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23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 13:59
Agatha CHRISTIE : Le Noël d’Hercule Poirot

Ils sont venus, ils sont tous là, il va mourir

le Papaaa…

Agatha CHRISTIE : Le Noël d’Hercule Poirot

Lire ou relire Agatha Christie, de nos jours cela semble incongru aux yeux des amateurs forcenés et acharnés du roman policier et du roman noir.

Des histoires que l’on pourrait croire simples, pour ne pas dire simplistes, désuètes, vieillottes, dépassées. Et j’en passe.

Et pourtant dans ce roman datant de 1938, les petites pensées ou échanges oraux, émis par les protagonistes, sont imprégnés de la situation internationale et jettent un regard dénué d’aménité sur les Britanniques en général. Il existe une dose de philosophie et une profondeur d’esprit que l’on ne peut capter que si l’on ne lit pas ces textes superficiellement.

Vieillard riche, quasi impotent, mais cynique, Simeon Lee a décidé de réunir en cette veille de Noël ses enfants. A part Alfred et sa femme Lydia, qui vivent à demeure dans la grande demeure de Gorston Hall à Addlesfield, les autres reviennent pour la première fois ou presque depuis des années de séparation. Si Alfred est tout dévoué à son père, Lydia elle n’apprécie guère le vieil homme.

George, politicien, membre du Parlement, député de Wersteringham, et sa belle et jeune femme Magalene. Elle est dispendieuse, tandis que George est constamment en quête d’argent, Simeon lui envoyant des subsides fréquemment. David, le rêveur qui en veut à son père depuis le décès de sa mère, décès qu’il impute aux frasques de son père, et sa femme Hilda, petite boulotte qui ne s’en laisse pas compter. Harry, le rebelle, le voyou, toujours par monts et par vaux, accumulant les méfaits. Enfin la jeune Pilar, sa petite fille née de Jennifer, sa fille et d’un Espagnol. Le père est décédé en prison depuis longtemps, et Jennifer depuis un an environ. Pilar est donc la seule rescapée et seule représentante féminine de la famille Lee. Les garçons n’ayant pas eu d’enfants et donc de garçons.

Invité surprise, Stephen Farr, qui passait dans la région et vient rendre visite au patriarche. Simeon et son père furent des amis lorsque tous deux vivaient en Afrique du Sud, exploitant des mines de diamants. D’ailleurs Simeon possède encore dans son coffre des pierres brutes, non taillées, ressemblant à de vulgaires cailloux mais dont la valeur s’élève à dix mille livres environ. C’est ce qu’il déclare à Pilar dont il s’est entiché.

Font partie de la maison, mais côté domestiques, Tressilian, le vieux majordome, quarante ans de service auprès de Simeon Lee. Plus quelques femmes de chambre, de cuisinières, et depuis un an environ Hornbury, le valet-infirmier, dont la seule fonction est de s’occuper de l’ancêtre. Un type bizarre, Hornbury, marchant comme un chat. On ne sait jamais où il est, se déplaçant sans bruit, semblant épier tout le monde.

Sugden, le policier local, demande à être reçu par Simeon, car il quête pour l’orphelinat de la police. Mais en début de soirée, il revient, car il a été appelé pour une affaire de vol. Les diamants ont disparu et il a été chargé par le vieil homme d’enquêter.

C’est à ce moment qu’un grand bruit se produit et qu’un cri retentit dans la maison. Cela provient de la chambre de Simeon qui est fermée à clé de l’intérieur. Tout le monde accourt, plus ou moins en même temps. Stephen et Harry unissent leurs efforts pour ouvrir la porte et ce qu’ils voient dépasse tout entendement.

Le riche vieillard a été égorgé, les meubles sont les uns par-dessus-les autres. Et du sang est répandu un peu partout. Comme le murmure Lydia : Qui aurait cru que ce vieil homme tant de sang en lui… Une référence à Shakespeare.

 

Alors qu’Hercule Poirot devise tranquillement en compagnie de son ami, le colonel Johnson, celui-ci reçoit un appel téléphonique de Sugden, l’avertissant d’un meurtre. Johnson invite Poirot à se rendre avec lui à Gorstan Hall.

Les candidats assassins potentiels sont nombreux mais tous possèdent un alibi conforté par les autres malgré les dissensions qui peuvent exister, s’élever entre eux.

Mais Hercule Poirot relève certaines anomalies, certains mensonges. Il effectue des comparaisons, regarde les tableaux accrochés dans les couloirs. Il vérifie ou fait vérifier les antécédents des invités, des employés, notamment d’Hornbury, car le personnage ne lui plait guère. Il s’intéresse à tout. Au passé de Simeon qui fut un coureur de jupons, ce qui d’ailleurs a entraîné la mort de sa femme. Et il soupçonne Harry, au passé trouble.

Selon les participants à cette soirée de Noël particulière, Simeon désirait annuler son précédent testament, ils en avaient eu confirmation lorsque convoqués, ils l’avaient entendu téléphoner à son notaire. Mais Simeon ne s’amusait-il pas avec eux ? Ou alors, désirait-il remplacer le nom de sa fille Jennifer par celui de Pilar, sa petite fille dont il s’était entiché. Voulait-il, comme il l’avait laissé entendre, couper les subsides alloués à George ? Un nouveau testament pouvait favoriser les uns, peut-être léser les autres.

Agatha Christie, dans ce roman construit sous forme de Cluedo (jeu qui ne fut invité qu’en 1943), de jeu avec le lecteur, dissimule les indices, qui parfois sont trop voyants, trop appuyés, pour être véritablement des indications fiables, et naturellement, elle sort de sa plume un coupable auquel nul de pensait. Mais à la relecture on s’aperçoit que tout est imbriqué avec machiavélisme et l’on ne peut que s’ébaubir à la réalisation sans défaut de cette intrigue qui aurait pu être un meurtre en chambre close.

L’histoire débute le 22 décembre et se clôt le 28 du même mois. Auparavant la romancière prend le temps d’installer et présenter ses personnages, d’abord Stephen Farr et Pilar qui se rencontrent dans le train qui doit les amener à Gordon Hall. Et naturellement elle distille les doutes, d’autant qu’elle jette les soupçons sans vraiment les compléter, les explications venant plus tard.

Ainsi Pilar, qui paraît ne pas être concernée par les événements, et est attirée par son oncle Harry, bel homme à la stature impressionnante, mais également par Stephen, et pourquoi pas par Sugden.

Mais Agatha Christie, en cette Angleterre encore victorienne, joue avec les mœurs de ses compatriotes, qu’elle juge froids, tristes. Pourtant Simeon, alors que c’était mal venu dans ce pays puritain, accumulait les bonnes fortunes, et pas seulement que les diamants. C’est un peu un coup de pied dans la mare. Et un roman subtil beaucoup plus intéressant qu’il y paraît, quoique certains puissent penser que les intrigues de la Bonne Dame de Torquay sont légèrement désuètes.

Agatha CHRISTIE : Le Noël d’Hercule Poirot (Hercule Poirot’s Christmas – 1938. Nouvelle traduction révisée de Françoise Bouillot). Collection Le Masque Christie. Editions Le Masque. Parution le 18 décembre 2012. 230 pages. 5,60€.

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7 décembre 2017 4 07 /12 /décembre /2017 10:27

A la recherche de l‘enfant perdu !

