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22 février 2020 6 22 /02 /février /2020 05:39

Joueurs de blues
On est des joueurs de blues…

Paul COUTURIAU: Blues pour Mary Jane.

De la Grosse Pomme à la Cité du Croissant, il n’y a qu’un pas que Jason Nash a allègrement franchi, désirant changer de vie, d’atmosphère, de lieu, de travail.

Ex-flic à New-York, Jason Nash s'est reconverti comme musicien, saxophoniste ténor à La Nouvelle-Orléans, berceau du Jazz, et occasionnellement comme détective privé.

Par Sam, son amie avocate, il rencontre Mary Jane, une jeune fille à l'esprit en cavale, qui s'accuse d'avoir tué un homme. Il n'y pas, ou plus, de cadavre dans la baignoire lorsque le lendemain Jason se rend en compagnie de Mary Jane chez elle. Par contre un homme fraîchement assassin‚ gît dans le salon et Mary Jane a disparu.

La présence de Gerry Cramer, un flic, près de la maison n'est qu'un pur hasard. Entre les deux hommes la méfiance prend le pas sur l'amitié. Sam a effectué sa petite enquête de son côté : Mary Jane habite une maison appartenant à Malcolm Laird, le gouverneur de la Louisiane et son oncle par la même occasion.

Hank le père de Mary Jane, est foncièrement égoïste, Loretta, la mère, déteste tout ce qui dérange ses petites habitudes, quant à Alan, le fiancé, c'est un escroc qui a su séduire la fille et les parents. Malcolm Laird, inquiet par la fugue de Mary Jane, avait fait surveiller sa maison de Bayou road par Earl Blythe, un lieutenant de la Criminelle qui, apercevant des ombres et un inconnu s'échapper, était entré dans la maison et a procédé au déménagement du cadavre.

Le corps découvert par Jason est un policier quant au cadavre baladeur, retrouvé à la morgue, ce n'est autre que le père de Mary Jane. Jason confie Mary Jane, qui s'était réfugiée chez sa mère, à ses voisins et amis Dalt et Joséphine. Alors que Cramer l'attend chez lui, Jason est invité à rencontrer Alan. Perplexe, le détective musicien se demande qui de Malcolm, Blythe ou Cramer a pu renseigner l'escroc.

 

Placé résolument sous l'influence du Jazz, ce qui devrait séduire les amateurs, ce roman est construit en deux parties: la première relève de l'énigme tandis que la seconde s'intègre profondément dans le roman noir. Le titre est emprunté à un morceau de Stan Getz, Blues for Mary Jane, Stan Getz qui vient de décéder le jour où débute cette histoire.

Hommage au Jazz donc mais surtout à Stan Getz, décédé le 6 juin 1991 à Malibu, en Californie.

Un roman à placer entre Mercredi des Cendres de Bill Pronzini et Docteur Jazz de Jacques Sadoul, entre autres, ces romans ayant comme point communs La Nouvelle Orléans.

 

Réédition version numérique : Editions Otago. 9,99€. En attendant la version papier…

Réédition version numérique : Editions Otago. 9,99€. En attendant la version papier…

Paul COUTURIAU: Blues pour Mary Jane. Editions du Rocher. Parution 16 novembre 1993. 158 pages.

ISBN : 9782268016016

 

Réédition version numérique : Editions Otago. 9,99€. En attendant la version papier…

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18 février 2020 2 18 /02 /février /2020 05:33

Une enquête en deux temps…

Ellery QUEEN : Sherlock Holmes contre Jack l’Eventreur

Le mythe de Jack l’Eventreur, et surtout le secret de son identité, aura fait, et continue encore de nos jours, fantasmer bon nombre de romanciers, d’écrivains de littérature policière. La tentation de proposer à Sherlock Holmes de résoudre ce problème étant un attrait supplémentaire.

Aussi pouvoir incorporer le détective américain Ellery Queen à la geste holmésienne fut un pas que franchirent allègrement les deux cousins, Frédéric Danay et Manfred B. Lee qui signaient leurs œuvres du nom de leur héros, et inversement.

Une rencontre qui s’effectue par manuscrit interposé et qui permet à Ellery Queen, le héros détective, de compléter et d’élucider l’enquête menée à l’origine par Sherlock Holmes lui-même.

Un manuscrit parvient donc anonymement à Ellery et, oh stupeur et jubilation, celui-ci s’aperçoit qu’il s’agit d’une aventure inédite du célèbre détective britannique relatée par son fidèle biographe, le bon docteur Watson.

Déchiré par son envie de découvrir cette enquête tumultueuse et historique et son devoir de rédiger un nouveau roman, Ellery Queen passe de l’un à l’autre, en privilégiant toutefois la lecture du manuscrit.

Tout à fait le genre d’enquête qui a le don d’exciter ses neurones, et dans laquelle il se délecte.

Il y apportera même la touche finale en clôturant l’enquête menée par Sherlock, celui-ci n’ayant pas tout révélé à Watson.

Un pastiche savoureux qui ne déparerait pas parmi les aventures rédigées par Conan Doyle.

