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18 mai 2020 1 18 /05 /mai /2020 04:39

Brantonne signant la couverture d’un Espionnage du Fleuve Noir ? C’est pas clair comme aurait Chazal !

Robert CHAZAL: La nuit des espions.

Hiver 41. Les responsables de l’antenne des services secrets allemands, basée à Londres, confient à Elga des documents confidentiels qu’elle doit remettre dans un petit village de Normandie à l’un de ses compatriotes.

Les services secrets britanniques sont sur les dents et investissent l’immeuble où se tient la réunion. Elga parvient toutefois à échapper au filet.

Aussitôt les Anglais ripostent et un agent féminin se rend en France afin de rencontrer l’espion allemand et lui fournir de faux documents. Parallèlement un agent masculin est lui aussi envoyé en France afin de prendre si possible la place du Teuton au cas où Elga parviendrait à quitter le sol britannique et accomplir sa mission.

La rencontre entre la femme et l’homme a lieu à l’endroit indiqué, mais chacun est sur ses gardes. N’est-il pas en face de l’ennemi ou au contraire de son compatriote ?

Comme le déclare Robert Hossein dans sa préface : « ...La situation est complexe. L’homme et la femme peuvent être l’un et l’autre Anglais ou Allemand. L’on voit le jeu des combinaisons : deux Anglais; deux Allemands; un Anglais et une Allemande; un Allemand et une Anglaise. Et cela sans certitude possible. Avec la complication supplémentaire des rapports sentimentaux inévitables entre deux êtres jeunes, beaux, et qui, s’ils ne sont pas de la même race géographique, sont de la même espèce humaine ; celle des audacieux, des aventuriers, des conquérants, des héros ».

 

Cette intrigue, qui se déroule quasiment en vase clos, est l’adaptation romancée du film La nuit des espions, coécrit et réalisé par Robert Hossein avec dans les rôles principaux Robert Hossein et Marina Vlady.

Sur la fiche Wikipedia de ce film, il est précisé que le scénario aurait été adapté d’après le roman La Nuit des espions de Robert Chazal, pourtant c’est bien le contraire qui s’est produit, comme l’indique toujours Robert Hossein dans sa préface. Et comme le précise le bandeau sur l’ouvrage.

Donc, puisqu’il s’agit d’une novellisation de ce scénario, le roman pêche d’un manque de liant, de lyrisme. Il est écrit d’une façon sèche, dense, froide, presque comme s’il s’agissait d’un nouveau scénario. Chaque geste, chaque action sont décrits soigneusement, mais il manque ce petit plus du romancier qui se libère d’un carcan pour en faire une œuvre originale. Il manque la sympathie, l’affection de l’auteur pour ses personnages. Il manque l’émotion.

 

Robert Chazal, né le 3 septembre 1912 à Saint-Nom-la-Bretèche (Yvelines) a été rédacteur en chef de Cinémonde, chef du service des spectacles de Paris-Presse, puis de France-Soir et du Journal du Dimanche. Critique cinématographique de France-Soir, il était président d'honneur du Syndicat de la critique de cinéma et a produit de nombreuses émissions radiophoniques et télévisées, dont Pour le cinéma. Il fut également l'auteur de romans et d'ouvrages sur le cinéma, consacrés à Marcel Carné, Jean-Paul Belmondo, Louis de Funès, Gérard Depardieu, Les années Cannes.

Cet ouvrage possède deux particularités. C’est un numéro bis dans cette collection et, une fois n’est pas coutume, la couverture n’est pas signée par Gourdon mais par Brantonne.

Robert CHAZAL: La nuit des espions. Collection espionnage N°211bis. Editions Fleuve Noir. Parution 4e trimestre 1959. 224 pages.

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18 mars 2020 3 18 /03 /mars /2020 05:29

Sans fleurs ni couronnes…

Francis RICHARD : Regrets éternels.

Depuis quelques temps, le Vieux semble se ramollir. Il n’a plus autant d’allant, d’entrain, regarde évasivement le plafond, ne répond pas ou à contresens à ses interlocuteurs.

C’est ce que remarquent Francis Richard, agent secret, et son collègue Madrier dit Merdouille à cause de sa propension à utiliser ce terme à tout propos.

La cause de cette conduite inhabituelle réside en une phrase : Valsetti n’est pas mort. Le Vieux l’a rencontré et il ajoute qu’il envoie son meilleur souvenir à Francis Richard. C’est impossible pense celui-ci qui est tout éberlué mais ne précise pas le pourquoi. Valsetti était un agent de l’autre bord et il est mort. Et si Richard en est persuadé, c’est parce lui-même a appuyé sur le revolver fatal. Mais pour tous, il s’agit d’un meurtre imputé à un inconnu.

Donc Valsetti serait vivant. D’ailleurs Richard est convié à une séance de spiritisme chez un voyant nommé Eliphelme de Saint-Phaas. Un nom qui provoque un rire inextinguible chez l’agent qui se souvient de ses lectures, et plus particulièrement du roman La Double vie de Théophraste Longuet, de Gaston Leroux, roman dans lequel évolue le personnage de d’Eliphas de Saint-Elme.

La séance se déroule donc chez le voyant mais Richard ne découvre aucun trucage, aucune supercherie. L’homme se contente de taper sur sa table avec ses doigts, comme s’il était animé par le mort s’exprimant en Morse. Et il repart chargé d’une mission, récupérer des documents dans un fauteuil arrière d’une voiture. Seulement l’opération se déroule en queue de poisson et Olga, celle qui fut la maîtresse de Valsetti fait sa réapparition. Richard est même kidnappé mais il parvient à s’échapper, dans des circonstances heureuses.