Brigitte VAREL : L’enfant du Trièves.

L’éclectique collection Terres de France, une production Jeannine Balland aux Presses de la Cité, propose des romans aussi divers que variés ayant en point commun le régionalisme.

Parmi les titres proposés j’en ai relevé un qui intègre une forte dose de suspense. Brigitte Varel, nous entraîne dans le Trièves, une des composantes du Dauphiné.

Claire, dont le mari dessinateur en devenir est parti au salon de Genève présenter ses œuvres, est kidnappée lors du braquage d’un bureau de poste de son village natal et décède dans un accident de voiture.

Antoine plonge dans l’alcoolisme, et le remord d’avoir abandonné sa jeune femme enceinte le taraude en permanence. Au bout de quelques années il sort du marasme dans lequel il se complait, se remet à travailler et rencontre Catherine qui tente de le comprendre. Incidemment il est confronté à l’un des ravisseurs de Claire, et apprend que la jeune femme aurait accouché avant de mourir.

Il parcourt en compagnie de Catherine le pays du Trièves, en exorcisme de son amour pour la défunte et d’enfin pouvoir goûter à la paix intérieure en retrouvant la chair de sa chair.

 

Suspense et mélodrame pour ce roman qui allie angoisse et tension et se déroule entre le Dauphiné et Paris, dans les années 60.

Un mélange habile qui oscille entre Ruth Rendell et Xavier de Montépin, avec un truand qui pourrait être un émule de Fantômas, une prostituée au cœur de midinette, et d’autres personnages hauts en couleur.

Un roman agréable qui reprend les bonnes vieilles formules des feuilletons, mêlant tendresse et humanisme, violence et ténacité, pugnacité et charisme, et possédant parfois un charme désuet.

Brigitte VAREL : L’enfant du Trièves. Collection Terres de France. Presses de la Cité. Parution 21 février 2002.

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1 décembre 2017 5 01 /12 /décembre /2017 09:17

Lorsque Watson joue le rôle de conciliateur entre Sherlock Holmes et Conan Doyle !

Bob GARCIA : L’affaire Mina Marten.

Alors que le bon docteur Watson attend la visite de son agent littéraire et ami Conan Doyle, et que Sherlock Holmes traînasse dans leur appartement, madame Hudson, leur logeuse, leur tend un billet qui vient de lui être remis.

Conan Doyle présente ses excuses, car il vient d’être requis à Scotland Yard au bureau de Lestrade pour une affaire incroyable. Lorsqu’ils arrivent sur place, Sherlock Holmes ne pouvant faire l’impasse sur cet incident, Conan Doyle est déjà sur place en compagnie d’une spirite, une jeune femme fluette à la beauté fragile, du nom de Mina Marten. Une mère de famille lui a demandé de retrouver sa gamine qui s’est évaporée sur le chemin de l’école en rentrant chez elle. La mère éplorée a refait le chemin interrogeant des personnes susceptibles d’avoir aperçu l’enfant. Et elle a également découvert à terre une boucle, provenant probablement d’une sangle, dans une petite ruelle que la fillette devait emprunter pour rentrer chez elle. Un individu lui a conseillé de s’en remettre à un médium d’où ce recours à Mina Marten.

La boucle en main, la spirite est atteinte de frissons et son regard devient vide, étrange. Elle a une vision, et aussitôt Lestrade et compères se lancent sur une piste d’après les indications fournies. La gamine est retrouvée saine et sauve, mais Sherlock Holmes, à l’esprit cartésien et qui ne partage pas l’inclination de Conan Doyle pour les manifestations médiumniques, penche pour une mascarade.

Doyle n’en démord pas et il prétend que la spirite pourrait résoudre des enquêtes sur lesquelles Scotland Yard s’est cassé le nez. Ces réunions se dérouleraient au Cercle, devant un aréopage de scientifiques, d’aliénistes, un journaliste, un détective indépendant et quelques témoins. Reste à convaincre Sherlock Holmes à participer à ces soirées, auxquelles naturellement sont conviés Lestrade et Watson.

Quelque temps plus tard, un ouvrier œuvrant à la démolition d’une maison remet à Lestrade un couteau. Un objet qui ne pourrait qu’être banal, sauf que l’immeuble en déconstruction fut le théâtre du meurtre de Jane Kelly, l’une des victimes de Jack l’Eventreur. Le couteau est de facture ancienne, porte une inscription difficilement déchiffrable et a été retrouvé dans le conduit de cheminée de la pièce où a été découvert le cadavre.

L’objet est confié à Mina Marten et c’est ainsi qu’elle va reconstituer le parcours du couteau, sur lequel est inscrit Londinos, de la naissance de la ville de Londres jusqu’à l’affaire Jack l’Eventreur. Treize soirées, treize récits, et selon les mêmes mises en scène. Au début, Mina Marten avale le contenu d’une petite fiole, puis elle semble absente, mutique durant quelques minutes, et le flot de paroles s’échelonne sans interruption. Et à la fin elle est épuisée et s’affaisse.

Toute l’assemblée est subjuguée sauf Sherlock Holmes. Et le lendemain Watson et le détective partent à la quête de renseignements afin de déterminer la part de véracité dans ce long monologue de la veille. Et ce qui intrigue le plus le détective, c’est que le récit ne semble pas pouvoir être remis en cause, et que la provenance des renseignements, des descriptions, des noms de personnes impliquées dans ce qui sont des visions, seuls quelques scientifiques, historiens, archivistes ne peuvent en avoir connaissance. Et son langage ne correspond guère à son éducation de cockney, de fille issue de la classe ouvrière et peu instruite.

 

Une histoire à tiroir, ou, pour un exemple plus concret, un roman narré façon Conte des Mille et une nuits, telle est la performance que Bob Garcia a réalisé en 700 pages hypnotiques.

Les récits de Mina Marten s’imbriquent dans le cours du récit et ne font pas l’objet de chapitres spécifiques, et le tout est si bien entrelacé avec une constante, le parcours du couteau, qu’il est difficile de sortir du bouquin pour s’adonner à d’autres occupations primordiales, manger, boire et dormir, sans oublier quelques fonctions accessoires dont je vous laisse deviner le contenu.

Un véritable tour de force d’après une histoire véridique, Mina Marten ayant réellement existé sous le nom de Mina Cranden, et les récits développés par la spirite sont vérifiables, tout au moins en partie.

Bob Garcia même habilement fiction et réalité, et aux côtés de personnages dont la notoriété ne s’est pas démentie et d’événements qui se sont produits, comme par exemple la Grande Peste et l’incendie de Londres, d’autres épisodes sortent de l’imaginaire de l’auteur et l’on est surpris, non pas de voir l’auteur et sa créature, Conan Doyle et Sherlock Holmes évoluer ensemble, mais de retrouver par exemple le Professeur Challenger, toujours aussi bougon, irascible et misanthrope.

Conan Doyle et Sherlock Holmes évoluer ensemble, oui, mais surtout se confronter, deux théories contradictoires les opposant. Mais qui a raison, qui a tort dans cet affrontement avec Watson pris entre deux feux, entre deux amis dont les opinions concernant Mina Marten ne peut que les placer dans un antagonisme néfaste à de bonnes relations ?

A la fin du roman, Bob Garcia revient sur les treize récits, apportant certaines précisions historiques et propose une galerie des personnages principaux.

