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11 juillet 2020 6 11 /07 /juillet /2020 04:07

Le chiffre et les lettres : C.T.H.U.L.H.U. !

Brian STABLEFORD : Le chiffre de Cthulhu

Même s’il possède son propre appartement parisien, Dupin se rend souvent chez le narrateur et ils passent leurs soirées ensemble. Ce soir là, un troisième personnage dîne en leur compagnie. Il se nomme Chapelain et est hypnotiseur à Bicêtre où il soigne, comme adjoint de Leuret, l’éminent spécialiste de la psychiatrie, les déficients mentaux. Ou, plus prosaïquement, les fous.

Chapelain a l’air abattu. Il s’est disputé avec Leuret à cause d’une patiente qui est à l’article de la mort. Cette femme, à l’aspect vieillot, atteinte de syphilis, probablement dû à son passé de prostituée, prétend s’appeler Ysolde Léonys, et a souvent des hallucinations. Pourtant elle est sensible aux séances d’hypnose pratiquées par Chapelain, qu’elle appelle Merlin. Elle se réfère à un certain Tristan, mais surtout, elle possède gravé sur le dos comme un tatouage. Une sorte de cryptogramme que Chapelain a recopié sur un bout de papier.

Il s’agit de symboles inconnus, quarante-neuf au total, disposés en carré de sept lignes sur sept. Pour Dupin, il s’agit d’un carré magique dit aussi Sceau ou Clé de Salomon. Or le nom d’Ysolde Léonys, Dupin l’a entendu récemment. Le père France, libraire fort respecté des bibliophiles, lui avait raconté qu’un bibliotaphe de province qui se fait appeler Breizh s’intéressait à un cryptogramme, et plus précisément au cryptogramme de Levasseur.

Dupin narre alors l’histoire d’Olivier Levasseur était un corsaire devenu pirate et qui allié à John Taylor, un flibustier anglais, s’est emparé d’un immense trésor en s’emparant d’un vaisseau portugais ainsi que d’un vice-roi. Il est mort pendu le 17 juillet 1730 à Saint-Paul de la Réunion, mais son trésor n’a jamais été retrouvé.

Après toutes les explications concernant la vie, l’œuvre et la mort de ce pirate et ses accointances avec d’autres forbans de son acabit, mais également des entourloupes faites, Dupin demande à examiner Ysolde Léonys à Bicêtre. Ce qu’acceptent volontiers Chapelain et Leuret. Ysolde est réveillée et lorsqu’elle aperçoit le narrateur, elle l’appelle Tom. Tom Linn, le Rimeur. Quant à Dupin, pour elle il s’agit de Tristan.

Elle prononce enfin une phrase étrange qui est en rapport avec le cryptogramme que Dupin examine sur son dos.

Ph’nglui mglw’nat Cthulhu R’laiyeh wgah’ngl fhtaign.

Dupin demande alors s’il est possible de transporter cette malade chez le narrateur, offrant comme garde-malade sa concierge, madame Lacuzon, dite la Gorgone à cause de son aspect rébarbatif.

Puis le narrateur reçoit un message l’invitant à se rendre à l’église Saint Sulpice. Il s’y rend et retrouve le Comte de Saint-Germain, lequel lui remet un petit paquet contenant une sorte de pendentif en bois sur lequel sont gravés les mêmes symboles que sur le dos d’Ysolde Léonis. Seulement leur aparté est interrompu par l’arrivée des Shoggoths qui désirent s’emparer de l’objet. Un combat terrible s’engage entre ces démons mi-humains mi-monstres gélatineux.

Puis ce sera le départ vers la Bretagne, avec le Comte de Saint-Germain devançant la petite troupe constituée du narrateur, de Dupin, d’Ysolde Léonis et madame Lacuzon, à la recherche du trésor du pirate Olivier Levasseur.

 

Les personnages ayant réellement existés fourmillent dans ce roman qui reste une fiction, mais les parties qui leurs sont consacrés, sont remarquablement documentées, offrant un aspect vivant non dénué d’intérêt dans cette intrigue de piraterie et de fantastique.

Parmi les références littéraires qui émaillent ce récit, on ne manquera pas de souligner la compétition entre Dumas et Sue, et surtout le rapport singulier de cette histoire avec Le Comte de Monte-Cristo. Egalement est évoqué le père France, qui fut bouquiniste notamment sur le Quai Malaquais, et n’était autre que le père d’Anatole France, le célèbre écrivain Pris Nobel de Littérature en 1921. Ainsi que le frère puîné de Victor Hugo qui est atteint de démence.

Si les créatures imaginaires et monstrueuses nées de l’esprit pessimiste de Howard Philips Lovecraft, sont citées alors qu’elles n’avaient pas encore été créées, d’autres sources littéraires issues de légendes arthuriennes imprègnent ce roman, dont Tristan et Iseut ou Isolde.

Un roman hypnotique qui doit beaucoup à la psychiatrie dont les docteurs Leuret et Chapelain en furent les importantes personnalités de l’époque, mais aussi de l’hypnotisme, du mesmérisme, de l’ésotérisme et du somnambulisme.

Si le début démarre en mode diesel, au fur et à mesure que le lecteur entre dans cette intrigue, l’action prend le pas sur la narration un peu verbeuse parfois, surtout axée sur les discussions entre les principaux protagonistes concernant l’état d’Ysolde Léonis ou sur les tribulations d’Olivier Levasseur et ses nombreuses pérégrinations et conflits avec d’autres pirates de nationalités différentes.