Il découvre que Eliphelme de Saint-Phaas, un alias, est hypnotisé dans un salon de coiffure, recevant ses informations sous un casque-séchoir. Ses pérégrinations l’amènent à soupçonner soit la gérante, soit l’employée. Alors en compagnie de Merdouille, pardon de Madrier, il s’élance sur leurs traces, mais il y aura de la viande morte au bout du chemin.

 

L’intrigue de ce roman mi-espionnage, mi-policier, est particulièrement tarabiscotée, mais l’auteur, Francis Richard qui donne son nom au héros, s’en sort avec les honneurs. Si certains de ses romans ne sont guère convaincants, celui-ci tient bien la route et n’a pas vieilli, même si, publié de nos jours, il faudrait procéder à quelques rectifications et à des ajustements. Et il existe une bonne dose d’humour qui cache quelques faiblesses. Mais aussi une grande part est dédiée au hasard, hasard sans lequel les romanciers populaires n’arriveraient pas à imaginer leurs intrigues.

Sous le pseudonyme de Francis Richard se cachait Paul Bérato, plus connu sous les alias d’Yves Dermèze, pour des romans en tous genres allant du policier au roman de cape et d’épée, et de Paul Béra, grand fournisseur des collections Angoisse et Anticipation du Fleuve Noir.

Francis RICHARD : Regrets éternels. Collection Service Secret 078 N° 31. Editions S.E.G. Parution 3e trimestre 1961. 96 pages.

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25 février 2020 2 25 /02 /février /2020 05:55

Le Talent d’Achille !

Peter RANDA : Remous dans la Base.

Dans leur chambre d’hôtel, sis place de la Concorde, Achille Nau et son ami le Balèse, font leurs comptes. Ils n’ont plus rien, mais pour autant Nau ne s’en inquiète pas.

En effet un certain Julius Eskers, d’origine suédoise, a réservé une chambre juste au-dessus de la leur, et Nau compte bien lui rendre une petite visite, en passant par le balcon.

Quelques semaines auparavant, évoluant sous le nom d’Arthur Durand, il avait été contacté par Thérèse Dewasme qui était inquiète pour la santé de son mari le Commandant Dewasme. L’homme était attaché au Centre aéronaval de Brest, section des Recherches, et en compagnie de quelques collègues, avait mis au point un nouveau moteur atomique. Nau n’avait rien découvert de particulier, mais une semaine auparavant Dewasme a été découvert mort. Conclusion officielle un suicide. Dewasme ayant de sérieux problèmes d’argent, or son suicide ne résout rien.

Nau ne croit en rien la version annoncée et s’il s’agit d’un assassinat, sa veuve devrait pouvoir toucher l’argent de l’assurance. Or Eskers était également présent à Brest au moment des faits. Nau a pisté Eskers et il pense que l’homme s’est emparé des plans du fameux moteur. Il n’est pas le seul à se trouver aux basques du Suédois. Un nommé Valdimoff doit se présenter le lendemain matin à l’hôtel afin de rencontrer Eskers. Les plans doivent passer d’une main à l’autre.

Bingo. Nau s’introduit dans la pièce et neutralise Eskers. Puis il s’empare d’une serviette contenant les fameux documents, ainsi que d’une forte somme d’argent, en se faisant passer pour Eskers auprès de la réception. Il étourdit l’individu, l’attache solidement, le cache sous une couette dans le lit, et repart par le balcon, ni vu ni connu. Seulement le lendemain matin, après avoir intercepté Valdimoff il lui remet dans un café de faux plans contre de jolis billets craquants, en lui indiquant qu’il remplace le secrétaire d’Eskers, Peraldi. Celui-ci se trouve en déplacement à Monte-Carlo afin de mener à bien des négociations concernant les plans auprès d’un agent du FBI. Rentré à l’hôtel, Nau découvre le Suédois mortellement assassiné à l’aide d’un couteau.

Il dépose un bouton de rose sur le corps, l’accompagne d’une carte visite sur laquelle il décrit une partie de ce qu’il vient de se dérouler, puis prévient le commissaire Ferrand, une vieille connaissance.

Auprès de Ferrand, Nau révèle une partie des épisodes précédents, déclarant qu’il veut enquêter sur la mort de Dewasme. Deux officiers de la sécurité de la base sont également prévenus. Mais entre les militaires et Nau, les points de divergence sont nombreux. Les deux membres de la Grande Muette veulent garder leurs prérogatives et sont persuadés qu’ils vont pouvoir résoudre seuls cette affaire et trouver l’identité du coupable sans s’encombrer d’un personnage extérieur. Et pour apprendre comment les plans ont pu sortir de la Base, de même que des microfilms. Mais c’est sans compter sur la pugnacité de Nau qui part pour Nogent en compagnie de son ami le Balèse. Peraldi s’est réfugié dans une grande maison de banlieue en compagnie de son amie et maîtresse Ina. Mais celle-ci semble bien mener la barque.

Puis ce sera Fontainebleau où Nau a tendu un piège à ses ennemis les truands et enfin direction Brest. Nau aura bien du mal à se faire accepter par les deux officiers militaires mais il aura le dernier mot.

 

Remous dans la Base est tout autant un roman policier qu’un roman d’espionnage, rondement mené. Et le personnage de Nau pourrait être, par certains côtés, intégré dans la catégorie des imitateurs, émules et épigones d’Arsène Lupin.

Toutefois il collabore activement avec le commissaire Ferrand, proposant de lui fournir les plans dérobés, gracieusement. Pour l’honneur de la France. Et s’il accepte de remettre les fameux plans et retrouver les microfilms, ainsi que la façon dont ceux-ci sont sortis du Centre de Recherches, ce n’est que pour la beauté du geste, d’un côté, car de l’autre il ponctionne les truands et les agents secrets, Russes et Américains.

