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8 mars 2019 5 08 /03 /mars /2019 05:12

Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague

Et des vagues de dunes pour arrêter les vagues

Et de vagues rochers que les marées dépassent,

Et qui ont à jamais le cœur à marée basse.

Avec infiniment de brumes à venir

Avec le vent d'ouest écoutez-le tenir

Le plat pays qui est le mien.

Gérard PREVOT : La nuit du Nord.

Dans la lignée des fantastiqueurs belges, Gérard Prévot est à mettre à égalité (presque) avec Jean Ray, Thomas Owen, Michel de Ghelderode ou encore Jacques Sternberg. Il occupe une place de choix pourtant il est quelque peu méconnu même s’il a signé des ouvrages sous les pseudonymes de Francis Murphy, Red Port et probablement sous l’alias collectif de Diego Michigan.

Les trois nouvelles de ce recueil sont ancrées dans le Nord, en Belgique plus précisément, à Bruges, Ostende, et leurs environs avec toutefois, pour les deux premières, une petite incursion dans le Sud. Peut-être afin de soulever quelque peu le voile de brume qui les environne et pour mieux les y replonger ensuite. Mais toutes trois d’inspiration différente, entretenant le mystère avec une pointe de science-fiction.

D’origine méditerranéenne, Laurence Di Malta se trouve par hasard à Bruges par un soir de rude hiver. Elle rencontre un peintre, Herman Kuttner, trente ans, sur le seuil d’une taverne. Ils ne font que bavarder, le reste ce sera pour plus tard, peut-être. Le lendemain, elle entre dans une galerie de peinture et s’arrête longuement devant une toile de Kuttner. Elle en oublie ses gants sur un divan et téléphone le soir même au directeur de la galerie. Celui-ci lui envoie à son hôtel non seulement ses gants mais une lettre signée Kuttner. Est jointe à cette missive une toile du peintre. En récompense elle le retrouve aussitôt et là se produit ce que vous attendiez tous mais que je ne vous décrirais pas puisque ce n’est pas l’objet de l’histoire. Sachez toutefois que voulant rentrer à son hôtel, elle se perd et se rend compte qu’elle arrive par plusieurs fois dans la même impasse. Elle est perdue, et une ombre lui indique une fenêtre basse. Elle se sent suivie et frappe à la porte de la maison indiquée et Herman Kuttner lui ouvre ? C’est lui mais ce n’est pas lui. Comme un dédoublement du peintre. Et quoique cette histoire se déroule à Bruges, on peut dire qu’il s’agit d’une affaire de Gant(d). Cette nouvelle donne son titre au recueil, La nuit du Nord.

Les oyats, ce sont ces chiendents marins qui poussent sur les dunes des plages, des plantes touffues qui retiennent le sable. Celui qui narre cette aventure, est installé à Middlekerke près d’Ostende. Il se nomme Percy Brumer et est chargé d’une mission concoctée par trois comparses. Il s’est installé dans un vieux moulin et un château d’eau désaffecté. Il a trois ans pour préparer sa mission, c’est un tueur. Mais il doit aussi réaliser une grille en assemblant des barres sur lesquelles il doit inscrire une lettre sur chacune de ces tiges. Il en fabrique une tous les six mois. Il a le temps, il n’est pas pressé, pour tant lorsque débute le récit il avoue avoir failli à sa mission. Peut-être parce qu’il avait rencontré, alors qu’il était couché dans les oyats, quelques semaines après son arrivée, une jeune fille, Dolly, qui ne se déplaçait qu’en chaise roulante accompagné de sa gouvernante. Mais Dolly décède peu après.

Cette nouvelle, la plus longue du recueil, est racontée à plusieurs voix, la principale étant celle de Percy Brumer qui rédige une sorte de testament que lira par la suite un autre interlocuteur. Jusqu’à l’épilogue ou presque, le lecteur nage dans l’incertitude, dans le flou le plus complet, jusqu’à ce qu’il découvre ce qui pousse, poussait, Percy Brumer à confectionner une grille et les raisons de son échec volontaire.

Enfin, Le spectre mécanique, met en scène un jeune garçon envoyé chez son oncle, un vieil homme qui habite un château qui ressemble à un spectre, coincé entre deux montagnes. L’adolescent se nomme Frédéric de Marck, et son oncle, le comte Godefroid de Marck, lequel vit avec son unique serviteur Paulin. Leur rythme de vie est assez spécial mais Frédéric est prié de s’y conformer. Les deux personnages sont insomniaques et les heures de repas sont totalement bousculées. En fouillant dans les différentes pièces quasiment à l’abandon, il découvre un spectre mécanique à l’abandon dont les piles sont en fin de parcours. Mais le destin en décide autrement alors que Frédéric devait se rendre au village acheter des piles neuves. Naturellement, cette histoire n’est pas sans rappeler les nombreuses nouvelles mettant un automate en scène et plus particulièrement le roman de Mary Shelley : Frankenstein ou le Prométhée moderne, et d’apprenti sorcier en général.

Un auteur et des histoires à découvrir ou redécouvrir.

Réédition dans Le démon de février. Collection Bibliothèque du Fantastique. Editions Fleuve Noir. Parution janvier 1998. 576 pages.

Réédition dans Le démon de février. Collection Bibliothèque du Fantastique. Editions Fleuve Noir. Parution janvier 1998. 576 pages.

Gérard PREVOT : La nuit du Nord. Collection Marabout Fantastique N°484. Editions Marabout. Parution 1974. 192 pages.

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28 février 2019 4 28 /02 /février /2019 05:08

On l’oublie assez souvent, mais avant d’être adulte, Sherlock Holmes a été un adolescent…

Andrew LANE : L’ombre de la mort

Alors qu’il attend sur le parking de l’école, sa malle contenant ses affaires près de lui, le jeune Sherlock Homes, quatorze ans, est mandé par le directeur du pensionnat de Deepdene.

Sherlock a rapidement la réponse à ses questions intérieures concernant cette demande d’entretien, car son frère aîné Mycroft l’attend dans le bureau du directeur. C’est Mycroft, employé au ministère des affaires étrangères qui a été chargé de l’emmener chez son oncle Sherrinford et sa tante Anna, leur père marin étant parti en expédition pour un an, et leur mère étant malade.

