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12 février 2019 2 12 /02 /février /2019 05:20

Les jeux de l’amour et du falzar…

Guy de MAUPASSANT : Le verrou et autres contes grivois.

La femme est omniprésente dans l’œuvre de Guy de Maupassant. Qu’elle soit jeune fille, jeune femme, mère de famille, veuve, travailleuse manuelle ou charnelle, prude ou horizontale, souvent il s’agit pour elle de trouver auprès d’un homme réconfort moral, physique, pécuniaire.

Et les hommes ne sont pas montrés sous leur meilleur jour, coureurs de jupons la plupart du temps, ne pensant qu’à leur satisfaction personnelle et à étoffer leur tableau de chasse. Des égoïstes, imbus d’eux-mêmes, hâbleur, ou tout simplement en manque d’affection. Cela arrive aussi !

Mais Guy de Maupassant, tout en étant réaliste, sait parfois ajouter la pointe d’humour finale d’un texte tendre et dur à la fois.

 

Le verrou, qui donne son titre au recueil, débute par une réunion de vieux garçons, des célibataires endurcis, qui se retrouvent afin de parler de leurs exploits de lits. L’un d’eux narre, comment, alors qu’il n’avait que vingt-deux ans, il a été amené à connaître une femme de trente-cinq ans. Mais il vivait chez ses parents, et elle ne désirait ni aller chez elle, ni dans un hôtel. Alors il lui fallu prendre une chambre en ville. Mais parfois il existe quelques inconvénients à laisser la porte ouverte.

C’est un homme suffisant, qui déclare sans vergogne :

Celle dont je parle nourrissait assurément une furieuse envie de se faire avilir par moi.

Ce qui démontre le caractère malsain dont Guy de Maupassant tient en estime ses congénères.

Si l’auteur a pris pour décor la plupart du temps Paris ou la Normandie, il n’hésite pas à emmener son lecteur dans des contrées plus exotiques, dont l’Algérie, où il séjourna deux mois environ en 1881.

C’est le cas pour Marroca et Allouma, se mettant plus ou moins en scène ou prenant un protagoniste qui vit comme colon, affirmant comme une vérité première, afin de s’exonérer des vilénies passées et à venir :

Oh ! mon ami, il est deux supplices de cette terre que je ne te souhaites pas de connaître : le manque d’eau et le manque de femmes. Lequel est le plus affreux ? Je ne sais. Dans le désert, on commettrait toutes les infamies pour un verre d’eau claire et froide. Que ne ferait-on pas en certaines villes du littoral pour une belle fille fraîche et saine ? Car elles ne manquent pas, les filles, en Afrique ! elles foisonnent, au contraire ; mais pour continuer ma comparaison, elles y sont toutes plus ou moins malfaisantes et pourries que le liquide fangeux des puits sahariens. (Marroca).

Cette expérience africaine est aussi le reflet de l’esprit de l’époque, partagé du moins par une grande partie de nos compatriotes, état d’esprit qui perdure et trouva son sommet durant ce qui fut considéré comme les événements d’Algérie.

Le colon chez qui héberge le narrateur, probablement Guy de Maupassant lui-même, narre une aventure qui lui est arrivée avec une jeune femme arabe. Il déclare sans vergogne :

Elle dut mentir d’un bout à l’autre, comme mentent tous les Arabes, toujours, avec ou sans motif.

Et il enfonce le clou en ajoutant :

C’est là un des signes les plus surprenants et les plus incompréhensibles du caractère indigène : le mensonge. Ces hommes en qui l’islamisme s’est incarné jusqu’à faire partie d’eux, jusqu’à modeler leurs instincts, jusqu’à modifier la race entière et la différencier des autres au moral autant que la couleur de la peau différencie le nègre du blanc, sont menteurs dans les moelles au point que jamais on ne peut se fier à leurs dires. Est-ce à la religion qu’ils doivent cela ? Je l’ignore.

Des propos entendus, je le suppose, durant son court séjour et que Guy de Maupassant rapporte, peut-être, afin de mieux cerner la personnalité du protagoniste et d’en développer l’aspect vénal.

 

Dans l’Idylle, la nouvelle la plus charmante, la plus attendrissante du recueil, le lecteur voyage dans un train, s’immisçant dans l’intimité de deux voyageurs natifs du Piémont. Une femme encore jeune et mamelue et face à elle un jeune homme efflanqué. Tous deux se rendent en France à la recherche de travail. Elle doit servir de nourrice, ayant placé ses petits dans de la famille, mais le voyage est long et bientôt elle n’en peut plus. Ses seins sont gonflés, manque de marmaille à s’accrocher au bout. Et elle a besoin d’être soulagée de cette montée de lait qui l’indispose.

La patronne, c’est cette brave dame, tenancière d’une maison garnie et qui n’accepte aucune intrusion féminine dans les chambres qu’elle loue à des représentants du sexe masculin. Pourtant l’un d’eux, qui vient de charmer une demoiselle, tente de faire pénétrer sa conquête dans son logis. Ce qui n’est pas au goût de sa logeuse.

Les épingles, ce sont ces petits objets qui servent à tenir les cheveux. Deux jeunes hommes discutent et l’un d’eux narre l’aventure qui lui est survenue alors qu’il courtisait deux femmes à la fois. Il lui fallait jongler avec ses rendez-vous, son habitude bénéficiant de jours précis dans la semaine, et l’occasionnelle n’ayant le droit de se présenter qu’à d’autres jours de la semaine. Jusqu’à ce que les deux conquêtes lui font défection. Il se rend successivement chez elles les trouvant chacune en train de lire, aucunement perturbées par le lapin qu’elles lui ont posé.

Enfin, Les Tombales met en scène une de ces jeunes veuves, ou prétendues telles, qui hantent les cimetières, n’hésitant pas à s’épancher sur l’épaule compatissante d’un homme, puis le suivant au café puis chez celui-ci. Des Horizontales qui ont trouvé un nouveau terrain d’approche du client.

 

Grivois est peut-être un bien grand mot pour qualifier ces nouvelles qui cernent l’aspect de la recherche du plaisir, d’un côté comme de l’autre, car si certaines jeunes filles se montrent naïves, elles ressentent parfois des besoins charnels. Il en va de même parfois des éléments masculins.

Mais ces études de mœurs ne tombent pas dans le graveleux ou l’obscène, ni même dans l’égrillard, juste des suggestions et encore. Parfois tout est dans le non dit, ou simplement évoqué, sans s’appesantir, mais en aucun moment la description des actes n’est à mettre au compte de l’auteur.

Il s’agit surtout de mettre en avant le caractère de l’homme désireux de conquérir la femme, la plupart du temps, et de le placer dans des situations dans lesquelles il est quelque peu le dindon de la farce. Ce qui ne le corrige pas pour autant.

Sommaire

Le verrou

Marroca

La patrone

Idylle

Les épingles

Allouma

Les tombales

 

Guy de MAUPASSANT : Le verrou et autres contes grivois. Collection Folio 2€. N°4149. Editions Gallimard. Parution le 6 janvier 2005.

