveau concile, promettant, s’il est élu, de recruter des milliers d’Almogovarks, d’être impitoyable envers les hérétiques et d’activer le dôme magique de Sanctus Philippus. Il est élu sous le nom de Benedictus XIII, et non sous celui de Luna Park comme certains le pensaient.

Mais les imbrications religieuses et politiques sont complexes, ce qui n’empêche pas l’amour de s’insérer dans ces pages, et les faits d’armes se suivent sans pour autant se ressembler. Ainsi, arrêtons-nous quelques instants dans l’antre de Çal’Us, le mage mi-homme, mi-ours, un nécromant qui garde prisonnière la jeune Enrekhtouès, l’Egyptienne. Xavi et ses compagnons sont accueillis, façon de parler, par Agna, sorcière et incidemment sœur de Xavi. Çal’Us possède dans un cercueil une momie et il veut la ramener à la vie, ce qu’il fait, mais il ne pensait certes pas que celle-ci allait réagir d’une façon non programmée. Il s’agit d’Abdul al-Hazred, un nécromancien auteur du Nécronomicon.

Je passe rapidement sur bon nombre de faits d’armes ayant pour protagonistes Bernadette (elle est chouette !) di Venezia, cardinale amazone de son état, Gontran le Défiguré, chef des lézards religieux et dont le mot d’ordre est il n’y a pas de lézard, Olympe de Fois, dévot, dite la Pucelle, qui manie la hachette, Jirrodo, nabot démoniaque et chef des cardinaux de la bande à Gontran, plus quelques autres, de moindre importance mais dont la présence s’avère capitale dans des épisodes hauts en couleurs. Et pour la petite histoire, sachez qu’un navire métallique va s’immiscer dans le décor, mais je n’en dis pas plus même si vous restez sur votre faim, car déjà j’en ai trop écrit.

 

Ce roman est découpé en trois chants, comme à l’époque médiévale des trouvères, à ne pas confondre avec les troubadours qui n’étaient pas d’origine occitane, titrés et signés :

Dans l’antre des Teutoniks, des trouvères Boris et François Darnaudet.

Le sort en est jeté par Philippe Ward, qui se déclare troubadour juste pour embêter ses compagnons.

Tagumpay, tagumpay ! pel narrador katalan Gildas Girodeau

 

Chaque auteur porte cette histoire quelque peu déstructurée mais possédant une logique et une continuité en jouant avec les différents personnages et en leur donnant une prépondérance ou en limitant leurs interventions. Chacun des auteurs intègre ses préférences, ses phantasmes, ses points d’ancrage, sa sensibilité, et on ne sera pas étonné, du moins ceux qui ont lu leurs romans, que chez Darnaudet père et fils une grande part est consacrée aux combats, chez Philippe Ward on retrouve le thème de l’ours, chez Gildas Girodeau la Méditerranée, Mare Nostrum, fait partie intégrante du décor même si elle ne sert que liaison, le tout étant lié à l’Occitanie.

Et l’on ne sera pas étonné non plus des nombreux clins d’yeux envoyés à d’autres auteurs, et à eux-mêmes, par personnages interposés, dont l’identité ne devrait pas échapper à ceux qui connaissent l’amitié qui les lie souvent depuis des années. Donc outre, Dard M’Odet, Laguerre, Jirrodo, les initiés reconnaîtrons sans mal qui se cache sous les patronymes de Bernadette di Venezia, Galerne de Palerme, Queudeville, Zolma…

Mais on pourra également remarquer que Lovecraft (voir ci-dessus) et la mythologie grecque ou les Contes des Mille et une nuits , avec les chevaux ailés et la présence d’Orientaux, entre autres, s’immiscent dans cette histoire qui dépasse largement le cadre de l’Occitanie.

La sorcellerie et la magie jouent un rôle primordial et l’on pourrait croire que ceci réglerait bon nombre d’actions, mais chaque protagoniste possède, là aussi, ses points forts et ses faiblesses. Et cela fait penser, un peu, au combat entre Merlin et Madame Mim dans un dessin animé de Disney.

L’épilogue laisse un peu sur sa faim, mais il faut laisser les auteurs se renouveler et leur laisser le temps, d’autant qu’ils ont d’autres préoccupations, d’autres romans en solo à écrire.

