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8 janvier 2019 2 08 /01 /janvier /2019 05:11

Elle est belle, elle est mignonne,
C’est une bien gentille personne…

Pierre MAC ORLAN : Mademoiselle de Mustelle et ses amies.

Ce roman, dont la première publication a eu lieu en 1913, puis réédité en 1928, était signé Pierre du Bourdel, un des nombreux pseudonymes utilisés par Pierre Mac Orlan pour sa production dite érotique.

Je ne reviendrai pas sur le parcours de cet ouvrage, Jean-Jacques Pauvert dans sa présentation ayant déblayé le chemin avec l’aide de Pascal Pia, auteur de Livres de l’Enfer, du XVIe siècle à nos jours.

Anastasie étant passée par là, ce roman ne fut tiré sous le manteau qu’à une centaine environ d’exemplaires. Mais la fin des années 1960 et début 1970 sonnèrent la délivrance pour les romans (et leurs auteurs) dits paillards, grivois, érotiques et plus, et les collections dédiées à ce genre d’ouvrage, ainsi que de nombreuses maisons d’éditions qui enfin pouvaient avoir pignon sur rue officiellement, firent florès. Et l’on trouvait sur les étals des libraires ces ouvrages licencieux en toute impunité.

Sans réelle portée littéraire mais rédigé toutefois sobrement, sans vulgarité ou presque, ce Mademoiselle de Mustelle et ses amies (sans oublier les éléments mâles) est une aimable et facétieuse mise en bouche pour les amateurs d’érotisme teintée de scatologie.

Un apprentissage de la vie pour la jeune et belle Lucette, dite Lulu, dont on fait la connaissance alors qu’elle n’a que treize ans. Si elle a déjà connu les prémices des plaisirs saphiques, elle découvre le simulacre de la reproduction un jour qu’elle s’est introduite dans la chambre de sa mère, une jeune veuve de trente deux ans, s’étant dissimulée derrière un paravent. Madame de Mustelle possède un amant M. de Boëme qui lui procure de nombreuses jouissances mais ce jour là il lui demande de procéder à une évacuation séminale par la porte de service. Madame de Mustelle, après quelques minauderies, accepte cette introduction au préalable lubrifiée. A cette vue, Lucette en est toute émoustillée.

Et elle va parfaire son éducation amoureuse, charnelle, mais pas encore sentimentale, avec quelques personnes de fort bon aloi, dont Ketty, la jeune gouvernante anglaise, Justine la soubrette, Firmin le valet, la grosse et dodue Alice et quelques autres, qui pratiquent sans vergogne les échanges manuelles, buccales et autres, ne laissant de répit à aucun trou, quel qu’en soit le propriétaire.

On ne quittera Lulu à l’âge de quinze ans, ayant sacrifié à de nombreuses expériences qui lui forgent le corps et l’esprit.

Evidemment, ce roman érotico-pornographique n’est pas à placer entre toutes les mains et sous tous les yeux. Il ne s’adresse qu’à des personnes consentantes désireuses de parfois leur éducation ou raviver une flamme en voie d’extinction. Mais je me demande si les censeurs ont réagi à cause des scènes décrites explicitement ou si l’âge de la gamine n’entrait pas en compte dans leurs décisions. D’autant que Marcelle, la sœur cadette de Lulu, n’est pas en reste, désirant elle aussi participer à ces jeux érotiques.

 

Autres ouvrages de Pierre Mac Orlan dont les chroniques sont publiées sur ce blog :

 

Pierre MAC ORLAN : Mademoiselle de Mustelle et ses amies. Roman pervers d’une fillette élégante et vicieuse. Présentation de Jean-Jacques Pauvert. Collection Lectures amoureuses N°23. Editions de La Musardine. Parution le 26 juin 2008. 160 pages.

ISBN : 978-2842713348

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8 octobre 2018 1 08 /10 /octobre /2018 13:31

Une variante d’histoire d’O et de 50 nuances de Grey… mais en plus léger !

Véronique POLLET : Blind date et la suite.

Dans sa poche, une enveloppe noire. A l’intérieur un carton, noir lui aussi, et juste ce mot écrit en lettres d’argent : Tout.

Cette femme qui détient ce message énigmatique, pour le lecteur, mais pas pour elle car elle sait ce que ce Tout signifie, cette femme est une magnifique représentante du plaisir.

Hiératique dans sa pose et sa démarche, et un regard hautain sur le monde. Elle fait partie de la race des vainqueurs, avec un visage froid et dur, et des yeux verts de chat sauvage. Et n’a qu’un seul but : gagner.

Gagner quoi ? La reconnaissance peut-être, de son client éventuellement. Car cette femme anonyme s’engouffre dans un hôtel de luxe, donne son nom à la réception, et reçoit sans barguigner une lourde clé. Mais elle ne se précipite pas, elle attend nonchalamment installée dans un fauteuil du hall, dégustant en connaisseuse un whisky sans glaçon.

Puis elle se rend à la chambre 222, accompagnée jusqu’à l’étage par le groom. Spirou peut-être ? Peu importe. Elle est attendue par un homme dont elle ne peut apercevoir la silhouette. Juste la voix.

Puis la séance débute… mais là permettez-moi de vous quitter sur la pointe des pieds et de vous laisser continuer la lecture de cette nouvelle érotique mais très douce, très imagée, très caressante parfois. Tout se déroule dans le noir, je vous incite à laisser travailler votre esprit afin de mieux imaginer ce qui va suivre.