Bob GARCIA : L’affaire Mina Marten. Sherlock Holmes contre Conan Doyle. Editions La Mécanique Générale. Parution le 9 novembre 2017. 704 pages. 11,50€.

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22 novembre 2017 3 22 /11 /novembre /2017 09:17

On la trouvait plutôt jolie, Lily

Elle arrivait des Somalis Lily

Dans un bateau plein d´émigrés

Qui venaient tous de leur plein gré

Michel BUSSI : On la trouvait plutôt jolie.

Non, Leyli ne vient pas de Somali mais du Mali et elle très jolie, cette Peule qui habite dans une cité de Port-de-Bouc près de Marseille.

D’ailleurs, vivre dans un F1 de vingt-cinq mètres carrés, dans une tour du quartier des Aigues Douces, cela devient problématique. Aussi ce matin là elle arrive en avance pour rencontrer Patrice ou Patrick, elle ne se souvient plus très bien, Pellerin, le responsable pour l’attribution des logements. Elle vient d’obtenir un CDI, la veinarde, pour travailler comme nettoyeuse de chambres dans un hôtel à succursales multiples et internationales. Ce devrait être un bon point pour ne pas mettre sa demande en dessous des autres dossiers en instance.

Elle est célibataire et a trois enfants, Bamby, vingt et un ans, Alpha, dix-huit ans bientôt, et Tidiane, dix ans, qui connaissent des parcours différents. La chambre qui leur est réservée porte les traces de leurs désordres. Les gamins, c’est tellement difficiles à gérer, parfois. Toutefois, elle est intransigeante. Elle veut les voir, tous les soirs, à 19h30 précise, devant leurs assiettes afin de discuter de leur journée.

Elle possède une collection incroyable de lunettes de soleil aux montures surprenantes, garnies de fleurs, de papillons, ou autres. Et sa collection de chouettes elle aussi est impressionnante, près de cent-trente pièces, de toutes tailles et de toutes matières. Mais elle garde en elle un secret, et lorsque quelqu’un frappe à sa porte, elle vérifie si rien ne pourrait être dévoilé à l’intrus qui s’immisce.

Seul Tidiane fréquente l’école, on a les fréquentations qu’on peut ou qu’on mérite. Et son plaisir c’est de taper dans le ballon qu’Alpha lui a récupéré, un collector qui a échappé d’être placé au rebut par la suite de la défection du Maroc lors de l’organisation de la CAN. Bamby et Alpha vaquent à leurs affaires dont ils n’aiment guère parler, sauf à des amis privilégiés.

 

Ruben Liberos, le gérant de l’hôtel, à l’enseigne d’un échassier, accueille Leyli aimablement, affablement, mais c’est surtout un mythomane mégalomane. Il invente bon nombre d’histoires qui ne sont pas forcément véridiques, mais ses interlocuteurs ne peuvent lui en vouloir, il est si gentil. Et il sait si bien les faire rire et décontracter! Leyli n’est pas seule, une autre employée est préposée au nettoiement des chambres, un casque vissé sur ses oreilles, il n’est pas interdit d’écouter de la musique tout en travaillant.

 

En parlant d’hôtel, le Red Corner, situé dans une zone commerciale où fleurissent des enseignes internationales qui donnent l’impression aux touristes de se trouver toujours au même endroit tout en voyageant, est un lieu accueillant. Des chambres sont louées à l’heure, à la demi-journée, à la nuit, voire plus, à des clients qui en apprécient le luxe et l’aménagement. Chaque chambre est meublée et décorée différemment, et celui qui y pénètre peut bourlinguer dans un lieu exotique sans vraiment bouger.

Un qui ne voyagera plus, même par incitation à la rêverie interposée, c’est François Valioni, qui travaille, ou travaillait plutôt, pour une importante association d’aide aux migrants. La Volgelzug. Il a été retrouvé dans la chambre Shéhérazade, les poignets attachés à la tête de lit et incisés. Détail supplémentaire, une trace de piqûre est relevée, comme si son meurtrier, avait prélevé du sang afin de l’analyser.

Le commandant Petar Velika, la cinquantaine, qui a fui la Yougoslavie lorsqu’il avait quinze ans, et le jeune lieutenant Julo Flores sont chargés de cette enquête. Si Petar, cela lui arrive parfois de s’y mettre d’ailleurs, est expérimenté et peut-être plus réfléchi, Julo est plein de fougue tout en étant zélé, et surtout il apprécie les technologies modernes. Toutefois Julo s’aperçoit que son supérieur est comme gêné par l’appartenance de cet homme à la Volgelzug.

Ils découvrent dans les poches du défunt, un bracelet comme en portent parfois des migrants, et dans une pochette, des coquillages dont la forme est particulière. Après recherches, il s’avère que cette variété provient des îles Maldives. Un bon point de départ, mais la présence de ces coquillages ou leur représentation sur une tour de la BCEAO, banque africaine, à Bamako, incruste de nombreux points d’interrogations dans l’esprit de Julo. Ils apprendront par la suite que les cauris, le nom de ces coquillage, servirent de monnaie d’échange il y a peu encore.

Le téléphone de Valioni parle sous les doigts de Julo. L’homme était en relation avec une certaine Bambi13, via Facebook, et cette jeune femme ne montre jamais son visage. Et ses photos la représentent dans des endroits différents du globe. Pourtant il y aurait peut-être une certaine corrélation avec la jeune femme qui accompagnait Valioni, puisque le couple figure sur les enregistrements-vidéos, à l’entrée de l’hôtel.

Voilée d’une sorte de châle sur lequel sont dessinées des chouettes, elle regarde la caméra furtivement. Seuls ses yeux apparaissent. Mais pourquoi fixe-t-elle ainsi l’appareil ?

Et lorsque Julo apprend qu’il existe une Bamby, qu’elle est la sœur d’Alpha, ce jeune adolescent qu’ils viennent d’appréhender, soupçonné de se livrer à un trafic, il établit immédiatement une corrélation. Mais ne se trompe-t-il pas ?

Un second meurtre similaire est annoncé et les théories envisagées vont-elles se vérifier ou au contraire tout l’échafaudage va-t-il se disloquer ?

 

Michel BUSSI : On la trouvait plutôt jolie.

Comme à son habitude, Michel Bussi nous embarbouille les neurones. On sait dès le départ qu’il y a un truc, tel que les prestidigitateurs aiment placer dans leurs tours soi-disant de magie alors que ce ne sont que des rideaux de fumée. Et on marche, on court même dans cette galerie des glaces, dans ces scènes disposées en trompe-l’œil. Pourtant tout est là, juste quelques précisions manquent parfois, mais il n’y pas de tromperie de la part de l’auteur. Les mots, les situations, les faits sont savamment dosés.

Pourtant, au-delà d’une histoire qui pourrait sembler simple, un jeu avec le lecteur, une confrontation, Michel Bussi est nettement plus grave dans son propos, dans son intrigue, dans l’histoire sociologique qu’il propose, car il s’agit d’une intrigue humaniste.

Tout tourne, ou presque, autour de Vogelzug, Oiseaux migrateurs en allemand, association dont le siège social se situe à Marseille mais possédant des antennes tout autour de la Méditerranée, et qui a passé des accords avec Frontex, l’agence européenne pour la gestion des frontières. Car c’est bien l’immigration qui est le sujet principal de l’intrigue, même si elle semble engluée dans le récit. En incrustation, on suit le parcours de Leyli, tel qu’elle nous le dévoile par épisodes, par de courts chapitres.

