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6 septembre 2019 5 06 /09 /septembre /2019 04:39

Du haut de ces falaises quarante siècles nous contemplent ?

Philippe HUET : L’ivresse des falaises.

Né au Havre, ancien rédacteur en chef du quotidien Paris-Normandie, habitant depuis quelques années près de Cherbourg, Philippe Huet est profondément imprégné de sa province, connaissant parfaitement aussi bien la partie maritime que la campagne profonde.

Terre d’évasion, tournée vers le large, terre de la ruralité agricole dont les produits ne sont plus à vanter, la Normandie se tourne vers l’avenir tout en protégeant son passé.

Le mystère, la superstition, le modernisme, la jalousie, la haine, le passé plus ou moins proche, s’enchevêtrent et Philippe Huet s’érigeant en chantre en traque toutes les composantes dans des nouvelles qui s’intéressent tout autant aux lieux qu’aux personnages.

Le pays cauchois est largement représenté, avec le lieu symbolique d’Etretat et ses falaises, et l’ombre emblématique d’Arsène Lupin. Des meurtres maquillés en suicide, avec un assassin qui joue avec les enquêteurs.

Mais Philippe Huet n’oublie pas qu’il fut d’abord journaliste, alors pourquoi ne pas se faire plaisir en nous entrainant dans le cauchemar d’un collègue qui rentrant chez lui de nuit se voit obliger de prendre à bord de son véhicule un passager dont il se serait bien passé.

Ou encore un écrivain en mal d’inspiration qui se rend à Granville dans une maison qu’un confrère lui prête bien obligeamment, la résidence tournera vite au cauchemar.

Le passé se revisite avec les bains de mer à Trouville à la fin du XIXème siècle, et la petite histoire, du côté de Sainte-Mère la Chapelle (déformation de Sainte Mère l’église, l’un des hauts lieux du débarquement du 6 juin 1944) avec le décès d’un garde champêtre dont le secret pourrait être enfoui à jamais avec lui dans la tombe.

L’ivresse des falaises est une plongée entre terre et mer, avec ce petit goût de terroir qui nous entraîne parfois dans un univers à la Maupassant. Ce n’est pas du à la manière de…, c’est un prolongement que Philippe Huet nous propose et nous convie à lire avec gourmandise.

Philippe HUET : L’ivresse des falaises. Collection Rivages/Noir N°751. Editions Rivages. Parution 7 octobre 2009. 352 pages. 9,15€.

ISBN : 978-2743620196

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21 juillet 2019 7 21 /07 /juillet /2019 04:28

Sans être atteint d’un strabisme divergeant ou convergeant…

Max OBIONE : Regarde ailleurs. 16 Nouvelles fantastiques noires.

Dans ce recueil virtuel de nouvelles noires et fantastiques, teintées d’anticipation et d’un zeste d’érotisme, d’un humour (noir, je précise) parfois sarcastique, Max Obione démontre que sa palette créative ne faillit pas d’imagination.

Il ne manque pas de nous rappeler au détour de certains textes que l’histoire nous guette sans se projeter dans le temps, sans même traverser la rue, mais chez soi.

Ainsi dans Les gros mensonges, le narrateur est un écrivain qui pond régulièrement ses deux cent cinquante pages mensuelles afin d’assurer sa pitance et d’évacuer sa libido avec des personnes aux charmes tarifés mais dont les sentiments n’entrent pas dans les contrats.

Il possède plusieurs pseudonymes, américains cela va de soi car c’est vendeur, et il en change souvent afin de laisser croire aux lecteurs qu’ils se délectent d’un catalogue aux nombreux romanciers de talent. A moins que ce soit l’éditeur qui veut laisser croire qu’il possède une écurie conséquente. Pour autant, le narrateur ne se leurre pas sur l’importance de son talent et la portée de sa prose.

Comme disait Michel Lebrun en parlant de ses propres romans et de la littérature populaire en général, Vite écrit, vite lu, vite oublié. Ce que l’on appelle le réalisme.

Mais Max Obione ne se contente pas de mettre en place un protagoniste qui pourrait lui ressembler (quoi que…) et il offre un épilogue de toute beauté, une pirouette digne d’un Fredric Brown qui joue avec les codes et se montre malicieux.

Parmi les autres nouvelles, dont vous trouverez la liste ci-dessous, à signaler Orphans dont le propos est nettement plus sérieux ( ?), et qui colle à l’actualité depuis quelques années. Le décor est placé dans un orphelinat dont les pensionnaires sont des maladies dites orphelines. La vie est difficile aussi bien physiquement que moralement et le personnel de santé ne se montre guère compatissant.

Des enfants, on en retrouve dans Tomato Kecchappu Kôtei, des gamins en révolte contre les adultes, une révolution sexuelle juvénile située dans une des îles composant l’archipel du Japon. Ce texte prend sa source d’après un film de 1971 de Shuji Terayama. Quant à La Chatte bottée, s’il s’agit d’une nouvelle librement inspirée du conte de Charles Perrault. Une botte narre l’histoire et les aventures amoureuses et sanglantes de Luisa tandis que sa sœur jumelle, la sœur de la botte je précise, n’est pas intéressée du tout par ce qu’il se passe. Elle fait la tête tandis que la première marche sur la pointe des pieds pour mieux se divertir de certaines séances et séquences.