 

Achille Nau : Son pseudonyme lui est donné après un malentendu téléphonique par le commissaire Ferrand qu’il retrouvera au cours de ses nombreuses aventures. Âgé de vingt cinq à trente ans, un visage clair aux traits régulier sous des cheveux châtains. Une sorte de nonchalance féline dans l’allure. La lèvre un peu gourmande, retroussée dans un sourire vaguement ironique. Il protège soigneusement son identité, et lorsqu’il agit à visage découvert se fait appeler Durand. Ce qui lui permet vis à vis des policiers de se démarquer de Nau. Né près de Royan, il est fils d’un procureur de la République, une révélation donnée dans le premier roman de la série. Mais ses papiers sont en règle et personne ne peut en douter puisque les registres de l’état civil ont été détruits pendant la guerre. Il s’adjoint, au fil des ses aventures, d’un bras droit surnommé le Balèse.

 

Peter RANDA : Remous dans la Base. Collection L’Aventurier N°27. Editions Fleuve Noir. Parution le 1er trimestre 1958. 224 pages.

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12 février 2020 3 12 /02 /février /2020 05:55

Peut-être est-ce un poète ?

Max-André DAZERGUES : Le Bossu est dans la Lune.

Comme bien souvent, la mer est démontée dans les parages de l’île d’Ouessant, et nul ne sait quand elle sera remontée comme le signalait Raymond Devos.

A bord de l’Armoric, le capitaine Canaille (déformation de son véritable nom de Kharnouailles mais un surnom qui n’est pas usurpé) presse ses matelots de mettre un canot à la mer. Yves Plougarel, marin de confiance, doit conduire jusqu’à une petite crique un passager qui a payé largement la traversée depuis l’Irlande. Il s’agit du Bossu, alias Martial Lucas, un insaisissable malfaiteur.

L’esquif brave les éléments et le Bossu est débarqué sur le continent, au pied des falaises à l’Anse des Farfadets. Tandis qu’Yves Plougarel attend tranquillement que son passager revienne, le Bossu grimpe l’escarpement rocheux, presqu’abrupt, puis se dirige vers une maisonnette isolée et perdue dans la nature.

Il est attendu par le professeur Foxa, un alias en référence au docteur Ox de Jules Verne, qui doit lui remettre des plans. Le savant travaille également sur l’énergie nucléaire et la bombe atomique, mais ce sont bien des documents secrets sur une fusée interplanétaire que le Bossu achète pour le compte d’une tierce personne.

Deux hommes sur la falaise surveillent les horizons, cachés derrière des rochers. Ils remarquent le bateau stationné, puis le débarquement de la chaloupe et la montée du Bossu. Marco, l’un des deux hommes, descend le raidillon, surprend Yves Plougarel qui attend le retour du Bossu et il l’assomme. Puis il rejoint son compère Andy et les deux hommes se dirigent vers la maisonnette du docteur Foxa. Ils croisent le Bossu qui ne les voit pas et redescend vers l’Anse des Farfadets, puis ils s’introduisent chez le savant et l’embarquent à bord d’un véhicule. Ils déclarent qu’une certaine madame Hetlinger, malade, le réclame à Rennes.

 

Peu avant, à Paris au siège de la Police Judiciaire, une jeune fille prolongée, Mlle Berges, fait tout un foin. Elle désire parler à l’inspecteur Courtois, qu’elle connait bien pour l’avoir eu comme locataire quelques temps auparavant. Elle désire signaler la disparition de sa nouvelle locataire, une certaine madame Hetlinger, qui n’a pas donné de ses nouvelles depuis quatre jours. Elle applique la consigne que cette dame avait donnée. Le commissaire Guerlandes, amusé, assiste à cet entretien. Et c’est ainsi que les deux policiers se rendent à Rennes à la recherche de cette fameuse dame.

 

Roman policier et roman d’espionnage, Le Bossu est dans la lune est la septième aventure de Martial Lucas alias le Bossu narrée dans cette collection Le Verrou.

Un roman qui ne manque pas de péripéties, de rebondissements en tous genres, avec des personnages qui se croisent, ne se voient pas, s’ignorent presque, qui ne se connaissent pas, et qui agissent pour des raisons personnelles, distinctives, interférant par la bande. Un roman qui pourrait être la somme de deux histoires qui se rejoignent via le personnage du Bossu, individu bien connu des services de police et plus particulièrement du commissaire Guerlandes et de l’inspecteur Courtois.

A mon avis, ce n’est pas le meilleur de Max-André Dazergues, mais c’est toutefois un roman plaisant à lire, qui permet de passer le temps agréablement, ce qui était bien le but des publications populaires.

 

Max-André DAZERGUES : Le Bossu est dans la Lune. Collection Le Verrou N°66. Editions Ferenczi. Parution 2e trimestre 1953. 96 pages.

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26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 05:27

Un Maurice Limat sous pseudonyme…

Maurice d’ESCRIGNELLES : Stop… Secret.

Une jeune femme au bord de la route et qui faisant du stop (l’ancêtre du covoiturage) manque être écrasée par un conducteur roulant à toute vitesse. Comme s’il avait le feu ou la police aux trousses.

D’ailleurs cela se précise rapidement car des motos de la police de la route se font entendre. Et un peu auparavant, la radio du bord avait annoncé que Serge Dermond, fondé de pouvoirs d’une banque parisienne, était en fuite, coupable de graves malversations et responsable d’une agression sur la personne de son directeur de succursale.