 

Cette femme anonyme, on la retrouve dans deux autres nouvelles, For your eyes only, dans laquelle elle se dévoile comme dominatrice, fouettante, câline, adepte des menottes sans être une représentante des forces de l’ordre, et dans Sweet memories, une projection dans l’avenir puisqu’elle réside dans un hôtel afin de reprendre du poil de la bête. Elle est amaigrie, et ses fils lui ont conseillé de suivre une cure. Dans cette résidence fin de siècle, d’un autre siècle, elle s’installe dans la salle à manger se laissant aller à se remémorer ses souvenirs de dominatrice. Son regard est attiré un pensionnaire encore viril, une attirance réciproque, et elle retrouve un peu de force et de fierté…

 

Trois histoires qui se suivent et ne se ressemblent pas sauf par cette atmosphère de soumission et de domination, de sexe feutré, de douceur dans le propos. Un éloge de la femme qui ne subit pas, sauf peut-être dans ses envies, ses besoins, ses plaisirs.

Véronique POLLET : Blind date et la suite.
Véronique POLLET : Blind date et la suite.

Véronique POLLET : Blind date et la suite. Nouvelles numériques. Collection Culissime. Editions SKA. Parution le 1er octobre 2015. 1,99€ chaque.

Blind date. ISBN : 9791023404432

For your eyes only. ISBN : 9791023404562

Sweet memories. ISBN : 9791023404913

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8 octobre 2018 1 08 /10 /octobre /2018 06:43

Envoyer une lettre coquine c’est bien, en recevoir, c’est mieux !

Théophile GAUTIER : Bellissime. Lettre à la présidente.

Dans cette lettre, datée du 19 octobre 1850, Théophile Gautier s’adresse à la Présidente. Une missive écrite à Rome et relatant son voyage en Suisse d’abord puis dans différentes villes de la péninsule italienne.

La Présidente, est une charmante femme qui servit de modèle à des sculpteurs et des artistes peintres, recevant de nombreux écrivains, compositeurs ou statuaires à sa table ou dans son salon. Elle se montre à l’égal de ses hôtes et selon Ernest Feydeau (Souvenirs intimes de Théophile Gautier) elle se montrait supérieure aux autres femmes, d’abord en ce qu’elle était mieux faite, ensuite, parce que, contrairement aux habitudes des personnes de son sexe, elle n’exigeait point qu’on lui fit la cour, et permettait aux hommes de parler devant elle des choses les plus sérieuses et les plus abstraites.

Ce courrier débute ainsi : Cette lettre ordurière, destinée à remplacer les saloperies dominicales, s’est bien fait attendre ; mais c’est la faute de l’ordure et non de l’auteur. Un peu plus loin, il continue en ces termes : J’ai le grand regret de ne pouvoir vous envoyer que des cochonneries breneuses et peu spermatiques. Une façon quelque peu familière d’écrire à une jeune femme qui n’est point offusquée et peut-être en redemande.

Villon et Rabelais sont présents au-dessus de l’épaule de l’écrivain, et peut-être lui soufflent-il quelques expressions, tournures de phrases qui font les délices d’un amateur égrillard. Gautier s’attache plus à décrire les personnes du sexe, comme il était de bon goût à l’époque de dire lorsque l’on parlait de femmes, que les monuments et curiosités touristiques des villes dans lesquelles il musarde en compagnie de Louis. Je ne prélèverai que deux exemples, juste de quoi vous émoustiller et vous inciter à découvrir le texte en son entier.

A Genève, le gouvernement vous recommande, à la porte de la ville, devoir ci-derrière ; ce qui est beaucoup dans une ville protestante, où, pour humilier les catholiques, et leur montrer qu’ils ne sont que des païens sensuels, les femmes se rabotent le cul et les tétons avec la varlope de la modestie, selon la méthode américaine.

Une image qui traduit l’antagonisme entre l’austérité, affichée, des mœurs des pratiquants de la religion dite réformée, et la joyeuse paillardise dont les moines bedonnants et à la mine réjouie pouvaient se prévaloir.

Au contraire, l’auteur s’extasie devant les rotondités des Romaines, débordantes de chair. Une description qui ne manque pas de saveur et l’on se prend à rêver devant L’histoire de la mère de Beatrice Cenci, à qui l’on ne pouvait couper la tête, parce que ses tétons, gros come des bombes, l’empêchaient d’appuyer son cou sur le billot...

Théophile Gautier et son compagnon de voyage ne résistent pas aux bonnes fortunes qui leur sont prodiguées en cours de route, et cela est relaté d’une manière peu académique.

 

La préface signée André Lacaille est fort intéressante, notamment en ce qui concerne le style et les écrits de certains écrivains de l’époque, respectables et honorés, piedestalisés, quasiment panthéonisés, qui n’hésitaient pas à se fourvoyer dans des écrits gaulois, grivois, érotiques, voire plus. Je me permettrai juste de relever ce qui me semble une petite erreur. Il est écrit : il a 24 ans en 1830 lorsqu’il effectue sa première incursion (à sa passion italienne). Il voyage en compagnie de Louis de Cormenin, fils du fameux pamphlétaire du règne de Louis-Philippe. Or, à ma connaissance, Théophile Gautier est né le 31 août 1811. Et sans prendre de calculette, je puis affirmer que notre ami Théophile n’a dans ce cas que 19 ans, ce qui est plus logique par rapport au texte, à la forme de naïveté qui s’en dégage, et surtout à l’approche que l’auteur de la missive professes à l’encontre des femmes. Mais si ce voyage s’effectue en 1830, comment se fait-il que cette lettre soit datée du 19 octobre 1850 ! Les mystères des prosateurs qui peut-être ne se relisent pas ou qui cherchent à égarer le lecteur dans ce qui n’est après tout qu’un document privé.