Cutter, comme son titre l’indique, est l’arme qui a servi à mutiler des femmes, des cadavres. Dans ce petit coin des Etats-Unis, les policiers arrivent rapidement sur place, alertés par un de leurs collègues qui a découvert le dernier corps dans un fossé. Mais selon toutes vraisemblances le meurtre s’est déroulé ailleurs.

Las des haines, titre jeu de mots, nous présente un biologiste amateur cultivant amoureusement une bactérie, la regardant grossir de jour en jour, l’examinant avec fierté dans l’oculaire de son microscope. Il la nourrit comme s’il portait en son sein sa progéniture, et il n’y en a que pour elle.

 

Comme vous pouvez vous en rendre compte, ces seize nouvelles n’ont rien en commun sauf ce regard de Max Obione sur notre entourage, celui que l’on ne perçoit pas toujours mais que l’on côtoie. Un regard désabusé, décalé, un humour grinçant, sarcastique, et si l’on s’esclaffe de temps à autre, il s’agit d’un rire jaune.

L’auteur regarde ailleurs, certes, mais dans les yeux, un monde en déliquescence, le fixant comme l’entomologiste examine un insecte nauséabond et nuisible. Mais on a besoin d’insectes, quelle que soit leurs fonctions dans la biodiversité.

Et sous la plume inquisitrice de l’auteur se dégagent, se dévoilent, une grande sensibilité, un humanisme prégnant, une vision pessimiste et une désillusion exacerbée quant à notre avenir.

 

Sommaire :

Les gros mensonges

Orphans

Cutter

Las des haines

Véroli & vérola

Tomato Kecchappu Kôtei

La chatte bottée

Le rire des hyènes

Maltraitance

La ficelle

Canon

A cœur battant

Attention à la marche

La gaule à Mickey

Arrière-cuisine

Caduta massi

 

Max OBIONE : Regarde ailleurs. 16 Nouvelles fantastiques noires. Collection Mélanges. Editions SKA. Parution le 29 juin 2019. 135 pages. 3,99€.

ISBN : 9791023407785

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30 juin 2019 7 30 /06 /juin /2019 04:15

Moi, j’aime bien l’Entre-deux. Entre-deux mers, par exemple…

Mais ce n’est pas le sujet de ces nouvelles…

Pascal MALOSSE : Contes de l’entre-deux.

Si ces nouvelles sont cataloguées fantastiques, n’allez par croire que l’auteur sacrifie à la facilité. Pas de vampires, de fantômes dans le sens par lequel ils sont la plupart du temps représentés, d’animal féérique ou maléfique, de tour de magie ou autre.

Non, Pascal Malosse joue avec une autre thématique du fantastique, la distorsion du temps et la métalepse. Le tout s’intègre dans une aura d’étrange, de bizarre, de cauchemar éveillé. Dans un monde qui pourrait être, qui est le notre. Juste des faits de société, des épisodes mis en avant et exploités comme dans une glace déformante ou mis sous la loupe. Ce qui n’exclut pas parfois une petite touche d’humour.

Et comme on ne décrit mieux que ce que l’on connait, Pascal Malosse place les décors de certaines de ses nouvelles en Allemagne ou en Pologne, mais dans des époques différentes, propices à entretenir cette sensation de baroque, d’insolite, de reflets dans un miroir.

Une sensation de solitude, d’isolement ressentis par un personnage qui pourtant est entouré par une foule, des collègues, des inconnus, qui se déplacent en toute liberté mais qui l’ignorent ou au contraire l’abordent comme s’ils se connaissaient de longue date.

Reprenant sans vergogne une partie de la quatrième de couverture, je me contenterai de vous indiquer quelques-unes des intrigues qui surgissent au détour des pages, sans pour autant déflorer ce qui se déroule avant ou après.

C’est bien ce parfum [l’étrange] qui baigne les Contes de l’entre-deux et accompagne ses héros, qu’il s’agisse pour eux de disputer une partie d’échecs contre un chat qui parle, de rencontrer les fantômes d’une usine abandonnée, de trouver son chemin dans les compartiments d’un train lancé dans une course folle, ou encore affronter les conséquences du fait d’avoir toujours raison.

 

Je conçois que cela peut être frustrant pour le lecteur de ne pas connaître la teneur de ces historiettes, mais en même temps cela entretient le suspense, comme le fait l’auteur, avec malice et talent. Et pour reprendre le titre de l’une de ces nouvelles, je pourrais conclure que l’auteur est en parfaite maîtrise de l’illusion.

 

Sommaire :

Le réveil.

L’église de Konrad.

La fabrique.

Droit dans la brume.

Les Yeux noirs.

Bain de cendres.

Jeu d’enfant.

L’homme qui avait toujours raison.

Clandestine.

Filature par une nuit d’été.

Le fleuve oublié.

Le casino des âmes.

Gare centrale.

Maîtrise de l’Illusion.

En boîte.

Dissociation.

L’idée.

 

Pascal MALOSSE : Contes de l’entre-deux. Collection Absinthes, éthers, opiums N°30. Editions Malpertuis. Parution le 14 juin 2014. 122 pages. 11,00€.

ISBN : 978-2917035344

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18 juin 2019 2 18 /06 /juin /2019 04:55

Qui dit chambres closes ne pense pas forcément à maisons closes !

Vingt mystères de chambres closes. Anthologie préparée et commentée par Roland LACOURBE.

Dans la littérature policière, incontestablement ce sont les histoires de meurtres commis dans un local clos, les meurtres impossibles, qui sont les plus fascinantes, les plus étranges, mais aussi les plus difficiles à écrire.