 

Double pastiche même, car si ce roman porte le label Ellery Queen, le véritable auteur serait Paul W Fairman avec la collaboration des deux cousins ci-dessus nommés.

Ellery Queen était devenu une véritable entreprise, publiant le magazine Ellery Queen’s Mystery Magazine et qui vécu de longues années en France sous le nom de Mystère Magazine, une revue de référence pour tous les amateurs.

Et Ellery Queen, auteur, embaucha quelques romanciers célèbres pour proroger les aventures d’Ellery Queen, héros de romans. Ainsi des romanciers, issus de la littérature populaire, policière et de science-fiction, se cachèrent-ils sous cet alias et l’on pourrait signaler : Jack Vance, Theodore Sturgeon, Stephen Marlow, Richard Deming ou encore Avram Davidson. Tous auteurs possédant par ailleurs une bibliographie imposante et digne d’intérêt.

Ellery QUEEN : Sherlock Holmes contre Jack l’Eventreur (A Study in Terror – 1966. Pas de nom de traducteur). Présentation de Maurice Renault. Collection J’ai Lu Policier N°2607. Editions J’Ai Lu. Parution 10 mai 1989. 192 pages.

ISBN : 9782277226079

Première édition : Editions Stock. 1968

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3 février 2020 1 03 /02 /février /2020 05:25

En espérant qu’ils ne vont pas importuner les oreilles sensibles des néo-ruraux !

Maurice PERISSET : Les Tambours du Vendredi Saint.

Tous les Vendredis Saints, à Vars-les-Thermes, petite station thermale du Vivarais, une troupe d’amateurs joue la Passion du Christ et organise une procession qui mène de l’église au calvaire.

Le commissaire Jardet et son fils Raphaël, accompagnent la tante Alberte. Tandis que Raphaël filme la procession, Jardet est intrigué par l’interprète du rôle de la Vierge, Marie Burzet, qui semble apeurée avant de s’écrouler, mortellement atteinte par une arme à feu. Elle est la cinquième victime en quatre ans, aussi Jardet — dont on a pu suivre quelques-unes des aventures, notamment dans Le banc des veuves et Pieds et poings liés — ne peut s’empêcher, avec Raphaël, de s’immiscer dans cette affaire et le commandant de gendarmerie n’y voit aucune objection. Coïncidence, toutes les victimes faisaient plus ou moins partie de la troupe de théâtre amateur.

Raphaël assiste aux répétitions d’une pièce due à un jeune auteur local, Christophe. Marie devait tenir un petit rôle et il faut songer à la remplacer. Mais les trois prétendantes au rôle reçoivent des lettres de menaces. Jardet enquête auprès des proches, des parents, des amis des précédentes victimes et ressent des réticences dans chacun des entretiens. L’une des victimes, Valérie, a été retrouvée étranglée au fond d’un puits. Alain, en voulant éviter un camion, n’a pas survécu à un accident de moto, son engin ayant été saboté. Caroline est morte noyée, meurtre déguisé en suicide quand elle a échappé à la secte dont elle faisait partie.

Au cours d’un concert en plein air, le commissaire est alerté par un étrange manège entre Christophe et Irène Lacoste, la mère de Caroline à qui un inconnu vole son sac à main. Jardet continue ses investigations officieuses chez Karsen, un riche olibrius chez qui a été découverte la quatrième victime, un adolescent mort, apparemment, d’hydrocution, qui n’a pu être identifié. Karsen lui aussi a reçu des messages d’intimidation. Le sac d’Irène est retrouvé et Jardet s’intéresse à son contenu, un petit carnet noir appartenant à Alain sur lequel figurent notamment les adresses des parents des victimes. En compulsant les programmes subtilisés par Raphaël dans les archives du théâtre, Jardet apprend que l’avant-dernière pièce programmée, mais non jouée, était signée Cyrille de Vilars qui voulait absolument que son protégé, Sébastien le noyé, joue le rôle principal, ce qui n’arrangeait pas les affaires de Christophe, selon les propres dires du metteur en scène-auteur local.

Dans un garage que louait Marie, Jardet et les gendarmes mettent la main sur une vieille machine à écrire, des bristols vierges, similaires aux lettres de menaces, des lettres écrites par Valérie à Alain et des dossiers, des coupures de presse relatant les crimes ainsi que la robe jaune que portait Caroline lors de sa fuite de la secte. Puis, Raphaël surprend dans les coulisses du théâtre une conversation édifiante entre de Vilars et Christophe, de laquelle il ressort que Sébastien se serait noyé accidentellement. Il aperçoit également une silhouette féminine cachant un objet : un revolver qui pourrait être l’arme du crime ayant servi à supprimer Marie.

 

Partant d’une mise en scène peu commune, cette procession religieuse sous forme de chemin de croix, Maurice Périsset nous invite à nous plonger dans le cœur et l’âme d’une petite ville et à démêler le vrai du faux.

Ou plutôt à faire la part du dit, pas toujours explicite, du non-dit qui recèle dans ses silences ou ses sous-entendus, plus de messages que d’explications laborieuses.