A moins que ceci ne soit qu’un aimable pastiche…

 

Théophile GAUTIER : Bellissime. Lettre à la présidente. Préface d’André Lacaille. Collection Perle rose. Editions Ska. Parution 01 novembre 2017. 3,99€.

ISBN : 9791023406559

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1 octobre 2018 1 01 /10 /octobre /2018 09:36

Vous connaissez les TOC, troubles obsessionnels compulsifs, mais connaissez-vous les TOS ?

Jan THIRION : A fond les manettes.

Il s’agit tout simplement d’une pulsion qui oblige l’individu atteint de ce trouble de se masturber. Ce qui se nomme Trouble Obsessionnel Sexuel.

Peut-être vous-même ressentez-vous ce besoin, mais ne me dites rien, ceci fait partie de votre vie privée, et intéressons-nous plutôt à Clochette, un des personnages de cette nouvelle humoristique et érotique de Jan Thirion qui savait narrer une histoire libertine sans pour autant choquer la pudeur de ses lecteurs.

Alors que Clochette inspecte d’un doigt habile son entrejambe, elle sent une odeur de brûlé. Ce n’est juste que le rôti qui prend ses aises dans le four. Et le téléphone qui se met à sonner. L’hôpital l’informe que son beau-père vient d’être amener en urgence. Elle a beau appeler Willy son mari, mais personne ne répond. Elle le découvre dans la réserve de l’abri-antiatomique en train de mélanger de la confiture dans un pot à l’aide de son outil destiné à la reproduction et placé entre ses jambes depuis sa naissance.

Car tout autant que Clochette, Willy son compagnon est un adepte des plaisirs solitaires (tiens, tiens, Clochette et Willy, clin d’œil à Willy et Colette ?) ce qui les a rapproché. Leur union est satisfaisante et ils s’entendent comme larrons en foire pour leurs débordements manuels.

Willy se rend immédiatement à l’hôpital, non sans avoir hésité sur le choix de la voiture qu’il va emprunter. Féru d’automobile, comme son père et le père de Clochette, il possède quelques voitures de sport magnifiques mais il se décide finalement pour un véhicule banal. De toute façon la vitesse en ville est limitée à 5 km/heure, ce qui fait qu’il aurait aussi vite fait d’aller à pied. Les véhicules prioritaires ont droit à un effarant 8 km/heure. Et Jan Thirion l’avait écrit bien avant les annonces officielles sur les réductions de vitesse.

 

Dans ce texte gaulois, non réfractaire, Jan Thirion se déchaîne, accumulant les situations les plus baroques, les plus loufoques, les plus démesurées, les unes que les autres.

Joyeusement égrillard, A fond les manettes est totalement délirant, et l’on ne croit pas une seule seconde à toutes les péripéties que nous narre Jan Thirion. Il laisse son imagination vagabonder pour évoquer des situations abracadabrantesques mais sous son propos, certains actes, qui ne sont pas manqués, sont réels, comme peuvent en témoigner quelques infirmiers et infirmières qui ont été confrontés, parfois, à des cas quasiment semblables. On n’arrête pas le progrès en termes d’objets sexuels de substitution.

A lire en prenant du recul…

 

http://leslecturesdelonclepaul.over-blog.com/2017/04/jan-thirion-la-compil.html

Jan THIRION : A fond les manettes. Nouvelle numérique. Collection Culissime. Editions SKA. Parution le 20 juin 2013. 20 pages environ. 1,99€.

ISBN : 9791023401905

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9 juillet 2018 1 09 /07 /juillet /2018 08:43

Faut avoir la frite !

Isidore LELONZ : Soirée moules.

Avec son look de petit cadre bancaire, son cartable qui s’ouvre par le dessous comme ceux que possédaient les toubibs quand ils se déplaçaient, Romuald a tout pour plaire et surtout ne pas effrayer les consommateurs de ce restaurant populaire.

Zut, il avait oublié que c’était soirée moules, pas ce qu’il préfère, et ses chemises et ses cravates en gardent encore des souvenirs tachés. Tant pis, il peut à loisir détailler les consommateurs et repère rapidement un couple avec enfants. L’homme, genre malabar tatoué, ne l’intéresse guère. Ses yeux se portent sur la femme, belle comme c’est pas permis, mariée avec un beauf comme c’est pas permis. Mais des égouts et des odeurs, on ne discute pas.

Il aborde avec le sourire le couple, laissons les enfants de côté, ils ne comptent pas, et demande à l’homme qui se goinfre de moules avec une fourchette (pourquoi pas ? Et le petit doigt en l’air aussi ?) s’il peut emprunter sa femme, juste pour la soirée. L’homme n’est pas contre, la femme non plus d’ailleurs puisqu’elle sourit de plaisir, mais il préférerait un échange.

On ne prête pas sa femme comme ça sans une petite compensation. Romuald avait tout prévu. Il ouvre son cartable médical, et en extrait un pochon plastique contenant de l’eau et un… poisson rouge.