Posée comme un véritable problème, cette histoire doit posséder une solution simple, évidente et paradoxalement farfelue. L’imagination et la créativité sont sollicitées aussi bien par le narrateur que par le lecteur. Le lecteur pris sous le charme essaie de comprendre le comment tandis que le rédacteur qui lui, possède la solution, doit dissimuler celle-ci dans un texte frôlant le surnaturel, l’irrationnel, mais agencé mathématiquement. Comme derrière un écran de fumée.

La banalité n’est plus de mise. Ce n’est plus de l’assassinat considéré comme l’un des beaux-arts, comme l’a écrit Thomas de Quincey, mais l’apanage de l’ingéniosité, l’architecture narrative, la prestidigitation, le talent de conteur. Tout y est mis à contribution.

Roland Lacourbe, en maître de cérémonie exigeant et cultivé, en Monsieur Loyal de la nouvelle, nous présente vingt textes dont les trois-quarts sont inédits en France, qui tous illustrent de façon parfaite combien un auteur de romans policiers, a fortiori dans le domaine du mystère de chambre close, combien un tel auteur doit être maître de son sujet, même dans un pastiche ou une parodie.

N’est pas écrivain qui veut. Raconter une histoire, c’est bien, mais il faut aussi intéresser le lecteur, le capter, le captiver, le retenir. Savoir manier la logique et l’illogique tout en employant l’humour, brasser le tout comme un illusionniste, relève du grand art, mais inspire aussi du respect : respect mutuel entre le lecteur et l’auteur.

Un livre, une anthologie dont le lecteur, même s’il connait les solutions des problèmes, ne se lassera pas, qu’il relira avec un égal plaisir, tel est Vingt mystères de chambres closes. Un livre qui n’est pas uniquement réservé aux amateurs, mais également à tous ceux qui aiment les belles histoires, construites intelligemment, à tous ceux qui possèdent un esprit curieux, qui ont l’esprit mathématique, qui aiment le jeu, la recherche, et surtout à tous ceux qui ne lisent jamais. Une entrée en matière, une ouverture de l’esprit propice à la découverte de romans, par le biais d’histoires courtes mais passionnantes.

 

Mais que vaudrait cette notule sans exemple concret ?

Je vous propose donc de découvrir quelques-unes des histoires qui composent ce recueil.

Jacques Futrelle, auteur malheureux qui périt en mer lors du naufrage du Titanic, fut l’un des précurseurs du crime impossible et des meurtres en chambres closes. Pourtant dans Le problème de la cellule 13, il s’agit juste d’un défi lancé par la Machine à penser, surnom du professeur S.F.X. Van Dusen, à ses amis. Pouvoir sortir d’une cellule de prison en une semaine alors qu’il est surveillé nuit et jour de l’intérieur comme de l’extérieur, en ne prenant avec lui que quelques objets comme un tube de dentifrice et trois billets de dix et cinq dollars.

Certaines histoires sont ancrées dans le temps, et pour les écrire il faudrait les dater, comme le fait Melville Davidson Post dans Le mystère Doomdorf, au milieu du XIXe siècle. Le thème est toujours d’actualité seule la procédure en est différente, car la technologie est passée par là. Un trafiquant d’alcool frelaté est décédé, enfermé dans sa chambre dans une maisonnette située en pleine campagne. Nul moyen d’accès pour accéder dans la pièce sauf par la porte qui est close de l’intérieur. Un juge et L’oncle Abner, personnage récurrent chez M.D. Post, arrivent sur place et les deux personnages qui les accueillent s’accusent du meurtre. Et pourtant, ils sont innocents.

Célèbre auteur de crimes impossibles, John Dickson Carr, que l’on ne présente plus et dont cette nouvelle, sa première écrite à l’âge de vingt ans, était restée inédite en France, à l’époque de la parution de cet ouvrage. L’ombre du Malin met en scène l’un des personnages favoris de Carr, Henri Bencolin. Il va découvrir le coupable dans une histoire qui pourrait être un tour de passe-passe, et comme l’on dit, y’a un truc. Pourtant tout est logique, il suffit d’un minutage serré dans la réalisation d’un forfait.

Le minutage est aussi à l’origine de Une chute qui n’en finit pas, de Edward D. Hoch, malgré le laps de temps écoulé entre la chute par la fenêtre du président d’une société, qui devait fusionner, et sa réception sur le bitume. Près de quatre heures. Quatre heures au cours desquelles le responsable de la sécurité, va tenter de résoudre ce mystère qui est entouré de brouillard, tout comme l’immeuble où s’est produit le drame.

Même auteur mais histoire totalement différente dans sa conception, L’énigme du pont couvert dont le principal protagoniste est le médecin Sam Hawthorne qui, venu soigner une patiente, se trouve confronté à un mystère apparemment insoluble. Le fils de la maison est parti en voiture à cheval suivi peu après par le docteur et la fiancée catholique du jeune homme, dont la famille professe une autre religion, dans un équipage identique. Il neige mais les traces du boghei s’arrêtent au milieu d’un pont couvert. Le jeune homme, son cheval et son tout-terrain hippomobile ont disparu. Une farce de sa part, ce ne serait pas la première fois qu’il s’amuserait ainsi, mais son corps est découvert quelques heures après, une balle dans la nuque. Humour volontaire ou non, je ne peux résister à signaler cette phrase :

Comme je partais, le shérif Lens entra dans l’épicerie-droguerie de l’autre côté de la rue. Je le rattrapais devant le baril de cornichons.

