Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 juin 2020 6 20 /06 /juin /2020 03:57

Il y en avait une de trop !

Louis C. THOMAS : Pour le meilleur et pour le pire.

Professeur de philosophie dans une institution versaillaise, plus par occupation que par besoins financiers réels, Hervé Savenay est dans le box des accusés, soupçonné d’avoir tué sa sœur, avec laquelle il vivait dans leur maison de Saint-Cloud. Le mois de juillet commence vraiment mal pour lui.

Anne-Marie, âgée de quarante ans alors que lui en a vingt-neuf, a élevé son frère depuis la mort tragique de leurs parents. Seulement, il a commis l’impensable : il s’est marié deux ans auparavant avec Catherine. Une union qui déplaisait fortement, pour ne pas dire plus, à Anne-Marie qui a toujours considéré Hervé comme son bien. Possessive, jalouse, elle n’a jamais accepté l’intruse dans le domicile familial. Elle avait tellement couvé son petit frère que celui-ci était vierge lorsqu’il a couché pour la première fois avec Catherine, qui lui a tout appris. Mais n’entrons pas dans les détails, cela relève de la vie privée.

Or début mai, Catherine est partie avec son bagage au bout du bras, et depuis Hervé n’a jamais eu de nouvelles de sa femme. Il a demandé à une officine de détectives privés d’enquêter, payant assez grassement pour des résultats maigrelets.

Il est au bout du rouleau mentalement, d’ailleurs il est suivi par un docteur qui lui préconise des calmants susceptibles de lui remettre les neurones dans le bon ordre de marche. Et un soir, il décide de se suicider. Ni plus, ni moins, à l’aide d’une arme à feu provenant de son père. C’est à ce moment qui aurait pu être fatal et en même temps une délivrance, que surgit hors de la nuit, non pas Zorro mais un homme qui prétend s’appeler Ribérac et être détective privé.

Au compte-gouttes et promesse de gros billets à l’appui, Ribérac prétend pouvoir fournir des informations, alors que lorsqu’il était employé dans l’officine, il n’y avait jamais eu de résultats probants. Comme depuis il a donné sa démission, il est libre. Hervé accepte ce marchandage afin de pouvoir remonter la piste de Catherine et retrouver sa femme.

Anne-Marie confisque le Browning dont voulait se servir Hervé et le cache afin qu’il ne récidive. Ribérac revient à la charge et lui remet un bijou de famille qu’Hervé avait offert à Catherine. Une preuve selon le détective qui affirme avoir rencontré début mai la jeune femme. Une collègue de Catherine se manifeste, affirmant elle aussi avoir rencontré en coup de vent sa copine début mai, et bientôt entre Nathalie, c’est son nom, et Hervé, les atomes sont tellement crochus qu’ils se retrouvent dans le même lit.

 

Louis C. Thomas est, était puisqu’il est décédé le 10 mai 2003, le spécialiste du roman policier de suspense psychologique mais pas que. En effet il fut l’auteur de nombreuses pièces radiophoniques dans le cadre des Maîtres du mystère, et le scénariste de nombreux scenarii pour la série télévisée des Cinq dernières minutes.

Peu de personnages dans ce roman, comme souvent, et qui fait penser un peu à une pièce de théâtre. Tout tourne autour d’Hervé, le personnage principal, de sa sœur Anne-Marie, de Ribérac le détective privé et de Nathalie, la jolie et accueillante collègue de Catherine. Plus quelques personnages, des seconds rôles, plus particulièrement à la fin, dans le prétoire.

Et l’épilogue ne manque pas de suspense, car si Hervé est accusé d’avoir tué sa sœur, ce dont il se défend, le fantôme de Catherine est omniprésent.

 

Louis C. THOMAS : Pour le meilleur et pour le pire. Collection Les Maîtres de la Littérature Policière. Editions du Rocher. Parution février 1985. 246 pages.

Première édition : éditions Opta. 1976.

ISBN : 9782268003528

Partager cet article
Repost0
14 juin 2020 7 14 /06 /juin /2020 04:08

Un poisson d’avril qui ne manque pas d’arêtes !

Michel PAGEL : Nuées ardentes.

En ce premier avril 1976, Malvinov, le jeune assistant toutes fonctions, s’amuse à accrocher des poissons d’avril dans le dos des acteurs, des machinistes, de Francel le réalisateur du film qu’il est en train de tourner sur une plage vendéenne.

Parmi les piégés, Natacha, première assistante, qui reçoit de son amie Florence une carte postale indiquant qu’elle part à New-York avec un garçon dont elle est tombée amoureuse. Une blague car Florence est derrière elle qui se marre. Depuis près d’un an elles ne se quittent pas, surtout au lit.

Sur un yacht, non loin, la fête bat son plein. Etienne Chaffaux, le riche industriel, a convié quelques amis ou connaissances à partager le verre de l’amitié. Parmi ceux-ci, Richard d’Albret, célèbre romancier à succès, accompagné de sa nouvelle conquête et de Sharon, sa maîtresse en titre, qu’il a gardée comme on garde une poire pour la soif. Elle encaisse les avanies car elle est amoureuse de ce goujat. Autre invité, Claude Dumont, le nègre de d’Albret, qui recherche de la documentation pour l’histoire qu’il écrit pour son propre compte. Car cela lui arrive de publier, mais sans réel succès. Et il ne faut pas oublier Madeleine, la femme bigote d’Etienne Chaffaux, et ses deux enfants, Guy et Diane, à peine sortis de l’adolescence.

Diane est un peu rebelle, et belle, ce qui attise la convoitise de son oncle Richard d’Albret, qui est le frère de Madeleine. Entre les deux beaux-frères, les points de divergence et de tension sont nombreux, mais ils se rendent toutefois le soir au restaurant afin d’écluser de nombreux verres et manger un peu. Tout est dans les apparences de famille unie, ou presque.