La jeune femme, qui se prénomme Pola, est tour à tour moqueuse, apeurée, téméraire, angoissée, pourtant elle refuse de descendre de voiture lorsque Dermond l’y invite. Elle préfère continuer ainsi jusqu’à sa destination qui est le port de Dieppe.

Afin d’échapper aux motards, Dermond vire brusquement dans un petit chemin qui s’offre à eux au milieu d’un bois juste après un virage pris sur les chapeaux de roues. Pola, entêtée, prend l’initiative et longeant des rails, ils arrivent à Neuchâtel en Bray, puis prennent le train pour Dieppe où ils arrivent sans encombre.

Pola l’entraîne dans un café où elle a rendez-vous avec un certain Worms. Elle s’entretient d’abord seule avec cet individu puis Dermond est prié de la rejoindre. En se référant aux antécédents récents de Dermont, le vol dans la caisse et l’assassinat du directeur de l’agence bancaire, Worms propose une mission au fondé de pouvoirs en fuite.

Après quelques heures passées agréablement dans une chambre d’hôtel, enfin je suppose car je n’y étais pas, Pola et Dermond se rendent près du pont tournant. Dermond doit aborder un homme transportant une serviette et s’en débarrasser, d’une façon ou d’une autre et récupérer les documents contenus dans le cartable.

L’opération se déroule sans incident notable et Dermond, toujours accompagné de Pola, monte à bord d’un canot qui l’emmène jusqu’au Vampire, un navire qui doit prendre la mer vers une destination inconnue. Le capitaine et ses marins ne sont pas du genre enfants de chœur et Dermond n’est guère rassuré. Il vient de voler les plans du port à un agent de la Sécurité Maritime.

Au cours du voyage qui s’ensuit, Dermond se montre moins falot qu’il y paraissait au début de l’histoire, tandis que Pola joue avec le feu, avec son caractère versatile.

 

Ce roman d’espionnage est inscrit dans une veine très mouvementée, chaque personnage jouant au chat et à la souris.

Car le lecteur se doute, dès le début du récit, que tout autant Dermond que Pola jouent un rôle et qu’ils ne sont pas les personnages qu’ils prétendent être.

Une intrigue rocambolesque, voire grandiloquente, l’action prédominant dans une histoire qui aurait pu se dérouler à la fin des années 1930 et non fin 1950, car les documents convoités recèlent une réelle importance pour la sécurité du port de Dieppe, en cas d’une invasion par la mer.

D’ailleurs ce roman est l’adaptation d’une pièce radiophonique, mais sans autre précision. Ce fut le dernier roman publié avant l’entrée de Maurice Limat aux éditions du Fleuve Noir.

Certains rechigneront, prétendant que ceci n’est pas de la grande littérature, mais le principal est de prendre du plaisir à la lecture et d’oublier pour un temps les aléas de la vie quotidienne liés aux décisions parfois aberrantes de nos politiciens.

Maurice d’ESCRIGNELLES : Stop… Secret. Collection Service Secret 078. Editions S.E.G. Parution 3e trimestre 1959. 96 pages.

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5 octobre 2019 6 05 /10 /octobre /2019 04:47

A vendre île tout confort…

Maurice LIMAT : Explosion A…

Les ventes aux enchères réservent parfois des surprises intéressantes, avec des objets précieux dont la valeur n’est découverte qu’au moment de l’expertise.

Mais ce que propose ce jour là le commissaire-priseur à la vente dans une salle de la mairie de Plougalec, en Bretagne, n’est pas un objet courant. Ce n’est pas même un objet puisqu’il s’agit d’une île. L’île du Goéland. Un domaine exceptionnel mis à prix pour la modique somme de cinq cent mille francs. Personne dans l’assistance semble intéressé pourtant une jeune femme enchérit à dix mille francs de plus. Un concurrent propose un peu plus pour ce rocher perdu d’une douzaine d’hectares non cultivables.

Enfin, la jeune femme, une belle et charmante blonde aux yeux bleus, d’origine probablement bretonne puisqu’elle prétend se nommer madame Cairelec, emporte les enchères pour trois millions de francs. Son concurrent l’invite à déjeuner, puis le repas terminé, tente de la kidnapper en voiture. Pas si bon joueur que ça l’homme qui se fait appeler Pérard. Mais la jeune femme résiste, deux coups de feu claquent, l’auto file et cette charme dame Cairelec brandit son arme à feu et tire. Le véhicule effectue une embardée et s’abîme dans la mer.

Quelques mois plus tard, sur l’île du Goéland, des travaux sont en bonne voie d’avancement. Les pelleteuses sont en action quasiment jour et nuit, du béton est coulé sur place afin d’édifier des sortes de bunkers et des murs de protection.

Le capitaine Caretti, le chef du Cinquième Bureau, les Services Secrets français, arrive sur place pour se renseigner sur l’avancement des travaux. Il est accompagné, en autre, de Domenica Still, surnommée l’Ange du Mystère, une ancienne cantatrice qui a trouvé sa voie dans le renseignement. Personne ne reconnait en cette femme brune aux yeux sombres l’acheteuse, madame Cairelec, qui avait été arrêtée par les policiers mais dont le procès n’avait jamais eu lieu.

Parmi les ouvriers du chantier, Pierre Grantin et Riton, qui émargent eux aussi au service de renseignements. Ils se retrouvent tous à l’auberge du village et les deux ouvriers racontent qu’ils ont aperçu l’un de leurs collègues envoyer des signaux à l’aide d’une lampe vers la mer. Il se tenait sur le bord de l’eau mais Riton affirme qu’aucun navire ne croisait au large. Personne n’était en vue, et l’idée d’un sous-marin de poche est avancée. Celui qui est considéré comme un espion par Caretti et compagnie s’appelle Mérard. Une ressemblance patronymique bizarre avec le sieur Pérard qui désirait acquérir l’île.