 

Dans L'arme à gauche, de Bill Pronzini qui fut un auteur phare de la Série Noire et dont certains romans comportaient des énigmes de meurtres en chambre close, le lecteur entre dans ce qui pourrait être une histoire à connotation fantastique, car le présumé assassin, enfermé dans la pièce où il a perpétré son forfait, nie. De plus l’arme du crime est introuvable.

Enfin, une petite dernière pour la route par l’un des auteurs protéiformes les plus passionnants : Fredric Brown. Un crime à la campagne est bourré d’humour et celui-ci prédomine tellement que l’histoire passe en arrière-plan, ou presque. Mais il existe un point commun entre cette nouvelle et celle de Pronzini. L’indiquer serait dévoiler le ressort de ces deux nouvelles.

Tout ceci n’est sorti que de l’imagination fertile d’auteurs connus ou méconnus, mais parfois la réalité dépasse la fiction comme le démontre Roland Lacourbe dans son article intermédiaire : De vrais crimes en chambres closes.

Chaque nouvelle est précédée d’une notice sur l’auteur et son œuvre, ce qui n’est pas négligeable.

 

Sommaire :

FUTRELLE Jacques : Le problème de la cellule 13

POST Melville Davidson : Le mystère Doomdorf

JEPSON & EUSTACE : L'indice de la feuille de thé

KNOX Ronald A. : Elimination transcendantale

CARR John Dickson : L'ombre du Malin

BOUCHER Anthony : Une question de temps (entracte)

YAFFE James : Les cendres de Mr Kiroshibu

GODFREY Peter : Entre ciel et terre

RAWSON Clayton : Le cadavre est au téléphone

SUTER John F. : Le vol impossible

PRONZINI         Bill : L'arme à gauche

COMMINGS Joseph : Du mouron pour les petits poissons

COMMINGS Joseph : Courrier mortel

PORGES Arthur : Les assassins n'ont pas d'ailes

HOCH Edward D. : Une chute qui n'en finit pas

HOCH Edward D. : L'énigme du pont couvert

BROWN Fredric : Un crime à la campagne

ARTHUR Robert        : La 51ème chambre close

WOLSON Morton : La cabine de verre

SLADEK John : La dernière chambre close

Vingt mystères de chambres closes. Anthologie préparée et commentée par Roland LACOURBE. Préface de Claude Chabrol. Bibliothèque de l’Insolite. Editions Terrain Vague/Losfeld. Parution 3 juin 1988. 490 pages.

ISBN : 978-2852080942

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17 juin 2019 1 17 /06 /juin /2019 04:45

Jean Ray a trouvé son successeur !

TARVEL Brice : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 2.

Harry Dickson fait toujours rêver par ses aventures policières et mi-fantastiques, et le lecteur était orphelin depuis la disparition, non pas de son créateur, mais de celui qui avait magnifié et porté à leur paroxysme les pérégrinations du célèbre détective concurrent de Sherlock Holmes.

Brice Tarvel a hérité du style, de l’imagination, du vocabulaire de Jean Ray, mais il apporte en plus ce petit quelque chose qui n’appartient qu’à lui. Une fluidité dans les descriptions et un imaginaire spécifique qui mettent en valeur ce qui ne pourrait être considéré que comme des nouvelles de bon aloi si justement sa créativité ne souffrait en rien de la comparaison. Il est dans le moule et en déborde largement car ce n’est pas un tâcheron. Il est un véritable auteur, pas toujours reconnu à sa juste valeur, mais il ne copie pas, il invente.

 

Dans ce recueil, deux nouvelles d’inspiration différente, et qui nous plonge dans l’Angleterre du premier quart du XXe siècle.

Dans La confrérie des hommes griffus, dont la couverture de Christophe Alvès nous en donne une petite idée, nous entrons dans le mythe souvent exploité mais inépuisable du savant fou.

Tom Wills est démoralisé car celle qu’il considérait comme sa petite amie vient de lui signifier qu’elle préférait un autre que lui. Ce qui arrive souvent dans la vie, mais quand même, avoir pour rival un jeune jardinier aussi boutonneux que les plantes qu’il soigne, cela met à mal l’égo. Aussi, pour se consoler Tom préfère aller au cinéma et visionner un film de Charlot.

Mais ses déambulations pédestres dans la capitale de la fière Albion l’ont épuisé et il s’endort. Il rêve, ou cauchemarde se croyant attaqué par un léopard, ou un tigre, enfin une animal similaire. Il est réveillé assez brutalement par l’ouvreuse qui fait la fermeture et se retrouve dans la rue où il se retrouve nez à nez à un individu qui l’agresse. Il se défend comme il peut face à son assaillant dont les doigts sont prolongés de griffes acérées. Il fait part de sa mésaventure à Harry Dickson qui prend cette information au sérieux, d’autant que Tom n’est pas revenu bredouille car il a choppé une casquette appartenant à son agresseur. Harry Dickson en déduit tout de suite l’identité de son propriétaire, un ancien boxeur écossais au surnom évocateur de Iron Bill.

Le superintendant Goodfield leur apprend que d’autres attaques identiques se sont déroulées dans les mêmes conditions et que les victimes sont décédées. Mais c’est un éleveur de porcs venu se défouler à Londres qui va leur apporter de précieux renseignements. Il vient d’être assailli mais a réussi à mettre son agresseur en déroute, gardant toutefois un trophée, une espèce de gantelet muni de griffes acérées. L’homme parle également d’événements étranges se déroulant non loin de chez lui, de bruits incongrus et de roulements de tambours, provenant d’un castel délabré appartenant à une certaine Belle Simpson, une maritorne énorme. Et ce que vont découvrir Harry Dickson et son élève pris en otage relève d’une diablerie machiavélique que n’aurait pu désavouer Jean Ray.