ISBN : 978-2070305360

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14 janvier 2019 1 14 /01 /janvier /2019 05:38

Quand Jean-Pierre Andrevon écrivait des nouvelles pour Charlie Hebdo !

Jean-Pierre ANDREVON : C’est tous les jours pareil.

En 1975, à la demande de Georges Wolinski, Jean-Pierre Andrevon a fourni pour Charlie Hebdo, auquel il collaborait depuis 1971, douze nouvelles. A l’origine il y en avait une vingtaine, mais peut-être le côté irrévérencieux de certains textes a fait que certaines ont été écartées par manque de place ou parce que le Professeur Choron, qui alors était aux manettes de ce magazine satirique, ne les avait pas appréciées.

L’on constatera que plus de quarante ans plus tard, elles n’ont pas perdu de leur virulence et que les hommes politiques sont toujours aussi méprisants et arrogants que dans les années 70, quoi que puissent en dire ou faire nos dirigeants.

Ces nouvelles et d’autres avaient été éditées par Lionel Hoebeke, dans la collection Changer de fiction au Dernier Terrain Vague, vingt-sept au total. Les années ont passé, et il était juste et nécessaire de les ressortir de l’oubli, de les retravailler, de leur insuffler un petit goût de jeunesse en les adaptant à notre époque, et, en compagnie de quelques inédits, les voilà qui s’offrent à vous, pour vous faire sourire tout en vous confortant dans votre idée du malaise actuel et de votre rejet d’une certaine forme, voire d’une forme certaine, de la politique. Je ne veux pas vous laisser croire que je pense que c’était mieux avant, mais au moins est-on tenter de dire que ce n’était pas pire.

 

Une colère lucide et désabusée, une violence traitée par la dérision, la causticité et l’ironie acerbe, animent Jean-Pierre Andrevon lorsqu’il rédige ces textes avec une plume trempée dans le vitriol. Quel que soit le thème traité, des thèmes qui, je me répète, sont toujours d’actualité et prennent encore plus de force au fur et à mesure que le temps passe.

Dans Le pet par exemple, pet n’étant pas dans l’esprit du scripteur cette flatulence parfois nauséabonde qui émane d’une digestion mal canalisée mais signifie faire le guet, nous sommes en présence d’un flic qui doit surveiller les abords d’une banque susceptible d’être braquée. Et à la moindre approche d’une personne, ou d’un groupe de personnes, qu’il juge suspect, ce policier n’hésite pas à user de son arme, au grand plaisir des badauds qui applaudissent. Mais à chaque fois il s’agit d’une bavure. Et lorsque la journée se termine et qu’enfin des hommes, habillés comme des actionnaires, pense-t-il, s’introduisent dans l’établissement, il ne réagit pas. L’heure de sa fin de service vient de sonner. Naturellement s’il encourt les blâmes de sa hiérarchie, ce ne sont pas pour les motifs décrits. Et la sanction sera à la hauteur financière de ses méprises. A noter que pour se fondre dans l’actualité, l’auteur précise que ce policier a prénommé l’un de ses enfants, le petit dernier, Emmanuel en l’honneur du président. Fayot !

Et puisque nous sommes dans le domaine policier, que penser de En attendant le client, dont le narrateur est un médecin exerçant son art aux urgences de la police. Des manifestants blessés, des cabossés par des exactions policières, une femme violée, lui sont amenés et à chaque fois son diagnostic est totalement délirant et à côté de la plaque. Tout ça avec la présence d’un journaliste de Libération. Un journal de gauche, donc une quantité négligeable. Il préfère voir l’un des gardiens de la paix présent dans le local compulser Le Figaro, un quotidien impartial. Evidemment. Mais le ton change complètement de registre lorsqu’on lui amène un policier blessé, le petit doigt luxé. Le pauvre. Une fiction, pensez-vous. Naturellement.

Changeons de registre avec La passe, qui, comme son titre l’indique met en scène une travailleuse du trottoir. Une respectueuse comme l’on dit lorsque l’on est bien éduqué. Mais ça, c’était avant la répression, alors que pourtant, cette brave dame n’oublie pas de pratiquer un prix majoré de la TVA, ce qui normalement alimente les caisses de l’Etat. Hypocrites.

Dans Le procès, nous assistons à la confrontation entre une juge d’un âge déjà avancé et d’une jeune femme qui a porté plainte pour viol. Ce monologue, narré à la façon de certains humoristes dont Pierre Palmade, démontre que même entre femmes la solidarité n’existe pas toujours, la juge accablant la jeune femme en lui signifiant :

J’ai les idées larges, et il m’arrive moi-même de goûter aux joies iodées de la mer pour ensuite livrer mon corps aux caresses du soleil. Mais j’ai de la pudeur, moi, mademoiselle. Je porte un maillot. Une pièce, s’il vous plait. Je n’aurais pas l’impudence de dilapider les secrets de mon intimité à toute la France. Alors, je vous le demande : ne comprenez-vous pas que la vision d’un corps féminin dénudé est un appel non équivoque à un acte charnel ?

Je pourrais aligner les exemples de ces textes qui égratignent, qui grattent, qui démangent, mais qui dans le même temps procurent un bien fou, à condition que le lecteur soit phase avec l’état d’esprit de l’auteur, des textes qui sont autant de dénonciations de problèmes sociologiques.

Toutefois, je vous en ai réservé deux petites dernières dont Bilan présidentiel, qui aurait pu convenir à quelques présidents dont en particulier un qui collectionnait les diamants et un autre qui appréciait la tête de veau. Mais ce bilan présidentiel semble n’avoir été écrit que pour l’actuel locataire de l’Elysée. S’adressant à ses concitoyens, celui-ci détaille le nombre de ses repas, de bouteilles vidées, d’animaux tués au cours de parties de chasses, de rapports sexuels… Je cite :

Mes fonctions sexuelles sont normales pour un homme comme moi dans la force de l’âge ; j’ai tiré soixante-seize coups dans l’année écoulée, le dernier en date pas plus tard qu’hier au soir dont treize dans le réceptacle conjugal. Avouez que concernant une union de vingt-trois ans, la moyenne est encore fort honorable.

Et il enfonce le clou, si je puis dire, en déclarant :

J’ajoute que les rumeurs faisant état d’une possible homosexualité sont sans fondement.

L’emploi du mot juste !

Enfin, dans La plume à gauche, Jean-Pierre Andrevon se met lui-même en scène. Comment ? Je vous laisse découvrir son texte.

 

Première édition : Le Dernier Terrain Vague. Parution 3e trimestre 1977. 160 pages.

Première édition : Le Dernier Terrain Vague. Parution 3e trimestre 1977. 160 pages.

Ces tranches de vie, ces réflexions non dénuées de bon sens, ces nouvelles sont regroupées en sections dont vous pouvez prendre connaissance ci-dessous :

 

Sommaire :

Le boulot.