Claude Dumont boit beaucoup, trop, et il est déjà éméché alors que le repas n’est pas entamé. Il ne peut empêcher Richard de glisser dans le verre d’Etienne, alors que celui-ci est parti soulager sa vessie, une sorte de pastille qui se dilue progressivement. Il s’agit de LSD, une drogue qui exacerbe la libido, et Etienne (à la tienne Etienne !) enfile son verre, recrachant le reliquat de cette pastille pas complètement fondue. Une blague dont les effets pervers se font bientôt sentir. Richard d’Albret signale la présence de deux jeunes femmes installées non loin d’eux. Il s’agit de Natacha et de Florence. Et le repas terminé, les digestifs surtout pour Dumont complètement paf, les trois hommes suivent les deux jeunes femmes sur la plage. Dumont assiste en spectateur incapable d’intervenir au viol, par d’Albret et son beau-frère Etienne, des deux amies. Au moins il peut enregistrer mentalement les conséquences et les comportements des deux violées pour la rédaction de son ouvrage.

 

Quelques mois plus tard, sur le plateau de tournage d’un nouveau film de Francel, une belle inconnue blonde attifée de lunettes noires, avec un petit chat noir qui répond au doux nom de Vengeance sur les épaules, se présente comme recherchant un emploi de comédienne. Il s’agit de Natacha qui a changé de nom, devenant Dany pour tous, et d’apparence physique, désireuse de se venger de la mésaventure survenue sur cette plage vendéenne. Son amie Florence depuis ce viol est en catatonie, quant à Natacha, elle s’en est remise grâce à sa volonté et son désir de vengeance.

Et c’est ainsi qu’elle va prendre dans son filet d’Albret, jouant avec ses nerfs et sa libido, le laissant sur des charbons ardents, peaufinant son scénario en attirant par son charme dans son lit Guy et Diane, se révélant une manipulatrice de charme extrêmement dangereuse pour tous ces protagonistes du drame vécu quelques mois auparavant. Pendant ce temps Florence est toujours dans le coma à l’hôpital, ressassant dans sa tête l’histoire d’une princesse prisonnière dans la tour d’un château d’un homme malfaisant et attendant d’être délivrée. Mais les pensées inconscientes de son esprit se catapultent dans l’esprit de Diane, la jeune fille ressentant parfois les mêmes affres.

Dumont, lui, écrit son histoire qui pourrait être celle de Natacha, Florence, Diane, et les autres. Comme un reflet dans un miroir.

 

Nuées ardentes, écrit en 1987, ne fut publié qu’en 1997, après avoir essuyé les refus de nombreux éditeurs pour des raisons qui n’engagent qu’eux mais incompréhensibles lorsque l’on considère la valeur de ce roman en tout point remarquable. Aussi bien dans le thème, l’écriture, la force de la narration, le déroulement de l’histoire, Natacha intervenant parfois en voix off comme on dit au cinéma, par l’addiction déclenchée, le lecteur ne pouvant poser ce livre même pour régler quelques problèmes d’intendance domestique genre se sustenter ou procéder à une miction.

Chronologiquement, il s’inscrit avant Sylvana, mettant en scène quelques personnages figurant de façon fugitive que l’on retrouvera également par la suite dans les autres ouvrages qui composent cette Comédie Inhumaine.

Tous ces romans peuvent se lire indépendamment les uns des autres, mais ils forment un tout, constituant une saga débordant largement du cadre familial, tout comme auparavant en avaient écrit Balzac dans sa série La Comédie Humaine, ou Emile Zola pour le cycle des Rougon-Macquart, dont les projets étaient de décrire une histoire sociale et naturelle d’une famille élargie mais cette fis dans un registre franchement fantastique.

Dans ce décor, dont le cinéma prend une place non négligeable, il est bon de signaler un personnage, Claude Dumont, qui s’impose comme un second rôle n’apparaissant guère mais dont la présence s’avère l’instigateur involontaire de ce drame. Encouragé il est vrai par Richard d’Albret auquel il déclare :

Je suis un écrivain, moi, pas marchand de soupe.

On peut concilier les deux. Je te l’ai dit cent fois : fais comme moi ! Une scène d’action, une scène de cul, un massacre, une scène de cul… Le massacre est même facultatif. Tu peux le remplacer par tes conneries psychologiques, si ça t’amuse. Mais pense au cul, Claude, c’est ça qui fait vendre et les éditeurs le savent aussi bien que toi et moi…

 

Quelques autres citations pour le plaisir :

Sans mentir, si les courbes de votre corps se rapportent à celles de votre visage, vous êtes le plus beau présent qu’aient jamais fait les dieux au monde.

 

La religion, c’est un truc que les gens ont inventé pour se rassurer. Il y a eu un type bien, autrefois, qui s’appelait Jésus Christ et qui transmettait un message d’amour. Ensuite, des salauds en ont fait une idéologie du sacrifice et de la répression, pour pouvoir contrôler leurs fidèles. Ce qui est mal, c’est de faire du mal, Diane, et c’est tout. Prétendre que la souffrance est meilleure que le plaisir, c’est du masochisme, pas de la piété.

 

Les personnages ne peuvent pas en savoir autant que l’auteur.

 

 

Michel PAGEL : Nuées ardentes.

Réédition Les Moutons électriques. Parution 15 mai 2020. 960 pages. 25,00€.

ISBN : 978-2-36183-620-7

Contient :

1 - Préface

2 - Sylvana.

3 - Nuées ardentes.

4 - Le Diable à quatre.

5 - Désirs cruels.

6 - Les Antipodes.

Michel PAGEL : Nuées ardentes. Collection Etoiles Vives. Orion Editions. Parution mai 1997. 256 pages.

ISBN : 2-84344-001-7  

Réédition couplée avec Sylvana. Editions J’Ai Lu N°6378.

Réédition Omnibus Les Moutons Electriques. La Comédie inhumaine Volume 1. Mai 2020.

ISBN : 978-2-36183-620-7

Partager cet article
Repost0
6 juin 2020 6 06 /06 /juin /2020 04:04

Et maux croisés ?

Odile GUILHEMERY : Portraits croisés.

Licencié, ce qui ne veut pas dire qu’il possède de nombreux diplômes mais qu’il vient d’être débauché de l’entreprise parisienne où il travaillait, Mathieu Desaulty est rentré au pays, chez papa et maman, à Berck.

