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7 novembre 2019 4 07 /11 /novembre /2019 05:03

Nos qualités se remarquent plus quand on est mort !

Béatrice NICODEME : La mort au doux visage.

Clouée sur son lit d’hôpital, Laure Favier, pharmacienne de son état, séparée de son mari âgé de trente ans de plus qu’elle, est dans l’incapacité de se rappeler les circonstances de l’accident dont elle est victime. Ce qu’elle déclare aux gendarmes.

Selon le conducteur de la voiture qui l’a heurtée, l’agent immobilier qui lui a vendu sa maison, elle marchait au milieu de la route. Débouchant d’un virage, il n’a pu l’éviter.

L’adjudant-chef Rémi Bechtel et son adjointe Fabienne Robin, ont une autre affaire sur les bras : la disparition du jeune Jan Dobry, dix ans. Quittant précipitamment ses copains de jeux, il était parti en vélo. Sa mère inquiète avait téléphoné chez Laure, chez qui elle effectue des heures de ménage. Selon des témoins, Jan se serait dirigé à vélo vers la maison de Laure.

La jeune femme est en proie à des cauchemars mettant en scène ses parents, son père décédé quelques mois auparavant, ou sa jeune sœur avec laquelle elle s’est brouillée. Célibataire, Laetitia lui avait annoncé qu’elle attendait un enfant alors que Laure lui reprochait ses trop nombreuses frasques.

A sa sortie de l’hôpital, Laure découvre le cadavre de sa sœur dans sa maison. La mémoire lui revient soudain en partie : elle avait trouvé le corps de Laetitia, vision qui l’avait profondément choquée, provoquée son amnésie et l’accident.

Le corps du petit Jan est lui découvert dans la forêt, le jour de l’enterrement de Laetitia, dans une cabane abandonnée. Il y a été déposé après les recherches des gendarmes, avec dans les mains des brins de bruyère blanche de la même espèce que celle poussant dans le jardin de Laure. Son visage a été enduit de poudre de riz et Bechtel trouve près du cadavre un poudrier ayant appartenu à la jeune femme.

Si les soupçons des gendarmes se focalisent sur Laure, ils n’en dédaignent pas moins ses proches : son amie Estelle et son compagnon Jefferson, libraire, Claude son mari qui fut proche de son père, Me Billy un avocat réputé, les employés de la pharmacie et l’agent immobilier.

 

Ce titre La mort au doux visage, que l’on croirait emprunté à un roman de la collection Harlequin ou à un ouvrage de M.H. Clark, n’est cependant pas usurpé car tous les protagonistes, du moins les défunts, possèdent un visage quasi angélique, même Jan, le petit garçon.

Et c’est bien l’enfance qui prévaut dans ce livre : les morts certes, mais également l’origine des drames vécus par Laure qui engendrent des cauchemars dans lesquels se mélangent réel et virtuel, l’annonce de la grossesse de Laetitia, sans oublier l’assassin et les personnages secondaires qui tous ont subi des traumatismes durant leur prime enfance ou le début de leur adolescence.

Le gendarme Bechtel lui non plus n’est pas épargné car sa première femme est retournée au Brésil emmenant leur enfant, et sa nouvelle compagne refuse d’être enceinte pour des raisons qui lui sont propres.

Et si l’identité du coupable intervient un peu comme un cheveu sur la soupe, l’intérêt du livre réside sur la résurgence des drames du passé, et sur la faculté des personnages à s’en accommoder. Les rapports entre Bechtel et son adjointe Fabienne sont assez savoureux et apportent une petite note d’humour.

 

Réédition J’ai Lu N°7314. Parution 1er juin 2004. 510 pages.

Réédition J’ai Lu N°7314. Parution 1er juin 2004. 510 pages.

Béatrice NICODEME : La mort au doux visage. Le Masque Moyen format. Parution 15 octobre 2002. 448 pages.

ISBN : 978-2702479537

Réédition J’ai Lu N°7314. Parution 1er juin 2004. 510 pages.

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9 octobre 2019 3 09 /10 /octobre /2019 04:20

Est-elle grande ouverte ?

Saül BERGMAN : La porte de l’Enfer.

Après de longues années passées à se battre sur tous les fronts, Henri Meynard revient au pays, dans un quartier de Metz promis à la démolition. Il se fait appeler Jean Abbadôn, du nom de l’ange exterminateur de l’Apocalypse.

Sa mère a été assassinée quelques années auparavant, un soir de Noël, et son agresseur n’a jamais été retrouvé. Parfois elle ressentait des besoins charnels qu’elle satisfaisait avec l’un des clients du café du Sablon. Une passade qui n’engageait qu’elle puisque le géniteur de Jean alias Henri s’était volatilisé avant sa naissance. Mais le gamin se sentait frustré ces soirs là, pourtant sa mère ne l’abandonnait que quelques heures.

Il s’installe dans la maison qu’habitaient ses grands-parents et traîne dans le quartier, à la recherche d’il ne sait trop quoi. Il ne vient pas se venger, ni retrouver le meurtrier, du moins c’est ce qu’il annonce au père Rémi, le vieil épicier. Il veut tout simplement retrouver une partie de son enfance, s’imprégner d’une atmosphère, celle des jours heureux avant que la maison de ses grands-parents soit détruite.

Mais d’anciennes connaissances meurent dans des conditions mystérieuses et pourtant ces décès semblent naturels. Jean s’éprend d’une jeune journaliste stagiaire, Alicia, qui ressemble à sa mère. Parfois il est en proie à d’étranges crises, souvenirs terribles de combats, de sauvetage, ou alors il perçoit des prémonitions funestes.