Le pet

La passe

En attendant le client

La plume à gauche

Un peu de douceur

Culture bio

A l'école

Youkaïdi Youkaïda

 

Les arts.

Le réalisme

La galère

 

Loisirs et vacances.

L'ouverture

Au camp

Sur le périph'

 

L’empire de la science.

Sur le chantier

Maître de la Terre

La mécanique

Bricolo

L'éternité moins un jour

Entropie

 

L’armée.

Pas de malaise

Un week-end crevant

L'affaire du combat dans les garrigues

 

La politique.

Décrets et signatures

La Corse : une situation confuse

Bilan présidentiel

Ecrivez au journal, on vous répondra

 

Le Q.

Le petit doigt

Le procès

Quand faut s'y mettre

Simulation

Trois Ave et on n'en parle plus

Une grosse

 

La vie et rien d’autre.

Mal foutu

Ami des bêtes

La débrouille

Sympas et tout

Je n'ai pas vu les lumières se rallumer

 

Et ce volume se termine par des Précisions bibliographiques dont on peut très bien se passer, mais qui m’ont semblé indispensables.

Jean-Pierre ANDREVON : C’est tous les jours pareil. Nouvelles. Collection KholekTh N°37. Editions de La Clef d’Argent. Parution décembre 2018. 272 pages. 13,00€.

ISBN : 979-10-90662-51-3

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7 janvier 2019 1 07 /01 /janvier /2019 05:13

Jean Ray, ton univers impitoyaaableee !

Jean RAY : Le Carrousel des Maléfices.

Ceux qui ont lu Le Carrousel des Maléfices, penseront peut-être que cette réédition n’est pas indispensable dans leur bibliothèque, ce en quoi ils auraient tort, car ce volume comporte neuf textes qui ne figuraient pas dans les éditions précédentes, que ce soit dans les divers éditions et rééditions Marabout ou à la Librairie des Champs-Elysées ou encore chez Néo.

Que dire de plus que ce qui a déjà été écrit, et par plus spécialiste que moi ? Rien ou presque. Que cet auteur nous prend par les yeux, que l’on ne peut lâcher un texte entamé, et qu’il nous offre de délicieux frissons. Jean Ray nous entraîne, nous enchaîne dans son univers particulier, glauque, humide, poisseux, fuligineux, et si l’on sort la nuit, on se demande si l’on ne va pas se trouver nez à nez avec l’une de ses créatures humaines déambulant dans des ruelles sordides qui ne sont pour nous que des endroits faiblement éclairés.

Mais au travers de courts textes, regroupés sous le titre Histoires drôles, qui ne dépassent pas parfois une page, il joue avec nous dans une ambiance humoristique et pourtant noire, très noire. Ainsi dans ses Histoires drôles la dérision l’emporte sur le fantastique habituel.

 

Dans M. Gless change de direction, Jean Ray revisite et détourne le mythe de Jack l’Eventreur avec malice. C’est le premier texte qui ne figurait pas dans la version initiale du Carrousel des maléfices.

Certains de ces textes, dont La formule et Monsieur Banks et le boulet Langevin par exemple possèdent en commun le thème de l’espace-temps, ou Quatrième dimension. Des historiettes qui se déroulent de nos jours, ou du moins à l’époque où elles ont été écrites, ou dans des milliers d’années, un peu comme de l’anticipation pseudo scientifique, ou encore qui reprennent le mythe de la vie éternelle mais toujours avec cet humour particulier qui a fait la renommée du fantastiqueur belge.

 

Dans sa longue postface, c’est-à-dire à lire après s’être imprégné de l’ambiance qui se dégage des nouvelles de Jean Ray, et que par esprit de contradiction j’ai lue en priorité, Arnaud Huftier, le grand maître et spécialiste de l’œuvre de l’un des représentants majeurs de la littérature belge, dresse un bilan sur les dix volumes composant cette édition dans des versions dites originales et intégrales. Et apporte un éclairage sur les divers thèmes chers à Jean Ray, et principalement celui de la petite bourgeoisie et son emblème des nourritures terrestres, nourritures si vivifiantes et pourtant parfois mortifères.

Bref un recueil à déguster sans crainte d’indigestion, et qui ne vous fera pas mourir d’ennui.

 

Sommaire :

Le carrousel des maléfices

Mathématiques supérieures

La tête de monsieur Ramberger

Bonjour, Mr. Jones !

Histoires drôles : Drôle d'histoires ; Soirée de gala ; Merry-fair ; La tête parlante ; Merry-go-round ; Le toboggan.

Têtes de lune

Le banc et la porte

Croquemitaine n'est plus

Puzzle

L'envoyée du retour

La sotie de l'araignée : l'ombre

S.A. La mouche

S.A. Le crabe

S.A. La fileuse

S.A. Le monstre

S.A. Les évadées

Le beau dimanche

Le Ressaract

La sorcière

Les gens célèbres de Tudor Street

Trois petites vieilles sur un banc

La conjuration du lundi

Un tour de cochon

Smith... comme tout le monde

Autres textes

Mr. Gless change de direction

La Princesse Tigre

Je cherche Mr. Pilgrim

L'expérience de Laurence Night (Thunder-powers)

La formule (A story of fourth dimension)

M. Banks et le boulet Langevin

Le tueur et le fantôme

La fausse clé

Le crime des autres

Postface et bibliographie d’Arnaud Huftier.

 

Pour découvrir les anciennes éditions, vous pouvez visiter sans dommage le lien ci-dessous :

Jean RAY : Le Carrousel des Maléfices. Alma Editeur. Parution le 29 novembre 2018. 292 pages. 18,00€.

ISBN : 978-2362792793

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19 décembre 2018 3 19 /12 /décembre /2018 05:27

Ohé, ohé, matelot, matelot navigue sur les flots…

Jean-Marie ROBILLARD : La route des matelots.

Souvent, parce qu’ils sont destinés aux enfants, les adultes négligent les romans ou recueils de contes, de nouvelles, écrit avec amour, passion, tendresse pour la jeune génération.

C’est un peu dommage car, outre les bienfaits de se retremper l’espace de quelques heures dans une ambiance, dans une atmosphère juvénile, les adultes pourraient se rendre compte qu’il est difficile de raconter des histoires avec des mots simples tout en imprégnant les textes de poésie.

Pouvoir tenir en éveil, captiver des enfants par la magie des mots alors qu’alentour tout concourt, que tout les invite à poser le livre qu’ils tiennent en main et à aller s’amuser, regarder la télévision, jouer sur du virtuel, que sais-je encore, relève du tour de force.

Jean-Marie Robillard, qui fut instituteur dans la région de Granville, grâce à des textes fleurant bon la mer, les dunes, le terroir, les aventures maritimes, associant avec habileté quotidien et fantastique, situés souvent sur le littoral ouest du Cotentin, conte des histoires qui de prime abord paraissent gentillettes.