Ses parents, le père ancien brigadier de police, sont octogénaires tandis que lui n’a que trente et un ans. Pour autant la différence d’âge n’est pas un obstacle insurmontable pour l’amour filial. Mathieu erre dans les rues de Berck, une habitude matinale prise dès son retour, parcourant le même itinéraire. Et ce matin là, il est abordé par un vieil homme qui lui demande de l’aider à relever sa femme qui vient d’avoir un malaise.

Mathieu se rend donc dans l’appartement du couple, qui est situé au rez-de-chaussée d’une résidence, puis la conversation s’engage tout en dégustant café et croissants. L’homme se nomme Paul Slama, et sa femme, qui approche des quatre-vingt-dix ans, se prénomme Monica. Entre eux ils parlent une langue étrange, le chelha, une langue berbère de Tunisie.

Tout comme le père de Mathieu, Paul Slama avait eu envie de partir à Chicago dans les années 1950. Le père de Mathieu jouait dans un petit orchestre de jazz, du saxo, en compagnie d’un certain Paul Ducroquet qui lui officiait à la batterie. Mais ce Paul Ducroquet est décédé comme sa femme Anna, dans un accident de voiture. Anna était la tante de Mathieu, la sœur de sa mère. Paul Slama confie également que lui et sa femme sont victimes du racisme d’une certaine Sylvette Cholu.

Une photo accrochée au mur attire l’attention de Mathieu. Il pense qu’il s’agit de la fille du couple, mais c’est Monica qui figure sur le cliché. Une Monica jeune mais le photographe ne l’a pas mise en valeur. Il s’est loupé pense Mathieu. Les confidences s’enchainent. Le couple a eu un fils, Louis, qui vit à Londres, tandis que Monica a connu son heure de gloire dans les années 50 comme modèle dans des revues de mode, pour des romans-photos, et même dans des pièces de théâtre et de petits rôles au cinéma.

En sortant de ce petit immeuble, le regard de Mathieu est attiré par la pancarte proposant la location d’un appartement, proposé par l’étude notariale de David Grandet. Les Grandet sont des familles de notables à Berck. Notaire pour Henry Grand, d’autres Grandet sont pharmaciens ou gèrent un magasin d’optique.

Or, Henry, de son nom Grandet, n’est autre qu’un ami du père de Mathieu, et faisait partie du trio de jazz, étant affecté au piano. Intrigué, Mathieu retourne dans l’entrée de la résidence. Il n’existe aucune boîte à lettres portant le nom de Slama, mais il y en a une au premier étage attribuée à Sylvette Cholu-Grandet. La fameuse Sylvette dont se méfient les Slama, et qui traîne derrière elle une réputation sulfureuse, connue comme le loup blanc à Berck.

 

Les principaux personnages sont présentés, ou presque, car d’autres évoluent dans cette intrigue qui s’avère être un puzzle, ou un labyrinthe patronymique. Une intrigue qui prend sa source dans les années 50, et pour certains épisodes un peu avant même, et dont les différentes pièces sont un assemblage de quelques familles, unies les unes aux autres par des liens familiaux ou non, mais qui possèdent ensemble un lourd passé meurtrier.

Peu à peu, le lecteur entre dans cette histoire complexe, voire compliquée, dans des allers et retours entre avant-hier et aujourd’hui, s’immisçant dans des secrets de famille, ouvrant les placards et découvrant des cadavres. Un jeu de miroir déformant que Mathieu essaie de comprendre, le passé et le présent s’amalgamant.

Un bon roman dont le suspense est maintenu, même si peu à peu l’auteur dévoile une partie de ces secrets de familles provinciales, comme des pièces du puzzle prélevées au hasard, qui s’imbriquent doucement, mais qui bientôt sont délaissées au profit d’autres pièces posées un peu au hasard dans une apparence trompeuse.

Parfois il est difficile au lecteur, je parle en mon nom personnel, de suivre tous les protagonistes de cette intrigue et il eut été bon de placer en début de roman la liste des personnages évoluant ou non, dans ce qui se transforme en partie d’échecs. Ou d’établir une sorte d’arbre généalogique, une arborescence des personnages qui parfois jouent un double jeu de substitution.

Alors entre échecs, puzzle ou labyrinthe, le lecteur a le choix du jeu qu’il préfère mais auquel il est convié par une romancière qui a maîtrisé subtilement sa mise en scène, grâce aux multiples connexions entre les protagonistes, les plaçant dans une toile d’araignée.

Odile GUILHEMERY : Portraits croisés. Le Chat Moiré éditions. Parution le 2 mai 2020. 330 pages. 11,00€.

ISBN : 9782956188346

Partager cet article
Repost0
31 mai 2020 7 31 /05 /mai /2020 04:20

Du travail au noir ?

Maurice LIMAT : Les jardins de la nuit.

Observateur, Teddy Verano ne manque de remarquer les individus aux comportements bizarres dans la rue.

Ainsi, cet inconnu qui n’a pas dépassé la quarantaine, au visage émacié, gris, suintant la peur, marchant en se dandinant comme s’il évoluait sur des œufs, l’intrigue. Il lui évite même de se jeter sous une voiture et l’emmène chez lui où il l’amène à se confier. Il remarque que les plantes des pieds de Louis Vallon, son inconnu, sont couvertes de traces de brûlures de cigarettes. Un moyen dont l’homme se sert pour éviter de s’endormir car lorsqu’il plonge dans le sommeil, il se met à rêver, à cauchemarder sur un épisode de son passé en Afrique, et plus particulièrement dans la savane malienne.

Mais il est aussi couvert de flagellations sur le torse, sur le dos, et ça, ce n’est pas de son fait. Et il garde par devers lui une fleur de pavot, qui, flétrie le soir est fraîche le matin, comme si elle venait d’être cueillie.

Alors Vallon narre son épopée au Mali, en compagnie d’un ami noir, Maffri, minéralogiste comme lui, et ses rendez-vous chez Portel, un trafiquant de drogue opiacée, un sorcier blanc aux traits congoïdes, ou le contraire. La silhouette de Yaoundé entrevue, telle un fantôme, dont il est tombé amoureux, son algarade avec ce trafiquant et le meurtre qui s’ensuivit. Les coups de fouet assenés par les sbires de cet individu, et son calvaire depuis son retour en France.