Didactique et en même temps (oui, le en même temps est à la mode) truffé de trouvailles littéraires mêlant habilement fiction et réalité. L’hommage à Howard Philips Lovecraft est évident, même si son nom n’est pas cité, et pour cause, puisqu’à l’époque à laquelle se déroule l’histoire, le célèbre fantastiqueur n’était pas encore né et donc n’avait pas encore imaginé ses monstrueuses créatures.

 

J’imagine fort bien Catherine Rabier, la traductrice, avoir été excitée à l’idée de traduire ce roman mais au cours de l’avancée dans le texte, se tirer les cheveux (métaphoriquement) afin de trouver les mots justes dans un texte parfois complexe afin de rester au plus près de l’idée de l’auteur.

 

A noter une petite coquille : Olivier Levasseur n’est pas mort pendu en 1830 mais en 1730. Mais il ne devrait pas faire de réclamation.

Brian STABLEFORD : Le chiffre de Cthulhu (The Cthulhu encryption : A romance of piracy- 2011. Traduction de Catherine Rabier). Les Saisons de l’Etrange. Les Moutons Electriques éditeur. Parution le 15 mai 2020. 254 pages. 17,00€. La version numérique : 5,99€.

ISBN : 978-2361836191

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9 juillet 2020 4 09 /07 /juillet /2020 04:25

Des cérémonies privées au cours desquelles on ne se prive pas…

Michel HONAKER : Bronx cérémonial.

A New-York, le Bronx c’est comme la tavelure qui dépare un beau fruit.

Ce n’est pas un quartier, c’est un cancer, une gangrène qui ronge la ville. Au milieu des immeubles abandonnés, délabrés, en ruine, vivent les miséreux, les clochards, la pègre, le rebut de la société plus quelques spécimens indéfinissables, mi-êtres, mi-démons.

Certains jeunes gens de la bourgeoisie aiment venir s’encanailler, accompagnés de jeunes filles que les sensations fortes excitent. Mais parfois ils mettent le pied là où il ne faudrait pas et assistent à des scènes qu’il aurait mieux valu ne pas voir.

Ces immeubles recèlent d’étranges pratiques, genre vaudou, et malheur à ceux qui y assistent sans être invités.

Le Commandeur qui avait pris sa retraite se sent obligé de reprendre du service.

 

A mi-chemin du fantastique, ce roman de Michel Honaker pêche par un début quelque peu scatologique.

Mais l’ambiance cauchemardesque prend vite le pas sur ce faux pas et le final tient ses promesses.

Ceci est le premier volet des aventures du Commandeur (à ne pas confondre avec le héros de la série d’espionnage de Georges-Jean Arnaud) une espèce de justicier mythique et huit autres aventures suivront dans cette collection.

Cette série, expurgée, sera rééditée dans une collection Jeunesse chez Rageot.

Première édition : Le démon du Bronx. Le Commandeur 1. Editions Média 1000. Mars 1988.

Première édition : Le démon du Bronx. Le Commandeur 1. Editions Média 1000. Mars 1988.

Michel HONAKER : Bronx cérémonial. Le Commandeur 1. Collection Anticipation N° 1723. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1989. 192 pages.

ISBN : 2-265-04230-7

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5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 04:40

Douze nouvelles anciennes

mais non rassises à déguster…

Robert E. HOWARD : Le Tertre maudit.

Comme bien des romanciers populaires, le nom de Robert E. Howard a été éclipsé par celui de l’un de ses personnages principaux, Conan le Barbare, et dans un moindre rayonnement par Solomon Kane.

Pour autant, malgré son décès prématuré à l’âge de trente ans suite à un suicide, Robert E. Howard reste l’un des nouvellistes de talent constamment réédité.

Son univers est entièrement tourné vers le fantastique surnaturel, et il lorgne vers d’autres grands maîtres de cette discipline dont il fut le contemporain et dont il put lire les œuvres et peut-être parfois s’en inspirer tout en gardant sa propre personnalité.

Ainsi dans La malédiction de la mer, voire Du fond des abîmes, on le sent proche littérairement parlant de William Hope Hodgson, mais l’on perçoit également une parenté avec Howard Phillips Lovecraft toujours dans Du fond des abîmes plus que dans Le monolithe noir qui a été publié sous le titre La pierre noire dans le recueil Légendes du mythe de Cthulhu, une anthologie d’August Derleth connu pour ses relations avec H.P.L.

Douze nouvelles d’inspiration diverse qui parfois sont liées entre elles par le décor, un personnage apparaissant ou évoqué à deux ou trois reprises, par l’emplacement géographique.

Ainsi dans … En replis tortueux et Le cœur de Jim Garfield, les deux histoires débutent de la même façon. Le narrateur, accompagné, se repose le soir installé sur sa véranda. Mais l’histoire est totalement différente.

De même La malédiction de la mer et Du fond des abîmes se passent au même endroit, à Faring, petit port au bord de la mer.

On retrouve le docteur Blaine à deux reprises dans des épisodes qui n’ont rien à voir entre eux, et le Texas et états proches, servent souvent de décor, d’aujourd’hui ou prenant leur genèse au moment de la guerre entre Fédérés et Confédérés, la fameuse guerre de Sécession, qui a cessé c’est sûr, mais dont les traces persistent encore dans les mémoires.

Une sonnerie de trompettes évoque le personnage de Jim Garfield, déjà mis en scène dans Le cœur de Jim Garfield.

