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17 mai 2020 7 17 /05 /mai /2020 06:38

Merlin l’Enchanteur ou le chanteur ?

Chantal ROBILLARD : Merlin enquête au Palais du Rhin.

Fief de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, le Palais du Rhin, situé dans la Neustadt à Strasbourg, connait en ce matin de fin novembre une agitation inhabituelle.

Le cadavre d’une jeune femme a été découvert dans la salle de bal de L’Empereur, ce qui n’est vraiment pas sa place. Une parfaite inconnue touchée dans le dos et en plein cœur, par ce qui semble être une lame très fine, une seringue, ou encore tout autre objet pointu qui n’est pas retrouvé, lancé d’une distance de deux mètres environ par une main ferme. Pas de trace de sang.

Interrogé, le concierge affirme que c’est une femme de ménage qui lui a signalé cette anomalie cadavéreuse dans un endroit habituellement fermé. A la demande du Commandant Merlin, le gardien des lieux s’empresse d’aller chercher la technicienne de surface qui est au sous-sol, réfugiée dans la cafeteria afin de se remettre de ses émotions. La brave dame n’aura plus l’occasion de narrer sa macabre découverte car le concierge la retrouve morte, d’une façon identique dans le local syndical. Presque. De très légères différences dans l’accomplissement du crime et du matériel employé sont relevées. Et lors de l’autopsie, des traces de coups sont relevés sur son corps.

Si l’identité de la première victime est rapidement établie, celle de la seconde reste inconnue. La femme, une quadragénaire, découverte dans la salle de bal de l’Empereur se nommait Violaine de Saint-Péry et habitait Nancy. La femme de ménage est inconnue au bataillon. Elle faisait partie d’une équipe, mais dépendait d’une boite de nettoyage suite à l’externalisation des services d’entretien. Or, cette entreprise vient de fermer ses portes sans laisser d’adresse.

Le roi Merlin et sa cour, pardon, le commandant Merlin et son équipe sont en charge de cette affaire qui débute mal. Le directeur du centre est en voyage, et les responsables des divers services sont tous en déplacement pour diverses raisons incombant à leurs fonctions. Tandis que les uns se rendent à Nancy pour enquêter sur cette madame de Saint-Péry (à ne pas confondre avec deux seins en péril) qui avait gardé son nom de jeune fille, plus prestigieux que celui de son mari, Grandidier. D’ailleurs celui-ci, paléontologue, est en déplacement dans les pays de l’Est.

C’est la mère de la jeune femme qui a en charge la garde des deux enfants du couple, et cela n’arrange guère cette égyptologue qui a un déplacement de prévu. Quant à la femme de ménage de la morte, elle travaillait au noir, dépendant d’une boîte qui a aussi mis la clé sous la porte.

Le sac à main de la nettoyeuse décédée est retrouvé dans une chasse d’eau et son identité est enfin connue. Bizarrement c’est la même ou presque que celle de la femme de ménage de Violaine de Saint-Péry. Toutes deux sont originaires de pays ayant connus de nombreux démêlés, l’Albanie et le Kosovo. Et puis Merlin se demande ce que font dans cette salle des sarcophages dans lesquels le tueur n’aurait pu se confiner.

L’arme du crime pourrait être une flèche, ou un trait, lancé à l’aide d’une sarbacane, ce qui induit que le meurtrier doit avoir du souffle. Peu à peu Merlin et son équipe composée de son adjoint Arthur, Liselotte Lance, la seule femme, qui fait équipe avec Govin, les deux H, Yvain Hummel et Elias Hamm, et Caradec et Jauffré qui tous deux ne se déplacent qu’en fauteuil roulant suite à des lésions subies lors d’attentats. Ces deux derniers sont préposés aux recherches informatiques principalement.

 

Merlin qui ne reste pas les deux pieds dans le même sabot (même en parcourant l’Alsace et la Lorraine) entend parfois une petite voix grave de femme qui s’exprime dans sa tête et le nomme Sire Merdynn. Il retrouve toutefois avec plaisir d’anciennes connaissances qui ont travaillé avec lui lorsqu’il était en poste à Paris, au fameux 36 Quai des Orfèvres, et repense souvent à l’attentat du Bataclan, dont sa fille, illustratrice de livres pour enfants, a réchappé de justesse. Il a de temps en temps des nouvelles de son fils qui pour des raisons professionnelles vit au fin fond du Canada.

Enfin c’est un grand lecteur, principalement de Donna Léon, auteur américaine à laquelle il voue un culte particulier peut-être à cause du lieu, Venise dite la Sérénissime, dans lequel évolue son personnage, le commissaire Brunetti.

 

Roman policier classique, Merlin enquête au Palais du Rhin ne possède qu’une toute petit once, représentée par la petite voix, de fantastique. Elle est développée dans la nouvelle qui suit le roman, Zoo d’Echime qui peut être considérée comme une suite.

Tout tourne autour de Merlin et de son groupe, qu’il dirige tel un patriarche. Il sait se faire aimer d’eux même si parfois il ne peut s’empêcher d’avoir un mouvement d’humeur. Il faut dire que le procureur qui au début avait été désigné et ne manquait pas de leur imposer la pression, part en vacances. Il est remplacé par la procureure adjointe, une jeune femme d’aspect fragile un peu pète-sec. Or coïncidence ou non, cette gente dame fait partie de la même chorale que Merlin, lequel en ce moment répète le Messie (mais si !) d’Haendel, avec sa voix de basse.