 

Dans La maison du pluvier, nous partons explorer les Fens, ce paysage marécageux du comté de Norfolk, à l’est de l’Angleterre. Et nous retrouvons cette ambiance et cette atmosphère palustres chères à l’auteur et qui prédomine dans bon nombre de ses romans.

En guise de prologue, l’action se déroule à Old Bailey, là où sont exécutés les condamnés à mort. Théobald Ferris attend avec sérénité, presque, la corde au cou, que le bourreau ouvre la trappe sous lui. A ce moment une nuée de corbeaux tournoie dans le ciel et l’un d’eux se pose sur son épaule. Parmi la populace Harry Dickson est présent et attendant qu’un événement survienne décidant le sursis. Soudain Tom Wills, son précieux élève, arrive en courant et lui fournit une preuve disculpant Théobald de la présomption de crime de sang qui lui est imputé.

Mais revenons en arrière en compagnie de l’auteur qui nous narre pourquoi et comment Théobald fut soupçonné de meurtre. Harry Dickson et son élève ont été invités à une partie de chasse par Lord James Ostler, qui possède une riche demeure dans le quartier londonien huppé de Paddington. Tout en conduisant son automobile, il narre une légende qui plane, ou plutôt qui flotte sur ce marais et dont le protagoniste n’est autre que le chevalier Hugh Pugsley, qui fit partie des glorieux combattants de la bataille d’Azincourt en 1415.

Seulement, désirant cacher une cassette emplie de pièces d’or, il s’est enfoncé dans les marais, ce qui lui fut fatal. Son cheval caparaçonné de métal s’est noyé, entraînant son cavalier avec lui. Toutefois la légende de la cassette attise les convoitises, et des meurtres sont commis par le fantôme du chevalier. C’est ainsi que le maître et l’élève font la connaissance d’un ornithologue, ou ornithophile, qui fréquente assidûment les volatiles dans leur lieu naturel et rédige quelques opuscules, ce brave Théobald Ferris que nous avons rencontré au début du récit.

Il habite avec sa femme et son fils, sans oublier son beau-père, un vieux monsieur valétudinaire, dans une cabane au cœur du marais. A l’entrée de la chaumine est érigé une sculpture, un pluvier dont le bec est disproportionné. Les deux détectives logent dans une auberge non loin or le chevalier fait encore des siennes, glissant dans les marais, vêtu de son armure, le chef couronné d’un heaume, et les soupçons se focalisent sur l’ornithologiste amateur.

 

Deux aimables historiettes qui suintent le mystère et qui intéresseront les nostalgiques de Jean Ray, d’Harry Dickson, les grands comme les petits, les vétérans de la lecture et les débutants. Et qui devraient inciter certains dont le vocabulaire est défaillant et préfèrent puiser dans les anglicismes, par snobisme ou par manque de culture, à se plonger dans un dictionnaire pour enrichir leur langage. Petite question dont la réponse ne sera pas sujette à un cadeau de ma part : Savez-vous ce qu’est une pimpesouée ?

 

Pour commander directement ce livre (et d’autres si le cœur vous en dit !) suivez le lien ci-dessous:

TARVEL Brice : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 2. Collection Absinthes, éthers, opium N°11. Editions Malpertuis. Parution le 2 novembre 2010. 126 pages. 10,00€.

ISBN : 978-2-917035-15-3  

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2 juin 2019 7 02 /06 /juin /2019 03:08

Gaby a le vent en Poulpe…

7 Maures sur ordonnance. Recueil de nouvelles.

Trois nouvelles au menu, avec toutes les trois un héros récurrent, un enquêteur indépendant, nommé Gabriel. Ceci devrait vous rappeler quelqu’un.

Et en effet, en quatrième de couverture, il est indiqué Poulpe à la mode corse. Donc pas de surprises et pourtant les différences sont nombreuses, et Gabriel, dit Gaby, n’est pas un succédané de Lecouvreur, juste un personnage similaire.

Ces nouvelles sociales qui se déroulent en Corse ou en Bretagne possèdent un point commun, outre le héros : elles se déroulent en 1978 et 1979, une vision de l’Histoire avec un certain recul appréciable.

 

Dans On achève bien l’écheveau (vous remarquerez l’aimable jeu de mot) de Christian Maïni, il s’agit pour Gaby d’enquêter sur un meurtre, une affaire classique.

La belle et jeune Maddalena, qui est arrivée par hasard un jour dans le village et n’en est plus repartie, dont les antécédents n’ont filtré qu’avec parcimonie, adoptée par tous et principalement par Santa l’Ebréa, a été retrouvée morte poignardée. Les deux pandores, Casanova et Pantanacce, ont été chargés officiellement par le brigadier-chef Beauger de régler cette affaire, mais Gaby s’entend avec eux pour se mêler à l’enquête.

Plus que la résolution de l’énigme, ce qui prévaut dans cette nouvelle, c’est le style linguistique employé, la sémantique. Un peu à la manière de San Antonio, qui n’était pas le précurseur des romans humoristiques, avec jeux-de-mots à foison. L’auteur se fait plaisir tout en amusant le lecteur par ses calembours, mais il existe une véritable recherche dans cette accumulation d’homophonie ou polysémie, d’à-peu-près, et il s’agit d’une véritable gageure oulipienne.