Ainsi de nombreuses convergences lient plus ou moins ces nouvelles entre elles, et seule Lance et crocs, son premier texte publié à l’âge de dix neuf ans dans la revue Weird Tales, qui publie également Lovecraft et Clark Ashton Smith, se démarque de par sa teneur qui n’est pas sans rappeler les romans dits préhistoriques ou romans des Âges farouches de J.H. Rosny Aîné, dont principalement La guerre du feu ou Helgvor du Fleuve bleu.

 

Robert E. Howard possédait une imagination débordante, malgré les quelques similitudes évoquées, et l’on se demande quelle serait l’importance bibliographique de ses œuvres s’il ne s’était pas suicidé à l’âge de trente ans. C’est en 1928, alors qu’il a vingt-deux ans, que sa carrière débute réellement avec des récits de boxe publiés dans divers Pulps, et que Weird Tales publie les premières aventures de Solomon Kane.

 

Sommaire :

Lance et crocs (Spear and Fang - 1925)

La malédiction de la mer (Sea Curse - 1928)

Du fond des abîmes (Out of the Deep - 1967)

... en replis tortueux (The Dream Snake - 1928)

Coup double (The Man on the Ground - 1933)

Le cœur de Jim Garfield (Old Garfield's Heart - 1933)

Pour l'amour de Barbara Allen (For the Love of Barbara Allen - 1966)

Le Tertre Maudit (The Horror from the Mound - 1932)

Le Monolithe Noir (The Black Stone - 1931)

Une sonnerie de trompettes (A Thunder of Trumpets - 1938)

Le Cavalier-Tonnerre (The Thunder-Rider - 1972)

La Vallée Perdue (The Valley of the Lost - 1966)

Première édition : Collection Fantastique/SF/Aventures N°154. Editions NEO. Parution 1985.

Première édition : Collection Fantastique/SF/Aventures N°154. Editions NEO. Parution 1985.

Robert E. HOWARD : Le Tertre maudit. Recueil de nouvelles. Collection Howard. Editions Fleuve Noir. Parution octobre 1991. 224 pages.

ISBN : 9782265045538

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30 juin 2020 2 30 /06 /juin /2020 04:31

Satan m’habite ?

Sheridan LE FANU : Le baron hanté

Supposons que nous ne sommes que tous les deux, vous le lecteur, et moi le scripteur. Fermez les yeux.

Imaginez un petit village, entouré de bois et de montagnes. Dans ce village, une auberge accueillante. Dans la cheminée crépite un feu de bois guilleret. Trois ou quatre personnes devisent calmement.

Il paraîtrait que Sir Bale Mardyke reviendrait au pays, après de longues années d’absence.

Sur le lac plane une étrange légende : celle de la femme noyée. Mais au fait, la femme noyée, n’était-elle pas de la même famille que Philipp Feltram, secrétaire de Sir Bale ? Et ne serait-ce point un ancêtre de Sir Bale qui serait à l’origine de la noyade de la jeune femme ? Une rumeur, une légende.

Et le lac, omniprésent dans toutes les conversations. Et le lac immuable, aux profondeurs insondables. Certains auraient même vu une main sortir des ondes et happer le voyageur imprudent.

Racontars que tout ça. N’empêche que Philipp Feltram, ce compagnon triste et réservé de Sir Bale, s’est aventuré sur le lac et qu’il est mort noyé. Le docteur constate même la rigidité cadavérique.

Un lac, ce n’est jamais qu’un miroir, un reflet. Où est l’original, où est le reflet.

 

Shéridan Le Fanu est surtout connu en France grâce à Carmilla, son œuvre le plus souvent citée. D’autres livres ont pourtant traversé le Channel, comme Le fantôme de Madame Crowl, un recueil de nouvelles. Ou encore L’Oncle Silas.

Des romans ou nouvelles dans lesquels l’angoisse côtoie la terreur feutrée. A conseiller à tous ceux pour qui angoisse n’exclut pas poésie, à tous ceux qui aiment frissonner, mais qui n’apprécient pas forcément l’étalage sanguinolent de mauvais goût.

Autre édition : Le Hobereau maudit. Traduction de Jean-Louis Degaudenzi. Editions NEO. Parution novembre 1987.

Autre édition : Le Hobereau maudit. Traduction de Jean-Louis Degaudenzi. Editions NEO. Parution novembre 1987.

Sheridan LE FANU : Le baron hanté (The Haunted Baronet – 1870. Traduction de Alain Le Berre) Collection Terre étrangère. Editions Hatier. Parution septembre 1990. 248 pages.

ISBN : 2-218-02764-X

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25 juin 2020 4 25 /06 /juin /2020 04:40

C'est moi la servante du château
J'remplis les vases et j'vide les siaux
J'manie l'balai et pis l'torchon
J'fais la pâtée pour les cochons
Et pis la soupe pour les patrons…

Ricet Barrier.

Maurice LIMAT : Chantespectre.

Au bout du rouleau, Jean-Luc Bernier, le narrateur, répond à une petite annonce assez vague dans la description du travail qui sera demandé à celui qui sera choisi. Il rencontre dans une chambre d’hôtel un homme dont il ne se rappelle pas grand-chose. Il aurait signé un papier, un contrat, mais tout cela est vague dans son esprit. Peut-être la cigarette offerte était-elle droguée.