Les relations entre les divers membres de ce groupe prennent une extension qui va au-delà de l’enquête, car lorsque celle-ci est bouclée, ou presque, d’autres événements interfèrent, pour la plus grande joie et la surprise du lecteur, lequel entre dans l’intimité de certains des protagonistes. Ce qui fournit un aspect humain à cette intrigue.

Et entre les déplacements à Nancy, Colmar et autres lieux, les préparations du célèbre marché de Noël débutent, toujours avec cette appréhension d’attentats meurtriers.

Donc plus qu’un roman policier, il s’agit d’un roman social qui m’a fait penser aux enquêtes de Steve Carella et du 87e commissariat d’Isola, la série chère à Ed McBain.

Enfin certaines scènes de ce roman s’insèrent, ou inversement, dans Merlin et la fée des flashs publié chez Nutty Sheep.

 

Chantal ROBILLARD : Merlin enquête au Palais du Rhin. Collection Blanche N°2188. Editions Rivière Blanche. Parution mai 2020. 256 pages. 20,00€.

ISBN : 978-1612279732

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11 mai 2020 1 11 /05 /mai /2020 03:23

A l’ouverture de la chasse,
Dans un château riche en gibier…

Marcel G. PRÊTRE : La cinquième dimension.

De retour de la chasse aux cols-verts et aux lapins, la voiture conduite par Sven Jensen s’embourbe dans un chemin creux. Impossible de la dégager malgré les efforts fournis par les passagers. Il ne reste plus qu’à aller chercher du renfort, ce que fait le garde-chasse en se rendant à pied par la lande jusqu’à Chérupeau, puis à revenir avec la Jeep.

Sven Jensen et ses deux invités, Armand de Camare, éditeur, et Frédéric Bard, romancier créateur du célèbre commissaire San Angelo, décident de se rendre au Manoir de la Ravachière, tout proche, dont ils ont aperçu des lumières aux fenêtres. Pourtant ce manoir est inhabité depuis vingt ans environ. Nonobstant, arrivés sur place ils sont reçus par le châtelain qui leur offre des boissons revigorantes.

Dans la pièce où ils se remettent de leurs émotions, Bard est intrigué par la statuette de marbre représentant un garçonnet qui lui rappelle quelques souvenirs de sa jeunesse. Un ancien condisciple, Albert, tête de Turc des autres élèves de la classe, se laisse enfermer dans un musée lyonnais lors d’une sortie et s’empare d’une flûte d’or. La statue de Diane l’attire, elle ressemble tant à sa mère décédée. Mais il fera d’autres rencontres.

Ensuite c’est au tour d’Armand de Camare de narrer une aventure qui lui est arrivée à Courchevel, sa fille Françoise l’y ayant précédé. Alors qu’il skie, il retrouve un vieux copain avocat qui l’invite à assister à une plaidoirie le lendemain. Le prévenu, surnommé La Bouteille, ancien gendarme et poivrot notoire, doit s’expliquer sur la provenance de l’argent lui ayant permis de s’acheter une voiture. Il révèle qu’il avait découvert un portefeuille qui, à chaque fois qu’il l’ouvre puis le referme contient un billet de banque. Un portefeuille inépuisable.

Sven Jensen prend la suite de ces révélations pour le moins surprenantes, narrant lui aussi une histoire dont sa grand-mère danoise décédée est pourtant l’héroïne. Un amateur danois fervent parieur et mécanicien, se présente quelques décennies plus tôt à Jensen, qui dirige une écurie de courses, et lui confie qu’il aimerait pouvoir remettre en état la Rolls-Royce 1910 héritée de la grand-mère. Au départ réticent, Jensen accepte, et le mécanicien va devenir très riche grâce aux conseils judicieux prodigués par la vieille dame que ce soit sur des paris hippiques ou des placements en bourse. La vieille dame ou son fantôme.

Enfin c’est au propriétaire du Manoir d’y aller de son historiette, un épisode dont il fut le héros, ou la victime.

 

Ce roman, le seul de Marcel G. Prêtre dans la collection Angoisse, est également unique de par la narration, à plusieurs voix, et qui se décline comme un recueil de nouvelles, une forme littéraire inédite dans cette collection.

En quatrième de couverture figure une biographie de l’auteur, biographie qui ressemble à une énorme farce et dont voici le texte de présentation :

Emporté par son goût de l'aventure, Marcel G. Prêtre fut guide de chasse professionnel, en Afrique. Après quelques années d'une existence, très agitée, en particulier chez les Pygmées, il réintégrait l'Europe et était engagé par une grande firme américaine comme pilote de courses automobiles, II obtint vingt-quatre victoires internationales et participait à plusieurs reprises au Rallye de Monte-Carlo sous les couleurs de Porsche.

Auteur, entre-temps, d'une cinquantaine de romans policiers et d'aventurés et de plus de cent pièces radiophoniques, il a écrit les scénarios de plusieurs films de long métrage et de télévision.

Et Frédéric Dard, alias Commissaire San-Antonio, dît de lui :

« Ce grand bougre de Suisse est de tous mes amis le — plus authentiquement français ! »

En effectuant des recherches sur des sites spécialisés, il m’a été impossible de retrouver le nom de Marcel G. Prêtre comme pilote de course automobile suisse. Dans la fiche Wikipédia consacrée à l’auteur, une énorme bourde s’est glissée puisqu’il est gratifié du pseudonyme de Frank Evans alors que c’était un ancien préfet, Louis Verger, qui se cachait sous cet alias.