 

Teinté de fantastique, ce roman décrit avec force la solitude ressentie par un homme à la recherche de son passé. Ce ne sont pas tant les souvenirs qu’il souhaite retrouver, mais une présence, un visage, des lieux, des repères.

Le prénom d’Alicia n’est pas choisi par hasard, du moins me semble-t-il, car Jean est comme devant un miroir, mais le franchira-t-il ?

J’allais ajouter que c’est aussi le roman de la… mais je m’abstiens car ce serait donner trop d’indices au lecteur pour qui du coup l’épilogue ne revêtirait pas le même charme et lui ôterait une grande partie du plaisir de la lecture.

Saül Bergman n’est autre que le pseudonyme de Paul Couturiau qui a obtenu en 1993 le Grand Prix de Littérature Policière pour Boulevard des Ombres (éditions du Rocher), le prix des Maisons de la Presse en 2002 pour Le Paravent de soie rouge (Presses de la Cité) et qui est également traducteur de romans américains comme Longue est la nuit de Bill Pronzini (éditions du Rocher).

Paul Couturiau, pardon Saül Bergman, nous livre un excellent roman, à multiples facettes, étayant son propos par de nombreuses citations de l’Apocalypse. Afin de mieux enfoncer le clou, si j’ose dire, mais sans pour cela écrire un ouvrage à la gloire de la Bible. Ce ne sont que des illustrations, des citations comme d’autres.

 

Saül BERGMAN : La porte de l’Enfer. Editions du Rocher. Parution 13 février 2003. 230 pages.

ISBN : 978-2268044781

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4 octobre 2019 5 04 /10 /octobre /2019 07:49

Sous le nom de Carter Dickson se cachait le génial John Dickson Carr. Mais il faut avouer que, parfois, il abusait du blabla, Carr !

Carter DICKSON : Arsenic et Boutons de manchette

Ce n’était pas le jour, pourtant Sir Henry Merrivale n’hésite pas à appeler Blake pour lui confier une mission urgente, secrète, périlleuse.

Et Blake se doit d’obtempérer, alors que son mariage avec Evelyn est prévu pour le lendemain en fin de matinée. Alors il part pour le Devon où se trouve déjà H.M. et il doit cambrioler le logis d’un certain Hogenauer qui est momentanément absent. Sa mission, qu’il accepte, est de s’emparer d’une lettre mystérieuse détenue dans un coffre et remettre la missive à H.M. et au colonel Charters, un ancien collaborateur de Sir Henry et qui est commissaire principal dans le Devon.

Hogenauer est un personnage trouble, chimiste, expert en cryptographie, titulaire d’une chaire de physiologie, ancien agent de renseignement durant la Première guerre mondiale et d’origine allemande.

Il fut en contact avec un mystérieux L., défini comme une espèce de courtier international en secrets d’état, mais il semblerait que ce personnage vient de faire sa réapparition. Hogenauer est en manque d’argent pour ses expériences et il désire révéler l’identité de L. contre rétribution financière.

Observé par un policier, celui-ci aurait aperçu Hogenauer seul et immobile dans son bureau plongé dans l’obscurité tandis que des étincelles lumineuses dansaient devant ses yeux. De plus le savant entretient des relations étroites avec Keppel, un de ses compatriotes professeur de physique à l’Université de Bristol.

Blake est donc chargé de s’emparer d’une lettre mystérieuse détenue dans un coffre chez Hogenauer, en profitant de l’absence de celui-ci. Seulement Blake, qui se déplace à bord d’un véhicule, est arrêté par la police, dénoncé pour une plainte de vol par H.M. et le Colonel. Débutent alors les tribulations nocturnes de Blake qui parvient à s’échapper de la geôle où il est enfermé en « empruntant » les vêtements d’un policier.

Lorsqu’il arrive dans la villa d’Hogenauer, c’est pour découvrir l’homme mort, un fez sur la tête, empoisonné à la strychnine. Selon un domestique les meubles de la pièce ont été chamboulés. Et sur le bureau du défunt Blake remarque quatre boutons de manchettes entortillés sur un bout de ficelle. Sur un buvard, des traces d’encre révèlent que le cadavre aurait écrit auparavant une lettre à quelqu’un qu’il nomme Excellence.

Dans la foulée, Blake se rend à Bristol et découvre dans la chambre d’hôtel de Keppel un cadavre qu’il pense être Hogenauer et qui lui aussi porte un fez sur la tête. L’enquête ne fait que débuter et Blake est bientôt rejoint par Evelyn qui participe elle aussi aux recherches.

 

Une aventure totalement débridée qui se déroule durant toute une nuit et qui verra nos deux agents, Blake et Evelyn, parcourir de nombreux kilomètres pour effectuer leur enquête et résoudre cette affaire particulièrement mystérieuse.

Mystère en chambre close, ou presque, et deux cadavres sur les bras, voilà de quoi alimenter une intrigue tortueuse qui emprunte également au roman d’espionnage.

Mais il est difficile de suivre dans ses nombreux déplacements, des allers-retours en voiture et en train, qui de nos jours seraient guère réalisables. Le temps imparti à chaque épisode semble long et pourtant cela doit être possible, selon l’auteur. Mais il est vrai qu’à cette époque, les trains de nuit roulaient encore, qu’il n’y avait pas de limitation de vitesse, même si les voitures étaient moins performantes.

Arsenic et boutons de manchettes est, pour moi, un bon roman ingénieux mais qui n’atteint pas, toujours selon moi, l’intensité de certains romans de John Dickson Carr. Pourtant ce roman est considéré comme l’une des réussites majeures de l’auteur du Sphinx endormi ou de La Chambre ardente. Peut-être parce que le laps de temps écoulé durant tous les événements me parait un peu trop compressé. Mais il se dégage toutefois un certain humour.

