Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
5 mars 2020 4 05 /03 /mars /2020 04:53

L’œil était au fond de la mer…

Serge BRUSSOLO : L'œil de la pieuvre.

Pour une fois, j’oserai dire que je n’ai pas été convaincu par Serge Brussolo dans ce roman pour adolescents.

L’idée était bonne, mais le résultat peu probant. Surtout vers la fin. On se croirait au départ dans un conte pour des 9/10 ans, à la fin pour des 12/14. D’ailleurs, mon petit-fils qui aime piocher dans mes livres n’a pas aimé, ce qui est tout de même une référence vous l’avouerez. Bon d’accord, il a un tout petit peu plus de 14 ans, mais je lui fais confiance dans son appréciation, puisque, après tout, ce roman s’adresse à une nouvelle génération de lecteurs.

Entrons dans le vif du sujet. Sigrid est une adolescente qui depuis une dizaine d’année vit dans un sous-marin en compagnie d’autres jeunes gens de son âge. Seulement le monde marin est empoisonné (et empoissonné aussi, si vous y tenez !), les flots d’Almoha possèdent l’étrange pouvoir de transformer en poissons ceux qui sont au contact du liquide qui recouvre cette planète.

Une expérience qui commence à peser lourd sur les occupants du sous-marin. Les légendes courent, transmises de bouche à oreille, entretenues par un équipage qui se réduit dans d’étranges conditions. Mais le monde de la pieuvre est-il vraiment tel qu’il est représenté ? Entre les on-dit, les rumeurs, les réalités et les chausse-trappes, Sigrid et ses compagnons auront fort à faire. Surtout lorsque ceux-ci la laisseront tomber pour gagner du galon.

 

Un peu puéril et allant dans tous les sens, comme s’il s’agissait parfois de nouvelles accolées ensemble, Sigrid et les mondes perdus est toutefois une parabole sur la différence et la xénophobie.

Une leçon que ne comprendront pas forcément les lecteurs auxquels ce roman s’adresse. Mais on peut toujours espérer. Quelques illustrations, signées Emmanuel Saint et Serge Brussolo égaient ( !) ce roman.

 

Serge BRUSSOLO : L'œil de la pieuvre. Sigrid et les mondes perdus. Collection Le Masque Grand Format. Parution le 25 mars 2002. 322 pages.

ISBN : 978-2702480571

Partager cet article
Repost0
3 mars 2020 2 03 /03 /mars /2020 05:37

Elle est passée, elle s’est fait dépasser, puis elle a trépassé…

PONSON du TERRAIL : La baronne trépassée.

Paradoxalement, le baron de Nossac accumule les bonnes fortunes tout en étant désargenté. Il vit au dessus de ses moyens, mais le poste de gouverneur de la province de Normandie lui a été promis par le régent. Seulement la signature ne peut concrétiser ce projet, le régent décédant en ce 2 décembre 1723. Il ne reste plus au baron que de réaliser un beau mariage avec une jeune héritière, qui si elle n’est pas de noblesse, possède des arguments financiers indéniables.

Son ami le marquis de Simiane lui a trouvé ce recours pour éponger ses dettes, alors tant pis il va passer devant le curé. Seulement, le baron de Nossac est entiché de sa maîtresse, la duchesse d’A, et imprudemment il lui a promis de lui accorder vingt-quatre heures à son choix.

Lorsque Nossac est mis en présence d’Hélène Borelli, il est plus que charmé par sa beauté et sa fraîcheur et le voilà éperdument amoureux. Seulement, le soir de ces noces, il ne peut se résoudre à faire fi de son serment auprès de la duchesse. La nuit de noce est ratée et le lendemain, sa femme toujours vierge est partie sur ses terres en Bretagne.

Aussitôt il part à sa poursuite mais en cours de route la voilà arrêté, gisant dans un lit d’auberge, à la suite d’un duel mal négocié. Et lorsqu’il arrive enfin au but, c’est pour apprendre qu’Hélène est décédée. Le voilà fort marri. Un codicille au testament de la défunte précise que s’il n’est pas remarié dans les deux ans, jour pour jour, il devra restituer toute sa fortune aux parents de feu sa femme.

 

Un an plus tard, nous retrouvons le baron de Nossac, comme maître de camp des armées de terre sous les ordres du comte de La Motte. Le roi Stanilas est bloqué dans sa place forte de Dantzig et il faut l’exfiltrer. L’opération réussit grâce à Nossac et le roi passe la Vistule. Le baron l’accompagne quelque temps en chemin, mais Nossac est recherché par les Russes et un znapan le prévient qu’une embuscade est dressée sur son chemin.

Nossac fait donc demi-tour et rencontre en cours de route une petite troupe de chasseurs. Le chef se présente comme le Veneur noir accompagné de ses quatre fils. Après avoir tué quelques pièces de gibier, ils reprennent le chemin de leur castel, sis sur une montagne aride et désertique. Nossac va pouvoir se reposer mais auparavant on lui présente la fille, Roschen, et il est enivré autant par la fraîcheur de la demoiselle que la puissance des flacons de vieux vin.

Mais d’étranges événements se produisent dans ce château, car un soir, alors qu’il pensait s’être endormi avec un paysage aride, montagneux, désertique à sa fenêtre, le lendemain, il peut admirer un paysage verdoyant, bucolique, dans lequel des travailleurs agricoles s’attèlent à leur tâche. Son hôte lui fournit une explication plausible dans le fait qu’il a été le jouet d’une mystification la chambre deux étant meublée pareillement que la chambre une. Il fait également la connaissance de Gretchen dont la ressemblance étrange avec Hélène, sa défunte femme, le trouble. Et dans la nuit une forme blanche s’introduit dans sa chambre, se couche près de lui et le mord dans le cou.

Le lendemain alors qu’il fait part de sa mésaventure nocturne, le châtelain, comte de Holdengrasburg, lui démontre qu’il s’est tout bêtement blessé avec son épée. Nossac s’éprend de Gretchen et décide de l’épouser alors qu’il devait s’engager avec Roschen. Et le fantôme vampire rôde toujours.