Le lecteur retrouvera dans la présentation des trois principaux personnages des noms qui ne lui sont pas inconnus. Frédéric Bard est bien évidemment Frédéric Dard, Armand de Camare Armand de Caro, le créateur des éditions du Fleuve Noir, et Sven Jensen ne peut être autre que Sven Nielsen, le créateur des Presses de la Cité qui avait racheté à la fin des années 1950 le Fleuve Noir.

Le roman en lui-même ne manque ni d’humour, ni d’imagination avec ses histoires de fantômes et de disparitions. C’est habilement construit et le lecteur ne s’ennuie à aucun moment dans ce roman à tiroirs.

Cependant, il est amusant de constater que deux spécialistes de la critique, Jean-Pierre Fontana dans la revue Fiction N° 190 du 1er octobre 1969, et Jean-Pierre Andrevon, dans la même revue Fiction N°354 du 1er septembre 1984, à l’occasion de la réédition de cet ouvrage, offrent des points de vue tout à fait contradictoires que vous pouvez lire en vous dirigeant vers le site NooSfère dont le lien se trouve ci-dessous :

 

Que dire d’un système social où l’on voit une vedette de cinéma, ou un chanteur à la mode, toucher en un an ce qu’un chercheur n’arrivera pas à gagner dans toute sa carrière, même s’il obtient le prix Nobel ! Il n’y a plus d’échelle de valeur. Le système a tout faussé à la base.

Réédition : Collection Super Luxe N°151. Avril 1984.

Réédition : Collection Super Luxe N°151. Avril 1984.

Marcel G. PRÊTRE : La cinquième dimension. Collection Angoisse N° 165. Editions Fleuve Noir. Parution 3e trimestre 1969. 256 pages.

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29 avril 2020 3 29 /04 /avril /2020 04:10

On redécouvre tous les jours Alexandre Dumas !

Alexandre DUMAS : Récits fantastiques. Volume 1.

Ce volume numérique proposé gratuitement par la Bibliothèque électronique du Québec comprend trois nouvelles axées sur le fantastique, le surnaturel, vous l’auriez deviné, parfois réédités dans divers recueils, ou pas. Car il est difficile de s’y retrouver dans la multitude de contes et nouvelles rédigées par Dumas et ses différents collaborateurs. Même le site qui lui est consacré par la Société des amis d’Alexandre Dumas (voir ici) ne les recensent pas toutes.

 

Donc ce volume nous propose de découvrir : Histoire d'un mort racontée par lui-même, Un dîner chez Rossini et Le lièvre de mon grand-père. Ces nouvelles possèdent en commun d’être des histoires gigognes, Dumas se mettant en scène dans diverses situations, lors de ces nombreux voyages, recueillant des historiettes narrées par des convives ou des personnages de rencontres. Mais parfois les préambules sont tout aussi intéressants que les nouvelles en elle-même, car ils offrent une vision de l’auteur et sa façon de travailler.

 

Histoire d’un mort racontée par lui-même.

Auteur réputé, Alexandre Dumas est habitué à recevoir des courriers anonymes ou non. Celui qu’il vient de recevoir émane d’un grincheux qui lui reproche de ne pouvoir trouver les Mémoires de la Fère, ce qui est somme toute normal puisque l’auteur des Trois Mousquetaires avait inventé ce manuscrit. Le soir même, il reçoit un autre courrier lui proposant une histoire, lui intimant d’en disposer à son idée, car de toute façon, lorsqu’il aura réceptionné cette missive, l’auteur en sera mort.

Trois personnages, réunis dans l’atelier d’un peintre, discutent autour d’un pot de punch, et la conversation tourne autour de contes fantastiques et plus particulièrement d’Hoffmann. L’un d’eux narre alors une histoire édifiante dont il fut, sinon le héros, du moins l’un des protagonistes. Médecin, il fut demandé un soir au chevet d’une jeune femme, résidant juste en face de chez lui. Une saignée, pense-t-il, devrait résoudre le problème de la magnifique jeune femme qui se languit dans son lit. Elle est triste et pourtant, se sentant mieux, elle demande si elle pourra danser, devant donner un bal chez elle. Rentré chez lui, le médecin ausculte les fenêtres de sa voisine, des fenêtres qui obstinément restent sombres et silencieuses. Il n’en dort plus, ne mange plus, dépérit et le lendemain il est mort ! Dans la fosse où il a été plongé, un inconnu vient le réveiller. Il s’agit de Satan… qui lui propose de retrouver le soir même cette belle femme à cause de laquelle il est mort d’amour.

 

Un dîner chez Rossini.

En voyage en Italie, Dumas est hébergé par son ami Rossini, et participe à l’un des dîners dont le compositeur est si friand. Il fait même passer les nourritures terrestres avant celles de l’esprit. Lors d’une discussion qui s’ensuit, reproche est fait à Rossini de ne plus composer. En général, un poème est proposé puis la musique est composée. Dumas demande à inverser le cours habituel et Rossini se lance le lendemain dans une improvisation musicale. Seulement il n’inscrit pas ce qu’il joue et alors que l’un des convives avait écrit un texte concernant un épisode survenu à un de ces ancêtres, c’est Dumas qui en hérite.