Et c’est là qu’intervient l’adulte, car ces histoires ne sont pas si innocentes que cela. Il se dégage de ces textes une formidable leçon d’amour pour son prochain, mais aussi du courage, de l’abnégation.

Par exemple, dans La maison sur la falaise, un jeune docteur, de retour de consultation, est invité par une vieille femme à rencontrer un vieillard qui lui fait cadeau d’une aquarelle.

Dans Brume, histoire de mer, d’apparition à la veillée, narré par Grand-Louis. Mais avec Grand-Louis, on ne sait jamais. Affabule-t-il ou raconte-t-il une histoire vraie ?

Dans Pompon, c’est un conflit de génération, conflit entre l’ancien et le moderne, entre le cheval et le tracteur, qui nous est proposé. Pompon qui ne rend plus de services et qui mange le foin réservé aux animaux de la ferme. Rentabilité avant tout ! Que devient la parcelle d’amitié, d’amour là-dedans ?

Dans Le bateau d’Emile, on assiste au sauvetage d’un canot parmi les éléments déchaînés.

Avez-vous déjà entendu le chant des baleines ? Non ? C’est dommage ! Mais saviez-vous que les baleines étaient capables de montrer leurs sentiments d’une autre façon ? Pourtant, c’est ce que Jean a vu là-bas, à l’autre bout du monde, dans l’Antarctique. Une histoire qui a pour titre L’homme aux baleines.

En lisant La route des matelots de Jean-Marie Robillard, je suis sûr que vous reviendrez sur certains préjugés qui font du tort à la littérature enfantine.

 

Jean-Marie ROBILLARD : La route des matelots. Illustrations de Claire Forgeot. Collection Zanzibar N°32. Editions Milan. Parution janvier 1988. 94 pages.

ISBN : 9782867262838

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10 décembre 2018 1 10 /12 /décembre /2018 06:12

Vous mendierez des nouvelles !

Didier DAENINCKX : Non lieux.

Didier Daeninckx aurait pu se contenter d’écrire de simples histoires policières. Mais cela ne lui suffit pas.

En peu de romans il s’est découvert une passion : se faire l’archéologue du monde contemporain. Dans un créneau que peu d’auteurs ont abordé, il pallie la mémoire défaillante de nos historiens officiels.

Il fouille et met à jour des évènements que la conscience politique aurait aimé voir s’effriter au fil du temps. Il soulève le bandeau d’une justice qui s’obstine à ceindre des yeux d’une myopie affligeante, savamment entretenue.

Avec sensibilité et hargne, avec virulence parfois aussi, il dépoussière des dossiers honteux. Une agressivité parfois tempérée par un humour clin-d’œil. La dérision sublime la dénonciation de certains évènements.

Le champ de prédilection de Didier Daeninckx semble être celui des champs de bataille. La Première, la seconde Guerre Mondiale, mais pas du côté des professionnels, des militaires de carrière. Il se range résolument du côté des humbles, de ceux qui souffrent dans leur chair, dans leur cœur.

Dans ces trente textes qui composent ce recueil, c’est surtout la chasse à l’injustice sous toutes ses formes qui prédomine. Des histoires parues dans différents magazines, spécialisés ou non, et il aurait été injuste que tout un chacun ne puisse les lire et les apprécier à leur juste valeur à cause du tirage parfois confidentiel de ces magazines.

Didier Daeninckx s’érige comme l’anti-fossoyeur des temps modernes.

 

Au sommaire :

F.X.E.E.U.A.R.F.R. - 1985

Consigne automatique 548 - 1988

Main courante - 1984

Caniphobie - 1988

Le Fantôme de l'Arc en Ciel - 1985

Tête à Tête - 1986

Le point de Vue de la Meurtrière - 1985

La Mort en huit Chiffres - 1986

Confidences - 1989

L'Arithmonane - 1987

Le Musée du dernier Instant - 1987

Ils reviennent - 1987

La Guetteuse - 1987

Le plus grand Criminel de tous les Temps - 1987

Toute une Année au Soleil - 1987

Le Vieux du premier Mardi du Mois - 1988

L'Homme-Tronc - 1988

La Révolution dans la Révolution - 1987

Le Vœu - 1988

Le Reflet - 1988

Les Poissons rouges - 1988

Scénars à vendre - 1988

Le Partage des Tâches - 1988

Le Jeu-Mystère - 1988

L'Exode du Lecteur - 1988

Cheval Destroy - 1988

Les Versets étatiques - 1989

Le Contrat social - 1989

La Révolution de Randrianantoandra - 1989

Non Lieux - 1987

 

Didier DAENINCKX : Non lieux. Collection l’Instant noir N°23. Editions de l’Instant. Parution 18 octobre 1989. 236 pages.

ISBN : 978-2869291362

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3 décembre 2018 1 03 /12 /décembre /2018 05:21

Un nouvelliste en trompe l’œil !

Dans un registre humoristique et franchement noir, Stéphane Kirchacker délivre ses nouvelles comme de petites fables en forme de jeux de miroirs, entraînant le lecteur dans une sorte de dédale jubilatoire.

Stéphane KIRCHACKER : Dur à avaler et Dayuse.

Dans Dur à avaler, le capitaine Grelier enquête sur la disparition de Maître Xavier Rochard. La dernière fois que ce membre ( !) du barreau a été aperçu c’est dans un club spécial. Le capitaine Grelier est jeune, pas vraiment au fait des soirées parisiennes lui qui débarque de Nantes, encore naïf et ayant beaucoup à apprendre. Il interroge l’une des danseuses de ce club. Une geisha qui procède à son maquillage et avoue une participation active peu auparavant avec ce membre. D’ailleurs ses premiers mots sont : Avant-hier soir, j’avais son sexe dans la bouche. C’était bon. Grelier ressent un double sentiment de malaise et d’excitation. Mais ce qu’il va découvrir va lui rester sur l’estomac.

Dur à avaler. Collection Noire sœur. Parution 26 octobre 2018. 13 pages. 1,99€. ISBN 9791023407419

 

Stéphane KIRCHACKER : Dur à avaler et Dayuse.

Dayuse met en scène un homme qui passe ses journées sur de la paperasse, à monter des dossiers. Pourtant il est obnubilé par le sexe, par les femmes, et la vue d’une nouvelle caissière au supermarché où il s’approvisionne en sandwichs pour son déjeuner lui fait battre le cœur et le reste. Il phantasme pour cette Sandrine, le nom est indiqué sur le badge qu’elle porte accroché sur ses seins, enfin sur un sein, comprimés par un chemisier en toile synthétique de couleur rouge. Il extrapole, jugeant les mensurations qui n’ont rien de particulièrement extravagant, puis retourne à son labeur. Rentré chez lui, sa femme l’accueille comme tous les soirs, devoirs des gamins, repas à préparer, une journée ordinaire. Ou presque.

Dayuse. Collection Culisime. Parution 1er juin 2018. 15 pages. 1,99€. ISBN 9791023407211.