Lorsqu’il arrive à Homes Manor, Sherlock est accueilli par mademoiselle Eglantine, la gouvernante austère et d’aspect rébarbatif. De suite il sent qu’elle ne l’aime pas et c’est réciproque. Mais elle n’aime pas plus la famille Holmes. Son oncle Sherrinford, dont Sherlock n’a jamais entendu parler, de même que de tante Anna, est confiné à longueur de journée dans son bureau, rédigeant les sermons des pasteurs des paroisses environnantes. Mais au moins Sherlock est bien nourri, ce qui est la moindre des choses, et le change de l’ordinaire du pensionnat.

Se promenant dans la forêt environnante afin de découvrir les lieux, il fait la connaissance de Matthew, dit Matty, un orphelin de son âge voyageant à bord d’une péniche. Les deux gamins se lient rapidement d’amitié et Matty narre l’aventure qu’il vient de vivre à Farnham. Déambulant dans la rue à la recherche de quelques subsides, Matty a aperçut une sorte de fumée s’échappant de la fenêtre placée à l’étage d’une maison puis des individus transporter un cadavre au visage couvert de pustules.

Matty lui propose de se rendre à l’endroit où il fut le témoin de ces événements étranges, et juste au moment où ils arrivent ils remarquent une calèche sortant de l’édifice. Matty court après pensant glaner quelques piécettes mais à l’intérieur un homme aux yeux rouges s’empresse de refermer le volet intérieur. Pour Matty, ce personnage avait l’allure d’un mort.

Seulement, même si ce sont les vacances scolaires estivales, Mycroft pense que son jeune frère a besoin de continuer son éducation et il engage un précepteur. Amyus Crowe, probablement un Américain d’après son accent, est un homme affable. D’ailleurs il prétend venir d’Albuquerque, une ville du Nouveau Mexique. Afin de mieux faire connaissance, ils se promènent dans les bois et Sherlock tombe lui aussi sur un cadavre dont la face est couverte de pustules. Comme des bubons issus d’une maladie contagieuse, genre peste.

 

Sherlock va recueillir de la poudre jaune qui est étendue près du cadavre et sur les conseils de son nouveau mentor, il se rend à Guilford, où réside un savant spécialiste des maladies tropicales. L’homme ne met pas longtemps à reconnaître en cette poudre jaune du pollen d’abeilles, mais pas celles communes qui vivent en Angleterre.

Mais auparavant il subit quelques mésaventures, alors qu’il épie non loin de la maison d’où est parti l’homme aux yeux rouges, un baron paraît-il, remarquant quelques individus transportant des caisses, et il se trouve enfermé dans une grange à la merci de ces personnages peu scrupuleux. Heureusement, il a de la ressource et son ami Matty n’est pas loin pour le sortir de situations inextricables.

Et ce n’est que le début car en compagnie de Matty, d’Amyus Crowe, et de sa fille Virginia, qui au début se moque de lui car il ne sait pas monter à cheval mais se montre précieuse dans certains conditions périlleuses, il va devoir échapper aux sbires du baron dans de nombreuses circonstances au court desquelles il risque sa vie. Il se retrouvera même en France, du côté de Cherbourg.

 

Les années d’apprentissage de la déduction, de l’observation, de l’analyse dont Sherlock Holmes fait montre dans les nouvelles et romans qui lui sont consacrés par Sir Arthur Conan Doyle sont décrites en partie dans ce roman sous la houlette d’Amyus Crowe.

Comme le déclare son mentor, au début de leur association, alors qu’il demande à son élève de désigner lequel des tableaux qui sont accrochés dans le hall d’Holmes Manor est un faux :

Tu viens d’apprendre que la déduction est importante, mais qu’elle ne sert à rien sans connaissances. Ton intelligence ressemble à un métier à tisser : elle tourne à vide et ne peut rien produire sans que tu lui fournisses un fil de trame. Alors elle peut commencer à filer. L’information est la base de toute pensée rationnelle : recherche-là sérieusement. Collectionne les faits avec assiduité, garnis-en les réserves de ton esprit. N’essaie pas de faire la distinction entre les faits triviaux et ceux qui paraissent importants : en puissance, ils le sont tous.

Il va aussi lui poser un problème de mathématiques qui déconcerte à chaque fois. Pourtant il existe une solution logique, mais les réponses fournies à chaque fois que le problème est posé sont erronées, or elles semblent elles-aussi logiques. Suffit de savoir prendre le problème dans le bon sens.

Un roman destiné aux adolescents, qui comporte plus d’actions que de détections, avec souvent des scènes de violence au cours desquelles le jeune Sherlock risque sa vie. Mais ce roman peut-être lu sans complexe par les adultes tant les épisodes sont mouvementés, violents parfois, mais il offre une vision d’un Sherlock Holmes en plein apprentissage de la vie. Et peut-être cette aventure explique-t-elle sa passion pour l’apiculture.

Andrew LANE : L’ombre de la mort (Young Sherlock Holmes. Death Cloud – 2010. Traduction de Marie Hermet). Les premières aventures de Sherlock 1. Editions Flammarion. Parution le 26 février 2011. 352 pages.

Réédition format poche. Flammarion Jeunesse. Parution 26 août 2015. 366 pages. 6,95€.

ISBN : 978-2081243941

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24 février 2019 7 24 /02 /février /2019 05:46

Mais bon pied, bon œil ?

Gilbert GALLERNE : Mauvaise main.

Il suffit de traverser la rue pour trouver du travail, qu’il a dit, l’homme aux piques plus nocives que le frelon asiatique.

Alors Eric, informaticien au chômage, et sa femme Elise, employée dans une boutique de chaussures, renvoyée par son patron parce qu’elle est enceinte, peut-être n’avait-il pas trouvé chaussure à son pied, ont décidé de quitter Annecy pour se rendre dans les Vosges. Mais retrouver sa famille vingt ans après l'avoir quittée, pour Eric c'est comme un espoir de repartir d'un bon pied à défaut d'une bonne main.