B. &F. DARNAUDET, G. GIRODEAU et Ph. WARD : Détruire Roma ! La saga de Xavi El Valent 3. Collection Blanche N°2176. Editions Rivière Blanche. Parution le 2 avril 2019. 220 pages. 18,00€.

ISBN : 978-1-61227-862-9

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5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 04:51

Pratique pour faire un barbecue ?

Yves-Marie CLEMENT : Dans les laves du Mékatang.

Alors que leurs parents sont toujours égarés au cœur de la forêt amazonienne, Tom et Zoé, les jumeaux, ont été propulsés sur l’île de Zigandja au pied du volcan Mékatang grâce (ou à cause) de leur Talisman donné par le vieux sorcier Yaguara.

Ils vivent en compagnie d’Harmony et Gordon, deux volcanologues venus étudier les récentes coulées de boues. Les autochtones, qui sont au nombre de trois cents environ, vivent dans le petit village de Kuala Balu situé sur le bord de mer. Ils se sont fait un ami en la personne de Siwidjo, un jeune garçon de leur âge, débrouillard et dont l’oncle est le chaman de la communauté.

Depuis quelque temps les fumerolles qui s’échappent des fissures sur les pentes du volcan et d’autres signes précurseurs inquiètent les volcanologues alors que les insulaires ne veulent pas se rendre compte du danger imminent. Ils ont l’habitude des fumerolles et pour eux le volcan gronde mais il n’a pas donné signe de vie depuis des décennies, alors pourquoi s’affoler. Les convaincre de quitter leur île s’avère inutile, de toute façon, selon le chaman, ils possèdent des solutions de rechange, des cachettes secrètes où ils pourront se réfugier si le volcan venait à se montrer par trop dangereux, si l’éruption venait à tout ravager.

Ils vivent de leurs plantations de bananiers et ne veulent pas quitter leurs lopins de terre, préférant penser au présent qu’à un avenir qu’ils se refusent à envisager. Autre danger qui se profile pour Tom et Zoé, l’apparition en hélicoptère de l’exécrable et terrifiant Monsieur Murdery, lequel traque depuis de nombreuses aventures les deux enfants afin de leur dérober leur Talisman.

 

Ce petit roman destiné aux enfants de 10 ans et plus est un ouvrage sympathique écrit par un grand voyageur, fasciné entre autre par les volcans.

Né en 1959 à Fécamp, en Seine Maritime il a vécu en Guyane et actuellement il est basé avec sa famille à Mayotte. Son expérience des volcans, il l’a obtenue, alors qu’il rédigeait ce livre, en parcourant les flancs du Piton de la Fournaise, à la Réunion, lors d’une éruption.

Auteur de plus de soixante-dix romans pour adultes et pour enfants, contes et nouvelles, il pratique également les arts martiaux, discipline que l’on retrouve parfois dans ses écrits, et il affirme retrouver dans l’écriture la sérénité et la rigoureuse discipline qu’il a découvertes dans leur pratique.

Yves-Marie CLEMENT : Dans les laves du Mékatang. Le Talisman maudit tome 5. Collection Nathan poche n° 205. Editions Nathan. Parution 3 juin 2010. 154 pages.

ISBN : 978-2092527337

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1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 04:19

Une parodie vampirique…

Paul FEVAL : Ann Radcliffe contre les vampires : La ville-vampire.

Dans ce roman paru dans le Moniteur universel du 12 septembre au 25 octobre 1874 et intitulé La ville vampire – Aventure incroyable de madame Anne Radcliffe, Paul Féval retrouve la veine incroyable du délire maîtrisé qui se dégageait déjà dans La fabrique de crimes.

Une parodie du roman noir ou gothique dont une des pionnières fut Ann Radcliffe avec son plus célèbre ouvrage : Les mystères d’Udolphe (ou Udolpho), et auquel Féval se réfère dans ce court ouvrage. Mais afin de donner du crédit à son récit, il se met en scène dans l’entrée en matière de la façon suivante.

 

Mylady, une amie anglaise de l’auteur, propose à celui-ci de l’emmener, en compagnie de sa femme (ouf, l’honneur est sauf !) dans son château sis dans le Shropshire. Elle désire lui faire rencontrer une vieille dame, qui change de nom tous les ans à Noël. Actuellement elle se nomme Mlle 97. Trois ans auparavant, elle était Mlle 94. Pour la petite histoire, signalons toutefois que cette brave dame s’appelle Jebb et vit dans un cottage non loin du château de Mylady. Et vivaient dans cette région M. et mistress Ward, les parents d’Anne Ward, plus connue sous le nom de son mari, William Radcliffe.