L’affirmation, sur Wikimachin, que la réédition au Masque jaune est une version complète, est totalement erronée puisqu’il s’agit de la même que celle de la collection L’Enigme. D’ailleurs il s’agit du même traducteur. La différence de pages se justifie uniquement par la taille de la police de caractère et du format quelque peu différent des deux ouvrages.

 

Carter DICKSON : Arsenic et Boutons de manchette (The Magic Lantern Murders – 1936. Traduction de Benoît–Fleury). Collection l’Enigme. Editions Hachette. Parution novembre 1950. 256 pages.

Réédition : Le Masque Jaune N°1976. Parution novembre 1989. 288 pages.

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24 septembre 2019 2 24 /09 /septembre /2019 04:10

D’accord, mais par qui ?

René ERBE : Le crime est signé.

Depuis leur création, les Galeries Rivoli n’ont pas changé leur politique commerciale. Seulement, au risque de déplaire à leur clientèle, âgée le plus souvent, le conseil d’administration se résout à accepter et mettre en œuvre les propositions Raoul Déchaux, le conseil en publicité.

Chassagny, l’administrateur délégué depuis 1888, soit plus de trente ans d’exercice, se soumet, non sans rechigner, à remplacer le gaz par l’électricité, à installer des ascenseurs, des machines à calculer. A adopter le modernisme dont se sont déjà inspirés ses concurrents. Car la courbe des ventes dégringole dangereusement, et si un sursaut n’est pas envisagé, c’est la fin des Galeries Rivoli.

Dessinateur en publicité, Alain Ménard est reçu par Charmont, le chef de la publicité des Galeries Rivoli, un ami intime. Ils discutent de l’innovation sensationnelle qui devrait redonner du lustre à ce grand magasin. Une collection d’été, quatre-vingts modèles présentés par les plus élégants mannequins de Paris, dans une ambiance musicale sous le patronage d’un orchestre de jazz dirigé par Fred Sparton, est organisée. Une salle de spectacle a été édifiée à l’intérieur du hall central, avec un immense écran blanc dressé pour la projection des décors, une passerelle suspendue permettant aux mannequins de défiler en sortant des pièces aménagées. Le début de la représentation est imminent.

Un premier incident se produit lorsque les clichés qui devaient être projetés sont retrouvés brisés. Soudain, l’assistant de Charmont leur apprend qu’un meurtre perpétré dans la cabine des mannequins vient d’être découvert. C’était la pause, et seule Raymonde Rouleau ne s’était pas jointe à ses collègues pour se rafraîchir durant l’entracte. Ils croisent Michel de Lapelle, le directeur général, tandis que Mareuil, le chef de la police privée du magasin, les rejoint. Raymonde est affalée sur sa table de maquillage, qui sert aussi de table de démaquillage, un poignard dans le dos. Dans la pièce attenante, la chef habilleuse qui reprise une robe légèrement déchirée, et la femme de ménage, chargée de nettoyer entre les deux représentations, n’ont rien vu. Elles ont juste entendu un petit cri, puis un bruit sourd et une sorte de roulement. C’est la technicienne de surface, qui n’était pas ainsi dénommée à l’époque, qui a découvert le corps.

Alain Ménard est intrigué, et se sent pousser une vocation de détective. D’ailleurs il a l’intention d’ouvrir une agence, mais pour cela il lui faut trouver assez d’argent pour réaliser son entreprise. Quelques soupçons se portent sur Lapelle, qu’il a croisé, mais également sur Fred Sparton, le chef d’orchestre, qui avait rendu visite à Raymonde peu avant. Ils étaient fiancés mais ils ne s’aimaient pas. Pas assez pour se marier, du moins c’est se qui ressort de l’entretien qu’Alain Ménard et son ami Charmont ont avec lui, en compagnie du commissaire de police arrivé sur les entrefaites. Un nouveau personnage s’immisce dans l’enquête, Louvel, l’un des plus anciens clients des Galeries Rivoli, qui durant des années fut détective privé d’une banque importe en Extrême-Orient, et qui parfois aide Mareuil de ses judicieux conseils. Il s’est reconverti comme romancier de littérature policière.

 

Une enquête classique, avec de petits indices placés ça et là, surtout à l’attention de Ménard qui découvre une petite boule de poussière, un mouton, alors que le ménage venait d’être fait.

Mais ce qui ressort principalement de ce roman, ce sont les antagonismes entre anciens et modernes dans la conception de la vente et de l’agencement des magasins.

Pour ne pas avoir voulu évoluer, le responsable des Galeries Rivoli (une enseigne qui ne manquera pas de raviver des souvenirs) se trouve confronté au dilemme d’une régression des ventes. Et lorsqu’il envisage des transformations, c’est le conseil d’administration et les anciens clients qui poussent les hauts cris.

Même si l’on ne peut admettre le modernisme à tout prix, il faut bien avouer que des transformations sont parfois nécessaires, ne serait-ce que pour appâter le chaland.

 

Les habitudes font partie des choses que les gens défendent avec le plus d’âpreté et d’est légitime, répondit en souriant monsieur Louvel. A partir d’un certain âge, on ne conçoit même plus la possibilité d’en changer. Ce qui explique l’obstination farouche que mettent certains vieillards à ne rien modifier aux détails souvent les plus futiles de leur existence.

 

La technique du roman policier demeure toujours identique à elle-même : recommencer l’histoire à l’envers en essayant de camoufler l’assassin.

René ERBE : Le crime est signé. Collection du Dragon vert. Editions Littéraires et Artistiques. Parution 1945. 48 Pages.

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18 septembre 2019 3 18 /09 /septembre /2019 04:02

Le roman aussi m’allait, bien…

Jean NORMAND : Le couteau malais.