Mais d’autres aventures l’attendent, notamment lorsqu’il rejoint la France et qu’il doit partir pour la Bretagne, en son domaine où est enterrée Hélène. Là encore il fera la connaissance d’un châtelain, de sa fille Yvonnette et d’une cousine créole qui elle aussi ressemble à s’y méprendre à Hélène. De plus le fiancé d’Yvonnette est le sosie de Samuel, l’un des fils du châtelain teuton.

 

La force de ce roman tient en cette troublante histoire qui semble se dérouler comme sur le fil du rasoir, jouant avec le crédible et l’invraisemblable.

Un jeu de miroir qui confine à la mystification, qui pourrait passer pour une vengeance, n’était la présence du marquis de Simiane pour remettre en selle le baron de Nossac lorsqu’il pense devenir fou.

Tout s’enchaîne toutefois avec une logique imparable et Pierre Alexis Ponson du Terrail ne mérite pas les reproches négatifs éhontés qui lui sont attribués. Combien de personnes daubent sur son style brouillon, alors que dans ce texte rien ne transparaît comme erreurs, bourdes, et autres pataquès dont on se gausse, à tort.

Ponson du Terrail joue avec son héros en le manipulant, l’entraînant dans des pistes qui s’avèrent fallacieuses dans un parcours du combattant semé d’embûches. Il lui propose des indices qui peu après sont subtilement démontés, remplacés par d’autres tout aussi trompeurs. Mais l’auteur ne se trompe pas en chemin, il ne se fourvoie pas dans son histoire, respectant sa logique. Et le lecteur ne peut le prendre en défaut dans son récit machiavélique.

Pourtant il est à l’aube de sa carrière, et ce ne sera que quinze ans plus tard que Paul Féval jouera dans le même registre parodique du vampire dans La ville vampire. La construction est habile et l’épilogue ne manque pas de saveur. Un véritable régal pour les amateurs de fantastique ainsi que pour ceux qui préfèrent les romans cartésiens.

Jean-Baptiste Baronian écrit dans sa préface que tout comme Le Chambrion, Un crime de jeunesse, et quelques autres qui n’excèdent pas 300 pages, ces romans n’ont presque pas pris une ride : tout y est ramassé, rapide, riche de surprises et d’agréments. Du roman romanesque pur qui défie certes la véracité et la haute psychologie mais où l’on se laisse conduire de plein gré, comme au milieu d’un labyrinthe féérique, entraîné par le seul fil de l’imaginaire. Et, tout compte fait, il n’y a que l’imaginaire pour enjamber le temps sans le moindre faux pas.

Relire ce roman et quelques autres, va à l’encontre des préjugés qui entourent ce romancier prolifique dont une très grande partie de l’œuvre est occultée par les Aventures de Rocambole, une saga qui s’étend sur plus d’une dizaine de romans.

Réédition : Editions Joëlle Losfeld. Parution 7 mai 1999. 270 pages.

Réédition : Editions Joëlle Losfeld. Parution 7 mai 1999. 270 pages.

PONSON du TERRAIL : La baronne trépassée. Collection Bibliothèque Marabout Fantastique N°574. Editions Marabout. Parution 1975. 256 pages.

Partager cet article
Repost0
2 mars 2020 1 02 /03 /mars /2020 05:23

Comme sur les réseaux dits sociaux ?

Clive BARKER : Le jeu de la damnation

Dans Varsovie en ruines, parmi les Russes qui viennent de libérer la ville et les survivants polonais, parmi la désolation, parmi les décombres, la famine, existent des distractions parfois morbides.

Le sexe et les sports, si on peut appeler sport les combats de chiens faméliques, sont les principales occupations des troupes libératrices. Dans cette faune barbare, vivent des prédateurs, des voleurs, des joueurs, qui espèrent réaliser quelques substantiels profits.

Whitehead, le voleur, entend parler d’un mystérieux joueur de cartes qui a la réputation de ne jamais perdre, même une seule partie. Whitehead n’a plus qu’une seule obsession : rencontrer, affronter, et détrôner ce roi du jeu et des cartes.

 

Près de quarante ans plus tard, en Angleterre.

Marty Strauss végète depuis plus de six ans dans la prison de Wandsworth. Aussi, lorsqu’il est contacté par Will Toy, secrétaire de Whitehead, richissime magnat de la corporation pharmaceutique, afin de devenir le garde du corps de celui-ci, il n’a qu’une idée en tête : sa prochaine libération.

Mais dans cette prison dorée, d’étranges événements se déroulent que Marty ne peut juguler. Un inconnu pénètre une nuit dans la propriété pourtant équipée d’un système vidéo, de barrières électriques, de murs électrifiés. Blessé, mordu en plusieurs endroits par les molosses qui rôdent dans le parc, l’inconnu est soudain entouré d’une lumière vive puis il disparaît sans que Marty puisse le retenir.

Marty dont la femme Charmaine ne désire plus la présence temporaire ni même une visite, fait la connaissance de Carrys, l’énigmatique fille de Whitehead. Cet amour naissant de part et d’autre se trouve contrecarré par Mamoulian, l’inconnu du parc.

Mamoulian qui harcèle Whitehead et tous ceux qui l’approchent, à cause d’une dette, d’un pacte, d’une promesse non tenue. S’immisce alors dans la propriété une sourde angoisse, et au cours d’une nuit orgiaque, c’est l’horreur.

 

Cette histoire terrifiante va crescendo dans l’épouvante, en un combat atroce, effroyable, sans concession de part et d’autres de chacun des deux principaux protagonistes. C’est le conflit, la guerre entre deux antinomies, entre la vie et la mort, entre l’être et le néant.

Clive Barker, dans ce roman à l’écriture parfois insoutenable, prouve qu’il était à l’époque de la parution de ce roman, l’un des nouveaux maîtres britanniques du roman d’horreur, de suspense, de fantastique moderne, comme le signale si justement et avec admiration Stephen King.