Suite à un accident à l’âge de cinq ans à la scierie familiale, il avait été envoyé chez une tante qui l’avait élevé et servait également de famille d’accueil. C’est là qu’il a rencontré Elise, une enfant de la DASS. Vingt-cinq ans, une prothèse à la place d'une main perdue dans un accident, Eric n’a guère de débouché et c’est pourquoi il revient dans ce coin des Vosges, près de Saint-Dié, perdu dans la nature et la scierie ne tourne qu'au ralenti.

Il retrouve la tribu avec appréhension. Et il faut avouer qu'il arrive un peu comme un chien dans un jeu de quilles. Eléonore, sa mère lui affirme qu'il a fait un mauvais choix en revenant, mais de toute façon s'il ne l'a pas vue depuis l'âge de ses cinq ans et son accident à la scierie, c'est un peu sa faute.

Eléonore, c’est la matriarche mais elle n’a pas réussi à dresser Léo, le lion, son frère aîné, dix ans de plus que lui, marié avec Rose-Marie et père de quatre enfants dont Bernard, qui est un peu le chef de bande des gamins. Michel, son autre frère, fait ce que Léo commande. C'est un être frustre marié avec Annabelle, et ils ont trois gamins dont Ludovic et Solange. Enfin Marcel, son oncle qui ne sait pas parler. Il couine, il glapit, il végète et est considéré comme le simplet de la famille. Pourtant il en aurait des choses à dire, Marcel, qui s'accroche comme un pantin à la grille d'entrée, pour voir au-delà, mais rien ni personne ne passe.

Léo s'érige en maître incontesté de la scierie. Il décide pour tout le monde, impose sa loi et éventuellement exerce le droit de cuissage. Comme les tyranneaux du temps jadis. A croire que le temps s'est arrêté à la scierie. D'ailleurs la scie ne tourne plus guère, juste pour faire du bruit. Pourtant la famille ne manque de rien, et Léo possède même une Peugeot 607 qu'il remise dans l'un des bâtiments. Parfois ils sortent ensemble le soir, Michel et lui, pour aller Dieu, ou le Diable, sait où. Eric se rend à Saint-Dié, effectue une petite visite à madame Paule Emploi, il rédige des CV, des lettres, mais rien n'y fait, il ne reçoit aucune proposition d'emploi.

L'ambiance dans la scierie est lourde, délétère, et Elise souhaite repartir, mais sans argent comment survivre. Et puis l'enfant frappe à la porte et c'est Eléonore qui procède à l'accouchement, comme pour les autres femmes de la famille. Heureusement Elise trouve en Annabelle une complice ainsi qu'avec Ludovic. Mais Annabelle possède elle aussi un fil à la patte. Quant à Ludovic, contrairement à son cousin Bernard, c'est un enfant calme, qui aime lire, souhaite pourvoir prolonger ses études. Léo l'oblige à manquer parfois l'école, pour aider à la scierie, mais il se demande bien pourquoi, car il n'y a que peu de travail. C'est le dédain et la jalousie qui guident Léo.

Chaque famille possède son habitation, en bois, et les dépendances se dressent tout autour d'une cour centrale, donnant l'impression d'un village de western. Afin de justifier son appartenance à la famille Eric est sollicité, avec autorité, par Léo à participer à une des virées nocturnes. Le côté obscur des rentrées financières.

 

Le lecteur entre de plain pied dans une ambiance qui ne sera pas sans lui rappeler quelques romans de Pierre Pelot. Le décor, les forêts vosgiennes, un lieu quasi abandonné en pleine nature; les personnages, des hommes âpres, durs, avec un chef de famille qui s'érige en dictateur sans scrupule, imposant sa loi par tous les moyens, une véritable brute qui aime broyer ceux qui sont sous sa coupe. On pourrait également évoquer Jim Thompson dans certains de ses romans âpres et durs.

Mais peu à peu, l'histoire bifurque, et le lecteur se lance sur la route, à pleine vitesse, s'arrête à une aire de parking et assiste à des actes illégaux. Puis c'est le début d'une lente décomposition familiale qui explose dans un cataclysme que l'on pouvait pressentir tout en le redoutant. Pourtant un jour à Saint-Dié, une sorcière l'avait lu dans les lignes de la main d'Elise, mais peut-on croire une vieille femme un peu folle.

Véritable roman noir, violent parfois, qui malgré la nature environnante ne joue pas dans le thème bucolique (ce serait plutôt Bu, alcoolique) Mauvaise main conte l'histoire d'un homme qui abandonné recherche avec espoir une famille à laquelle se raccrocher. Si au départ on apprend pourquoi il possède une prothèse plastique, les conditions dans lesquelles il a perdu sa main sont peu à peu dévoilées, même si au cours du prologue certains éléments sont mis en place.

Un roman qui s'articule autour de la famille, l'explore, la dissèque, l'analyse, les parts d'ombres étant mises au jour avec subtilité et sans concession. Pourtant il existe quelques scènes où l'humour se fraie une petite place, mais un humour pathétique comme la scène au cours de laquelle Marcel, qui ne se lave jamais, est nettoyé à l'aide d'un jet d'eau dans la cour devant la tribu réunie.

Gilbert GALLERNE : Mauvaise main. Collection Polar. Editions French Pulp. Parution le 10 janvier 2019. 272 pages. 18,00€.

ISBN : 979-1025104613

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23 février 2019 6 23 /02 /février /2019 05:57

Que peut-on murmurer dans une chambre ?

Dean KOONTZ : La chambre des murmures

Dans un comté reculé du Minnesota, Cora est la victime de rêves récurrents mais surtout elle se sent la proie d’une araignée qui s’est installée dans son cerveau. Et parfois elle a des visites impromptues.

Cette enseignante quadragénaire, célibataire et sans enfant, est fort estimée par ses concitoyens. Elle a même été désignée comme meilleure enseignante de l’année. Elle possède un adorable chien, un teckel nommé Dixie Belle, qui déguste en sa compagnie des tranches de bacon frit. Sans oublier sa principale occupation, écrire. Elle écrit beaucoup, a rempli de nombreux carnets, et pour l’heure elle rédige son journal, sans se raturer, sans chercher ses morts.