Chacun des protagonistes se retranche derrière un mur de silence, de fausse pudeur, comme les commères qui ferment leurs fenêtres et ne peuvent s’empêcher de regarder à travers les interstices des lames de bois de leurs volets.

Maurice PERISSET : Les Tambours du Vendredi Saint. Collection Dossiers du Quai des Orfèvres. Editions du Rocher. Parution 13 juin 1991. 250 pages.

ISBN : 978-2268011691

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2 février 2020 7 02 /02 /février /2020 05:53

Fais comme l’oiseau…

R. & R. BOREL-ROSNY : T’as vu ça d’ta fenêtre !

Pensait-elle que sa carrière allait décoller en se jetant par la fenêtre, rien n’est moins sûr.

La pauvre Gina de Sarlande, jeune chanteuse pleine d’avenir est projetée du cinquième étage et s’écrase sur le bitume. En général, on ne s’en relève pas. C’est Rosette, dite Rosie, qui en voulant baisser le store de la fenêtre de sa chambre d’hôtel sise au quatrième étage, a aperçu le corps tomber alors que deux mains poussait Gina. Du moins c’est ce qu’elle déclare à Maxie les Belles dents, son compagnon qui se prélasse sur le lit en se plaignant de la chaleur de ce mois de juin.

Les policiers, arrivés rapidement sur place, pensent d’abord à un suicide. La porte est fermée de l’intérieur, c’est le taulier, le gardien des clefs, qui leur ouvre. Nouvelle surprise, la fenêtre est fermée ! Le meurtre semble indiscutable. Mais comment à pu réaliser son forfait le meurtrier que nul n’a aperçu. Ni Rosie, entraîneuse dans un cabaret, ni Maxie qui se fait entretenir et entretenait des relations douteuses avec Gina, ni Albert Lepreux, l’hôtelier, ni Zulma sa compagne qui vaquait au rez-de-chaussée. Les complications de ce genre sont réservées à la Criminelle et l’inspecteur Tiburce est chargé de cette enquête.

Il commence ses investigations en s’entretenant avec Rosie, qui a aperçu de sa fenêtre le vol plané, ainsi que Maxie qui était vautré sur le lit. Rosie le soupçonne d’avoir eu des relations avec la défunte, mais il ne peut être coupable puisqu’il était dans sa chambre en compagnie de Rosie, qui est sure de reconnaitre les bras qui empoignaient Gina. Puis Tiburce interroge Albert Lepreux, le patron des Deux cigognes, l’hôtel où s’est déroulé le drame, et sa compagne Zulma, une forte femme. Il est notoire qu’Albert se rendait assez souvent dans la chambre de Gina pour régler certains problèmes, ce qui attise la vindicte de Zulma. Toutefois Albert résout une partie de l’énigme de ce possible meurtre en chambre close.

Il remarque le manège d’une toute jeune fille aux cheveux courts qui traîne dans les environs de l’hôtel puis à la brasserie où Tiburce déguste une choucroute en compagnie de Fredy Marlin, un ami souvent en délicatesse avec les forces de l’ordre. La gamine s’éclipse et Tiburce aimerait lui poser quelques questions aussi charge-t-il Fredy de la retrouver, ce qui n’est guère difficile à cet habitué de Saint-Germain-des-Prés.

La gamine récupérée par Fredy et amenée à la brasserie afin de ne pas l’effaroucher, confie à Tiburce qu’elle s’appelle Pierre – choix de son père poète méconnu et aux idées baroques, surnommé l’homme aux chats puisqu’il en possède neuf qu’il promène souvent en laisse – et sa sœur avait, elle, été prénommée Trujillo. Mais celle-ci avait changé de nom adoptant le nom de scène de Gina de Sarlande. Quant à leur mère, elle est partie dix ans auparavant avec un noir, abandonnant le foyer familial.

Alors Tiburce continue son enquête mais en dilettante, mais comme il est pris par ailleurs il demande à Fredy de le suppléer dans ses recherches, ce que le jeune homme fait avec plaisir et pugnacité. D’autres personnages s’immiscent dans cette intrigue, dont un jeune qui fréquentait Gina mais dont Pierre est amoureuse.

 

Le couple Robert et Raymonde Borel-Rosny propose une enquête qui s’avère simple dans l’esprit du lecteur, qui est persuadé connaître l’identité du coupable. Mais la solution à triple détente offre un épilogue inattendu et bien amené prenant à contre-pied le lecteur.

Saint-Germain-des-Prés du début des années cinquante sert de décor, époque aujourd’hui révolue mais qui génère quelque nostalgie.

Evidemment au moment de sa parution, ce roman n’avait pas ce côté historique, mais plus de soixante ans plus tard il devient un témoignage permettant de se remémorer un pan de la capitale réservé aux artistes en tout genre, même si cela n’est abordé que par la frange sans appesantir le récit. Les auteurs décrivent ce qu’ils observent, le vivant de près.