 

Difficile de résister à suivre l’auteur dans ses élucubrations basées sur le double Je ou double Jeu, dans l’ambiance d’un quotidien banal et pourtant riche en émotions.

 

Stéphane KIRCHACKER : Dur à avaler et Dayuse. Nouvelles numériques. Editions SKA.

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19 novembre 2018 1 19 /11 /novembre /2018 05:20

Les restos du cœur font la fête grâce à vous !

 

Quatre repas pour l’achat d’un livre à 5 euros !

 

Quand je pense au nombre de repas qui pourraient être distribués avec le prix d’un déplacement à 150 000 euros !

Collectif : 13 à table !

En effet grâce à l’achat de ce livre, quatre repas pourront être distribués, ce qui ne revient pas chère la gamelle mais contera bien des estomacs.

Pour la cinquième année consécutive les éditions Pocket en partenariat avec les Restaurants du Cœur éditent un recueil de nouvelles et les lecteurs fidèles ne seront pas étonnés de retrouver au sommaire des auteurs comme Françoise Bourdin, Maxime Chattam, François d’Epenoux, et quelques autres qui offrent chaque année une nouvelle afin d’aider les laissés-pour-compte.

Sur le thème de la Fête, tous se sont laissé aller en empruntant souvent à leurs leitmotivs littéraires mais en raccourci.

Mais le mieux est peut-être de vous présenter le menu, très copieux, roboratif, et de vous souhaiter bon appétit littéraire pour que les oubliés de l’Etat puisse subsister. Vous pouvez le déguster en plusieurs fois selon votre envie, votre plaisir, et cet ouvrage vous permettra peut-être de découvrir des auteurs dont vous avez entendu parler mais dont vous ne connaissez pas le style.

 

Avec L’Apparition, Philippe Besson a choisi de placer son intrigue à La Nouvelle Orléans, lors du fameux Mardi-gras, un moment au cours duquel chacun se déguise dans les couleurs traditionnelles, vert, violet et or, symbolisant la foi, la justice et le pouvoir. Louise Cooper a quitté New-York et son travail à la suite d’un surmenage et elle s’est installée en Louisiane, retrouvant son amie Claire et une certaine sérénité en devenant boutiquière. Du balcon d’où elle regarde le défilé, elle croit reconnaître un ami qui a disparu trois ans auparavant. Mais est-ce vraiment lui, ou un sosie, un fantôme peut-être.

 

Dans Laissée-pour-compte, Françoise Bourdin met en scène Lilybeth, diminutif d’Elisabeth et non de Lily bête, qui à trente-quatre ans n’a pas encore trouvé l’âme frère. Sa sœur Marianne est mariée, quatre enfants et enceinte pour la cinquième fois. Alors pour trouver un galant susceptible de lui réchauffer les pieds dans le lit, ou ailleurs, elle décide d’organiser une petite fête et d’inviter beaucoup de monde. Et ses connaissances peuvent même amener des inconnus, pour elle. Elle repère un beau quadragénaire qu’une de ses collègues lui présente, mais il ne faut pas se fier aux apparences, ni aux déductions hâtives.

 

Maxime Chattam nous invite, avec Le point d’émergence à nous propulser dans quelques décennies et à investir un cerveau. Point d’optimisme, contrairement aux deux textes précédents, dans cette nouvelle qui prend sa force et sa raison d’être dans l’épilogue.

De même, avec Big Real Park, que la fête commence, François d’Epenoux nous propose une vision peu engageante d’un avenir dédié à la fête, avec des parcs d’attraction hors normes, tout autant dans leurs surfaces que dans leurs conceptions.

Eric Giacometti et Jacques Ravenne nous offrent une Nuit d’ivresse. Alex a bu, un peu trop, un mélange qui lui tourneboule la tête, au cours d’une fête nocturne organisée par son patron. Celui-ci, bon prince, propose alors à Alex de se coucher loin des cris et des rires, d’ailleurs toutes les chambres sont occupées par des bambocheurs désirant effectuer le simulacre de la reproduction, dans une dépendance de son domaine, un ancien couvent. Il a tout transformé sauf un pavillon où, selon les archives locales, étaient enfermés les moines qui tournaient mal. Etait-ce une bonne idée que de coucher dans cette maisonnette, apparemment pas, car au cours de la nuit, Alex entend des bruits, perçoit des voix, aperçoit des moines, et une fosse.

Moins angoissant et plus proche de nous, ce SDF accompagné d’un chien nommé Sam. L’homme ayant récolté quelques piécettes achète des tranches de jambon, un paquet de gâteaux et deux bières. Il partage son maigre repas avec son chien, mais en cette nuit de fête, il se souvient de ce qu’il a été, comment il a recueilli Sam et nous le suivons sous les ponts parisiens jusqu’à son lieu de couchage. Il ne veut pas aller dans un centre, d’autant que les chiens n’y sont pas admis. Pourtant un chien, c’est fidèle, ça ne se plaint jamais, ne fait jamais de reproches. Un texte tout en finesse et en émotion de Karine Giebel titré Dans les bras des étoiles, un texte qui me réconcilie avec un auteur que j’avais dédaigné n’y trouvant pas mon compte dans ses romans. Comme quoi !

Philippe Jaenada avec Une vie, des fêtes, qui aurait tout aussi bien s’écrire Une vie défaite, s’intéresse avec ironie et humour à une femme qui fit les gorges chaudes à la fin du XIXe siècle, Marguerite, dite Meg, Steinhel née Japy, de la famille des radios-réveils et des machines à écrire. Meg s’est mariée avec un peintre plus vieux qu’elle, au talent contesté, mais il possède une grande maison sise dans un passage donnant sur la rue Vaugirard. Et c’est là qu’elle reçoit du beau monde, des personnalités littéraires et politiques auxquelles elle prodigue ses gâteries. Elle ne se fait pas payer mais ses amants de fortune achète les toiles de l’époux, alors on peut dire qu’elle œuvre pour assurer financièrement l’avenir du foyer. Jusqu’au jour le président de la république en titre meurt lors d’un débordement de tendresse. Cette histoire n’est pas terminée pour Meg mais ce qui est resté dans l’esprit des chroniqueurs c’est surtout la manière dont elle a su faire avaler des couleuvres.

Quand dans une maison d’éditions américaine, deux auteurs sont pressenties pour obtenir le Prix Nobel de Littérature, les attachées de presse de chacune des deux prétendantes sont sous pression. Sophie Le Caillou est stagiaire non rémunérée, heureusement des cousins lui ont offert gratuitement une chambre. Sophie est sous la coupe de Rita et est préposée aux petits boulots d’intendance mais elle se sent totalement impliquée dans le succès de la romancière dont s’occupe Rita. L’autre romancière en lice est chapeautée par une collègue de Rita, et leur chef, un tyran au féminin, sait les mettre en concurrence. Et le grand soir arrive avec un résultat pour le moins inattendu et pour autant prévisible. Un voyage dans les coulisses d’une maison d’édition et son service de presse écrite par Alexandra Lapierre et titré Bulles amères.