Jane Hawk ancienne du FBI en cavale possède à son compteur quelques petits assassinats. Si cela avait été exécuté dans le cadre de ses fonctions, elle ne serait pas embêtée. Mais voilà, depuis que son mari a été tué ou s’est suicidé, elle a mis son garçon à l’abri et recherche activement les protagonistes de son malheur. Elle change régulièrement d’aspect physique, prend toutes les précautions possibles, mais elle sait que ceux qui sont à ses trousses ne vont pas désarmer si facilement.

Elle s’installe dans une maison vide de tout occupant, dans l’un des nombreux quartiers de Los Angeles, face à celle d’un journaliste, et tandis qu’il est sorti, elle piège ses téléphones fixes. Et la conversation entre ce journaliste et un avocat est assez édifiante. Les renseignements qu’elle recueille ne lui suffisant pas elle oblige l’avocat à compléter ses informations par la manière forte. Et elle échappe de peu aux sbires de ceux qu’elle traque.

Elle sait que la NSA, le FBI et de hautes personnalités richissimes disposent d’un procédé scientifique asservissant ceux qui ont subi une injection de nanomachines, des nanoparticules spéciales qui annihilent le mental des receveurs, les transformant en esclaves au service de prédateurs, une confrérie secrète qui s’intitule les Arcadiens.

Pendant ce temps, dans le Minnesota, Cora a soigneusement préparé, sous influence, des jerricans d’essence déposés dans voiture et elle fonce dans un hôtel de prestige, un attentat occasionnant la mort d’une quarantaine de personnes, dont le gouverneur de l’Etat et quelques autres notables. Le shérif Luther Tillman est abasourdi. Cora était une amie de longue date, et il ne comprend pas son geste. Ce qu’il comprend encore moins, ce sont les réactions des responsables dépêchés sur place pour enquêter. Ils se conduisent comme s’ils voulaient étouffer l’affaire.

La maison de Cora est incendiée et il ne reste plus rien. Sauf les quelques cahiers dans lesquels l’enseignante rédigeait romans et nouvelles, et surtout l’un d’eux, le dernier, sorte de journal sur lequel figurent toujours les mêmes lignes. Avec parfois de petites variantes, infimes mais assez révélatrices pour l’inciter à se rendre dans une petite ville du Kentucky.

Cora a obtenu, non sans difficulté, l’endroit dénommé Haut-Fourneau-le-lac et incidemment elle va faire la connaissance du shérif Luther. Ils vont unir leurs forces pour combattre leurs ennemis.

 

Ce roman est la suite de Dark Web, paru en 2018 aux mêmes éditions de l’Archipel, mais ceux qui, comme moi, ne l’ont pas lu, ne seront pas perdu pour autant dans cette histoire.

Les chapitres sont courts, comme si l’auteur avait découpé son récit en séquences cinématographiques. Une écriture très visuelle et les scènes d’actions s’enchaînent sans répit. Le lecteur est aspiré dans cette histoire et il a du mal à effectuer quelques pauses physiologiques de temps à autres, tant il est absorbé par cette succession d’événements parfois tragiques.

Des images et des personnages se sont incrustés dans mon esprit en lisant ce roman. D’abord celui de Mack Bolan, dit l’Exécuteur, une série de romans initiés par Don Pendleton, qui met en scène un ancien marine vengeant la mort de sa famille en traquant les membres de la Mafia. Et l’on pourrait juxtaposer le personnage Jane Hawk à ce héros de papier, avec toutefois quelques différences notables puisque la jeune femme, si elle poursuit une vengeance, c’est à l’encontre de chercheurs, de membres du FBI et autres individus bien placés.

Le village de Haut-Fourneau-le-Lac m’a rappelé le Village, cet endroit calme et paisible en apparence, dont le Numéro 6, le Prisonnier cherche par tous les moyens de s’évader dans une célèbre série télévisée des années 1960.

En vieux routier de la littérature d’action et de suspense, d’angoisse teintée de science-fiction et de terreur, Dean Koontz joue avec les nerfs de son lecteur et il nous propose une fois encore un roman troublant, aux nombreux personnages, que l’on croit secondaires mais qui jouent un rôle non négligeable dans cette histoire qui n’épargne pas certaines institutions.

Il égratigne, il gratte là où ça démange, et ce qu’il dénonce ne se limite pas aux Etats-Unis mais peut être élargi à bon nombre de pays, dits démocratiques.

Dean Kootz n’apprécie pas la politique et ses représentants, et il ne se prive pas de l’écrire.

Mes mômes font ce qu’ils veulent, tant qu’ils jurent sur la Bible de ne jamais entrer en politique. Je les ai pas élevés pour qu’ils se salissent.

Et naturellement les premiers visés sont les médias…

Je répète ce que nous serinent les médias. Ils se servent des mots à tort et à travers

tout autant que les réseaux sociaux et surtout Internet :

Aucune information hostile aux autorités ne se retrouve sur le Net sans raison. Si elle est disponible à tous, c’est qu’il y a une bonne raison, sinon ils l’auraient fait disparaître ou l’auraient maquillée depuis longtemps.

Ce que l’on appelle de la manipulation de masse. Manipulation relayée par les journalistes :

Les journalistes sont les rois du baratin, c’est bien connu.

Mais eux-mêmes ne croient pas à ce qu’ils écrivent :

Si je croyais toutes les idioties que colportent les médias, je ne serais pas journaliste.

Et on en revient à la politique, l’engrais du journaliste :

Il n’y a plus de place pour le moindre sentimentalisme dans le journalisme actuel, sauf lorsqu’il est question de politique.

Et que penser des présentateurs des journaux télévisés ?

Les seuls journalistes bien payés étaient ceux des journaux télévisés, et ceux-là méritaient autant le titre de journaliste que la qualification d’astronaute.

L’on s’en rend compte en écoutant, si on les écoute, les chaînes d’informations françaises, qui défilent en boucle ou non, des informations expurgées, ne laissant apparaître que ce qui plait au gouvernement. On citera naturellement les non-dits ou la rétorsion d’images lors des manifestations des gilets jaunes, des vidéos amateurs par exemple qui sont diffusées mais tronquées.