L’histoire contée se déroule en 1703. Deux étudiants, l’un pauvre et l’autre riche, partagent le même logement car ce qui les lie, c’est une amitié indéfectible. Il est même envisagé que l’un va épouser la sœur de l’autre, sans qu’ils se soient vus, car le frère a été si prolixe envers les deux jeunes gens qu’il est persuadé que sa sœur reconnaîtrait son ami sans qu’ils aient été présentés l’un à l’autre. Or ce frère si aimable reçoit une missive de sa sœur le prévenant que leur père est au plus mal. Il quitte donc Bologne pour Rome, promettant de donner de ses nouvelles, mais au bout de trois jours, son ami s’inquiète. Il sait que la route est peu sûre et il craint pour la vie de celui qui est parti si précipitamment. Avec raison.

 

Le lièvre de mon grand-père.

Lors d’un voyage près de Liège, trois touristes s’arrêtent dans une petite auberge et l’un d’eux est intrigué par tableau représentant un chasseur, un lièvre et saint Hubert. Le chasseur n’est autre que le grand-père de l’hôtelier qui raconte volontiers l’origine de cette peinture. Un épisode qui s’est déroulé quelques cent ans auparavant mettant en scène deux hommes qui se haïrent à cause d’une femme. L’un fut dédaigné, l’autre épousa la belle. L’un devint garde-chasse du prince-évêque et l’autre, grand chasseur se consacra peu à peu à cette passion, devenant braconnier. Le garde-chasse tua un jour, alors que le prince-évêque et ses invités forçaient un dix-cors, deux des chiens du braconnier qui avait eu l’imprudence d’entrer dans le territoire défendu. La vengeance fut terrible et le braconnier, quelques mois plus tard, après bien des vicissitudes, trouva sur son chemin le garde-chasse et l’abattit. Sur le cadavre de celui-ci se jucha un lièvre qui nargua le meurtrier.

 

Mais ce qui importe le plus, à mes yeux, ce n’est point cette nouvelle surnaturelle mais ce qui est développé en préambule.

En effet, Alexandre Dumas n’hésite pas à répondre, avec humour, à quelques critiques qui dénoncent son emploi exagéré d’écrivains fantômes, de collaborateurs, dans ce qui pourrait être la préface du Lièvre de mon grand-père.

 

Causerie en manière d’explication

Chers lecteurs,

Pour peu que vous m’ayez suivi avec quelque intérêt dans ma vie littéraire et dans ma vie privée, je n’ai pas besoin de vous dire que j’ai habité la ville de Bruxelles en Brabant du 11 décembre 1851 au 6 janvier 1854. Les quatre volumes de Conscience l’Innocent, les six volumes du Pasteur d’Ashbourn, les cinq volumes d’Isaac Laquedem, les dix-huit volumes de la Comtesse de Charny, les deux volumes de Catherine Blum, et douze ou quatorze volumes de mes Mémoires datent de là. Ce sera un jour une matière difficile à explorer, un problème difficile à résoudre pour mes biographes, que de découvrir quels collaborateurs anonymes ont fait ces cinquante volumes. Car, vous le savez, cher lecteur, il est connu (des biographes bien entendu) que je n’ai pas fait un seul de mes douze cents volumes.

Dieu fasse paix à mes biographes comme il veut bien, dans sa miséricorde infinie, me faire paix à moi-même ! Aujourd’hui, chers lecteurs, je vous apporte un nouveau conte. La véritable date de celui qui surgit à vos yeux sous le titre un peu excentrique mais qui sera pleinement justifié, du Lièvre de mon grand-père, doit en réalité remonter à la période de ses frères belges. Mais comme je ne veux pas qu’à l’endroit de son véritable auteur plane sur lui la fâcheuse obscurité qui plane sur les autres, j’entreprends de raconter aujourd’hui dans cette causerie-préface la façon dont il voit le jour, et, tout en me réservant le titre du parrain qui le tient sur les fonts de baptême de la publicité, de faire connaître son véritable père. Son véritable père a nom : M. de Cherville.

M. de Cherville pour vous, chers lecteurs Cherville tout court pour moi. Le temps passait vite et doucement, pour moi surtout qui étais exilé volontaire dans cette bonne ville de Bruxelles. Un grand salon situé rue de Waterloo, 73, réunissait tous les soirs, ou à peu près, quelques bons amis, des amis de cœur, des amis de vingt ans : Victor Hugo, – à tout seigneur tout honneur, – Charras, Esquiros, Noël Parfait, Hetzel, Péan, Cherville.

 

Suivent ces quelques lignes qui donnent un éclairage particulier sur la naissance de ce conte :

On restait ainsi jusqu’à une heure ou deux heures du matin autour d’une table à thé, causant, bavardant, riant, pleurant quelquefois. Pendant ce temps, en général, je travaillais ; seulement, deux ou trois fois, d’habitude, dans la soirée, je descendais de mon second et venais jeter un mot au milieu de la conversation générale, comme un voyageur qui arrive au bord d’une rivière jette une branche au courant. Et la conversation emportait le mot comme le courant emporte la branche.

Puis je remontais travailler.

 

Donc, nous connaissons maintenant la provenance de ce conte rédigé par Dumas mais dont la provenance vient de monsieur de Cherville qui lui-même la tient de l’aubergiste cité plus haut.

Et si le site des Amis d’Alexandre Dumas nomme comme collaborateurs de cette histoire, Paul Bocage et Paul Lacroix, c’est parce que ce conte est inclus dans Les mille et un Fantômes. Ce qui est peut-être vrai, sauf que, précision est donnée concernant ce recueil :

Les Mille et un Fantômes, recueil de nouvelles écrit en 1849, constitue l’une des quelques incursions de Dumas dans le registre de la littérature fantastique. Histoires de revenants, damnation d’un chasseur condamné à poursuivre un lièvre géant et immortel, aventures extravagantes d’un marin marié à une sirène : c’est un autre versant de l’imagination de Dumas qui apparaît là.