Ils se connaissaient, se sont perdus de vue et se sont retrouvés, avec chacun de leur côté un enfant. Une famille recomposée, avec d’un côté Eric et sa fille Louise, et de l’autre, Sophia, la narratrice, et son fils Dimitri. Sophia a décidé de s’occuper de tout pour fêter leur aménagement, mais seulement elle rate tout ce qu’elle entreprend. Pourtant elle ne manque pas d’envie et d’obstination. Une drôle de Crémaillère en perspective décrite par Agnès Martin-Lugand.

Difficile de porter un prénom, je ne dirai pas ridicule, mais encombrant. Perpetua. Le porter perpétuellement de plus. Perpetua Le Flaher. Ses copains, enfin les autres élèves l’ont rapidement surnommée A perpète-le-phallus-à-l’air… ça vous fait rire ? Pas Perpetua qui vit en compagnie, dans une sorte de maison au milieu d’une décharge à proximité de la route. Faut faire avec et comment ? C’est ce que nous raconte Véronique Ovaldé dans Je suis longtemps restée une clématite.

Romain Puertolas avec Les cochons de Karl Lagerfeld joue sur la dérision mais pourtant cela semble si vrai, si réel, dans cette société moderne où pour réussir il faut entreprendre et de préférence de façon baroque. Savoir se vendre auprès d’un gros financier et proposer quelque chose d’inédit, une initiative que personne d’autre n’a jamais eue et qui devrait faire fureur. Il faut savoir convaincre et ce n’est pas gagné.

Tatiana de Rosnay joue les Trouble-fête avec une nouvelle éponyme mettant en scène une quadragénaire bien sous tous rapports. Elle est mariée avec un sexagénaire, bien conservé, mais surtout elle est en quête de la perfection, quelque soit le domaine dans lequel elle navigue. Elle fignole aussi bien sa silhouette que les photos qu’elle poste sur un réseau dit social, mais elle ne se rend pas compte qu’elle tyrannise aussi bien son mari que son fis ou ses amies.

Ah, La fête des voisins, en général c’est un moment convivial mais pour la narratrice, ce n’est qu’un rêve, qui pourrait se concrétiser si elle n’avait pas un mari qui la séquestre. Et oui, cela arrive, si ce n’est près de chez vous, pas loin ou un peu ailleurs. Mais ça arrive, et ce n’est pas drôle tous les jours même s’il y a une forme de consentement, obligé. Une nouvelle de Leïla Slimani déprimante et optimiste à la fois. Incompatible, non, pas forcément !

Enfin, le dessert nous est proposé par Alice Zeniter avec Le goût des fraises sauvages. Et une odeur persistante de barbecue, de grillades, car le père, quelle que soit l’occasion, sait arrondir les angles en proposant de la viande grillée. Et lorsque la Fille 1 rencontre un grand garçon, grand physiquement, et qu’elle le présente à son père, à sa sœur la Fille 2, au cours d’un repas, avec quelques invités, pas beaucoup mais un peu quand même, et surtout des grillades, il y a comme de l’eau dans le gaz, ou sur le feu. Car ce que déclare le grand garçon, 2cm de moins que 2 mètres, est peut-être difficile à avaler même si la viande est grillée à point.

 

Alors, le lecteur passe par toutes les émotions, le rire, les larmes, l’inquiétude, la révolte, et bien d’autres sentiments, car tous les cuistots de service ont réussi l’amalgame d’un repas équilibré, sans lourdeur, sans fausse note, sans trop de sel, c’est mauvais pour la santé, ni d’épices, c’est mauvais pour l’estomac, un peu arrosé mais sans verser dans l’ivresse trop euphorique ou geignarde. Cela dépend du tempérament, celui des lecteurs, car nos cuisiniers en possède à revendre.

 

Sommaire :

BESSON Philippe : L'apparition

BOURDIN Françoise : Laissée-pour-compte

CHATTAM   Maxime : Le point d'émergence

EPENOUX d' François : Big Real Park, que la fête commence

GIACOMETTI & RAVENNE : Nuit d'ivresse

GIEBEL Karine : Dans les bras des étoiles

JAENADA Philippe : Une vie, des fêtes

LAPIERRE Alexandra : Bulles amères

MARTIN-LUGAND Agnès : La crémaillère

OVALDE Véronique : Je suis longtemps restée une clématite

PUERTOLAS Romain : Les cochons de Karl Lagerfeld

ROSNAY de Tatiana : Trouble-fête

SLIMANI Leïla : La fête des voisins

ZENITER Alice : Le goût des fraises sauvages

Collectif : 13 à table ! Coédition Les Restaurants du cœur et éditions Pocket. N°17272. Parution le 8 novembre 2018. 288 pages. 5,00€.

ISBN : 978-2266286411

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12 novembre 2018 1 12 /11 /novembre /2018 05:15

Moi, je dirais Douces, quoi que…

Daniel CONRAD présente : Douces ou cruelles ? Histoires de femmes en proie à l’angoisse.

Un recueil de nouvelles édité par le Fleuve Noir qui semble se spécialiser dans ce genre littéraire depuis quelques années, alors que pratiquement il n’a jamais eu gain de cause durant l’époque d’or de cette maison d’édition. La redoutable tâche de mener à bien cette entreprise a été confiée à Daniel Conrad, le rédac-chef de la revue Ténèbres.

Le thème en est la femme plongée dans un univers angoissant ou en proie à l’angoisse. Comme le remarque si bien le compilateur, la littérature de l’angoisse est la littérature du surnaturel et de l’irrationnel. L’angoisse peut provenir également d’une peur, d’un malaise, mais n’est pas forcément axée vers ou par le fantastique.

Et c’est peut-être pour cela que les roman de la défunte collection Angoisse du Fleuve Noir furent parfois critiqués en leur temps et sont maintenant recherchés par des collectionneurs nostalgiques.

Revenons à nos moutons ou plutôt aux femmes (ce qui bien loin d’être pareil) aux travers d’yeux et de plumes d’auteurs de sensibilités différentes, qu’ils soient du sexe dit fort ou du beau sexe.

Il est évident que dans ce genre d’entreprise, le lecteur préférera certaines histoires à d’autres, pour des raisons de sensibilité propre et aussi de ce qu’il pense trouver dans un tel genre d’ouvrage.

Donc, dire que j’ai préféré les nouvelles de Patrick Eris, de Mélanie Fazi, de Daniel Walther, de Michel Leydier, d’Elisabeth Vonarburg, d’Andréa H. Japp à d’autres, c’est mon choix personnel que je partage avec moi-même. Ce n’est pas pour autant que les autres sont mauvaises, au contraire, mais je n’ai pas ressenti cette petite pincée au cœur et au ventre en les lisant.

D’autant que Daniel Conrad a voulu explorer une vaste panoplie de ce domaine et pas seulement avec des auteurs confirmés, mais avec des débutants ou issus d’un autre genre littéraire tels que Marie Nimier par exemple.