 

Avec Flic ou barbouze, de Marek Corbel, plus d’amusement sémantique, ou si peu. Car le sujet est grave. Plus grave que le meurtre d’une jeune fille. Le brigadier-chef Beauger, lors d’une soirée à Bastia, a surpris une conversation entre le commissaire-divisionnaire, un homme muni d’une canne et un truand de renommée insulaire nommé Jojo de la Citadelle.

Leurs propos concernaient un certain Nitro, un Espagnol fou vivant à Botmeur. C’est peu mais rien n’arrête Gaby qui prend son bâton de pèlerin, et après s’être plongé dans son encyclopédie géographique, il se rend à Carhaix en Bretagne. En cours de route il fait la connaissance de Guillaume, un musicien itinérant et vestige de la génération des hippies, lequel lui propose de s’engager à faire les moissons. Initiative non négligeable car Gaby possédera un alibi pour son arrivée. Il ne lui reste plus qu’à découvrir qui se cache sous l’identité de Nitro, parmi la communauté espagnole installée dans ce coin finistérien, et l’aider à échapper aux griffes de l’homme à la canne, un certain Alexandre Benallini qui est accompagné du tueur à la solde de Jojo et surnommé le Kanak.

Cet épisode se déroule quelques années après la mort de Franco, mais son esprit est toujours vivace de même que la Retirada et l’exode d’une partie de la population en délicatesse avec le Caudillo. Et on appréciera la présence d’Alexandre Benallini, soi-disant (sans T à soi) lieutenant-colonel et président directeur général d’une organisation Ripublica

 

Le troisième volet de ce recueil, Sept Maures sur ordonnance d’Olivier Collard, aborde un sujet politique et social, avec le projet du président de la République de l’époque, Valéry Giscard d’Estaing, de revenir sur les accords d’Evian. Celui-ci voulait expulser 100 000 Algériens de France non pas en légiférant mais par ordonnance. Ceci ne s’est pas réalisé, freiné au dernier moment par l’aile modérée de sa majorité. Une expulsion qui devait être accompagnée d’une prime de dix mille francs (nouveaux et non anciens comme il est précisé dans le texte) soit la modique somme de un million d’anciens francs. Je vous laisse le soin de convertir en euros, car à l’époque, cette monnaie n’était pas envisagée.

Sept Corses d’origine algérienne sont nommés, tirés au sort ou non, ne possédant pas d’attaches familiales, et Gaby va tenter de trouver un stratagème pour faire avorter ce projet inique. Et naturellement, on retrouve certaines figures de l’époque, dont certaines se sont suicidées dans une flaque d’eau ou noyées accidentellement.

Eminemment politique et humaniste, cette histoire ne laissera pas indifférent le lecteur qui a connu cette époque ou justement qui la découvre et pourra effectuer un parallèle avec ce qu’il se passe de nos jours et sous les gouvernements précédents, qu’ils soient de gauche ou de droite.

Trois histoires, trois tonalités, trois écritures, un seul but, intéresser le lecteur !

7 Maures sur ordonnance. Recueil de nouvelles. Collection Trinnichellu N°4. Editions du Cursinu. Parution le 4 février 2019. 198 pages. 10,00€.

ISBN : 9791090869363

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30 mai 2019 4 30 /05 /mai /2019 04:30

La nuit, quand revient la nuit…

Edith WHARTON : Le triomphe de la nuit

Un fantôme, ce n’est pas seulement ce drap blanchâtre en forme de parachute à moitié gonflé qui se promène, qui déambule, dans les couloirs sombres d’une maison abandonnée, une chaîne et un boulet à la traîne.

C’est une image, une projection que seuls peuvent percevoir des personnes choisies délibérément par cet ectoplasme. Emanation du Mal, il peut pourtant se manifester pour contrecarrer une action justement malfaisante.

Le fantôme est-il un personnage décédé, ou le double d’un être vivant, le mister Hyde d’un docteur Jekill calculateur et intéressé ? Peut-être tout simplement le fameux ange gardien qui au lieu de réfréner vos instincts les plus bas, les plus vils, va tenter de faire avorter ces mauvaises actions à l’aide d’une tierce personne. Mais que la communication est parfois difficile !

 

Sans grands effets sanguinolents, sans effets spéciaux comme dans les romans et nouvelles écrits par la jeune génération, que ce soit dans le domaine du fantastique ou de l’épouvante, Edith Wharton empoigne son lecteur et celui-ci, subjugué, comme sous la magie des mots, s’investit dans ces histoires où le noir prédomine.

Dans sa préface, Edith Wharton écrit : Aussi profond que se cache notre perception du monde des esprits, j’ai l’impression qu’elle se laisse entamer peu à peu par les deux ennemis planétaires de l’imagination que sont la TSF et le cinéma. Jadis l’imagination était nourri d’informations qu’on obtenait en faisant un effort et qu’on assimilait ensuite lentement. A présent on les sert sur un plateau, toutes cuites et déjà mâchées. Ainsi la génération actuelle voit elle son aptitude créatrice s’étioler rapidement, en même temps que sa faculté de soutenir son attention.

A ces deux ennemis cités par Edith Wharton, on pourrait ajouter aujourd’hui la télévision.