Affaire conclue, et Romuald peut repartir avec la dame, qui se prénomme Béatrice, et ce qui suit ne nous regarde pas. Disons que la dame va lui faire du bien.

Dans la nouvelle suivante, Business plan, nous retrouvons Romuald et surtout ses deux sœurs. Albumina et Cellophane. Vous êtes étonnés par ces curieux prénoms ? Moi aussi, mais il existe une explication pour tout. C’est grâce à la toute nouvelle loi Liberté intégrale que les parents peuvent prénommer leurs comme bon leur semble, mais cette loi ne s’arrête pas là.

 

Définis comme Libertinérotique, ces deux textes charmants qui peuvent être lus par tout adulte consentant, sont joie, humour et anticipatifs dans une société en pleine mutation. Des situations que l’on connaîtra peut-être un jour, enfin vous car pour moi ce sera sûrement trop tard, et qui ne seront pas pires moralement que ce qui existe déjà.

Par exemple, prêter sa femme contre un poisson rouge ne relève pas de la prostitution mais d’un échange librement consenti et non tarifé. Et le poisson rouge évoluant dans un bocal, cela amusera sans aucun doute les gamins qui oublieront pendant un certain temps de s’abrutir devant des jeux vidéo violents. Toutefois les vieilles pratiques machistes perdurent toujours, puisque c’est l’homme qui accepte ou non de procéder à un échange, sans véritablement demander son avis à sa femme.

Mais qui se cache sous le pseudonyme d’Isidore Lelonz ? Vous le saurez en cliquant sur les liens ci-dessous :

 

Isidore LELONZ : Soirée moules. Nouvelle numérique. Collection Cullissime. Editions Ska. Parution le 1er juin 2018. 21 pages. 1,99€.

ISBN : 9791023407181

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22 décembre 2017 5 22 /12 /décembre /2017 08:47
Roland SADAUNE : Orange fusion.

Ce n’est pas forcément mécanique…

Roland SADAUNE : Orange fusion.

Selon quels critères peut-on qualifier un peintre de raté ?

Qu’il ait raté sa vie, oui, mais pour le reste ? Peut-être parce qu’il ne surfe pas sur la bonne vague, celle du succès, celle des attentes de clients, trop avant-gardiste ou au contraire, trop académique. Trop moderne, trop innovant. Allez comprendre… Bien d’autres peintres ont tiré le Diable par la queue, à défaut d’autre chose, durant leur existence souvent éphémère, et sont aujourd’hui reconnus mondialement comme des génies.

Luc Verdi, appelé aussi Lucky, est l’un de ces peintres qui végètent. Il loge au septième étage, mais pas au septième ciel, enfin pas tous les jours, d’un immeuble dont l’ascenseur a tendance à faire grève. De même que la minuterie du couloir menant à son gourbi où sont entreposées ses toiles, ébauchées ou en cours d’achèvement.

Il n’a plus vraiment la foi, et à cinquante ans passés, il a beau se pointer chez madame Paule Emploi, ses chances de dégoter un petit travail, dans ses compétences, sont très limitées pour ne pas dire nulles.

Il a plus de chance auprès de sa jeune voisine, qui elle ne manque pas de pratiques. Elle est la sœur Emmanuelle du sexe, vous savez celle qui se prélasse dans un fauteuil en osier. Et sa première intervention n’est pas facturée, pourquoi ne pas en profiter.

Mais Luc Verdi, comme il l’affirme à son ami Francis, n’est pas en manque. Avant c’était Marylin, mais c’est fini. Aujourd’hui elle s’appelle Sharon, c’est très suggestif comme prénom. Et puis elle est sympathique Sharon. Elle est avenante, toujours disponible. Et surtout elle est sourde et muette. Avec elle, pas de récriminations, de bouderies, de reproches, il peut lui dire ce qu’il veut, elle ne le contredira pas.

Noël approche, la neige tarde à tomber, est-ce pour cela qu’il est à moitié dépressif ?

 

Une nouvelle dont le début, surtout, est un peu en forme de trompe-l’œil, de faux-semblant. Tout en nuances (cinquante ?) de grisaille. Le coup de pinceau est habile, encore faut-il savoir manier le manche, ne pas laisser dégouliner la peinture, passer et repasser aux endroits délicats, ne pas se dégonfler quand la tâche est ardue.

Roland Sadaune joue avec le lecteur, et peintre lui-même, sait se montrer exigeant dans les descriptions. Il existe toujours une part de tristesse dans ses nouvelles. Nouvelles que j’apprécie plus que ses romans, même si j’aime bien ceux-ci.

Roland Sadaune est plus un miniaturiste sensible qu’un exécuteur de grandes fresques. Il nous dépeint l’univers de Luc Verdi, sans rougir, par petites touches subtiles. Mais ce n’est que mon avis...

 

Roland SADAUNE : Orange fusion. Nouvelle numérique. Collection Cullissime. Editions Ska. Parution le 30 octobre 2015. 21 pages. 1,49€.

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19 décembre 2017 2 19 /12 /décembre /2017 09:23

Angélique, Angélique

Tu seras toujours pour moi

Mon premier amour

Mon premier sourire

Mon premier printemps

Max OBIONE : Angélique. Sœur Fouettard 2.

Mais le printemps est terminé, pas depuis longtemps, mais quand même.

En ce 24 juin 1871, l’insurrection qui a agité durant deux mois la capitale est en passe de se calmer, même si quelques soubresauts se font entendre de l’autre côté des murs du couvent des Visitandines.