Ce qui m’a marqué c’est le contraste qui existe entre deux auteurs qui se côtoient. Par exemple Patrick Eris développe une nouvelle enrobée de tendresse, de complicité, de poésie, de légèreté, comme si c’était une femme qui l’avait écrite. Par contre, dans celle développée par Mélanie Fazi, il existe une fureur toute masculine.

Un subtil mélange qui devrait plaire aux amoureux et autres de cette littérature quelque peu tombée en désuétude mais qui pourtant a fait rêver pas mal de générations.

Outre les auteurs déjà cités, ajoutons à la liste les noms de B. Aubert, F. Berthelot, N. Caligaris, G.- O. Chateaureynaud, P. Claudel, J. Dorny, A. Duguël, J.C. Dunyach & A. Smulders, C. Ecken, J. Faivre d’Arcier, J.J. Girardot, C. Grimm, C. Katyn, B. Leandri, C. Mamier, Sholby, M. Tabachnick, J. Wintrebert.

 

Daniel CONRAD présente : Douces ou cruelles ? Histoires de femmes en proie à l’angoisse. Collection Moyen Format. Editions Fleuve Noir. Parution 30 mai 2001. 530 pages.

ISBN : 978-2265071582

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30 octobre 2018 2 30 /10 /octobre /2018 05:42

Un mouton ? Facile ! Il y a plein de modèles dans l’hémicycle !

Chantal ROBILLARD présente : Dessine-moi…

Dans son introduction, sobre et éclairante, Chantal Robillard met en avant cette phrase inoubliable et emblématique du Petit Prince :

Dessine-moi un mouton…

Et place cette historie dans son contexte et sa genèse. Mais le Mouton est la continuation de nombreux antécédents littéraires et bibliques. Le mouton de Panurge, évidemment, étant la parabole de ceux qui suivent un individu sans aucune réflexion de leur part, et ils sont plus nombreux que l’on pense. Et lorsqu’ils n’appliquent pas les directives, on les qualifie de frondeurs, d’anarchistes, d’asociaux. Et l’on parle alors de mouton noir, celui qui ne ressemble pas aux autres et est soit dédaigné, soit le chef de bande.

Dans la Bible, le mouton est l’emblème du sacrifice, tout comme aujourd’hui pour la religion musulmane, devant purifier l’âme et effacer les péchés. Ce qui nous amène à l’agneau pascal, Pascal étant un prénom fort usité avec malice dans certains des textes. Et comme l’agneau est synonyme de pureté, de Bien, il lui faut son contraire sous la forme du loup, le Mal.

Mais foin de tout ça, laissons les symboliques de côté, ne nous laissons pas tondre l’esprit à la recherche d’autres références, et partons paître dans ce recueil, brouter des nouvelles fraîches, gustatives, au goût de science-fiction, de poésie, d’humour, d’histoire, de fantastique, un régal pour les yeux et les papilles.

Mais l’un n’empêche pas l’autre, et plusieurs thèmes peuvent se retrouver dans la même nouvelle. Et qui dit humour ne veut pas dire abstraction de la réalité.

Prenons quelques exemples pour illustrer ce qui vient d’être écrit.

 

Ainsi Hélène Cruciani nous transporte dans un univers plus ou moins lointain, dans lequel les élèves communiquent avec Sélina, leur institutrice, par tablettes interposées et réciproquement d’ailleurs. Parmi ces gamins, un des élèves est atteint d’un TEAH, soit Trouble d’excès d’Attention/Hypoactivité. C’est un gamin qui réfléchit, qui contemple, qui regarde derrière le miroir. Et lorsque Sélina leur propose de découvrir Promenez-vous avec le Petit Prince, un livebook car les gamins ne veulent pas découvrir une histoire et des images dans un vrai livre, Pitié maîtresse, pas un vieux livre… Il y a trop de pages… tous sont contents. Mais Wilfried s’attarde trop sur les détails, il veut comprendre ce qu’il y a de l’autre côté, voir le mouton caché dans la boîte. Alors, afin de clore l’incident, Sélina leur propose une sortie IRL, In Real Life, à la rencontre d’un quadragénaire multimilliardaire excentrique qui possède une ferme, une sorte de zoo avec de vrais animaux, de la vraie herbe…

 

Emmanuel Honneger nous donne une date quasi précise, année 3528, mille cinq cents ans après une gigantesque explosion atomique d’origine humaine. La planète terre mérite son surnom de Planète Bleue, car à la surface du globe rien ne subsiste. Tout est englouti sous la mer. Toutefois dans le ciel surgissent quelques Moutonnements.

 

Avec Herbert, Fabien Rey met en scène un berger et un mouton, plutôt un bélier, qui au début de l’histoire narrent un épisode dans lesquels chacun d’eux médite la même chose, comme si un miroir reflétait leurs pensées. Mais la suite est à l’avantage d’Herbert, le révolté.

 

Tout aussi révolté, Shaun, le mouton de Virginia Schilli, qui sonne la révolte contre le berger en prenant le bâton de la rébellion.

 

Jérôme Akkouche nous incite à lire, lui aussi un conte animalier A l’auberge de la brebis galeuse. Herr Wolf vient dans la petite cité de Schafstadt afin de recruter des hommes susceptibles de s’engager dans l’armée du Kaiser. Wolf est un métamorphe qui s’injecte un produit destiné à le transformer physiquement en loup. Et il recherche, avec l’appui du curé et du maire, un individu, un mouton à n’en point douter, désireux de procéder à cette expérience et à entraîner ses concitoyens.

 

Voici donc quelques exemples de ce recueil charmant qui nous amène à réfléchir, car sous ces contes d’inspiration diverse mais déclinés sous un même thème, se cachent de tristes réalités.

Mais je laisserai le mot de la fin à Herbert qui avait alors compris qu’on ne combat pas la tyrannie par la force, mais par la ruse.

 

Sommaire :

ROBILLARD CHANTAL : Introduction.

CRUCIANI Hélène : Promenez-vous avec le Petit Prince

REY Fabien : Herbert

ALBERTI Olympia        : L'impossible dessin

PERES Olivier : Abel et la Bête

GLORIA Nathalie : Mêêêê ? Y'a plus de mai !

AKKOUCHE Jérôme : A l'auberge de la brebis galeuse

ZINENBERG Dominique : Cacophonie pastorale

SCHILLI Virginia : Shaun the sheep of the dead

HONNEGER Emmanuel : Moutonnements

URBAN MENNIGER Françoise : Il pleut bergère...

JOUET Jacques : L'agneau de Z

MINNIERE Isabelle : Ne me dessine rien !

Et tu allumes les étoiles : Quelques mots sur les moutons noirs de cette anthologie.

 

Chantal ROBILLARD présente : Dessine-moi… Anthologie. Editions Nutty Sheep. Parution 26 septembre 2018. 104 pages. Version papier 13,99€. Version numérique 2,99€.