Quoiqu’il en soit, le voici arrivé au Manoir de Chantespectre, en Picardie, à la disposition du comte de Velmor. Un manoir construit sur d’anciennes ruines dont ne subsistent qu’une tour, des couloirs sombres, des oubliettes, et surtout peuplé de corbeaux et qui résonne d’étranges plaintes lugubres.

Alors qu’il est prêt et près de repartir, de quitter cet endroit sinistre, remettant ses affaires dans sa valise, une lettre est glissée sous la porte de la chambre qui lui est dévolue. Cette missive lui enjoint de rester, malgré son désir de quitter la place. Il comprendra pus tard. Mais pour l’heure, Jean-Luc ne comprend rien. Alors il défait sa valise et advienne que pourra.

Seule une autre personne vit dans ce manoir, une demoiselle d’après Jean-Luc, qui le sert à table, ayant préparé elle-même les plats, et qui fait office de servante. Elle l’invite à rejoindre le comte en sa bibliothèque, mais pour cela il lui faut passer par une sorte de salon. Et dans cette pièce, accrochée au mur, une panoplie dont un poignard qui semble défier notre narrateur. Un poignard Renaissance qui prendra une grande importance dans ce récit.

Quant à celle qu’il prend pour la servante du château (chère à Ricet-Barrier) il s’agit tout simplement d’Elisabeth, la femme du comte. Et le soir, comme elle est confinée au château, que son mari est malade, atteint de la leucémie et autres affections mortifères, elle rejoint Jean-Luc dans son lit. Ce n’est pas de l’amour, mais un passe-temps accouplé à un besoin physique.

Et toujours ce poignard qui fait des siennes, qui se trouve à un endroit où il ne devrait pas être, comme dans le lit de Jean-Luc lorsqu’Elisabeth le rejoint entre ses draps. Elle en a la cuisse balafrée, ce qui ne plait guère à la gente personne. N’y tenant plus, Jean-Luc se débarrasse de l’arme encombrante en la jetant dans les douves.

Et Jean-Luc, qui pourtant n’est pas un indiscret, entend à travers la porte de la chambre du malade, des discussions qui s’enveniment. A moi comte deux mots, pourrait-il s’écrier, mais il se tait sous le coup de la révélation Elisabeth aurait un amant à Paris.

 

C’est dans cette atmosphère délétère, cette ambiance angoissante que se déroule le séjour de Jean-Luc. Il ne se souvient plus exactement dans quelles conditions il a accepté cet emploi, mais il sent confusément qu’il a signé un contrat. Et ce contrat, probablement signé lors de sa rencontre avec un personnage dont il ne se souvient pas des traits, il tient à l’honorer.

Ce roman qui tient plus de l’angoisse que du fantastique, malgré ce poignard qui semble doué de vie, est aussi une incursion psychologique, les pensées prévalant sur les actions.

Depuis mon arrivée, cette lame me hantait et les propos quelque peu fiévreux du comte à son sujet n’étaient pas faits pour m’apaiser. Il me semblait obscurément que, quel que fut celui des deux époux qui songeât au crime, ce serait avec ce poignard qu’il chercherait à armer ma main, pour exécuter le geste fatal.

Un bon roman de Limat, quoiqu’en pensent les détracteurs de l’auteur. L’écriture est élégante, travaillée, et en remontrerait de beaucoup à certains auteurs actuels qui privilégient le sensationnel et les scènes de violence à la simplicité d’une intrigue tournant autour de trois personnages.

 

Maurice LIMAT : Chantespectre. Collection Angoisse n°95. Editions Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1963. 224 pages.

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17 juin 2020 3 17 /06 /juin /2020 03:59

Hommage à René REOUVEN décédé le 6 mars 2020 à Montmorency (Val d’Oise).

René REOUVEN : La partition de Jéricho.

De René Reouven, le lecteur connaît surtout ses romans policiers, dont certains pastichent, parodient et rendent hommage à Conan Doyle et sa célèbre créature Sherlock Holmes, et tous les autres qui souvent ont pour point commun des références littéraires, le tout enrobé d’humour et d’une culture indéniable dénuée de pédagogie ou d’affèterie, d’infatuation. Le plaisir de communiquer avec le lecteur et de lui faire partager ses goûts en matière de romans policiers.

Il ne faut point oublier cependant que René Reouven est aussi un auteur de Science Fiction, soit sous son nom, sous celui de René Soussan, et les amateurs se souviendront de L’anneau de fumée, de Les insolites, ou encore de Les Survenants.

 

Avec La partition de Jéricho, publié dans la collection Lunes d’encre dirigée par Gilles Dumay aux éditions Denoël, il intègre sa passion de ces deux genres pour proposer un ouvrage qui frise avec les merveilleuses aventures à la Indiana Jones.

Hope est une jeune physicienne obsédée par la recherche et la mise au point d’un ordinater quantique. Depuis quelques temps elle est sujette à des sueurs, des nausées, des bourdonnements d’oreille, de légères déficiences du sens de l’équilibre, sans oublier des visions qui viennent l’assaillir, comme une projection vers l’avenir.

Par exemple l’image d’un flirt perdu de vue depuis vingt ans, et qu’elle retrouve en pensée non pas sous les traits du jeune homme qu’il était, mais celui qu’il devrait être aujourd’hui.

Pendant ce temps Scott Lorne, le petit ami en question est en Irak, dans l’après guerre du Golfe à la recherche pour le compte d’un riche Sud-Africain, d’une des trompettes de Jéricho, et de la partition dont se serait servi Josué pour faire tomber les murs de la forteresse. Invitée à prendre trois mois de repos par son supérieur et ami, Hope retrouve Scott et l’équipe de chercheurs.