Marie Louise Berthet, fille de joie et communarde y a trouvé refuge alors qu’elle était traquée, comme le lecteur l’a appris dans le premier épisode de ses aventures (voir le lien ci-dessous).

Les religieuses l’ont accueillie, et la mère supérieure lui a démontré que l’hospitalité n’était pas un vain mot, surtout dans son giron. Quant à Fonfon, Alphonse le jardinier, il lui a démontré que malgré son âge, le poireau a beau posséder des poils blancs, le reste est encore vert.

Ce jour-là est un jour particulier, Marie-Louise va entrer dans la congrégation et elle se demande, accompagnée de Fonfon, de quel nom la mère supérieure va l’attifer.

Elle est rassurée. Angélique, cela lui convient très bien. Et son intronisation dans cette communauté moniale devrait s’effectuer sans problème. Les religieuses sont tellement contentes qu’elles se pelotent, se tripotent, se tripatouillent, n’hésitant pas à jeter leurs voiles et le reste aux orties, montrant à ses yeux ébaubis des appas mamelus et fessus de toutes formes mais pas forcément toutes de première jeunesse. Certaines d’entre elles vont même jusqu’à vérifier si le potager résidant dans la culotte de Fonfon est plus agréable que les sempiternelles carottes dont elles font usage sans pour autant ressentir des allergies.

Et Fonfon, aux anges, se laisse mener par le bout de la queue, jouissant de cet intermède qui n’était pas prévu. Ce qui va suivre non plus d’ailleurs.

Et Angélique démontre son savoir-faire quand au maniement des verges, et inverse le prétexte qu’on ne badine pas avec l’amour. Mais avec la partie charnue des moniales, si.

Gentiment érotique, ce feuilleton qui se déroule au début des années 1870, dans un petit coin de paradis parisien, ne manque pas d’humour. Et la description de cet étalage fessier m’ fait penser à la chanson de Pierre Perret le Zizi. Ce que l’on pourrait placer dans les pages d’anthologies érotiques.

Pour autant, le contexte historique et social n’est oublié, ce qui donne une dimension non négligeable à ce feuilleton.

Et bientôt sur vos écrans, la suite des aventures de Marie-Louise, dite Angélique, dite Sœur Fouettard.

 

Pour acquérir cet ouvrage numérique, une seule solution, pointez le curseur de votre souris sur le lien ci-dessous.

Max OBIONE : Angélique. Sœur Fouettard 2. Feuilleton érotique numérique. Collection Cullissime. Editions Ska. Parution 2 novembre 2015. 36 pages. 2,99€.

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23 octobre 2017 1 23 /10 /octobre /2017 08:04

Attention, un écrivain peut en cacher un autre, ou comment, grâce au double de Cicéron Angledroit, vous passerez de O,O à o!o…

Isidore LELONZ : Casting.

Entrons tout de suite dans le vif du sujet avec Casting :

Les petites annonces dans les journaux gratuits ne manquent pas de piquant, parfois. Ainsi Jérôme lit qu’une production cinématographique internationale recherche un comédien ayant une ressemblance physique avec Willy Ruiz, l’idole des femmes du moment. Pour Sonia, sa petite amie qui d’ailleurs lui a montré le journal, il ne fait aucun doute que cet emploi lui est réservé. D’ailleurs ne l’a-t-on pas surnommé Willy tellement il est son sosie ?

Malgré quelques arguties, notamment qu’il n’est pas cascadeur, et avec les encouragements de Sonia, Jérôme se présente donc dès potron-minet à l’endroit désigné, Ris-Orangis en la circonstance. Il est accueilli dans un pavillon de banlieue par un homme qui lui demande de remplir un formulaire et l’emmène dans une salle d’attente où sont déjà agglomérés un bon nombre de prétendants.

Au suivant, comme chantait Jacques Brel, une litanie répétée moult fois et injonctive jusqu’à ce que ce soit lui le suivant.

Le portier semble être l’homme à tout faire puisque c’est lui qui indique à Jérôme qu’il pourrait convenir et il commence à lui déblatérer son laïus.

La vedette n’a pas voulu se déplacer des Etats-Unis pour l’unique scène qui se déroule en région parisienne, de plus cette séquence, il ne tenait pas trop à la tourner. Et comme la vedette féminine pressentie a, elle aussi, refusé de participer à ce petit bout de film, ce sont donc deux figurants sosies qui vont s’y coller.

Dernière petite précision, la vedette féminine, Angéla Layderon, est plus proche de Pauline Carton (ce n’est pas moi qui le précise) que d’une starlette en herbe ou d’une star en l’air bête, avec un petit côté Emmanuelle. Et la scène est quand même, le portier recruteur l’avoue, assez spéciale, pour ne pas dire torride.

Veuillez m’excuser mais pour la suite, je vous conseille de lire vous-même ce morceau d’anthologie ou Dante au logis, c’est comme vous voulez. Et n’oubliez pas : Souriez, vous êtes filmé

 

Cette nouvelle est suivie par Génuflexion, qui comme son titre l’indique est un problème de genoux mais ne signifie pas Jeune et flexion, quoique. Une brave dame qui n’est encore octogénaire mais presque a rendez-vous chez son toubib. C’est un remplaçant mais elle s’en arrange. Pour ce qu’elle a, un problème d’articulation des rotules, elle a surtout besoin de conseils.