Jebb narre alors une aventure extraordinaire survenue bien des années, des décennies même auparavant, à la jeune Anna ou Anne (je respecte l’orthographe des patronymes employé par Paul Féval), qui était amie avec Cornelia de Witt, accompagnée de sa gouvernante, la signora Letizia, et d’Edward S. Barton, lequel était suivi de son répétiteur Otto Goëtzi.

Pour tous, il était évident qu’Anne et Ned Barton allaient unir leur destinée, mais il n’en fut rien. Cornelia et Ned Barton se fiancent tandis que William Radcliffe demande la main d’Anne. Mais en attendant les deux mariages, la signora Letizia a rejoint à Rotterdam où elle tient la maison du comte Tiberio, le tuteur de Cornelia. Rotterdam où devait avoir lieu le mariage entre Ned Barton et Cornelia. Seulement, une mauvaise nouvelle leur parvient. La comtesse douairière de Montefalcone, née de Witt, vient de décéder en Dalmatie et Cornelia en est l’unique héritière d’une fortune immense. Tiberio se trouvant être l’héritier de Cornelia si, éventuellement, il arrivait quelques chose de fâcheux à la jeune fille.

Pendant ce temps Anne prépare activement son mariage, pas seule je vous préviens car il faut du monde pour coudre une robe de mariée, et elle reçoit quelques lettres dont une de son ami Ned. Elle s’endort et elle est la proie d’un rêve, ou plutôt d’un cauchemar. Elle se trouve dans un paysage qui n’est pas anglais, une église et des sépultures, des tombes jumelles sur lesquelles sont inscrites deux noms : Cornelia et Edouard !

Selon les autres missives, les liens qui unissaient Letizia, Goëtzi et leurs supposés protégés sont très distendus. Il se trame une sorte de complot et le mariage de Cornelia et Ned est retardé. D’après Ned, Cornelia a été enlevée par son tuteur et emmenée en Dalmatie, puis il a été atteint d’une fièvre qui lui procurait des hallucinations, à moins que ce ne fût la réalité. Il aperçoit dans le noir des prunelles vertes et des personnages incongrus. Anne décide alors de rejoindre Ned en compagnie de son factotum, Grey-Jack, un véritable hercule, qui déclare que Goëtzi n’est autre qu’un vampire.

Débute alors une course poursuite qui les entraîne jusqu’en Dalmatie où ils vont connaître des aventures effrayantes en compagnie de Cornelia et Ned, des épisodes réglés par Letizia et Goëtzi qui sont en très bon terme, se trouver face à une araignée géante aux yeux verts, jusque dans une ville surnommée la Ville-vampire, une vaste nécropole réservée au repos de légions de vampires.

 

Ce roman, qui débute comme une paisible relation amoureuse ou amicale entre quatre jeunes gens, devient peu à peu une succession d’aventures où l’angoisse se le dispute à une accumulation de péripéties toutes plus ou moins grotesques les unes que les autres, tout en étant périlleuses. La vie de nos principaux protagonistes est très souvent mise en danger à cause des manigances des deux lascars nommés Letizia et Goëtzi.

Dans la dernière partie de l’ouvrage, celle où les protagonistes évoluent en Dalmatie, dans la Ville-Vampire, le lecteur a l’impression de se trouver face à un dessin animé adapté d’après des comics de Marvel, avec une araignée géante, des personnages aux yeux verts qui se dédoublent, et des combats féroces.

L’épilogue pourrait n’être qu’une immense farce, mais Paul Féval s’en sort avec une pirouette, promettant ne pas utiliser un aspect déjà usé jusqu’à la corde, et fournissant une excuse aléatoire.

Dans cette véritable parodie de roman gothique ou roman noir comme étaient définis à l’époque ce genre de romans, La Ville-vampire ou Aventure incroyable de Madame Anne Radcliffe, titre originel de ce texte, Paul Féval accumule des situations que l’on pourrait qualifier de nos jours d’ubuesques, rocambolesques, surréalistes qui rejoignent dans la démesure La fabrique de crime, lui-même roman parodique qui joue dans le cauchemar halluciné et dont l’épilogue propose lui aussi un retournement de situation insensé.