Un homme à la mer, aurait pu s’exclamer le marinier, s’il ne s’était pas trouvé près du Pont de Charenton. En effet, le brave homme qui vit sur la Seine depuis des années vient d’apercevoir un cadavre flottant entre deux eaux.

Il repêche le noyé qui après auscultation du médecin légiste s’avère avoir été tué d’un coup de couteau en plein cœur. Et pas n’importe quel couteau car il reste un débris de la lame dans la plaie, un petit morceau de bois. Nul doute qu’il s’agit là d’un reliquat d’un couteau malais fabriqué dans une essence très dure.

Comme le cadavre ne possède pas ses papiers sur lui (ce qui est une infraction en regard de la loi), la photo du défunt est publiée dans les journaux sur les judicieux conseils de l’inspecteur Mouret. Un cafetier de Chambry, en Seine et Marne, reconnait en l’homme un certain Maurice Froger, tandis que quelques heures plus tard c’est un bijoutier parisien, Rosendal, Hollandais de naissance, qui affirme que le noyé était un courtier en pierres précieuses du nom de Von Zollen, demeurant à Auteuil.

Après vérifications, les deux hommes ne font qu’un. L’inspecteur Mouret se rend aux bureaux de Von Zollen où il est accueilli par le caissier, un homme déjà assez âgé nommé Fageot. Le coffre contient un lot de perles acheté récemment par Van Zollen. Le policier découvre également des cartes-lettres adressées à Maurice Froger, à Chambry, et signées Soriana. Bizarre car cette Soriana est le nom d’une femme qui devait rencontrer le bijoutier à Chambry, d’après le cafetier. Et un expert affirme que les perles sont fausses !

 

Alors l'inspecteur Mouret décide de prendre le taureau par les cornes et de suivre Fageot à la sortie du bureau. L’homme remet discrètement un papier à une marchande de journaux, dont le visage à moitié caché par un voile noir usagé est le reflet de la boisson et de la misère. Changement de programme pour Mouret qui suit cette vieille femme lorsqu’elle emprunte le métro, puis s’engage dans des rues mal éclairées de la Porte de la Chapelle et entre dans un troquet. Mouret est obligé de s’attabler devant un pichet de piquette, attendant que cette marchande de journaux reprenne son parcours ou rencontre quelqu’un. A un certain moment, le gargotier indique en morse, tapant sur le comptoir avec des pièces de monnaie, qu’il n’y a aucun danger. Aussitôt la vieille femme sort mais dépité Mouret ne peut que constater son échec. Une voiture passe, la femme s’engouffre dedans et au revoir la compagnie.

Un peu plus tard, Mouret reçoit un message d’Amsterdam lui signifiant qu’un receleur de pierres précieuses doit arriver en France. Un nommé Daken, bien connu des services de police mais qui n’a jamais pu être confondu pour ses forfaits.

 

Si l’inspecteur Mouret est un policier, il se conduit tel un détective privé, n’hésitant pas à se grimer et à se déguiser afin de passer inaperçu auprès de ceux qu’il file.

Sur une trame un peu convenue, le vol de pierres précieuses, Jean Normand offre toutefois un épilogue intéressant dont l’origine remonte aux Îles de la Sonde.

Une intrigue simple, comme ne pouvaient qu’en écrire les romanciers de l’époque dans ces petits fascicules de 32 pages, mais assez riche en épisodes mouvementés et possédant un fond d’exotisme.

Jean Normand, de son véritable patronyme Raoul Antoni Lematte, est né à Cherbourg le 9 février 1885 et décédé à Corbeil le 28 juillet 1956. Il a écrit de nombreux romans relevant de la littérature populaire, romans d’aventures maritimes et exotiques le plus souvent pour les éditions Ferenczi. Il a également signé sous les pseudonymes de Fernand Petit et Francis Lienart.

Jean NORMAND : Le couteau malais.

Jean NORMAND : Le couteau malais. Editions CPE Police. Sans date. 32 pages.

Autre édition : Le couteau malais signé Fernand Petit. Collection Police Express N°6. Editions A.B.C. 1941.

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12 septembre 2019 4 12 /09 /septembre /2019 04:42

Trois fois porte-bonheur ou trois fois porte-malheur ?

Rodolphe BRINGER : Les trois 13.

Dans le car qui effectue la navette entre Taulignan et la petite gare de Chamaret, un seul voyageur qui semble dormir. Crin-crin, le chauffeur décide de le réveiller mais peine perdue. L’homme ne sortira pas de son sommeil, puisqu’il est mort, atteint d’une balle d’arme à feu qui s’est glissée jusque dans sa carotide.

Aussitôt Crin-Crin interpelle les trois hommes présents. Le chef de gare, Régis, son homme d’équipe, et le docteur Bégloud-Font, qui n’exerce pas sa profession étant assez riche pour vivre de ses rentes dans un château non loin. Il était venu afin de récupérer un paquet. Ils procèdent aux premières vérifications en attendant l’arrivée des gendarmes de Grignan. Mais le train de Nyons arrive en gare et les employés de la ligne ferroviaire doivent vaquer à leurs occupations premières.

Si l’individu qui git sur la banquette possède bien quelques babioles dans ses poches, dont un couteau d’origine indienne servant à prélever les scalps, ses papiers d’identité sont manquants.

Le parquet est immédiatement prévenu et les résultats de leur confrontation abondent dans le sens des gendarmes. Quelqu’un aurait tiré de l’extérieur, probablement lorsque le car avait emprunté une longue ligne droite dans les bois, parmi les truffières. Une fenêtre ouverte derrière l’homme, et le bruit de ferraille du car, empêchant le chauffeur de distinguer quoi que ce soit.