Il s’agit pour eux de décrypter un message qui devrait les conduire au but dans une sorte de rallye semé d’embûches, d’incidents, d’accidents.

Une nouvelle fois René Reouven nous propose un vrai régal

 

Pour en savoir un peu plus sur cet auteur qui fit le bonheur de nos nuits blanches, je vous propose de lire un entretien que j’avais réalisé lors de la parution de son roman Le Cercle de Quincey :

 

René REOUVEN : La partition de Jéricho. Collection Lunes d’encre N°4. Editions Denoël. Parution novembre 1999. 256 pages.

ISBN : 2-207-24790-2

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14 juin 2020 7 14 /06 /juin /2020 04:08

Un poisson d’avril qui ne manque pas d’arêtes !

Michel PAGEL : Nuées ardentes.

En ce premier avril 1976, Malvinov, le jeune assistant toutes fonctions, s’amuse à accrocher des poissons d’avril dans le dos des acteurs, des machinistes, de Francel le réalisateur du film qu’il est en train de tourner sur une plage vendéenne.

Parmi les piégés, Natacha, première assistante, qui reçoit de son amie Florence une carte postale indiquant qu’elle part à New-York avec un garçon dont elle est tombée amoureuse. Une blague car Florence est derrière elle qui se marre. Depuis près d’un an elles ne se quittent pas, surtout au lit.

Sur un yacht, non loin, la fête bat son plein. Etienne Chaffaux, le riche industriel, a convié quelques amis ou connaissances à partager le verre de l’amitié. Parmi ceux-ci, Richard d’Albret, célèbre romancier à succès, accompagné de sa nouvelle conquête et de Sharon, sa maîtresse en titre, qu’il a gardée comme on garde une poire pour la soif. Elle encaisse les avanies car elle est amoureuse de ce goujat. Autre invité, Claude Dumont, le nègre de d’Albret, qui recherche de la documentation pour l’histoire qu’il écrit pour son propre compte. Car cela lui arrive de publier, mais sans réel succès. Et il ne faut pas oublier Madeleine, la femme bigote d’Etienne Chaffaux, et ses deux enfants, Guy et Diane, à peine sortis de l’adolescence.

Diane est un peu rebelle, et belle, ce qui attise la convoitise de son oncle Richard d’Albret, qui est le frère de Madeleine. Entre les deux beaux-frères, les points de divergence et de tension sont nombreux, mais ils se rendent toutefois le soir au restaurant afin d’écluser de nombreux verres et manger un peu. Tout est dans les apparences de famille unie, ou presque.

Claude Dumont boit beaucoup, trop, et il est déjà éméché alors que le repas n’est pas entamé. Il ne peut empêcher Richard de glisser dans le verre d’Etienne, alors que celui-ci est parti soulager sa vessie, une sorte de pastille qui se dilue progressivement. Il s’agit de LSD, une drogue qui exacerbe la libido, et Etienne (à la tienne Etienne !) enfile son verre, recrachant le reliquat de cette pastille pas complètement fondue. Une blague dont les effets pervers se font bientôt sentir. Richard d’Albret signale la présence de deux jeunes femmes installées non loin d’eux. Il s’agit de Natacha et de Florence. Et le repas terminé, les digestifs surtout pour Dumont complètement paf, les trois hommes suivent les deux jeunes femmes sur la plage. Dumont assiste en spectateur incapable d’intervenir au viol, par d’Albret et son beau-frère Etienne, des deux amies. Au moins il peut enregistrer mentalement les conséquences et les comportements des deux violées pour la rédaction de son ouvrage.

 

Quelques mois plus tard, sur le plateau de tournage d’un nouveau film de Francel, une belle inconnue blonde attifée de lunettes noires, avec un petit chat noir qui répond au doux nom de Vengeance sur les épaules, se présente comme recherchant un emploi de comédienne. Il s’agit de Natacha qui a changé de nom, devenant Dany pour tous, et d’apparence physique, désireuse de se venger de la mésaventure survenue sur cette plage vendéenne. Son amie Florence depuis ce viol est en catatonie, quant à Natacha, elle s’en est remise grâce à sa volonté et son désir de vengeance.

Et c’est ainsi qu’elle va prendre dans son filet d’Albret, jouant avec ses nerfs et sa libido, le laissant sur des charbons ardents, peaufinant son scénario en attirant par son charme dans son lit Guy et Diane, se révélant une manipulatrice de charme extrêmement dangereuse pour tous ces protagonistes du drame vécu quelques mois auparavant. Pendant ce temps Florence est toujours dans le coma à l’hôpital, ressassant dans sa tête l’histoire d’une princesse prisonnière dans la tour d’un château d’un homme malfaisant et attendant d’être délivrée. Mais les pensées inconscientes de son esprit se catapultent dans l’esprit de Diane, la jeune fille ressentant parfois les mêmes affres.

Dumont, lui, écrit son histoire qui pourrait être celle de Natacha, Florence, Diane, et les autres. Comme un reflet dans un miroir.

 

Nuées ardentes, écrit en 1987, ne fut publié qu’en 1997, après avoir essuyé les refus de nombreux éditeurs pour des raisons qui n’engagent qu’eux mais incompréhensibles lorsque l’on considère la valeur de ce roman en tout point remarquable. Aussi bien dans le thème, l’écriture, la force de la narration, le déroulement de l’histoire, Natacha intervenant parfois en voix off comme on dit au cinéma, par l’addiction déclenchée, le lecteur ne pouvant poser ce livre même pour régler quelques problèmes d’intendance domestique genre se sustenter ou procéder à une miction.