Collaborateurs : Paul Bocage, Paul Lacroix

Personnellement, je m’en tiens aux propos de Dumas. D’autant que Cherville fut connu pour ses ouvrages de cynégétique mais surtout que Le lièvre de mon grand-père se termine par cette phrase :

Samedi 22 février 1856, à une heure trois quarts du matin.

Etonnant, non ! Qu’un texte soit publié dans un recueil datant de 1849, alors qu’il n’a été écrit qu’en 1856. Ou alors, il y a quelque confusion dans le recensement des Mille et un fantômes.

Que ceci ne nous empêche point de lire, ou relire, ces quelques textes charmants.

 

Alexandre DUMAS : Récits fantastiques. Volume 1. Version numérique. Bibliothèque électronique du Québec. 164 pages.

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20 avril 2020 1 20 /04 /avril /2020 03:14

La tête et les jambes…

Serge BRUSSOLO : Le dragon du roi Squelette.

Dirigée par Graccus, le chef des gardes, un être impitoyable, une étrange caravane se rend à Kromosa.

Un chariot, tiré par des esclaves, transporte une énorme flèche destinée à tuer le dragon qui veille d’une façon maléfique sur la cité.

Accompagnent cette caravane, Massalian, magicien forgeron qui a forgé cette flèche à l’aide matériaux secrets, Junia, une géante au passé indéfini, et Shagan, le cul-de-jatte.

Junia et Shagan ne peuvent vivre l’un sans l’autre. L’une possède la force et la mobilité, l’autre l’intelligence. La tête et les jambes en quelque sorte.

La caravane avance difficilement dans un paysage désertique composé d’argile mouvante. Les cadavres des esclaves qui sont morts à la tâche entravent la lente progression de l’attelage humain.

Junia et Shagan sont envoyés en éclaireurs, à charge pour eux de requérir du renfort. Mais l’arrivée dans la cité maléfique n’est pas sans périls. Enfermés dans un ghetto, ils sont aux prises avec des enfants gnomes et pour rejoindre le roi Wälner ils doivent braver des dangers sans nombre.

 

Le dragon du roi Squelette est un peu la suite des aventures de Junia et de Shagan, dont on a fait la connaissance dans Le tombeau du roi Squelette, et l’on retrouve différents protagonistes tels que Massalian, le magicien forgeron, ou le Roi Squelette.

Mais Junia joue un rôle plus important, plus prépondérant que dans el précédent roman.

Le personnage possède plus d’ampleur, si je puis m’exprimer ainsi en parlant d’une géante.

Le dragon du roi Squelette, comme le définit si bien Serge Brussolo, est un conte horrifique et doit être lu comme tel. Pourtant les thèmes du ghetto et de la ségrégation sont toujours d’actualité.

 

Serge BRUSSOLO : Le dragon du roi Squelette. Collection Anticipation N°1664. Editions Fleuve Noir. Parution janvier 1989. 192 pages.

ISBN : 2-265-04035-5

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13 avril 2020 1 13 /04 /avril /2020 03:20

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…

Dominique ROCHER : Sixties Blues.

Rédacteur en chef d’un journal, La Torche, dont la direction siège à Paris, Alexandre Godet est toujours à l’affût du moindre reportage, de la moindre information dont ne disposerait pas son concurrent Le Réveille-Matin.

Alors quand son photographe David lui suggère de venir avec lui en pleine campagne, et d’écrire un papier sur un cadavre couché dans un champ de betteraves, il est tout content de griller la politesse à son adversaire. Ils préviennent la maréchaussée qui ne trouve qu’un emplacement vide.

Ce loupé dans la carrière d’Alexandre le taraude, et il va même s’imaginer être le meurtrier, mais où est le cadavre ? Isabelle, sa femme, est plutôt casanière, et passe son temps à écrire un roman policier, dont elle espère bien qu’il sera un best-seller, alors que l’ouvrage n’est pas encore terminé et qu’aucun éditeur ne se profile à l’horizon.

Quant à ses deux enfants, Patrick, déjà très déluré pour son âge, et Caroline, la nouvelle venue dans le foyer familial, ils symbolisent le bonheur d’un couple moyen.

 

L’intrigue policière n’est qu’un mince fil conducteur, le propos affiché étant de décrire, avec un humour parfois caustique, la France du début des années 1960. Tout au moins une petite partie de la France, la focalisation d’un monde encore plongé dans la ruralité mais qui voudrait bien s’urbaniser.

Les débuts de la mise en place de l’accouchement psychoprophylactique, c’est-à-dire en langage clair l’accouchement sans douleur, la remise de décoration par les autorités compétentes à un récipiendaire qui ne tient pas plus que ça à être honoré, les employés de maison qui ne connaissent pas les affres du chômage et prétendent claquer la porte à tout moment et pour n’importe quelle peccadille, sont représentatifs d’une époque que l’on pourrait juger, avec le recul, tranquille et sereine. Et que l’on aimerait bien retrouver.

Un petit roman rétro, dans lequel existent encore les anciens francs, toute une époque, qu’on lit d’un œil attendri, et peut-être une once de nostalgie.

Dominique ROCHER : Sixties Blues. Editions de l’Orchidée Noire. Lulu.com. Parution 2009. 134 pages.