Alors que le Parquet déblatère, le juge, le substitut du procureur et son greffier, en compagnie du brigadier, un gendarme fait irruption annonçant le décès de monsieur Jéphe. C’est sa femme de ménage qui l’a découvert, étalé dans le couloir, un couteau planté dans le cœur. Ce monsieur Jéphe, installé dans la commune depuis quelques années, n’était guère causant mais toujours aimable avec les habitants.

Or selon l’hôtelier, l’inconnu du car s’était installé la veille dans une chambre de l’hôtel de Sévigné, avait rencontré monsieur Jéphe, puis était reparti. Il se nommerait, d’après le registre, Tom Wiking, et serait Américain. Voici un point d’éclairci. Mais il reste encore bien des zones d’ombre. Alors il est fait appel au commissaire Rosic, de la Police Judiciaire de Lyon.

Un début de piste se précise lorsque le commissaire Rosic, arrivé sur les entrefaites, est informé par le postier que le soir du drame du car, juste après la levée du courrier, monsieur Jéphe avait posté une lettre à un certain Lagodille à Paris.

Monsieur Jéphe avait une nièce mariée à un romancier célèbre œuvrant dans la littérature policière, Jean Méjean. Le couple est prévenu et comme de toute façon, Jean Méjean et sa femme devaient passer leurs vacances sur place, ils ne sont pas longtemps à arriver à Grignan. Or Jean Méjean décide d’enquêter sur l’assassinat de son oncle et tant qu’à faire sur celui de l’Américain.

Mais bientôt, au bout de quelques jours quand même, ne précipitons pas les événements, un nouvel assassinat est perpétré. Une légitime défense selon monsieur Bégloud-Font, car un individu qui tentait de s’introduire chez lui a été abattu par son valet, Melchior. L’indélicat personnage aurait tiré deux coups de feu envers Melchior qui a riposté, faisant mouche du premier coup. Pauvre Melchior, mutilé de guerre qui ne peut parler, la langue coupée par une balle qui n’était pas perdue lors de la Grande Guerre.

 

Qui du policier ou de l’écrivain parviendra à résoudre cette énigme ? S’engage entre les deux hommes une partie d’échecs, l’un possédant son expérience de policier, l’autre celui de romancier de littérature policière.

Je suppose M. Méjean, que vous venez m’apporter le concours de vos lumières, car nous travaillons, en somme dans la même partie, et nous sommes des façons de confrères.

Pourtant le romancier se défend de s’immiscer dans l’enquête, au départ, car par la suite il établira des déductions qui ne sont pas conformes avec celles du policier.

Non, certes, dans mes nombreux romans, j’ai mis en scène une ( !) assez grand nombre de policiers, tous évidemment géniaux. Mais si mes lecteurs s’y trompent, empêchés de réfléchir par l’entraînement d’un récit plus ou moins passionnant, moi, je ne puis me faire d’illusions, et je sais combien, en somme, ma tâche est facile et combien il m’est aisé de faire croire aux rarissimes qualités de mes détectives. Car, lorsque j’écris un roman, le crime dont il s’agit de dégager l’inconnu m’est connu dans les moindres détails, puisque c’est moi qui l’ai inventé, et dès lors, mon policier a toutes les facilités d’en déduire les phases, et tout mon talent consiste à l’empêcher de résoudre trop rapidement l’énigme posée.

Une profession de foi lucide, de la part du romancier qui ne peut être que l’auteur. Pourtant, un peu plus tard, il déclare à sa femme :

J’ai tellement débrouillé, en ma vie, des énigmes embrouillées dont j’avais, d’ailleurs, moi-même mélangé les fils, que je serais curieux de savoir si je serais à même d’élucider un problème dont je n’aurais pas moi-même posé les données !

 

Au cours de l’intrigue, Rodolphe Bringer revient plus ou moins longuement sur les antécédents de Jean Méjean, afin de mieux installer son personnage de romancier, et, vers la fin, le lecteur est tout aussi bien dans un roman policier que dans un roman d’aventures, car il faut se plonger dans le passé des différents protagonistes afin de connaître leurs motivations et expliquer le pourquoi du titre, qui au premier abord est assez énigmatique mais trouve son explication en fin de récit, une explication un peu tirée par les cheveux mais qui n’entache en rien la qualité de l’intrigue.

L’écriture est agréable, plaisante, et les dialogues sont souvent écrits comme s’il s’agissait de répliques de cinéma.

 

Roman posthume, à moins qu’il s’agisse d’une réédition non signalée, Les trois 13 s’inscrit à une époque de l’entre-deux guerre. Et le docteur de Grignan, s’appelle soit Barbier, soit Bernier, soit Cervier. Ce qui suppose une non-relecture de la part de Rodolphe Bringer.

 

Rodolphe BRINGER : Les trois 13. Roman policier. Editions Laclau. Parution 4e trimestre 1946. 158 pages.

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13 août 2019 2 13 /08 /août /2019 04:13

Un faux roman d’énigme britannique mais une franche rigolade à la française.

Margaret RING : Fatale party chez le prince.

Wickson, le gardien des réserves de meubles, découvre le corps d’Anny Yall, une call-girl, dans les greniers de Buckingham.

L'inspecteur John Smith, alias Buckingham, mène son enquête auprès des différents protagonistes ayant eu un rapport plus ou moins lointain avec cette hétaïre.

En premier le Prince Andrew qui utilise le grenier possédant un accès direct avec ses appartements pour développer ses photos et avait organisé une petite réunion débridée. Ensuite avec Mrs Bostwell, l'entremetteuse dont dépendait Anny, Laura Winter son assistante, Jack Red le souteneur qui était son amant de cœur, le vicomte Brashmore qui l'avait présentée au Prince, Samantha Dickson autre call-girl, Ted Darmon le photographe qui avait développé la pellicule de photos prises par Anny aux fins de chantage envers les participants de cette petite réunion, Jim Fowlett l'ami garde du corps du Prince, ou encore Sabrina de Conway issue d'une riche famille du royaume et qui avait participé aux dernières parties.