 

Dean KOONTZ : La chambre des murmures (The Whispering Room – 2017. Traduction de Sébastien Danchin). Editions de l’Archipel. Parution le 6 février 2019. 462 pages. 24,00€.

ISBN : 978-2809825626

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22 février 2019 5 22 /02 /février /2019 05:11

Quand Dean R. Koontz, sous l’alias de Leigh Nichols, dénonçait le sectarisme et le fanatisme.

Leigh NICHOLS : L’heure des chauves-souris

Ce roman ne veut pas être un uniquement un réquisitoire des sectes quelles qu’elles soient, mais surtout dénoncer un état de fait : démontrer que le fanatisme religieux d’une personne et de son pouvoir de persuasion, sa croyance, ses convictions auprès de personnes facilement impressionnables, malléables spirituellement, peuvent engendrer une situation de quasi hystérie collective allant jusqu’à la traque et le massacre d’innocents.

Mais aussi prouver que l’amour d’une jeune mère pour son enfant peut lui révéler des forces et des ressources insoupçonnées, aussi bien physiques que morales.

 

Christine et son fils Joey sont abordés, un dimanche ensoleillé, par une vieille femme sur le parking d’un centre commercial.

Cette vieille femme, tout de vert vêtue, aux cheveux gris enchevêtrés, au visage blafard, aux yeux gris couleur d’eau sale gelée, profère à l’encontre du jeune Joey des menaces de mort. Bientôt les événements se bousculent, le chien de l’enfant est massacré, et Christine et son enfant échappent de peu à un attentat.

Aidés par un détective, qui prend sous sa coupe l’enfant et tombe amoureux de la mère, ils vont fuir devant la meute lancée à leurs trousses. Cette cavale les mènera de la douceur de la Californie du Sud jusque dans le cadre glacial et grandiose des montagnes du Nevada.

 

Autant roman policier que roman d’épouvante, L’heure des chauves-souris est prenant et tient en haleine le lecteur de bout en bout. Comme quasiment tous les romans de Dean R. Koontz et cette histoire est intemporelle, du moins son thème.

 

Réédition sous le nom de Dean R. Koontz. Collection Terreur N°9189. Editions Pocket. Parution octobre 1998. 478 pages.

Réédition sous le nom de Dean R. Koontz. Collection Terreur N°9189. Editions Pocket. Parution octobre 1998. 478 pages.

Leigh NICHOLS : L’heure des chauves-souris (Twilight / The Servants of Twilight - 1984. Traduction d’Alain Dorémieux). Collection J’ai Lu épouvante N°2263. Editions J’ai lu. Parution septembre 1987. 480 pages.

Réédition sous le nom de Dean R. Koontz. Collection Terreur N°9189. Editions Pocket. Parution octobre 1998. 478 pages.

ISBN : 2-277-22263-1

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13 février 2019 3 13 /02 /février /2019 05:47

Hommage à Georges Simenon né officiellement le 12 février 1903 à cause d’une mère superstitieuse !

Georges SIMENON : Le château des Sables Rouges.

Dans les environs de Delfzijl, en Hollande, s’érige une sorte de château, un manoir mystérieux entouré de canaux qui servent de douves.

Deux savants, l’un britannique, l’autre français, ont disparu dans des conditions énigmatiques. L’inspecteur Sancette, qui doit son nom à son numéro de poste téléphonique à la Préfecture de Police de Paris où il est employé au Deuxième bureau, est envoyé dans le hameau de Roodezand (les sables rouges) afin d’enquêter et dénouer l’affaire.

Dans l’auberge, l’une des trois maisons du hameau, où il prend pension, Sancette retrouve Mower de l’Intelligence Service, lui aussi dépêché sur place.

Nous sommes en janvier 1929 et la neige recouvre tout, gelant les eaux des canaux. Sancette possède sa méthode d’investigation qui diffère de celle de Mower. Peu importe pourvu que le résultat soit au bout du compte.

Le soir, alors qu’il se promène près des canaux afin de s’imprégner des lieux et de l’atmosphère, Sancette aperçoit une jeune fille arrivant en voiture et dérapant dans un trou d’eau. Il lui sauve la vie et elle l’invite à entrer dans le manoir. Elle pense que Sancette est venu donner une conférence, comme ses prédécesseurs.

Son père, le comte Van Dijkstra, est installé dans le salon. C’est un homme mutique, comparable à une statue de cire lisant un ouvrage ancien. Il ne possède qu’un vieux serviteur pour assurer le service. Sancette est tout étonné, mais il ne peut refuser, lorsque proposition lui est faite de s’installer au manoir.

Il va passer une drôle de nuit. Enfin, drôle n’est pas le qualificatif exact car Sancette va surtout vivre une nuit éprouvante. Il aperçoit des hommes arrivant au manoir, puis il décide de visiter les lieux. Dans une salle située dans les caves, il assiste à une réunion de ces individus chantant des psaumes et lisant l’Apocalypse. Mais il n’en sait pas plus car il est assommé.

 

Ce roman, écrit juste avant Pietr le Letton, ne sera publié qu’en 1933, pourtant Georges Simenon tenait beaucoup à cette histoire, au point qu’il pensait l’éditer sous son patronyme. Mais le succès de Pietr le Letton, et par voie de conséquence de Maigret, ont fait que l’inspecteur Sancette n’aura pas connu la renommée littéraire auquel l’auteur pouvait prétendre.

Mais il existe de nombreuses analogies entre Sancette et Simenon. L’ambiance, l’atmosphère qui sont décrits dans cet ouvrage font penser à un seul et même personnage. De même que les réactions des deux hommes, qui sous l’emprise de la boisson mais sans vouloir se l’avouer, ruminent dans un brouillard enfiévré, les sens perturbés et les pensées évanescentes.

Il traversa une fois de plus le canal gelé, et il glissa, s’étala sur le dos, les jambes en l’air, ce qui le mortifia d’autant plus qu’il ne voulut pas s’avouer que l’alcool était cause de sa maladresse.