 

Les cafés grouillaient d’une populace miteuse et ne recélaient rien dans leurs salles enfumées que des tas de petites filles aux pantalons collants […] et des garçons aux pantalons identiques, tout aussi collants sur les fesses. Ce qui différenciait les garçons des filles, c’était la longueur des cheveux. Seulement, les garçons avaient les cheveux trop longs dans le cou et les filles trop courts. Presque tondus, ils mesuraient à peine un centimètre. De quoi déconsidérer à tout jamais le cher J.-P. Sartre, et aussi Gréco qui avait lancé la mode des mèches raides et sales qui descendent jusqu’à la taille.

 

R. & R. BOREL-ROSNY : T’as vu ça d’ta fenêtre ! Collection Le Verrou N°69. Editions Ferenczi. Parution juin 1953. 96 pages.

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16 décembre 2019 1 16 /12 /décembre /2019 04:59

Méfiez-vous des associations d’amateurs de Sherlock Holmes !

Paul JEFFERS : Irrégulier, mon cher Morgan !

Depuis sa création par Conan Doyle, Sherlock Holmes a inspiré de nombreux écrivains de romans populaires, soit en déformant son nom comme dans Arsène Lupin contre Herlock Sholmes, soit en lui prêtant de nouvelles aventures comme dans La solution à 7% de Nicholas Meyer ou L’assassin du boulevard de René Reouven, ou encore Marx et Sherlock Holmes d’Alexis Lecaye sans oublier les nombreuses parodies et pastiches. La liste est trop longue pour être exhaustive, pour être énumérée.

Dans d’autres romans, il apparaît seulement en filigrane, comme dans le roman de Julian Symons, Dans la peau du rôle, où un acteur s’identifie au célèbre détective.

Sherlock Holmes possède ses fans qui lui ont consacré un musée, reconstituant le bureau, l’appartement du 221B Baker Street. Ils se sont également regroupés en associations dont la plus célèbre est celle des Baker Street Irregulars, du nom de la bande d’enfants traînant dans les rues de Londres et qui sont occasionnellement mis à contribution par le célèbre détective.

 

C’est cette association des Irréguliers de Baker Street qui est mise en scène dans ce roman de Paul Jeffers.

Les honorables membres de cette société holmésienne sise à New-York, à la veille d’un déplacement à Londres, reçoivent un mystérieux message. Un seul mot est inscrit, mais un mot terrible : RACHE. Ce qui signifie en allemand Vengeance. Plaisanterie ou farce ?

Ni l’un ni l’autre apparemment, car l’un des éminents spécialistes décède en se rendant au Queen Victoria Hôtel, rendez-vous de ces passionnés. Peut-être n’est-ce qu’un accident ?

Mais un second Irrégulier est victime à son tour d’un accident… ou d’un meurtre. Les participants à cette réunion commencent alors à se poser des questions, à s’interroger sur les motifs de ces homicides, allant jusqu’à se soupçonner mutuellement.

Irrégulier, mon cher Morgan ! est un roman amusant, truffé de références holmésiennes et dont se délecteront les amateurs des aventures de Sherlock Holmes et autres avatars.

Paul JEFFERS : Irrégulier, mon cher Morgan ! (Murder most Irregular – 1983. Traduction Christiane Poulain). Le Masque Jaune N°1807. Editions Librairie des Champs-Elysées. Parution novembre 1985. 192 pages.

ISBN : 9782702416518

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12 décembre 2019 4 12 /12 /décembre /2019 05:50

Une rue qui porte bien mal son nom…

BACHELLERIE : La rue des Bons Apôtres.

Dans ce roman, le quatrième et dernier de Bachellerie publié au Masque, nous retrouvons l’inspecteur Viaud, dans une ville non précisée, mais qui pourrait bien être celle de l’auteur, c’est-à-dire Laval à l’époque

Il est toujours aussi romantique, à l’esprit fantasque, légèrement frondeur, anticonformiste. Il pense, il raisonne, il ne porte pas d’œillères administratives, n’arrivant pas à se plier à certaines mesures qu’il juge arbitraires.

C’est un poète qui réfléchit et l’obstination n’est pas le moindre de ses défauts ou de ses qualités. Une certaine propension à mettre les pieds dans le plat, une élocution verbale qui lui occasionne des remontrances hiérarchiques à cause de ses réparties cinglantes, continuez comme ça inspecteur Viaud et vous aurez le plaisir de connaître les différents commissariats de France et de Navarre, mais celui de la promotion vous sera refusé. D’ailleurs cela le laisse complètement indifférent.

 

Rentrant chez lui à la nuit tombée, Viaud découvre un homme inanimé dans une ruelle sombre et déserte. L’agressé décède lors de son admission à l’hôpital.

Le premier suspect en général est le premier témoin. Celui qui trouve un cadavre est celui sur qui pèsent les premiers soupçons. Mais lorsqu’on est inspecteur de police ?

Viaud enquête pour son propre compte et se découvre une fibre paternelle qu’il ne se connaissait pas.

Etrange faune qui gravite dans cette rue des Bons Apôtres et dans ce quartier, disons mal famé, de cette ville bien-pensante. Une colonie de Marocains, une famille de loubards, des Rockers, des Punks, un cul-de-jatte encombrant, un professeur en retraite et refoulé, un toubib humaniste, une prostituée Martiniquaise dont l’exotisme pour elle se résume en un blond aux yeux bleus, le tout flanqué aux quatre coins de commerçants irascibles ou aigris.