ISBN : 97829508366

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12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 03:49

Le printemps est arrivé, sors de ta maison…

Michel Fugain

Pierre PELOT : Une autre saison comme le printemps.

Invité d'honneur du festival du cinéma et du roman noir de Metz, Dorall Keepsake se trouve à son corps défendant plongé dans une aventure qu'il aurait pu imaginer à son héros.

Français, Keepsake, de son vrai nom François Doralli, tout comme son héros, est installé depuis des années aux Etats-Unis, où il est reconnu comme auteur à succès et comme scénariste. Cette incursion sur le sol qui l'a vu naître, et précisément vers le 17 novembre, une date fatidique dans son existence, Keepsake la ressent comme un pied de nez au sort, un défi.

Un soir, alors qu'il ingurgite consciencieusement des gin-tonic, il est quasiment enlevé par un inconnu lequel pense que Keepsake, considéré comme le spécialiste littéraire des disparitions, est seul capable de pouvoir mener à bien une enquête. Malgré ses dénégations, Keepsake est mis en présence d'Elisa, une jeune femme qu'il a connu dans sa jeunesse.

Nathaniel, l'enfant de celle-ci, a disparu. Malgré le mot que l'enfant a posté d'un petit village du Jura, et dans lequel il promet de revenir, tout laisse supposer qu'il s'agit d'un kidnapping. Elisa ne peut recourir à la police et Keepsake, contraint et forcé, se lance sur les traces du gamin. Ce qu'il découvre l'encourage à persévérer : Nathaniel fait du stop en compagnie d'un homme qu'il appelle papa...

 

Dés le premier chapitre le lecteur sent où veut l'entraîner Pierre Pelot, une scène confortée par d'autres éléments disséminés au cours de l'histoire.

Cependant Pierre Pelot ne raconte pas une banale histoire de revenants, il tisse autour de ses personnages une intrigue plus complexe et Keepsake lui-même se retrouve plongé dans un double cauchemar.

A son habitude Pierre Pelot préfère aux grondements de la ville, le charme tranquille et vénéneux de la campagne. Il nous donne le ton dès la première ligne:

Avant, les prés descendaient en pente douce jusqu'à la rivière, en dessous de la maison.

Un roman sobre, sans effets grandiloquents, dont la force tranquille et inquiétante se nourrit de l'atmosphère et prend pour postulat : que peut faire l'amour en face de la mort ?

 

Pierre PELOT : Une autre saison comme le printemps. Collection Présences. Editions Denoël. Parution janvier 1995. 250 pages

ISBN : 9782207243299

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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 04:53

Les morts revivent… Mais les vivants en meurent

Patrick SVENN : Le fantôme aveugle.

Réfugiée (confinée ?) en Dordogne à cause de la guerre, Sabine de Brignac n’a pas reçu de nouvelles de son mari Jean, resté à Paris, depuis sept mois.

Alors en ce mois d’octobre 1944, elle décide rentrer chez elle à Passy en compagnie de son amie Geneviève. Arrivée devant l’immeuble, un héritage familial de Jean, dont ils jouissent du rez-de-chaussée et du premier étage, un escalier intérieur leur permettant de passer d’un étage à l’autre, Sabine s’enquiert de Jean auprès d’Annonciade, la concierge qui leur sert également de servante.

D’après Annonciade, elle n’aurait pas vu Jean depuis le 21 mars au soir. Elle était dans sa loge de concierge quand un homme est entré dans l’appartement. Elle a entendu du bruit, des cris, et surtout ces mots qui la révulsèrent : Non pas les yeux, pas les yeux !

Paris était sous la domination allemande et elle n’avait pas osé appeler la police. Sabine s’enquiert auprès de Martin Coutureau, un ami commun à elle et à Jean, afin de savoir s’il peut apporter des précisions. Martin, qui fut amoureux de Sabine, laquelle lui avait préféré Jean, affirme avoir accompagné Jean à la gare le 22 mars.

Et le soir, la nuit, elle ressent comme une présence. Des déplacements furtifs qui se produisent dans sa chambre, près d’elle. La lumière s’éteint sans qu’elle ait actionné l’interrupteur, comme s’il y avait des délestages, et surtout elle retrouve sur un guéridon un camée qui était enfermé dans une boîte à bijoux. Elle a beau le replacer dans sa cache, le lendemain matin, il est à nouveau sorti de son coffret. Un camée bague que lui avait offert Jean quelques années auparavant avant la guerre.

Elle établit la liste de tous ceux qu’ils fréquentaient avant qu’elle se réfugie en Dordogne. Après avoir éliminé les membres de la famille, ne restent que trois noms. Trois hommes avec lesquels Jean avait de nombreux contacts mais qui ne se connaissent par forcément. Parmi eux un trafiquant au marché noir. Tous sont dissemblables physiquement et moralement. Et avec Geneviève, elle organise un repas préparé par Annonciade, afin de les réunir. Seul Martin se récuse, arguant son emploi à la Préfecture qui lui prend beaucoup de temps.

Mais cette réunion ne donne rien. Et dans le jardin particulier, elle découvre un endroit caché où fleurissent encore quelques géraniums. Annonciade avoue que sous terre gît le cadavre de Jean.

 

Un roman de pure angoisse, étouffant, à la limite du fantastique, ancré résolument quelques semaines après la période de la Libération de Paris. Les restrictions sont imposées, malgré tout Sabine et Geneviève, qui ne sont pas démunies d’argent, parviennent à organiser des repas. Et l’un des camarades de Jean se charge de leur fournir le cas échéant les vivres nécessaires. Le rôle de Jean n’est pas très bien défini mais il aurait œuvré dans la Résistance, et il n’est pas exclu que la Gestapo se serait amené un soir pour l’arrêter.