 

J’ai Lu août 1989 N°2655

J’ai Lu août 1989 N°2655

J’ai Lu novembre 2000 N°2655

J’ai Lu novembre 2000 N°2655

Clive BARKER : Le jeu de la damnation (The Damnation Game – 1985. Traduction de Jean-Daniel Brèque). Collection Spécial Suspense. Editions Albin Michel. Parution janvier 1988. 456 pages.

ISBN : 2-226-03090-5

Rééditions : J’ai Lu août 1989 N°2655 et J’ai Lu novembre 2000 N°2655.

Partager cet article
Repost0
29 février 2020 6 29 /02 /février /2020 05:55

Un héros inépuisable !

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 5.

Nul mieux que Brice Tarvel pouvait devenir, sans conteste possible, le nouveau biographe officiel d’Harry Dickson.

De par son imaginaire, son sens de l’intrigue, sa linguistique riche, son sens de l’humour à froid, il incarne la continuité et en même temps le renouvellement dans des historiettes qu’auraient pu rédiger le Maître de Gand. Mais peut-être avec plus de dérision et le côté débonnaire de celui qui ne se prend pas au sérieux, sans pour autant se moquer de ses lecteurs.

 

Deux nouvelles enrichissent la liste déjà conséquente que Brice Tarvel consacre à ce héros né, comme bien d’autres, de l’imaginaire teuton et dont la saga fut réécrite ou imaginée par Jean Ray et quelques continuateurs dont Gérard Dôle et Robert Darvel : La forêt des dieux et Les voleurs d’ombres.

 

La forêt des dieux :

Lorsque la brave Vespasia Plimpton aperçoit de sa fenêtre, qu’elle avait ouverte non par curiosité mais pour y déposer sur le rebord une délicieuse et odorante tarte aux orties fumante, un homme courir comme un gamin et affublé, à la façon d’un Peau-rouge de cinéma à demi-nu, de plumes et autres objets vestimentaires tel un sauvage et s’enfoncer dans la forêt proche, Vespasia est estomaquée par ce comportement étrange déployé par un homme pourtant bien connu des habitants de Crowborough puisqu’il s’agit de l’apothicaire du village.

Elle fait part de sa vision à son mari Timothy, un vieil homme cloué dans un fauteuil roulant suite à une blessure récoltée lors de la guerre des Boers en Afrique du Sud. A l’épicerie du village, les langues vont bon train entre les commères qui lisent la gazette locale. La fille du garagiste a eu le crâne fracassé alors qu’elle cueillait en toute innocence des cryptogames. Naturellement la faute en incombe à un rôdeur malveillant, une supposition rapidement établie lorsque l’on ne sait rien des événements. Et pourquoi ce rôdeur ne serait-il point l’auguste Augustus, l’apothicaire, comme le suggère Vespasia, puisqu’elle l’a vu brandissant une sorte de hache ?

L’épicière avance une solution fiable. Son commis est apparenté avec Mrs Crown, la gouvernante d’Harry Dickson, le Sherlock Holmes qui n’est pas de papier. Aussitôt prévenu par téléphone, non portable, le célèbre détective se rend dans la charmante localité en compagnie de son apprenti aide-assistant, Tom Wills. Leur premier réflexe est de se rendre au poste de police afin de s’entretenir avec le pharmacien placé en geôle. Celui-ci éructe des mots incompréhensibles qui pourraient être des éléments de langage des habitants du Yucatan. Et dans sa vitrine trône une statuette de Yum Cimil, le dieu de la mort des Mayas. Et ce n’est pas tout car d’étranges effigies effrayantes sont érigées un peu partout dans la forêt, jusqu’à un manoir construit sur une île au milieu de l’étang communal, ce qui n’est pas commun. Une lettre émanant du frère du châtelain incite les deux détectives à se rendre au pays des Mayas.

 

Les voleurs d’ombres

Imaginez qu’un jour, alors qu’il fait beau et chaud, ou inversement, un individu marche par inadvertance sur votre ombre, la recueille et l’emporte chez lui. Un phénomène qui se produit par deux fois dans le quartier londonien de Peckham.

C’est ce qui arrive à Basil (Où vas-tu Basil… ?) Dobson qui vient de perdre son meilleur ami, noyé au cours d’une partie de pêche. Il a besoin d’un costume neuf pour enterrer son copain mais il est désargenté. Avec cette ombre qui ressemble à un morceau de tissu, il pense que sa femme va pouvoir lui confectionner l’habit adéquat pour cette cérémonie funèbre.

Au début de son récit, sa tendre épouse ne croit pas en ses racontars, d’ailleurs son haleine alcoolisée ne plaide guère en sa faveur, mais elle est bien obligée d’avaler cette fable. Les deux coupons de tissu, enfin prétendus tels, sentent la poussière et la miction canine.

Seulement ce tissu transformé en ébauche de costume possède une propriété qui se traduit par des fourmillements, et provoque des envies. Il faut absolument que Basil possède un bouquet de fleurs et un sifflet. Les dits objets en main, Basil retrouve sa sérénité.

Des individus peu scrupuleux l’ont aperçu alors qu’il ramassait à terre ce faux tissu ombré, et un malfrat nommé la Fouine Rouge s’introduit de façon fracassante chez le couple Dobson et oblige l’homme à lui remettre ses chaussures. Car c’est une chose sûre, les souliers sont magiques, comme si du chewing-gum était collé sous les semelles, retenant les ombres vagabondes. Et la Fouine Rouge a bien l’intention d’en faire un commerce pas forcément équitable.

Harry Dickson et Tom Wills sont amenés à enquêter sur ces étranges procédés car l’appétit de la Fouine Rouge et ses comparses est insatiable et provoque de nombreux incidents qui dégénèrent.

 

Deux historiettes, l’une rurale, l’autre urbaine, fertiles, comme l’imagination de l’auteur, en rebondissements et qui retiennent l’attention du lecteur, qui en redemande, par leur brièveté et leur densité, leur force d’évocation.

 

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 5. Collection Absinthes, éthers, opiums N°52. Editions Malpertuis. Parution novembre 2019. 146 pages. 12,00€.

ISBN : 978-2917035726

Partager cet article
Repost0
28 février 2020 5 28 /02 /février /2020 05:32

Comme il est difficile parfois d’assumer son métier de journaliste !