Il règne sur cette intrigue une aura de mystère proche du fantastique.

Il n’y a que le premier pas dans le domaine de l’invraisemblance qui coûte. Ce pas fait, il n’existe plus de frontières nettes entre le réel et l’irréel.

Confiné durant des décennies dans une petite collection populaire, Le Château des sables rouges ne connut pas de rééditions avant l’exhumation suggérée par Georges Simenon à Francis Lacassin qui désirait rééditer les premiers Maigret, avant la naissance officielle de celui-ci. Et c’est ainsi que les lecteurs purent redécouvrir outre ce roman, Train de nuit, La jeune fille aux perles, La femme rousse et La maison de l’inquiétude.

Francis Lacassin, dans sa préface, explique mieux que je pourrais le faire, les avatars de ce roman et ses à-côtés.

Première édition : Publié sous le pseudonyme de Georges Sim. Collection Criminels et Policiers. Nouvelle série. N°6. Editions Tallandier. Parution juillet 1933.

Première édition : Publié sous le pseudonyme de Georges Sim. Collection Criminels et Policiers. Nouvelle série. N°6. Editions Tallandier. Parution juillet 1933.

Georges SIMENON : Le château des Sables Rouges. Collection La Seconde Chance. Editions Julliard. Parution avril 1991. 178 pages.

ISBN : 978-2260008071

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6 février 2019 3 06 /02 /février /2019 05:19

Ce roman pour enfant devrait raviver quelques souvenirs de lecture à nous qui sommes adultes mais gardons un esprit juvénile.

Michel AMELIN : Dans les griffes du Sphinx.

A l’occasion du dixième anniversaire de la mort tragique de son père, archéologue et éminent égyptologue, lors de fouilles à Louxor, Alan Radcliffe a convoqué en son château les sept personnes qui étaient présentes au moment du drame. Et il leur promet une surprise.

C’est ainsi que Elizabeth Peters, qui fut dix ans auparavant étudiante en égyptologie, accompagnée de Ramsès et Isis, ses jumeaux nés neuf mois après le drame, retrouve à la sortie de la gare son ancienne condisciple Agatha Bliss. Agatha dirige désormais le Musée pharaonique de Cambridge tandis qu’Elizabeth est devenue journaliste. Il n’y a qu’un seul taxi pour les conduire au manoir et elles sont obligées de voyager de conserve malgré leur répugnance car il pleut des cordes et, selon le chauffeur, bientôt ils ne pourront plus accéder à destination, la rivière étant sur le point de déborder.

Alan Radcliffe les accueille dans un vaste hall dans lequel se tiennent déjà les autres invités. Cette pièce est encombrée d’une haute vitrine renfermant une collection de dix poignards égyptiens, d’un grand sphinx sculpté dans un bloc crayeux, mais qui contrairement à l’original possède encore son nez, une cheminée sur laquelle sont gravés des hiéroglyphes. Et assis dans des fauteuils, Jack Mallowan, un médecin, Nancy Buckingham qui aurait pu servir de modèle pour la fabrication de la poupée barbante, le beau Christian Mertz et les frères Smythe, Bernard et Paul, deux professeurs et amis de Radcliffe père.

Ramsès et Isis, les jumeaux, ne perdent pas une miette des échanges verbaux et du décor. Mais leur étonnement ne fait que commencer. D’abord Alan Radcliffe accuse les participants à cette réunion d’avoir délibérément assassiner son père en le poussant dans une fosse, la terre en s’effondrant l’enfouissant. Mais il ne peut avancer le nom du ou des criminels. Ensuite, il invite les jumeaux à l’aider à extirper d’une sorte de cagibi des caisses de différentes grandeurs. Ces objets sont numérotés étant affectés à chacun des membres présents, lors de l’ouverture de ces caissons, c’est la stupeur qui étreint tous ces personnages. Ces parallélépipèdes contiennent un tronc, un bras, une jambe, une tête…

Un squelette démantibulé se propose à la vue de ces hommes et femmes, et enfants naturellement. Il ne s’agit que de répliques mais si bien réalisées que tout le monde les prend au premier abord pour des morceaux de cadavre. Puis Alan abandonne ses invités, les laissant s’écharper verbalement. Et il n’est pas question de quitter le manoir à cause de la crue de la rivière. Ils sont piégés. La tension monte, les échanges de mots doux sont acrimonieux, les reproches fusent. Jusqu’au moment où ils découvrent Radcliffe mort, un poignard fiché dans le dos. Et l’une des griffes du sphinx est recouverte d’un vernis rouge. Bientôt d’autres griffes seront ainsi peinturlurées annonçant de nouveaux cadavres.

 

Naturellement, le lecteur avisé pensera aussitôt à l’un des romans les plus célèbres d’Agatha Christie, dont je tairai le nom uniquement par respect pour l’auteur et pour ceux qui n’ont pas lu cet ouvrage, qui figure comme l’un des classiques de la littérature policière.

Mais d’autres références littéraires sont également disséminées dans ce texte et surtout dans les noms des personnages. La première de ces références étant naturellement le personnage de Mallowan, le second mari d’Agatha Christie, archéologue et égyptologue. La seconde référence se tient dans le patronyme d’Elizabeth Peters qui est celui d’une célèbre romancière américaine qui utilisa l’Egypte des Pharaons comme décor pour ses romans. Elizabeth Peters, à ne pas confondre avec Ellis Peters dont le centre d’intérêt était la période médiévale britannique, a été à de nombreuses reprises traduites en France, soit sous son nom, notamment au Fleuve Noir et au Livre de Poche, mais également sous le pseudonyme de Barbara Michaels dans la collection Nous Deux.

Or, les patronymes de Radcliffe, de Bliss ou de Smythe, par exemple, sont les noms de certains personnages d’Elizabeth Peters donc il n’y a pas d’ambigüité.

Michel Amelin, grand connaisseur des reines du crime, Anglo-Saxonnes ou Américaines de préférence, et des romancières dont la spécialité s’est forgée dans l’écriture de romans dits à l’eau de rose, mais il ne faut pas oublier que les roses possèdent des piquants, Michel Amelin s’est amusé dans l’écriture de ce roman pour notre plus grand plaisir, mais il n’est pas sûr que les jeunes adolescents découvriront ces subtilités.