 

Donc, l’immigration. Comme le fait remarquer Petar à son adjoint il ne faut pas confondre réfugiés et migrants.

Les réfugiés sont les gentils, ils fuient la guerre dans leur pays, on doit avoir pitié d’eux, on a le devoir moral de les accueillir, la France est une terre d’asile ! Les migrants, eux, ce sont les méchants, ils veulent nous envahir, ils sont seulement pauvres, mais des pauvres, on en a déjà assez chez nous. Tu comprends ?

Donc on laisse entrer les réfugiés mais pas les migrants ?

Tut tut tut, pas si vite mon garçon. Le devoir de la France est d’accueillir les réfugiés, mais la consigne est de ne pas les laisser entrer ! Du moins ceux qui n’ont pas de papiers, mais comme c’est assez rare que les dictateurs tamponnent leurs visas ou qu’ils trouvent une photocopieuse en état de marche dans les villes bombardées, ils doivent risquer leur peau pour passer illégalement.

 

Et comme Michel Bussi est professeur de géographie à l’université de Rouen, et directeur de recherche au CNRS, il en profite pour faire un petit rappel concernant l’histoire du passeport qui n’a vraiment pris son rôle de contrôle des migrations et de refouloir après la Seconde Guerre Mondiale, ainsi que des édifications de murs par des nations prétendument démocratiques.

Il pointe du doigt toutes formes d’hypocrisie, une hypocrisie machiavélique qui ruisselle de tous les étages des administrations.

Celle de l’immigration, dont voici un autre exemple, parmi tant d’autres :

Sans enfants, je ne peux pas prétendre à un logement plus grand. Et sans logement plus grand, je ne peux pas faire venir mes enfants.

Mais également celle des ministères, une sorte de duplicité rarement évoquée.

Raréfier les effectifs de police tout en augmentant la promiscuité dans les commissariats, voilà un exploit dont seule l’action conjuguée et coordonnée des ministères des Finances et de l’Intérieur pouvait se vanter.

 

On la trouvait plutôt jolie est un roman plus grave, plus ancré dans le réel, dans le quotidien, plus engagé, mais tout en gardant la marque de fabrique de Michel Bussi, celle de jeter le trouble dans l’esprit du lecteur, jouant avec celui-ci en plaçant de vrais faux effets, un jeu de miroir, des indices qui peuvent se révéler trompeurs, ou pas.

Un roman qu’aurait pu écrire Pierre Perret, à qui je dois l’accroche et dont Michel Bussi s’est inspiré, et qui sait se montrer humoristique, poète, tendre, sensible, humaniste, engagé selon son inspiration, son humeur, et ses joies ou ses colères.

 

Michel BUSSI : On la trouvait plutôt jolie. Editions Presses de la Cité. Parution 12 octobre 2017. 464 pages. 21,90€.

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8 novembre 2017 3 08 /11 /novembre /2017 09:00

Je suis partie un soir d'été

Sans dire un mot, sans t'embrasser

Sans un regard sur le passé…

Oh Mamy ! Oh Mamy, Mamy blue

Oh Mamy blue

Marie-Claire BOUCAULT : Aigre doute.

Se retrouver sans mère à quatorze ans, c’est dur, mais les semaines passant, Tom commence à oublier son visage. Cela fait un peu plus d’un an que sa mère n’est plus au foyer, et elle a disparu dans des conditions mal définies.

D’ailleurs à la maison, ni son père Eric, plombier, puis électricien et maintenant réparateur électronicien, ni son aîné Gabriel, n’en parlent plus. Ses effets personnels ont été enlevés, tout a été débarrassé, livres, photos, objets, ordinateur… Eric s’occupait principalement des deux garçons car leur mère Karine, beaucoup plus jeune que lui, vivait dans son monde, souvent recluse dans son bureau, à lire ou à tapoter sur son ordinateur.

Parfois elle avait des gestes de tendresse, épisodiques et dans ce cas elle était assez expansive, mais le reste du temps, elle était comme absente. Et puis un jour, elle a été véritablement absente, physiquement absente, alors que les deux garçons étaient en vacances chez leurs grands-parents en Vendée, tandis que le père était resté avec Karine à Blois.

Une enquête a eu lieu, des policiers sont venus chez eux, et des traces de sang ont été retrouvées dans la salle de bain. Le corps de Karine a été recherché dans le jardin, dans la Loire, et même en l’absence de cadavre, le père fut accusé d’assassinat. Les témoignages de la sœur de Karine, Emeline, et des voisins, n’ont pas plaidé en sa faveur. Grâce à son avocat, Eric a été relaxé à l’issue du procès et c’est ainsi que la mère est devenu un sujet tabou.

Jusqu’au jour où, Emeline se présente à la sortie du collège, arguant qu’elle aussi pleure sa sœur, qu’elle est toute seule maintenant, qu’elle n’a qu’eux comme neveux. Gabriel est furieux et la repousse, mais ça cogite dans l’esprit de Tom. Et c’est ainsi qu’il décide de rechercher des affaires, des photos, des preuves de l’existence de sa mère, avant sa disparition. Qu’il va rencontrer aussi Emeline qui après tout est aussi sa marraine. Qu’il va en apprendre un plus sur la jeunesse des deux sœurs, et surtout qu’il va dénicher une nouvelle écrite dans l’ordinateur de sa mère, rangé dans l’atelier du père.

 

Aigre doute est une nouvelle gigogne, puisque le texte écrit par Karine s’inscrit dans le récit, mais en même temps, ce sont les doutes, les tourments d’un gamin qui se pose les questions naturelles concernant la disparition de sa mère. Meurtre, suicide, départ volontaire ? Pourquoi et dans quelles circonstances ? Volonté de récupérer une partie de son enfance, de retrouver des racines coupées trop jeune, un besoin de souffler puis de refaire une vie peut-être gâchée ? Ou tout simplement l’abominable ?

Avec subtilité, jusque dans l’épilogue, Marie-Claire Boucault nous entraîne dans les affres du garçon qui entre dans l’adolescence et se pose des questions naturelles mais pas existentielles. Le désir de savoir et surtout de comprendre.

Ne pas avoir de mère, cela arrive, quelques soient les circonstances dans lesquelles cette absence intervient, mais que ce soit délibérément, suite à une séparation, un accident, une maladie, en général le corps est là, présent. C’est comme si Tom avait été amputé et que la douleur se réveillait par une manifestation extérieure alors qu’il avait tout fait, et on l’avait aidé, pour oublier.

Un court roman pour adolescent, mais qui n’est pas confiné dans une tranche d’âge, car ce genre de situation, tout le monde un jour peut la vivre, si ce n’est déjà fait.

 

Marie-Claire BOUCAULT : Aigre doute. Collection Noire Sœur Polarado. Editions Ska. Parution le 1er mars 2017. 89 pages. Version numérique. 3,99€.

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6 novembre 2017 1 06 /11 /novembre /2017 09:11

On trouve de tout sur les marchés aux puces…

Marie-Claire BOUCAULT : Le mystère de la tombe Gaylard.