Fredric BROWN : La nuit du Jabberwock

Propriétaire, rédacteur en chef, journaliste du Carmel City Clarion, Doc Stoeger aimerait bien que pour une fois, une seule fois, les nouvelles à publier dans son journal soient de vraies informations.

Des informations, des relations d’événements dignes d’être éditées, et non de vulgaires bouche-trous ou des marronniers, répétitions d’articles des années précédentes.

Mais à Carmel City, il ne se passe jamais rien d’intéressant, de passionnant, pour un journaliste.

Cette nuit là pourtant, qui s’annonçait particulièrement calme et monotone, va se révéler comme une nuit où tout peut arriver : un amateur de Lewis Carroll, des gangsters de Chicago, un ami qui disparait, un fou qui s’évade de l’asile, une banque qui est cambriolée…

Une première page de journal, la fameuse Une, qui change au fil des heures pour se retrouver aussi terne et creuse qu’en début de soirée.

 

Ce célèbre roman de Fredric Brown, dans lequel le policier et le fantastique se côtoient, se marient, d’une façon admirable, ce roman est considéré à juste titre comme un classique et son chef d’œuvre.

La nuit du Jabberwock est à la croisée des chemins de l’œuvre de Fredric Brown, tenant une place à part, indéfinissable, inclassable. Et selon les différentes rééditions, il se trouve aussi bien catalogué policier que fantastique.

L’alcool y tient une grande part, comme dans bon nombre des romans de Fredric Brown, mais il ne peut être tenu pour responsable des événements qui s’écoulent. Tout au plus peut-il expliquer un certain raccourcissement dans le temps.

Entièrement imprégné de l’ombre de Lewis Carroll, d’Alice au pays des merveilles et de A travers le miroir, ce roman est un miroir déformant.

Le lecteur est en droit de se demander si tout repose justement sur l’interprétation des écrits du mathématicien anglais, ou si tout n’est que coïncidence fortuite due à l’imagination du héros malgré lui.

Première édition J’ai Lu. Parution 4e trimestre 1975.

Première édition J’ai Lu. Parution 4e trimestre 1975.

Réédition Editions Terre de brume. Collection Terres mystérieuses N°16. Juin 2005.

Réédition Editions Terre de brume. Collection Terres mystérieuses N°16. Juin 2005.

Réédition Rivages Noirs N°634. Octobre 2008.

Réédition Rivages Noirs N°634. Octobre 2008.

Fredric BROWN : La nuit du Jabberwock (Night of the Jabberwock, 1951. Traduction de France-Marie Watkins). Collection J’Ai Lu Policier N°625. Editions J’Ai Lu. Parution mars 1988. 224 pages

ISBN : 2-277-11625-4

Partager cet article
Repost0
16 février 2020 7 16 /02 /février /2020 05:18

Y’a pas photo !

John LEE : Pris sur le fait

Un journaliste se doit d’être toujours au bon endroit, au bon moment !

Se réveillant d’une mémorable cuite, Brian Douglas, photoreporter américain en poste à Madrid, décide de combattre son mal de cheveux en ingérant un cognac, ou plusieurs, au bistrot de son ami Pablo.

Il n’est pas en fonds, comme à son habitude, et déguste son breuvage en examinant les consommateurs. Dont trois attablés un peu plus loin. Un homme maigre et âgé, un gros à lunettes noires, et un jeune homme à qui sont remis deux enveloppes. Une blanche contenant de l’argent, et une bistre plus épaisse. Malgré son handicap éthylique, Doug, qui ne se sépare jamais de son matériel photographique dissimulé sous sa veste, fixe sur la pellicule ces drôles de paroissiens. Puis les consommateurs se séparent et peu après Doug entend le bruit caractéristique de coups de revolver.

Immédiatement il se rend sur le lieu à l’origine des bruits et aperçoit un homme à terre, abattu par des policiers, et un autre, tout aussi mort, dans une voiture. Naturellement il veut savoir ce qu’il s’est passé et raconte grosso modo à un policier les événements précédents. Aussitôt il est emmené au poste, en présence de policiers et du capitaine Marroquin. La garde à vue se prolonge car il est obligé de raconter à multiples reprises ce qu’il a vu et entendu, le cas échéant, dans le bistrot.

Au bout d’un long moment qui se décompte en heures, il est mis en présence de l’un des consommateurs, l’homme à lunettes noires, qui accompagne le capitaine Marroquin. Les deux hommes semblent être de mèche. Alors Doug décide de leur fausser compagnie, en s’aidant de son appareil photographique qui lui sert d’arme improvisée, s’empare du pistolet de Marroquin, et parvient à s’échapper.

Il rentre précipitamment chez lui pour développer ses photos puis décide de joindre téléphoniquement son responsable d’agence mais celui-ci est en déplacement dans le sud de l’Espagne, à Malaga. Dépité il informe un de ses collègues, qu’il n’apprécie guère, mais tant pis. L’info prime avant tout.

Deux hommes veulent s’introduire chez lui mais il parvient à leur échapper grâce à un voisin compatissant, sans oublier son matériel, puis il demande à un ami de lui prêter son véhicule. Direction Malaga mais tout ne se passe pas comme il l’aurait souhaité.

Des hommes l’attendent déjà, les mêmes que ceux qui voulaient l’appréhender chez lui. C’est le début d’une course infernale afin de leur échapper et alors qu’il fait du stop il est pris en charge par une jeune femme, un Française qui habite une maison cachée dans la nature. Léa, c’est son nom, vit seule avec une servante, et entre deux amants de passage, et une relation épisodique avec son vieux propriétaire, elle occupe son temps à peindre. Mais c’est son problème. Elle se conduit un peu comme une infirmière mentale envers Doug qui lui narre ses ennuis.

Elle décide de l’aider mais les reîtres qui poursuivent Doug sont toujours sur leurs traces. D’Algésiras à Madrid en passant par Cordouan et autres étapes, en voiture puis en train, Léa va servir de mentor, d’accompagnatrice, de soutien moral, charnel aussi. Les deux fuyards accumulent les péripéties et les dangers. Mais Doug a réussi toutefois à glaner quelques informations en s’introduisant chez l’un des protagonistes et en dérobant quelques documents compromettants. Doug a mis les pieds dans le plat d’une association qui se nomme la Nouvelle Phalange.