Tels sont les différents personnages que Viaud va côtoyer dans cette enquête personnelle, alors que de nombreuses personnes la trouve inutile, mal venue.

 

Après L’île aux muettes (Le Masque N°1791), qui a obtenu le Prix du Roman d’aventures 1985, après Pas de quoi noyer un chat (Le Masque N°1795), après Il court, il court le cadavre (Le Masque N°1796), La rue des Bons Apôtres clôt cette série et le passage éphémère de Bachellerie au Masque. Dans ce dernier roman, Bachellerie affine son personnage, l’histoire est plus élaborée, mais un petit défaut subsiste : une chute trop abrupte.

Anne-Marie Alliot-Schaettel a pris comme pseudonyme le nom d’une de ses grands-mères et devait à l’origine signer Louise Bachellerie. Elle fournira pour Nous Deux par la suite un grand nombre de romans sentimentaux sous divers pseudonymes. Lesquels ?

Elle est également l’auteur d’une saga de quatre romans édités par Delpierre dont les trois premiers ont été réédités aux éditions Points en 2015/2016.

BACHELLERIE : La rue des Bons Apôtres. Collection Le Masque Jaune N°1800. Editions Librairie des Champs-Elysées. Parution octobre 1985. 160 pages.

ISBN : 9782702416617.

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9 décembre 2019 1 09 /12 /décembre /2019 05:25

Travaillez, prenez de la peine, c’est le fond qui manque le moins…

Gray USHER : Le champ de la mort

Mécontent que son fils adoptif âgé de dix-sept ans ne soit pas à l’heure pour charger des sacs de blé et les transporter en ville, le fermier George Barstow décide d’aller le chercher dans le champ que Jim doit labourer quelques milles plus loin.

Seulement lorsqu’il arrive sur place, le jeune homme n’est pas assis sur son tracteur au repos. Il repose à terre dans les sillons fraîchement retournés. Mais Jim ne fait pas la sieste comme le suppose le fermier. Il est mort, la tête en sang.

La brigade criminelle du comté est immédiatement alertée et l’arme du crime, une lourde clé anglaise, est découverte non loin, cachée mais ayant auparavant été nettoyée et essuyée. Aucun mobile apparent ne justifie ce meurtre, la victime n’ayant pas d’ennemis et ne s’intéressant guère aux jeunes filles. Du moins, c’est ce que déclare George Barstow. La seule solution pour démêler cet imbroglio consiste à demander à Scotland Yard de prendre l’affaire en charge.

C’est ainsi que le surintendant Drexel, accompagné du sergent Tott, arrivent d’abord à Bridgeaston où l’inspecteur Loxleigh, qui a effectué les premières constations, leur fournit les données nécessaires pour continuer l’enquête. Puis ils se rendent sur le lieu du crime, Redchurch-Saint-John.

Ils rencontrent de nombreux habitants, d’abord Barstow, le propriétaire du champ et employeur, presque père adoptif, de Jim Smith, sa fille Mary, Walter Tatlow, ancien marin et militaire reconverti comme écrivain, enfin c’est ce qu’il aimerait devenir, Miss Maggs, la receveuse des Postes, Lake, le vieux monsieur amateur d’archéologie, qui recherche infatigablement des objets et des pièces datant de la période romaine, sa femme, maladive et migraineuse, et surtout épouvantée par son mari, madame Ford et sa fille Betty, avec laquelle Jim Smith entretenait des relations amicales voire plus, et quelques autres qui gravitent dans une atmosphère rurale, mutiques ou au contraire s’exprimant sans trop savoir de quoi il s’agit.

En épluchant les papiers de Jim, Drexel s’aperçoit que le jeune homme possédait un petit pécule et il se demande comment il a pu le constituer. Barstow le rémunérait mais cela n’allait pas loin, du moins pas aussi loin que l’atteste le livret d’épargne.

Des événements indépendants et non relatifs à l’affaire se greffent sur cette enquête. Comme la tentative de suicide d’une jeune femme. Puis ce sont des lettres anonymes qui circulent, émanant d’un corbeau qui sans conteste connait bien les dessous de la vie privée de certaines familles.

Au départ Drexel soupçonne Tatlow, l’écrivain en devenir, d’être l’auteur du meurtre, Jim et lui ayant eu une algarade, mais cette piste est mise de côté, provisoirement. Car des objets datant de la période romaine, lorsque l’Angleterre a subi l’invasion des légionnaires, prennent le pas sur d’autres indices. Mais Barstow possède une vie cachée et cette piste pourrait être intéressante.

Toutefois il est difficile de relier tous ces éléments, qui d’ailleurs n’ont peut-être aucun lien entre eux. Et que penser des relations entre Mary et Tatlow, ou encore entre Betty et Jim. Un embrouillamini dans lequel Drexel, le sergent Tott ou encore l’inspecteur Loxleigh pataugent plus ou moins. Comme dans la boue qui stagnent dans les chemins, la pluie s’invitant dans le décor.