Yaoundé dont il est amoureux et dont le fantôme le visite la nuit. Mais est-ce véritablement un fantôme ?

Depuis, il ne veut plus dormir, mais lorsqu’il tombe dans les bras de Morphée, épuisé, il reçoit des coups de fouet. Verano assiste impuissant à ces scènes de flagellations.

 

Yvonne, la compagne de Teddy Verano soigne l’homme mais il est toujours en proie à ses cauchemars. Gérard, le fils d’Yvonne est bientôt présent, et lui aussi veut apporter son aide à cet homme assailli de rêves récurrents. A la grande satisfaction de Verano qui se demande par la suite, les événements se précipitant, s’il n’a pas mis en danger la santé, voire la vie, de son beau-fils.

 

Une nouvelle affaire pour Teddy Verano, le détective des fantômes, qui est toujours à l’affut d’enquêtes relevant du surnaturel. Et cette fois, c’est la démarche intrigante dans la rue d’un individu qui l’emmène dans ces jardins de la nuit semés de pavots.

Gérard sera directement impliqué, et en gardera peut-être quelques séquelles, dans cette aventure qui possède quelques analogies, quelques similitudes avec Cauchemar parfumé dont vous pourrez trouver en lien la chronique ci-dessous, mais traité totalement différemment. Ici le psychanalyste n’est pas un professionnel de l’introspection mais un détective et sa famille, même si Verano prend conseil auprès d’un médecin, et l’origine n’est pas située en Asie, mais en Afrique. La malheureuse victime est obsédée non pas par une femme de chair et de sang, mais par une apparition provoquée par un sorcier et entretenue par l’émanation d’une fleur de pavot qui chaque jour revit, se renouvelle. Et les coups portés sur le corps de cette victime, issus de ses délires nocturnes sont pourtant bien visibles sur son torse et son dos.

 

Comme tout romancier, et artiste en général, Maurice Limat possède ses Limatphiles et Limatphobes. Chacun peut aimer ou pas, mais il est indéniable que Maurice Limat fut un excellent conteur, provoquant même pour certains une véritable addiction. Mais ceux que ses écrits horripilent devraient peut-être oublier les premiers fascicules qu’il écrivit pour se tourner vers sa production pour le Fleuve Noir, les histoires narrées étant plus abouties, le format offert lui convenant peut-être mieux.

 

Maurice LIMAT : Les jardins de la nuit. Collection Angoisse N°129. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1966. 224 pages.

Partager cet article
Repost0
24 mai 2020 7 24 /05 /mai /2020 04:25

A la minute près ?...

Fredric BROWN : Cent vingt heures de cauchemar

Au bout de cinq ans de mariage, Lloyd Johnson et Ellen se frictionnent parfois, comme tous les couples. De petits moments d’énervements qui passent lorsque chacun retrouve son calme et sa bonne humeur.

Ce vendredi, Lloyd passe un après-midi fort occupé, ce qui ne l’empêche pas de penser à la dernière prise de bec qu’il a eue avec Ellen, et inversement, la veille au soir. Etant courtier en bourse, associé avec Joe Sitwell, cousin d’Ellen, Lloyd conseille une cliente pour des achats et des ventes de titres, puis il a une réunion de travail avec son cousin qui désire se rendre à Las Vegas et éventuellement jouer au golf, le rejoint ensuite à l’aéroport pour authentifier une pièce, et après quelques verres dégustés ensemble, et avoir téléphoné en vain à Ellen à leur domicile, il rentre chez lui, donne à manger à Cheetah, la chatte siamoise, et enfin aperçoit une feuille de papier dépassant du rouleau de sa machine à écrire.

Le message débute par ces mots : Si vous voulez revoir votre femme vivante, je vous donne cinq jours pour mettre à ma disposition 25 000 dollars en billets de cent ou moins…

Suivent les noms de deux hommes dont les femmes ont été enlevées quelques semaines auparavant. La première est décédée car son mari avait prévenu la police, l’autre a été retrouvée, la rançon ayant été remise sans incident. Voilà de quoi faire réfléchir Lloyd qui téléphone au mari de la dernière victime afin de connaître son avis.

Puis Lloyd passe son temps à se morfondre, à appeler des amis de confiance, à vendre dans un premier temps sa voiture, à hypothéquer sa maison, à racler les fonds de tiroir, acceptant les propositions du second mari, de son associé Sitwell de retour de Las Vegas, à vendre les quelques titres en bourse qu’il possède.

Et surtout à aligner sur une feuille le montant total de ce qu’il récupère peu à peu, attendant les instructions du ravisseur, à acheter également un pistolet au cas où. Jusqu’au soir fatal durant lequel l’échange rançon-femme doit s’effectuer, tout en espérant qu’Ellen soit toujours en vie.

Naturellement, Lloyd pense à l’après, lorsqu’il aura récupéré Ellen. A la doter d’une arme à feu également, à apposer des verrous aux portes, et à adopter un chien, en espérant que celui-ci fasse bon ménage avec sa chatte siamoise.

 

Certes, en songeant à prendre de telles décisions, je ne faisais, comme l’on dit vulgairement, que verrouiller la porte de l’écurie après avoir constaté le vol de son cheval.

 

Si l’intrigue de ce roman est intemporelle, la façon dont les divers protagonistes se conduisent paraît quelque peu vieillotte. Du moins en ce qui concerne les appels téléphoniques, car de nos jours, plus besoin de passer par un standard et des lignes sécurisées afin que personne n’intercepte les conversations téléphoniques.

Fredric Brown se montre comme à son habitude tortueux dans son intrigue et l’épilogue pourrait sembler une énorme farce, comparativement aux heures d’angoisse subies par Lloyd, le narrateur. Mais cet enlèvement ne fait pas rire Lloyd, qui écluse de nombreux verres, de trop nombreux verres, et est obligé d’avoir recours à des somnifères pour essayer de se reposer.

Il existe quelques anomalies dans l’intrigue, mais peut-être est-ce dû au traducteur, à moins que ce soit Brown lui-même qui ne se serait pas relu. De même que dans le nom de l’auteur, mais c’était une erreur assez courante à l’époque : Frédéric au lieu de Fredric.