Il innove en quelque sorte le roman loufoque dont Cami, auteur notamment de Loufock Holmès, le détective idiot, ou Pierre Dac et Francis Blanche, avec les Aventures de Furax, en furent les principaux chantres.

Editions Marabout. Bibliothèque Marabout Fantastique N°408. Parution 1972.

Editions Marabout. Bibliothèque Marabout Fantastique N°408. Parution 1972.

Paul FEVAL : Ann Radcliffe contre les vampires : La ville-vampire. Postface d’Adrien Party. Editions Les Moutons électriques. Parution le 7 juin 2018. 144 pages. 13,00€.

ISBN : 978-2361834654

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30 mai 2019 4 30 /05 /mai /2019 04:30

La nuit, quand revient la nuit…

Edith WHARTON : Le triomphe de la nuit

Un fantôme, ce n’est pas seulement ce drap blanchâtre en forme de parachute à moitié gonflé qui se promène, qui déambule, dans les couloirs sombres d’une maison abandonnée, une chaîne et un boulet à la traîne.

C’est une image, une projection que seuls peuvent percevoir des personnes choisies délibérément par cet ectoplasme. Emanation du Mal, il peut pourtant se manifester pour contrecarrer une action justement malfaisante.

Le fantôme est-il un personnage décédé, ou le double d’un être vivant, le mister Hyde d’un docteur Jekill calculateur et intéressé ? Peut-être tout simplement le fameux ange gardien qui au lieu de réfréner vos instincts les plus bas, les plus vils, va tenter de faire avorter ces mauvaises actions à l’aide d’une tierce personne. Mais que la communication est parfois difficile !

 

Sans grands effets sanguinolents, sans effets spéciaux comme dans les romans et nouvelles écrits par la jeune génération, que ce soit dans le domaine du fantastique ou de l’épouvante, Edith Wharton empoigne son lecteur et celui-ci, subjugué, comme sous la magie des mots, s’investit dans ces histoires où le noir prédomine.

Dans sa préface, Edith Wharton écrit : Aussi profond que se cache notre perception du monde des esprits, j’ai l’impression qu’elle se laisse entamer peu à peu par les deux ennemis planétaires de l’imagination que sont la TSF et le cinéma. Jadis l’imagination était nourri d’informations qu’on obtenait en faisant un effort et qu’on assimilait ensuite lentement. A présent on les sert sur un plateau, toutes cuites et déjà mâchées. Ainsi la génération actuelle voit elle son aptitude créatrice s’étioler rapidement, en même temps que sa faculté de soutenir son attention.

A ces deux ennemis cités par Edith Wharton, on pourrait ajouter aujourd’hui la télévision.

Il est bon et réconfortant de lire des textes empreints de sensibilité, d’émotion, alors que la guerre de la surenchère dans l’horreur sévit au petit et au grand écran afin de mieux traumatiser les esprits incapables de réagir à la subtilité d’une évocation écrite.

Edith Wharton sait décrire une atmosphère trouble sans agressivité, le meilleur encouragement à la lecture, et à la communion auteur-lecteur.

 

Sommaire :

Préface.

La cloche de la femme de chambre

Les yeux

Plus tard

Kerfol

Le triomphe de la nuit

Editions 10/18. Collection Domaine étranger N°2430. Parution octobre 1993.

Editions 10/18. Collection Domaine étranger N°2430. Parution octobre 1993.

Editions Joëlle Losfeld. Collection Arcanes. Parution juin 2001.

Editions Joëlle Losfeld. Collection Arcanes. Parution juin 2001.

Edith WHARTON : Le triomphe de la nuit (The Ghost Stories of Edith Wharton – 1973. Traduction de Florence Lévy-Paoloni). Intégrale des histoires de fantômes d’Edith Wharton volume 1. Editions du Terrain vague. Parution janvier 1990. 192 pages.

ISBN : 2-85208-114-8

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29 mai 2019 3 29 /05 /mai /2019 04:36

Un parfum de Harry Potter, mais un parfum

volatile…

Emmanuelle et Benoît de SAINT CHAMAS : Le Collectionneur

Un archéologue est par nature destiné à découvrir des choses intéressantes, voire surprenantes, en plongeant dans le passé de l’humanité, mais ce que distingue dans une salle mortuaire égyptienne le professeur Clairet et ses deux assistants est à proprement parler impensable.