Ses parents sont divorcés et pour des raisons pratiques Sybille Mercier a préféré vivre chez sa mère non loin de la porte de Vanves. Chez son père, avenue de Villiers, ce n’est pas mal non plus, mais elle s’y sent moins à l’aise.

En fin de semaine sa mère, ancien mannequin reconvertie dans les magazines de mode se rend chez son nouvel amant, son patron, quant à son père, célèbre animateur à la télévision, il ne peut la recevoir tout le temps. Alors elle passe son temps à chiner dans les brocantes, les marchés aux puces notamment celui de Vanves et souvent elle découvre son bonheur. Ce ne sont que des bricoles mais cela lui fait plaisir.

C’est ainsi qu’elle tombe un jour devant un objet insolite qui ne devrait, en théorie, ne pas se trouver au milieu d’un ramassis de bricoles usagées. Un album photos, pareil à celui que possédait sa grand-mère, ouvert sur un cliché représentant une tombe sur laquelle figure l’inscription Gaylard. Elle ramène l’album chez elle et découvre sur la face intérieure de la couverture, un nom et une adresse. Germaine Turpin, avenue de Villiers. La rue où elle a vécu et où réside encore son père.

Elle décide de rendre l’album à sa propriétaire et pour cela elle se renseigne auprès de la concierge de l’immeuble. Hélas la propriétaire est décédée, ne restent que quelques héritiers. La bignole lui fournit, après avoir été amadouée par la jeune Sybille, l’adresse du fils de Germaine, antiquaire dans le XVIème arrondissement. L’antiquaire ne se montre pas si heureux que ça de recevoir l’album, qu’il garde néanmoins. Puis c’est le petit-fils, Pierre, qui contacte Sybille.

Mais elle aimerait bien percer le mystère de la tombe Gaylard, qui selon les renseignements qui lui sont fournis serait la sépulture d’un ami de la famille. Mais l’enquête ne s’arrête pas là, car elle a gardé par devers elle un cliché qui est doublé d’un fort carton. La réapparition de cet album n’a pas l’heur de plaire à certains descendants de la famille Turpin, tout du moins cela sème quelque peu la zizanie et Sybille est au cœur du conflit.

 

Dans cette histoire bon chic bon genre, enfin serait-on tenté d’écrire, les protagonistes ne se livrent pas à une débauche de grossièretés, de vulgarité. Il faut dire que les lieux décrits ne sont pas propices à ce genre de débordements.

Le personnage de Sybille est touchant. Elle est esseulée, ne possédant que peu d’amis, tout au plus Charles son confident, ce qui lui suffit amplement, même si parfois elle aspire à autre chose. Lucide, elle avoue être d’un naturel réservé et d’une intelligence moyenne. Alors aller fouiner dans les affaires des autres ce n’est pas vraiment son style. Ce qui l’amène à rechercher la propriétaire de l’album photos, c’est que justement celui-ci ressemble à un objet semblable ayant appartenu à sa grand-mère, elle aussi décédée depuis peu. Et c’est en souvenir de son aïeule qu’elle va entamer ses démarches. Dans le but de faire une bonne action sans en tirer le moindre parti. Elle le fait gratuitement, mais cela lui permettra de découvrir en certains personnages, l’âme noire qui se cache sous des apparences trompeuses.

Marie-Claire BOUCAULT : Le mystère de la tombe Gaylard. Collection Syros Noir. Editions Syros. Parution le 25 novembre 2010. 82 pages. Existe en version numérique 5,99€. A partir de 12 ans.

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5 novembre 2017 7 05 /11 /novembre /2017 10:57

Une incursion à la Foire du Trône et ses baraques de saltimbanques…

Fortuné du BOISGOBEY : Le Pouce crochu.

Dans le boulevard Voltaire, sis dans le XIe arrondissement parisien, non loin de la place du Trône, se dresse une maison, entourée d’un jardinet. Cette demeure ne paie pas de mine de l’extérieur, mais l’intérieur est confortable, douillet.

Vivent dans cette maisonnette, le père Monistrol, mécanicien et chercheur dont la femme est décédée lors l’accouchement, et sa fille de vingt ans, Camille, qui travaille à une tapisserie. Il vient de mettre au point un condensateur qui devrait équiper des machines à vapeur. Un associé vient de lui remettre vingt-mille francs, une somme qui devrait lui permettre de débuter la fabrication. Cette somme il l’a gardée par devers lui, mais il affirme que dès le lendemain il la déposera à la banque.

Seulement, il n’en aura pas la possibilité. Camille aperçoit une main derrière les rideaux, avec un pouce griffu d’une longueur démesurée, puis comme un éclair d’argent, et un homme surgit, étrangle Monistrol et le bouscule, s’empare des billets et s’enfuit. Le père Monistrol reste à terre après s’être cogné la tête à un angle.

N’écoutant que son courage, et non la voix de la raison, Camille s’élance sur les traces de l’inconnu, jusqu’à la place du Trône qui est en pleine effervescence. En effet c’est l’époque de la fameuse Foire du Trône et l’individu se glisse dans l’une des baraques foraines.

Elle choque quelque peu les badauds, habillée en négligé, certains pensent même qu’il s’agit d’une fille, d’une coureuse, mais elle n’en a cure. Elle s’intéresse au spectacle qui se déroule sur les planches, car démunie elle a pu entrer grâce à un jeune homme qui lui a payé sa place. Elle pense reconnaitre en Zig-Zag le clown son voleur, mais il est masqué et ses bras sont enfermés dans une sorte de sac qui lui couvre le corps.

Elle fait le foin, importune les spectateurs, et se retrouve à la porte de la baraque où les saltimbanques continuent leurs exhibitions. Son bienfaiteur financier qui est accompagné d’un ami, se présente. Il se nomme Julien Gémozac et n’est autre que le fils de l’associé du père de Camille. Heureuse coïncidence. Camille narre ses déboires et Julien lui propose de la raccompagner chez elle, tandis qu’Alfred de Fresnay préfère se rendre à son cercle où ils ont l’habitude de rencontrer des horizontales et jouer à quelques parties de cartes, enjeu sur table.

Le père Monistrol est décédé et ils font appel à des policiers qui soupçonnent la jeune fille. Celle-ci tombe en syncope et ne se réveillera que quelques jours plus tard. Zig-Zag est passé devant la justice et a été libéré, faute de preuves. Camille décide donc de se venger elle-même et déclare qu’elle épousera l’homme qui l’aidera. Julien se met sur les rangs, mais il ne l’aide pas beaucoup. Comme elle se retrouve sans ressources Gémozac père lui offre une belle somme d’argent, un acompte sur l’argent qu’elle doit percevoir en guise d’héritage, l’invention de son père s’avérant plus que rentable.

Camille se rend donc à la Foire aux pains d’épices, seulement il ne reste plus devant la baraque des saltimbanques que le pitre, du nom de Courapied, qui est accablé et son fils Georget, âgé d’une douzaine d’années. Le patron a fait faillite et a préféré partir sous d’autres cieux. Amanda, qui n’est autre que la marâtre de Georget, les a plantés là, s’enfuyant en compagnie de Zig-Zag. Vigoureux, le chien de Zig-Zag arrive en courant, et commence à fouiner dans une cache, ressortant avec une cassette dans la gueule. Courapied et son fils parviennent à l’attraper et lui mettent autour du cou une laisse. L’animal tire sur son collier improvisé et repart, entraînant derrière lui l’homme et l’enfant suivis de Camille, jusque dans les terrains vagues de la Plaine Saint-Denis. Ils aperçoivent une maison délabrée où vit Amanda et ils veulent pénétrer dans la bicoque. Malheureusement Courapied et son fils tombent dans la cave et Camille pense qu’ils sont décédés lors de leur chute. Deux malfrats s’en prennent à elle, tentant de la détrousser, et elle est sauvée par un hobereau de province, Georges de Menestreau, qui va la ramener chez elle, puis l’aider dans ses recherches.