Seulement, ce ne peut qu’être un soupçon éphémère, les Nazis ne prenant guère de gants pour s’emparer de ceux qui côtoyaient de près ou de loin les Résistants, et ce n’était pas dans leur habitude de torturer sur place.

Alors les soupçons se portent sur une vengeance. Mais à l’encontre de qui, et pourquoi ?

Le lecteur se doute de l’identité du suspect, voire du coupable, mais ce n’est pas tant ce qui importe. C’est cette atmosphère d’angoisse étouffante, prégnante, ces déplacements d’objets, ces sensations de frôler une personne invisible, comme un fantôme, qui imprègnent de façon insidieuse le récit.

La tension grimpe au fur et à mesure que les jours, et les pages, passent, et le dénouement est à la hauteur du récit.

Patrick Svenn, auteur de trois romans dans cette collection naissante, est considéré par certains comme un pseudonyme de Frédéric Dard. Je n’ai pas retrouvé la patte de celui qui signait en même temps sous l’alias de San-Antonio. Par deux fois, la Savoie est évoquée, mais cela ne suffit pas à faire endosser à Frédéric Dard la paternité de ce roman.

Patrick SVENN : Le fantôme aveugle. Collection Angoisse N°8. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1955. 224 pages.

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1 avril 2020 3 01 /04 /avril /2020 04:43

Faciles à sculpter ?

Maurice PERISSET : Les statues d’algues.

En vacances dans la résidence familiale sur les hauteurs de Saint-Tropez, Cédric passe son temps dans sa piscine. C’est un solitaire, contrairement à Stéphane et Béatrice, son frère et sa sœur légèrement plus âgés qui ne pensent qu’à s’amuser et sortir dans les cafés ou en boîtes. Ils sont seuls, leurs parents passant un séjour aux Seychelles.

En admirant, sur le port de Saint-Tropez, les œuvres abstraites d’un peintre local, Cédric fait la connaissance de Sophie, une adolescente de son âge, seize ans. Pour une fois, il surmonte sa timidité, et lui propose de jouer au tennis et lui inscrit sur un bout de papier son numéro de téléphone.

En remontant jusqu’à la villa parentale, cachée dans la végétation et entourée de hauts murs, il croise la route de trois adolescents étrangers à la région. Ils sont à la recherche de Pablo, un copain, et d’un mauvais coup à effectuer.

Paulo et Jacky se sont enfuis d’un Centre de placement, un centre dit de rééducation géré par la DDASS, étant orphelins ou considérés comme tels. Grâce leur amie Clara ils sont descendus dans le sud, à quelques quatre ou cinq cents kilomètres de leur lieu de détention. Ils abordent Cédric, lui demandant un renseignement et éventuellement un peu d’argent.

Deux amis de Stéphane et Béatrice viennent passer quelques jours mais eux aussi ne pensent qu’à aller s’amuser. Ce qui fait que Cédric reste la plupart du temps seul, pensant à Sophie.

Un étrange phénomène se produit. Un nuage noir stagne au dessus de la propriété, et l’eau de la piscine est gelée. Une étrange couche grise flotte au dessus et bientôt se transforme en algues vertes.

C’est le début d’une journée et d’une nuit de cauchemar pour Cédric et les trois adolescents qu’il a croisé dans le chemin des Amoureux et du fameux Pablo. Une nuit d’horreur qui ne semble affecter que la propriété car aux environs le ciel est bleu, bien dégagé. La campagne est comme à son habitude, calme.

 

Délaissant le roman policier pour adultes, Maurice Périsset nous propose une aimable fable pour adolescents, jouant sur le fantastique, la terreur, le suspense. Tout y est bien amené, la tension montant progressivement, seulement l’épilogue déçoit un peu.

En effet, mais même dans un roman fantastique, certains phénomènes possèdent une explication tandis que dans cette intrigue, rien. D’où viennent ces algues vertes qui prolifèrent à une vitesse incroyable ? Quant à la conclusion, elle est assenée comme si Maurice Périsset ayant épuisé son sujet, ne savait plus comment clore son histoire. Ce n’est pas trop grave, le lecteur âgé que je suis demandant peut-être plus de précisions que les adolescents qui se plongent dans cette intrigue étonnante. Et peut-être s’est-il laissé emporté par son imagination n’ayant pas réfléchi comment terminer l’histoire.

Maurice PERISSET : Les statues d’algues. Couverture Philippe Munch. Illustrations intérieures Jean-Louis Henriot.

Collection Zanzibar N°116. Editions Milan. Parution mai 1993. 192 pages.

ISBN : 9782867269103

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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 04:21

Pour s’y rendre, faut-il se munir d’une autorisation de déplacement dérogatoire ?

Serge BRUSSOLO : Le tombeau du roi Squelette.

« Grâce à une écriture gorgée d’images perverses et pratiquée comme un rituel d’envoutement, Brussolo sculpte de livre en livre des cauchemars logiques à la beauté convulsive ».

Ces quelques lignes sont dues à Denis Guiot et extraites du livre La Science-fiction paru aux éditions M.A, écrit en collaboration en 1987 par Jean-Pierre Andrevon, Denis Guiot et George Barlow.