Toutefois les travaux avancent sans discontinuer. Mérard est surveillé et un soir alors qu’il envoie ses signaux, Grantin et Riton tentent de l’appréhender. Mais l’homme tombe et il est retrouvé mort, une sorte de flèche dans le cœur. Pourtant il n’y avait personne d’autre qu’eux sur cette plage abandonnée. Olivier Denis, l’amant de Domenica, l’Ange du Mystère, et agent du Cinquième Bureau lui aussi, a rejoint sa maîtresse et le capitaine Caretti. Et un aviso de la Marine de Guerre patrouille en permance.

Il semble que les travaux réalisés en secret intéressent fortement une nation, probablement ennemie. Car des essais d’explosion d’une bombe atomique sont prévus afin de vérifier si le béton employé ainsi que les constructions semi-enterrées résistent au choc.

 

Soixante-cinq ans après la parution de ce roman, l’angoisse et l’effet dramatique de l’intrigue ne sont pas ressentis aussi fortement qu’a pu éprouver le lecteur en découvrant cette histoire.

Les temps ont changé, les technologies ont évoluées, et l’appréhension de la bombe nucléaire est toujours aussi présente mais il existe une sorte de fatalisme dans les esprits plus préoccupés par les questions matérielles, écologiques, sociales, voire financières.

Mais pour Maurice Limat, ce n’est pas tant l’explosion nucléaire et son intensité qui importent, quoi que, mais la protection en construisant des abris antiatomiques à l’aide d’un nouveau béton capable d’empêcher le rayonnement lors d’une déflagration.

Toutefois, cette intrigue pêche par le manque de la résolution d’un élément capital, mais peut-être les explications seront révélées dans le roman suivant intitulé Sous la hache.

Maurice LIMAT : Explosion A… Collection 0-78 Service secret N°70. Editions S.E.G. Parution 3e trimestre 1954. 32 pages.

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30 août 2019 5 30 /08 /août /2019 03:45

Et la femme démasque !

Maurice LIMAT : La maison des masques.

Un couple d’amoureux installés à la terrasse d’un café place de l’Alma, cela pourrait sembler banal. Pourtant ce couple, composé de Janine Perret et d’Olivier Denis, est en mission. Et leurs sourires, leurs étreintes, leur façon de se rapprocher et d’échanger des confidences cachent leur rôle d’agents du Cinquième Bureau français, chargé du contre-espionnage.

Ils surveillent de l’autre côté de la rue un mendiant aveugle accompagné d’un chien. Et ils essaient de repérer parmi la foule ceux qui glissent une pièce dans la sébile du quémandeur statique. Quatre ou cinq badauds ont retenu leur attention et ils aimeraient savoir si un papier n’a pas été déposé en même temps que l’obole.

Soudain Olivier Denis sursaute. Il vient de reconnaître en une jeune fille, qui a glissé un papier dans la main du mendiant, quelqu’un qui lui est cher. Domenica Still, surnommée l’Ange du mystère. Une espionne, redoutable agent international dont il est amoureux.

Olivier, voyant l’aveugle s’apprêtant à partir, décide de le suivre tandis que Janine téléphone au capitaine Caretti, leur responsable, afin de savoir quelle est la suite du programme.

Soudain, arrivés près du Trocadéro, dans une petite rue paisible, ils assistent à l’agression de l’aveugle par deux hommes qui tentent de s’emparer de son portefeuille. Seulement il s’agit d’un traquenard organisé à l’encontre des deux agents du Cinquième Bureau. Tandis que l’aveugle et son chien s’installent tranquillement dans une voiture qui rôdait, Janine est embarquée elle aussi et Olivier proprement assommé.

Lorsque Janine sort des vapes, elle se trouve dans une pièce dont les murs sont recouverts de masques blancs. Et elle reconnait en son ravisseur, qui porte lui aussi un masque et n’est autre que le faux aveugle, Monsieur X alias Marienborg l’Homme sans visage, un espion qu’elle connait bien. Mais elle en proie à un doute : voudrait-il la rendre aveugle ? Pendant ce temps Olivier recherche L’Ange du Mystère et les responsables du Cinquième Bureau ne chôment pas non plus.

 

Annoncé comme roman d’espionnage, La maison des masques n’utilise ce thème que comme prétexte, car le lecteur ne sait à aucun moment pour qui travaillent L’homme sans visage et L’Ange du mystère ni en quoi consiste leur mission et quel est leur but véritable.

Il s’agit surtout d’une histoire d’amour déguisée dans un environnement de mystère et de suspense. Même si les responsables du Cinquième Bureau sont sur les dents. Mais de toute façon, c’est leur mission.

Une historiette simple, sans prétention, qui permettait aux lecteurs un bon moment de lecture sans être obligés de se triturer les méninges. Mais pour autant, Maurice Limat se montre parfois lyrique dans ses descriptions et l’on sent que s’il en avait les possibilités éditoriales, il aurait pu écrire un ouvrage nettement plus conséquent.

 

Maurice LIMAT : La maison des masques. Collection 078 Services secrets N°39. Editions S.E.G. Parution 1er trimestre 1952. 32 pages.

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23 juillet 2019 2 23 /07 /juillet /2019 04:39

Et au plaisir de ne pas te revoir…

Charles EXBRAYAT : Bye, bye, chérie.