Chronologiquement, il s’inscrit avant Sylvana, mettant en scène quelques personnages figurant de façon fugitive que l’on retrouvera également par la suite dans les autres ouvrages qui composent cette Comédie Inhumaine.

Tous ces romans peuvent se lire indépendamment les uns des autres, mais ils forment un tout, constituant une saga débordant largement du cadre familial, tout comme auparavant en avaient écrit Balzac dans sa série La Comédie Humaine, ou Emile Zola pour le cycle des Rougon-Macquart, dont les projets étaient de décrire une histoire sociale et naturelle d’une famille élargie mais cette fis dans un registre franchement fantastique.

Dans ce décor, dont le cinéma prend une place non négligeable, il est bon de signaler un personnage, Claude Dumont, qui s’impose comme un second rôle n’apparaissant guère mais dont la présence s’avère l’instigateur involontaire de ce drame. Encouragé il est vrai par Richard d’Albret auquel il déclare :

Je suis un écrivain, moi, pas marchand de soupe.

On peut concilier les deux. Je te l’ai dit cent fois : fais comme moi ! Une scène d’action, une scène de cul, un massacre, une scène de cul… Le massacre est même facultatif. Tu peux le remplacer par tes conneries psychologiques, si ça t’amuse. Mais pense au cul, Claude, c’est ça qui fait vendre et les éditeurs le savent aussi bien que toi et moi…

 

Quelques autres citations pour le plaisir :

Sans mentir, si les courbes de votre corps se rapportent à celles de votre visage, vous êtes le plus beau présent qu’aient jamais fait les dieux au monde.

 

La religion, c’est un truc que les gens ont inventé pour se rassurer. Il y a eu un type bien, autrefois, qui s’appelait Jésus Christ et qui transmettait un message d’amour. Ensuite, des salauds en ont fait une idéologie du sacrifice et de la répression, pour pouvoir contrôler leurs fidèles. Ce qui est mal, c’est de faire du mal, Diane, et c’est tout. Prétendre que la souffrance est meilleure que le plaisir, c’est du masochisme, pas de la piété.

 

Les personnages ne peuvent pas en savoir autant que l’auteur.

 

 

Michel PAGEL : Nuées ardentes.

Réédition Les Moutons électriques. Parution 15 mai 2020. 960 pages. 25,00€.

ISBN : 978-2-36183-620-7

Contient :

1 - Préface

2 - Sylvana.

3 - Nuées ardentes.

4 - Le Diable à quatre.

5 - Désirs cruels.

6 - Les Antipodes.

Michel PAGEL : Nuées ardentes. Collection Etoiles Vives. Orion Editions. Parution mai 1997. 256 pages.

ISBN : 2-84344-001-7  

Réédition couplée avec Sylvana. Editions J’Ai Lu N°6378.

Réédition Omnibus Les Moutons Electriques. La Comédie inhumaine Volume 1. Mai 2020.

ISBN : 978-2-36183-620-7

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31 mai 2020 7 31 /05 /mai /2020 04:20

Du travail au noir ?

Maurice LIMAT : Les jardins de la nuit.

Observateur, Teddy Verano ne manque de remarquer les individus aux comportements bizarres dans la rue.

Ainsi, cet inconnu qui n’a pas dépassé la quarantaine, au visage émacié, gris, suintant la peur, marchant en se dandinant comme s’il évoluait sur des œufs, l’intrigue. Il lui évite même de se jeter sous une voiture et l’emmène chez lui où il l’amène à se confier. Il remarque que les plantes des pieds de Louis Vallon, son inconnu, sont couvertes de traces de brûlures de cigarettes. Un moyen dont l’homme se sert pour éviter de s’endormir car lorsqu’il plonge dans le sommeil, il se met à rêver, à cauchemarder sur un épisode de son passé en Afrique, et plus particulièrement dans la savane malienne.

Mais il est aussi couvert de flagellations sur le torse, sur le dos, et ça, ce n’est pas de son fait. Et il garde par devers lui une fleur de pavot, qui, flétrie le soir est fraîche le matin, comme si elle venait d’être cueillie.

Alors Vallon narre son épopée au Mali, en compagnie d’un ami noir, Maffri, minéralogiste comme lui, et ses rendez-vous chez Portel, un trafiquant de drogue opiacée, un sorcier blanc aux traits congoïdes, ou le contraire. La silhouette de Yaoundé entrevue, telle un fantôme, dont il est tombé amoureux, son algarade avec ce trafiquant et le meurtre qui s’ensuivit. Les coups de fouet assenés par les sbires de cet individu, et son calvaire depuis son retour en France.

Yaoundé dont il est amoureux et dont le fantôme le visite la nuit. Mais est-ce véritablement un fantôme ?

Depuis, il ne veut plus dormir, mais lorsqu’il tombe dans les bras de Morphée, épuisé, il reçoit des coups de fouet. Verano assiste impuissant à ces scènes de flagellations.

 

Yvonne, la compagne de Teddy Verano soigne l’homme mais il est toujours en proie à ses cauchemars. Gérard, le fils d’Yvonne est bientôt présent, et lui aussi veut apporter son aide à cet homme assailli de rêves récurrents. A la grande satisfaction de Verano qui se demande par la suite, les événements se précipitant, s’il n’a pas mis en danger la santé, voire la vie, de son beau-fils.