Elles résument bien l’œuvre de Serge Brussolo dans laquelle on retrouve certains thèmes obsessionnels, tels que la hantise de l’engloutissement, la biologie fantasmatique, le morbide, le cauchemardesque.

Le tombeau du roi Squelette comporte tous ces thèmes obsessionnels : l’étouffement, l’ensevelissement, qui sont même portés à leur paroxysme. C’est l’horreur à l’état brut dans laquelle Brussolo se délecte, entraînant ses lecteurs dans des aventures parfois à la limite du scatologique.

 

Junia, géante obèse, et Shagan ne font qu’un. Concrètement Shagan, cul de jatte, ne se déplace pratiquement qu’accroché au dos de Junia.

La tête et les jambes en quelque sorte.

Esclaves de Massalian, le forgeron, ils sont envoyés par celui-ci pour venir en aide au baron Menzo.

Mais pour cela ils doivent traverser la plaine des exécutions, la lande sur laquelle règne le roi Squelette. Cette lande est imprégnée de l’âme des morts, suppliciés victimes de châtiments barbares, et les arbres bus qui se dressent vers le ciel ne sont que des gibets dont les cordes sifflent et s’enroulent tels des serpents autour du corps des voyageurs imprudents.

Junia et Shagan, malgré leurs disgrâces physiques, réussiront à traverser cette plaine de désolation, mais ce ne sera qu’une longue suite de cauchemars.

Les cadavres parsèment leur chemin, les invitant à un effrayant échange.

Serge BRUSSOLO : Le tombeau du roi Squelette. Collection Anticipation N°1627. Editions Fleuve Noir. Parution mai 1988. 192 pages.

ISBN : 2-265-03821-0

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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 04:18

Dans les brumes écossaises

Kurt STEINER : De flamme et d’ombre.

Alors qu’il devait se rendre chez son oncle à Galashiels, le docteur Walter McCairn fait étape à Edimbourg. Dans une rue, un photographe le prend en cliché et lui remet un ticket pour récupérer deux ou trois jours plus tard la photographie. A peine trois pas de franchis, le docteur se retourne mais le photographe s’est comme volatilisé. Sur le bout de papier figure un numéro pour le moins extravagant. Un H suivi de sept zéros et une adresse.

Il rentre chez lui dans son petit village de Freenoch, sous la pluie automnale. Dora, sa servante, est affolée. Il est attendu impatiemment chez une parturiente mais son intervention dégénère. Il prescrit un médicament mais bizarrement ce qu’il inscrit sur l’ordonnance ne correspond pas à ce qu’il pensait. Un autre incident de ce genre se renouvelle, toujours préjudiciable au patient qui décède.

Rentrant chez lui, il est abordé par une jeune femme qui se prétend sa voisine. Pourtant il est sûr de ne l’avoir jamais rencontrée, côtoyée, vue. Quant à son voisin habituel, atteint de toux chronique et qui vit à l’étage au dessus du sien, il n’est plus là. Autant d’anomalies qui parsèment ses journées.

Des incidents qui se transforment en accidents, tragiques. Car il s’éprend de cette jeune femme (non, ça ce n’est pas tragique !) mais cette relation tourne mal. Et il aperçoit le père de celle-ci se suicider dans les marais.

Et il se rend compte que la date du jour n’est pas celle qu’il croyait mais qu’il vit dans un monde situé deux semaines auparavant, à peu près le jour où il s’est fait photographié dans une rue d’Edimbourg.

 

Kurt Steiner, dont c’est le quatrième roman publié dans la collection Angoisse, joue avec les nerfs de son héros, et donc de ses lecteurs, l’ensevelissant sous une chape de terreur.

Insidieusement l’effroi est distillé pour prendre une ampleur qui enveloppe le docteur dans une gangue délétère, dont il ne peut se défaire. Comme s’il était confiné dans une toile d’araignée qui l’enserrerait de plus en plus. Le fantastique à l’état pur, sans êtres monstrueux ou personnages légendaires interférant dans cette intrigue, mais cette sensation de vivre dans un état second et un monde parallèle.

Pourtant le rationalisme est présent car ce pauvre docteur Walter McCairn va bientôt se trouver confronté à ses erreurs de prescriptions médicales et la police s’en mêle.

Sans vouloir le dévaloriser, ce roman se place dans l’honnête production de Kurt Steiner, ce qui n’est pas péjoratif, mais la fatalité du retour à des événements précédents relève du domaine du fantastique classique. Comme une histoire qui se reflèterait dans un miroir mais avec un décalage temporel.

 

Réédition : Collection Super-luxe N°7. Editions Fleuve Noir N°7. Parution 1er trimestre 1975. 224 pages.

Réédition : Collection Super-luxe N°7. Editions Fleuve Noir N°7. Parution 1er trimestre 1975. 224 pages.

Bibliothèque du Fantastique sous le nom d’auteur d’André Ruellan. Editions Fleuve Noir. Parution février 1999. 672 pages.

Bibliothèque du Fantastique sous le nom d’auteur d’André Ruellan. Editions Fleuve Noir. Parution février 1999. 672 pages.

Kurt STEINER : De flamme et d’ombre. Collection Angoisse N°23. Editions Fleuve Noir. Parution 3e trimestre 1956. 224 pages.

Réédition : Collection Super-luxe N°7. Editions Fleuve Noir N°7. Parution 1er trimestre 1975. 224 pages.

Bibliothèque du Fantastique sous le nom d’auteur d’André Ruellan. Editions Fleuve Noir. Parution février 1999. 672 pages.

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