ISBN : 9791034202584

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29 octobre 2018 1 29 /10 /octobre /2018 05:42

Alice, ton pays aux merveilles n'existe plus…

Alice au pluriel. Recueil de 14 nouvelles concocté par Corinne Chollat.

Distillant le fantastique et le traditionnel, revisitant quelques romans célèbres, s’ancrant dans le banal quotidien ou jouant sur l’épilogue à rebond, ce recueil est un véritable patchwork dont le thème récurrent est le prénom féminin d’Alice, sauf le texte de Maupassant où l’héroïne préserve son identité.

Et comme dans tout patchwork, le bon et le moins bon se côtoient. Soit dans le choix de l’idée, soit dans son exploitation, le thème étant trop élastique pour exiger une cohérence. Pourtant l’idée était intéressante et les auteurs pressentis en général des habitués de la littérature dite de genre. Mais l’un ne compense pas l’autre.

L’on pourra regretter l’absence d’introduction de la part de la compilatrice ainsi que d’un dictionnaire des auteurs, même si certains d’entre eux n’ont guère besoin de présentation.

 

Serge Quadruppani : Alice à Palerme. Un écrivain de polars se lance sur les traces d’Alice, une jeune femme connue quelques jours plus tôt. Il pense la retrouver sous les traits d’une adolescente. Le frère d’icelle l’abat, le prenant pour un pédophile, avec un revolver qu’il reconnaît comme la propriété d’Alice.

 

Pascal Garnier : Lyon, “ La Tête d’or ”. Mariée depuis quatre ans, Alice annonce à sa famille qu’elle est enceinte. Un mensonge. La mère d’Alice reprochait à sa fille d’être stérile tout en lui brossant un tableau noir de l’accouchement. A la faveur d’un mouvement de foule dans un zoo, Alice s’empare d’un landau et du bébé.

 

Marie-Claire Boucault : Dead line, Alicia. Une gitane annonce à Alicia que selon sa ligne de vie, elle devrait mourir dans un avenir proche. Très proche. Elle devrait même être décédée, mais peut-être s’est-elle trompée. Alicia est rassurée mais le lendemain elle apprend que dans la clinique où elle a subi une opération bénigne les instruments chirurgicaux n’ont pas été stérilisés et qu’elle est atteinte d’une maladie mortelle.

 

Frédéric H. Fajardie : Adieu Alice, adieu sweatheart. Dans les années 1720, un naufragé est sauvé par un gorille femelle. Lorsque le capitaine d’un bateau veut le prendre à son bord, le naufragé refuse, préférant rester avec celle qu’il a baptisé Alice.

 

Philippe Cariou : Cache-cache. Une mère et son fils jouent à cache-cache dans leur appartement. Mais le fils n’est-il que le fruit de l’imagination de la femme ?

 

Jules Sion : La stratégie du homard. La rupture entre Alice et L.C. est consommée par une claque assenée avec force par l’homme. Alice est affalée contre le mur, ensanglantée. Alice avait une sœur jumelle perdue dans sa jeunesse et élevée une araignée noire. Quelques jours plus tard L.C. retourne chez Alice. Une jeune femme le reçoit, ressemblant étrangement à Alice, et portant le même prénom. Elle est brune et l’araignée représentée sur un tableau dans l’appartement a disparu.

 

Jean-François Merle : Nous nous connaissons maintenant de longue date. Le narrateur a kidnappé une gamine. Il espère obtenir une rançon conséquente. Mais cette supposée gosse de riche n’est que la fille de la femme de ménage et n’a pas de père. Le ravisseur se propose pour remplacer le géniteur.

 

Jacques Vallet : Une vraie femme. Alice a vingt trois ans, est sculpteur et vierge. Entre Julien, quadragénaire malingre, et elle, c’est le coup de foudre. Julien est marié et persuade Alice de rencontrer sa femme. L’épouse se moque de l’amante. Alice avoue au commissaire avoir tué et découpé la mère et l’enfant afin de démontrer qu’elle était une vraie femme.

 

Joseph Bialot : Le mille-pattes, la belle-mère et quatre cents chevaux. Chris a retapé un camion afin de participer au 24 heures du Mans. Alice chargée de surveiller le véhicule s’endort dans la cabine. Lorsqu’elle se réveille un inconnu conduit l’engin et le charge de caisses suspectes. Grâce à la C.B. et l’entraide entre routiers (sympas), tout rentre dans l’ordre et Chris peut participer à la course.

 

Roland C. Wagner : L’autre Alice. Alice est étudiante, l’autre Alice aussi. L’une est sage et réservée, l’autre son contraire. Lors d’une boum organisée chez Alice 1, l’ami d’Alice 2, Manu, se shoote et reste sur le carreau. Panique générale et Alice 1 se retrouve seule. Elle ne peut se débarrasser du cadavre. Le lendemain matin, Manu est sorti de son coma. Cet événement permet à Alice 1 de rayer son double.

 

Alexandre Dumal : Alice au pays des Vermeils. Lui est S.D.F., un mode de vie qu’il a choisi. Célia vient de quitter son amant. Ils font connaissance sur une plage. Un ivrogne les invective et meurt poignardé dans la rixe qui les oppose. Les deux compagnons décident de prendre la fuite. La gare est cernée par les policiers et le S.D.F. apprend en lisant les journaux que Célia, Alice en réalité, vient de tuer la doyenne de l’humanité, une euthanasie pratiquée sur sa trisaïeule.

 

Dorothée Letessier : Et que je ne vous revoie plus. Après quelques années d’absence, Alice déboule dans le foyer de Thomas et d’Anne-Laure, qui fut sa meilleure amie. Elle accuse Thomas de l’avoir violée cinq ans auparavant. Anne-Laure décide de quitter l’appartement conjugal en compagnie d’Alice. Sur le trottoir un pot de fleurs rencontre accidentellement la tête d’Alice. Selon l’enquête qui s’ensuit, Alice passait par hasard.

 

Thomas Lescure : La main de Lewis dans la culotte d’Alice. Charles Dodgson, alias Lewis Carroll, est invité à déjeuner chez les parents d’Alice. Sir Edgar, procureur de la Reine, ne prend pas de gants pour insinuer qu’entre Alice et Lewis…. D’ailleurs une robe appartenant à Alice est découverte près de l’étang, ainsi qu’un appareil photo, propriété de Lewis. Alice survient, habillée de pied en cap, chassant les inquiétudes de ses parents. Dans l’intimité Alice se montre nettement plus audacieuse que son âge ne le laisserait supposer.

 

Guy de Maupassant : La chevelure. Le narrateur prend connaissance d’un cahier écrit par un aliéné : celui-ci a découvert dans le tiroir secret d’un meuble une chevelure appartenant à une morte anonyme. Il est devenu fol amoureux de cette inconnue.

 

Alice au pluriel. Recueil de 14 nouvelles concocté par Corinne Chollat. Collection Fleuve Noir crime N°44. Editions Fleuve Noir ? Parution le 8 juin 1998. 254 pages.

ISBN : 978-2265063938

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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