 

De John Lee, l’auteur, on ne sait que peu de choses. La quatrième de couverture précise qu’il est né en 1931 dans l’Oklahoma Diplômé en journalisme par l’Université du Texas, il devient professeur de l’Université Américaine de Washigton. Il travaille aussi comme rédacteur et photographe pour des journaux de Fort Worth et Denver et ses photos ont paru dans des centaines de magazines et des milliers de quotidiens partout dans le monde. Il a aussi passé un an comme reporter-photographe indépendant en Espagne et c’est évidemment ce séjour qui donne à son roman Pris sur le fait son inimitable accent de vérité.

Faut-il se fier à ces informations ? Personnellement je n’ai rien trouvé concernant John Lee sur la toile, mais après tout a-t-il pris un pseudo pour rédiger son roman.

A moins que ce soit un romancier français qui a écrit ce livre, et pourquoi pas Bruno Martin lui-même, car ou c’est un ajout personnel, ou c’est un auteur français qui se cache sous le nom de John Lee, mais que penser de cette phrase ?

Quatre lettres, S.P.Q.R. Je connaissais ce symbole. Il me rappelait l’école, et ces bêtises, « La Gaule est divisée en trois parties… » S.P.Q.R. Senatus Populusque Romanus.

Ah bon ? Les jeunes élèves Américains apprennent l’histoire de La Gaule ?

Sinon, l’intrigue se déroule à la fin des années 1960 et le Caudillo fait figure de personnage emblématique sans apparaître. Il ne s’agit pas d’une diatribe ou d’un constat politique, seulement d’un prétexte. L’auteur ne prend pas partie et il ne se pose pas en censeur du Franquisme. Il met juste en situation la Nouvelle Phalange, une organisation qui veut combattre Franco et ses amis, mais dont on ne connait ni les tenants ni les aboutissants.

Mais, soit l’auteur est réellement photographe et il décrit son parcours professionnel, soit l’auteur s’est renseigné sur la technique du développement des clichés, et c’est convaincant. Mais ça, c’était avant, du temps de l’argentique, une période quasiment révolue.

John LEE : Pris sur le fait (Caught in the Act - ? Traduction de Bruno Martin). Collection Grand Roman. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1970. 316 pages.

Partager cet article
Repost0
15 février 2020 6 15 /02 /février /2020 05:26

En route vers le Grand Nord !

Brice TARVEL : Astar Mara. Les chemins d’eau

La jeune Nalou s’est enfuie du château des de Kydd, prenant l’apparence d’un jeune garçon, tentant d’échapper aux serviteurs du comte qui la poursuivent. Elle s’est emparée d’un curieux bijou appartenant à la comtesse, une femme qui selon les dires, serait une sirène.

Ce bijou en or est un gros médaillon attaché à une chaîne et qui contient trois écailles de Thélès, une authentique sirène réputée comme la Lorelei des rivages de l’île de Skarlum. C’est ce que lui apprend un regrattier de la petite ville de Tolldubh à qui elle pensait pouvoir vendre sa relique. Selon l’homme, qui refuse d’acheter cet objet, les écailles qu’il contient auraient un pouvoir maléfique.

Nalou est originaire de l’île de Paxanie et elle était partie à la pêche en compagnie de son père à bord d’un léger esquif. Mais sous l’action conjuguée du vent et des vagues, l’embarcation a chaviré. Elle s’est retrouvée comme bonne à tout faire, misérable Cendrillon au château du comte de Kydd, une condition qui lui pesait et a dicté son geste.

La figure de proue d’un navire représentant un aigle prenant son envol l’attire. L’aigle d’écume ressemblance plus à un derelict pirate qu’à un navire fendant fièrement les flots mais à défaut de grives, on mange des merles comme l’affirme un dicton populaire. Alors elle décide de monter à bord et de se cacher dans l’une des cales. Elle est découverte par Pinoche, le maître-queux qui la prend sous sa protection et se rend vite compte qu’il n’est pas en face d’un moussaillon. Et afin de la faire passer pour un adolescent, il lui colle sous le nez une fausse moustache fabriquée à l’aide de poils de chèvre.

La frégate est sous les ordres du capitaine Robuck, surnommé Blanc d’œuf, dont la particularité est d’être albinos. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir ses hommes à l’œil. Nalou, devenue Nalim grâce à Pinoche, est présentée au capitaine. Elle ne met longtemps à se faire accepter car une petite voix résonne dans sa tête. Elle signale des rochers dans les eaux de la Mer Grise, ce qui aurait occasionné sinon un naufrage au moins des dégâts importants au navire. Ces rochers sont connus et donc cette information n’est guère nouvelle, mais elle signale également un autre bâtiment dans leur sillage. Il s’agit du Flamboyant, la goélette du comte Cormag de Kydd, avec la comtesse-sirène à bord.

L’aigle d’écume vogue vers les îles Crève-cœur. Selon une légende maritime, une portion de la Lune se serait décrochée, s’enfonçant dans les eaux froides, possédant la particularité d’être un gisement d’or. Nalou se fait des amis à bord, dont le mousse, et plus particulièrement Gowan, un gabier intrépide. Mais d’autres marins ne prisent guère, sauf leur tabac, la présence à bord d’une femme, d’une pisseuse, et l’animosité se fait jour même en pleine nuit.

Les aventures ne vont pas manquer de se manifester au cours de ce voyage périlleux. Selon toujours une légende, des navires à vapeur, des reliques qui sillonnaient les mers avant le Grand fracas qui s’est produit des décennies auparavant anéantissant la plus grande partie de cette terre, seraient toujours en exercice, de même qu’un mystérieux paquebot transportant des centaines de passagers.