En effet les photos incriminées représentaient le Prince et ses amis dans des tenues jugées par Buckingham assez scabreuses. Anny réclamait 50000£, mais ni le Prince, ni ses amis ne possédaient cette somme. Jim Fowlett avait offert à l'hétaïre la moitié de la somme réclamée mais elle avait gardé par devers elle les photographies.

C'est ce qu'il explique à Buckingham lorsque Phil Closter, un homosexuel employé au Palais, trouble l'entretien en jurant que son ami Fowlett est innocent. Il fréquente une boîte gay dirigée par Jack Red. Buckingham s'y rend, aperçoit Laura Winter, et fait la connaissance d'Ernie, un prostitué ayant un penchant pour Closter, lequel est assassiné.

 

Une histoire simplette, agréable à lire, sans grande prétention mais qui fait passer le temps avec une certaine bonne humeur surtout lorsque l'auteur égratigne le Prince Andrew et ses amours en déliquescence avec Sarah Ferguson. Le style de roman sans message qu'apprécient bon nombre de lecteurs occasionnels de romans policiers.

Sous le pseudonyme iconoclaste de Margaret Ring, se cachait l’écrivain Philippe de Baleine, journaliste et romancier dont le véritable patronyme était Philippe de Jonas, né le 27 septembre 1921 et décédé le 7 juin 2018.

Vingt quatre romans sont consacrés au personnage de ’inspecteur Buckingham dont les enquêtes se déroulent toutes avec comme personnages des membres de la famille royale britannique.

Réédition : collection L’inspecteur Buckingham N°5. Editions GDV. Parution 1er septembre 1995.

Réédition : collection L’inspecteur Buckingham N°5. Editions GDV. Parution 1er septembre 1995.

Margaret RING : Fatale party chez le prince. (The Prince's Fatal Party. Traduction de Philip Whale). Collection L'inspecteur Buckingham. Editions du Rocher. Parution 23 février 1995. 166 pages.

ISBN : 978-2268019475

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22 juillet 2019 1 22 /07 /juillet /2019 04:12

Nous les amoureux
On voudrait nous séparer…

Alain GANDY : Un suicide sans préméditation.

Le docteur François Bousquet, après des études à Paris et s’être marié, revient à Villefranche-de-Rouergue, reprenant le cabinet paternel. Sa femme veut tout régenter, et le force à renvoyer la secrétaire qui officiait déjà du temps de Bousquet père. Seulement, entre Suzanne Esquenoux et François Bousquet se sont établies des relations plus qu’amicales.

La jeune fille prolongée élevée chez les sœurs a trouvé le complément charnel qui lui manquait, lui le supplément affectif que sa femme lui refusait. Un soir, rendant visite à sa maîtresse exilée dans un petit village, il la découvre pendue. Affolé il demande conseil à Joseph Combes, gendarme à la retraite qui, pour occuper son temps libre, a créé son officine de détective privé. Combes se rend sur place en compagnie du toubib pour constater que le corps a été décroché.

En fouinant, Combes trouve des lettres anonymes accusant le docteur d’entretenir des relations coupables avec la femme d’un agent immobilier. Or le suicide n’est guère probant, quelques indices laissent supposer une mise en scène. Combes subtilise les lettres et ensuite doit marcher sur des œufs car le chef Casterrat, un jeune gendarme guindé, est prêt à imputer le meurtre à Bousquet. Heureusement Combes se voit confier officiellement l’enquête par le juge Massac, un vieil ami.

Comme les enfants sont en congés chez leur grand-mère, Combes et sa femme Claire, toujours de bon conseil, mettent les pieds dans le plat. Combes, perquisitionnant une nouvelle fois chez Suzanne, est agressé par deux hommes et blessé. L’un de ses deux assaillants, qui n’est autre que le cousin despote de Suzanne, est retrouvé mort.

 

Alain Gandy, sobrement mais avec efficacité nous emmène à la découverte de Villefranche-de-Rouergue et de ses environs, analysant sans complaisance une bourgeoisie provinciale qui n’est pas exempte de fourberie.

Mais il n’épargne pas non plus ceux qui, sous couvert d’aider les enquêteurs, sont toujours à l’affût des commérages. Un roman sociologique qui se lit avec plaisir et l’on ne pourra s’empêcher de penser à Exbrayat et ses romans provinciaux et régionalistes.

 

Alain GANDY : Un suicide sans préméditation. Collection Terre de France, production Janine Balland. Editions Presses de la Cité. Parution le 20 janvier 2005. 288 pages.

ISBN : 978-2258064522

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25 juin 2019 2 25 /06 /juin /2019 04:52

Bâtard est souvent meilleur fils

que l'enfant légitime.

Euripide.

Hubert de MAXIMY : Le bâtard du Bois noir.

Bénéficiant d’une permission de cinq jours, le jeune lieutenant Marius Malaguet revient au pays quatre ans après son départ pour le front.

Le pays, c’est Pontempeyrat, près de Craponne-sur-Arzon en Haute-Loire, où Marius a vécu durant dix-neuf ans, avant de tout quitter pour s’engager pour la guerre qui venait de débuter. Dans le train qui le ramène pour quelques jours, il revoit son enfance défiler dans son esprit comme le paysage derrière la vitre. Des bouffées de souvenirs qui se mélangent quelque peu, mêlant passé lointain issu de sa jeunesse et les années qui viennent de se dérouler sur le front, et peut-être une anticipation de ce qui l’attend revenu au village.