Ce roman a été réédité dans la collection Miroir Obscur aux Nouvelles Editions Oswald, en 1981, dans une version due au même traducteur, très légèrement modifiée, les fautes typographiques ayant été corrigées.

La version Néo comprend, outre ce roman, cinq nouvelles :

Jéhovah. Première édition dans Les Chefs-d’œuvre du sourire. Anthologie Planète. 1963.

Petite musique de nuit. Première édition dans la revue Fiction 147, février 1966.

L’apprenti assassin.

La dernière enquête de Bela Joad. Première édition Mystère magazine N°62. Mars 1953.

Sur le champ de foire. Première édition Le Saint magazine N°54. Août 1959.

Collection Le Miroir obscur N°23. Editions NEO. Parution mars 1981.

Collection Le Miroir obscur N°23. Editions NEO. Parution mars 1981.

Fredric BROWN : Cent vingt heures de cauchemar (The Five Days Nightmare - 1962. Traduction J.E.S. Ouvaroff). Collection Inter Police Jet N°88. Presses Internationales. 128 pages. Parution 2e trimestre 1963.

Réédition : Collection Le Miroir obscur N°23. Editions NEO. Parution mars 1981. 200 pages.

Partager cet article
Repost0
13 mai 2020 3 13 /05 /mai /2020 04:15

Nous sommes deux sœurs jumelles
Nées sous le signe des gémeaux...

Karine LEBERT : Les murmures du lac.

Après vingt ans passés à l’étranger, au Mexique principalement, Isaure est de retour en France, aussi fauchée que lors de son départ, de sa fuite plutôt.

Elle est arrivée près du lac de Jaunay en voiture de location et surveille sa sœur jumelle Lucille qui se promène en moto. Sa sœur, athlète accomplie, fonce sur le ponton, et s’arrête pile au bord du lac, puis elle repart et recommence, mais cette fois elle ne freine pas. La moto dérape sur les planches de bois et Lucille tombe à l’eau.

Isaure se précipite mais malgré ses recherches, elle ne récupère pas le corps de Lucille. De plus en ce mois de février 2010 l’eau est froide, et elle a du mal à revenir sur la terre ferme. Elle ne sait que faire, mais prévenir les pompiers lui semble tache hasardeuse. Si les hommes du feu en informent les forces de l’ordre, celles-ci ne vont-elles pas conclure à un meurtre ? D’ailleurs s’agit-il vraiment d’un accident ou d’un suicide ?

Isaure se rend sur l’île d’Yeu, où elle a vécu toute son enfance, décidée à prendre la place de sa sœur, qui est veuve et est devenue riche grâce à l’héritage conséquent de feu son mari. Seulement, ce qu’Isaure n’avait pas prévu, c’est que Lucille était une jeune mère. Une jeune fille garde Noé, l’enfançon de quelques mois. Comme elle s’est emparée du portefeuille de sa sœur, Isaure peut payer la baby-sitter occasionnelle qui a remplacé sa mère, la nourrice, pour quelques heures. Mais Noé ne l’accueille pas avec toute la joie qu’il devrait ressentir en revoyant sa mère. Même le chat Domino lui fait la tête malgré la gamelle octroyée. Isaure va devoir les apprivoiser si elle ne veut pas que les soupçons se portent sur sa personne.

Le retour au pays réserve de nombreuses surprises à Isaure qui doit se réhabituer au bout de vingt ans à évoluer dans la maison familiale, et à côtoyer les amis et connaissances de Lucille. Diane, par exemple, amie intime de sa sœur, et auprès de laquelle elle effectue quelques boulettes, tentant de se rattraper maladroitement. Et puis elle n’honore pas certains rendez-vous, dont un à l’hôpital, les reportant à une date ultérieure.

Grâce à l’agenda de Lucille, elle se familiarise avec sa nouvelle vie, essayant d’endosser la défroque corporelle et mentale de sa sœur.

Toute petite et jusqu’à son départ, sa fuite, Isaure et Lucille ne s’entendaient pas. Lucille était la préférée de leur mère et Isaure toujours reléguée au second plan. La mère ne voyait que par Lucille, toujours prête à l’encenser, tandis qu’Isaure était constamment rabrouée, mise de côté, dédaignée. Isaure pense tenir sa revanche, mais elle n’avait pas pensé aux aléas qui inexorablement se dressent devant elle.

Outre les bévues inévitables qu’elle commet, elle ne savait pas que sa sœur avait fréquenté Matthias dont elle s’est séparée, mais qui se rappelle à son bon souvenir, étant le père de Noé, le gamin. Là encore elle commet quelques bévues qu’elle parvient à effacer de l’esprit de Matthias, obligée à se servir de son corps, malgré ses réticences à l’acte physique, tout le contraire de sa sœur qui cumulait les bonnes fortunes, les provoquait même.

Elle décide alors de déménager, de quitter l’île d’Yeu pour s’installer dans une autre propriété de Lucille, sur l’île de Noirmoutier, dans le quartier huppé du Bois de la Chaise. Mais les ennuis la poursuivent, sous la forme d’un gendarme qui prend trop son rôle au sérieux.

 

Ce suspense psychologique est presque digne des romans écrits par les pointures du genre, tels que Boileau-Narcejac ou encore Louis C. Thomas, un auteur un peu trop oublié, qui connurent leur heure de gloire dans les années 1950 à 1980 de par la finesse de leurs analyses et de la mise en scène des personnages.

Parfois étouffant, ce roman nous change des thrillers actuels qui privilégient plus les scènes de violence et de sexe qu’à la psychologie des personnages. Isaure se montre attachante, au début, dans ses démarches vacillantes, dans son retour au pays, dans l’approche et les relations qu’elle peut avoir avec les voisins et les amis de Lucille. Elle tâtonne parfois, parvenant toutefois à trouver des excuses plus ou moins valables à ses erreurs, inévitables lorsque l’on a tout quitté depuis vingt ans.