 

Roman policier rural, Le champ de la mort pourrait tout aussi bien être le fruit d’un romancier français, mettant en valeur ( ?) sa province, avec ses paysans mutiques, méfiants, agressifs ou réservés. Redchurch pourrait très bien être un petit village normand, avec ses pâturages, ses champs à labourer, ses petits chemins, ses collines, et ses reliques antiques.

A noter la présence d’un paysan breton, un Johnny, vendant sa récolte d’oignons comme au XIXe siècle.

Et que penser de Drexel qui fume beaucoup et offre sans parcimonie ses cigarettes à tout le monde, témoins comme policiers. Un geste qui aujourd’hui serait répréhensible.

Le champ de la mort est le seul roman de Gray Usher traduit en France, pourtant la série Drexel comporte cinq volumes. L’auteur a à son actif une dizaine d’autres ouvrages, et quelques nouvelles. Alors pourquoi cet abandon alors que le roman et son intrigue étaient prometteurs ? Les voies des éditeurs sont impénétrables !

Les gens de la campagne veulent connaître leur monde avant de se lier.

Gray USHER : Le champ de la mort (Death Sped the Plough - 1956. Traduction Marie-Claude Morel). Collection Le Masque N°606. Editions Librairie des Champs-Elysées. Parution 25 février 1958. 256 pages.

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17 novembre 2019 7 17 /11 /novembre /2019 04:06

Lorsque l’académicien Pierre-Jean Remy signait des romans policiers !

Raymond MARLOT : Gauguins à gogo.

Longtemps je me suis demandé pourquoi ce pseudonyme car choisir un alias relève de la technique quelque peu ludique. Prendre par exemple le nom de jeune fille de sa mère ou de sa femme, emprunter celui d’un voisin, tout simplement feuilleter un annuaire téléphonique, ou encore s’inspirer du sien en triturant les lettres qui le composent.

Alors pourquoi Raymond Marlot ? Et d’un seul coup, l’illumination ! Bon sang, mais c’est sûr ! Raymond Marlot, c’est un hommage déguisé à Raymond Chandler et à son détective Philip Marlowe en transposant à la française le patronyme Marlowe. Evident, non ?

Et la même année de parution de ce roman, Pierre-Jean Remy recevait le Prix Renaudot pour son roman Le sac du palais d’été.

Ces considérations oiseuses édictées, penchons-nous quand même sur le roman, l’intrigue, sujet principal de cette chronique.

 

Les maisons du petit village des Beaumes, dans le Lubéron, s’étalent le long de la colline, les habitants natifs habitant les vieilles maisons ancestrales dans le bas du bourg, et les nouveaux arrivants, les riches résidents, dans des demeures à étages juchées au dessus de la cité. Plus haut, se dresse la citadelle médiévale.

Parmi ces résidents, Bernard Ancelles, jeune artiste peintre hébergé par Claude Wilmot, critique d’art spécialiste de Gauguin. Ils vivent séparément mais leurs maisons communiquent par un système de cours et d’escaliers. Certaines de ces constructions dominent le vide, séparées par des parapets.

Bernard Ancelles s’acharne à peindre une grande toile qu’il pense devenir son grand œuvre, mais longtemps il a été l’assistant de Wilmot lorsque celui-ci établissait un catalogue consacré à son artiste fétiche. Chez Wilmot, vivent sa mère, la septuagénaire madame Wilmot, et sa jeune femme, la troisième, Joanna qui cultive un penchant prononcé pour la bouteille. Dans un autre pavillon, le jeune Nicholas le nouvel assistant de Wilmot qui travaille lui aussi sur un nouveau catalogue, et sa fiancée la frêle Tessa, deux Anglais. Mais Bernard surprend souvent Nicholas sortir de chez Joanna, au petit matin.

Wilmot reçoit souvent d’autres estivants, dont plus particulièrement Charles Marel, qui habite sur l’autre versant du Ventoux, et professe un goût inconsidéré pour les paradoxes. Et tout ce petit monde vit en plus ou moins bonne intelligence, Wilmot connaissant son infortune matrimoniale mais ne s’en préoccupant guère.

Pourtant le feu couve. Nicholas est découvert mort, étant tombé par-dessus le parapet sur des roches en contrebas. Accident ? Suicide ? Assassinat ? L’harmonie est troublée, Joanna boit encore un peu plus, Wilmot est désemparé, Tessa aussi qui se réfugie dans la maisonnette de Bernard Ancelles.

Pendant ce temps, dans la citadelle, la bande à Frédé, une douzaine de hippies composés de jeunes hommes et de jeunes filles, qui la plupart du temps évoluent nues, restaurent l’édifice à l’aide des pierres éparpillées, et surtout les peignent en un immense damier rouge et noir. Au dessus du donjon flotte un étendard phallique.

Mais un visiteur inattendu se présente chez Wilmot, un marchand d’art marseillais qui veut se passer pour Américain, accompagné de son chauffeur-ami Paulo. Or, Bernard et Paulo semblent se connaître, même s’ils ne le disent pas et tentent de le cacher.

Mais d’autres incidents dramatiques se produisent.