Il est bon et réconfortant de lire des textes empreints de sensibilité, d’émotion, alors que la guerre de la surenchère dans l’horreur sévit au petit et au grand écran afin de mieux traumatiser les esprits incapables de réagir à la subtilité d’une évocation écrite.

Edith Wharton sait décrire une atmosphère trouble sans agressivité, le meilleur encouragement à la lecture, et à la communion auteur-lecteur.

 

Sommaire :

Préface.

La cloche de la femme de chambre

Les yeux

Plus tard

Kerfol

Le triomphe de la nuit

Editions 10/18. Collection Domaine étranger N°2430. Parution octobre 1993.

Editions 10/18. Collection Domaine étranger N°2430. Parution octobre 1993.

Editions Joëlle Losfeld. Collection Arcanes. Parution juin 2001.

Editions Joëlle Losfeld. Collection Arcanes. Parution juin 2001.

Edith WHARTON : Le triomphe de la nuit (The Ghost Stories of Edith Wharton – 1973. Traduction de Florence Lévy-Paoloni). Intégrale des histoires de fantômes d’Edith Wharton volume 1. Editions du Terrain vague. Parution janvier 1990. 192 pages.

ISBN : 2-85208-114-8

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23 mai 2019 4 23 /05 /mai /2019 04:15

Linceul… et les autres à plusieurs ?

Clive BARKER : Confessions d’un linceul

Contrairement à ce qui est annoncé sur la couverture, et désolé de contredire l’éditeur, Confessions d’un linceul n’est pas un roman mais un recueil de nouvelles.

Et comme dans les précédents volumes qui composent le triptyque, Livre de sang et Une course d’enfer parus chez le même éditeur, ces nouvelles oscillent entre le noir et le rouge (comme aurait écrit un certain Henri Beyle !). Le noir du désespoir et le rouge du sang qui inexorablement se répand abreuvant la terre nourricière.

Clive Barker ne travaille pas dans la dentelle et ses nouvelles, tout comme ses romans, sont empreints de désespérance. Ses personnages sont confrontés à des situations perpétuellement périlleuses. Ils vont au devant de leur chaos et le lecteur-même se trouve en état de choc.

L’humour qui permettrait la décompression en est absent, ou alors sous-jacent comme dans L’enfant de celluloïd ou Confession d’un linceul, deux des nouvelles du recueil.

Un humour de situation, révélé comme à regret, comme par hasard.

La mort est le prolongement inéluctable de la vie, mais lorsque la vie et la mort ne font plus qu’un, il n’y a vraiment pas de quoi rigoler.

Clive Barker possède un extraordinaire pouvoir d’évocation en tant qu’écrivain. Ses histoires sont de véritables mises en scènes poignantes, cauchemardesques, et l’on sort de ce recueil comme vidé de toute substance.

Contradictoirement on n’en peut plus, et on en redemande.

Clive Barker crée le lecteur masochiste, pareil à un spectateur subjugué et effrayé qui met ses mains devant ses yeux pour ne pas voir la scène d’horreur tout en ayant soin d’écarter les doigts afin de vibrer quand même.

 

Sommaire :

1 - L'Enfant de celluloïd (Son of Celluloid), pages 13 à 63, trad. Hélène Devaux-Minié

2 - Rawhead Rex (Rawhead Rex), pages 67 à 134, trad. Hélène Devaux-Minié

3 - Confessions d'un linceul (de pornographe) (Confession of a (Pornographer’s) Shroud), pages 137 à 182, trad. Hélène Devaux-Minié

4 - Les Boucs émissaires (Scape-goats), pages 185 à 220, trad. Hélène Devaux-Minié

5 - Débris humains (Human Remains), pages 223 à 284, trad. Hélène Devaux-Minié

 

Réédition collection Epouvante N° 3745. Editions J’ai Lu. Parution 18 juillet 1994. Nombreuses réimpressions.

Réédition collection Epouvante N° 3745. Editions J’ai Lu. Parution 18 juillet 1994. Nombreuses réimpressions.

Clive BARKER : Confessions d’un linceul (Clive Barker's Books of Blood, volume 3, 1984 – traduction de Hélène Devaux-Minié). Collection Blême. Editions Albin Michel. Parution juin 1990. 290 pages.

ISBN : 2-226-04803-0

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18 avril 2019 4 18 /04 /avril /2019 04:37

Quand la SNCF fait de la contrebande, ou plutôt du trafic de voyageurs, en vingt-quatre stations…

Jeanne DESAUBRY et Claudine AUBRUN : Voyageurs.

Lâchez votre téléphone portable, votre tablette, ou tout autre objet inutile destiné à capter votre attention et vous empêcher de regarder le monde en face !

Vous êtes confortablement assis, ou non, dans le train, dans le métro, ou tout autre moyen de transport public (pour encore quelques années) roulant vers une destination qui vous apportera plaisir (vers une personne du sexe opposé ou non), joie (découverte d’un lieu que vous aviez envie de visiter depuis longtemps), fatigue (rendez-vous professionnel vers un lieu de travail qui commence à vous peser) ou repos (enfin retour à la maison).

Alors, prenez le temps de regarder autour de vous et de vous immiscer dans les pensées des voyageurs qui vous entourent. Des couples, avec ou sans enfants, de vieilles dames revêches, ou passionnées par la lecture de leur magazine dit people quoiqu’il ne s’intéresse qu’aux personnes qui vivent justement en dehors du peuple, qui comme vous tout à l’heure s’amusent avec leur objet destiné à l’origine pour téléphoner, à cet homme qui visiblement se rend au travail, bien mis pour le cataloguer comme cadre bientôt en réserve professionnelle, c’est-à-dire mis sur la touche.