Jeune attaché d’ambassade en poste à Londres, Guillaume de Saint-Sève accepte la mission confiée à lui par des agents des Services Secrets français. Il s’ennuie un peu et la possibilité de rompre avec la routine l’enchante. Il est fiancé avec Helen Otterburn, fille de nobliaux enrichis en s’adonnant aux transactions boursières et il ne sait trop comment lui annoncer son départ pour Nice afin de récupérer une lettre convoyée par un agent des Services Secrets et la rapporter à Londres.

Mais la jeune fille est enthousiasmée par cette nouvelle, malgré le dépit enregistré de ne pouvoir accompagner son fiancé. Il faut avouer que ni l’un ni l’autre ne s’aiment vraiment. Il s’agit plus d’un projet de mariage leur permettant d’acquérir une position sociale enviable que d’une véritable union maritale générée par Cupidon.

Bref, Guillaume Saint-Sève promet à Helen de lui narrer les aventures dont il sera le héros, elle n’en doute pas.

Mais dans les services secrets britanniques, américains, russes et même chinois, des agents s’activent car des fuites se sont produites, grâce à des oreilles collées aux portes, à des communications téléphoniques, des indiscrétions de couloirs. Celles ou ceux qui ont propagé l’annonce de la mission de Guillaume de Saint-Sève ne sauront jamais si celle-ci réussira car elles, ou ils, connaitront une fin d’existence tragique.

Guillaume de Saint-Sève embarque donc pour la France et en cours de route les espions qui le surveillent font parfois cause commune pour éliminer l’un d’eux. Le premier à trépasser étant un agent chinois. Guillaume de Saint-Sève s’aperçoit que des espions étrangers l’épient, mais il sait que tant qu’il n’aura pas réceptionné la fameuse missive, rien ne pourra lui arriver. Après, advienne que pourra.

A Nice, Guillaume de Saint-Sève prend une chambre d’hôtel toujours espionné par ses confrères, qui eux sont aguerris. La chasse est ouverte et les dissensions entre les agents des différents services secrets les amènent à vouloir s’annihiler. Et notre héros est même l’auteur malencontreux d’un accident de défenestration, ce qui oblige les policiers locaux à enquêter. Et lorsqu’il narre à Helen cet épisode, elle ne se sent plus, elle en redemande.

Toutefois, à cause de la guéguerre que se livrent les divers espions qui gravitent dans cette histoire, Guillaume de Saint-Sève se met en valeur auprès d’immigrés Siciliens, ce qui lui permet de trouver en eux des alliés inattendus.

 

Ce roman mi-espionnage mi-policier se situe dans la veine humoristique des écrits de Charles Exbrayat, et qui s’inscrit dans la parodie, façon la série des Imogène, d’Une ravissante idiote et de quelques autres.

Un humour subtil qui n’est pas sans rappeler celui pratiqué par bon nombre de romanciers Anglo-Saxons dont P.G. Wodehouse avec ses protagonistes décalés. Guillaume de Saint-Sève apparaît au début comme un personnage un peu falot, ingénu, mais il prend peu à peu de la consistance. Il est vrai que les situations et les épisodes qu’il vit aident à le développer psychiquement, et il devient mature. Quant à Helen, c’est une jeune fille un peu écervelée.

Les répliques sont savoureuses, et n’empruntent jamais à une quelconque vulgarité ou humour lourd. Les jeux de mots sont inexistants, seules les situations, les remarques et les dialogues offrent ce côté bon enfant. Mais Charles Exbrayat, en mettant en scène des personnages d’horizons et de confessions politiques différents ne manque pas de griffer au passage.

Fédor Petrovitch était le type même du bon stalinien : fanatique et borné.

Les Français sont capables de n’importe quoi, c’est pour cela que l’on ne s’ennuie jamais avec eux.

Ne vous rappelleriez-vous pas, Commissaire, que les Américains ne sont jamais que des Anglais qui ont mal tourné ?

Charles EXBRAYAT : Bye, bye, chérie.

Charles EXBRAYAT : Bye, bye, chérie. Collection Le Masque jaune n°1330. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution 1er trimestre 1974. 256 pages.

ISBN : 2-70242-121-0

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19 mars 2019 2 19 /03 /mars /2019 05:55

Quand Georges-Jean Arnaud écrivait des Luc Ferran sous le pseudonyme collectif de Gil Darcy !

Gil DARCY : Luc Ferran cravache.

Inquiète de ne pas avoir eu de nouvelles de Roberto, son mari, depuis deux jours, Maria Manelli s’est décidée à faire appel au responsable de son service. Roberto, officiellement représentant en appareils électriques, émarge à un service secret, le N.I.D. Mais elle n’a guère d’espoir, d’autant que des individus surveillent son immeuble.

A son grand soulagement c’est Luc Ferran qui se présente afin d’enquêter sur cette disparition mystérieuse. Elle connait bien l’agent secret puisqu’ils se sont rencontrés lors d’une affaire précédente, Sérénade pour Luc Ferran (même collection N°90) et que lui et son mari font partie du même service.

Roberto devait se rendre à Chioggia à bord d’un dinghy, surveiller un endroit, sans précision autre. Souvent la route des eaux est plus courte que celle de la terre, lorsqu’on habite à Venise. Luc Ferran prête une arme à feu à Maria, laquelle lui indique que son mari avait ramené peu de temps auparavant un paquet. Après quelques recherches ils mettent la main sur l’objet qui contient des cartouches de cigarettes américaines. De la contrebande.

Luc Ferran se rend à Chioggia mais également suit ceux qui surveillaient l’appartement de Maria, non sans risques. Il est parfois obligé d’échapper à ses poursuivants en passant par les toits. Et certains d’entre eux vont se retrouver à terre, vraiment mal en point. Le correspond de Roberto à Chioggia, son responsable et en même temps grossiste en appareils électriques, une couverture qui rapporte, lui signale qu’un avion américain s’est abîmé en Albanie, ce qui explique en partie la provenance des fameuses cigarettes.