Comment un jour, alors qu’il n’avait que cinq ans, il s’était enfui de la ferme où sa mère était employée comme servante et où ils vivaient en compagnie de l’agriculteur qui les logeait et les nourrissait, pour une taloche de trop. Comment il avait fait la connaissance du Gallu, dit aussi le Vieux. Un colosse, un homme des bois, au passé énigmatique.

Puis plus tard lorsqu’à l’école, il n’avait pas de camarades, et fut affublé du surnom de Bastardou. Ce qui ne l’avait pas empêché de poursuivre ses études pour travailler par la suite aux Eaux et Forêts. Jusqu’à ce jour où par des insinuations, alors que sa mère n’avait jamais rien dévoilé de sa conception, il avait cru comprendre que son père n’était autre que le paysan chez qui ils vivaient.

Et alors qu’avec Jeanne, la jolie fille du fermier, dont la mère était décédée à sa naissance, il pensait pouvoir se marier, les projets tombent à l’eau. Il a toujours connu Jeanne et leur affection s’était peu à peu muée en amour. Mais le secret de sa naissance l’oblige à rompre un contrat moral, et il s’engage dans l’armée.

Quelques années plus tard, alors qu’il est sous-lieutenant, il a une algarade avec des gendarmes. Ceux-ci ne vont pas au front et se montrent arrogants. Comme d’habitude. Alors, il est nommé lieutenant, une fausse promotion qui cache une sanction. Il se retrouve à la tête d’un régiment de bagnards, des têtes brûlées. Une sanction disciplinaire.

Mais il parvient à s’attirer leur sympathie et une espèce de dévouement que n’auraient sûrement pas obtenu d’autres officiers. Surtout avec l’adjudant Johannes Alayel, un presque pays avec lequel il s’entretient de temps à autre en patois. Et le passé des forçats, peu lui chaut. Il n’exige que discipline, afin de préserver la vie des hommes qui sont sous son commandement.

Mais en ce mois d’août 1918, les choses ont bien changé. Jeanne s’est mariée avec celui qui fut son tourmenteur à l’école. Et Marius repart avec des bleus à l’âme pour le front, se demandant quand et comment cette guerre finira. Si elle finira un jour. Et dans les tranchées, les bellicistes jouent à saute-mouton, reprenant le terrain perdu la veille.

 

En ce temps là, être fille-mère n’était pas bien vu par les bonnes âmes pensantes, et le nom du géniteur était bien gardé, ce qui entraînait souvent des suspicions, des rumeurs, des doutes, des suppositions souvent erronées. Et cela jetait l’opprobre aussi bien sur la mère fautive que sur l’enfant.

Et si les deux avaient la chance d’être recueillis, souvent ce n’était pas dans un but désintéressé. Le jeune Marius en subit les conséquences et il est obligé de travailler à la ferme comme un forçat, tout en suivant des études qui devraient lui permettre de s’extirper de sa condition d’adolescent au père inconnu. Mais tout au long de sa jeunesse puis plus tard, il trouvera en la personne de Gallu une aide et un réconfort appréciables. Des conseils avisés également, et le Vieux lui transmettra l’amour de la nature. Jusqu’au jour où il suppose que son géniteur ne pourrait être qu’autre que le fermier.

Brisé son rêve de devenir fonctionnaire et surtout d’unir sa vie avec Jeanne qui devient de fait sa sœur, ou demi-sœur. Mais les liens du sang ne pourraient aboutir qu’à un inceste. Alors c’est le départ pour le front. Il sait, ou il croit, qu’il n’a plus rien à perdre.

Ce roman aborde également les horreurs de la guerre, et un épisode moins connu, celui de l’enrôlement forcé des forçats de Cayenne afin d’être en pointe sur les tranchées de Craonne ou autres.

Une ambiance double dans ce roman qui aborde la vie à la campagne dans une atmosphère plus ou moins pastorale, bucolique, et les affres de la guerre qui n’épargne personne mais permet de se forger de solides amitiés. Et dévoiler par la même occasion des secrets de famille.

Un roman puissant ancré dans le passé plus ou moins proche traité avec pudeur et qui recèle de nombreuses surprises, surtout vers la fin.

Réédition collection Terre de Poche. Editions de Borée.

Réédition collection Terre de Poche. Editions de Borée.

Hubert de MAXIMY : Le bâtard du Bois noir. Editions de l’Archipel. Parution le 4 juin 2008. 264 pages.

ISBN : 978-2809800586

Réédition collection Terre de Poche. Editions de Borée. Parution le 11 juin 2010. 7,60€.

ISBN : 978-2812900419

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22 juin 2019 6 22 /06 /juin /2019 04:54

Cruciverbistes, vous êtes prévenus !

Léon GROC : La grille qui tue et autres romans.

Chargé de mission dans le Nord canadien par la société française de Géographie, Marc Morènes, Français d’à peine trente ans, docteur es-lettres à la Faculté de Paris, sort de cette sorte de léthargie provoquée par un somnifère. Il reprend péniblement ses esprits et se rend compte que son guide, un Indien d’Amérique du Nord, l’a laissé seul dans la neige, lui laissant uniquement son sac de couchage et les précieuses notes recueillies au cours de son périple.

La neige alentour ne lui offre aucun repère et il se fie à la position du soleil pour regagner un lieu civilisé d’où il pourra rejoindre Québec. Il se rend bientôt compte qu’il tourne en rond. Alors qu’il arrive près d’un bosquet qu’il a déjà côtoyé auparavant, il entend des détonations. Il se précipite et parvient à mettre en fuite une demi-douzaine d’Indiens qui agressent Pierre, un homme blanc. Une jeune fille gît dans la neige. Elle est juste évanouie et lorsqu’elle reprend ses esprits, Sabine explique à Marc ce qui vient d’arriver. Un guet-apens minutieusement préparé mais heureusement Marc est arrivé au bon moment.