Les rencontres inopinées, à commencer par la vieille Lettice, la mère de Blanc d’œuf, pardon, du capitaine Robuck, qui ne quitte pas la cale dans laquelle elle survit, celle de celles des trois sœur Virebotte recueillies sur une île, ne manquent pas, et les dangers s’enfilent comme les grains sur un chapelet, provoquant des remous et même un début de mutinerie. Et le Flamboyant est toujours dans leur sillage !

 

Roman d’aventures maritimes, Astar Mara nous transporte dans une époque qui loin d’être révolue pourrait bien devenir notre avenir. Celui du Grand Fracas, une forme d’apocalypse qui s’est produite dans des conditions non élucidées mais qui est toujours prégnante dans les esprits.

Mais Brice Tarvel joue avec le lecteur, l’entraînant dans le sillage de la pétulante Nalou, et propose des images venues d’ailleurs et d’hier.

Comme cette apparition détectée par Nalou. Celle du Paquebot avec ses passagers riant, chantant, dansant, que l’Aigle d’écume évite grâce au don et à la breloque de Nalou, puis cet iceberg qui se dresse à la proue de la frégate. Ceci me rappelle quelque chose, mais il y a si longtemps.

 

Astar Mara, c’est une succession ininterrompue d’épisodes tragicomiques dont l’eau, élément naturel récurrent dans l’œuvre de Brice Tarvel, une obsession qui se décline roman après roman. La pluie, les marais, la mer, sont présents dans chacun de ses ouvrages, et Brice Tarvel n’a pas peur de se mouiller car à chaque fois il se renouvelle. Et quelque chose me dit que nous retrouverons Nalou dans de nouvelles aventures. Quand ? Seul Brice Tarvel le sait…

 

Je dois avouer que je peine à le croire, poursuivit-il, mais, en déchiffrant des fragments de textes antérieurs au Grand Fracas, on apprend que les hommes avaient la possibilité de voyager jusque dans les airs, et cela à une vitesse inimaginable. A quoi leur a servi tout cela, puisque la haine, la détestation des uns et des autres, a fini par réduire à néant leur prodigieuses inventions ?

 

Brice TARVEL : Astar Mara. Les chemins d’eau. Collection Bibliothèque Voltaïque. Editions Les Moutons électriques. Parution le 22 août 2019. 240 pages. 19,90€.

ISBN : 978-2361835804

Partager cet article
Repost0
12 février 2020 3 12 /02 /février /2020 05:55

Peut-être est-ce un poète ?

Max-André DAZERGUES : Le Bossu est dans la Lune.

Comme bien souvent, la mer est démontée dans les parages de l’île d’Ouessant, et nul ne sait quand elle sera remontée comme le signalait Raymond Devos.

A bord de l’Armoric, le capitaine Canaille (déformation de son véritable nom de Kharnouailles mais un surnom qui n’est pas usurpé) presse ses matelots de mettre un canot à la mer. Yves Plougarel, marin de confiance, doit conduire jusqu’à une petite crique un passager qui a payé largement la traversée depuis l’Irlande. Il s’agit du Bossu, alias Martial Lucas, un insaisissable malfaiteur.

L’esquif brave les éléments et le Bossu est débarqué sur le continent, au pied des falaises à l’Anse des Farfadets. Tandis qu’Yves Plougarel attend tranquillement que son passager revienne, le Bossu grimpe l’escarpement rocheux, presqu’abrupt, puis se dirige vers une maisonnette isolée et perdue dans la nature.

Il est attendu par le professeur Foxa, un alias en référence au docteur Ox de Jules Verne, qui doit lui remettre des plans. Le savant travaille également sur l’énergie nucléaire et la bombe atomique, mais ce sont bien des documents secrets sur une fusée interplanétaire que le Bossu achète pour le compte d’une tierce personne.

Deux hommes sur la falaise surveillent les horizons, cachés derrière des rochers. Ils remarquent le bateau stationné, puis le débarquement de la chaloupe et la montée du Bossu. Marco, l’un des deux hommes, descend le raidillon, surprend Yves Plougarel qui attend le retour du Bossu et il l’assomme. Puis il rejoint son compère Andy et les deux hommes se dirigent vers la maisonnette du docteur Foxa. Ils croisent le Bossu qui ne les voit pas et redescend vers l’Anse des Farfadets, puis ils s’introduisent chez le savant et l’embarquent à bord d’un véhicule. Ils déclarent qu’une certaine madame Hetlinger, malade, le réclame à Rennes.

 

Peu avant, à Paris au siège de la Police Judiciaire, une jeune fille prolongée, Mlle Berges, fait tout un foin. Elle désire parler à l’inspecteur Courtois, qu’elle connait bien pour l’avoir eu comme locataire quelques temps auparavant. Elle désire signaler la disparition de sa nouvelle locataire, une certaine madame Hetlinger, qui n’a pas donné de ses nouvelles depuis quatre jours. Elle applique la consigne que cette dame avait donnée. Le commissaire Guerlandes, amusé, assiste à cet entretien. Et c’est ainsi que les deux policiers se rendent à Rennes à la recherche de cette fameuse dame.

 

Roman policier et roman d’espionnage, Le Bossu est dans la lune est la septième aventure de Martial Lucas alias le Bossu narrée dans cette collection Le Verrou.

Un roman qui ne manque pas de péripéties, de rebondissements en tous genres, avec des personnages qui se croisent, ne se voient pas, s’ignorent presque, qui ne se connaissent pas, et qui agissent pour des raisons personnelles, distinctives, interférant par la bande. Un roman qui pourrait être la somme de deux histoires qui se rejoignent via le personnage du Bossu, individu bien connu des services de police et plus particulièrement du commissaire Guerlandes et de l’inspecteur Courtois.

A mon avis, ce n’est pas le meilleur de Max-André Dazergues, mais c’est toutefois un roman plaisant à lire, qui permet de passer le temps agréablement, ce qui était bien le but des publications populaires.

 

Max-André DAZERGUES : Le Bossu est dans la Lune. Collection Le Verrou N°66. Editions Ferenczi. Parution 2e trimestre 1953. 96 pages.

Partager cet article
Repost0
10 février 2020 1 10 /02 /février /2020 05:57

Y’a un truc !

Paul FEVAL Fils : L’escamoteur de femmes.