La montée de l’angoisse puis la sensation d’Isaure quant à sa résurrection dans le rôle de sa sœur sont progressivement décrites, mais le lecteur un peu pinailleur (comme moi) se pose quelques questions. Avant de suivre sa sœur Lucille, Isaure a dû se préparer physiquement et mentalement pour se substituer à elle. Ne serait-ce que par la coiffure afin de coller au personnage. Et d’autres petites perfections nécessaires afin de ne pas trop se démarquer dans son nouveau rôle, même si elle a réussi à glaner des informations par Internet et les réseaux sociaux ou ayant suivi sa sœur durant quelques jours dans ses déplacements. Comment se fait-il alors qu’elle ne sache pas que Lucille avait un enfant en bas âge ?

Bref de petites invraisemblances se glissent dans le récit, surtout dans ce que je qualifierais de deuxième partie qui font que l’intérêt porté sur l’intrigue au début fond peu à peu.

Ensuite il y a, vers la fin du roman (page 329) un petit problème de datation qui m’a gêné, mais c’est mon côté pinailleur (je l’ai déjà dit) qui fait que je relève ce genre de détail.

Dans l’ensemble un bon roman qui pêche toutefois par son dénouement et certaines situations.

Karine LEBERT : Les murmures du lac. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution 12 mars 2020. 352 pages.

ISBN : 978-2258147195

Partager cet article
Repost0
9 mai 2020 6 09 /05 /mai /2020 03:53

Mignonne, allons voir si la rose

Qui ce matin avait déclose

Sa robe de pourpre au soleil,

A point perdu cette vesprée,

Son parfum empoisonné…

D’après Ronsard

DELLY : La rose qui tue.

Grâce à une petite annonce parue dans un journal, Gemma va pouvoir enfin entrer dans la vie active. Elle est bardée de diplômes mais n’a rien trouvé pour subvenir à ses besoins d’argent qui se font pressant. Elle va bientôt entrer dans sa majorité tandis que sa sœur Mahault, un peu plus âgée qu’elle, donne des cours de musique dans une institution de jeunes filles.

Leur père vient de décéder et leur mère a quitté le foyer conjugal depuis longtemps, même si elles sont toujours en relation épisodiques avec elle. De nombreux revers de fortune ont accablé leur père, et depuis elles résidaient chez une vieille tante à Vallauris. Mais celle-ci vient de décéder elle aussi et elles doivent vendre la villa pour régler les frais de succession.

Heureusement Gemma va pouvoir être embauchée comme institutrice afin d’assurer l’instruction de deux petites filles. Elle doit prendre contact avec la comtesse de Camparène, qui est actuellement au Grand Hôtel à Cannes. L’entretien se déroule sous les meilleurs auspices et la vieille dame propose d’embaucher également Mahault comme professeur de musique. Le travail de Gemma ne se concentrera pas uniquement comme préceptrice car le vieux comte de Camparère aura également besoin de ses services.

Il a bien connu autrefois le père de Gemma et Mahault, celui-ci ayant écrit d’intéressant ouvrages historiques. Or le comte s’est donné comme mission d’écrire l’histoire des vieilles familles provençales. Il a bien un secrétaire mais l’homme déjà vieux ne vaut rien pour les recherches. Naturellement Gemma accepte ce supplément de travail, qui lui aussi sera rémunéré, et bientôt c’est le départ pour le château de Brussols, dans l’arrière-pays.

Gemma et sa sœur font bientôt la connaissance des résidents du castel de Brussols. Outre le comte de Camparère et sa femme, qui porte la culotte, sont présents Lionel, le petit-fils, deux fois veuf, père des petites Joyce, issue du premier mariage, et Auberte, née du second mariage. Elles ne sont guère âgées et se distingue par leur caractère. Autant Joyce est pétulante, vive, souriante, autant Auberte est timide, maladive, quelque peu renfrognée. Pourtant c’est Auberte que Gemma apprécie, Joyce lui paraissant hypocrite. D’autres membres de la famille séjournent régulièrement, comme Laetitia, comtesse de Camparini, Salvatore, petit-fils du comte, ou encore Brigida Tchernine.

Lionel, qui est à moitié paralysé des membres inférieurs et ne se déplace qu’à l’aide de béquilles, passe la plupart de son temps dans la Tour Hardie, une construction ancienne attenante au castel, s’occupant de ses fleurs rares et d’expériences chimiques. Il est aidé dans ses recherches par Laetitia. Le comte est plongé dans ses recherches et l’écriture de son ouvrage. Salvatore, qui vit dans un pavillon situé à quelques centaines de mètres du château, est un sculpteur amateur mais dont les statues sont particulièrement ravissantes. Il partage son temps entre ses séjours à Brussols et en Corse où il possède quelques propriétés.

Les employés eux aussi possèdent leurs particularités. L’un des deux chauffeurs est noir, la jeune femme de chambre est métisse, et d’autres sont chinois, italien. Un heureux mélange qui vit en bonne harmonie de surface. Et surtout il y a Zorah, la naine, la protégée de la comtesse, qui fait de brèves apparitions, et qui joue un peu le rôle de la sorcière.

Mahault est enchantée de ce séjour et se comporte comme elle l’a toujours fait, se montrant une jeune fille naïve, futile, superficielle, tandis que Gemma, la cadette est nettement plus réservée dans ses jugements. Elle se méfie de Lionel qu’elle juge hypocrite sous des dehors avenants, sournois, et surtout ce sont les décès prématurés de ses épouses qui l’intriguent.

Gemma n’est pas attirée par le charme de Lionel, qu’elle juge vénéneux, et se sent plus proche de Salvatore. Laetitia se montre distante, et la comtesse est très directive. Mahault pratique la musique, souvent en compagnie de Lionel, et bientôt elle va faire partie de la famille. En effet Lionel lui a proposé de se fiancer et devenir sa troisième femme. Gemma n’est pas vraiment satisfaite de cet engouement. Mais elle ronge son frein tout en s’occupant de Joyce, toujours aussi pétulante, tandis qu’Auberte est de plus en plus maladive. Un voyage au bord de la mer, à Dinard est envisagé afin de permettre à Auberte de se requinquer. Mais le drame couve.

 

Le titre de ce roman est trop explicite pour que l’intrigue, qui est pourtant dévoilée peu à peu, ne laisse guère de doute sur les occupations de Lionel et le décès de ses précédentes épouses.