Ce que ne manque pas de lui prodiguer ce descendant d’Esculape, lui conseillant de faire du sport. Or Marie-Paule, c’est le petit nom de la patiente, qui l’est, marche quotidiennement au moins huit kilomètres. Il va lui falloir trouver une autre occupation, ou alors changer ses habitudes. Tout est dans la fin, un petit joyau d’humour.

 

Bon, d’accord, je l’avoue volontiers, la première de ces deux nouvelles n’est pas à mettre entre toutes les mains, ou alors prévoyez un essuie-tout papier, mais si cela peut sembler scabreux, c’est si joliment et humoristiquement décrit que l’on ne peut que s’esbaudir. Et s’il fallait une moralité, ce serait : Faut bien que vieillesse se passe… Et bien oui, pourquoi toujours les jeunes ?

Pour commander cette bluette doublée, n’hésitez pas à glisser le pointeur de votre souris sur le lien ci-dessous.

Isidore LELONZ : Casting. Suivi de Génuflexion. 2 Nouvelles. Collection Culissime. Editions Ska. Parution octobre 2017. 23 pages. 2,99€. Version numérique.

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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 07:43

Les scènes de Q dans un roman policier, c'est comme le piment d'Espelette dans une préparation culinaire. Ce n'est pas indispensable, mais ça relève le goût !

Trois autres romans érotiques de La Brigandine.

Trois romans composent ce recueil qui annonce la donne, puisqu'il s'agit de rééditions d'ouvrages publiés au début des années 1980 dans la sulfureuse collection La Brigandine. Brigandine qui avait été précédée par Bébé Noir, lequel Bébé n'eut l'heur de vivre que le temps de vingt-huit publications, la censure passant par là. La Brigandine connut plus de chance puisque cent-vingt-quatre titres sont inscrits à son catalogue qui circule sous le manteau.

Pourtant de nombreuses petites perles sont ainsi éditées, dues à des auteurs cachés sous pseudonymes (parfois un seul auteur pur trois ou quatre alias). Et c'est Gallimard qui sous-traitait ces deux collections puisque qu'elle naquirent chez Henry Veyrier, éditeur qui appartenait au groupe SODIS. Ne cherchez pas l'erreur, il n'y en a pas.

Avec des titres réjouissants, en forme de clin d'œil, des titres potaches selon Olivier Bailly, le préfacier de la précédente livraison chez La Musardine, Trois romans érotiques de La Brigandine, une idée dont s'est peut-être inspiré Jean-Bernard Pouy pour les romans dédiés au Poulpe.

Trois romans composent donc ce recueil avec un petit bonus. Les véritables auteurs ont rédigé une sorte de préface à leur roman, préface qu'ils signent de leur véritable patronyme, que je ne vous dévoilerai pas ici, l'un des petits plaisirs de cette réédition résidant justement dans ces levées de secrets. Secrets qui ne l'étaient pas ou plus pour les amateurs de littérature populaire érotique. Disons que l'un d'eux a écrit un Série Noire.

Trois autres romans érotiques de La Brigandine.

Francis Lotka : Des hommes sans cible. 1980.

Journaliste pigiste, Nicolas Vincent passe plus de temps à draguer les jolies filles et à écluser quelques bonnes bouteilles qu'à chercher des sujets d'articles. Ce jour-là, quand il se pointe au bureau du magazine, cela fait trois semaines qu'il n'a pas mis les pieds dans son bureau et, évidemment, son rédacteur en chef n'est guère satisfait, c'est le moins qu'on puisse dire, de ses prestations manquées. Et pas le moindre chèque à se mettre sur un compte en banque en berne.

Son collègue et ami, Roland Minois, lui suggère un projet d'article. C'est par hasard que lui est venue l'idée de cet article en rencontrant une ancienne du lycée Chaptal. Que sont devenus les anciens de sa classe quinze ans après ? Minois en a déjà repéré un. Il s'est fait buter dans son bateau alors qu'il batifolait en compagnie d'une jeune fille, à l'insu de sa femme.

Et c'est comme ça que tout débute, ou presque. Nicolas Vincent va aller de surprises en surprises, compter les morts et les disparus. Car dans l'ombre, quelqu'un secoue l'encensoir.

Heureusement, Nicolas Vincent, et les autres protagonistes, dont on fait la connaissance avant et après l'apparition du journaliste, profite de quelques pages et plages de détente charnelle, description à l'appui.

Joyeux, enlevé, ce conte, pas vraiment moralisateur, quoique, nous propose de gentilles parties fines, mais anticipe le système de recherche d'anciens élèves, genre Les copains d'avant, qui lui ne fut créé qu'en 2001. Alors en avance sur son temps Francis Lotka ? On pourrait le penser, et même imaginer que les créateurs de ce réseau social pourraient en avoir eu l'idée en lisant ce roman.

 

Trois autres romans érotiques de La Brigandine.

Hurl Barbe : Pompe le mousse. 1982.

Pensionnaires dans un institut privé catholique de province, Juliette et Alice sont deux sœurs, de dix-neuf et dix-huit ans, qui aiment se faire du plaisir. Elles ont été à bonne école grâce à la mère supérieure et dispensent leur savoir et leur expérience à leurs condisciples. Elles sont jeunes, belles, issues du même géniteur mais pas du même moule utérin, naïves et dévergondées.