Pendant ce temps, Julien et son ami Alfred font la connaissance dans un café-concert d’une jeune femme rousse, la comtesse de Lugos, d’origine hongroise, communiquant par signes avec un homme qui pourrait être Zig-Zag. Alfred rencontre également une femme aux mœurs légères et tireuse de cartes, entre autres. Alfred va même jusqu’à installer la prétendue comtesse dans ses meubles, dans une petite maison qu’il a reçu en héritage. Julien essaie de renouer avec Camille, dont il est tombé amoureux, mais la jeune fille le dédaigne, monsieur de Menestreau lui semblant plus fiable dans ses démarches et dans sa volonté de l’aider.

 

Fortuné du Boisgobey fait paraître ce roman en 1885, et il évoque quelques-uns de ses confrères romanciers, incidemment lors des conversations entre protagonistes. De Gaboriau et ses romans criminels ou d’Adolphe d’Ennery et de ses romans mettant en scène des orphelines. Mais le style de Fortuné du Boisgobey est plus vivant, plus actuel que celui de ses confrères, même si Gaboriau est plus souvent réédité que lui et par ce fait plus connu.

Ce roman est intéressant à plus d’un titre, même s’il existe des coïncidences heureuses, des hasards inexpliqués, car il permet de retrouver un mode de vie parisien lors de la fin du XIXe siècle, avec ses cabarets, ses bourgeois et hobereaux dépensant leur argent dans des cercles de jeux, et ses femmes de petite vertu, entretenues mais libres.

C’est le plaisir de découvrir comment Paris et sa proche banlieue ont bien changé depuis des décennies, remplaçant les bidonvilles qui proliféraient par des immeubles. Il est à noter, que ces bidonvilles s’appelaient alors des cités et de nos jours ce mot a été remplacé par jungle. Vivaient là toute une faune hétéroclite, marlous et gens honnêtes. Principalement les biffins ou chiffonniers et pauvres hères. Et les maisons, ou plutôt les baraques et bicoques, étaient construites à l’aide de boîtes de sardines emplies de terre et jointes par du plâtre.

S’élevaient aussi les fortifications ou Enceinte de Thiers, les Fortifs chers à quelques romanciers dont Auguste Le Breton, et qui ont disparu peu à peu remplacées par le Périphérique. Sans oublier les postes de l’Octroi, la douane qui vérifiait surtout les entrées de voyageurs et de marchandises. Mais s’agit bien d’une photographie instantanée de Paris et ses environs, et non pas une reconstitution aléatoire par un romancier moderne. De même la narration est fluide, et les dialogues ne sont pas ampoulés, relevant d’un langage argotique populaire de l’époque, sans pour autant que ce soit vulgaire. Certaines scènes sont décrites avec réalisme sans violence inutile.

Bref, un roman policier, même si les représentants des force de l’ordre ne sont que des personnages évanescents sans réelle consistance, agréable à lire, élégant, plus contemporain que l’on pourrait penser, qui n’a pas vieilli, mais dans lequel on retrouve quelques thèmes qui à l’époque étaient abondamment développés, mais qui ne tombe pas forcément dans le misérabilisme, entre Victor Hugo et ses Misérables et Eugène Sue et ses Mystères de Paris.

 

Fortuné du BOISGOBEY : Le Pouce crochu. Avant-propos de Franq Dilo. Collection Noire sœur, Perle noire. Parution 20 juillet 2017. 230 pages. 3,99€.

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4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 08:56

Sous la houlette du Chien de Montargis.

Armelle GUEGANT et Daniel DAIX : Crime à la Société d’Emulation.

Arriver à son travail un lundi matin, vaillante et reposée, et découvrir un cadavre, voila de quoi fiche en l’air un début de semaine qui semblait tout ce qu’il y a de plus ordinaire.

Un épisode de la vie montargoise que lit Guy dans le journal local tout en dégustant son café matinal dans le petit bar où il se rend quotidiennement. Selon le canard, la femme de ménage de la bibliothèque Durzy, autrement dit la bibliothèque de Montargis, a découvert le corps inanimé de William Husley, professeur d’anglais au Lycée en forêt et membre de la Société d’Emulation de Montargis.

Cet érudit, qui était venu des Etats-Unis et s’était intégré dans la petit communauté, aurait heurté de la tête un coin d’armoire métallique, décédant de ses blessures. Mais la porte du bureau où son corps a été retrouvé était fermée à clé, et la clé posée sur une table. De plus ses mains portaient des traces de morsures ainsi que des traces d’encre.

Un mystère de meurtre en chambre close, voilà qui n’est pas pour déplaire à Guy ce qui va le changer de ses habitudes de vieux garçon. Il arrondit ses fins de mois en bricolant par-ci par-là, remplaçant par exemple l’antiquaire lorsque celui-ci par en vacances, mais ce n’est qu’un pis-aller. Or donc, il lit l’article et en discute avec Dédé le Tatoué, un petit malfrat qui pourtant est ami avec Marco, un policier.

Puis il se rend à la bibliothèque, où il possède ses habitudes, malgré la foule qui se presse dans les locaux, des badauds attirés par ce fait-divers. Virginie, la préposée aux prêts d’ouvrages, en est toute chamboulée. Elle ne se fait pas prier pour narrer la soirée du samedi, alors que sa patronne, la directrice de la bibliothèque, mademoiselle Lenoir, avait rendez-vous avec le sieur Husley à un concert de musique baroque donné en l’église de la Madeleine. Elle l’avait vue inquiète de la non-présence de l’érudit.

Dans un nouvel article de la Nouvelle République, la journaliste est plus prolixe concernant Husley, ses antécédents, et surtout les dernières heures avant son arrivée à la bibliothèque pour effectuer de nouvelles recherches. Il se serait rendu dans l’après-midi à Cortrat, objet d’une possible communication à la SEM. Guy fréquente également un bouquiniste qui apporte quelques renseignements sur cette société ainsi que sur le site de Cortrat.

Une piste possible que va remonter Guy. Alors il se rend sur place et admire le porche d’une vieille église, proche sur lequel sont gravés des sortes de hiéroglyphes, découvre un souterrain, puis près du cimetière Lète, il aperçoit un grand chien noir, perdu sans collier, qu’il va adopter et affubler du nom de Clovis.

Guy rencontre le président de la Société d’Emulation de Montargis, une société savante crée en 1853 et publiant une revue d’études historiques, scientifiques et littéraires, comme il en existe beaucoup en France. Mais le docteur Garnier, psychiatre, était en froid avec Husley, comme l’apprend Guy de la bouche même de l’intéressé. Husley, vice-président, voulait devenir président à la place du président. Guy va rencontrer d’autres personnages évoluant au sein de cette société, qui devaient assister eux-aussi au concert, dont un baron dont il ne lui reste que la particule en guise de fortune, et quelques personnages hauts en couleurs, par exemple Régis Mougin, employé municipal à la retraite et ufologue, persuadé que des extraterrestres, des petits gris, vivent parmi nous.