 

Une nouvelle affaire pour Teddy Verano, le détective des fantômes, qui est toujours à l’affut d’enquêtes relevant du surnaturel. Et cette fois, c’est la démarche intrigante dans la rue d’un individu qui l’emmène dans ces jardins de la nuit semés de pavots.

Gérard sera directement impliqué, et en gardera peut-être quelques séquelles, dans cette aventure qui possède quelques analogies, quelques similitudes avec Cauchemar parfumé dont vous pourrez trouver en lien la chronique ci-dessous, mais traité totalement différemment. Ici le psychanalyste n’est pas un professionnel de l’introspection mais un détective et sa famille, même si Verano prend conseil auprès d’un médecin, et l’origine n’est pas située en Asie, mais en Afrique. La malheureuse victime est obsédée non pas par une femme de chair et de sang, mais par une apparition provoquée par un sorcier et entretenue par l’émanation d’une fleur de pavot qui chaque jour revit, se renouvelle. Et les coups portés sur le corps de cette victime, issus de ses délires nocturnes sont pourtant bien visibles sur son torse et son dos.

 

Comme tout romancier, et artiste en général, Maurice Limat possède ses Limatphiles et Limatphobes. Chacun peut aimer ou pas, mais il est indéniable que Maurice Limat fut un excellent conteur, provoquant même pour certains une véritable addiction. Mais ceux que ses écrits horripilent devraient peut-être oublier les premiers fascicules qu’il écrivit pour se tourner vers sa production pour le Fleuve Noir, les histoires narrées étant plus abouties, le format offert lui convenant peut-être mieux.

 

Maurice LIMAT : Les jardins de la nuit. Collection Angoisse N°129. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1966. 224 pages.

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26 mai 2020 2 26 /05 /mai /2020 03:43

Y’a-t-il un arbitre dans la salle ?

Gérard DELTEIL : Hors-jeu.

Vous êtes bien tranquillement installé dans votre chambre à jouer au Wartronic, un jeu vidéo, avec un camarade.

Soudain, l’écran vidéo devient gris, une odeur de plastic brûlé se dégage du récepteur ainsi qu’un filet de fumée. Puis c’est l’implosion.

Dans le brouillard qui envahit la pièce un curieux personnage se tient debout devant vous, avec à la main une arme étrange ressemblant à un jouet.

Cette situation, deux adolescents la vivent en proie à une frayeur bien justifiée. Ce personnage insolite leur explique qu’il vient de la planète B2 sur laquelle la guerre fait rage entre les Centauriens et les Sidariens. Il ne s’agit ni plus ni moins que de la matérialisation d’un univers ludique.

Cochrane, puisque tel est le nom de ce guerrier, voudrait bien retourner sur B2 et combattre à nouveau, prêter main-forte à ses compagnons. Le meilleur moyen étant de se renseigner auprès du fabricant, Cochrane entame des recherches qui de Paris le mèneront à New-York.

 

Un roman plaisant que Gérard Delteil a dû écrire en s’amusant et qui est truffé de clins d’œil. Une ville de la banlieue parisienne s’appelle Courvilliers, contraction de Courbevoie et d’Aubervilliers. Une référence à Didier Daeninckx.

L’un des personnages se nomme Richard Matheson, du nom d’un célèbre auteur de romans de science-fiction, tandis qu’un autre a pour nom, Ed Lacy, un auteur américain de romans policiers.

Hors-jeu ne renouvelle pas le genre, mais c’est un agréable roman qui sévit dans le système des jeux-vidéos, jeux qui n’avaient pas encore atteint à cette époque la côte et l’engouement dont ils bénéficient de nos jours, et auxquels on joue, confiné ou non.

Gérard DELTEIL : Hors-jeu. Collection Anticipation N°1597. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1987. 192 pages.

ISBN : 2-265-03733-8

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23 mai 2020 6 23 /05 /mai /2020 04:10

Les Moutons Electriques se mettent en cinq pour votre plaisir de lecture…

Michel PAGEL : Sylvana.

Tous les ans, la famille Fontaine passe les vacances au hameau de la Rougemurière, près de Chauché en Vendée, d’où est originaire la mère. Jean et Michel, les jumeaux retrouvent avec plaisir ce petit village de quelques maisons réparties de part et d’autre de la route. Et surtout les cousins et cousines et leurs camarades de jeux.

Les années se déroulent dans la joie et la bonne humeur même si parfois il y a de petites anicroches. Par exemple Michel n’apprécie pas qu’on l’appelle Michou. Un détail. Jean et Michel s’amusent à échanger leurs vêtements afin de perturber les anciens, une mystification qui ne prête pas à conséquence.

La bonne entente entre Jean et Michel va se fissurer lorsque la famille Sauvage, des Parisiens comme eux, achètent une vieille bâtisse en décrépitude depuis des années et considérée comme hantée. Mais Michel le plus hardi, Jean et autres l’ont déjà visitée, à leurs risques et périls. Les Sauvage retapent la bicoque à deux étages, vont à l’église en compagnie de leur fille Sylvana qui communie. Au grand étonnement de Michel, alors qu’elle paraissait distante, frêle, blanche, en se dirigeant vers le curé, après avoir ingéré l’hostie, elle est transformée, rayonnante.