Malheureusement leur père s'est suicidé, ce qui ne les chagrine guère, à la suite d'une banqueroute, et elles sont chassées de l'internat, puisqu'elles ne pourront plus payer leur séjour et l'enseignement prodigué, officiellement et officieusement.

Les voilà sur la route et les rencontres sont nombreuses, et charnelles. Le covoiturage n'est pas gratuit. Arrivées à Paris le 10 mai 1968, elle se trouvent prises en sandwich entre les étudiants en colère et le policiers déguisés. Elles ne savent pas que ce sont des hommes chargés de réprimer les manifestations, et comme elles ne connaissent pas, elles préfèrent accorder leurs faveurs aux étudiants, qui sont nettement plus membrés que les forces de l'ordre malgré les bâtons dont ceux-ci disposent.

Puis c'est un nouveau départ vers le sud de la France et en cours de route elles sont prises en stop par un Italien libidineux qui les emmènent dans son château. Le castel n'est pas celui de la Belle au Bois-Dormant mais plutôt celui du seigneur au membre vivant. De jeunes personnes y vivent, cloitrées afin d'assouvir les pulsions de leur maître lubrique et scatologique, qui a conçu de drôles de machines. Puis nous suivons les deux adolescentes en compagnie de l'Italien à bord d'un sous-marin pour des péripéties mouillées.

Dans ce roman, nous entrons directement dans le vif du sujet. Pas de préliminaires superflus. et nous passons allègrement d'une univers sadien à celui de Jules Verne, avec des sévices compris, et bien d'autres références. D'ailleurs, les prénoms invitent à des relectures puisque les premières jeunes et jolies filles qui se présentent au lecteur ont pour prénom Alice, la narratrice, Juliette et Sophie.

Trois autres romans érotiques de La Brigandine.

Eric Guez : Le massacre du printemps.

Un flic poli et courtois, ça lui semblait louche... pense la concierge face au jeune inspecteur Philippe Auger, lequel enquête sur le meurtre de Roger Baudet, garçon-boucher. Le défunt avait été libéré depuis un mois, ayant purgé une peine de prison pour des bricoles illégales à répétition.

Peu après, c'est au tour d'un collègue d'Auger d'être la victime du tueur, signalé comme un blond barbu à chapeau et lunettes noires. Normalement il n'hérite pas de l'affaire, mais il tient à mettre son grain de sel, car les deux policiers se connaissaient, ayant fréquenté le même commissariat. On a les fréquentations qu'on peut.

Dans la vie civile, Auger a des problèmes de ménage avec sa compagne. Celle-ci se refuse à lui pour des raisons qui lui sont propres. Ou alors elle se comporte en statue de marbre.

D'autres meurtres sont perpétrés, et Auger reçoit des missives qui dressent la liste des victimes. Et si lui aussi figurait prochainement sur ce recensement ?

En fil rouge, le lecteur peut suivre les malheurs de Liz, qui ayant quitté une cérémonie de mariage à la fin du repas, pensant à sa fille en garde, est braquée par deux loubards. Ceux-ci ne se contentent pas de s'emparer de son portefeuille mais attentent également à sa vertu dans une cabane de chantier. Elle est obligée de subir les travaux pratiqués à l'arrière par l'un de ses ravisseurs. L'autre n'est pas en reste profitant qu'elle ouvre la bouche pour reprendre sa respiration.

Ce roman est nettement plus sage, que les deux précédents et les scènes de sexe se révèlent presque sobres, banales, telles qu'elles pourraient être écrites de nos jours, car la littérature noire ou blanche s'est émancipée de bien des carcans imposés par la censure éditoriale. Au contraire, les éditeurs en redemandent, obéissant au goût des lecteurs.

Donc ce roman est très sage et les scènes de libertinage forcé, non souhaité, permettent de se projeter dans les affres d'une femme violée. Contrairement à certains auteurs dans ce type de romans, Eric Guez ne joue pas sur le consentement féminin, la libido ne se réveillant pas sous les coups de boutoir comme cela est souvent décrit dans d'autres romans. Il reste pudique et réaliste.

Trois autres romans érotiques de La Brigandine. Collection Lectures amoureuses N°197. Editions de La Musardine. Parution le 20 octobre 2016. 464 pages. 10,95€.

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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 14:30

Tu vas réveiller les voisins...

Hank JANSON : Faut pas crier, chérie !

Malgré quelques nouvelles publiées et des pièces radiophoniques dont le succès obtenu au début n'a pas connu de suite, Amber Blake est dans la dèche. Alors il décide de quitter son logement en partant à la cloche-de-bois, laissant avec regret sa chère machine à écrire et n'emportant pour tout viatique que quelques objets dont un stylo et une édition défraîchie de Guerre et Paix.

Alors qu'il s'éclipse, sans annoncer à sa logeuse son départ définitif de Chicago, Blake se voit remettre une lettre en provenance d'Hastings. Au cours des dernières semaines, il a envoyé un nombre incalculable de demandes d'emploi, et c'est l'unique réponse qu'il reçoit. Il estime que c'est trop tard et décide de retourner chez lui, en Californie. Il est pris en stop par un camionneur complaisant malheureusement son voyage s'arrête net à Hastings, à cause d'une panne.