C’est la tension entre ces différents personnages, et l’appréhension de Gemma envers un avenir qu’elle suppute anxiogène, qui imprègnent ce roman représentatif de l’œuvre de Delly.

Des hobereaux de province aisés, des jeunes filles en difficulté financière, des artistes qui sacrifient à une passion, et deux régions qui servent de décors.

Jeanne-Marie Petitjean de la Rosière et son frère Frédéric Petitjean de la Rosière forment ce couple littéraire connu sous le nom de Delly. Jeanne-Marie est née en Avignon et Frédéric à Vannes, ce qui explique en grande partie l’implantation provençale et bretonne dans les décors qui servent de support.

Si Delly est de nos jours quelque peu oublié, cet auteur bicéphale fut un véritable phénomène littéraire, traduit abondamment en Italie, et leur succès populaire attisa l’ire des critiques, probablement par jalousie. Des romans faciles, certes, mais qui ne manquent pas de psychologie, et les personnages offraient un dérivatif à des lecteurs issus souvent de la société ouvrière. Des rêves par procuration devant des personnages aisés financièrement qui se montraient parfois plus venimeux, plus hypocrites, plus sournois que ceux qui étaient décrits dans la culture populaire mettant en scène des miséreux, des cabossés de la vie, mis en scène sous la plume de Marcel Priollet, Pierre Decourcelles ou Xavier de Montépin et autres.

Un bain littéraire rafraîchissant démontrant que les riches sont souvent plus pervers dans leurs actions que les représentants du petit peuple.

 

A lire également de Delly :

Et pour en savoir plus sur ce phénomène littéraire qui œuvra durant la première partie du XXe siècle :

DELLY : La rose qui tue. Couverture de Gyula Konkoly. Editions J’Ai Lu N°921. Parution 20 septembre 1979. 192 pages.

ISBN : 2277119210

Partager cet article
Repost0
28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 03:56

Si je t’oublie pendant le jour
Je passe mes nuits à te maudire…

Maurice LIMAT : Cauchemar parfumé.

Allongé sur le divan violine du docteur Cardec, psychanalyste, l’entrepreneur Marcel Sorbier annonce sans emphase : Je deviens fou… Puis il ajoute : J’ai peur de cette femme… parce qu’elle n’existe pas !

Son père avait créé l’entreprise familiale de transports, et âgé de vingt-cinq ans, il avait été envoyé à Singapour chez des amis qui tenaient un comptoir commercial afin d’y parfaire ses connaissances. C’est là-bas que Marcel Sorbier a fait la connaissance de Lotusia, une Malaisienne sensuelle qui lui avait fait goûter une drogue dite Colora, un mélange d’alcaloïde de pavot, de chanvre, d’autres composants végétaux et même d’animaux. Selon une légende y serait incorporé du sang humain. La drogue des Dieux.

C’était il y a vingt ans, et depuis, Marcel Sorbier avait succédé à son père, s’était marié avec Florence et eut un fils, Alain, âgé d’un peu plus de dix-sept ans maintenant. Mais depuis quelques mois, non seulement il a une maîtresse, Norma, la reine du strip-tease, mais s’est à nouveau plongé dans le vice de la drogue, s’approvisionnant chez une négociante clandestine, madame Raâmbo. Et depuis il est assailli par des rêves érotiques qui se transforment en cauchemars prémonitoires délivrés par son ancienne amante la trop belle Lotusia.

C’est ainsi, cela s’est confirmé par la suite, que sa femme va tomber malade sans préciser que ce serait d’anémie, puis que son comptable, responsable d’écritures frauduleuses, s’est suicidé, ou encore d’un début d’incendie dans l’un de ses garages. Et Norma, sa maîtresse, serait-elle en danger elle aussi ?

Un soir, comme souvent, il prétexte un conseil d’administration pour se rendre au Tip et Top, un cabaret dans lequel se produit Norma. Au bar il aperçoit Mario Sonatelli, un gigolo qui est également le protecteur de Norma. Après la prestation, très appréciée des consommateurs, de Norma, il la rejoint dans sa loge. Le beau Mario est déjà présent. Sorbier est mal à l’aise, pourtant ils se comportent en amants. Ils s’embrassent et batifolent sur le divan tandis que Sorbier joue les voyeurs. Ce n’est pas la première fois qu’il assiste à ce genre d’ébats mais ce soir-là, il est en colère. Alors il se rend chez la mère Raâmbo, qui ressemble à un magot au visage grêlé par la vérole, et s’enfume de sa drogue préférée. Il rentre chez lui au milieu de la nuit et le lendemain il apprend que Norma a été égorgée dans sa loge.

L’inspecteur Farnèse est chargé de l’enquête et rapidement les soupçons se portent sur le beau Mario, qui nie toute implication dans ce meurtre. Sorbier se rend en famille dans sa propriété à Cerisiers et de s’astreindre à une cure. Seulement de nouveaux rêves l’assaillent. Il est persuadé que son fils Alain est en danger, tandis que celui-ci, alarmé par l’humeur négative, anxieuse, de son père, décide d’enquêter afin de découvrir ce qui provoque l’angoisse paternelle.

 

Cauchemar parfumé est plus un roman psychologique, qu’un roman érotique, malgré l’avertissement de la quatrième de couverture qui précise que ce livre est réservé aux adultes.

Quelques scènes supposées érotiques sont seulement esquissées et la séance de strip-tease vaut son pesant de ballons. En effet Norma arrive sur scène couverte de ballons et les spectateurs ne distinguent aucune partie de son corps. Charge à eux de dévoiler son anatomie en crevant les ballons à l’aide du bout incandescent de leurs cigarettes ou cigares.

L’engrenage infernal dans lequel est happé Marcel Sorbier est finement disséqué par Maurice Limat, qui s’attarde peut-être parfois un peu trop sur les pensées, réflexions, angoisses, de son personnage, à mettre en parallèle avec la sérénité et le désir de compréhension de son psychanalyste. Cette obsession soudaine qui se réveille alors que son voyage à Singapour date de vingt ans, obsession qui prend des formes accrues par l’inhalation de la fumée toxique, vénéneuse et parfumée provenant de la lente combustion de cette pâte qui fait penser à l’opium mais est un mélange encore plus nocif.