Ou encore ceux qui pour passer le temps s’adonnent aux mots croisés qui parfois deviennent des maux croisés, la mère gênée par les émanations nauséabondes provenant du postérieur de son jeune gamin, et puis tous ceux rencontrés sur le quai, ou descendant du wagon et qui s’ébrouent comme les volailles lâchées par une fermière dans la cour de récréation. Et ça caquète, et ça bat des ailes, et ça exprime sa satisfaction d’être arrivés sains et saufs au port (c’est une image).

 

En parlant d’images, il signaler le support proposé par Claudine Aubrun qui a croqué au cours de ses pérégrinations voyageuses ses voisins et voisines, sans oublier les enfants, turbulents ou pas, ceux qui stationnent dans les halls d’accueil ou salles des pas perdus afin de se réchauffer ou enfin peuvent s’aérer les poumons avec la fumée d’une cigarette longtemps tripotée avant d’être allumée.

Comme une séance de diapositives accompagnées de petits textes explicatifs. Des croquis pris sur le vif reflétant toute une faune que vous côtoyez tous les jours et à laquelle vous ne faites plus attention, blasés que vous êtes.

Un petit moment de détente à lire entre deux stations afin de décompresser, on en a toujours besoin, et de se nettoyer les neurones.

 

Jeanne DESAUBRY et Claudine AUBRUN : Voyageurs. Préface de Dominique Sylvain. Collection Graphique. Parution 02 avril 2019. 30 pages environ. 3,99€.

ISBN : 9791023407624

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15 avril 2019 1 15 /04 /avril /2019 04:31

Les belles histoires d’Alexandre Dumas avec la

complicité de Gérard de Nerval.

Alexandre DUMAS : Contes dits deux fois.

Tout le monde, ou presque connait Le soldat de plomb, Le vaillant petit tailleur, La Reine des Neiges, La petite sirène, ne serait-ce que par les adaptations souvent en version réduite, tronquée, dans les petits albums destinés aux enfants, ou en dessins animés, par les studios Disney les plus connus et les plus nombreux, mais également par le Français Paul Grimaud. Mais une relecture de ces contes proposés par Alexandre Dumas s’impose, ne serait-ce que par l’apport et la complicité de son ami Gérard de Nerval et la présentation rédigée sous forme de feuilleton.

En effet, Alexandre Dumas, s’adresse à ses jeunes lecteurs, les informant que lors de son voyage en Allemagne en 1838, il fut hébergé par une famille à Frankfort et il attendait la visite de son ami Gérard de Nerval.

Dans la journée il écrivait et le soir, à leur demande pressante, il narrait des contes et légendes aux trois enfants de cette famille, surtout aux deux garçons âgés de sept et cinq ans, la petite fille de quatorze mois ne s’intéressant qu’à son biberon. Il avait épuisé tout son stock d’histoires lorsqu’enfin Gérard de Nerval arrivât et pris la relève.

Le premier soir Nerval raconte aux enfants l’histoire du Soldat de plomb, un conte qui émerveille tant les enfants, grâce au conteur mais également des pérégrinations de ce petit soldat dont il manque une jambe, le fondeur n’ayant plus assez de plomb pour lui en fabriquer une seconde, que les auditeurs n’en ont pas assez. Et le lendemain soir, Nerval narre l’histoire de Petit-Jean et Gros-Jean et comment Petit-Jean le facétieux devient riche en se vengeant de son peu sympathique voisin Gros-Jean. Cette histoire demande trois soirées pour être narrée aux enfants pressés de connaître la suite. Dumas en profite pur placer des intermèdes pleins de saveurs.

 

Entre chaque conte, et même au milieu comme dans Petit-Jean et Gros-Jean, Alexandre Dumas prend la plume pour relater ses impressions et l’impatience des petits auditeurs placés sous le charme.

Même si nous connaissons ces contes, lus avec délectation et parfois un peu de frayeur durant notre enfance, on les relit avec ce plaisir ineffable de les retrouver sous l’enchantement de la plume d’Alexandre Dumas, qui s’efface derrière le talent de conteur de Gérard de Nerval, mais apporte sa touche personnelle avec brio. Ce sont les mêmes mais avec un petit plus, cette pincée de sel et de poivre qui rehausse le goût des aliments (Dumas était un gros mangeur et un fin gastronome, en culottes courtes je ne sais pas), et ce liant qui donne une saveur particulière, comme s’il les avait imaginées au lieu de les adapter à sa sauce.

 

 

Sommaire :

L’homme aux contes. Préface de l’auteur.

Le soldat de plomb et la danseuse en papier d’après L’inébranlable soldat de plomb d’Andersen.

Petit-Jean et Gros-Jean d’après Le grand Claus et le petit Claus d’Andersen.

Le vaillant petit tailleur d’après Sept d’un coup ou le hardi petit tailleur de Grimm.

La Reine des Neiges d’après Andersen.

La chèvre, le tailleur et ses trois fils d’après La petite table, l’âne et le bâton de Grimm.

Blanche-Neige d’après Grimm.

Nicolas le philosophe d’après Jean-la-chance de Grimm.

La petite sirène d’après Andersen.

 

Vous pouvez télécharger cet ouvrage en version numérique, gratuite, légalement, en cliquant sur le lien suivant :

Alexandre DUMAS : Contes dits deux fois. Diverses éditions. 195 pages.

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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