Guy randonne dans la région à bord de son vélo Solex, vestige qu’il entretient amoureusement, et lorsque son engin ne peut l’emmener dans des endroits qui exigent un peu plus d’ardeur motorisée, c’est Huguette, sa bonne amie Huguette, la gironde Huguette, qui va conduire notre « héros » par vaux et par monts. Huguette est très gentille, bourrue mais gentille, et elle lui offre souvent le couvert, à défaut du gîte. Mais elle le réprimande à l’occasion, il n’existe pas d’entente parfaite.

 

Armelle GUEGANT et Daniel DAIX : Crime à la Société d’Emulation.

Ce roman est placé sous le signe du chien. Le chien de Montargis, célèbre figure locale, honoré de nos jours par ses crottes, dites crottes du Chien, un praliné noisette dans une coque de nougatine entourée de chocolat noir ou encore Clovis, véritable estomac sur pattes.

Ce roman aborde également plusieurs thématiques de la littérature policière sans vraiment les exploiter à fond. Ainsi le meurtre en chambre close, le fantastique avec les petits gris chers à Régis Mougin, des extraterrestres selon son idée fixe, alors que tout réside dans une intrigue dont l’épilogue est relativement simple et cartésienne.

Mais les auteurs se sont amusés dans cette intrigue à suspense érudite, dont l’approche tourne autour de Cortrat et de sa chapelle, à tourner autour du pot, et laisser Guy mijoter durant quelques semaines avant qu’il découvre la solution à cette énigme, une solution en cascade.

Armelle GUEGANT et Daniel DAIX : Crime à la Société d’Emulation. Collection Polars du Gâtinais N°1. Editions de l’Ecluse. Parution 1er novembre 2009.

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23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 08:18

Mais attention aux piquants des bogues…

Arthur MORRISON : Dorrington, détective marron

Si Arthur Morrison, 1863 – 1945, fut célébré de son vivant comme un brillant représentant anglais du naturalisme et un des maîtres de la detective fiction, de nos jours il est quasiment oublié, sauf des nostalgiques des parutions anciennes.

Or cet auteur fut un précurseur et un innovateur dans le domaine de la littérature policière, mettant en scène Dorrington, un détective peu scrupuleux. Ses aventures sont narrées par l’une de ses victimes, James Rigby, ce qui le différencie d’un Watson par exemple lequel était béat d’admiration devant son colocataire et ami, mais de plus ses exploits sont racontés à rebrousse-temps.

Nous découvrons le personnage Dorrington, par l’intermédiaire de James Rigby qui voyage à bord d’un steamer le menant en Angleterre. Rigby, en confiance envers ce compagnon affable et fin diseur, lui narre son enfance en Australie, puis lors d’un voyage en Europe la mort de son père assassiné par la Camorra alors qu’il n’avait que huit ans, son adolescence, la mort de sa mère et son intention de réaliser ses affaires, un héritage immobilier concernant un terrain susceptible de receler des gisements de cuivre. Il doit rencontrer un solicitor mais Dorrington est fort intéressé et il envisage de s’approprier les documents. Rigby va se trouver dans une fâcheuse posture et grâce à un ouvrier parvient à s’en sortir vivant. C’est ainsi qu’il s’accapare quelques documents appartenant à Dorrington, dans le bureau de celui-ci, et qu’il va pouvoir remonter le parcours délictueux de ce détective peu commun.

 

Après Le récit de Mr. James Rigby, nous remontons donc le temps, avec toujours ce spolié comme narrateur. Janissaire est un jeune cheval de course, un yearling, prometteur. Naturellement, peu de temps avant la course auquel ce poulain de deux ans doit participer, les paris vont bon train. Dorrington, apprenant par hasard que l’animal risque de subir un traitement néfaste, imagine un artifice pour déjouer les manigances.

Le Miroir de Portugal est, comme son nom ne l’indique pas forcément, un diamant à la valeur inestimable qui a parcouru les siècles, passant de main en main jusqu’à sa disparition au cours de la Révolution Française. Deux cousins, d’origine française mais installés à Londres, se disputent cette pierre, et Dorrington est sollicité pour trancher. Il le fera, mais à sa façon.

Dans La Compagnie Avalanche, Bicycle et Pneu, Limited, nous retrouvons le monde des paris, mais cette fois dans un sport en plein développement, la course de bicycle sur piste. Le vélocipède prend une telle ampleur que de nombreuses entreprises se montent, et afin de se développer lancent un système de participation financière par action. Et naturellement, certains petits débrouillards s’immiscent dans ce qui peut devenir un marché juteux. Heureusement Dorrington est là pour rétablir la situation.

Comme le dit fort justement l’un des protagonistes :

Comme je l’ai dit mille fois, les parieurs sont, de nos jours, le fléau de tous les sports.

Plus de cent ans après cette déclaration, cela ne s’est pas arrangé.

 

La mort étrange de Mr. Loftus Deacon nous entraine dans les aîtres d’un vieux collectionneur d’objets japonais. L’homme a été retrouvé assassiné dans son appartement, et les policiers se trouvent devant un problème de meurtre en chambre close. Un ami de cet amateur de japonaiseries et exécuteur testamentaire sollicite l’aide de Dorrington, lequel va découvrir, sinon l’assassin, mais comment il s’est débrouillé pour perpétrer son forfait. Une arme blanche a été dérobée, un Katana forgé par un maître armurier quelques siècles auparavant. Or ce Katana est un objet sacré dont un Samouraï ne peut se défaire, quel qu’en soit le motif. L’un des principaux présumés coupables n’est autre que le fils de celui qui a cédé le Katana à Mr. Loftus Deacon, et il désirait à tout prix récupérer l’objet.

L'argent du vieux Cater prend pour intrigue également, comme Le Miroir de Portugal, une histoire d’héritage que se disputent deux cousins. Dorrington va mettre son grain de sel dans cet imbroglio dont les trois protagonistes principaux, le vieux Cater et les deux cousins, sont de fieffés usuriers, n’ayant aucun scrupule et n’hésitant pas à mettre sur la paille leurs débiteurs.

 

Si ces trois histoires mettent en scène un détective dont la préoccupation principale est de gruger clients et autres, parfois la morale est sauve.

L’auteur s’attache plus à décrire les traits de caractère des personnages que leur physique, et n’hésite pas à remonter dans le temps pour leur donner du volume.

Ces nouvelles, qui ont été publiées dans The Windsor Magazine de janvier à juin 1897, n’ont en rien perdu de leur saveur, et ne sont en rien désuètes, même si elles reflètent une certaine époque. Or justement, c’est cette plongée dans le vieux Londres, qui parfois fait penser à Dickens, dans les milieux sportifs ou des collectionneurs, milieux qui n’ont guère changé dans leur comportement même si le modernisme est passé par là, ou des usuriers dont les pratiques sont aujourd’hui celles de certaines banques, qui donnent du charme à ces historiettes. Les valeurs morales sont battues en brèche, légalement ou non, et Dorrington est toujours présent pour essayer d’en tirer profit. Essayer, car parfois il se retrouve le bec dans l’eau, ne tirant pas le profit qu’il escomptait, mais sachant retomber toutefois sur ses pieds.