S’engage un bras de fer entre réfractaires et policiers albanais, plus quelques individus attirés par l’appât des cigarettes, tous aux trousses de Roberto, lequel aurait passé la frontière à la recherche du lieu du crash et repéré l’appareil dont aucun des membres n’auraient apparemment survécu. Luc Ferran s’introduit lui aussi en Albanie et retrouve Roberto qui était détenu en prison, grâce à l’action des réfractaires, c’est-à-dire des opposants au régime. Mais Luc Ferran et Roberto, qui avoue émarger également à la CIA, il n’y a pas de petits profits, vont se trouver dans des situations périlleuses dont ils auront bien du mal à se dépêtrer.

 

Le titre se justifie dans le fait que Luc Ferran est obligé de se déplacer à dos de mule dans une région montagneuse aride et dangereuse où le moindre faux pas peut précipiter les voyageurs dans des gouffres.

L’avion contenait outre des cigarettes destinées à l’armée américaine basée en Allemagne des documents, mais l’appareil s’était détourné de son vol pour des raisons atmosphériques. Mais ce sont bien les conditions de vie et les problèmes intérieurs de l’Albanie qui sont ici évoqués. Un régime totalitaire, replié sur lui-même, isolé du reste du monde jusqu’à la chute en 1991 du régime communiste stalinien qui gérait alors le pays sous un joug écrasant. Depuis, le régime politique a évolué, mais la scission de la Yougoslavie en plusieurs états, dont le Kosovo, n’ont en rien arrangé l’économie du pays.

Luc Ferran se montre un être implacable, n’hésitant pas à tirer dans le dos de ses adversaires, mais il est également courageux, pugnace, obstiné quelles que soient les situations. Il est aussi attiré par les femmes, celle de Roberto qui manque tomber dans ses bras. Un sursaut et l’honneur est sauf. Et il n’hésite pas non plus à faire du charme à une gamine de seize ans, la fille d’un des réfractaires qui l’aident dans son entreprise et ses recherches de l’avion perdu en Albanie. C’est un homme avec ses qualités et ses défauts.

Un roman d’espionnage sans aspect politique ne peut se concevoir. Et naturellement Georges-Jean Arnaud n’est pas tendre, via son héros, avec les Etats-Unis. Ainsi lorsque Roberto se justifie d’appartenir à la CIA :

Je n’ai pas pensé que je trahissais le N.I.D. puisque les USA font partie de l’O.T.A.N.

Luc Ferran répond :

Ce n’est plus une entente entre nations, c’est quelques nations au service d’une autre plus puissante. Les Etats-Unis sont libres d’avoir leur S.R., mais dans ce cas qu’ils n’empiètent pas sur les prérogatives de l’O.T.A.N.

 

Gil DARCY : Luc Ferran cravache. Collection Espionnage N°147. Editions de l’Arabesque. Parution 4e trimestre 1960. 192 pages.

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17 juillet 2018 2 17 /07 /juillet /2018 09:19

Alix, au pays des mers, veille…

Alix KAROL : En tout bien toute horreur & Assassin pour tout le monde.

Les éditions French Pulp entreprennent la réédition des romans d’Alix Karol, alias Patrice Dard, romans qui furent publié dans les années 1970 dans la défunte collection Espionnage du Fleuve Noir. Mais plus que des romans d’espionnage, ce sont parfois des reportages, souvent humoristiques, sur une époque qui par certains aspects n’a pas beaucoup changée, comme on pourra le lire dans le deuxième roman de ce volume double.

 

En tout bien toute horreur :

Ce premier épisode d’Alix Karol, surnommé Karolus depuis ses années de lycée, trente ans, les yeux bleus, propriétaire d’un restaurant sis à La Queue en Yvelines nommé La Pommeraie, nous met tout de suite dans l’ambiance. Ceci ne vous rappelle-t-il rien, chers amis lecteurs et fins connaisseurs ?

Sans m’étendre sur la trame de l’intrigue, je veux nonobstant parler d’un second personnage, récurrent, Bis. Bis de son prénom originel Karolus, est natif des Pays-Bas. Karol et Bis forme un curieux couple œuvrant dans la pseudo divination, la télépathie, se produisant dans des cabarets partout dans le monde. Pour ce faire, Bis est appelée Karola et est travesti en femme, ce qui d’ailleurs lui sied bien sans avoir pour autant des penchants homosexuels. Dans ce premier épisode, lors d’une attraction, Karolus, qui pratique également la prestidigitation, subtilise le cigare d’un spectateur et lui en fournit un autre, empoisonné. L’homme décède. Rentré à la Pommeraie Karolus apprend que son chien Plouk a été assassiné. 4Le numéro de duettistes auquel il se livre (pas le chien, mais Karolus) en compagnie de Bis n’est qu’une façade. En réalité ils sont tous deux membres d’une organisation mondiale, la S.S.T.M : Service Secret du Tiers Monde, dirigée par l’Inca, chargée d’organiser une forme de résistance envers les pays du bloc sino-russo-américano-européen. C’est dire qu’ils ne manquent pas de travail.

Une jeune fille serait retenue à l’ambassade de Suède au Brésil et les deux compères sont chargés de la délivrer. Seulement ils sont confrontés à la CIA et doivent déjouer les embûches dont certains représentants de cette organisation ne manquent de leur tendre. Volées de plomb à l’appui. Voilà pour l’intrigue. Mais attachons-nous aussi à la corrélation entre Dard père et Alix Karol.