Sur la porte de pierre figurent des inscriptions plus anciennes que les hiéroglyphes, et pourtant sur la tombe est déposé en évidence un… disons un objet qui ne devrait pas y figurer sauf si la tombe a été violée récemment et qu’un étourdi ait oublié un matériel devenu courant aujourd’hui mais dont l’existence ne remonte qu’à quelques décennies. Pourtant rien ne permet de supposer que la tombe ait été visitée, au contraire.

Dans le même temps, à Paris, Raphaël et Raphaëlle, les jumeaux d’à peine douze ans, orphelins et élevés par leur parrain Tristan, découvrent qu’ils ne sont pas tout à fait comme leurs condisciples. Raphaël est très ami avec Aymeric, ils sont toujours ensemble, comme indissociable. D’ailleurs ils ont été surnommés Rapharic.

Mais comme dans toute communauté qui se respecte, façon de parler, les deux complices sont en butte aux moqueries, souvent accompagnées de coups, de la part de Riveran, le perturbateur de la classe qui n’hésite pas à les provoquer dans la rue. C’est ainsi qu’un jour Riveran se montrant plus particulièrement agressif, les deux amis sont sauvés par un personnage qui apparait et disparait comme par enchantement.

Raphaëlle et Suzanne sont copines malgré leur différence de caractère. Suzanne se la pète comme l’on dit familièrement. Et Raphaëlle pour l’impressionner s’amuse à effectuer de petits tours de magie. Mais Raphaël et Raphaëlle se découvrent le pouvoir de communiquer entre eux, comme s’ils étaient doués de télépathie ou de télékinésie.

Leur parrain, qui exerce officiellement le métier de journaliste, leur propose de l’accompagner en Egypte sur les lieux de la découverte inouïe et tenue secrète. Et c’est là qu’ils se rendent compte que Tristan est aussi membre d’une organisation secrète et qu’il possède des pouvoirs surnaturels. Lui-même est Chevalier de l’Impossible et il leur propose de suivre des cours afin de devenir apprentis pages, puis de monter en grade dans cette organisation car ils en possèdent les qualités, ainsi que le don.

Ils font leurs premières armes dans les caves du Louvre et se révèlent particulièrement doués, seulement des règles sont à respecter, telles les règles des trois S, Secret, Service, Sagesse. Un mouchard leur est imposé, des Komolks qui se transforment à volonté et sont élevés au rang d’anges gardiens et de rapporteurs comme leur nom l’indique.

Raphaël et Raphaëlle vont devoir non seulement apprendre à obéir mais aussi à respecter leur nouveau statut, à vivre avec leurs Komolks, et bientôt ils sont entraînés dans une aventure hors du commun, en compagnie de leur parrain, à la poursuite du Collectionneur, un être qui défie toutes les polices du monde pour assouvir sa soif de possession d’objets hétéroclites et précieux.

 

En lisant cet ouvrage qui regorge de petits tours de magie que les enfants peuvent s’amuser à réaliser chez eux sans difficultés et empreint d’un humour léger, avec quelques jeux de mots, le jeune lecteur ne pourra s’empêcher de penser à Harry Potter et à sa carrière de magicien à Poudlard.

 Même s’ils n’ont pas lu les romans de J. K. Rowling, les films qui en ont été adaptés sont assez présents à l’esprit pour ne pas établir le lien. Mais s’il existe des ressemblances, les enfants, l’école de « sorciers », les professeurs plus ou moins déjantés et mystérieux, le fond de l’histoire emprunte à des légendes déjà exploitées dans les romans fantastiques, et pourtant les auteurs, Emmanuelle et Benoît de Saint Chamas, parviennent à renouveler le genre avec brio, et moi-même étant d’un âge déjà avancé, j’ai été conquis et attend avec une certaine impatience le second épisode des aventures des jumeaux et de Strom, dont la signification réside dans le livre et que je vous conseille de lire à l’envers (pas le livre).

Emmanuelle et Benoît de SAINT CHAMAS : Le Collectionneur (Strom 1). Editions Nathan. Parution 30 juin 2011. 308 pages.

ISBN : 978-2092023105

Réédition Collection Pocket Jeunesse. Parution le 22 mai 2014. 336 pages.

ISBN : 978-2266245296

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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