Arthur Morrison, un auteur à découvrir ainsi que son personnage dont Arsène Lupin a emprunté quelques traits de caractère et de façon de procéder.

 

Sommaire :

Introduction de Jean-Daniel Brèque.

Le récit de Mr. James Rigby

Janissaire

Le Miroir de Portugal

La Compagnie Avalanche, Bicycle et Pneu, Limited

La mort étrange de Mr. Loftus Deacon

L'argent du vieux Cater

Sources.

Arthur MORRISON : Dorrington, détective marron (Dorrington Deed-Box – 1897. Traduction d’Albert Savine, revue et complétée par Jean-Daniel Brèque). Collection Baskerville N°35. Editions Rivière Blanche. Parution février 2017. 236 pages. 20,00€.

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23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 08:42

Mais ça, c'était avant. Maintenant c'est meurtre aux ampoules basse-consommation !

Gyles BRANDRETH : Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles

Tout comme Sherlock Holmes, dont la première aventure Une étude en rouge est parue deux ans auparavant, possédait son historiographe ami et confident en la personne du bon docteur Watson, Oscar Wilde est souvent accompagné de Robert Sherard, poète, romancier, écrivain et journaliste. Leur première rencontre ne prédisposait pourtant pas à ce qu'une amitié relie les deux hommes mais depuis ils se sont découvert une affinité sans faille.

Lorsque Wilde arrive en retard, ce qui n'est pas dans ses habitudes, ce soir-là à son club, l'Albemarle, c'est pour annoncer une bonne et une mauvaise nouvelles à son ami Robert Sherard, qui l'attendait stoïquement comme tout bon Anglais sait le faire lorsqu'il est inoccupé.

La bonne nouvelle, c’est qu’Oscar Wilde a rencontré l’après-midi même son éditeur et qu’il a fait la connaissance d’un médecin écossais installé à Southsea et romancier promis à un bel avenir, Arthur Conan Doyle. D’ailleurs le poète s’est entiché de Sherlock Holmes dont la première aventure, Une étude en rouge, a paru deux ans auparavant, en 1887.

La mauvaise nouvelle, c’est la découverte du cadavre d’un jeune homme dans un meublé où se rendait Wilde. Et il a eu la désagréable surprise de reconnaître en ce défunt assassiné un de ses amis, Billy Wood. Autour du corps étaient disposées des chandelles allumées, comme si le meurtre relevait d’un rituel.

Mais il est minuit, l’heure pour Oscar Wilde de rentrer chez lui, retrouver femme et enfants. Sherard lui est moins pressé, son épouse étant en voyage en France. Lorsqu’il sort du club, il aperçoit Wilde en compagnie d’une jeune femme au visage défiguré.

Le lendemain, 1er septembre 1889, les deux amis se retrouvent en compagnie d’Arthur Conan Doyle, et Wilde en profite pour démontrer qu’il possède des qualités d’observation et de déduction dont pourrait se targuer Sherlock Holmes, au grand ébahissement du médecin-écossais. Il narre sa découverte macabre de la veille, comment la porte de l’immeuble lui a été ouverte par une personne à laquelle il n’a guère prêté attention, puis s’est trouvé face au cadavre égorgé du jeune Billy Wood. Ils se rendent ensemble à l’endroit du drame, mais la pièce est vide, nettoyée, le parquet ciré fraîchement.

Wilde décide d’enquêter sur ce meurtre et de découvrir l’assassin et ses motivations. Conan Doyle et Sherard, qui possède un petit carnet qu’il trimballe en permanence, vont lui servir d’assistants. Heureusement Billy Wood lui avait fait quelques confidences, notamment qu’il était venu à Londres parce qu’il ne supportait plus l’ambiance familiale, en butte aux tracasseries et aux coups assenés par son oncle.

 

Wilde et Sherard se rendent à Broadstairs où il vivait et informent sa mère de la mauvaise nouvelle. Madame Wood, enceinte jeune, avait perdu son amant, gardien de phare, dans une noyade. Ils n’avaient pas eu le temps de se marier et le gamin n’avait pas connu son père. Le frère aîné du père à l’époque était au Canada, mais depuis il est rentré et impose sa loi dans Le Château, nom de la villa de madame Wood, un héritage de ses parents. Edward O’Donnell est un ivrogne au caractère belliqueux mais madame Wood est bien obligée de le supporter.

Munis de ces confessions, Wilde et Sherard regagnent la capitale pour continuer leur enquête. Une enquête en dents de scie, car le poète doit livrer à son éditeur un roman, Le portrait de Dorian Gray, et il est fort occupé. Quant à Sherard, il fait la connaissance d’une jeune femme dont il s’éprend, et comme sa femme est absente…

Seulement cette jeune femme n’est pas n’importe qui. Elle se nomme Veronica et est la fiancée de l’inspecteur Fraser du Yard. Fraser, qui, mit au courant du meurtre, n’engage pas de procédure n’ayant pas de cadavre à se mettre sous la main. C’est un ami de Doyle, qui a présenté le policier aux deux détectives en herbe.

Entre Veronica et Robert Sherard une amitié amoureuse s’établit sous les yeux de Fraser qui est occupé ailleurs. Et c’est dans cette atmosphère que Wilde et consorts vont résoudre cette énigme.

 

Un roman dont justement l’énigme se révèle classique, mais c’est tout ce qui entoure l’enquête qui importe. Sherard est le Watson de Wilde, lequel se pique de se montrer à la hauteur de Sherlock Holmes.

Personnages réels et de fiction se complètent ou s’affrontent, mais c’est surtout pour l’auteur, Gyles Brandreth, de montrer Oscar Wilde sous un jour différent de celui qui nous est présenté habituellement. Et si la fumée vous incommode, n’hésitez pas à ouvrir la fenêtre, car Oscar Wilde fume beaucoup de cigarettes mais pas la pipe. Et même s’il ne roule pas sur l’or, il n’hésite pas à inviter ses amis, à leur offrir des cadeaux, souvent des étuis à cigarettes avec leur nom gravé à l’intérieur, et à distribuer les pourboires avec munificence.

Les bons mots et les petites phrases ironiques ne manquent pas, pour preuves les quelques citations ci-dessous :

 

C’est une chose terrible que de voir son nom dans la presse, mais c’est plus terrible encore que de ne pas l’y voir.

Il n’y a pas de bon âge pour se marier, plaisanta Oscar. Le mariage est aussi démoralisant que les cigarettes, et bien plus coûteux.

Quand l’Angleterre sera une république, et que j’en serai l’empereur, cet animal – ma fidèle Rossinante – sera nommé sénateur. Il semble avoir toutes les qualités dont manquent nos législateurs actuels : travailleur, discret et conscient de ses limites !

Fumer une cigarette est l'exemple parfait d'un plaisir parfait, ne trouvez-vous pas ? C'est exquis tout en vous laissant sur votre faim.

Première parution 5 février 2009. 386 pages.

Première parution 5 février 2009. 386 pages.

Gyles BRANDRETH : Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles (Oscar Wilde and the Candlelight Murders – 2007. Traduction de Jean-Baptiste Dupin). Collection Grands détectives N°4194. Editions 10/18. Première parution 5 février 2009. 386 pages. Réimpression le 10 septembre 2013. 7,50€.

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