Sylvana s’intègre facilement dans la petite communauté des gamins. Elle leur est reconnaissante pour avoir défendu son vieux chien des coups de bâton administrés par un malotru. Jean et Michel ont quatorze ans et tous deux sont subjugués par cette fille qui est un peu à part des autres gamines, délaissant presque Caroline dont ils étaient vaguement amoureux. Surtout Michel qui jette son dévolu sur Sylvana. Lors d’une fête elle discute beaucoup avec Jean mais accepte néanmoins de danser un slow avec Michel. Il en est tout retourné. La fracture entre les jumeaux s’étend.

Lors d’une fête de village où tous sont rassemblés, déjeunant sous un barnum, Caroline et Sylvana proposent une partie de cache-cache, les garçons, Jean et Michel, devant chercher les filles, Caroline et Sylvana. Seulement, elles sont si bien dissimulées qu’ils reviennent bredouilles. Quant aux filles, elles se sont perdues. Tout le monde les recherche mais au petit matin, seule Sylvana réapparaît, en sang, écorchée et griffée. Caroline est retrouvée morte, ainsi que plus loin son vieux chien.

 

Michel narre cette aventure mais en incrustation Sylvana prend la parole, se dévoilant. Elle sait qu’elle est un vampire, et la communion n’a pas eu les effets escomptés. Elle doit apaiser de temps à autre ce besoin, cette soif de sang.

Les années passent et Michel ressent de la jalousie envers Jean, trop présent, trop affectueux, trop proche de Sylvana. Mais il ne sait pas que la jeune fille, après s’être confiée et rabrouée auprès de la grand-mère des deux adolescents, a avoué son problème à Jean. Et que celui-ci lui a offert d’être son donateur lorsqu’elle est en manque.

Que vont devenir Sylvana, Jean et Michel ? Dès le préambule, le lecteur connait une partie de l’épilogue puisqu’il déclare :

Les faits sont là : Sylvana, ma femme, était un vampire, une de ces créatures qui ont pour survivre un besoin régulier de sang humain. Jean, mon frère, était sa victime, une victime consentante qui s’offrait avec joie, avec amour.

Les faits sont là, immensément ridicules dans leur énoncé figé : Jean est mort et Sylvana s’est suicidée.

 

Donc, dès le début du récit le lecteur est prévenu. Il sait à quoi s’attendre et pourtant il découvre avec impatience, effroi et attendrissement cette histoire émouvante. La montée en puissance, les jeunes années puis l’âge ingrat, et enfin ce besoin irrépressible de sang de Sylvana, le courage, la tendresse, l’amitié, voire l’amour en demi-teinte de Jean envers Sylvana, l’incompréhension de Michel attisé par la jalousie, et les personnages annexes dont Christine la petite amie de Jean qui ne comprend rien aux événements auxquels elle assiste.

Jean et Michel les jumeaux si fusionnels mais qui au fil des ans se démarquent, Jean le sage et Michel le boute-en-train. Malgré leur gémellité, l’un cache à l’autre ce secret sanglant et ce qui suit est irrévocable.

 

Ce roman, le premier de cette Comédie inhumaine comme l’a si bien définie Jean-Daniel Brèque, lorgne du côté de Georges Coulonges et de Christine Renard, pour des raisons simples et personnelles qu’André-François Ruaud indique dans sa préface à la réédition en volume omnibus dans la Bibliothèque du Fantastique au Fleuve Noir.

Mais je me permets toutefois d’y ajouter, au moins trois noms proches de cet univers pagelien, ceux Alexis Ponson du Terrail, d’Alexandre Dumas et de Claude Seignolle. En effet, que ce soit dans La Baronne trépassée de Ponson du Terrail, des histoires fantastiques dont La dame pâle de Dumas, ou encore les nombreux contes puisés dans les légendes des provinces françaises par Claude Seignolle, on retrouve cet aspect romantique imprégné de terroir qui englobe l’histoire narrée par Michel Pagel et qui, outre le thème fantastique développé avec sobriété, pudeur et retenue, est une magnifique histoire d’amour.

 

Ce roman a été réédité à plusieurs reprises dans des volumes omnibus dans les versions suivantes :

La Comédie inhumaine. Bibliothèque du Fantastique. Editions Fleuve Noir. Novembre 1998. Contient :

1 - André-François RUAUD, Préface, pages 9 à 21, Préface

2 - Sylvana, pages 25 à 191, Roman

3 - Le Diable à quatre, pages 195 à 400, Roman

4 - Désirs cruels, pages 403 à 591, Roman

5 - Le Samouraï, pages 595 à 613, Nouvelle

6 - Ce n'était qu'un rêve, pages 617 à 631, Nouvelle

7 - André-François RUAUD, Bibliographie des œuvres de fiction de Michel Pagel, pages 633 à 637, Bibliographie

 

Nuées ardentes, suivi de Sylvana. Collection Fantastique N° 6378. Editions J'Ai Lu. Octobre 2002.

 

Réédition Les Moutons électriques. Parution 15 mai 2020. 960 pages. 25,00€.

ISBN : 978-2-36183-620-7

Contient :

1 - Préface

2 - Sylvana.

3 - Nuées ardentes.

4 - Le Diable à quatre.

5 - Désirs cruels.

6 - Les Antipodes.

 

Michel PAGEL : Sylvana.

Michel PAGEL : Sylvana. Collection Anticipation N°1687. Editions Fleuve Noir. Parution mai 1989. 192 pages.

ISBN : 2-265-04080-0

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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