 

 

Réédition : Maxi poche Jeunesse. Editions de la Seine. Parution le 5 juin 2006. 192 pages.

Réédition : Maxi poche Jeunesse. Editions de la Seine. Parution le 5 juin 2006. 192 pages.

Michel AMELIN : Dans les griffes du Sphinx. Polar gothique N°405. Bayard Poche. Parution mai 1997. 144 pages.

ISBN : 978-2744116094

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5 février 2019 2 05 /02 /février /2019 05:12

Le roman noir est comme le frelon asiatique, il a phagocyté le roman d’énigme et de suspense.

Heureusement, certains auteurs ont fait

de la résistance…

Pierre SALVA : Quand le diable ricane.

Vous changez le nom des protagonistes en patronyme anglo-saxon, vous transposez l’action dans le décor d’une petite ville anglaise, Brighton par exemple, vous changez le nom de l’auteur par celui de la Reine du Crime et vous entrez dans l’univers d’un roman christien.

En effet il existe de nombreuses analogies entre cette histoire et celles qu’a écrites Agatha Christie. Dans la trame, la façon de conduire l’enquête, sur l’épilogue qui réserve quelques surprises. Mais examinons ensemble cette intrigue qui joue sur la psychologie et le mensonge.

 

A cause d’une petite phrase entendue lors de la diffusion d’un film à la télévision, Sabine a décidé de reprendre sa liberté. Quadragénaire, elle s’est rendue compte que sa beauté commençait à se flétrir lorsque dans sa glace elle a aperçu quelques rides au coin des yeux. Des pattes d’oie disgracieuses, à son avis. Alors elle a pris un amant, elle qui n’avait jamais vraiment songé à la bagatelle.

L’heureux élu se nomme Patrice, et il est le secrétaire de son mari Adrien, lequel possède une chaîne de supermarchés dans le pays catalan, dont le premier magasin qu’il a créé se situe à Perpignan à quelques kilomètres de leur demeure. Patrice est beau, jeune, mais s’il se montre toujours prévenant à son égard, voire empressé, il n’a jamais osé se déclarer. Jusqu’au jour où remarquant ses quelques rides, elle franchit le pas et devient la maîtresse de Patrice.

Il faut dire qu’Adrien se montre de plus en plus hargneux, vindicatif, avec Sabine et elle ne supporte plus son caractère acrimonieux. Et ce n’est pas parce qu’il est hypoglycémique qu’il doit se conduire ainsi. D’ailleurs, il n’y a guère, il lui avait demandé de procéder à une simulation d’injection avec une seringue dont il disposait, mais elle n’a pas pu. Mais Sabine n’est pas la seule à subir cet atrabilaire. Christian son associé est également parfois victime de ses sautes d’humeur ou encore Bruno, son beau-frère, le demi-frère de Sabine.

Cette phrase, c’est : Je le tuerai… Une phrase qui résonne en elle comme un mantra. Et elle pense que l’occasion favorable pourrait se présenter un soir où Christian et sa femme Charlotte, Marcelle la sœur d’Adrien qui possède des parts dans l’entreprise, Bruno, qui s’est invité pensant pouvoir taper sa sœur, financièrement parlant, car c’est un joueur invétéré qui perd plus qu’il gagne, doivent dîner ensemble. Patrice est là également et Angéla, la femme de chambre Antillaise sert les apéritifs dans la demeure sise sur la Côte Vermeille près de Banuyls.

Adrien est déjà bien éméché tout comme Christian lorsque tout ce petit monde se rend sur le yacht, à l’aide d’un dinghy, où le repas est prévu. A la fin du repas, fort arrosé, tout le monde réintègre la côte, sauf Adrien qui a décidé de dormir sur le yacht.

Après une nouvelle dégustation de boissons alcoolisées, comme s’ils n’en avaient pas assez pris, surtout Christian, tout le monde repart à bord de son véhicule. Sauf Angéla qui avait sa soirée libre comme d’habitude. C’est qu’elle a aussi d’autres occupations pas forcément domestiques et nocturnes.

Vers une heure du matin, Sabine ne pouvant s’endormir, sort et se rend sur la petite plage semi-privée en contrebas de la maison. Elle se rend compte que le dinghy n’est plus accroché au ponton et que la lumière brille sur le yacht.

Le lendemain matin, elle s’inquiète et Angéla se propose de se rendre à la nage sur le yacht. C’est pour découvrir Adrien mort. La police est immédiatement avertie et le lieutenant de gendarmerie Charvet est dépêché sur place en compagnie du légiste. Malgré une mise en scène savante, il est indéniable qu’Adrien est décédé d’une main malveillante. Une piqûre dans le bras, une surdose d’insuline, tout le contraire de la panacée adaptée à son cas. Adrien était un fervent du jeu d’échec, et il s’entrainait souvent à l’aide d’un ordinateur électronique. L’engin ordonne à plusieurs reprises C’est à vous de jouer. Comme si la partie en cours avait été brutalement interrompue.

De plus, outre quelques impressions ou déclarations qui font penser à Charvet que l’on voudrait le mener en bateau, il existe un fait tangible qu’il aimerait bien éclaircir. Brutus, le chien Doberman (vous savez ces aimables canins qui mordent et posent les questions après !), Brutus ne s’est pas manifesté durant la nuit. Or il ne connaissait que ses maîtres et il était impossible à toute personne étrangère au couple, même les familiers comme ceux qui étaient là la veille au soir, de déambuler dans le parc menant à la plage sans qu’il manifeste par un moyen ou un autre sa mauvaise humeur.

 

C’est dans ce contexte qui est un peu un crime en vase clos, avec peu de protagonistes, que Pierre Salva a construit son intrigue. Quelques retours en arrière dans la narration permettent de mieux cerner les personnages, leur comportement, leurs désirs, leurs besoins, mais c’est bien lors de la découverte du cadavre d’Adrien que tout se met en place et s’enchaîne.

Un roman psychologique habilement construit, un peu à la manière d’Agatha Christie et de quelques-uns des maîtres du roman policier de l’âge d’or qui convoquaient les différents protagonistes afin de les confondre.

Le lieutenant Charvet, dans la partie finale, évoque toutes les possibilités, toutes les solutions possibles, pour enfin n’en retenir qu’une, la seule qui s’adapte minutieusement dans un engrenage diaboliquement imaginé.

Un roman d’énigme écrit par un auteur dont on ne parle plus guère de nos jours, et c’est dommage.

A noter que ce roman, publié en 1984, n’a pas perdu en cours de route un des aspects qui font aujourd’hui l’actualité.

Mais, maintenant il y a une certaine renaissance du catalanisme. Evidemment, ce serait ridicule de demander l’indépendance de la Catalogne, mais une certaine autonomie interne, avec une bonne part faite à notre culture, ce serait une solution raisonnable.

Pierre SALVA : Quand le diable ricane. Le Masque Jaune N°1739. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution mars 1984. 224 pages.

ISBN : 9782702415160.

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28 janvier 2019 1 28 /01 /janvier /2019 05:34

Regardez les majorettes passer
Elles ont pas un poil de trop sur les gambettes
Elles défilent au pas cadencé
En faisant gonfler leur chemisette

 

John RUSSO : Crève, majorette, crève !

Un psychopathe se croit investi d’une mission divine, et cette mission, il l’accomplit     avec un certain plaisir, pour ne pas dire un plaisir certain.

C’est ainsi que des jeunes filles sont retrouvées lardées de coups de couteau et tant pis pour ceux qui les accompagnent. Un témoin vivant, même lorsque l’on pense être dans son droit, c’est toujours gênant.

Le tueur s’en prend principalement à des majorettes, des jeunes filles qui exhibent impunément leurs corps juvéniles.

Pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups et, par la même occasion, ne pas profiter des bienfaits terrestres et s’octroyer une confortable somme d’argent.

Ce roman mi-horreur, mi-policier, après une première partie intéressante, devient frustrant et inabouti, et la conclusion n’est pas à la hauteur du propos.

 

John Russo est surtout connu par ses prestations cinématographiques, puisqu’il est cosignataire avec George Romero du film La nuit des morts-vivants et a écrit Le retour des morts-vivants.

Les couvertures de la collection Maniac sont signées Michel Gourdon, une référence qui a longtemps œuvré dans diverses collections du Fleuve Noir, et je dois avouer que souvent j’ai acheté des livres uniquement attiré par l’attrait des dessins de couvertures. Ce qui m’a permis de découvrir notamment d’excellents auteurs que j’aurais peut-être dédaigné. Comme quoi la présentation extérieure est importante et même primordiale pour inciter les lecteurs à découvrir des ouvrages qui sinon seraient noyés dans la masse.

John RUSSO : Crève, majorette, crève ! (The Majorettes – 1979. Traduction de Jean Esch). Collection Maniac N°7. Editions Patrick Siry. Parution septembre 1988. 160 pages.

ISBN : 2-7391-0014-0

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25 janvier 2019 5 25 /01 /janvier /2019 05:52

Toujours se fier à l’appellation d’origine contrôlée !

Patricia MacDONALD : Origine suspecte.

Apercevant la maison de ses voisins en feu, Kevin alerte les pompiers puis se rend sur place afin de sauver éventuellement les habitants.

Greta décède mais les hommes du feu parviennent à sortir des flammes Zoé, la fille. Kevin est légèrement blessé mais il s’en sort. Quant à Alec, le mari, revendeur de motoneiges, il n’était pas présent au moment du drame. Les soupçons se portent aussitôt sur lui, l’incendie s’avérant criminel.

Britt productrice d’une émission de télé, sœur de Greta, qu’elle n’avait pas vue depuis des années à cause d’un différent familial mais qui restait en correspondance avec sa nièce Zoé, accourt immédiatement. Elle regrette de ne pas avoir fait le premier geste qui l’aurait réconciliée avec Greta.

Entre Alec et Britt le courant ne passe pas, et Zoé est partagée. Elle obéit à son père, à contrecœur, avec parfois une certaine réticence mais ressentant aussi de profonds élans d’amour filial. Britt, qui ne pensait être sur place que quelques jours, s’installe. Elle essaie d’apprivoiser aussi bien le père que la fille. Toutefois elle ne peut s’empêcher de penser qu’Alec est à l’origine de l’incendie.

Tout concourt à alimenter ses soupçons. D’ailleurs une lettre envoyée par une agence de détectives privés et destinée à Greta, lui est remise et est aussitôt subtilisée par le veuf. Pourquoi sa sœur s’était elle adressée à cette agence ? Avait-elle des doutes sur la fidélité de son mari ?

Elle se lie avec les voisins dont Harry Carmichael, légèrement brûlé en voulant sauver la fillette et sa femme Caroline qui attend un enfant. Ils sont installés depuis peu et hébergent Vicky qui possède un petit chat. Caroline rabroue sans cesse la jeune fille, lui imposant des notions d’hygiène, alimentaire principalement, et pestant contre l’animal qui risque d’avoir une influence néfaste sur la santé du futur bébé.

 

Ce roman contient une double intrigue dans cette histoire rondement menée et rigoureuse et pose quelques questions d’éthique, plus aux Etats-Unis d’ailleurs qu’en France.

Les personnages sont parfois à double facettes, particulièrement celui d’Alec, dont les faits et gestes entretiennent les soupçons, ce qui maintient un suspense permanent.

Patricia MacDonald maîtrise avec brio son sujet, qui pourtant n’était pas si évident au départ. Un roman qui donne envie de lire ses autres productions.

 

Réédition Le Livre de Poche Policier/Thriller. Parution 1er juin 2005. 508 pages.

Réédition Le Livre de Poche Policier/Thriller. Parution 1er juin 2005. 508 pages.

Patricia MacDONALD : Origine suspecte. Collection Spécial Suspense. Editions Albin Michel. Parution le 3 septembre 2003. 416 pages.

ISBN : 978-2226141590

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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