Trois enlèvements de jeunes filles se produisent quasiment simultanément en trois endroits différents et les journaux relatent abondamment cette affaire qui met en transe bon nombre de personnages.

En premier, il s’agit de la disparition mystérieuse d’Yvonne de Pergartin, fille du comte et député résidant à La Chapelle-sur-Erdre en Loire-Inférieure, ancienne appellation de la Loire-Atlantique. Alors qu’elle s’apprêtait à se marier avec le vicomte Gérard de Sousgarde, elle regarde son fiancé et s’évanouit. Le jeune homme prend précipitamment la jeune fille dans ses bras et l’emporte dans sa chambre. La porte est enfoncée et personne dans la pièce. Disparue Yvonne ! Le vicomte est retrouvé un peu plus tard évanoui dans une autre pièce. Et des relents de chloroforme se dégagent.

En Italie, c’est une jeune nonne, Carlotta Borgerelli fille d’un puissant industriel, qui devait prendre le voile qui disparait dans des conditions tout aussi mystérieuses dans la chapelle où devait se dérouler la cérémonie. A Londres selon le même principe et dans des conditions similaires, Maud Samseton, la fille d’un riche banquier, est enlevée.

Trois affaires qui ont toutefois quelques points communs dont la presse se fait l’écho. Lors de l’enlèvement d’Yvonne, une auto noire a été vue dans les parages, en Italie un avion peint de la même couleur et en Angleterre, un navire quittant les eaux de Brighton. Trois moyens de transports différents mais tous de couleur noire. Et les trois jeunes filles vont voyager ensemble mais séparément, c’est-à-dire qu’elles seront confinées chacune dans une cabine, pour être emmenées dans une bâtisse bien gardée sur une île de l’Océan Atlantique.

Mais cette affaire ne s’arrête pas là car le coffre-fort du notaire de la famille de Pergatin a été cambriolé. Les policiers locaux préfèrent passer la main à la Police Judiciaire parisienne et deux inspecteurs sont dépêchés à la Chapelle-sur-Erdre pour mener leur enquête.

Et à l’Agence L’œil à Tout, les événements sont suivis attentivement par le patron de l’agence de détectives, Bernard Curville. Cette officine privée possède de nombreuses agences de par le monde. Tout en classant des dossiers, aidé par sa secrétaire la belle Violette Dreux, il écoute les messages diffusés sur un petit poste TSF, messages dont la teneur est relative à des hirondelles convoyées par mer et arrivées dans une île. Surnommé l’Homme à la pince, d’après une affiche publicitaire vantant les mérites de Curville à qui aucun secret ne résiste, le détective est satisfait.

 

Changement de décor et d’époque. Vingt ans auparavant, à Paris.

De Pergartin, Borgerelli et Samseton étaient étudiants à Paris et surtout ils étaient amis. Dans leur sillage ils traînaient Yves de Trévenec, lui aussi étudiant. Ils étaient surnommés les Mousquetaires, Trévenec endossant quelque peu le rôle de d’Artagnan. Invités par de Pergartin chez son oncle le comte de Buittieux, un riche nobliau de province, ils se rendaient parfois à La Chapelle-sur-Erdre. Trévenec fit la connaissance de Solange la fille du comte et les deux jeunes gens étaient liés par un sentiment amoureux. Mais le comte refusa l’idée de ce mariage et exigea des fiançailles officielles avec de Pergartin. Seulement Solange fut enlevée dans des conditions mystérieuses deux jours plus tard le comte était mortellement blessé avec un couteau. Avant de décéder il eut le temps de léguer sa fortune à de Pergartin. Yves de Trévénec fut accusé du crime et Solange informée des événements dans sa retraite refit son apparition, se mariant alors avec son cousin. De Trévenec fut appréhendé et envoyé au bagne en Guyane malgré ses dénégations.

C’est en substance ce que narre le procureur général Gouchard au ministre de l’Intérieur. Cette affaire s’était déroulée en 1912, dont il fut chargé de l’instruction. Comme elle refait surface, il demande qu’exceptionnellement, sa fonction de procureur lui soit retirée et qu’il soit nommé juge d’instruction pour instruire cette nouvelle affaire d’enlèvements des filles des anciens amis. Des amis qui d’ailleurs ne se parlent plus, s’ignorent même depuis l’assassinat du comte vingt ans auparavant.

Déporté au bagne, à Cayenne, Yves de Trévedec n’est pas un forçat comme les autres. Affable, prêt à rendre service, discipliné, il sait se faire aimer aussi bien de ses codétenus que des matons et même du directeur de l’établissement. Grâce à ses notions de médecine il sauve même la fille de monsieur Bouvet et celui-ci, en reconnaissance l’aide à s’évader. Et c’est ainsi qu’Yves de Trévedec découvre un placer dans la jungle et peu à peu il construit sa fortune.

Aidé par des amis dévoués, il devient Joao Marco, riche Portugais et il fréquente assidument ou échange des informations avec notamment Curville, le détective surnommé L’homme à la pince.

 

On ne peut s’empêcher en lisant ce roman de penser aux feuilletonistes célèbres que furent Alexandre Dumas, Michel Zévaco, Paul d’Ivoi, et bien d’autres, par cette fougue qui anime l’auteur, son imagination, ses délires et son côté fantasque, par une légère approche de la fiction scientifique avec des inventions qui plus tard deviendront réalités.

Naturellement, le personnage d’Yves de Trévenec possède un lien évident de parenté littéraire avec Edmond Dantès, le fameux comte de Monte-Cristo, mais pas que. La vengeance qui l’anime, cette richesse qu’il se constitue, ce retour sous une identité d’emprunt forment le socle de cette intrigue. Et comme dans tout bon roman d’aventures, se greffe une histoire d’amour, le petit plus savoureux qui offre une pause dans toutes ces péripéties débridées. Sans oublier l’humour qui se révèle par-ci par-là afin de dédramatiser certaines situations.