Quelques passages glanés au hasard nous entraînent dans un début de réponse à la question précédemment posée, voir plus haut, je ne sais plus où exactement :

Des fois t’as des gonzesses pas plus épaisses qu’une seringue qu’ont l’entrée de service large comme la Place de la Concorde.

Moins humoristique mais tout autant révélateur :

C’est fou ce qu’on se console vite de la misère des autres.

Deux facettes, et ce ne sont pas les seules (je ne vous parle pas des scènes d’amour ou de copulation qui n’ont rien à voir dans mon propos) qui démontrent déjà un certain mimétisme, une osmose parentale dans l’écriture. Mais ceci n’est que le premier ouvrage publié et gageons que d’autres surprises nous attendent. Avançons dans nos investigations.

Ah, j’allais oublier. Deux notes en bas de pages, seulement, mais ce n’est qu’un début, supposons-le.

 

Intéressons-nous maintenant au second opus de ce volume et deuxième roman de la série Alix Karol.

Assassin pour tout le monde commence fort, très fort.

Nous retrouvons notre héros dans le métro, en train de palper une jeune femme puis lui mettre la main sous la jupe. Une erreur de sa part, tant pis il recommence ailleurs jusqu’à ce qu’il se fasse arrêter par des policiers et emmener dans une geôle. En réalité c’était une manigance, plutôt vicieuse, pour être en contact avec un détenu fiché. Seulement, l’homme se fait abattre par un troisième individu qui n’attend pas la sentence judiciaire en se tuant.

Un coup d’épée dans l’eau, mais nonobstant ce contretemps, Alix Karol se rend dans la piaule estudiantine de l’homme dont il voulait recueillir des informations. Il découvre quelques informations, noms et adresses de comparses, et se rend à un meeting d’athlétisme. Et rebelote, le sportif qu’il voulait interroger est abattu par une balle de revolver au moment où le départ était donné pour un cent mètres qu’il ne courra plus jamais.

Alix est abordé par une jeune fille qui le trouve beau, et qui n’y va pas par quatre chemins pour l’inviter dans sa couche. Elle propose même que Bis, dont nous avons fait la connaissance ci-dessus, soit de la partie car elle a une copine qui pourrait lui servir de partenaire. Autant cette sportive est belle, autant la copine est moche. Mais cela ne veut rien dire car au lit, souvent les réactions épidermiques sont inversement proportionnelles à la beauté. Bref, tout se passerait bien si une anicroche venait interférer entre les draps.

Agent de la SSTM, tout comme son ami Bis, Alix Karol doit démanteler un groupuscule terroriste qui contrecarre les plans d’une organisation palestinienne. Reformant le duo Karolus et Karolo, cette fois Bis n’est pas dans les vêtements d’une femme, les deux compères doivent se rendre près de Tozeur, dans une oasis qui doit accueillir entre autres le colonel Kadhafi. Ils vont amuser la galerie dans un spectacle de transmission de pensée digne de Mir et Miroska, pour ceux qui s’en souviennent, mais façon Pierre Dac et Francis Blanche dans le Sâr Rabindranath Duval. Puis ils devront affronter mille dangers en traversant un chott, une ancienne mer qui ressemble un peu au lac salé.

Plus une histoire de terrorisme que d’espionnage, Assassin pour tout le monde s’emberlificote un peu dans l’intrigue, donnant l’impression de passer du coq à l’âne. L’histoire est quelque peu décousue, mais c’est surtout pour l’auteur de mettre en scène des épisodes parfois farfelus, parfois angoissants. Les scènes de sexe ne manquent pas, c’était l’originalité de l’époque avec l’abolition de la censure et les films érotico-pornographiques qui n’étaient pas encore classés X.

Les divergences entre Palestiniens et Israéliens, dont la fameuse guerre des Six jours laisse alors des traces, et l’attentat des Jeux Olympiques de 1972, à Munich, attentat aux cours duquel onze athlètes de l’équipe d’Israël ont été assassinés par des membres de l’organisation palestinienne Septembre Noir, est évoqué dans le roman.

Si l’humour y est présent, c’est un humour de façade, car le sujet traité est grave. D’ailleurs les fameuses petites notes en bas de page sont absentes. Le directeur de la SSTM met les points sur les I en précisant que si Septembre Noir est en cause, il ne s’agit pas du fond du problème. C’est une alliance entre la SSTM et Septembre Noir qui est envisagée, mais comme l’un des interlocuteurs le précise :

J’ai dit que nous voulions sauver les Palestiniens ! hurle-t-il. Je n’ai jamais dit que nous voulions massacrer les juifs.

Un roman d’actualité un peu étonnant comparé aux autres ouvrages signés à l’époque Alix Karol mais qui joue avec les nerfs. Il ne s’agit pas d’un épisode de la Guerre Froide, qui opposait principalement le bloc russe au bloc occidental, mais bien une histoire de terrorisme dont les tenants et aboutissants sont mal définis. Mais à l’époque, c’était jouer avec le feu, que de donner une préférence à une nation par rapport à une autre, par rapport aux Palestiniens et aux Israéliens.

 

A lire aussi mon article sur la convergence d’écriture entre Frédéric Dard Patrice Dard et alias Alix Karol :

 

En tout bien toute horreur : Collection Espionnage N°1082. 1973.

En tout bien toute horreur : Collection Espionnage N°1082. 1973.

Assassin pour tout le monde : Collection Espionnage N°1093. 1974.

Assassin pour tout le monde : Collection Espionnage N°1093. 1974.

Alix KAROL : En tout bien toute horreur & Assassin pour tout le monde. Collection Espionnage. Editions French Pulp. Parution le 12 juillet 2018.

ISBN : 979-1025103753

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