 

Roman policier, Gauguins à gogo est comme un huis-clos ne dépassant pas les limites du village des Beaumes. Seuls quelques personnages évoluent dans ce contexte qui progressivement devient étouffant prenant comme thème principal l’art pictural. Gauguin en est la figure emblématique, et naturellement certains de ses tableaux sont évoqués.

Mais sont-ce des vrais, des faux, tout est dans la nuance. Et le personnage de Bernard devient flou au fur et à mesure que l’intrigue avance. Mais les autres protagonistes cachent certaines fractures, dont, juste pour l’exemple, Tessa qui vivait avec Nicholas pour fuir son entourage mais ne l’aimait pas.

Un bon petit roman policier qui vaut surtout pour les décors et la notoriété de son auteur.

 

Elle avait quarante ans, voulait en paraître trente et son maquillage épais lui en donnait presque cinquante.

Raymond MARLOT : Gauguins à gogo. Collection Super Crime Club N°295. Editions Denoël. Parution 2 octobre 1971. 192 pages.

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12 novembre 2019 2 12 /11 /novembre /2019 05:06

C’est mieux que pas de preuve du tout !

Joseph-Louis SANCIAUME : La preuve sanglante.

En villégiature dans une petite ville du sud de la France, l’inspecteur Lénard se promène nuitamment dans les rues endormies. Il passe devant le musée auquel il a déjà rendu visite dans l’après-midi et est intrigué par la lumière qui brille au rez-de-chaussée. Il aperçoit un homme qui s’enfuit. Et la porte du musée n’est pas fermée. Aussitôt il suppose qu’un vol vient d’être commis.

Arrivé en compagnie de François Séverin, le gardien de l’établissement, l’inspecteur Piton se demande à juste titre ce que fait sur les lieux Lénard et il s’apprête à l’arrêter lorsque l’inspecteur décline son grade.

A l’intérieur, les trois hommes découvrent le cadavre du conservateur, Manuel Desflizes, tué d’une balle dans le cœur, les mains ensanglantées. Et en vérifiant les lieux, le gardien remarque qu’un tableau de Rembrandt, un Paysage, la pièce la plus rare du musée, a été dérobé. Il ne reste plus que le cadre. Peu après ils découvrent qu’un Corot a été déménagé dans un endroit sombre, et qu’il s’agit d’une copie remplaçant l’original.

D’après François Séverin, il n’y a guère que le conservateur adjoint, Auguste Cloche, le secrétaire du conservateur, Morel, qui vient d’être congédié, et Dorothée, la belle-fille du conservateur, et sa bonne Maria, qui vivent dans une dépendance située dans le parc, qui s’occupent du musée. Et encore, il ne faut guère compter sur Auguste Cloche. Quant à Dorothée, c’est une trentenaire au visage peu amène et au caractère acariâtre. Elle reçoit Lénard comme un chien dans un jeu de quilles.

Lénard se retrouve seul avec le mort, en attendant les services de la scientifique, et son regard est accroché par un cadre contenant la photographie d’un chien posé sur le bureau. Mais sous le cliché de l’animal, est glissée une autre photo représentant le visage d’une jeune fille triste. Une inscription précise qu’elle se nomme Laetitia.

D’autres personnages vont bientôt intégrer ce petit comité, dont un spécialiste de l’art pictural. Mais le suspect principal reste Morel, le secrétaire renvoyé par le conservateur. Selon certaines sources, car d’autres affirment, dont le principal intéressé, qu’il s’agissait d’une simple démission et qu’il avait toute la confiance du conservateur. Un voyage à Nice permettra à Lénard d’assembler les fils de cette intrigue et résoudre le meurtre du conservateur.

 

L’épilogue est un peu tiré par les cheveux comme dirait un de mes amis qui est chauve, mais bon, il n’en reste pas moins vrai qu’il s’agit d’un roman d’énigme qui tient à peu près la route malgré les nombreux virages et le manque de signalisation.

A part quelques petites anomalies qui à l’époque ne devaient pas troubler le lecteur. Concernant les anomalies, par exemple, l’inspecteur Piton semble travailler seul avoir les mains libres. Pas de commissaire, de responsable hiérarchique, pas de juge, pas de procureur pour venir lui mettre des bâtons dans les roues. Et certains protagonistes arrivent sur le plateau de tournage comme si l’auteur en avait déjà parlé précédemment. Leurs déclarations sont entachées d’à-peu-près et de mensonges ou d’approximations, ce qui nuit évidemment à l’enquête que c’est approprié Lénard, de façon non officielle.

 

Joseph-Louis SANCIAUME : La preuve sanglante.

Joseph-Louis SANCIAUME : La preuve sanglante. Collection La Cagoule n°18. Editions La Bruyère. Parution janvier 1946

Première édition : Collection À ne pas lire la nuit n°126. Éditions de France. 1939 

Réédition Collection Policière le Glaive 109. Editions du Puits-Pelu. Parution 1955.

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10 novembre 2019 7 10 /11 /novembre /2019 04:50

Et elle ne compte pas pour des prunes…

Pierre BOULON : La dame brune.