Et Marcel Sorbier navigue dans le doute. Et si c’était lui qui avait assassiné Norma ? Il ne se souvient de rien, incapable de dire ce qu’il s’est passé, ce qu’il a fait, entre sa sortie de chez Raâmba et son retour chez lui. Un laps de temps évanoui dans sa mémoire, et cela le tenaille, le ronge.

 

Edité une première fois en 1955, réédité chez le même éditeur en 1968, Cauchemar parfumé aurait très bien pu être intégré dans la collection Angoisse du Fleuve Noir tant la montée de l’angoisse, justement, est prégnante. Seulement il n’y pas une once de fantastique dans cette histoire, dans laquelle un homme se démène entre souvenirs et machiavélisme. Quant à l’inspecteur Farnèse, qui mène l’enquête, il apparait dans certains romans policiers publiés notamment en fascicule chez Ferenczi.

Un Maurice Limat qui nous démontre que les romans de cet auteur, adulé par certains, décrié par d’autres, tiennent la route et de nos jours ils n’ont pas perdu leur force et leur intérêt. Une intrigue presque intemporelle qui pourrait aujourd’hui, voire demain, être publiée quasiment telle quelle sans de véritables changements.

Maurice LIMAT : Cauchemar parfumé. Collection Parme 2e série. N°21. Editions de l’Arabesque. Parution 3e trimestre 1968. 224 pages.

Première édition : Nouvelle collection Eclectique N° 2. Editions de l’Arabesque. Parution 1955.

Partager cet article
Repost0
17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 04:44

Araignée du matin, chagrin
Araignée du soir, espoir
Araignée du midi, pas d’appétit ?

Fritz LANG : Les Araignées

Entrons dans l’univers du délire, de l’aventure, de l’exotisme bon enfant et quelque peu irréel.

Kay Hoog est un riche jeune homme, sportif accompli, qui excelle dans tous les domaines, érudit et connaissant de très nombreuses langues, à l’esprit curieux et téméraire. Intrépide il fonce tête baissée dès que l’occasion lui est donnée de démontrer ses qualités intellectuelles et physiques.

Alors qu’il participe à une course de canots automobile, il pêche en mer une bouteille dans laquelle il découvre un message émanant d’un éminent professeur disparu au Mexique depuis des années.

Kay Hoog se verra confronté à de multiples dangers au pays des Incas, poursuivi par des membres de la terrible secte des Araignées, qui signe ses forfaits d’un animal factice, et principalement la belle et troublante Lio Sha.

Puis il est sur la piste d’un diamant sur lequel figure une tête de Bouddha, une pierre précieuse activement recherchée par les Araignées et toujours son ennemie intime, Lio Sha.

 

On ne peut parler de racisme mais les Chinois sont catalogués comme des êtres fourbes, sournois, les Noirs sont décrits de façon caricaturale, bref toute la panoplie ridicule et parodique en vigueur à l’époque, c’est-à-dire au début du XXe siècle.

Un univers imaginaire, démesuré, aventureux, mystérieux qui eut ses défenseurs en la personne d’écrivains prolifiques et de cinéastes à l’âme d’enfant.

Parfois un peu naïf, vivant, Les Araignées est un roman inédit et le seul écrit par Fritz Lang, à ne pas confondre avec Jack. Un roman enlevé, un peu désuet mais charmant qui nous replonge dans les livres légèrement candides dont on pouvait se délecter lors de notre adolescence.

Fritz LANG : Les Araignées (Die Spinnen – 1919). Traduction et postface de Georges Sturm. Collection Bibliothèque du Mystère. Editions du Rocher. Parution 2 octobre 2002. 212 pages.

ISBN : 9782268044088

Partager cet article
Repost0
12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 03:49

Le printemps est arrivé, sors de ta maison…

Michel Fugain

Pierre PELOT : Une autre saison comme le printemps.

Invité d'honneur du festival du cinéma et du roman noir de Metz, Dorall Keepsake se trouve à son corps défendant plongé dans une aventure qu'il aurait pu imaginer à son héros.

Français, Keepsake, de son vrai nom François Doralli, tout comme son héros, est installé depuis des années aux Etats-Unis, où il est reconnu comme auteur à succès et comme scénariste. Cette incursion sur le sol qui l'a vu naître, et précisément vers le 17 novembre, une date fatidique dans son existence, Keepsake la ressent comme un pied de nez au sort, un défi.

Un soir, alors qu'il ingurgite consciencieusement des gin-tonic, il est quasiment enlevé par un inconnu lequel pense que Keepsake, considéré comme le spécialiste littéraire des disparitions, est seul capable de pouvoir mener à bien une enquête. Malgré ses dénégations, Keepsake est mis en présence d'Elisa, une jeune femme qu'il a connu dans sa jeunesse.

Nathaniel, l'enfant de celle-ci, a disparu. Malgré le mot que l'enfant a posté d'un petit village du Jura, et dans lequel il promet de revenir, tout laisse supposer qu'il s'agit d'un kidnapping. Elisa ne peut recourir à la police et Keepsake, contraint et forcé, se lance sur les traces du gamin. Ce qu'il découvre l'encourage à persévérer : Nathaniel fait du stop en compagnie d'un homme qu'il appelle papa...

 

Dés le premier chapitre le lecteur sent où veut l'entraîner Pierre Pelot, une scène confortée par d'autres éléments disséminés au cours de l'histoire.

Cependant Pierre Pelot ne raconte pas une banale histoire de revenants, il tisse autour de ses personnages une intrigue plus complexe et Keepsake lui-même se retrouve plongé dans un double cauchemar.

A son habitude Pierre Pelot préfère aux grondements de la ville, le charme tranquille et vénéneux de la campagne. Il nous donne le ton dès la première ligne:

Avant, les prés descendaient en pente douce jusqu'à la rivière, en dessous de la maison.

Un roman sobre, sans effets grandiloquents, dont la force tranquille et inquiétante se nourrit de l'atmosphère et prend pour postulat : que peut faire l'amour en face de la mort ?

 

Pierre PELOT : Une autre saison comme le printemps. Collection Présences. Editions Denoël. Parution janvier 1995. 250 pages

ISBN : 9782207243299

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables