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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 14:14

L'as des fantômes...

Revue Rocambole N° 54 : Spécial FANTÔMAS.

2011 fut l’année Fantômas. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’en février 1911 la première des aventures du génie du Mal paraissait chez Arthème Fayard, au prix promotionnel de 35 centimes au lieu des 65 habituels. Signé Souvestre et Allain, cet inquiétant personnage connaitra 32 aventures.

Le placard publicitaire précisait, les 17 et 18 février dans Le Petit Journal, Le Petit Parisien et Le Matin : Plus inquiétant que Cartouche, Plus subtil que Vidocq, plus fort que Rocambole… De quoi appâter les lecteurs qui tout de suite furent au rendez-vous. Et il était normal, logique, indispensable que la revue le Rocambole, consacrée à la Littérature Populaire, lui consacra un numéro entier.

Alfu, dont on connait l’attachement à ce genre littéraire, entame les débats en ardent défenseur, avec un article intitulé Fantômas et la critique. Il regrette que peu d’études aient été consacrées à ce « héros », et fustige quelque peu des universitaires qui « pompent » sur des textes écrits par des passionnés, sans citer leurs sources, et qui reproduisent les erreurs sans avoir vérifié auparavant les données.

Jean-Luc Buard se penche, avec sa minutie et sa précision habituelle, sur La Royalda, feuilleton paru du 14 juillet au 24 septembre 1910 dans le quotidien Cœmedia, écrit par les créateurs de Fantômas. Et bizarrement, ce feuilleton n’a jamais été repris en volume, pourtant deux personnages faisaient leur apparition, ou plutôt revenaient puisqu’ils avaient été créés pour un précédent roman, L’Empreinte, je nomme Juve et Fandor.

L’article de Daniel Compère, L’étrange retour de Fantômas en 1926, soulève quelques points litigieux d’histoire littéraire et de paternité. Les assertions de Marcel Allain concernant cette saga faites en public et publiées dans les années 60, sont recoupées par l’article d’Alfu : Marcel Allain est-il l’auteur de Fantômas ?

Marc Georges dissèque en trois articles le personnage de Fantômas hors romans : Le roman-photo mystérieux, Marcel Allain scénariste de bandes dessinées et Fantômas au cinéma. Mais il ne faut pas oublier un homme qui est peut-être aussi à l’origine de l’engouement des lecteurs envers la série des Fantômas et plus généralement de la collection 65 centimes chez Arthème Fayard : l’illustrateur Gino Starace, qui connut également les honneurs des couvertures en Italie.

Ce numéro, qui est tout autant un dossier, qu’une étude et une mise au point, est complété par les chroniques habituelles. Le trio d’archéologues du roman populaire, Jean-Paul Gomel, Paul J. Hauswald et Claude Herbulot, effectue un retour sur d’anciennes collections et maisons d’éditions, parfois éphémères, de la littérature populaire, éditées par les trop connus et mystérieux Dermée et Guerber, les recherches, les suppositions, les postulats concernant certains pseudonymes qui pour le moment sont encore des nébuleuses et le resteront peut-être tant que rien ne pourra étayer les présomptions d’attribution à tel ou tel auteur, soulignant les approximations, le tout accompagné de reproductions de couvertures.

Et comme les bonus deviennent indispensables, quatre contes de Pierre Souvestre, parus dans le quotidien L’Auto, l’ancêtre de notre Journal l’Equipe, dont il était un fidèle collaborateur, nous sont proposés.

 

Le Rocambole, c’est un outil de travail, d’étude, d’approfondissement des connaissances, de découvertes, sur la littérature populaire française des décennies passées, des auteurs et des collections dédaignées par certains mais qui font partie de notre patrimoine culturel.

Par exemple, pour les curieux et les chercheurs et les fouineurs avides des vide-greniers, et grâce à notre trio précédemment cité, saviez-vous que Charles Frémanger emprunta le nom de Jean Froissard, le célèbre chroniqueur du Moyen-âge, lors de la fondation de sa maison d’éditions, et que dans l’une de ses collections intitulée Mélusine, Jacques Laurent alias Cecil Saint-Laurent, écrivit sous le pseudo de Roland Jarnaise, et qu’Antoine Blondin sous celui de Patrick Lawrence. Charles Frémanger publia aussi des romans de guerre à tendance érotique et Jean Lartéguy, récemment décédé, y fit ses débuts, sous pseudonyme.

 

Vous pouvez vous abonner au Rocambole, 48,00 euros par an pour trois numéros dont un double, en dirigeant le curseur de votre souris ci-dessous:

Revue Rocambole N° 54 : Spécial FANTÔMAS. Parution printemps 2011. 176 pages. 16,00€ le numéro.

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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 09:24

Les points de convergence entre le roman d'amour et le roman policier sont plus nombreux que l'on pourrait croire : Amour, jalousie, haine, argent en sont les ressorts principaux.

Revue ROCAMBOLE n° 55/56 : L’œuvre de Delly.

Déjà je sens vos lèvres esquisser un sourire goguenard, dédaigneux, poindre dans votre regard une pointe de commisération et de condescendance. Pensez donc ! Un numéro du Rocambole consacré à Delly ! Quelle faute de goût ! Et pourtant cet auteur bicéphale - sous ce pseudo féminin se cachaient la sœur Marie (1875-1947) et le frère Frédéric (1876-1949) Petitjean de la Rosière - aura engrangé les succès de librairie en France et au Canada et les traductions en Italie, en Espagne et en Amérique latine, de 1903 jusqu’en 1984 par le biais des rééditions et d’inédits posthumes. Publiés en feuilletons dans des magazines essentiellement féminins comme Les Veillées des Chaumières (qui existent toujours !), L’Echo de Paris ou Le Petit écho de la Mode, ou à obédience catholique comme Le Pèlerin, La Croix illustrée, et par des quotidiens ou hebdomadaires régionaux tels que L’Ouest Eclair, ces romans ont été édités principalement par La Bonne Presse, Gautier-Languereau, Plon, Flammarion et surtout Tallandier.

Quatre-vingt-dix titres qui ne se contentent pas d’être écrits à l’eau de rose mais empruntent à quasiment tous les genres de la littérature populaire. Delly a entrouvert une porte par laquelle se sont engouffrés des auteurs tels que Max du Veuzit, Claude Fleurange (alias Marcel Priolet), Hélène Simart et bien d’autres qui firent carrière sous divers pseudonymes. Mais peu à peu s’effacèrent sous la production effrénée et foisonnante des éditions Harlequin et leurs différentes collections qui furent un tremplin pour des romancières aujourd’hui célèbres telles que Nora Roberts ou Janet Dailey.

A l’origine, comme nous le rappellent fort justement Angels Santa et Jean-Luc Buard, le roman « dellyen » était à ranger dans les catégories roman sentimental et roman catholique, des ouvrages destinés principalement aux jeunes filles avec deux buts avoués : la distraction et l’éducation. Deux étiquettes qui resteront accrochées à leurs jaquettes (je rappelle que Delly était double) alors que bien d’autres facettes furent explorées : romans d’aventures, policiers, exotiques, espionnage ou historique. Pourquoi avoir débuté dans le roman dit catholique, comment s’est effectuée cette bifurcation ? Quelles étaient les attributions de l’une et de l’autre dans la rédaction de leurs romans ? Les réponses à ces questions et à bien d’autres vous sont dévoilées dans ce copieux dossier qui fut élaboré par Ellen Constans. Elle n’aura pas eut le plaisir de voir cette parution, décédée entre temps. Un numéro consacré à un auteur cataloguée dans la catégorie sentimentale et qui bat en brèche bien des à-priori, des idées reçues et préconçues.

Revue ROCAMBOLE n° 55/56 : L’œuvre de Delly. Revue ROCAMBOLE n° 55/56 : L’œuvre de Delly. Revue ROCAMBOLE n° 55/56 : L’œuvre de Delly.

Mais le Rocambole propose aussi un article que je compulse toujours avec attention : Les Révélations du Rocambole, une chronique dirigée et alimentée par Claude Herbulot, Jean-Paul Gomel et Paul J. Hauswald. Dans ce numéro, un long chapitre intitulé 32 rue de Maubeuge, et consacré à André Guerber, éditeur commercial et ses nombreux avatars dans des maisons d’éditions qui s’enrichissaient selon ses intérêts dans les éditions pirates. Il toucha à tout, collections diverses, magazines, petites bandes dessinées souvent réservées aux adultes, changements de titres et de pseudonymes, un grenouillage qui dura près de quarante ans. Dans le même article, un autre chapitre qui nous renvoie plus ou moins au dossier principal de la revue : la collection Cristal chez Plon, qui connut 72 titres parus entre mai 1980 et juillet 1981. Une collection destinée à concurrencer Harlequin mais qui fit long feu. Pourtant parmi ses auteurs, de grands noms de la littérature populaire (et policière) qui se cachaient derrière un alias souvent féminin. Je me contenterai de signaler que des auteurs comme Françoise d’Eaubonne, qui avait déjà signé quelques romans pour les collections Grands Romans et Présence des Femmes sous le pseudo de Nadine de Longueval, mais aussi Jean-Baptiste Baronian, Gérald Moreau, Frédéric Charpier et quelques autres dont je vous laisse découvrir les noms d’emprunt.

Jean-Pierre Galvan nous propose sa revue des autographes, avec des extraits de lettres ou des lettres entières signées Alexandre Dumas, Maurice Leblanc, Gaston Leroux, Boris Vian, Gustave Aimard ou Xavier de Montépin. Sans oublier les addenda de Patrick Ramseyer et autres informations capitales pour les amateurs de littérature populaire.

Mais ce numéro ne pouvait se clore sans une nouvelle, La Ronde sous les eaux, signé M. Delly, premier pseudonyme qui se réduisit en Delly tout court par la suite. Une nouvelle datée de 1895 et demeurée inédite jusqu’à cette parution.

Le Rocambole, la revue de référence pour tout amateur de littérature populaire.

 

Revue ROCAMBOLE n° 55/56 : L’œuvre de Delly. Parution Juin 2011. 352 pages. 27,00€.

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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 15:35

Toute jeune, telle une gamine timide sortant à peine sa tête de sous les draps dans lesquels ses géniteurs l'ont déposée, elle n'ose se montrer. Pourtant ce ne sont pas les curieux qui manquent et veulent découvrir sa frimousse.

 

polarama.jpg


Ayant reçu un carton d'invitation via un réseau dit social, pour l'admirer et éventuellement l'acheter chez mon plus proche libraire ou point presse, j'ai peiné. Je suis passé par ici, je suis passé par là. Mais elle n'y était pas. Quoi t'est-ce ? m'ont demandé les libraires et kiosquiers auxquels j'ai rendu visite (6 en tout) pas plus intéressés que cela de vendre un nouveau produit. Ils ne l'avaient pas en devanture et aucun ne m'a proposé de la commander ! Personne sauf...

Et oui, vous vous demandez bien comment je me la suis procurée cette arlésienne. Fallait oser, car souvent on dit du mal de ce genre de commerce qui est plus attiré par le chiffre d'affaires que par une véritable politique culturelle. Et bien ce n'est pas vrai pour tout le monde.

En effet, prenant mon courage à deux mains, le jour même où j'avais décidé de franchir le Rubicon, en un seul mot, étant prêt à affronter un énième refus, j'ai abordé la responsable du service culture d'un hypermarché, avec mon plus beau sourire, mes yeux de velours cachés derrière mes lunettes, et ma voix longuement travaillée au miel de Normandie et d'abeilles réunies, et lui ai demandé si par hasard, un exemplaire de Polarama ne serait pas enfoui dans un rayon sous d'autres publications. Non, cette publication lui était inconnue mais... Elle m'a proposé de le commander au dépôt et quelques jours plus tard, m'attendaient impatiemment : la responsable du service magazine et mon exemplaire de Polarama. Et je n'ai pas eu besoin de lui quémander et réitérer ma question : elle m'avait mis de côté mon numéro 1 de Polarama et me l'a tendu alors que j'approchais de son bureau.

Mais qui c'est montrée aussi commerçante ? Une des employée de mon Hyper marché E. Leclerc ! Je ne fais pas de pub, mais je sais reconnaître les bonnes volontés !

Alors maintenant, confortablement installé devant mon magazine, je sens que je vais le déguster, page après page. Et je n'aurai plus de souci d'approvisionnement car elle va me le mettre de côté lors de chaque sortie de Polarama. Elle est pas belle la vie ?

Ayant maintenant l'objet de mes désirs, je suis obligé de débuter par une note négative concernant le format. Celui-ci ne me convient pas du tout. J'ai l'impression d'avoir entre les mains un tabloïd que l'on parcourt à défaut d'autre lecture dans le métro et l'envie de le jeter arrivé à place dans la première poubelle venue. Vous remarquerez toutefois mon sens du civisme puisque je ne le jette pas à terre comme le font des personnages manquant de courtoisie qui propulsent négligemment sur le bitume les prospectus qui fleurissent au bout des bras d'individus recommandant un restaurant ou autre. Mais je me demande bien comment je vais pouvoir ranger mon exemplaire dans ma bibliothèque alors qu'un format plus adéquat eut été de bon aloi. Ce n'est qu'un premier numéro, un galop d'essai, des perfections sont envisageables.

Maintenant passons au contenu.

En couverture Serials killers au cinéma, Vernon Sullivan, Venantino Venantini, et l'annonce d'un concours de nouvelles noires. Bon le cinéma,Gordon_Zola.jpg n'en déplaise aux cinéphiles, ce n'est pas mon truc. Je préfère "perdre" mon temps à lire. Les trois pages qui suivent, outre l'éditorial, sont consacrées à des chroniques de romans que, pour la plupart j'ai lu. Donc je ne m'étendrai pas dessus sauf à souligner l'éclectisme des ouvrages puisque, par exemple Philippe Georget voisine ou presque avec Maxime Chattam. Le temps d'une page un interlude est consacré à Gordon Zola, l'auteur-éditeur-libraire étonnant et détonant. Puis nous revenons aux chroniques avec en tête de gondole Gilda Piersanti, quelques auteurs italiens et Pascal Thiriet, qui ne laisse pas de glace. Ensuite deux pages Livres-Sullivan-copie-1.jpgconsacrées au sulfureux Vernon Sullivan puis nous nous reposons durant une page dans l'antre de la librairie Terminus Polar. Et comme il ne faut pas oublier nos chers bambins, j'évite l'image surannée des "Chères Têtes Blondes", quatre ouvrages leurs sont décortiqués histoire de les amener à prendre conscience venantino.jpgque la lecture n'est pas forcément un pensum et qu'il est aussi facile, sinon plus, de lire et de tourner des pages que de s'escrimer sur une manette de jeu. Nous entrons ensuite dans l'univers du cinéma puis arrivons chez le dernier Tonton, Venantino Venantini. Enfin pour clôturer ce passage en revue une nouvelle signée Simon Dahm.

Et des feuillets éparpillés partout car l'imprimeur a omis de relier le tout avec une agrafe.

Il ne me reste plus qu'à attendre la parution du numéro 2 pour me faire une opinion positive ou non et définitive sur cette nouvelle publication.

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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 08:01

Ce romancier polygraphe prolifique est aujourd'hui oublié et le titre de ce numéro de la revue Rocambole est amplement justifié et explicite : il ne s'agit pas d'une redécouverte, mais bien d'une découverte concernant l'homme et son œuvre abondante et diverse.

 

groc1.jpg


Après la biographie rédigée par Jacques Baudou, lequel n'est autre que le maître d'œuvre de ce dossier, les romans de Léon Groc sont passés au crible par Jacques Baudou et Philippe Gontier. Et j'abonde dans le sens des deux rédacteurs lorsqu'ils taclent, gentiment, l'article concernant l'œuvre de Léon Groc dans le Dilipo et ses signataires.

Article qui dit en substance : Ces romans sont le plus souvent groc4.jpgconventionnels tout comme le thème de leurs intrigues : organisations secrètes criminelles ou justicières, ennemi œuvrant dans l'ombre, cryptogrammes mystérieux. Comme Baudou et Gontier le signifient, il faut remettre dans le contexte historique ces histoires, et apprécier justement le côté innovant dans le développement de ces narrations. Combien de romans actuels empruntent à ces thèmes sans que quiconque crie au scandale. Mais au début du XXème siècle, peu d'auteurs populaires avaient imaginé de telles intrigues aussi ingénieuses, et ce qui semble banal aujourd'hui était pour l'époque de réelles inventions littéraires.

Bien sûr, dans les premiers écrits, des contes et nouvelles destinés aux journaux de l'époque comme Le Soleil, Le Matin, Le Petit Journal, certains thèmes sont exploités par les romanciers et écrivains de l'époque, mais Léon Groc (et au début son frère Maurice) les détourne avec humour et verve. Que ce soit l'argent, et ses deux contraires, Fortune et Infortune, le vol, la tromperie, les petits fonctionnaires et employés, souvent des comptables, reviennent assez souvent comme matières à exposer des scènes de la vie courante, mais ce n'est jamais anodin.

Au début, et puisque j'ai signalé son frère, Léon et Maurice Groc s'associent pour l'écriture de ces contes, et ils publient sous le pseudo de L.-M. Groc. Maurice est plus jeune que Léon, mais il décède à l'âge de vingt sept ans, en 1912. Il était comme Léon rédacteur au journal L'éclair.

La plus grande partie de ce dossier est consacré à l'étude d'une vingtaine de romans signé Léon Groc, et montre combien cet auteur pesait de son vivant dans l'univers du roman populaire. Si ses romans policiers semblent un peu fade aujourd'hui, ses romans scientifiques et d'anticipation lui valent d'être comparé à H.G. Wells ou à Jules Verne.

Ensuite des articles comme Le canon et la plume, sous la groc3.jpgsignature de Daniel Compère, explore l'œuvre de guerre de Léon Groc, des récits qui s'échelonnent de 1917, pour la collection Patrie chez l'éditeur Rouff, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale pour les collections Patrie Libérée et Patrie, nouvelle série, toujours chez Rouff.

Philippe Gontier nous parle des rapports de Léon Groc avec le cinéma, Jean-Luc Buard revient sur les débuts littéraires de Léon et Maurice Groc, Philippe Gontier nous propose de nous intéresser à Léon Groc et la critique littéraire, tandis que François Ducos s'intéresse à une série qui n'eut guère de succès et fut vite abandonnée consacrée à Stan Kipper, le roi des détectives, la fin du conflit et l'emprise pour ne pas dire l'hégémonie américaine donnant de nombreux prétextes aux romanciers à prendre pour personnages des détectives américains dans leurs romans.

Enfin Jean-Luc Buard nous dresse un essai de bibliographie de Léon Groc, qui permet aux curieux, aux amateurs de littérature ancienne et aux collectionneurs de pouvoir combler leurs lacunes et effectuer des recherches à bon escient, d'autant plus que Léon Groc a utilisé également les pseudonymes de Jacques Mongis (nom de jeune fille de sa mère) et Paul Carillon.groc2.jpg

Ce dossier ne serait pas complet sans la rééditions de contes et nouvelles, aussi six textes, avec des présentations de Jean-Luc Buard, Philippe Gontier et Daniel Compère, sont proposés aux lecteurs qui découvriront la plume alerte de cet auteur, seul ou avec la participation de son frère. Des contes qui furent publiés dans des journaux et qui démontrent un style vivant, voire fringant, élégant, ainsi qu'une écriture plaisante à lire, à une époque où la littérature populaire n'était pas forcément synonyme d'écriture bâclée, mais travaillée sans être ampoulée.

Cette revue peut être commandée directement auprès de l'Association des Amis du Roman Populaire sur le site du Centre Rocambole.


Revue Rocambole 67 : Découverte de Léon GROC. Bulletin des Amis du Roman Populaire. 176 pages. 17,00€.

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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 10:27

L'infortune de Fortuné.

 

rocambole1.jpg


"Je remercie d'abord mon cher confrère d'avoir exposé ses griefs avec beaucoup de mesure et de courtoisie. Vives et sérieuses sur le fond, ses attaques sont modérées par la forme, et dans ces termes d'honnêteté, la discussion est toujours acceptable."

"D'abord, s'il s'agit de politique, êtes-vous sûr que la politique soit un aliment très sain pour l'esprit des masses ? M'est avis, au contraire, qu'elle ne s'impose que trop par le temps où nous vivons, et qu'il n'est pas nécessaire de pousser encore le peuple dans cette voie périlleuse."

Ces deux citations sont extraites d'une chronique parue le mardi 26 septembre 1871 dans le journal la Petite Presse, signée Robinson, et qui répondent à une attaque d'un journaliste auteur d'un article dans le Journal de Falaise. Robinson s'érige en défenseur de la presse populaire et stigmatise dans un plaidoyer courtois mais ferme ceux-là même qui jettent l'opprobre sur la publication de romans feuilletons populaires. Or à la même époque, paraît dans le rez-de-chaussée de La Petite Presse un feuilleton, "La bande rouge", dû à la plume fertile de Fortuné du Boisgobey. Mais Fortuné du Boisgobey et Robinson sont les deux facettes d'un même homme, Abraham Dubois.

Qui se souvient encore aujourd'hui de Fortuné du Boisgobey, le Gaboriau méconnu ?

Né à Granville le 11 septembre 1821, Abraham Dubois, son véritable patronyme, reprit pour signer ses œuvres le nom de ses ancêtres, nom perdu dans la tourmente de la Révolution. Issu d'une ancienne famille de magistrats, Fortuné du Boisgobey, féru d'histoire et passionné par les affaires judiciaires, après de brillantes études à Paris, est nommé Payeur Adjoint à la Trésorerie de l'Armée d'Afrique. En 1842 il signe un texte, "Lettres de Sicile", sous le nom d'Abraham Dubois. Mais cet homme brûle la chandelle par les deux bouts. Grand amateur de "grisettes" et joueur impénitent, il dilapide l'héritage familial et à 47 ans, il se trouve fort dépourvu. Il se lance dans l'écriture et avec près de soixante dix œuvres à son catalogue et parues d'abord en feuilletons, à l'inspiration éclectique puisqu'il écrit aussi bien des ouvrages judiciaires (on ne parlait pas encore à l'époque de romans policiers) des romans populaires et des récits historiques, il est considéré comme un auteur majeur. Aujourd'hui son nom a sombré dans un anonymat quasi complet et injuste. Fortuné du Boisgobey est décédé le 26 février 1891 à Paris.

Le Rocambole, bulletin de l'Association des Amis du Roman Populaire, tente de réparer cet oubli en proposant un dossier dont le seul mérite ne réside pas dans l'inventaire complet des parutions dans les journaux d'époque, parisiens ou provinciaux, dates et numérotations à l'appui, ou leur réédition chez divers éditeurs, Dentu principalement. Y figurent également quelques chroniques signées du Boisgobey, un texte inédit datant de 1869, plus quelques autres curiosités dont un texte inconnu de Paul Féval. Le Rocambole œuvre pour le Salut Public d'une génération d'écrivains tombés en désuétude mais qui ne manquent ni de charmes ni d'attraits.


Dossier Fortuné du BOISGOBEY. Revue le Rocambole n°1, AARP N°1. Printemps 1997. 144 pages.

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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 08:52

Gaboriau n'avait pas mis tous ses œufs littéraires dans le même panier, même si Lecoq reste le roi de la basse-cour.

 

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Si le nom d'Emile Gaboriau reste attaché comme le créateur du roman judiciaire et le romancier ayant influencé Sir Arthur Conan Doyle dans la conception d'un personnage qui occultera l'œuvre de l'écrivain britannique, Sherlock Holmes, il serait injuste de cantonner le natif de Saujon (Charente-Maritime) dans des ouvrages souvent réédités et dont le personnage principal est l'inspecteur Lecoq. C'est ce que s'attachent à démontrer dans ce numéro double et copieux les différents contributeurs, en présentant l'écrivain et en analysant son œuvre. Car Emile Gaboriau n'est pas simplement le rédacteur de L'affaire Lerouge, du Crime d'Orcival, de Monsieur Lecoq, du Dossier 113 ou encore du Petit vieux des Batignolles, mais d'un ensemble de romans qui forment une peinture sociale de son époque.

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer quelques extraits empruntés à l'introduction de ce dossier signée par Thierry Chevrier.

Le dossier consacré à ce pilier de la littérature policière et de la littérature populaire que fut Emile Gaboriau entend approfondir la connaissance de l'auteur, et lui rendre sa variété, souvent occultée par les éléments saillants de sa carrière.

Après un premier article où je situe les trois grandes phases de l'œuvre du romancier saintongeais, et j'explique comment elles se sont enchaînées historiquement, Louis-Pierre Coradin propose un portrait nuancé du personnage, évoquant des détails biographiques grâce à des documents issus des archives familiales, qui permettent de retracer finement son parcours...

Le dernier article de Pierre-Louis Coradin éclaire ce que Gaboriau rêvait d'être (et a été, même si la postérité ne l'a pas retenu) : un peintre social, capable de donner une idée fine et nuancée de son époque et de ses travers, rien moins qu'un "autre Balzac". Ce texte resitue Gaboriau dans son siècle au milieu des événements qu'il connut, sur le plan technique que culturel, et étudie les éléments critiques contenus dans quatre de ses romans à tendance plus engagée...

...il (Ulrich Schulz-Buschhaus) s'appuie sur Le crime d'Orcival, modèle de ce qu'il appelle le "feuilleton policier" mais aussi véritable roman social dont il décompose la structure, montrant combien sa logique échappe à la critique habituelle du "laisser-aller" teinté d'improvisation du romancier pressé qui écrirait au jour le jour....

 

rocambole1-gaboriau.jpgGaboriau, sa vie, son œuvre, et plus encore. Ce copieux dossier qui ne pouvait entrer dans un numéro simple du Rocambole démontre que le romancier, s'il fallait le préciser, était plus que le père de l'enquêteur puis inspecteur Lecoq. Quelles furent les débuts dans la vie littéraire de celui qui, bien avant les romanciers américains, effectua une multitude de petits boulots afin de subsister et se consacrer à sa passion de romancier, dédaignant l'étude notariale paternelle en préférant s'exiler à Paris. Ses débuts en demi-teinte, puis la reconnaissance du public grâce à la parution en feuilleton, en deux temps, la première fois dans Le Pays qui passa inaperçu et la seconde fois dans Le Soleil dont Eugène Chavette (Aimé de son concierge) était le rédacteur en chef, de L'affaire Lerouge.

Heureusement les différents contributeurs de ce numéro du Rocambole nous rappellent, et la bibliographie est là pour le démontrer, que d'autres ouvrages méritent qu'on s'attardent dessus, tant par la qualité que par le contexte social qu'ils décrivent. Je ne prendrai pour exemples que La Clique dorée et La Vie infernale que l'éditeur malouin Pascal Galodé a eu l'heureuse initiative de rééditer alors que ces textes n'avaient pas été réimprimés depuis des décennies (et depuis disponibles en Epub et autres versions numériques). Et Pascal Galodé n'entend pas en rester là en publiant, prochainement j'espère, La Marquise Brinvilliers, le premier roman de Gaboriau, sous le titre Le Diable de la Bastille et La Dégringolade qui date de 1871, jamais reparu depuis le XIXème siècle. Ce n'est pas peu dire que voilà un véritable travail d'éditeur que de dénicher des perles rares en en permettant l'accessibilité à un lectorat qui ne soit pas restreint.

Le dossier sur Gaboriau n'eut pas été complet sans la recension des adaptations de l'œuvre de Gaboriau au théâtre, au cinéma, à la radio ou encore à la télévision. Mais un autre article retiendra l'attention des bédéphiles, c'est Gaboriau en planches ou son œuvre illustrée et mise en bandes dessinées. On y retrouve les noms de Godefroy Durand, son premier illustrateur, d'Henri Lanos, de Paul de Sémant, de Guy Marcireau pour une bande dessinée parue en feuilleton dans Le Parisien dans les années 1960, de Jacques Caron ou encore Florent Bory dans des projets d'adaptation. Et sans oublier une nouvelle Les deux gazetiers (1867) ainsi qu'un pastiche : Le dossier 114 par Abel Valabrègue, et les continuateurs dont Fortuné de Boisgobey qui écrivit La Vieillesse de Monsieur Lecoq en 1877, quatre ans après le décès de Gaboriau. Gaboriau s'est éteint de maladie le 29 septembre 1873, il n'avait que quarante et un ans.

Ce nouveau numéro du Rocambole indispensable à tout amateur de littérature populaire, de littérature tout court, réserve d'autres surprises aux curieux et aux passionnés de la vie littéraire du XIXème siècle et ils se rendront compte que cette œuvre n'est pas désuète mais au contraire prend toute sa force et sa signification encore aujourd'hui, à l'instar de l'œuvre de romanciers qui ne sont pas tombés dans les oubliettes tels Balzac, Flaubert, Hugo ou Dumas.

Des écrivains tels que Paul de Kock, aujourd'hui oublié, dontpaul-de-kock.jpg Daniel Compère pose la question de savoir s'il était un romancier populaire, ont droit à des articles intéressants. Et dans celui justement consacré à Paul de Kock, il est amusant de lire qu'un critique littéraire fustigeait ces romanciers qui écrivaient pour vivre. Il s'agissait de Sainte-Beuve (et je m'en voudrai d'ajouter, comme un lycéen qui dans une copie en planchant sur un texte de ce littérateur affirma : Cette sainte avait raison) dont l'article paru dans La Revue des deux mondes en 1839 sous le titre La littérature industrielle. Autres auteurs bénéficiant d'un article : Michel Morphy, inoubliable créateur de Mignon, Léon Sazie et Gustave Le Rouge.

Sans oublier quelques rubriques concernant des autographes dénichés ça et là, des lettes de romanciers éclairant un peu mieux leur vie quotidienne et littéraire et l'annonce de parutions de revues et d'ouvrages spécialisés ou encore de rééditions d'auteurs majeurs ou méconnus du XIXème siècle, début du XXème.

Une véritable mine d'informations propre à contenter tout un chacun qui s'intéresse de près ou d'un peu plus loin à la littérature dite populaire des décennies passées.

Et, appliquant le principe du qui aime bien châtie bien, je n'ai pu m'empêcher de relever sous la plume d'un chroniqueur dans une notule consacrée à une étude publiée par Volum édition : Malgré la présence de nombreuses coquilles récurrentes, j'ai pensé à ce court film L'arroseur arrosé de Louis Lumière. En effet, nul n'est parfait, de nombreuses coquilles émaillent certains articles de ce numéro double ce qui est fort dommageable.


Pour tout savoir sur la revue le Rocambole, c'est ici


Revue le Rocambole N°64/65 : Enquêtes sur Gaboriau. Parution Janvier 2014. 352 pages. 27,00€.

L'abonnement pour quatre numéros (ou trois dont un double) est de 48,00€.

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 13:41

Nostalgie, quand tu nous tiens !

 

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Le nouveau numéro de la revue 813, éditée par l’association Les Amis des Littératures Policières vient de paraître, il est beau, mais… les couleurs ne pallient pas les manques que je ressens depuis quelques mois, pour ne pas dire quelques années.

En effet, si un réel effort de présentation, de mise en page, a été effectué, mais il est vrai que la fabrication n’est plus artisanale, j’enregistre un manque flagrant de rubriques qui faisaient la joie de nombreux abonnés. Le Courrier des lecteurs n’existe plus, pourtant ces correspondants bénévoles éparpillés dans toute la France et même ailleurs, apportaient souvent des informations intéressantes.

Je sais que je fais partie de cette catégorie des vieux qu’ont de l’âge. Peut-être suis-je devenu atrabilaire, grincheux, grognon. Que voulez-vous je regrette l’ancienne formule de 813, quand Les Polaroïds étaient vraiment la rubrique de référence des sorties littéraires, lorsque toutes les maisons d’éditions étaient représentées, même les plus petites. Dans ce numéro cinq pages dédiées aux nouvelles parutions, mais cela ressemble à du copinage. Des textes longs comme des jours sans pain, pour seulement onze présentations. Que sont devenues les prières d’insérer, qui n’étaient pas forcément un succédané des quatrièmes de couverture ? Que sont devenues Les Presses de la Cité, Le Fleuve Noir, Le Masque, Jean-Claude Lattès, Calmann-Lévy, Liana Levi, Actes sud, L’Archipel, Sonatine, Albin-Michel, Métailié, Viviane Hamy, Pascal Galodé, Jigal, Grasset, Fayard, Le Cherche-Midi, 10/18, Belfond… ? Perdus corps et biens… Autrefois, cette rubrique était aussi consacrée aux parutions des petits fanzines, et cela les aidait à se faire connaitre. La Vache qui lit, La Tête en Noir, L’indic, Les carnets de la Noir’rôde et d’autres n’ont plus aucun écho, plus aucune visibilité…

Ne restons pas sur une note négative et pessimiste. Car il y a du bon dans ce numéro. Par exemple, un hommage à Joseph Bialot, disparu le 25 novembre 2012, peu après la mise en vente de son dernier roman Le puits de Moïse est achevé, chez Rivages/Noirs N°888. Un hommage mérité pour ce grand monsieur de la Littérature, qui a débuté à cinquante-cinq ans, envoyant par la Poste son manuscrit, Le Salon du prêt-à-saigner, publié par la Série Noire et obtenant dans la foulée Le Grand Prix de Littérature Policière. Suivront dans la même collection : Babel-ville, Rue du chat crevé, Le manteau de Saint Martin, Un violon pour Mozart, Le Royal-bougnat, Les bagages d’Icare… Chez Denoël ce sera Sigmund Fred ne répond plus, au Fleuve Noir La main courante, chez Belfond Elisabeth ou le vent du sud, au Seuil Nursery rhyme, Ô mort, vieux capitaine… et combien d’autres dont le poignant Votre fumée montera vers le ciel aux éditions de l’Archipel. Et bon nombre de ces ouvrages pourraient, devraient être réédités avant de tomber dans le fallacieux domaine public de Relire.

Autre hommage, et non des moindres, celui rendu à Jim Thompson. Ce serait faire du mauvais esprit que de penser que cet hommage coïncide avec les rééditions de quelques romans chez Rivages dans une nouvelle traduction. Il avait eu l’honneur d’avoir été l’objet d’un dossier dans le numéro 2 de la revue Polar, en mai 1979. C’est loin tout ça, et que les projecteurs soient à nouveau braqués sur lui devraient lui attirer de nouveaux lecteurs, lui qui est décédé à l’âge de soixante-dix ans le 7 avril 1977. Je ne polémiquerai pas sur l’utilité d’une retraduction, elle semblait nécessaire car, c’était la coutume à l’époque de la Série Noire, bon nombre de textes ont été amputés, mutilés. Ils possédaient toutefois cette force d’évocation qui en a fait pour certains des chefs-d’œuvre. Peut-être le plus connu étant 1275 âmes qui a été adapté pour le cinéma par Bertrand Tavernier sous le titre Coup de torchon et transposé en Afrique, on se demande pourquoi. Vais-je les relire dans cette nouvelle traduction, je ne pense pas. J’ai de mauvais souvenirs d’autres romans qui amputés m’avaient enchanté, et republiés dans une version intégrale m’ont paru ennuyeux. Peut-être parce que je connaissais déjà l’intrigue. Je suis un lecteur de base, qui aime prendre du plaisir à la lecture, et non un intellectuel puritain…

L’intrusion de la couleur dans la revue est bénéfique ne serait-ce que pour montrer les sublimes photos réalisées par Nadine Monfils, auteur de romans, de recueils de poèmes, de contes, de livres érotiques, également cinéaste avec l’adaptation de Madame Edouard, avec Michel Blanc dans le rôle du commissaire Léon, lequel possède une passion singulière, le tricot.

Des photos qui oscillent entre baroque et surréalisme, dans lesquelles on retrouve le petit grain de folie qui imprègne ses romans, mais aussi une poésie décalée et un petit commentaire qui nous fait regarder plusieurs fois ces clichés afin de mieux les apprécier.

D’autres articles complètent ce numéro, dont un entretien avec Craig Johnson.

Et comme cela arrive souvent, la quatrième de couverture n’est plus d’actualité. Il s’agit de l’affiche annonçant le 12e salon du livre d'expression populaire et de critique sociale d’Arras qui se déroule le 1er mai organisé par l’association Colères de présent. Seulement je n’ai reçu la revue qu’aujourd’hui, 3 mai. Vraiment la colère du présent !

 

Pour tout savoir sur 813 et adhérer à l'association, rendez-vous sur le site !

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 15:52

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Sans le personnage d’Arsène Lupin, le nom de Maurice Leblanc serait-il toujours à l’honneur chez les éditeurs et dans nos bibliothèques ? Il est probable que non. Pourtant Arsène Lupin n’est qu’une maigre partie de l’œuvre de Maurice Leblanc et grâce à ce dossier vous pourrez en savoir un peu plus. Mais auparavant, je vous invite à découvrir cette revue telle que je le pratique régulièrement avec toutes revues.

Je m’approprie la revue comme l’abonné d’un quotidien parcourt le matin sa gazette, d’une façon systématique, l’ouvrant à la page qui l’intéresse : les courses hippiques, les sports, les programmes télé, les petites annonces ou encore la rubrique nécrologique, avec le secret espoir dans ce dernier cas de ne jamais y voir figurer son nom. Trêve de tergiversation et entrons donc en passant par la case Sommaire :

D’abord Les chroniques avec Le Front populaire et Le courrier des lecteurs. Toujours intéressant le courrier des lecteurs puisque ceux-ci se manifestent afin d’apporter des compléments d’information sur des dossiers précédents. Dans le Front Populaire, recensement de quelques ouvrages dont la parution peut échapper au commun des lecteurs, la diffusion étant quasiment confidentielle. Ainsi deux ouvrages sont parus récemment, l’un concernant Michel Gourdon, le mythique illustrateur des éditions Fleuve Noir, l’autre sur Jef de Wulf qui fit les beaux jours notamment de l’Arabesque. Deux hommages sont rendus à Roland C. Wagner, romancier, et Jacques Goimard, spécialiste incontesté de science-fiction, critique et éditeur. Il est bien entendu question des rééditions, dont celles de Gaboriau, chez Omnibus et surtout chez Pascal Galodé qui a remis à son catalogue La clique dorée, roman qui n’avait pratiquement jamais été réédité. Sont également cité des ouvrages de Charles Monselet, La Franc-maçonnerie des femmes, ou Fortuné de Boisgobey, Rubis sur l’ongle , dans la collection Labyrinthes du Masque. J’en profite pour asséner un petit Pan sur le bec à l’encontre du scripteur de l’article sur ces rééditions. Il se plaint (à juste raison) que des coquilles soient disséminées ici et là dans le texte de ces romans. Hélas, son texte en comporte aussi : On vole de enfants à Paris de Louis Forest ou encore On avait repéré sa mis en ligne récemment.


Mais ne soyons point moqueur et intéressons-nous à ce qui constitue le plat principal de cette revue. Les Textes de Maurice Leblanc dans lesquels Arsène Lupin n’apparait pas ou artificiellement.

Dans son article Usurpations d’identités, Marc Georges revient sur quelques romans dans lesquels Arsène Lupin n’apparaissait pas originellement mais dont, pour des raisons probablement éditoriales, les aventures lui ont été attribuées. Le même Marc George nous invite à découvrir les Contes héroïques signés Maurice Leblanc parus dans diverses revues comme Gil Blas, Le Journal et l’Auto et dont certains sont publiés dans cette livraison et dont je vous entretiens plus bas.

Jacques Baudou nous signale quelques romans policiers dont Lupin n’est pas le héros tandis que Daniel Compère nous offre une facette de Maurice Leblanc méconnue, celle de son apport à la science-fiction, et que Hervé Lechat se penche sur une production sur laquelle j’aurai le plaisir de revenir : Maurice Leblanc saisi par la débauche. En lisant les contes héroïques de Maurice Leblanc peut-être partagerez vous le sentiment de Noëlle Benhamou qui écrit l’article Maurice Leblanc, conteur et romancier : disciple de Maupassant ? une interrogation à laquelle on peut répondre par l’affirmative.

Jean-Luc Buard, toujours aussi sobre et érudit a sorti de ses archives un texte peu connu dont le titre peut prêter à confusion mais se révèle édifiant : L’Aiguille creuse. En effet dans cet article qui se veut référence au roman éponyme, l’auteur expose l’envers du mécanisme des machinations littéraires qu’il [Maurice Leblanc] s’ingénie à combiner pour le plaisir du public, et qui n’ont pas attendu l’avènement d’Arsène Lupin pour fonctionner.


La revue ne serait pas ce qu’elle est si elle ne comportait pas des exemples concrets de la valeur intrinsèque de l’auteur auquel elle est vouée. Aussi quelques contes, préfigurant peut-être une réédition attendue et bienvenue, nous sont proposés, issus des journaux et magazines auxquels Maurice Leblanc collaborait avec assiduité, pour la plus grande joie des lecteurs.

Ce sont des contes émouvants, tragi-comiques, insolites, mettant en scène des personnages ordinaires, tellement ordinaires qu’ils se dévalorisent. Dans les Contes de guerre, par exemple, un Poilu ne se rend pas compte qu’il a fait acte d’héroïsme, d’altruisme et de courage (La lettre à Catherine), ou encore ces deux braves militaires fauchés pour qui le mot probité est inconnu mais qui se comportent comme peu de gens le feraient dans les mêmes conditions (Le portefeuille). L’ironie et le dérisoire se côtoient. Un cabotin enrôlé malgré son âge et son manque d’enthousiasme, va interpréter son meilleur rôle en créant une version inédite du théâtre aux armées (Grand premier rôle). Ou encore ce militaire confronté à un dilemme que ne pourrait trancher un juge selon les préceptes de Salomon (Le fils du capitaine).

Signant ses articles dans le journal L’Auto (grand quotidien sportif et littéraire créé par Henri Desgranges), comme bon nombre de ses confrères de l’époque, Maurice Leblanc aborde tout naturellement son sport favori : l’automobile. Il met en scène des situations originales pour l’époque, banales aujourd’hui, synonymes de liberté (Les évadés) ou de tragédies (Ce brave monsieur Martin, Et la mort passa…) allant même jusqu’à écrire une apologie de la panne (L’imprévu).


Mais ce numéro ne serait pas accompli si la bibliographie complète des contes et romans de Maurice Leblanc n’était pas déclinée. Aussi Daniel Compère, Jean-Luc Buard, Jacques Derouard, Marc Georges (omis dans le sommaire), Hervé Lechat, Philippe Radé & Claude Rebierre se sont mis en sept pour l’établir, recensant pas moins de 467 titres d’après leur ordre de parution et qui sont repris en index alphabétique.

Une revue indispensable à tout amateur curieux de Maurice Leblanc qui se rendra compte que Maurice Leblanc n’était pas que le scripteur des aventures d’Arsène Lupin. 

 

En vente dans toutes les bonnes librairies et sur le site du Rocambole.


Revue Rocambole N° 61 : Maurice LEBLANC sans Lupin. Editée par l’association Les Amis du Roman Populaire. 176 pages. 16€.

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 09:58

La nouvelle revue portable et mobile…

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Moshi, moshi, est la traduction japonaise de notre banal Allo, allo mais c’est également une nouvelle petite revue éclectique lancée par Nelly Bridenne, jeune et impétueuse rédactrice qui n’hésite pas à réveiller ses valeureux collaborateurs en pleine nuit afin de leur soumettre ses projets et leur extorquer des articles dont elle a besoin tout de suite et immédiatement. Lesquels collaborateurs, émerveillés par sa fougue se laissent volontiers à écrire des articles alors qu’ils ne pensaient même pas posséder un minimum de talent susceptible d’intéresser quiconque.

Les papivores qui conservent précieusement les vieux magazines, les revues anciennes, se remémorent surement avec attendrissement des titres tels que Je sais tout et autres périodiques similaires paraissant à la fin du XIXème et début XXème siècle. Nelly Bridenne reprend le principe éclectique de ces publications en proposant des articles divers et variés, qui vont du feuilleton à la recette de cuisine, du poème à des coups de gueule, de mini-portraits de littérateurs ou d’artistes plasticiens, des créations littéraires via des ateliers d’écriture, des dossiers, le tout dans un joyeux méli-mélo où la bonne humeur et l’humour règnent.

Le dossier de ce premier numéro est consacré à un thème cher à nos bambins, dont la chevelure chanvre et gominée ressemble à un peignage effectué avec du beurre frais, Noël. Mais comme tout le monde a le droit, le devoir de s’exprimer, certains osent affirmer qu’ils n’aiment pas Noël. Et ils n’ont peut-être pas tout à fait tort, sachant que le lendemain il va falloir se ruiner en comprimés facilitant la transition intestinale ou colmater les brèches dans la poupe ou la proue d’un cerveau atteint de mal de mer.

Zoom sur Gérard Forche, qui illustre la couverture, des dessins caricatures de Simon, plein de petites bricoles, avec même un bulletin d’abonnement ce qui n’est pas si idiot, un enthousiasme à tout épreuve, une furieuse envie de continuer l’aventure, que dire de plus, l’essayer c’est l’adopter !

Que reprocher à cette nouvelle gazette gazouillante ? Des articles de fond pas assez traités en profondeur ? Des billets d’humeur pas assez caustiques (pourtant ça soude) ? Non, simplement l’oubli de ces petites rubriques qui font le charme des magazines télé que les gens achètent, non pas pour les programmes, mais pour les compléments : la rubrique livres avec une reproduction de couverture, le titre, le nom de l’auteur et l’éditeur et l’avis laconique et lapidaire indispensable : Bien, à lire impérativement, bof, à éviter… les conseils du vétérinaire ou du sexologue, le jardin sur votre balcon, et pourquoi pas la citation de la semaine, les mots fléchés (pas croisés car plus personne s’intéresse aux définitions à double sens), l’astre au logis… Pas grand-chose en fait. Non, il vaut mieux rester comme ça, simple et attrayant !

Et si vous n’êtes pas encore convaincu, sachez (de levure en poudre) que vous connaissez quelques uns des signataires des rubriques précitées et dont vous lisez régulièrement les chroniques littéraires sur la toile, pas loin de chez vous.

 

Renseignements pratiques : 10€ pour 3 numéros par an (frais de port compris). 32 pages.

N’hésitez pas à contacter notre merveilleuse rédactrice à nellybridenne@yahoo.fr

 

Moshi, Moshi, la petite gazette qui monte, qui monte…

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 17:10

Cette revue, destinée plus spécifiquement aux amoureux de la littérature rocambole57.jpgpopulaire, aux curieux, aux collectionneurs, à ceux que la nostalgie des romans et fascicules titille, à ceux qui veulent parfaire leurs connaissances, à ceux qui recherchent désespérément les noms d’écrivains se cachant sous tel et tel pseudonyme, cette revue leur est spécialement destinée.


En premier lieu Le Rocambole rend hommage à Claude Herbulot qui nous a quitté alors qu’il avait encore tant de travaux à accomplir dans le recensement des pseudonymes, des collections, des petites maisons d’éditions disparues depuis belle lurette et qu’il avait dénichés ou sortis de l’oubli. Des pseudonymes surtout, qui seraient restés confinés dans des malles et des oubliettes, apposés sur des romans négligés par beaucoup de lecteurs et qui cachaient des écrivains de talent ou en devenir. Qui se serait intéressé, par exemple à Frank Harding, Léo Latimer, Lionel Doucet, Jean de Selneuves, Noël Letam, Omer Refreger, Louis Refreger si ces noms n’avaient pas été associés par la suite à Léo Malet ? Grâce à son implication sans faille dans le domaine de la recherche, ainsi qu’à ses associés et amis Jean-Paul Gomel et Paul J. Hauswald, les révélations du Rocambole constituent ma lecture favorite dès réception de la revue dans ma boite aux lettres. Je me jette dessus avec gourmandise, que dis-je, avec gloutonnerie, mais je sais que les deux compères continueront l’œuvre entreprise avec la même détermination. Mais ses amis en parlent mieux que je saurais le faire.


Par exemple dans ce dernier numéro, une grande partie des révélations est consacrée à Viviane Pernet, née Syrmen, qui accumula plus de quarante-quatre pseudonymes dont le plus connu est Liane Méry, mais que l’on retrouve sous les noms de Peter Vanett, Peter Viane, Francis D’Artois, Jehan de Villedieu, chez des éditeurs comme le Fleuve Noir, Gerfaut, Ferenczi, Eurédif… Mais d’autres révélations raviront les chasseurs de pseudos.


Le dossier de cette livraison s’intitule La plume au fusil, et est consacré aux écrivains, collections et romans dits de guerre et plus exactement aux romans patriotiques. Albert Robida, chroniqueur de la guerre du futur (article de Jean-Claude Viche), le Colonel Driant, de l’armée à la littérature, le Jules Verne militaire (signé Daniel David), La première guerre mondiale vue par les romanciers populaires dans la collection Patrie des éditions Rouff, collection dans laquelle s’illustrèrent Léon Groc et Georges Spitzmuller (par Catherine Renaux). Une liste complète des ouvrages parus n’eut pas été inutile. Enfin Daniel Compère s’attarde sur la pentalogie titrée La guerre ! La guerre ! Roman de demain, série comprenant cinq romans du commandant Cazal qui n’est autre que Jean de la Hire. Cette série est un peu comme une uchronie à l’envers, une anticipation et une vision prémonitoire de la guerre opposant l’Allemagne puis l’Italie à la France et ses alliés. L’intérêt historique de cette série réside dans le fait qu’elle a été écrite entre le 1er février et le 10 août 1939. Tous ces articles sont complétés par une iconographie permettant de mieux appréhender les romans ou collections présentés.


rocambole57Dans ce dossier également une étude de Claude Schopp sur le roman d’Alexandre Dumas La Tulipe Noire dans lequel l’auteur de l’article met en avant la propension de l’auteur à situer bon nombre de ses romans sur des épisodes guerriers de la France. Des épisodes vécus en interne, des révolutions, des révoltes, des guerres de religion. Nul n’aura oublié les péripéties de nos trois mousquetaires en compagnie de d’Artagnan, qui n’est que garde au moment où l’action se déroule, lors du siège de La Rochelle dans une confrontation entre Catholiques et Huguenots et un pique-nique improvisé. Le thème de La Tulipe Noire, entre autres, concerne la prépondérance contestée entre pouvoir civil et pouvoir militaire en Hollande et qui constitue une révolution ou un coup d’état fomenté par Guillaume d’Orange. Or c’est bien cette mise en avant par Claude Schopp de la mise en avant des guerres intestines françaises qui m’ont incité à chroniquer René Besson, un témoin de la Révolution, texte que vous pouvez découvrir ici.

D’autres sujets sont abordés : Victor Ducange et le philhellénisme par Angeliki Giannouli. Victor Ducange (1783 – 1833) est un auteur dramatique aujourd’hui oublié et son roman Thélène ou l’amour de la guerre est un roman historique d’inspiration libérale qui retrace des épisodes de la lutte de l’indépendance grecque et dont l’histoire romanesque débute en France sous la Restauration.

Un autre article, signé Jean-Pierre Bacot, nous présente à travers les années 1860 – 1880 le phénomène de la presse illustrée devenant populaire.


Un numéro intéressant, comme d’habitude, fort documenté, qui offre de nouvelles pistes de lectures populaires à ne pas négliger.

Vous pouvez commander directement ce numéro auprès de l’AARP ou dans toute bonne librairie. Vous pouvez également vous abonner.

Revue LE ROCAMBOLE n° 57 : La plume au fusil. Editée par l’association Les Amis du Roman Populaire. 176 pages. 16€.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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