Sabine lui propose de les accompagner chez ses parents adoptifs, l’oncle Alphonse et la tante Sophie, car elle est orpheline. Presque. Alors que sa mère s’est noyée, son père a échappé à un naufrage en regagnant la France, son pays d’origine, et depuis il vit à Paris. D’ailleurs Sabine doit aller le rejoindre. Seulement, et bizarrement, sur sa dernière lettre, une inscription au crayon lui enjoint de ne pas effectuer le voyage. Quant aux Indiens qui l’ont agressée, ils étaient dirigés par un Blanc, un ouvrier des Beaumont, oncle et tante de Sabine. Muni de son revolver, Marc ne rate pas sa cible et l’homme est abattu. Il s’agit de Nicolas, l’un des employés à la ferme des Beaumont.

Nicolas recevait depuis quelques temps des lettres, dont il a dû se débarrasser car elles ont disparu, mais dans ses affaires figure Arcana, une revue datant d’un mois proposant des énigmes et éditée en France.

Bientôt majeure, Sabine espère se rendre en France afin de connaître de visu ce père qu’elle n’a pas vu, sauf en photos, depuis l’âge de ses trois ans. Mais Marc doit partir et Sabine en est malheureuse. Seulement elle reçoit une lettre de son père l’invitant en France et il en profite pour lui annoncer qu’il s’est remarié avec une jeune femme prénommée Suzanne. Mais bizarrement, sur la dernière page de la missive, figure une phrase étrange griffonnée au crayon : Sabine, ma petite Sabine, ne viens pas ! Il n’en faut pas plus pour inciter justement Sabine à effectuer ce voyage.

Elle embarque donc à bord du Montcalm et fait la connaissance d’un homme qui l’entraîne vers la rambarde et tente de la faire passer par-dessus bord. Heureusement un passager lui sauve la vie. L’homme se noie et le sauveteur n’est autre que Marc. Le détective du bord, Achille Croissy, dont c’est la dernière traversée, fouille la cabine de l’individu en compagnie de Marc et à nouveau celui-ci découvre dans les affaires de l’agresseur un magazine intitulé Arcana. Le même numéro que celui que possédait Nicolas.

Les deux jeunes gens arrivent sans encombre à Cherbourg et prennent le train devant les mener à Paris. En cours de voyage, Marc descend à Lisieux pour affaires familiales, mais il promet de retrouver Sabine à Paris. Pauvre Sabine qui se fait agresser à nouveau et est sauvée par Croissy et Bouteloup, un inspecteur de police qui se trouve dans la rame. Celui-ci est un ancien collègue de Croissy lorsque le détective travaillait à la Sûreté parisienne. Mais l’agresseur, qui prétend se nommer Blaise, parvient à fausser compagnie aux deux hommes lors de l’arrêt.

En gare de Saint-Lazare, personne n’est là pour réceptionner Sabine. Le temps que Sabine fasse sa déposition au commissariat de la gare, madame Surgères arrive enfin. Suzanne, tel est le prénom de cette femme qui se montre sympathique, mais d’une sympathie de surface, décide alors d’emmener Sabine au bureau où travaille, même de nuit, son mari, dans l’import-export. Seulement lorsqu’elles arrivent, c’est pour découvrir Surgères dans un triste état. Il a été poignardé dans le dos. Et dans sa main il tient un papier que Sabine reconnait immédiatement. Arcana ! Au même moment Croissy arrive dans l’immeuble, s’étant donné pour mission de protéger Sabine. Hélas, malgré tout, Sabine est enlevée.

 

Un roman enlevé justement, qui accumule les péripéties en tout genre, et qui ne se cantonne pas dans un seul domaine.

Roman d’aventures au Canada, roman maritime, roman ferroviaire, traque des ravisseurs de Sabine, roman jeu avec ce fameux périodique Arcana, roman médical également car Surgères n’est pas mort mais son état nécessite une intervention chirurgicale risquée pouvant s’avérer mortelle, et roman d’amour aussi car Marc prévenu, va se joindre à Croissy et Bouteloup pour dénouer cette affaire qui les entraîne jusque près de Gif-sur-Yvette, dans ce qui était à l’époque la Seine-et-Oise, où l’aide d’un vieux musicien sera prépondérante.

Donc plus qu’un roman policier, La grille qui tue joue sur plusieurs tableaux et le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer dans cette histoire qui doit parfois au hasard et aux coïncidences, mais offre de nombreux rebondissements en tous genres. Et l’action prévaut au détriment de l’aspect psychologique des personnages, mais c’est bien ce qui lui donne sa force, son intérêt, sa puissance, le lecteur s’emparant de cette histoire qui offre un bon moment de détente.

 

Ce roman a paru sous le titre Arcana en 1934 dans la collection Loisirs Aventures N°2 aux Editions des Loisirs.

Il fait actuellement l’objet d’une réédition aux Editions Les Moutons électriques en compagnie de cinq autres romans : L'Autobus évanoui, Le Disparu de l'ascenseur, La Cabine tragique, La Maison des morts étranges, La Grille qui tue, Les Jumeaux du Quatorze juillet, sous le titre : Six mystères. Un ouvrage de 818 pages au prix de 49,00€.

Afin d’en savoir plus vous pouvez consulter leur site en cliquant sur le lien ci-dessous :

Léon GROC : La grille qui tue et autres romans.

Léon GROC : La grille qui tue et autres romans. Les Moutons électriques éditeur. 818 pages. 49,00€.

ISBN : 978-2-36183-596-5

Première édition : Collection Grandes aventures N°17. Editions Tallandier. Parution 1er trimestre 1951. 256 pages.

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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