Il n’y a guère de monde à assister à l’enterrement de Nestor Campelou dans la petite église de Vallantée-sur-Auzelle. Seuls les proches voisins, ceux habitant sur la rive droite de l’Auzelle, sont présents. Ils sont endimanchés pour saluer le départ de celui qui s’est tué accidentellement d’un coup de fusil lors d’une partie de chasse, ou de braconnage.

Seuls ? Non, car Vivien Laubier, le policier, et son amie de cœur la belle Clémence, secrétaire médicale de profession, sont également sur place. Vivien Laubier doit enquêter sur ce que certains pensent être un meurtre, et c’est à l’instigation du maire, Pierre Roubignot, qui a les bras longs et les oreilles du procureur, que le policier s’est vu confier cette affaire.

Laubier va donc se renseigner, interroger les différents voisins de Nestor, creuser les antécédents, et apprendre des épisodes précédents dont il fait sa pelote, sans savoir par quel bout la prendre.

Ainsi Auguste de Vallantée, le propriétaire du manoir, est décédé quelques mois auparavant dans des circonstances restées nébuleuses. Ce manoir est habité par sa veuve, Hélène de Vallantée, dite la Baronne, et par Charlotte de Vallentée, la fille d’Auguste mais belle-fille d’Hélène. Elles vivent séparément, chacune dans son aile, ne s’appréciant guère.

Le personnel du manoir se compose de Capucine et de Casimir Fay, et les autres voisins, qui ne sont guère nombreux, se nomment Gisèle, dite Gigie, la bistrotière, Adrien Lemuet, le négociant en bois se déplaçant dans une voiture de luxe, Gertrude, la couturière, Charles Molin, le menuisier qui fabrique également les cercueils, le cas échéant, sans oublier Jean Prieur, le curé au nom prédestiné, et Marguerite Grandpied, la femme du curé, pardon, la gouvernante du curé.

Laubier déambule parmi la nature, découvrant au hasard de ses pérégrinations, à travers une fenêtre, un vanneau pendu par les pieds au-dessus d’un chaudron noir, ou encore une poupée de chiffons poignardée. Et d’autres éléments qui semblent relever de la sorcellerie. D’ailleurs tout le monde s’accorde pour évoquer une mystérieuse Dame Brune qui traînerait dans les environs et dont la présence signifie la mort à ceux qui l’aperçoivent.

Sans oublier Fantôme, un groupe de résistants, des maquisards de la Seconde Guerre Mondiale, qui fait toujours parler de lui plus de vingt ans après.

Laubier et son amie Clémence acceptent l’invitation de loger au manoir, dans le corps de logis qui sépare les deux tourelles, et dont les chambres portent des noms évocateurs tels que Chambre de l’écureuil, Dame de la fougère, Cavalier de l’ombre, Princesse du val…

Une aura de surnaturel imprègne la demeure, et les deux enquêteurs, officiels ou non, ne passent pas des nuitées tranquilles. Et, en creusant bien, Laubier n’est pas loin de penser que chacun des protagonistes qu’il interroge aurait eu une bonne (ou mauvaise) raison de se débarrasser de Nestor.

 

Dans cette histoire, d’inspiration bucolique, Georges Brassens est souvent évoqué par ses chansons. Un style trop travaillé, presque trop littéraire (c’est quand même malheureux de le dire mais c’est vrai) et l’intrigue se trouvé noyée dans des phrases bien construites mais ennuyeuses et en pâtit. Alors qu’elle devrait être vive, que l’histoire devrait accrocher le lecteur, celui-ci se trouve englué dans des phrases redondantes.

C’est beau, certes, souvent poétique, mais normalement dans ce genre de récit, c’est la vivacité qui devrait primer. Du moins c’est mon ressenti, et l’esprit vagabonde et n’est plus accroché. Il baguenaude et ne s’intéresse plus à ce qui est décrit et s’intéresse à de petits détails sans véritable signification.

Par exemple, alors que Nestor est décédé depuis plusieurs jours, ses vaches sont toujours aux pâturages, le chien est resté à baguenauder près de l’habitation. Et le lecteur, conscient qu’il se pose des questions qui n’ont rien à voir avec le récit, se demande comment il se fait que les vaches ne meuglent pas, n’étant plus sujettes à la traite biquotidienne, comment le chien ne réclame pas sa pitance…

 

Citations :

Les fantômes sont de naïves inventions pour agrémenter les veillées ou faire peur aux enfants. Ils ont déguerpi sans tambour ni trompette, anéantis par un monde qui s’est mis à les ignorer.

 

Une génération chasse l’autre en l’accusant d’être passée de mode. Puis vient son tour de lâcher ses illusions et de mettre en doute son soi-disant progrès. Alors elle court vers ses aïeuls à qui la sagesse du temps avait appris qu’il faut un peu ralentir. Elle vole vers le monde des morts, quitte à devoir s’entourer de ces esprits chagrins qui ont l’habitude de jouer les médiateurs.

 

C’est la faiblesse qui crée la terreur.

 

C’est bien souvent après les drames que nous faisons coïncider les faits.

Pierre BOULON : La dame brune. Editions Jeanne d’Arc. Parution 9 avril 2010. 336 pages. 19,00€.

ISBN : 978-2911794865

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
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