Puisqu'il se trouve dans cette ville sans vraiment l'avoir désiré, peut-être un signe du destin, Blake décide alors de se rendre à l'adresse indiquée, n'ayant guère de d'espoir. Il se présente donc devant une riche demeure, mais les ennuis commencent dès l'entrée. Le domestique lui signifie sèchement qu'il faut prendre rendez-vous. Brandissant la lettre comme un talisman, Blake peut enfin être dirigé dans un bureau où il est accueilli par une jeune femme avec laquelle il doit une fois de plus tergiverser, démontrer qu'il est bien Amber Blake, malgré son prénom féminin, et qu'il se présente pour la place revendiquée. Enfin il est reçu par Mme Eleanor Knight, la patronne, héritière des usines que possédait son mari décédé quelques années auparavant

Après un test sur ses connaissances philosophiques, Blake est enfin embauché pour écrire un livre à la place de sa nouvelle patronne. Il est logé, nourri et surtout sa garde-robe est remplacée avantageusement par des vêtements neufs et dispendieux. Tout irait pour le mieux s'il n'était émoustillé par la présence de Carol, la secrétaire et nièce d'Eleanor qui joue le chaud et le froid sur ses sens.

Mais bientôt Blake se retrouve coincé entre Carol et Eleanor qui le veulent toutes les deux dans leurs lits. Et qui y arrivent. Seulement, Blake doit prendre ses précautions, Eleanor ne devant pas savoir qu'il fricote avec Carol. Tout se complique lorsqu'Eleanor décide de coucher Blake sur son testament, en reconnaissance de ses bons services. Au détriment bien entendu de Carol. Et comme il fallait s'y attendre, les deux jeunes amants sont surpris par la vieille dame qui les et immédiatement à la porte avec armes et bagages.

Car Eleanor est découverte assassinée et Blake est arrêté par les policiers.

 

Ce roman aurait pu figurer au catalogue de la Série Noire, le thème de deux femmes d'âge différent se partageant parfois à leur insu le même homme, ayant été traité à moult reprises, et par des auteurs aussi bien renommés que par ceux qui sont aujourd'hui considérés comme des nanars, Carter Brown en tête.

Mais le contenu jugé sulfureux pour l'époque ne convenait-il pas forcément à la Série Noire. Pourtant de nos jours ces quelques pages dont l'érotisme paraît bien fade comparé aux textes publiés dans des collections sérieuses (ou jugées comme telles). Le narrateur se montre cynique dans certaines descriptions, surtout celles qui concernent Eleanor, comme en pourra juger le lecteur d'après ce passage :

Sa chemise de nuit, dénouée avait maintenant glissé jusqu'à la taille et je pouvais ainsi voir ses seins flasques et volumineux crouler vers ses aisselles.

Je distinguais les pattes d'oie au coin des yeux, les rides profondes de son cou, mais ses bras m'enserraient et je me sentais emporté dans un tourbillon. Je n'avais pas désiré que cela se passe ainsi mais je n'étais plus maître de la situation.

De la main gauche, à tâtons, j'éteignis la lumière. Ne pas la voir faciliterait les choses.

Ses lèvres trop humides se collèrent aux miennes avidement tandis que ma main se lançait à l'exploration des cuisses fermes mais grasses, effleurant la toison crépue qui s'étendait sous le ventre trop rond.

Eleanor ronronnait de plaisir, écartait ses cuisses, s'offrait toute entière...

Je ne me fis pas prier davantage...

Fin du passage dont la suite est :

Il n'y a que le premier pas qui coûte.

 

Le traducteur a-t-il voulu rester fidèle au texte ou est-ce une erreur due à un manque d'inattention, mais dans les premières pages Eleanor Knight paraît quarante ans puis, page 89, Carol annonce qu'elle en a cinquante cinq. En soi, ce n'est pas trop grave, sauf que la description physique ne correspond guère aux deux âges avancés. Ou alors cette charmante (!) femme qui répond d'une seul coup au doux prénom d'Elsa (!), est vraiment décatie avant l'âge permis.

Les policiers américains sont décrits comme brutaux, obtus, dans la tradition des romans noirs, surtout lorsque le contexte s'y prête. En effet le District Attorney doit se présenter pour sa réélection, et une affaire bouclée rapidement servirait ses projets.

 

Hank JANSON : Faut pas crier, chérie !

Quelques mots sur l'auteur :

Hank Janson, de son vrai nom Stephen D. Frances (1917 - 1989), utilise son pseudonyme pour en affubler dans certains de ses écrits son narrateur, dès 1946. Mais ici il s'agit d'un autre personnage, calqué sur Hank Janson le personnage. Seuls quelques romans signés Hank Janson dus à la plume de Stephen Frances ont été traduits en France, deux dans cette collection Votre roman noir, Madame, ce roman et Les jupes lui donnent du souci (N°4 en 1953), un autre dans la collection Détective-Pocket N° 61 chez Bel-Air, en 1955, Razzia sur la drogue.

Le nom de Hank Janson est devenu un collectif d'auteurs, et les romans publiés dans la collection L'Aventurier au Fleuve Noir, entre 1966 et 1972 :

119 : A la va-viet (Never center)

120 : Fan-Fantare

121 : Yé-yé Yemen (Hot Line)

125 : Vaudou veau d'or (Voodoo violence)

128 : Ding dong dingues (A girl in hand)

187 : Intoxicomanie.

 

Quelques liens pour mieux connaître Hank Janson et son oeuvre :

 

Hank JANSON : Faut pas crier, chérie ! (Baby, don't dare squeal - 1951. Traduction de M. Nicols). Collection Votre roman noir, Madame. Editions Le Condor. Parution décembre 1952. 192 pages.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
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