Roman d’aventures, roman policier, roman de frissons et d’angoisse, de suspense, L’escamoteur de femmes est tout cela à la fois, et de nos jours on pourrait le classer dans le genre Frileur (ou Thriller pour les puristes anglophones) même si certains osent déclarer qu’ils ne lisent jamais ce genre d’ouvrages. A croire qu’ils ne connaissent pas la signification exacte de Thriller dont au cinéma le plus célèbre représentant est bien évidemment Alfred Hitchcock.

 

 

Paul FEVAL Fils : L’escamoteur de femmes. Roman posthume. Collection Les Grands Romans. Editions Albin Michel. Parution 8 décembre 1941. 192 pages.

Partager cet article
Repost0
25 janvier 2020 6 25 /01 /janvier /2020 05:27

Ô rat, ô désespoir… !

Bram STOKER : L’enterrement des rats et autres nouvelles.

Le nom de Bram Stoker est indéfectiblement lié à celui de Dracula. Pourtant cet écrivain britannique, d’origine irlandaise, n’a pas écrit que ce roman emblématique de la littérature fantastique du XIXe siècle.

Il est également l’auteur de quelques nouvelles hautement recommandables dont les quatre qui figurent dans ce recueil et mettent en avant des thèmes différents, dont le fantastique n’est pas le moteur principal.

C’est l’horreur, le frisson, la terreur, la frayeur et l’angoisse qui imprègnent ces quatre textes dont la teneur n’est aucunement atteinte par la limite d’âge. En effet parfois, on peut lire, découvrir des nouvelles, et des romans, qui suintent d’une sorte de rance parce qu’elles ont mal vieillies. Où qu’elles reflètent un temps révolu. Ce n’est pas le cas avec Bram Stoker qui défie le temps, et dont les continuateurs ne font que reprendre des idées en les adaptant dans un langage plus en adéquation à notre époque certes mais parfois avec moins d’élégance. Mais bien évidemment, ceci que mon appréciation personnelle, et nul n’est obligé d’adhérer.

 

Dans L’enterrement des rats, le lecteur est invité à se rendre dans la banlieue sud de Paris, à Montrouge exactement. En ce temps là, cette commune dépendait en partie de la capitale mais le quartier qui nous intéresse s’étendait en dehors des fortifications. De nombreux endroits étaient restés à l’état sauvage, une étendue en friche couverte de misérables baraquements construits de bric et de broc, et habités par des miséreux, la plupart du temps des chiffonniers.

C’est dans cet univers que le narrateur, qui qualifie cet endroit de Cité des Ordures, déambule, s’arrêtant parfois, liant la conversation avec les résidents, qui se montrent aimables ou non. Il visite quelques-unes de ces masures, et récolte au gré de ses conversations des histoires à faire frémir. Mais tout ce petit monde ne se montre pas aussi prolixe, et parfois, il se demande s’il ne vaut mieux pas côtoyer les rats qui fourmillent jusque dans les bicoques que ces personnages à l’aspect aussi crasseux que leur âme.

 

Une prophétie de Bohémienne prend sa genèse sur un terrain communal où se sont installés des forains. Après un repas arrosé, les protagonistes décident de se rendre sur les lieux qui jouxtent leur maison, et se laissent prendre au jeu de la divination. En effet, une Bohémienne leur propose de lire les lignes de la main, mais pour l’un d’eux ses prédictions sont fort étranges. Elle déclame : Voici la main d’un assassin ! L’assassin de sa femme ! Etrange prophétie mais la Bohémienne a-t-elle fabulé, vu réellement ce qu’il va se passer, ou tout simplement été induite en erreur lors de sa prétendue vision ?

 

Passer ses vacances en Ecosse, voilà qui réjouit le brave Arthur Markam, commerçant de son état et Londonien pur jus, c’est-à-dire un cockney, l’équivalent du Parigot. Et pour faire honneur aux habitants de ce rude pays, il décide de s’habiller en costume traditionnel confectionné dans un tissu qu’il a lui-même dessiné. Il ne veut pas qu’on le confonde, avec son kilt et son tartan aux couleurs multicolores, avec l’un des représentants de cette fière contrée et qu’on l’accuse de s’être emparé des couleurs d’un clan ou d’un autre. Et c’est ainsi qu’il rejoint l’Ecosse, accompagné de sa famille, ainsi déguisé, avec épée, poignard, broche et bourse en peau de chèvre. Mais il ne faut pas jouer, lorsqu’on est touriste, avec les traditions. Et un jour, Markam se promenant, voit son double s’enliser dans des sables mouvants, Les sables de Crooken.

 

Enfin, Le secret de l’or qui croît est un aimable (?) conte que n’auraient pas renié les frères Grimm, Andersen ou encore Charles Perrault. Lorsque Margaret et Geoffroy se marient, le village est étonné, car les deux familles entretiennent une solide inimitié séculaire, ou presque. Rapidement le torchon brûle et tout est bon pour entretenir la flamme de la discorde. Et lorsque Geoffroy décide de se venger d’un affront, il n’y va pas de main morte. Il brutalise Margaret qui décède en tombant sur une pierre du foyer. Il enterre le cadavre sous le foyer mais bientôt les cheveux blonds de la jeune femme commencent à pousser entre les interstices.

 

Quatre nouvelles différentes dans le fond et dans la forme, qui souvent prêtent à sourire mais entretiennent plus l’angoisse, la frayeur et la terreur que le fantastique proprement dit, sauf dans la dernière. Mais n’est-ce que divagations dans l’esprit des protagonistes ?

Ces nouvelles ont été éditées ou rééditées à de multiples reprises dans des recueils dont notamment au Fleuve Noir, Omnibus, accompagnés d’autres nouvelles et romans.

Librio, une collection à petit prix mais qui propose de remarquables ouvrages. La fête du lecteur impécunieux !

 

Sommaire :

L'enterrement des rats (The Burial of the Rats – 1874)

Une prophétie de bohémienne (A Gipsy Prophecy – 1883)

Les sables de Crooken (Crooken Sands – 1894)

Le secret de l'or qui croît (The Secret of Growing Gold – 1897)

Bram STOKER : L’enterrement des rats et autres nouvelles. Librio N°125. Parution juin 1996. 96 pages.

ISBN : 9782277301257.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables